dimanche 4 décembre 2016

Maggy Garrisson (cycle) - Stéphane Oiry & Lewis Trondheim

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Je ne chronique pas souvent de bandes dessinées, mais je voulais évoquer les trois tomes "Maggy Garrisson" parus entre 2014 et 2016 aux Editions Dupuis. C'est une BD assez sympa qui a beaucoup plu à mon ami. Il a particulièrement aimé une réplique dans l'avant-dernière vignette du premier tome quand le nouveau petit ami de Maggy lui demande ce qu'elle va faire de l'argent qu'ils ont récupéré: Maggy amoureuse répond "Je vais t'acheter une laisse en or".

A Londres, de nos jours, Maggy est une jeune femme un peu replète qui vient de retrouver après deux ans de chômage un travail de secrétaire chez Mr Wight, un détective privé au bout du rouleau et passablement alcoolique. Dans Fais un sourire, Maggy, dès son arrivée, Maggy, qui est intelligente et astucieuse, retrouve le canari d'une voisine, puis une balle de cricket signée qui a été volée au patron d'un pub. Pendant ce temps-là, le nouveau patron de Maggy est à l'hôpital, car il a été agressé à cause du contenu de son portefeuille (il possède trois tickets très convoités). Maggy essaye de faire la lumière sur cette agression, ce qui l'emmenera jusqu'à Brighton. Sheena, une fliquette, devient son amie, et Alex (celui que Maggy veut mettre en laisse à la fin) son petit ami.

Dans le deuxième tome (L'homme qui est entré dans mon lit), on réalise que Sheena en veut à l'argent amassé par Maggy dans le premier. Lors d'un intermède, Maggy rend visite à sa mère avec qui elle ne s'entend pas du tout. Les ennuis s'accumulent pour Alex qui doit ruser avec les faits. Pendant ce temps-là, Maggy continue à seconder Mr Wight dans ses enquêtes.

Dans Je ne voulais pas que ça finisse comme ça (le troisième tome), Maggy et Mr Wight sont chargés de "coincer" une entreprise de pompes funèbre qui a profané un cadavre en lui volant neuf dents en or. Maggy toute seule fait tout ce qu'elle peut pour rendre à ses propriétaire un album trouvé dans un conteneur. Quand le tome trois s'achève, on peut espérer qu'il y aura une suite, d'autant plus que j'aime beaucoup le personnage de Maggy.

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jeudi 14 juillet 2016

Les Gouttes de Dieu - Tadashi Agi & Shû Okimoto

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Si l'une de vos connaissances ne sait pas apprécier le vin, offrez-lui donc le 1er tome du manga Les Gouttes de Dieu, peut-être sera-t-elle séduite? Le principal personnage de cette série dont nous découvrons de multiples facettes sans jamais en achever le tour, c'est bien le vin. Certaines des bouteilles millésimées, dégustées au fil des mois par Issei Tomine, Shizuku Kanzaki, ainsi que leurs compagnons et compagnes d'agapes, n'avaient même pas encore été mises en circulation lors du début de la publication (2004-2014 au Japon, 2008-2016 en France). Le ressort de la saga? Les deux hommes sont rivaux pour hériter de la cave fabuleuse de Yukata Kanzaki, critique oenologue mondialement célèbre. Père biologique de Shizuki, il a adopté Issei une semaine avant de mourir d'un cancer du pancréas. Au fil des 44 volumes et des histoires annexes, nous assistons à l'ouverture de dizaines de bouteilles et à leur dégustation commentée. Santé!

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Divines dégustations

Un client râle au restaurant. Une apprentie sommelière se fait méchamment engueuler. Notre héros se lève, et... ainsi commence le 1er tome de cette enquête initiatique dans le monde du vin. Quelques pages plus loin, Shizuku (c'est de lui qu'il s'agissait), jeune commercial de brasserie (environ 25-30 ans) est averti par téléphone du décès de son père. Il découvre alors qu'il va devoir concourir pour son héritage avec un élégant trentenaire adopté par son père, Issei, un peu plus âgé que le fils légitime, mais déjà reconnu comme "prince du vin. Les règles? Avant même de pouvoir aborder la Bouteille suprême (Les fameuses "gouttes de Dieu"), il faudra prouver pouvoir identifier et décrire les 12 vins uniques définis par Yukata lui-même, en résolvant les énigmes d'un véritable rallye artistique. Une formulation poétique, lue devant les "candidats", lance à chaque fois trois semaines de recherches pour trouver, puis décrire chacun avec ses propres mots, le vin correspondant. Un vieil ami de Yukata ("ch'uis juste un alcoolo!") arbitre ce match. Les soutiens ne manqueront pas de part et d'autre.

