mardi 7 septembre 2021

Une vie compliquée / La vie compliquée de Georges le tueur! - Wolinski

Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) consacre mon hommage mensuel à Wolinski, avec deux de ses albums aux titres qui se ressemblent. Pour la petite histoire, je ne connaissais pas Une vie compliquée et suis tombé dessus récemment dans une solderie, tandis que j'avais l'autre album dans ma BDthèque depuis plusieurs décennies. Je commence par le plus récent (et sans doute le plus méconnu?).

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 Une vie compliquée, Albin Michel / SEFAM, mai 2005 (après une première édition en 2004?)

L'hstoire semble bien avoir été publiée dans L'Echo des Savanes, ce que les mentions "Albin Michel / SEFAM" me laissaient supposer. Ce magazine semble avoir eu lui-même une histoire compliquée... Est-ce que la fin abrupte serait en rapport avec la suspension de L'Echo des Savanes fin 2005, avant la reprise du mensuel en 2008 par Glénat?

Lors de sa sortie en album, Une vie compliquée avait été présenté (selon ce que j'ai pu lire ces jours-ci sur le web) comme la première "véritable" bande dessinée de Georges Wolinski. Le contenu consiste en une aventure "unique" qui court sur 48 pages, sans que le thème en soit trop introspectif (?). Comme on peut le lire partout (et notamment en 4e de couv'), le "Jules" héros de l'album est présenté comme un play-boy bien garni en femmes comme en comptes bancaires.

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Dans l'album de la SEFAM, notre Jules apparaît plutôt comme un membre de la classe moyenne supérieure, un Français normal, avec une double vie, quelques maîtresses par-ci-par-là, et aucune inquiétude à avoir pour ses fins de mois. A noter encore que, dès la première page, on aperçoit des oiseaux qui... P1120442  P1120443 Mais non, j'en parlerai le mois prochain. Disons que le héros se prélasse en hamac dans une île. Dès la page 3, sa légitime l'appelle (au téléphone). Retour prévu à Paris, en passant par Stockholm... Trajet comme retour sont torrides. Et générateurs de quiproquos. Et Jules se retrouve dans de mauvais draps. Notre infortuné héros est pris pour ce qu'il n'est pas, un tueur. Ce n'est pas lui, c'est l'autre, monsieur "X"! Ah, en passant, ne prêtez jamais votre PC à votre chérie, quel que soit le prétexte invoqué! Elle va le pister dans son paradis puis à Stockholm. Les mafieux comme la police sont aussi sur ses traces. Son seul soutien: "X", dont on découvre qu'il a embarqué Jules dans son repaire. Devenu méconnaissable, il s'ennuie. Mais ses poursuivant(e)s rappliquent... Bref, vous l'aurez compris, ça fourmille de péripéties. Les 48 pages ne sont absolument pas numérotées. Par moment, un court récitatif suffit à faire avancer l'action. En dernière page, cet album commencé par des oiseaux s'achève en queue de poisson (à suivre / suite attendue?).

Quelques images du refuge en montagne. P1120444  P1120445 "X" est un vrai professionnel.  

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Je passe maintenant à l'autre ouvrage que je possédais de longue date [septembre 1998!], au titre un peu similaire: La vie compliquée de Georges le tueur! (éditions du Square, 1970 - 36 ans avant avant l'autre!). Ce second album (le premier chronologiquement) consiste, lui, en un regroupement de plusieurs épisodes plus ou moins philosophiques. Je dirais presque qu'il s'agit d'un album "à sketches". 

P1120441 Editions du Square, dépôt légal 4e trim. 1970

Le premier a pour titre "Le matraqueur". La première "victime" de celui-ci ne lui rapporte, comme butin, que deux sachets de graines... spéciales. Ces femmes empotées qui poussent doucement sont, je suppose, à ne pas prendre au pied de la lettre (ce serait bien trop méchant). Cette bande dessinée de 1970 nous montre une première "belle plante" dont le héros doit se séparer prématurément, tandis que la seconde s'attache longuement...  Faut-il voir dans cette historiette de 9 pages des (sex-symbol), entre celles qui dépérissent vite d'avoir été cueillies trop vite, et celles qu'il faut tenir à distance si on les a laissées nous envahir? Après quelques planches d'interlude, place à "La vie sentimentale de Georges le tueur", qui court en vain derrière le succès (10 pages d'histoire, + 2 planches-interlude).

Voici la planche d'ouverture du troisième épisode: le tueur réfugié dans le chalet, la grosse voiture qui vient le chercher... P1120561 ...Est-ce que ça nous rappelerait quelque chose? Il y est question d'un petit pays dangereux, s'il exporte une terrible invention: non, pas une religion, juste la découverte du professeur Cavanna, qui peut rendre l'humanité immortelle... 

Quatrième épisode: "C'est bien fait pour eux!". Georges (le tueur) revient, et il est plus méchant: dictateur, c'est à lui qu'il revient d'exterminer cette humanité qui le lasse. Encore deux pages d'interlude, et une conclusion ("Sex-shop") en dix pages encore: Georges est tout seul sur terre... ou presque.

Mais que je sache, à part sur le papier, Wolinski n'avait jamais agressé qui que ce soit!

*** 

Je profite de ce billet pour signaler l'appel co-signé par Maryse Wolinski et six dessinateurs de presse, dont Coco, Riss et Juin, pour réclamer la création, à Paris, d'une Maison du dessin de presse et du dessin satirique. Cette création avait été annoncée à grand son de trompe le 7 janvier 2020, à l'occasion du cinquième anniversaire de l'attentat contre Charlie, par le Ministre de la Culture, qui était à l'époque Frank Riester. Aujourd'hui, si j'ai bien compris, pour boucler le plan de financement, il ne manque plus que l'engagement financier de l'Etat... Peut-être n'est-ce plus assez "attractif"?
Appel publié dans le Journal du Dimanche du 05/09/2021, p.37.

