lundi 5 avril 2021

La Corée en feu - Jack London / Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 - Hugo Pratt

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 jusqu'après mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) chronique encore un "10/18", que j'avais acheté en 1996. Et je fais ainsi d'une pierre deux coups avec le Challenge coréen proposé par Cristie (jusqu'au 21/04/2021 - il était temps!). Et même - hop! - trois coups avec le Challenge "Des histoires et des bulles" commencé le 1er avril 2021 chez Noctenbulle.

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La Corée en feu, c'est le titre sous lequel ont été regroupés et publiés en anglais en 1970, dans le volume Jack London Reports, 24 articles rédigés par notre auteur dans le cadre d'un reportage comme "correspondant de guerre" durant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Le volume français comprend également une trentaine de lettres à Charmian Kittredge, secrétaire et future épouse de London (après son divorce d'avec sa première épouse et mère de ses filles). Le copyright indique "Union Générale d'édition, 1982" (le traducteur, Jean-Louis Postif [fils de Louis], adresse ses vifs remerciements à M. Michael Aaron, qui a bien voulu l'aider à résoudre certaines difficultés de traduction). Dans cet ouvrage, les articles écrits "sur le terrain" sont chapitrés de I (1) à XXII [22]. Ils ont été rédigés pour le quotidien de San Francisco The Examiner (appartenant à William Randolph Hearst). Oui, le même Hearst qui aurait dit quelques années plus tôt à son illustrateur Frederic Remington, à propos de la guerre hispano-américaine de 1898 à Cuba: "vous fournissez les images et moi je vous fournirai la guerre". Plusieurs journaux dont celui de Hearst avaient proposé à London, quelques semaines avant que la guerre, prévisible, n'éclate entre la Russie et le Japon, de partir la couvrir sur place. Dans ce livre, nous pouvons donc découvrir une autre facette de l'auteur Jack London, outre les oeuvres militantes, les fictions inspirées par ses propres aventures, les récits de croisières... Ici, ce sont la vie et les mésaventures d'un correspondant de guerre "embedded" par l'armée japonaise qui "montait", en Corée, à la rencontre des Russes, qui nous sont surtout racontées. 

Ouvrons une parenthèse que les blogueurs-euses qui ne s'intéressent pas à l'Histoire peuvent ne pas lire. Pour dire deux mots de l'arrière-plan historico-politique (l'actualité de l'époque, que tout le monde connaissait il y a 117 ans, et qu'il était donc inutile de rappeler aux lecteurs contemporains des faits): le Japon s'était révélé au monde comme puissance montante lors d'une guerre contre la Chine en 1894-95 pour le contrôle de la Corée. Mais il avait l'impression de s'être fait dépouiller de sa victoire sous les pressions de puissances européennes ("triple intervention" de la Russie, la France et l'Allemagne). La Russie y avait obtenu de la Chine la concession de Port-Arthur (à l'extrême sud de la péninsule du Liaodong) pour 25 ans. Moins de neuf ans plus tard, au début de 1904, le Japon cherche à se faire reconnaître comme puissance régionale à part entière face aux impérialismes européens, cependant que la Russie poursuit sa politique ancestrale d'accès aux "mers chaudes". La Corée, disputée entre les deux pays, était dirigée par Kojong (né en 1852, roi depuis 1864, empereur depuis 1897, il abdiquera en 1907 et mourra en 1919). Les raisons immédiates du conflit qui finit par éclater en 1904 sont le contrôle de la Corée et surtout de la Mandchourie (ultimatum du Japon à la Russie au sujet de la Mandchourie le 13 janvier 1904). Fin de la parenthèse historique, revenons à London.

Notre journaliste a quitté San Francisco le 7 janvier 1904 à destination de Yokohama avec "de belles idées sur ce que devait être le travail d'un correspondant de guerre. (...) En bref, je suis venu à la guerre dans l'attente d'émotions. Mes seules émotions ont été l'indignation et l'irritation" (article du 2 juin 1904). Ses articles ont été rédigés entre le 3 février 1904 et le 1er juillet 1904, mais publiés parfois plus de trois semaines après leur rédaction (ou même jamais publiés, pour le N°XIII du 13/03/1904). La guerre a officiellement débuté le 8 février 1904. Le premier article de London, écrit quelques jours avant au Japon, dans le port de Shimonoseki, a été publié à San Francisco seulement le 27 février. Il retrace ses mésaventures pour quelques photos prises au Japon (interrogatoire, appareil confisqué, jugement...). Le suivant date du 26 février: London est enfin parvenu en Corée, ayant débarqué à Chemulpo (aujourd'hui Incheon). Les différents épisodes du reportage sont d'abord traité sur le mode comique (la montée "au front" s'avérant... plus que difficile pour les correspondants de guerre!): London raconte essentiellement ses problèmes de la vie quotidienne, les différences de langue, de culture... Il faut se rappeler que la transmission de ses articles était soumise au bon vouloir des Japonais et de leur censure. Dans certains articles, il mentionne les deux collègues les plus proches de lui (Jones / Dunn, et McLeod / Mackensie), seuls à avoir pu passer du Japon en Corée - cependant que leurs confrères restés au Japon s'arrangeront pour les faire "ramener vers l'arrière" au nom de l'égalité de traitement. Les officiels japonais exigent des autorisations pour tout voyage, qualifient toute information de "secrète", ... et empêchent ainsi nos reporters de "faire leur travail" sur les opérations des belligérants, London "meuble" donc avec le récit de son propre quotidien.