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En attendant... gouttons!

Nous découvrons deux approches différentes. Shizuku, qui ne connaît rien au vin quand commence le défi, s'appuie sur des rencontres chaleureuses, qu'il a la chance de faire plus ou moins par hasard. Issei, déjà expert reconnu, a une attitude plus froide mais aussi professionnelle. Consacrant sa vie à sa vocation, il suscite et exploite chaque rencontre, armé de sa volonté de fer, d'un orgueil qui lui sert d'armure, et des compétences qu'il ne cesse de se forger, pour tremper son âme dans le vin. 440 chapitres et des milliers de pages nous montrent leurs aventures et d'innombrables rencontres humaines et alimentaires. Car en fin de compte, c'est bien de cela qu'il s'agit: le vin constitue aussi un organisme vivant, où transparaissent par exemple le millésime, mais aussi l'âge de la vigne ayant produit le raisin, le temps, la terre, les hommes... et qui se marie avec les aliments.

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Amis, remplissons nos verres…

La romance tient également une place non négligeable (normal, c’est la vie) dans ce seinen manga voué au vin (rappel de la cible éditoriale du seinen: jeunes adultes masculins de 15-30 ans...). Tout au long de l’arc narratif constitué par la rivalité entre Shizuku et Issei, les destins des protagonistes s'enchevêtrent comme les sarments d'une vigne que nul n'aurait taillée, avec des secrets de famille ignorés par les uns et connus par les autres (comparses ou mentors). L'un s'entoure d'amis qui suppléent à son manque d'expérience; l'autre met son orgueil à trouver des indices par un travail sur lui-même. Les personnages secondaires ont leurs qualités humaines et leurs défauts. Si on les voit paraître plus d'une fois, on peut en suivre l'évolution. Et le placement produits (vins…) a sans doute eu des retombées palpables tant au Japon que chez les viticulteurs français. En identifiant pas à pas les douze "apôtres" (vins décrits dans ce premier arc œnologique et conduisant vers Les Gouttes de Dieu en question), les 44 tomes ont seulement préparé la suite, Mariage. Shû Okimoto (dessinatrice) et Tadashi Agi (scénaristes - ce pseudonyme est commun à un frère et une sœur) en ont d’ores et déjà produit 4 nouveaux volumes au Japon. Le premier tome en sortira en France, toujours chez Glénat, en septembre 2016.

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lundi 7 mars 2016

Maurice et Patapon - Charb

Maurice et Patapon ne sont pas deux gentils petits fripons. Dès les pages de garde (en noir et blanc), Charb annonce la couleur: il s'agit de personnages antipathiques (animaux "de compagnie" qui affichent leur insolence et leur "mépris" de l'humain): deux canailles! N'en déplaise à Luce Lapin (1), ce n'est pas le genre de compagnons qu'on aurait envie d'adopter pour un chez-soi paisible. 

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Le plus souvent, il s'agit de "bandes" (strip) de 3 dessins. Leur première publication remonte semble-t-il à 1998 dans Charlie Hebdo. J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'impression de les avoir aperçus ailleurs dans la presse (Libération?), mais ma mémoire doit certainement me tromper - en tout cas je n'en ai pas retrouvé trace.

Ces deux bestiaux (chat tigré et chien marron) n'aiment vraiment pas les humains, que ce soit ceux qui s'imagineraient leurs maîtres ou les autres. Ils vont jusqu'à les trucider (sur le papier - c'est toute la différence). Mais c'est pas parce qu'ils n'aiment pas les humains qu'ils adorent les (autres) bêtes. Il m'a quand même fallu choisir dans les dessins...