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 15 août 2021

Le secret de Khâny (Yoko Tsuno T.27) - Roger Leloup

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Quatre challenges avec un seul billet - je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) deviens peut-être trop gourmand...  en ce sixième mois depuis le début du Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola). Mais bon, cela fait tellement plaisir d'y voir répertorié mes petits billets... Ici pour le 9e Challenge de l'Imaginaire, là pour le XIIe Summer Star Wars "The mandalorian". Cette fois-ci, mon sujet est une bande dessinée.

Yoko Tsuno, c'est LA série personnelle de Roger Leloup, qui a débuté sa carrière comme assistant de Jacques Martin, d'Hergé, de Peyo... Il a l'idée du personnage à Noël 1968 et quitte définitivement les Studios Hergé fin décembre 1969. La publication dans le journal de Spirou commence par quelques histoires courtes (je dois les avoir en reliures du journal!) sous la signature du scénariste Maurice Tillieux (reprises dans le 4ème album de la série, Aventures électroniques). La première histoire complète en un album met en scène la rencontre de Yoko et de ses deux faire-valoir masculins avec les Vinéens, dont Khâny, dans Le trio de l'étrange (album sorti en 1972). Mais commençons par Le secret de Khâny (27e album, sorti en 2015 - je reviendrai sur la série plus loin dans le billet). 

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Un soir, Yoko (à droite sur la couverture ci-dessus) et sa "tribu" sont dérangées dans leur vie de château en Ecosse par un robot volant manifestement vinéen. Occasion d'appeler en visioconférence Khâny (à gauche sur l'image)... qui commence par ne pas répondre. Lorsqu'elle se pose enfin, une heure plus tard, c'est pour proposer à la fine équipe un petit tour, non pas dans les étoiles (la routine!), mais sur la planète rouge, avec départ deux jours plus tard (oui, dans cet album, les choses ne traînent pas trop) vers la lune d'abord, puis, en une seule journée, vers Mars.

P1120461 (p.23-23) Arrivée en vue de la planète.

   On y tombe assez vite sur des créatures patibulaires (p.26-27)... P1120462

 ... dont il faut encore se dépétrer, après quelques péripéties (p.41) P1120464

Je crois avoir réussi à ne rien spoiler pour préserver le plaisir de parcourir chaque page.

P1120463 Au final, l'action sur Mars (de la page 22 à la page 46) se déroule très vite: cela a juste pris quelques heures à Yoko (et à ses comparses) pour sauver le monde terrien et conclure l'album.

Quelques blogs (parfois participants aux Challenges Summer Star Wars proposés par Lhisbei) ont écrit des billets plus complets sur cet album en particulier. Je pense à Anudar (fidèle participant, qui a aussi évoqué d'autres albums), ou à Fanaeries (plus épisodique, aujourd'hui inactif). En 2015, Blog-o-noisettes ou Prosperyne en avaient aussi parlé. Enfin, voici ce qu'en disait l'auteur lui-même en mai 2015.

Passons maintenant à la série (il manque dans cette image de Quatrième de couverture du N°27 les deux derniers titres parus).

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En guise de transition, je tenais aussi à montrer des citations des albums Message pour l'éternité (à gauche) et Les trois soleils de Vinéa (les deux autres extraits). Comme quoi, l'oxyde de fer est bien un élément répandu dans l'univers...

P1120548   P1120549   P1120550 des paysages déjà très "martiens"... L'un sur terre (avec un peu de végétation ou de mousse?) et l'autre à deux millions d'années-lumière!

Comme j'avais commencé à l'évoquer plus haut, la série de Roger Leloup (qui va sur ses 88 ans) compte une trentaine de volumes, dont une dizaine constituent un "space opera" avec extraterrestres et visites de planètes lointaines (très lointaines: à deux millions d'année-lumière!). Cette héroïne de papier est graphiquement âgée d'une trentaine d'années (mettons qu'elle était fraîchement diplômée en électronique en 1970...). L'originalité de la série consiste en ce qu'elle alterne des aventures en lien avec les "extra-terrestres" que sont les Vinéens (installés sous terre depuis des centaines de milliers d'années... en léthargie pour la plupart), et des aventures plus "terre-à-terre" même si exceptionnelles. Ainsi, Yoko a d'abord travaillé pour la télévision, plutôt "à la pige" qu'en tant que salariée en pied (un peu comme Tintin?). Ses aventures l'entraînent aux quatre coins du monde, de l'Allemagne à l'Asie voire la Suisse ou même la Belgique. Elle a des accointances avec les services secrets britanniques et, depuis déjà quelques albums, plus vraiment de soucis matériels pour faire vivre les enfants ou adolescentes qu'elle a plus ou moins prises sous sa tutelle au fil de ses aventures. Dans une interview reprise dans tel ou tel des 9 tomes de l'édition "intégrale" parue à ce jour, Roger Leloup précise avoir souhaité ne pas en faire une épouse ni une mère de famille "classique", et laisser libre part à l'imaginaire de ses lecteurs.

Les dix albums "vinéens" constituent la partie proprement "Space opera" de cette série. Le premier (Le trio de l'étrange, qui voit la rencontre avec Khâny) pose le cadre: sous notre terre vit une communauté extra-terrestre, technologiquement bien plus avancée que les terriens, des "réfugiés climatiques" avant la lettre, puisque leur planète d'origine, Vinéa, devenait invivable de par la fusion de leurs deux soleils, il y a deux millions et 400 000 de nos années. Pour évacuer toute leur population, "cent vaisseaux étaient prévus, on termina avec difficulté le onzième"... qui finit par atteindre la Terre en nos temps préhistoriques. Les Vinéens s'enfoncèrent sous terre. Au fil des siècles, deux projets ont vu le jour dans leur communauté: soit s'imposer par la force à la surface de notre globe (sujet évoqué dans le deuxième album "vinéen", La forge de Vulcain, et encore dans Le secret de Khâny); soit rapatrier les exilés vers Vinéa, après un voyage exploratoire auquel participera Yoko (dans Les 3 soleils de Vinéa, 3ème album de ce cycle, Yoko et ses amis passent deux mois en léthargie par trajet de deux millions d'années-lumière...). Notre héroïne y retournera à plusieurs reprises ensuite (11 albums, au total, voient intervenir les Vinéens, avec une intrigue se déroulant parfois sous nos pieds et non dans l'espace). Mais à force de voyages dans les étoiles, quelques années se sont donc bien passées! Le blog d'Anudar (La grande bibliothèque d' - ) a chroniqué au fil des ans une dizaine d'albums de la série. Il existe aussi au moins un site de fans.