La vraie guerre (avec des morts et des prisonniers - des "blancs aux yeux bleus" dont London se sent plus proche que des soldats Japonais qu'il accompagne) arrive au chapitre XVII (alors que le précédent, 10 ans avant la guerre de 14, annonçait avec optimisme "quand les machines de guerre deviendront pratiquement parfaites, il n'y aura plus du tout de massacres". Le tournant terrestre de cette guerre "en" Corée est la bataille du fleuve Yalou: London n'en a pas vu grand-chose (pas plus que Fabrice del Dongo à Waterloo - mais le héros de Stendhal n'était pas "correspondant de guerre"!). Pour ma part, c'est l'article on ne peut plus clair de Wikipedia "Bataille du fleuve Yalou (1904)", consulté le 28/03/2021, qui m'a permis de comprendre comment les combats s'étaient déroulés. London sera rentré en Amérique bien avant la capitulation de Port-Arthur en janvier 1905: son dernier article, dicté à San Francisco le 1er juillet 1904, est titré "Comment le Japon rend inutile la mission des correspondants de guerre". Il fait état d'observations que l'on peut aujourd'hui juger oiseuses sur les différences de mentalités entre Japonais et "blancs". L'ambiance locale en Corée contient parfois des considérations dignes des premiers Tintin d'Hergé (avant sa prise de conscience pour Le Lotus bleu). Concernant la présence à éclipse des villageois coréens dans les articles, on peut supposer que ceux-ci se rappelaient sans doute les ravages et exactions de la guerre sino-japonaise moins d'une décennie auparavant. Après les "Lettres de Corée à Chamian Kittredge", parfois redondantes avec les articles, le volume se termine par deux articles rédigés ultérieurement: "Le péril jaune", septembre 1904 (encore pour The Examiner), et "Si le Japon réveille la Chine..." (publié en 1910 dans le Sunset Magazine). Ce dernier n'est pas sans lien avec la nouvelle d'anticipation "L'invasion sans pareille" dont j'ai déjà parlé (1910 aussi). 

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Mais ce reportage de London sur la guerre russo-japonaise a aussi donné lieu, des décennies plus tard, à une oeuvre fictionnelle, dont je vais dire quelques mots. 

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Pour mémoire, l'album de BD d'Hugo Pratt Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 (Casterman 1983, réédité plus tard sous le titre La jeunesse de Corto) évoque la rencontre (fictive, bien sûr) de Jack London avec le héros prattien Corto Maltese. Dans cet album que j'avais acquis il y a plus de 20 ans auprès d'une collègue qui liquidait la BDthèque de son ex après leur séparation, le personnage de Jack London apparaît dès la 6ème planche (p.17), cependant qu'on ne découvre Corto Maltese, en pricipe le héros, qu'à la 17ème planche. Ensuite, il n'y a plus que quatre planches où l'on ne voit pas au moins une fois London. Corto, lui, figure au total dans à peine deux douzaines de vignettes (si, je vous jure, j'ai compté!), contre plus de 180 pour Jack London.

Dans cette fiction, notre reporter risque à plusieurs reprises sa vie dans des aventures qu'il n'a certes pas écrites. Prat lui fait dire: "moi, j'écris des romans d'aventure,donc je dois vivre l'aventure" ou encore "j'ai souvent dû faire face à des situations difficiles. Avec les pêcheurs grecs, italiens, chinois. Avec les contrebandiers d'huitres à San Francisco... On y mourrait facilement, dans ce port... En Alaska aussi, il était facile de mourir pendant la ruée vers l'or, ou bien de désespoir après un mariage raté...". 

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Selon ce que j'ai trouvé sur internet, cette aventure de Corto Maltese, publié en 1981-82 dans Le Matin de Paris, aurait dû avoir une suite, couvrant les années 1905-06, mais un désaccord avec le quotidien a empêché leur parution. Il semble que des éditions plus récentes que la mienne en contiennent les 27 premières pages? Je ne sais pas si London y apparaissait, sans doute que non, il devait suffire à Pratt de l'avoir "inséré" sur le front de Moukden, en Mandchourie, bien des mois après son retour réel en Amérique...

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Enfin, pour ceux et celles qui chercheraient chez les bouquinstes de vieilles éditions de London en français, je signale qu'on peut trouver pas mal d'informations sur une page web déjà ancienne.

Je sais, cet article est bien trop long. Si j'écoutais dasola, je devrais tout jeter, et recommencer en 20 lignes maximum!

(1) Je suppose que, si on les rééditait aujourd'hui, ils seraient numérotés en chiffres arabes et non en chiffres romains... alors que j'ai lu dans la presse l'abandon par le musée Carnavalet de cette "numérotation savante", suivant l'exemple (?) du Louvre. Quelle bêtise... 