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L'humour de Charb est ici encore très "crade" voire scatologique (provocateur): ces anthropomorphes bâfrent (y compris des choses immondes), régurgitent, pêtent, chient... Ils n'ont rien pour plaire, mais peuvent faire rigoler.

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Leur univers? Cynisme et bons mots, causticité. Je reconnais que s'ils ne sont pas cons (voir ci-dessous quelques morceaux choisis de leurs philosophies), en tout cas ils osent tout (même se moquer des bobos).

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Leur humour gras tourne parfois en dérision le sacré. Pour donner une approche plus intellectuelle au présent billet, je signalerai que Philippe Corcuff évoquait il y a des années déjà "la dérision à tonalité tragique de Maurice et Patapon de l'ami Charb" (2).

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Dasola m'a interdit de sélectionner un dessin où ils se moquent d'A***h! Mais elle n'a rien dit pour la burka.

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Pour le moment, je n'en ai encore lu que 4 (empruntés en bibliothèques). Mais ils restent dans mon colimateur (pour finir par les intégrer dans ma BDthèque).

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C'étaient vraiment de sales bêtes. N'empêche... Qu'est-ce qu'on les regrette!

(1) Luce Lapin écrit des chroniques chaque semaine dans Charlie Hebdo sur les thèmes de l'adoption des animaux abandonnés et lance des appels à tous ceux qui voudraient adopter chiens ou chats. Elle milite vigoureusement contre la corrida et toutes formes de cruauté envers les animaux.

(2) Chronique dans Charlie Hebdo N°525 du 10 juillet 2002, reprise dans Mes années Charlie et après, Philippe Corcuff, Textuel, 2015 (18 dessins de Charb et 1 de Tignous).

 *** Je suis Charlie ***

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mercredi 27 janvier 2016

Ca, c'est moi quand j'étais jeune (lettre ouverte à ma femme) - Wolinski

L'an dernier (... début d'année 2015), j'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) procrastiné un billet sur Wolinski (j'espère y revenir et le finaliser prochainement). Je ne savais pas trop par quel bout prendre ma quinzaine d'albums de dessins pour rendre hommage au doyen des assassinés. Je me rappelle que ma copine m'avait dit: "Wolinski, c'est les femmes! Il n'avait pas une héroïne?". Il y a quelques jours, ...

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... je suis tombé chez une de mes librairies de quartier sur Ca, c'est moi quand j'étais jeune, réédition 2016 (avec une préface de Maryse Wolinski) d'un livre de Georges paru en 1978 sous le titre Lettre ouverte à ma femme. J'en ai lu les 180 pages (dont 19 dessins - un par chapitre) en 2 heures.

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En quatre pages sobres, Maryse Wolinski explique les circonstances de la rédaction de ce livre. Après 10 ans de vie commune, c'est une conversation de vacances (un déjeuner romantique pour le 5e anniversaire de leur mariage) au sujet du "machisme" légendaire de Georges qui a donné à ce dernier l'idée de rédiger cette "lettre ouverte...". Il y parle longuement de son enfance à Tunis durant la seconde guerre mondiale, de sa jeunesse dans les Hautes-Alpes, de la découverte (laborieuse) du "sexe opposé" [l'expression est de moi: les choses se passent sans doute plus simplement au XXIe siècle, mais j'ignore si on y a vraiment gagné!]... Dans près de la moitié des chapitres, Wolinski tutoie Maryse en justifiant le titre. Quelques dialogues (vrais ou arrangés?) sont même retranscrits.

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J'ai (gestionnaire de bases de données, on ne se refait pas...) bien apprécié la bibliographie (8 pages en fin d'ouvrage, à jour, je suppose) des 94 livres parus du vivant de Wolinski. J'en possédais 14 l'an dernier. Je me donne quelques années pour tous les acquérir - et bien entendu les lire. Et les faire lire. J'espère avoir donné envie de découvrir celui-ci.