Je me demandais si on pouvait attendre un 30e album en cette fin d'année 2021. Je viens de dénicher sur ce qui se présente comme "blog auteur copyright Roger Leloup", deux lignes datées du 28 juillet 2021, qui annoncent que "Les gémeaux de Saturne est terminé" (sans date de parution à date). Enfin, en ce qui concerne les droits audio-visuels de Yoko, ils restent propriété totale de la SA Créations Roger Leloup.

Cette question (d'un nouvel album) ayant semble-t-il trouvé réponse, il me reste, à titre personnel, une interrogation. Je me demande si Roger Leloup a jamais songé à "donner les clés" à de jeunes auteurs pour prolonger, sans Yoko, l'univers vinéen, en suivant la piste qu'il avait lui-même donnée dans Le trio de l'étrange puis dans Les 3 soleils de Vinéa: aller explorer d'autres mondes, en racontant ce qui a pu arriver à tel ou tel des neuf vaisseaux partis de Vinéa (il y a deux millions d'années...) avant le 11ème, où se trouvait Khâny, celui qui a atteint la terre (je crois qu'un des 10 a déjà été retrouvé)? Ainsi, (un exemple entre des dizaines - tant il existe d'univers extraterrestres "de papier"!), pourrait-on, qui sait, rêver d'un "croisement" avec Les mondes d'Aldébaran de Léo (Luiz Eduardo de Oliveira)? Ou avec d'autres graphismes comme avec d'autres galaxies imaginaires?

Il ne me reste plus qu'à écrire à Roger Leloup - aux bons soins des Editions Dupuis - pour le lui suggérer!

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samedi 7 août 2021

Les grands espaces - Catherine Meurisse

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) viens de découvrir une bande dessinée parue en 2018. C'est un cadeau d'anniversaire qui m'y a amené. Ayant à offrir, pour la deuxième fois (à une deuxième personne), le roman graphique L'oasis (de Simon Hureau, 2020, Dargaud, mais qui n'est pas le sujet du présent billet), j'y ai rajouté cet album-ci, dont j'avais repéré l'argument il y a quelque temps déjà. Son auteur a longtemps été la seule femme membre de l'équipe permanente des dessinateurs de Charlie Hebdo (où elle signait ses dessins de presse "Catherine"). Elle a quitté Charlie peu après le massacre de janvier 2015.

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Les grands espaces, Catherine Meurisse, Dargaud, 2018, 90 pages (mise en couleur Isabelle Merlet - bravo!).

Cet album revisite avec poésie l'enfance de Catherine et de sa (grande) soeur dans les années 1980, à la campagne où ses parents, néo-ruraux avant l'heure, avaient acheté une ferme en ruine pour y faire vivre la famille. Une maman à la main verte et un papa bricoleur, rien de tel pour vous donner une éducation écologique! Nous assistons au fil des pages à la "construction" de Catherine (et de sa grande soeur), entre Pierre Loti, Proust, Versailles, quelques peintres... Tout un passé revisité a posteriori par l'adulte qu'elle est devenue.

Je me permets de citer quelques-unes des magnifiques planches: pas forcément les plus esthétiques, pas forcément les plus belles, mais celles qui résonnent et font sens, pour moi.

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 P1120454 p.38-39 ... et autant pour La faute de l'abbé Mouret de Zola (un peu trop imaginatif...).

 P1120453 p.30. Ah, "le" paysan (qui a dû s'adapter pour survivre)...

 P1120455 p.56-57. Cette double page illustre comme un léger décalage entre la famille et l'éducation de Catherine, et l'univers rural du Poitou s'ouvrant à la modernité (le Futuroscope a été inauguré en mai 1987). Mais, je vous rassure, une ex-Présidente de la région Poitou-Charente en prend aussi pour son grade dans d'autres pages... avec quelque anachronisme puisqu'elle ne l'a été qu'au XXIe s. (avant de devenir ambassadrice des pingouins - un jour, je reparlerai d'oiseaux)!

 P1120456 p.86. La planche qui, dans l'album, suit celle-ci explique que les parents ont tous deux perdu les "maisons d'enfance" où ils avaient grandi...

Catherine évoque dans l'album ses débuts de future dessinatrice professionnelle (un premier projet pour le Festival du Cabicou?), mais n'y parle pas de Charlie Hebdo. Elle l'avait déjà fait dans La légèreté, que j'avais chroniqué ici.

Au final, ces Grands espaces constituent une oeuvre magnifique et touchante. La longue liste des remerciements finit par une "Pensée pour Charb, qui attendait cet album". 

DesHistoiresetdesBullesMême si l'ouvrage ne figurait pas, avant que je l'y inscrive, sur le challenge ci-contre, nombre de blog ont chroniqué cet album bien avant moi, entre autres Violette, Hélène, Sabeli du blog Le carré jaune, le blog Enseigner dehors en ville, Lisou du blog Les pipelettes en parlent, StemilouElsy et CaramelMes échappées livresques, Le dragon galactique... sans oublier Aifelle.

Liste non exhaustive - je vous invite à en chercher encore d'autres et/ou à lire l'album bien entendu!

Terminons en signalant que Catherine a été la première auteur de BD élu(e) à l'académie des Beaux-arts (section peinture), en janvier 2020.