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vendredi 26 mars 2021

Silver Spoon - Hiromu Arakawa

Le quinzième tome qui clôt le manga Silver Spoon est sorti en France le 11 février 2021. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'attendais avec impatience (le T.1 était paru chez nous en février 2013). 

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Dessin & scénario: HIROMU ARAKAWA. Editeur: KUROKAWA. Shonen manga.
Publiée en volumes au Japon de juillet 2011 à février 2020 (série terminée).

Sur l'image ci-dessus, on notera que le héros principal, Yugo, est représenté dans 9 couvertures sur 15, et a trois fois l'honneur d'y figurer seul (si l'on ne compte pas les animaux - cinq chevaux!). Ses aventures se déroulent dans un univers lycéen original: celui d'un lycée agricole. Au long des huit ans qu'aura duré la publication française de cette chronique de classe, nous aurons pu découvrir la vie d'élèves de ce genre d'établissement. Dans ce manga, pas de lutte contre démons et zombies, pas d'alchimistes ou de super-transformations. Mais, au quotidien, la vie de jeunes comme vous et moi, qui ont choisi de se lever aux aurores pour changer la litière des chevaux, donner à manger aux cochons, ramasser les oeufs au cul des poules, aider aux vêlages et bien sûr jouer les chasse-neige en hiver.

Et, bien entendu, le dimanche comme les autres jours, il faut aussi s'occuper des animaux, traire les vaches, aller chercher les oeufs... C'est cette vie très "physique" qu'a découvert Yugo à sa rentrée en "Seconde" au lycée (agricole) Ohezu, en provenance d'un collège citadin. Nous le voyons, sur les 15 volumes, découvrir cet univers paysan souvent méconnu, au contact de ses condisciples tous issus du milieu agricole. Ici, l'enseignement est concret et pratique.

Deuxième partout, premier nulle part, Yugo Hachiken a certes la meilleure note moyenne de sa classe, mais... Mais il n'arrive à avoir un "sans faute" dans aucune matière, contrairement à ses "fils de paysans" de condisciples. Eux ont tous, depuis l'enfance, la pratique concrète d'au moins une de ce qui, pour lui, n'est que matières scolaires (sciences de l'agriculture, agro-alimentaire, mécanique, bio-technologies...). Yugo, pour sa part, découvre l'élevage des animaux et la vie paysanne. Son regard extérieur au milieu paysan remet en question beaucoup de routines. Il fait aussi l'expérience de l'équitation et de ses compétitions. Et que se passe-t-il ensuite, une fois finies les cavalcades entre veaux, vaches, cochons et chevaux? Outre les relations humaines, celles avec les animaux destinés à la consommation humaine ne sont pas simples. Elles s'enrichissent mutuellement. Jusqu'à amener notre lycéen à créer son entreprise avec des condisciples! Réussiront-ils à commercialiser les saucisses, le fromage, les pizzas (etc.) qu'ils ont appris à réaliser?

La "cuillère d'argent" du titre représente (entre autres) le symbole de la transmission d'un métier, au sein de ce lycée agricole. Nous avons suivi notre classe de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte. Nous avions vu leur présentation dans les premières pages du T.1 à leur arrivée en lycée (kookoo!), venant de différents collèges. Nous les avons vu évoluer, trouvant - ou non - leur voie durant trois ans d'études lycéennes, plus ou moins développées par la mangaka Hiromu Arakawa. Elle aura tenu en haleine ses lecteurs français depuis février 2013 - soit plus longtemps que la période durant laquelle la scolarité de nos héros est censée se dérouler.

Nous avons vu, jour après jour, trimestre après trimestre, année après année, les relations entre Yugo, Aki, Ichiro, Tamako, Keiji, Mayumi, et les autres, sans oublier l'équipe enseignante, se construire, chacun peaufinant son orientation professionnelle. Nous les laissons à l'étape de l'Université ou de la vie active. Hiromu Arakawa voudra-t-elle bien un jour nous raconter ce qui s'est passé ensuite? L'auteur a dû beaucoup s'amuser à "réinventer" son propre parcours de fille de paysan à l'intense capacité de travail. A la ferme, lorsqu'on a fini ses premières 35 heures (dès mercredi soir...), on enchaîne jeudi à l'aube sur les 35 suivantes! La mangaka qui se représente sous forme d'une génisse évoque sa propre jeunesse dans une autre série, Nobles paysans, dont 5 volumes sont déjà parus, et dont j'espère qu'elle ne l'abandonnera pas.

Il semble que les inscriptions en lycée agricole aient connu au Japon une augmentation, grâce aussi, sans doute, aux deux saisons de série TV diffusées en 2013-2014. Et en France? Le 14ème tome nous montrait le couple de nos héros principaux affronter le concours d'entrée à l'Université. Dans le 15e volume, on constate la disparition d'un des personnages les plus anciens. 