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C'est quand même plus savoureux à lire qu'un livre de la pauvre (1) Elsa Cayat, pour lequel j'avais été attiré par le titre (Un homme + une femme = quoi?). J'ai fini par le terminer, j'en parlerai prochainement. [chroniqué finalement le 07/09/2016].

(1) feu mon père utilisait souvent cette locution familière quand il voulait dire que la personne en question était décédée. Pour mémoire, Elsa Cayat, chroniqueuse à Charlie hebdo, fait partie des personnes assassinées en janvier 2015.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 6 janvier 2016

J'aime pas la retraite - Patrick Pelloux et Charb

A une question sur une éventuelle reformation de leur groupe, Georges Harrison répondait dès les années '80 quelque chose comme: "On reformera les Beatles quand John [Lennon] ne sera plus mort" [j'ai pas réussi à retrouver la citation originale!]. Pour ma part (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), je ne prévois pas, à ce jour, d'arrêter d'acheter chaque semaine Charlie Hebdo. En 2015, j'ai acheté et lu tous les numéros parus après le 7 janvier, sans exception. J'ai aussi acheté un certain nombre des livres parus ou reparus (des auteurs disparus). Cette année et encore beaucoup de suivantes j'espère, sans m'abonner, je demanderai en kiosque numéro après numéro. Pas forcément par adoration pour le contenu de Charlie Hebdo en cette année 2016 (quoique), mais davantage, je dirais, par un "devoir de mémoire" que je me donne à moi-même, pour Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski et les autres. Il me reste à chroniquer mes lectures de leurs oeuvres pour poursuivre mes hommages débutés en 2015, aussi longtemps que dasola continuera à m'autoriser à squatter son blog.

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J'aime pas la retraite (dessins de Charb, textes de Patrick Pelloux) prend place dans une collection des éditions Hoebeke. Mon édition de ce livre paru en 2008 est une réimpression de 2014. D'autres titres "J'aime pas..." ont été dessinés par Luz, Trez, Riss, Florence Cestac, Lefred-Thouron (bien vivants!) ou Charb lui-même. Comme souvent, l'humour de Charb est plutôt noir, dans ses 29 gags en 1 page (parfois d'un seul dessin) et dans ses 3 doubles pages, et fait plutôt ricaner que rigoler (il faut aimer). Les vies qu'il montre, laborieuses ou "retraitées", ne font pas forcément envie. Pelloux, lui (qui, par ailleurs, a annoncé il y a déjà plusieurs semaines la fin programmée de son billet hebdomadaire dans Charlie Hebdo), alterne les textes pessismistes et optimistes dans ses 9 chroniques. J'apprécie particulièrement les deux pages dessinées par Charb ci-dessous, pour leur regard "cruel" sur la vie de couple après la retraite. Mais il ne s'agissait que de dessins, d'humour! A ma connaissance, aucune association de retraités n'a éprouvé le besoin de s'attaquer (faire un procès...) à Charb pour cela. Pour ma part, je continue à juger intolérable de l'avoir privé, lui-même, d'une longue vie de sexa-, septa-, octo- (et plus peut-être...) -génaire, lui qui avait quelques années de moins que moi...

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Je ne résiste pas à retranscrire le texte (provocateur) de la 4ème de couv' (cosigné Patrick Pelloux et Charb):
"Bien sûr que nous sommes partisans de la retraite, mais on ne veut pas rouiller n'importe comment. Or désormais, hélas, l'ancienneté ne paie plus. Financièrement, c'est le grand bond en arrière: nous voilà avec des ressources faméliques, pires que lorsqu'on était ce qu'on ne sera plus jamais, jeunes et beaux. Et socialement, c'est la Bérézina: hormis dans les transports publics qui nous accordent une place assise, on est sommé de circuler, et vite, sans broncher, comme s'il n'y avait plus rien à voir.
C'est cette retraite-là qu'on déteste, celle qui détourne de la vie, isole, reproduit et amplifie les inégalités. Tant que la retraite ne sera pas synonyme de bien vivre, nous la combattrons! Et jusqu'à ce que mort s'ensuive s'il le faut: mieux vaut encore partir la tête haute que les pieds devant."