*** Je suis Charlie ***

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samedi 3 juillet 2021

Jeff Hawke - Sydney Jordan

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Ce coup-ci, c'est en début de mois que paraît ma quatrième contribution pour le Challenge de la planète Mars (en tant que ta d loi du cine, "squatter" chez dasola). J'espère que la bande dessinée que je présente sera bien acceptée pour le challenge Des histoires et des bulles de Noctenbule. En tout cas, comme mes billets précédents, je l'inscris aussi au 9e Challenge de l'imaginaire proposé par Ma Lecturothèque (challenge dont voici le bilan des 6 premiers mois).

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Sydney Jordan, dessinateur des albums de la série de BD dont trois albums figurent ci-dessus, est toujours vivant (il a aujourd'hui, je crois, 93 ans - né le 28 mai 1928... selon une source sur la fiabilité de laquelle je m'interroge *), même si sa seconde série (Lance McLane - que je n'ai jamais lue) a cessé de paraître dans le Daily Mail en 1988. Sa première série, celle qui est le sujet de mon article du jour, Jeff Hawke, a été publié sous forme d'une "bande" (strip) quotidienne dans le Daily Mail (?) de 1955 ** à 1974. Il y a eu 6487 strips en N&B représentant 69 histoires. Parmi la dizaine d'albums qui semblent avoir paru en France, j'en possède aujourd'hui 9. Je ne vais évoquer que les trois photographiés.

Le héros éponyme, Jeff Hawke, entouré de quelques comparses, connaît, sur terre (ou sous la mer!) des aventures fantastiques, parfois aux prises avec des extraterrestres plus ou moins sympathiques. Il se retrouve aussi dans notre "banlieue proche" (en orbite terrestre ou au travail sur la lune), ce qui pourrait s'avérer réaliste dans la décennie qui s'ouvre (dans notre XXIe siècle, je veux dire). Mais il est également, quelquefois, transporté dans une [autre] galaxie très lointaine, ici ou là, par des civilisations venues des étoiles et infiniment plus avancées que la nôtre (pour le bien ou pour le mal!). 

Une édition intégrale, que Glénat a entrepris de publier en 1982, après avoir commencé au cours des années 1970 par faire paraître en albums la traduction en français d'épisodes choisis parmi les 69 déjà parus en anglais à l'époque, est restée inachevée sans explication (on peut subodorer des ventes insuffisantes?). Dans le premier tome, la première aventure, "Space rider", pose un cadre. Le capitaine Jeff Hawke, pilote d'essai de la RAF, pilote le prototype d'avion le plus rapide qu'aient construit les terriens. On fait appel à lui quand apparaît sur les radars une soucoupe volante et que des chasseurs classiques s'avèrent incapable de l'intercepter. Les bienveillants extraterrestres, ayant détruit son avion mais lui ayant sauvé la vie, lui offrent le choix, soit de le ramener illico sur terre après lui avoir effacé la mémoire, soit de le former pour qu'il devienne, en quelque sorte, celui qui guidera les terriens sur la "voie promise" vers les étoiles... Et s'ensuit, une fois son choix fait, une première "mise à l'épreuve" qui n'est pas sans rappeler quelque peu les aventures d'un Flash Gordon / Guy l'Eclair sur la planète Mongo! Le tout est bouclé en 138 "strips". 

La compagne d'aventures était apparue assez vite (p.41) P1120431 - forte tête (p.67). P1120435  P1120430 

Et maintenant, pour justifier cette présence dans le Challenge, les voici face aux Martiens! Ramené (comme promis) sur terre (à partir du strip N°139), notre Jeff Hawke va ensuite y être confronté à sa deuxième aventure, "L'invasion des Martiens" (nous y voilà!) pour de longues péripéties (jusqu'au "strip" 502, soit 92 pages). 

P1120427 Quelques méchants Martiens... (p.58-59) P1120428  P1120429 et des gentils... P1120432 (p.73)  P1120433 (p.78) P1120434 (et p.79). Hé oui, pour conquérir une nouvelle planète, il semble y avoir besoin de quelques modifications physiologiques... 

Mais si la troisième aventure du recueil voit encore la présence d'Ultar, désormais simple comparse (fin au strip 642), nos Martiens humanisés disparaîtront assez vite de la mémoire des scénaristes successifs (si j'ai bien compris).  

Dans le recueil titré Un corps étranger paru en 1981 (avant le début de l'Intégrale - le titre provient du "récit" N°30), la première aventure, "Un colis pour l'espace", ramène Jeff sur la planète Mars, où il supervise l'installation de la première base. On repart d'un terrain vierge (aucune allusion à Ultar ou à ses compatriotes). Le scénario postule la présence de quelques rares ressources en eau sur cette planète par ailleurs aride et désertique. Les terriens y réveillent un artefact extramartien ... et assoiffé. Mais je n'ai pas réussi à identifier, à partir seulement de la liste en anglais des épisodes publiés (qui figure dans le tome 2 de l'Intégrale), quelle peut être cette aventure (éventuellement, la N°24, "The changeling" ?). 

p.7: P1120436 p.19: P1120437 p.21: P1120438

Enfin, j'ai souhaité clore mon évocation de cette belle bande dessinée "classique" en évoquant mon épisode préféré (même s'il ne concerne pas Mars). Elle figure dans un mince recueil titré Chacondar, publié en 1979 et qui rassemble trois aventures, dont les deux premières s'intitulent "Coup de lune" et "Le naufragé de l'espace". C'est de celle-ci que je vais principalement parler: avec mon esprit "terre-à-terre", hé bien, c'est cette aventure-ci qui m'a toujours fait rêver... chaque fois que je l'ai relue, depuis son acquisition en 1990. Et bien plus que toutes les histoires d'extra-terrestres et de planètes autres que la terre à explorer.  

P1120423 Le naufragé de l'espace, dans sa capsule en perdition, croit avoir une hallucination... (p.22-23). P1120424

Tout s'explique après quelques recherches... (p.32) P1120426 (... et p.29) P1120425 

Terminons en disant que, outre les albums édités chez Glénat, il en existe aussi un publié naguère aux Editions du square, vu que quelques aventures sont parues dans Charlie mensuel. Quant au seul qui me manque à ce jour (et que je n'ai jamais eu entre les mains), paru chez Glénat, il s'appelle Les vents de Mars, et contient, je suppose, l'aventure n°67 (sur au moins 79 parues en "strips"). Je peux encore espérer le dénicher avant le 31 mars 2022 !