Je ne vais pas mettre de pages complètes du manga (il doit être possible d'en découvrir sur la Toile), mais deux extraits du tome 15. Dans la plupart des volume, on trouve des "bonus" où l'auteur raconte à ses lecteurs les "dessous" de la création de l'oeuvre, ou ses à-côtés. Ici, j'ai appris que je n'étais pas seul à regretter que cela s'arrête...   

P1120235   P1120234  ... On se dit "rendez-vous dans dix ans"? 

lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

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Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

P1120228 (traduction Louis Postif, revue par Frédéric Klein)

Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).

vendredi 19 mars 2021

Les enquêtes de Nicolas Le Floch - 3. Le fantôme de la rue Royale - Parot - Corbeyran - Chaiko

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Je n'ai toujours pas lu les romans de Jean-François Parot mais je suis fan des adaptations télévisées, et maintenant je découvre les BD adaptés des romans. Trois tomes sont déjà parus. Je n'ai pu emprunter que le troisième tome en bibliothèque, même si les deux premiers avaient été rendus. Car vous devez être au courant que, quand les livres sont rendus, ils sont mis en quarantaine pendant 4 jours (enfin, c'est ce qui se passe à Paris). Ils sont mis de côté plus ou moins en vrac en attendant que les virus ou microbes disparaissent. Pauvres livres! Qu'est-ce que l'on ne leur fait pas subir... Pour en revenir à la troisième enquête de Nicolas Le Floch, Le Fantôme de la rue Royale (Hachette livre - Robinson, 64 pages), l'histoire commence le 31 mai 1770, le lendemain de la fête nocturne qui permettait aux Parisiens de célébaer le mariage du dauphin, futur Louis XVI, et de Marie-Antoinette. Le Floch, qui est dans le bureau de de Sartine, est très en colère à propos de ce qui s'est passé. Il en veut à un certain Bignon qui n'a pas été à la hauteur de l'événement: une fusée de feu d'artifice a provoqué un incendie dans un bâtiment. Il y a eu une panique générale qui a entraîné de nombreux morts et blessés. Un peu plus tard, le commissaire Le Floch et son adjoint Bourdeau remarquent, parmi les corps sans vie, une jeune fille qui a des marques autour du cou et une pierre d'obsidienne dans la main. Transportée à la basse-geôle, elle va être autopsiée par deux fidèles connaissances de Le Floch, Sanson et Semacgus. On procède à son ouverture. Elle a bien été étranglée et ils découvrent qu'elle venait d'accoucher tout récemment. Après une courte enquête, Le Floch apprend son nom, Elodie Galaine: elle habitait avec sa famille qui a priori ignorait qu'Elodie était enceinte. Et on ignore ce qu'est devenu le bébé. Dans cette BD tout public, on ne voit pas Nicolas faire des galipettes. Les auteurs se sont concentrés sur l'enquête. On notera que, comme dans les romans de J.-F Parot, on peut lire en 2ème page des albums la liste des personnages figurant dans chaque aventure. J'ai beaucoup aimé cet album. J'espère pouvoir lire les deux premiers tomes quand ils ne seront plus confinés.

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jeudi 11 février 2021

Un papa, une maman - Une famille formidable (la mienne!) - Florence Cestac

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C'est mon ami Ta d loi du cine qui m'avait appris qu'un nouvel album de Florence Cestac venait de paraître. Je me suis précipitée pour me le procurer et je l'ai lu avec grand plaisir même si l'histoire n'est pas très gaie. Les deux premières images résument ce qui va nous être raconté dans Un papa, une maman... (Editions Dargaud, 56 pages).

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Je dirais que Florence Cestac règle ses comptes avec son père décédé depuis plusieurs années. Le père Jacques est ce qu'on appelle un tyran domestique qui traitait sa femme comme sa boniche. Jamais content, toujours à critiquer. Il a repeuplé la France en faisant trois enfants, deux filles et un garçon, mais les couches et les biberons, très peu pour lui. 

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Florence Cestac raconte la vie de ses parents, Jacques et Camille, depuis leur rencontre jusqu'au décès du père. Elle lui reproche dans les dernières planches de ne pas avoir donné assez d'amour à ses enfants. Car non seulement il disait des choses désagréables à sa femme, mais il n'était pas tendre avec sa progéniture dont il se serait bien passé. Il ne savait pas s'y prendre avec eux. Alors que Camille a été une maman en or qui savait tout faire et arrondissait les angles. Jacques a eu de la chance d'être son mari, même s'il l'a trompée au moins une fois. Et autant il savait être charmant en société, autant il pouvait être odieux en famille. En vacances, les trois enfants préféraient quand leur père n'était pas présent. Evidemment, quand Florence est rentrée aux Beaux-Arts en 1965 et qu'elle s'est mise à avoir le look "Gauloise bleu, coiffure cocker, gilet afghan, pull marin, sacoche PTT, pattes d'eph et sabots suédois" et qu'elle a eu une bande de potes, cela n'a pas plu à Jacques qui voulait à tout prix lui trouver un mari convenable... Je vous laisse découvrir la suite. Cet album autobiographique se termine avec les photos des parents de Florence Cestac prises en 1942. Je pense que cette BD lui a servi de catharsis. C'est dessiné avec talent. Je vous conseille tous les albums de Florence Cestac qui a reçu le grand prix du Festival d'Angoulême en 2000. Lire le billet de Pierre D et celui de Canel.