*** Je suis Charlie ***

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lundi 21 décembre 2015

Poison City (second tome) - Tetsuya Tsutsui

Ceci est un second billet signé ta d loi du cine, squatter chez dasola, sur cette "mini-série" manga dont le thème m'avait accroché (cf. ma chronique du T.1). Ce second tome étant finalement sorti le 10 décembre 2015 (et non le 3 comme prévu), je reste dans les temps par rapport au délai que j'avais annoncé!

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Nous avions laissé notre mangaka (auteur de manga) en pleine discussion avec un éditeur américain. Sans raconter tout ce qui se déroule dans ce dernier volume, glosons qu'il donne une vision plutôt déprimante de ce que risque de devenir la création artistique (nous sommes bien dans une oeuvre "d'anticipation" puisque l'action se déroule en 2019). Je suppose que, pour Tetsuya Tsutsui, la question est de savoir si nous nous nous trouvons dès aujourd'hui, ou non, dans l'emballement d'un processus devenu non-maîtrisable (point de non-retour dépassé, comme pour le réchauffement climatique - le rapprochement est de moi!). Ce 2019 ressemble quand même beaucoup à un monde insidieusement sous contrôle: jugement sans appel sur des éléments subjectifs et non plus objectifs, sur des intentions supposées à partir de simples images; des instances décideuses qui refusent toute remise en cause de leur fonctionnement; un auteur stigmatisé comme un véritable coucou; et accessoirement des serveurs internet, normalement accessibles à toute la population, qui "plantent" à un moment crucial. Peut-être malheureusement que, s'il n'y a pas de prise de consciences des lecteurs permettant que dès aujourd'hui le public reconnaisse que les changements mis en évidence dans Poison City représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines (japonaises ou autres), alors ce qui apparait comme exagérément pessimiste sera simplement prémonitoire. Rendez-vous en 2020 pour voir... 

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mercredi 2 décembre 2015

Poison City (1er tome) - Tetsuya Tsutsui

Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me glisse entre deux de ses billets pour présenter un manga dont le 1er tome m'a accroché et amené à "essayer" la chroniquette ci-dessous. Le second volume doit paraître demain 3 décembre: je tâcherai de le lire et de le chroniquer à son tour avant la mi-décembre!

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Dresser la chronologie du "seinen manga" Poison City (éditions Ki-oon) n'est pas simple. Dessinateur et scénariste, Tetsuya Tsutsui a mis en abyme fiction, réalisme et réalité dans cette oeuvre qui s'intéresse au milieu du manga au Japon. Sur 400 propositions qu'y reçoit chaque année une Maison d'édition, seules une vingtaine aboutiront à la publication d'une oeuvre, d'abord en magazine, puis, si le succès s'installe, en albums brochés (dont les royalties constitueront le gros de la rémunération de l'auteur, peu payé pour les planches originales publiées en magazines). Et si les droits sont achetés pour une publication à l'étranger, cela peut constituer le jackpot. Pas de droit à l'erreur, donc. Tetsuya Tsutsui a souhaité attirer l'attention du lecteur sur le risque que la liberté artistique se voie brider par des considérations morales, avec des "experts" qui s'arrogeraient un jour le droit de décider ce qui peut être vendu au public ou non. En 2019 (c'est demain!), le Japon s'apprête à accueillir le monde pour les Jeux olympiques, avec souci d'image à la clé. Cinq ans plus tôt, dans l'univers fictionnel, Mikio Hibino, jeune assistant mangaka, s'apprête à publier ses premières propres planches dans le mensuel (fictif) Young Junk (jeune bric-à-brac ?). Juste avant la parution, souci pour lui et son éditeur: un fait divers risquant d'être lié à l'histoire qu'il a dessinée, il doit la corriger. L'univers du manga commence donc à s'autocensurer. Retour dans le présent (fictif): pour être visible en librairie, les mangas passent sous les fourches caudines d'une commission animée par un puritain, ancien Ministre de la culture. Sans son visa, l'oeuvre est classée comme "déconseillée" ou même "nocive pour la jeunesse"... "Dans la vraie vie", Tetsuya Tsutsui avait appris par hasard, en 2013, que son manga Manhole avait été classé en 2009 comme "oeuvre nocive pour la jeunesse" dans le département de Nagasaki. Prépublié à partir du 10 avril 2014 dans le magazine Jump Kai, Poison City doit être transféré à partir d'octobre 2014 sur internet. Le 3 juillet 2015, l'oeuvre est distinguée en France par l'association des critiques de bande dessinée. Tetsuya Tsutsui a calligraphié ses remerciements pour ses "lecteurs français qui ont toujours soutenu son travail" le 10 juillet. Poison City nous montre différents échanges entre l'auteur, son responsable éditorial, les patrons de la Maison d'édition: un décryptage passionnant des dessous réels (notamment économiques) de l'univers du manga, et des contraintes qui pèseront peut-être demain sur la créativité: il faudrait la mobilisation des fans pour que le report reste minoritaire. A la fin du T.1 de Poison City, un éditeur américain (et pourquoi pas français?! NDLR) arrivait pourtant avec une proposition alléchante. Le dernier chapitre du second tome a été livré au Japon le 9 octobre. Ici, on l'attend avec impatience: rappelons qu'en France, la loi du 16 juillet 1949 avait instauré une Commission de surveillance et de contrôle pour les publications destinées à la jeunesse. Et aux Etats-Unis, dans les années 1950, le psychiatre Fredric Wertham a été à l'origine de la faillite de la plupart des éditeurs de "comics" américains, suite à la publication d'un livre liant lecture de comics et délinquance juvénile. Ne laissons pas Anastasie réaffuter ses ciseaux...