* Sur ce coup-là, il parait difficile de se fier à Wikipedia (consulté le 04/07/2021): l'article "Sydney Jordan" parle de publication dans le Daily Mail, cependant que celui sur "Jeff Hawke" parle de publication dans le ...Daily Express. Et Babelio donne 1931 comme année de naissance de l'auteur!

** D'autres sources disent (...si je comprends bien) qu'elle a débuté en février 1954 en Angleterre?

***

Edit du 12 juillet 2021: j'ai essayé hier de m'inscrire (et d'inscrire le présent billet) au Challenge Summer Star Wars The Mandalorian proposé par le RSF Blog [Lhisbei & Cie] et débuté officiellement le 21 juin. J'attends des nouvelles pour savoir si je pourrai mettre le logo en haut de mes prochains billets ou non... 

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lundi 5 avril 2021

La Corée en feu - Jack London / Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 - Hugo Pratt

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 jusqu'après mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) chronique encore un "10/18", que j'avais acheté en 1996. Et je fais ainsi d'une pierre deux coups avec le Challenge coréen proposé par Cristie (jusqu'au 21/04/2021 - il était temps!). Et même - hop! - trois coups avec le Challenge "Des histoires et des bulles" commencé le 1er avril 2021 chez Noctenbulle.

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La Corée en feu, c'est le titre sous lequel ont été regroupés et publiés en anglais en 1970, dans le volume Jack London Reports, 24 articles rédigés par notre auteur dans le cadre d'un reportage comme "correspondant de guerre" durant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Le volume français comprend également une trentaine de lettres à Charmian Kittredge, secrétaire et future épouse de London (après son divorce d'avec sa première épouse et mère de ses filles). Le copyright indique "Union Générale d'édition, 1982" (le traducteur, Jean-Louis Postif [fils de Louis], adresse ses vifs remerciements à M. Michael Aaron, qui a bien voulu l'aider à résoudre certaines difficultés de traduction). Dans cet ouvrage, les articles écrits "sur le terrain" sont chapitrés de I (1) à XXII [22]. Ils ont été rédigés pour le quotidien de San Francisco The Examiner (appartenant à William Randolph Hearst). Oui, le même Hearst qui aurait dit quelques années plus tôt à son illustrateur Frederic Remington, à propos de la guerre hispano-américaine de 1898 à Cuba: "vous fournissez les images et moi je vous fournirai la guerre". Plusieurs journaux dont celui de Hearst avaient proposé à London, quelques semaines avant que la guerre, prévisible, n'éclate entre la Russie et le Japon, de partir la couvrir sur place. Dans ce livre, nous pouvons donc découvrir une autre facette de l'auteur Jack London, outre les oeuvres militantes, les fictions inspirées par ses propres aventures, les récits de croisières... Ici, ce sont la vie et les mésaventures d'un correspondant de guerre "embedded" par l'armée japonaise qui "montait", en Corée, à la rencontre des Russes, qui nous sont surtout racontées. 

Ouvrons une parenthèse que les blogueurs-euses qui ne s'intéressent pas à l'Histoire peuvent ne pas lire. Pour dire deux mots de l'arrière-plan historico-politique (l'actualité de l'époque, que tout le monde connaissait il y a 117 ans, et qu'il était donc inutile de rappeler aux lecteurs contemporains des faits): le Japon s'était révélé au monde comme puissance montante lors d'une guerre contre la Chine en 1894-95 pour le contrôle de la Corée. Mais il avait l'impression de s'être fait dépouiller de sa victoire sous les pressions de puissances européennes ("triple intervention" de la Russie, la France et l'Allemagne). La Russie y avait obtenu de la Chine la concession de Port-Arthur (à l'extrême sud de la péninsule du Liaodong) pour 25 ans. Moins de neuf ans plus tard, au début de 1904, le Japon cherche à se faire reconnaître comme puissance régionale à part entière face aux impérialismes européens, cependant que la Russie poursuit sa politique ancestrale d'accès aux "mers chaudes". La Corée, disputée entre les deux pays, était dirigée par Kojong (né en 1852, roi depuis 1864, empereur depuis 1897, il abdiquera en 1907 et mourra en 1919). Les raisons immédiates du conflit qui finit par éclater en 1904 sont le contrôle de la Corée et surtout de la Mandchourie (ultimatum du Japon à la Russie au sujet de la Mandchourie le 13 janvier 1904). Fin de la parenthèse historique, revenons à London.

Notre journaliste a quitté San Francisco le 7 janvier 1904 à destination de Yokohama avec "de belles idées sur ce que devait être le travail d'un correspondant de guerre. (...) En bref, je suis venu à la guerre dans l'attente d'émotions. Mes seules émotions ont été l'indignation et l'irritation" (article du 2 juin 1904). Ses articles ont été rédigés entre le 3 février 1904 et le 1er juillet 1904, mais publiés parfois plus de trois semaines après leur rédaction (ou même jamais publiés, pour le N°XIII du 13/03/1904). La guerre a officiellement débuté le 8 février 1904. Le premier article de London, écrit quelques jours avant au Japon, dans le port de Shimonoseki, a été publié à San Francisco seulement le 27 février. Il retrace ses mésaventures pour quelques photos prises au Japon (interrogatoire, appareil confisqué, jugement...). Le suivant date du 26 février: London est enfin parvenu en Corée, ayant débarqué à Chemulpo (aujourd'hui Incheon). Les différents épisodes du reportage sont d'abord traité sur le mode comique (la montée "au front" s'avérant... plus que difficile pour les correspondants de guerre!): London raconte essentiellement ses problèmes de la vie quotidienne, les différences de langue, de culture... Il faut se rappeler que la transmission de ses articles était soumise au bon vouloir des Japonais et de leur censure. Dans certains articles, il mentionne les deux collègues les plus proches de lui (Jones / Dunn, et McLeod / Mackensie), seuls à avoir pu passer du Japon en Corée - cependant que leurs confrères restés au Japon s'arrangeront pour les faire "ramener vers l'arrière" au nom de l'égalité de traitement. Les officiels japonais exigent des autorisations pour tout voyage, qualifient toute information de "secrète", ... et empêchent ainsi nos reporters de "faire leur travail" sur les opérations des belligérants, London "meuble" donc avec le récit de son propre quotidien.

