mercredi 15 novembre 2017

15 séries "manga" qui valent la peine d'être lues: un tag?

En prolongement logique du billet sur 15 séries de BD rédigé naguère, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voudrais lister cette fois 15 séries de manga, en vue d'un "tag". Encore une fois, sur le modèle du "tag des 15 auteurs" (qui ramène toujours plusieurs dizaines de blogs différents quand on fait une recherche sur G**gle...), il s'agit de donner, sur votre blog, "votre" liste de 15 séries "manga" favorites, théoriquement sans y passer plus de 15 minutes, et héroïquement de repasser le bébé à 15 autres blogueurs nommément cités en les mettant au défi d'en faire autant. Un "tag", quoi.

J'ai dans ces "coups de coeur" une majorité de "seinen manga" (séries prépubliées dans des revues japonaises ciblant plutôt les jeunes adultes masculins), seulement deux "shonen manga" (public d'adolescents) et un "shojo manga" (public d'adolescentes). Si la plupart des séries sont aujourd'hui terminées voire remontent à plusieurs dizaines d'années parfois, certaines sont encore en cours de publication tant en France que même au Japon. Ce sont, pour la plupart, des séries réalistes (les lycéennes qui sauvent le monde en luttant contre des démons surhumains, boarf... très peu pour moi!) - en tout cas sur le plan du dessin. Les nouveautés que l'on me prête pour me les faire découvrir correspondent en général à mes goûts. Mais pour que je prenne la peine de les acquérir, il faut que je veuille, soit les lire et relire, soit... les prêter moi-même! Et la place restant disponible sur mes rayonnages joue aussi. Les choix ont été difficiles à faire: parmi mes quelque 3 ou 4000 BD, il y a quand même... un peu d'autres série mangas (et j'en lis donc par ailleurs).

Le classement des 15 séries manga ci-dessous est effectué dans l'ordre antialphabétique de titre (sans tenir compte de l'article), histoire de varier un peu. Pour les mangaka (auteurs de manga), je mets en premier le patronyme (en majuscules), à la japonaise. Si certaines séries sont (comme déjà dit) encore en cours de publication, d'autres sont épuisées depuis belle lurette et ne pourront être dénichées qu'en occasion ou en bibliothèque.

Vinland saga
Série historique scénarisée et dessinée depuis 2005 par YUKIMURA Makoto (et son "atelier"). Toujours en cours, elle est publiée en albums depuis 2006 au Japon et 2009 en France (chez Kurokawa). 19 volumes parus (l'édition française a désormais rattrapé l'édition japonaise), la découverte de l'Amérique semble encore très loin pour ces Vikings...

Thermae Romae
6 volumes (série terminée). J'ai bien apprécié cette série historique mâtinée de "science-fiction" scénarisée et dessinée par la mangaka (auteur de manga) YAMAZAKI Mari. Prépublié de 2008 à 2013, publié en album, au Japon, à partir de 2009, et en France depuis 2012 chez Casterman.

Survivant
10 volumes (pour l'édition que je possède). Oeuvre de SAITÔ Takao, publiée à partir de 1976, rééditée en volumes au Japon à partir de 2001, et en France entre 2006 et 2008 chez Kankô, un label des éditions Milan. Un adolescent (14 ans) doit apprendre à survivre (si, si!) après une catastrophe planétaire.

Strain
5 volumes (série terminée). Textes de BUROSON (également connu sous le pseudonyme de FUMIMURA Sho, son vrai nom étant OKAMURA Yoshiyuki), dessins de IKEGAMI Ryoichi. Publié en 2002 en France chez l'éphémère label Akuma des éditions SEEBD (disparues en 2008), on ne peut le trouver que d'occasion. Un jeune homme tue sur gages: 5 dollars la vie (cela ne vaut pas davantage, selon lui)... 

Space brothers
20 volumes en France, 31 au Japon, au moment où j'écris, pour ce manga de KOYAMA Chûya publié au Japon depuis 2008. Anticipation: l'action se déroule en 2025 et les années suivantes, quand s'établit une station permanente sur la lune, avec deux frères japonais rêvant d'être astronautes depuis leur enfance... Le CNES (Centre national d'études spatiales) est partenaire de l'édition française (chez Pika depuis 2013).