PS: merci à dasola pour les photos.
PS2: chronique du T. 2 le 21/12/2015.

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lundi 16 novembre 2015

Silex and the city 6 - Jul / Les vieux fourneaux (celui qui part) - Lupano & Cauuet / Le papyrus de César - JY Ferri & D Conrad

Dans cette période très triste, afin d'égayer (un tout petit peu) l'atmosphère, voici trois BD qui devraient faire l'affaire (enfin je l'espère).

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Dans Silex and the city  6. Merci pour ce Mammouth de Jul (Dargaud, 46 pages), on retrouve avec grand plaisir toute la famille Dotcom. Le jeune Rahan de la Pétaudière, fils et héritier de Crao de la Pétaudière, patron d'EDF (Energie Du Feu) annonce à son père qu'il est amoureux de Web, la fille des Dotcom. Crao pense que ce serait une mésalliance. Il trouve que Web de par ses origines "homo-sapiens à peine bipède" n'est pas digne de s'unir à une famille dont les origines remontent à "Troglodyte le Téméraire". De là, quelques pages sont consacrées à ce qui s'est passé avant et après 1 789 000 avant J.-C. A leur tour, les Dotcom vont essayer de reconstituer leur arbre généalogique. Ils apprennent grâce à des cro-mormons que les membres de la famille Dotcom n'ont pas à rougir de leur lignée. Tout le reste de l'album est consacré aux différents préparatifs du mariage car bien évidemment Crao de la Pétaudière impose un mariage religieux. Le dessin de la couverture ressemble beaucoup à la dernière vignette de l'album. Ce n'est pas mon album préféré des six, mais c'est sympa quand même, et, bien entendu, j'attends la suite. Lire les billets sur les albums précédents, ici, ici, ici et .

Je passe au nouvel album d'Astérix, le 36ème, Le papyrus de César, de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (éd. Albert René, 48 pages) dans lequel César doit publier ses "Commentaires sur la Guerre des Gaules". Un chapitre fait tâche, le 24ème, dans lequel il admet qu'un village gaulois en Armorique lui résiste. Un conseiller nommé Promoplus lui dit de supprimer ce chapitre. Ce bout de papyrus va être subtilisé par un scribe muet (Bigdatha) qui n'a pas voix au chapitre. Le livre est un succès (50 exemplaires écoulés), mais ce chapitre manquant va bien entendu provoquer un certain émoi dans le village gaulois nettement plus intéressé malgré tout par l'horoscope du druide Appolosix. Les soldats romains autour du village sont désormais au goût du jour pour recevoir et envoyer des informations: ils ont les pigeons voyageurs dans le cadre d'une offre illimitée. Je ne vous dis rien de plus sur cet album amusant. Je l'ai trouvé réussi, avec plein de références à propos des moyens de communication, de l'information en direct, etc. Didier Conrad fait oublier que ce n'est pas Uderzo qui dessine.