La vraie guerre (avec des morts et des prisonniers - des "blancs aux yeux bleus" dont London se sent plus proche que des soldats Japonais qu'il accompagne) arrive au chapitre XVII (alors que le précédent, 10 ans avant la guerre de 14, annonçait avec optimisme "quand les machines de guerre deviendront pratiquement parfaites, il n'y aura plus du tout de massacres". Le tournant terrestre de cette guerre "en" Corée est la bataille du fleuve Yalou: London n'en a pas vu grand-chose (pas plus que Fabrice del Dongo à Waterloo - mais le héros de Stendhal n'était pas "correspondant de guerre"!). Pour ma part, c'est l'article on ne peut plus clair de Wikipedia "Bataille du fleuve Yalou (1904)", consulté le 28/03/2021, qui m'a permis de comprendre comment les combats s'étaient déroulés. London sera rentré en Amérique bien avant la capitulation de Port-Arthur en janvier 1905: son dernier article, dicté à San Francisco le 1er juillet 1904, est titré "Comment le Japon rend inutile la mission des correspondants de guerre". Il fait état d'observations que l'on peut aujourd'hui juger oiseuses sur les différences de mentalités entre Japonais et "blancs". L'ambiance locale en Corée contient parfois des considérations dignes des premiers Tintin d'Hergé (avant sa prise de conscience pour Le Lotus bleu). Concernant la présence à éclipse des villageois coréens dans les articles, on peut supposer que ceux-ci se rappelaient sans doute les ravages et exactions de la guerre sino-japonaise moins d'une décennie auparavant. Après les "Lettres de Corée à Chamian Kittredge", parfois redondantes avec les articles, le volume se termine par deux articles rédigés ultérieurement: "Le péril jaune", septembre 1904 (encore pour The Examiner), et "Si le Japon réveille la Chine..." (publié en 1910 dans le Sunset Magazine). Ce dernier n'est pas sans lien avec la nouvelle d'anticipation "L'invasion sans pareille" dont j'ai déjà parlé (1910 aussi). 

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Mais ce reportage de London sur la guerre russo-japonaise a aussi donné lieu, des décennies plus tard, à une oeuvre fictionnelle, dont je vais dire quelques mots. 

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Pour mémoire, l'album de BD d'Hugo Pratt Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 (Casterman 1983, réédité plus tard sous le titre La jeunesse de Corto) évoque la rencontre (fictive, bien sûr) de Jack London avec le héros prattien Corto Maltese. Dans cet album que j'avais acquis il y a plus de 20 ans auprès d'une collègue qui liquidait la BDthèque de son ex après leur séparation, le personnage de Jack London apparaît dès la 6ème planche (p.17), cependant qu'on ne découvre Corto Maltese, en pricipe le héros, qu'à la 17ème planche. Ensuite, il n'y a plus que quatre planches où l'on ne voit pas au moins une fois London. Corto, lui, figure au total dans à peine deux douzaines de vignettes (si, je vous jure, j'ai compté!), contre plus de 180 pour Jack London.

Dans cette fiction, notre reporter risque à plusieurs reprises sa vie dans des aventures qu'il n'a certes pas écrites. Pratt lui fait dire: "moi, j'écris des romans d'aventure,donc je dois vivre l'aventure" ou encore "j'ai souvent dû faire face à des situations difficiles. Avec les pêcheurs grecs, italiens, chinois. Avec les contrebandiers d'huîtres à San Francisco... On y mourrait facilement, dans ce port... En Alaska aussi, il était facile de mourir pendant la ruée vers l'or, ou bien de désespoir après un mariage raté...". 

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Selon ce que j'ai trouvé sur internet, cette aventure de Corto Maltese, publié en 1981-82 dans Le Matin de Paris, aurait dû avoir une suite, couvrant les années 1905-06, mais un désaccord avec le quotidien a empêché leur parution. Il semble que des éditions plus récentes que la mienne en contiennent les 27 premières pages? Je ne sais pas si London y apparaissait, sans doute que non, il devait suffire à Pratt de l'avoir "inséré" sur le front de Moukden, en Mandchourie, bien des mois après son retour réel en Amérique...

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Enfin, pour ceux et celles qui chercheraient chez les bouquinistes de vieilles éditions de London en français, je signale qu'on peut trouver pas mal d'informations sur une page web déjà ancienne.

Je sais, cet article est bien trop long. Si j'écoutais dasola, je devrais tout jeter, et recommencer en 20 lignes maximum!

(1) Je suppose que, si on les rééditait aujourd'hui, ils seraient numérotés en chiffres arabes et non en chiffres romains... alors que j'ai lu dans la presse l'abandon par le musée Carnavalet de cette "numérotation savante", suivant l'exemple (?) du Louvre. Quelle bêtise... 

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vendredi 26 mars 2021

Silver Spoon - Hiromu Arakawa

Le quinzième tome qui clôt le manga Silver Spoon est sorti en France le 11 février 2021. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'attendais avec impatience (le T.1 était paru chez nous en février 2013). 

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Dessin & scénario: HIROMU ARAKAWA. Editeur: KUROKAWA. Shonen manga.
Publiée en volumes au Japon de juillet 2011 à février 2020 (série terminée).