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vendredi 4 décembre 2020

Silex and the city volumes 7, 8 et 9 - Jul

Venant de terminer le nouveau Silex and the City, je viens de me rendre compte que je n'avais pas chroniqué les deux précédents.

Je vais réparer ces oublis.

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Je commence avec Silex and the City - 7. Poulpe fiction (Dargaud, 2016, 46 pages) dans lequel on retrouve la famille Dotcom, soit Blog, sa femme Spam, sa fille Web et son fils URL. Ils ont décidé d'accueillir un poulpe, un des nombreux invertébrés demandeurs d'asile qui viennent du Jurassique. Nous sommes toujours en 40 000 avant JC. Ils font cette bonne action après que Blog et Spam ont assisté à un naufrage de crustacés, reptiles et autres batraciens. Comme d'habitude Jul a pris un sujet dans l'air du temps et, en 2016, on avait beaucoup parlé du petit garçon échoué sur une plage turque. Jul évoque aussi le "Front Néanderthal" qui risque de gagner les prochaines élections. J'ai bien apprécié cet album que je n'avais pas relu depuis sa parution.

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Je continue avec Silex and the City - 8. L'homme de Cro-Macron (Dargaud, 2018, 46 pages) où sont mis à l'honneur E. Cro-Macron et Brigitte ainsi que la disparition de Johnny Habilis, que Blog trouvait ringard. Il est fait mention de la Zad de Roybon en Isère (Zone Arboricole à Défendre). Le pauvre Blog se retrouve en prison après avoir quitté le foyer conjugal. Spam aurait voulu que Blog soit un peu plus tendre envers elle plutôt que de s'endormir tout de suite. Heureusement qu'elle a "50 nuances de graisse" à lire. Les inégalités entre hommes et femmes est un des autres thèmes de cet album "En marche". Enki Bilal a participé à cet album pour deux planches.

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Je termine avec Silex and the City - 9. La dérive des confinements (Dargaud, 2020, 46 pages) qui bien entendu nous plonge dans un quotidien pas très drôle mais que Jul traite de manière humoristique. On retrouve les masques, la "mise en quaternaire", et les chasseurs-livreurs qui ne reçoivent aucune considération. Web vit mal d'être confinée avec ses parents. D'autant que Blog et Spam vont avoir quelques symptômes à cause du virus (perte d'odorat et du goût). Blog arrive à faire des réserves de paquets de "pattes" mais il n'arrive pas assez tôt pour cueillir des feuilles pour les toilettes. Un album distrayant malgré le sujet.

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vendredi 13 novembre 2020

Les vieux fourneaux 6. L'oreille bouchée - Lupano & Cauuet

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Grâce aux librairies indépendantes à Paris, en cette période de reconfinement, j'ai pu commander le nouveau Les vieux fourneaux 6. L'oreille bouchée de Lupano et Cauuet (Editions Dargaud, 56 pages). J'ai récupéré mon exemplaire le jour de sa parution, le 6 novembre 2020. Ce "passer commande et récupérer" est pratique et permet aux librairies de continuer leur activité.  

Dans ce sixième tome, on retrouve Pierrot qui est de très mauvaise humeur. Dans le cadre de l'association "Ni yeux, ni maître", il continue ses attentats avec d'autres contre les "flics" coupables de violence policière. Dans sa maison à la campagne, Antoine a reçu une invitation pour partir en Guyane rejoindre Emile, "Mimile". Antoine a du mal à joindre Pierrot qui est très réticent à quitter Paris et sa pollution. Cependant, arrivés à Cayenne, Antoine et Pierrot font un long périple, en particulier en pirogue, pour parvenir à destination où ils retrouvent Emile, son ami Errol, l'Australien dont on fait la connaissance dans le tome 3 (Celui qui part) et Sophie. Ce tome évoque l'orpaillage et les dégâts écologiques que cette quête de l'or provoque. Il est fait mention du projet "Montagne d'or" qui, pour le moment, a été abandonné. Un tel projet détruirait la biodiversité (oiseaux, végétaux, etc.), qui est une des grandes richesses de ce département français. Ce séjour en Guyane permet à Pierrot de faire une rencontre inattendue qui le fait remonter dans son passé. Un tome sympathique assez différent des précédents. A quand la suite? 