Je termine par l'album que j'attendais (comme d'autres blogueurs), le troisième tome des Vieux fourneaux - Celui qui reste. Il est paru le 13 novembre 2015. Je tiens à repréciser qu'il est préférable de lire les tomes dans l'ordre. Ici, un rappel des deux premiers tomes. Dans ce troisième tome,  on retrouve Emile, Antoine et Pierrot ainsi que Sophie, la petite-fille d'Antoine. L'histoire est cette fois ci centrée sur Emile (dit Mimile) et son passé d'ancien joueur de rugby parti vers l'hémisphère sud du jour au lendemain en 1955. Il naviguera de rafiot en rafiot et se liera d'amitié avec un Australien appelé Errol. En sa compagnie, ils seront chasseurs de trésor d'épaves enfouies. La fuite de Mimile fut provoquée par le terrain de rugby communal rendu inutilisable par une dénommée Berthe. 50 ans plus tard, Sophie, grâce à son entêtement, va apprendre des choses pas glorieuses du tout sur Antoine, Pierrot et Mimile en rapport avec Berthe. Pendant ce temps là, en pointillé, on suit les tribulations de Pierrot déguisé en abeille dans le cadre d'une action du groupe "Ni yeux, ni maître". Comme dans les tomes précédents, il y a des réparties très drôles mais il y a des moments plus doux amers. Une fois de plus, on voit que Sophie sait séparer le bon grain de l'ivraie. Un quatrième et a priori dernier tome est prévu. Il concernera plutôt Sophie. J'ai hâte.

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vendredi 10 juillet 2015

Canardo (Mort sur le lac) - Sokal

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J'ai découvert le personnage de Canardo il y a pluseiurs années avec La marque de Raspoutine et La mort douce (j'avais bien apprécié les deux tomes) et puis je n'ai pas continué, jusqu'à ces temps-ci, où j'ai lu le dernier en date, Mort sur le lac (Casterman, 48 pages), le 23ème tome de cette série. Sokal dessine son héros depuis 1981, avec parfois un intervalle de plusieurs années entre 2 albums. Les histoires sont souvent très noires. Les personnages ne sont pas des enfants de choeur. Canardo lui-même (un vrai canard aux pattes palmées) est détective privé. Il est alcoolique (sa préférence va à la bière), fumeur et désabusé. il porte une arme et ne dédaigne pas avoir une aventure d'un soir avec une (jolie) femme de temps en temps. Dans Mort sur le lac, il est engagé par une jeune femme amnésique qui a été sauvée in extrémis de la voracité des anguilles que l'on trouve dans ce lac imaginaire situé entre la Belgique et le duché du Belgambourg. Le Belgambourg est un paradis fiscal que l'on retrouve dans plusieurs albums, dirigé par une Grande-Duchesse, le cigare au bec et aux idées d'extrême-droite. Elle parle en langage souvent ordurier et terrorise ses conseillers. Justement, dans cet épisode, elle veut enrayer l'immigration de jeunes Wallones chômeuses qui traversent clandestinement le lac Belga. Pour ce faire, elle nomme le commissaire Eugène Garenni (comme son nom l'indique, il a la physionomie d'un lapin avec des grandes oreilles). C'est aussi un personnage récurrent des albums de Canardo. Il sert de faire-valoir à notre palmipède. Le méchant de l'histoire que l'on découvre rapidement est le propre neveu de la Grande-Duchesse, le baron Ferdinand. J'ai aimé cet album malgré sa noirceur et son cynisme. Comme souvent dans les histoires de Canardo, les personnages féminins ont des personnalités fortes, ce sont des meneuses. Une suite est annoncée à la fin de l'album: La mort aux yeux verts. Je l'attends avec impatience.