Sur l'image ci-dessus, on notera que le héros principal, Yugo, est représenté dans 9 couvertures sur 15, et a trois fois l'honneur d'y figurer seul (si l'on ne compte pas les animaux - cinq chevaux!). Ses aventures se déroulent dans un univers lycéen original: celui d'un lycée agricole. Au long des huit ans qu'aura duré la publication française de cette chronique de classe, nous aurons pu découvrir la vie d'élèves de ce genre d'établissement. Dans ce manga, pas de lutte contre démons et zombies, pas d'alchimistes ou de super-transformations. Mais, au quotidien, la vie de jeunes comme vous et moi, qui ont choisi de se lever aux aurores pour changer la litière des chevaux, donner à manger aux cochons, ramasser les oeufs au cul des poules, aider aux vêlages et bien sûr jouer les chasse-neige en hiver.

Et, bien entendu, le dimanche comme les autres jours, il faut aussi s'occuper des animaux, traire les vaches, aller chercher les oeufs... C'est cette vie très "physique" qu'a découvert Yugo à sa rentrée en "Seconde" au lycée (agricole) Ohezu, en provenance d'un collège citadin. Nous le voyons, sur les 15 volumes, découvrir cet univers paysan souvent méconnu, au contact de ses condisciples tous issus du milieu agricole. Ici, l'enseignement est concret et pratique.

Deuxième partout, premier nulle part, Yugo Hachiken a certes la meilleure note moyenne de sa classe, mais... Mais il n'arrive à avoir un "sans faute" dans aucune matière, contrairement à ses "fils de paysans" de condisciples. Eux ont tous, depuis l'enfance, la pratique concrète d'au moins une de ce qui, pour lui, n'est que matières scolaires (sciences de l'agriculture, agro-alimentaire, mécanique, bio-technologies...). Yugo, pour sa part, découvre l'élevage des animaux et la vie paysanne. Son regard extérieur au milieu paysan remet en question beaucoup de routines. Il fait aussi l'expérience de l'équitation et de ses compétitions. Et que se passe-t-il ensuite, une fois finies les cavalcades entre veaux, vaches, cochons et chevaux? Outre les relations humaines, celles avec les animaux destinés à la consommation humaine ne sont pas simples. Elles s'enrichissent mutuellement. Jusqu'à amener notre lycéen à créer son entreprise avec des condisciples! Réussiront-ils à commercialiser les saucisses, le fromage, les pizzas (etc.) qu'ils ont appris à réaliser?

La "cuillère d'argent" du titre représente (entre autres) le symbole de la transmission d'un métier, au sein de ce lycée agricole. Nous avons suivi notre classe de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte. Nous avions vu leur présentation dans les premières pages du T.1 à leur arrivée en lycée (kookoo!), venant de différents collèges. Nous les avons vu évoluer, trouvant - ou non - leur voie durant trois ans d'études lycéennes, plus ou moins développées par la mangaka Hiromu Arakawa. Elle aura tenu en haleine ses lecteurs français depuis février 2013 - soit plus longtemps que la période durant laquelle la scolarité de nos héros est censée se dérouler.

Nous avons vu, jour après jour, trimestre après trimestre, année après année, les relations entre Yugo, Aki, Ichiro, Tamako, Keiji, Mayumi, et les autres, sans oublier l'équipe enseignante, se construire, chacun peaufinant son orientation professionnelle. Nous les laissons à l'étape de l'Université ou de la vie active. Hiromu Arakawa voudra-t-elle bien un jour nous raconter ce qui s'est passé ensuite? L'auteur a dû beaucoup s'amuser à "réinventer" son propre parcours de fille de paysan à l'intense capacité de travail. A la ferme, lorsqu'on a fini ses premières 35 heures (dès mercredi soir...), on enchaîne jeudi à l'aube sur les 35 suivantes! La mangaka qui se représente sous forme d'une génisse évoque sa propre jeunesse dans une autre série, Nobles paysans, dont 5 volumes sont déjà parus, et dont j'espère qu'elle ne l'abandonnera pas.

Il semble que les inscriptions en lycée agricole aient connu au Japon une augmentation, grâce aussi, sans doute, aux deux saisons de série TV diffusées en 2013-2014. Et en France? Le 14ème tome nous montrait le couple de nos héros principaux affronter le concours d'entrée à l'Université. Dans le 15e volume, on constate la disparition d'un des personnages les plus anciens. 

Je ne vais pas mettre de pages complètes du manga (il doit être possible d'en découvrir sur la Toile), mais deux extraits du tome 15. Dans la plupart des volume, on trouve des "bonus" où l'auteur raconte à ses lecteurs les "dessous" de la création de l'oeuvre, ou ses à-côtés. Ici, j'ai appris que je n'étais pas seul à regretter que cela s'arrête...   

P1120235   P1120234  ... On se dit "rendez-vous dans dix ans"? 

lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

 FilsduSoleil

Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

P1120228 (traduction Louis Postif, revue par Frédéric Klein)

Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).

vendredi 19 mars 2021

Les enquêtes de Nicolas Le Floch - 3. Le fantôme de la rue Royale - Parot - Corbeyran - Chaiko