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samedi 24 octobre 2020

Lucky Luke - Un cow-boy dans le coton - Jul et Achdé

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Quel plaisir de retrouver Lucky Luke dans une aventure qui va l'amener jusqu'en Louisiane. Un cow-boy dans le coton (46 pages, Editions Lucky Comics) est paru le 23 octobre 2020 (hier). Un notaire vient annoncer à Lucky Luke qu'un vieille dame, admiratrice des exploits du cow-boy, l'avait fait unique héritier de l'une des plus grandes plantations de coton de l'Etat. Lucky Luke est maintenant un homme riche! Avant de partir pour voir ce qu'il en est, Lucky Luke va assister à l'arrestation des quatre Dalton par un cow-boy Noir, Bass Reeves, qui faisait partie des 25% des cow-boys noirs qui oeuvraient dans l'Ouest. Reeves était une fine gâchette, ce qui lui a permis d'arrêter plus de 3000 hors-la-loi. Parmi les cow-boys, il y avait aussi un grand nombre d'Hispaniques. Bref, pour rejoindre la plantation, Lucky Luke va parcourir presque 1500 km sur son Jolly Jumper. Il va être vite poursuivi par les quatre Dalton qui se sont évadés au bout de trois jours (je vous laisse voir par quel moyen). Arrivé sur place, Lucky annonce aux Noirs travaillant sur la plantation qu'il leur lègue la terre et le coton. Bien entendu, les planteurs aux alentours dont un certain "QQ" ne sont pas d'accord. J'ai lu l'album en très peu de temps. C'est très sympa à lire.

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lundi 19 octobre 2020

Louise Petibouchon - Eric Albert et Jean Depelley

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Allant au moins une fois par mois à Limoges, j'ai découvert l'année dernière que deux BD avaient paru sur des enquêtes policières menées par Louise Petibouchon. Ces deux BD ont été publiées en 2018 et 2019 chez un éditeur alsacien, Editions du Long bec, qui semble avoir malheureusement cessé toute activité. Le premier tome n'est plus disponible et pour le deuxième, le nombre d'exemplaires diminue de jour en jour. C'est bien dommage car Louise Petibouchon mérite qu'on fasse sa connaissance. Les histoires se passent toutes à Limoges (Haute-Vienne) en 1959-1960. Louise vient d'être admise deuxième au concours d'inspecteur de police et elle a choisi Limoges. Sa vieille maman habite dans la région. Au détour d'une bulle, on apprend qu'elle a eu un amoureux mort dans un attentat en Algérie. Louise est une jeune femme intelligente qui doit travailler avec un incapable raciste et porté sur la bouteille, Aimable Plumier, qui avec ses trois poils sur le caillou aime faire des jeux de mots pas toujours subtils. Heureusement que Louise, pendant ses enquêtes, va être aidée par Gérard Drôle, un journaliste du quotidien local, et par Roseline, une prostituée au grand coeur qui est une amie d'enfance de Louise. Et je n'oublie pas Géronimo, un petit scotch-terrier dont le flair va sauver la vie de Louise. Les histoires sont assez ancrées dans l'époque avec par exemple des allusions à la Guerre Froide et aux soldats amércains basés à Châteauroux,

Il y a trois histoires dans le premier tome de 46 pages Perdreaux aux pruneaux. Pour sa première enquête, "La fin de Monsieur Carnaval", Louise et Plumier doivent retrouver des feuilles d'or qui ont été volées dans une usine de porcelaine. L'histoire se termine lors du carnaval de Limoges quand Monsieur Carnaval est brûlé et jeté dans la Vienne. Pour "Crime au Champ de juillet", Louise enquête sur la mort d'une prostituée retrouvée éventrée. Cela permet au dessinateur de dessiner la rue de la Boucherie, rue bien connue des Limougeauds. C'est dans une des maisons de cettte rue que Louis emménage (pas longtemps). Dans "Le mystère de l'homme en bleu", on apprend le vol de documents secret défense par des Russes dont un ouvrier avec une casquette rouge et des bottes jaunes. L'histoire va se terminer au cimetière de Louyat, un des plus grands de France en superficie.

Le deuxième tome 44 pages, Jazz, goupillon et macchabées, est composé de deux enquêtes et d'un épilogue. "Requiem en sous-sol" se passe intégralement dans une salle de spectacle, Le Palace. Aujourd'hui (2020), l'endroit s'appelle Le Lido et c'est le cinéma "Art et Essai" de Limoges avec trois salles et des films en VO sous-titrés. Au palace, en octobre 1959, un militaire américain a été assassiné pendant un concert de jazz. Pour "Les gants du treizième apôtre de Saint-Junion", l'action se déplace à 32 km de Limoges dans les environs de la collégiale de Saint-Junien. Des gants d'une grande valeur ont été dérobés. On se retrouve dans une histoire de trésor caché par un moine au XIIIème siècle. 

Je ne vous dirai rien de l'épilogue. Deux BD très sympathiques avec des histoires rondement menées. Peut-être les trouverez-vous en bibliothèque. Sinon, j'espère qu'un jour, un éditeur aura la bonne idée de les rééditer.

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Post scriptum, à propos du cimetière de Louyat où reposent mes parents, j'ai vu un volatile que je ne connais pas qui est resté sur une tombe pendant un moment. Est-ce que quelqu'un pourrait me dire s'il connait cet oiseau?

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samedi 22 août 2020

Petit traité d'écologie sauvage / La cosmologie du futur / Mythopoïèse - Alessandro Pignocchi

[Ta d loi du cine: je peux publier un billet? C'est sur des bouquins super.