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dimanche 25 janvier 2015

Je hais les petites phrases - Honoré

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Ma commande passée le 8 janvier 2015 chez l'une de mes librairies de quartier du livre d'Honoré Je hais les petites phrases, Charlie Hebdo / Editions Les Echappés (2011, 112 pages) est arrivée en fin de semaine dernière.

Extrait de la 4ème de couv': "Des petites phrases, degré zéro de la pensée, en français approximatif, creuses ou vulgaires, à l'image de la vie politique des années Sarkozy: Je hais les petites phrases dresse une galerie de portraits pris sur le vif des meilleurs paroliers du quinquennat, où le dessin révèle les sous-entendus les plus inavouables."

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne prêtais certainement pas assez attention aux dessins carrés d'Honoré quand j'achetais Charlie Heddo, quelques rares fois par an (à l'occasion de voyages en train, en général), et je le regrette, ô combien, aujourd'hui.

Publié avant la fin de l'unique quinquennat de Nicolas S., cette sélection de dessins publiés dans l'hebdomadaire fait la part belle aux ministres ou personnalités de droite (le Président apparaît lui-même 11 fois, suivi par Mme Lagarde (10 occurrences), Fillon (6 dessins), Woerth (5 portraits), mais aussi Boutin ou Amara (4). S'y ajoute un peu de société civile (Laurence Parisot 3), mais aussi quelques religieux catholiques (le Pape, des évêques) ou des mises en situation de musulmans voire musulmanes... Méconnu, Honoré dessinait bien en véritable iconoclaste.

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Je trouve que le style de dessin d'Honoré fait penser à de la linogravure: format du dessin carré ou rectangulaire, traits épais, décors géométriques en arrière-plan souvent composé de lignes droites. Comme on le remarque ci-dessus, les dessins sont en fait constitués de trois éléments: en haut, en rouge et entre guillements, la "petite phrase" servant de prétexte à Honoré (avec toujours son auteur crédité). Le dessin lui-même, généralement statique. Et en queue, le venin (quelques mots faussement attribués au personnage, ou un commentaire de situation...). Les types de portraits sont variés: de face ou de profil, du plan italien au plan poitrine en passant par le plan taille. On peut aussi voir deux personnages qui échangent, ou bras-dessus-bras-dessous. Parfois est caricaturée une situation outrée: Lagarde sautillante, Bayrou en écorché ou Villepin râlant au croc. Anecdotiquement, sont représentés des animaux: nounours, trois (cul de) vaches, un magnifique canard mandarin polychrome. Les vignettes de ce livre sont le plus souvent en noir et blanc, très rares sont celles comportant un applat monochrome, et seuls 3 dessins sont égayés de deux couleurs (j'ignore ce qu'il en était des parutions originales dans Charlie, ou si ces couleurs sont spécifiques au livre). On pourrait noter enfin que, à l'époque de parution, la gauche était à la portion congrue: peu visible, peu visée? Valls apparaissait dans 3 dessins peu flatteurs, Rocard 2 fois, DSK et Hollande 1 fois chacun... Je suppose que des ouvrages reprenant des dessins plus récents ne manqueront pas d'être publiés?

Pour l'anecdote, j'en profite pour signaler avoir demandé ces derniers temps, dans deux librairies différentes, pourquoi il n'y avait pas une table dédiée aux livres des six journalistes (dessinateurs ou chroniqueurs) assassinés, et avoir obtenu des réponses très similaires: "on s'est posé la question / j'y ai réfléchi; ça m'a / ça nous a mis mal à l'aise : ça aurait fait un peu... [le mot juste a un peu de mal à sortir: opportuniste? vautour? commercial]; on va laisser passer un peu de temps; si on nous en demande, on répond bien sûr; tous leurs titres ne sont pas actuellement disponibles".

En conclusion, un dernier dessin papillonnant d'Honoré, illustrant cette fois un autre livre (tout juste acheté), de Bernard Maris (Oncle Bernard), Petits principes de langue de bois économique, Bréal / Charlie Hebdo, 2008 (billet à venir) [chroniqué le 27/02/2016].

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*** Je suis Charlie ***

Posté par tadloiducine à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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