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Je n'ai toujours pas lu les romans de Jean-François Parot mais je suis fan des adaptations télévisées, et maintenant je découvre les BD adaptés des romans. Trois tomes sont déjà parus. Je n'ai pu emprunter que le troisième tome en bibliothèque, même si les deux premiers avaient été rendus. Car vous devez être au courant que, quand les livres sont rendus, ils sont mis en quarantaine pendant 4 jours (enfin, c'est ce qui se passe à Paris). Ils sont mis de côté plus ou moins en vrac en attendant que les virus ou microbes disparaissent. Pauvres livres! Qu'est-ce que l'on ne leur fait pas subir... Pour en revenir à la troisième enquête de Nicolas Le Floch, Le Fantôme de la rue Royale (Hachette livre - Robinson, 64 pages), l'histoire commence le 31 mai 1770, le lendemain de la fête nocturne qui permettait aux Parisiens de célébaer le mariage du dauphin, futur Louis XVI, et de Marie-Antoinette. Le Floch, qui est dans le bureau de de Sartine, est très en colère à propos de ce qui s'est passé. Il en veut à un certain Bignon qui n'a pas été à la hauteur de l'événement: une fusée de feu d'artifice a provoqué un incendie dans un bâtiment. Il y a eu une panique générale qui a entraîné de nombreux morts et blessés. Un peu plus tard, le commissaire Le Floch et son adjoint Bourdeau remarquent, parmi les corps sans vie, une jeune fille qui a des marques autour du cou et une pierre d'obsidienne dans la main. Transportée à la basse-geôle, elle va être autopsiée par deux fidèles connaissances de Le Floch, Sanson et Semacgus. On procède à son ouverture. Elle a bien été étranglée et ils découvrent qu'elle venait d'accoucher tout récemment. Après une courte enquête, Le Floch apprend son nom, Elodie Galaine: elle habitait avec sa famille qui a priori ignorait qu'Elodie était enceinte. Et on ignore ce qu'est devenu le bébé. Dans cette BD tout public, on ne voit pas Nicolas faire des galipettes. Les auteurs se sont concentrés sur l'enquête. On notera que, comme dans les romans de J.-F Parot, on peut lire en 2ème page des albums la liste des personnages figurant dans chaque aventure. J'ai beaucoup aimé cet album. J'espère pouvoir lire les deux premiers tomes quand ils ne seront plus confinés.

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jeudi 11 février 2021

Un papa, une maman - Une famille formidable (la mienne!) - Florence Cestac

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C'est mon ami Ta d loi du cine qui m'avait appris qu'un nouvel album de Florence Cestac venait de paraître. Je me suis précipitée pour me le procurer et je l'ai lu avec grand plaisir même si l'histoire n'est pas très gaie. Les deux premières images résument ce qui va nous être raconté dans Un papa, une maman... (Editions Dargaud, 56 pages).

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Je dirais que Florence Cestac règle ses comptes avec son père décédé depuis plusieurs années. Le père Jacques est ce qu'on appelle un tyran domestique qui traitait sa femme comme sa boniche. Jamais content, toujours à critiquer. Il a repeuplé la France en faisant trois enfants, deux filles et un garçon, mais les couches et les biberons, très peu pour lui. 

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Florence Cestac raconte la vie de ses parents, Jacques et Camille, depuis leur rencontre jusqu'au décès du père. Elle lui reproche dans les dernières planches de ne pas avoir donné assez d'amour à ses enfants. Car non seulement il disait des choses désagréables à sa femme, mais il n'était pas tendre avec sa progéniture dont il se serait bien passé. Il ne savait pas s'y prendre avec eux. Alors que Camille a été une maman en or qui savait tout faire et arrondissait les angles. Jacques a eu de la chance d'être son mari, même s'il l'a trompée au moins une fois. Et autant il savait être charmant en société, autant il pouvait être odieux en famille. En vacances, les trois enfants préféraient quand leur père n'était pas présent. Evidemment, quand Florence est rentrée aux Beaux-Arts en 1965 et qu'elle s'est mise à avoir le look "Gauloise bleu, coiffure cocker, gilet afghan, pull marin, sacoche PTT, pattes d'eph et sabots suédois" et qu'elle a eu une bande de potes, cela n'a pas plu à Jacques qui voulait à tout prix lui trouver un mari convenable... Je vous laisse découvrir la suite. Cet album autobiographique se termine avec les photos des parents de Florence Cestac prises en 1942. Je pense que cette BD lui a servi de catharsis. C'est dessiné avec talent. Je vous conseille tous les albums de Florence Cestac qui a reçu le grand prix du Festival d'Angoulême en 2000. Lire le billet de Pierre D et celui de Canel.

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vendredi 4 décembre 2020

Silex and the city volumes 7, 8 et 9 - Jul

Venant de terminer le nouveau Silex and the City, je viens de me rendre compte que je n'avais pas chroniqué les deux précédents.

Je vais réparer ces oublis.

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Je commence avec Silex and the City - 7. Poulpe fiction (Dargaud, 2016, 46 pages) dans lequel on retrouve la famille Dotcom, soit Blog, sa femme Spam, sa fille Web et son fils URL. Ils ont décidé d'accueillir un poulpe, un des nombreux invertébrés demandeurs d'asile qui viennent du Jurassique. Nous sommes toujours en 40 000 avant JC. Ils font cette bonne action après que Blog et Spam ont assisté à un naufrage de crustacés, reptiles et autres batraciens. Comme d'habitude Jul a pris un sujet dans l'air du temps et, en 2016, on avait beaucoup parlé du petit garçon échoué sur une plage turque. Jul évoque aussi le "Front Néanderthal" qui risque de gagner les prochaines élections. J'ai bien apprécié cet album que je n'avais pas relu depuis sa parution.

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Je continue avec Silex and the City - 8. L'homme de Cro-Macron (Dargaud, 2018, 46 pages) où sont mis à l'honneur E. Cro-Macron et Brigitte ainsi que la disparition de Johnny Habilis, que Blog trouvait ringard. Il est fait mention de la Zad de Roybon en Isère (Zone Arboricole à Défendre). Le pauvre Blog se retrouve en prison après avoir quitté le foyer conjugal. Spam aurait voulu que Blog soit un peu plus tendre envers elle plutôt que de s'endormir tout de suite. Heureusement qu'elle a "50 nuances de graisse" à lire. Les inégalités entre hommes et femmes est un des autres thèmes de cet album "En marche". Enki Bilal a participé à cet album pour deux planches.

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Je termine avec Silex and the City - 9. La dérive des confinements (Dargaud, 2020, 46 pages) qui bien entendu nous plonge dans un quotidien pas très drôle mais que Jul traite de manière humoristique. On retrouve les masques, la "mise en quaternaire", et les chasseurs-livreurs qui ne reçoivent aucune considération. Web vit mal d'être confinée avec ses parents. D'autant que Blog et Spam vont avoir quelques symptômes à cause du virus (perte d'odorat et du goût). Blog arrive à faire des réserves de paquets de "pattes" mais il n'arrive pas assez tôt pour cueillir des feuilles pour les toilettes. Un album distrayant malgré le sujet.

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