Dasola: ah ben t'es gonflé! J'ai rédigé le mien, de billet, il est prêt à paraître. Tu ne m'as jamais parlé du tien!

Ta...: nan, mais comme tu avais dit que tu voulais faire une pause...

Da...: oui, ben j'ai le droit de changer d'avis. Tu ne changes jamais d'avis, toi?

Ta...: LAISSE-MOI PUBLIER MON BILLET AUJOURD'HUI!!! (ou sinon je picore)

Da...: ne crie pas. J'aime pas quand tu cries. OK, je reprogramme le mien pour dans 3 jours.]

****************

Le premier des livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola - non mais sans blague) vous présente -donc- aujourd'hui m'a été prêté il y a des semaines (en plein confinement - chut, faut pas le dire!) et je l'avais enfoui dans ma PAL (à titre de quarantaine, bien sûr). Une fois lu ce tome trois, j'ai réclamé les deux précédents.

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Il s'agit d'une série de bande dessinée (chez Steinkis, 3 tomes parus, pour le moment) titrée Petit traité d'écologie sauvage, d'Alessandro Pignocchi. Le premier tome est sorti en mars 2017, le deuxième (La cosmologie du futur) en mai 2018 et le troisième (Mythopoïèse) en janvier 2020 (avant le confinement, donc). Je l'ai donc abordée par la fin, mais bon... Sous une couverture très esthétique, j'y ai trouvé une jolie oeuvre d'art, onirique et engagée, "création consciente d'un mythe ou d'une mythologie personnelle dans une œuvre littéraire" (rencontre du troisième titre). Dans ses oeuvres, l'auteur met en avant une philosophie de compréhension du monde qui implique de considérer l'autre comme sujet et non comme objet (et ceci, que l'autre soit humain ou bien non-humain). En voici le postulat introductif (d'où découle tout le reste...).

Postulat-introductif Il est question, entre autres, d'anthropologie symétrique (dans ce dessin, p.7 du T.1, à droite de notre ancien Président, on découvre Wajari Tsamarin, chercheur jivaro, qui trouve pas mal de choses étranges, étranges - vous avez dit bizarre? - dans notre douce France). Au fil des pages, on aperçoit différents fils conducteurs qui s'entrelacent: le journal TV avec ses invités éventuels, les politiciens à la tribune ou en privé (ou en déplacement extérieur), l'ethnologue jivaro, parfois reçu par les politiciens, parfois sur le terrain (d'observation), ou éventuellement de passage de retour "chez lui"... sans oublier, non pas les ratons laveurs, mais les mésanges punks, les pinsons, et autres colibris chatoyants - des oiseaux souvent plus déjantés les uns que les autres (métempsychose et autres réincarnation, voire absorption parfois plus violente). Dans cette drôle de bande dessinée, l'ironie provient du décalage entre les dessins tellement jolis (mais répétitifs) et le discours incendiaire des bulles. L'auteur en appelle à l'humour et à l'absurde pour évoquer des questions tout à fait vitales. Et hop, quelques citations pour éclairer mes propos!

4edecouv-T1 La "4ème de couv" du 1er tome, avec ce qu'il faut de provocation, pour commencer...

Proteger-l-Europe_utilite (p.15, T.1) dans une séquence titrée "Respect des valeurs" qui court sur 4 pages, les textes de la page précédente contextualisaient: plainte des Jivaros contre la Commission Européenne qui propose la protection d'une zone située en Amazonie... au motif qu'une rainette locale pourrait inspirer un nouveau traitement contre le cancer.

Peut-on considérer que les références personnalisées commencent à dater un peu? Je vous épargne la séquence avec Valls piquant sa crise parce qu'il n'arrive pas à démissionner pour pouvoir partir en Amérique du Sud se consacrer aux dizaines d'espèces de rainettes locales (et vous laisse découvrir comment elle finit).

De son côté, Angela M, ayant pêché un magnifique esturgeon devant chez elle, cherche à l'insérer dans la mondialisation du troc... Merkel-troque-esturgeon (p.40, T.1)

Et n'oublions pas nos interludes jivaros! Des_vaches Dans la séquence titrée "Bretagne", le même dessin est répété 18 fois à l'identique sauf les bulles (9 pages numérotées 68 à 76 - ici la p.74, toujours dans le T.1).

Pas-les-grebes-que-vous-croyez p.119 (T.1): ça, ce sont des chefs d'Etat qui mettent en oeuvre le sain(t) adage "faites l'amour, pas la guerre" (mais je vous laisse, cette fois encore, découvrir comment ils en sont arrivés là - et je ne sais même pas s'ils sont tous d'accord...).

Maintenant, plantons un peu le décor du tome 2 (p.3) Tome-2 ou encore  Mesanges-punks (p.43, T.2).

Hachon-Melenmon_debat-anthropophagie-rituelle (p.26, T.2) Mélenchon / Hamon, candidats à reculon pour la Présidence de notre Ve, le sujet étant "comment introduire une forme d'anthropophagie rituelle dans la culture occidentale"...  Le débat "tel-avisé" court sur 12 pages. Et je ne sais pas si la coquille "creuser une marre" (on en a?) est volontaire ou non. Mais nous sommes bien dans un "monde à l'envers", avec des politiciens qui ne veulent surtout pas être élus et que la corvée du pouvoir insupporte (d'avance comme ensuite)... Quant à l'anthropophagie, c'est un questionnement récurrent, à la bonne franquette, pour honorer les copains et consolider leur place dans l'univers (si j'ai bien compris...).

Anthropologie-au-comptoir (p.36, T.2) Voici en pleine action notre anthropologue jivaro venu écarquiller son oeil perçant en France (plus particulièrement sur Bois-le-Roi (77590), son Café de la Gare, son marché, son lac et ses pêcheurs...).

Dans cette grande oeuvre, on invite aussi Proust (je connais des blogueuses à qui ça va plaire, tiens).

p.100 (avant)... Proust-avant ... Proust-sauvage ... et après (p.105). L'expression "La métamorphose" n'est pas évoquée. Et encore, je vous ai épargné les scarifications. 

J'en profite pour insister sur le fait que le procédé du "comique de répétition" consiste à metre plusieurs fois le même dessin (avec ou sans changement au niveau d'un détail), avec des textes ("bulles") qui font avancer l'histoire (comme déjà signalé précédemment). Alessandro P. n'est certes pas le premier auteur à le faire, mais avouons que ses aquarelles sont particulièrement agréables à regarder. Pour bien suivre, il ne faut pas rater une virgule.

Un-blanc-dans-le-texte p.56-57 du T.3. Le "blanc" (en haut, à droite) est fort bien amené. Manu en direct à la télé, c'est carrément digne du Rogntudjuuu de Franquin! (ou comme réfugié campant dans une "réserve" en banlieue parisienne avec Donald et Angela, un peu plus loin...). Heureusement que le délit d'offense au chef de l'Etat a été aboli en 2013 (merci François - mais il n'y a pas de quoi, c'est normal)!

Le troisième tome (j'y arrive donc) est peut-être (?) encore plus "politisé" que les deux premiers, et contient moult allusions à la ZAD de Notre-Dame des Landes (peut-être quelque peu fantasmée). Il semble se dérouler après 2022... (sage précaution... ou pas?).

Toujours nos charmants oiseaux... de plus en plus contestataires? En pleine page (14-15, T.3 - toutes n'étaient pas mésanges?). Mesanges-contestataires  Quantitativement, les zadistes souvent évoqués ne pèsent pas bien lourd chez nous, mais ces epsilon pourraient-il se mettre en tête de modifier l'alpha et l'oméga du meilleur des mondes possibles?

On trouve aussi en fin des premiers volumes quelques pages de rédactionnel à l'apparence fort sérieuse sur la philosophie jivaro. Je n'ai pas été vérifier en quelle année l'anthropologue Philippe Descola, né en 1949, a pu les écrire.

En trois volumes cohérents, le dessinateur-scénariste a donc élaboré un univers où chaque détail compte, il faut tout bien lire afin de ne pas perdre le fil (les textes sont souvent bien plus subversifs que les beaux dessins inexorablement répétés). On se retrouve dans un enchevêtrement de saynettes dans une France (et un univers) alternatifs. Ma position personnelle serait de tout savourer sans me casser la tête à tenter de comprendre ce monde. Après, si d'autres veulent aller plus loin, je ne les empêche pas, hein... Pour ce qui me concerne, je ne saurais trop dire à quel 36 000e degré il faut en prendre l'humour! Un joyeux canular? J'ai cru y détecter diverses touches de dérision pince-sans-rire, comme la phrase sur l'ordinateur portable (p.115 du T.3), lorsque s'instaure une relation de sujet à sujet, "alors que celui-ci semble chercher à nous nuire et que nous nous demandons comment nous venger de lui"...

Je vous recommande encore la découverte de cette série dessinée, et vous laisse décider ensuite s'il s'agit d'un canular artistico-scientifique, d'une proposition de nouvelle philosophie, ou bien si tout est dans tout (et inversement). Comme je l'ai dit plus haut, j'avais donc pour ma part abordé cette trilogie (?) par le troisième tome. Et après les avoir parcourus tous les trois, je me demande même si en fait ils ne sont pas (re)liés à deux autres titres publiés du même auteur... Si vous avez eu le courage de lire ce billet jusqu'au bout, je vais maintenant vous informer que vous pouvez trouver plein d'autres beaux dessins sur le blog Puntish du même auteur. Comme disaient les ados, "c'est trop délire!" (je sais plus comment ils disent désormais, hein: j'ai perdu le fil...).

Enfin, pour mettre en parallèle un autre mythe animalier, ça m'a un peu fait penser à trois planches d'un album de la série Donjon (Joann Sfarr & Lewis Trondheim) titré Le roi de la bagarre, qui évoque deux peuples habitant respectivement Odilon (des bergers) et Koubine (des chasseurs dans une ile). Ca se termine abruptement - et plutôt mal.

***

Edit du 17/10/2020: merci à Keisha qui m'a gentiment crédité de la découverte dans son propre billet!

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