Silver Spoon
13 volumes parus en France depuis 2013, 14 au Japon (depuis 2011) pour ce Shonen à suivre. Quand un collégien fait un "burn out" lié à la pression pour réussir à être le meilleur de la classe dans son collège, que faire? Rejoindre un lycée agricole, en espérant que ce sera plus facile... Le rythme de parution a fortement ralenti depuis 2015 au Japon, il semble que la mangaka ARAKAWA Hiromu ait entamé en parallèle une autre série, ce qui explique peut-être pourquoi, en France, on attend désespérément le 14e tome (éditions Kurokawa).

Sanctuary
12 volumes. Une autre oeuvre de BUROSON & IKEGAMI Ryoichi, parue au Japon de 1990 à 1995. Le politique et le yakuza... La lumière et l'obscurité... le tout pour une même vision partagée entre deux jeunes hommes! Série complète publié en France en 2004-05 chez Kabuto (encore un label des éditions SEEBD), et non réédité à ce jour.

Poison City
2 volumes et c'est fini! J'ai déjà parlé de cette oeuvre pessimiste de TSUTSUI Tetsuya ici. Se déroulant en 2019, elle a été éditée en 2014 au Japon et en 2015 en France chez Ki-oon.

Nobles paysans
4 volumes. Shojo manga plus ou moins autobiographique de la mangaka ARAKAWA Hiromu: sa jeunesse passée à la ferme chez ses parents lui aurait forgé tant santé que caractère (elle se représentait en génisse). Humoristique et truffé d'anecdotes. Publié au Japon depuis 2009, et en France depuis 2013 chez Kurokawa.

Nausicaä de la vallée du vent
7 volumes pour ce "Shonen". Poétique, fantastique... et politique. Publié entre 1982 et 1994, il s'agit du seul manga de MIYAZAKI Hayao, puisqu'il préfère se consacrer au dessin animé avec ses studios Ghibli créés en 1985. En France, il est paru de 2000 à 2002 puis a été réédité de 2009 à 2011, chez Glénat.

Ikigami (préavis de mort)
10 volumes. MASE Motorô a conçu un thriller d'anticipation publié au Japon entre 2005 et 2012, en France chez Kaze manga à partir de 2009. Quoi de tel, pour vous faire aimer la vie, que de savoir que vous avez une chance sur mille de mourir avant vos 25 ans (vous l'apprendrez 24 heures avant, entre 18 et 24 ans - chacun réagit différemment)? Mais attention, hein, c'est très bien organisé, dans la société d'un pays asiatique imaginaire... Encore une (société) où je n'aimerais pas vivre, personnellement!

Heat
En France sont parus seulement les premiers 12 volumes, de 2005 à fin 2007 (encore chez Kabuto, qui a subi le sort des éditions SEEBD). Cette série de BURONSO & IKEGAMI Ryoichi sur l'univers des yakusas (publiée au Japon de 1999 à 2004) en comporte 17, mais apprendre le japonais ne rentre pas dans mes projets d'études de cette année!

Les gouttes de Dieu (etc.)
44 volumes (édités en France chez Glénat de 2008 à 2015) pour cette série que j'ai présentée ici. De 2004 à 2014, la dessinatrice OKIMOTO Shu et les deux scénaristes qui utilisent le pseudonyme AGI Tadashi ont réalisé une belle saga sur le vin... Et la suite, Mariage, tire depuis 2015 la série vers la gastronomie (le 6e tome paraît en France dans quelques jours, 9 sont déjà sortis au Japon). On peut aussi y rajouter la mini-"série dérivée" Signé Le Vin (2 volumes) parue chez Pika en 2016 (au Japon en 2014).

Les fils de la terre
3 volumes parus au Japon en 2002 puis en France chez Delcourt en 2007-08. Cette série dessinée par HATAJI Hideaki narre, dans le contexte de l'exode rural, la rencontre entre un jeune fonctionnaire naïf (expédié "au vert" par un politicien qui prône l'autosuffisance alimentaire du Japon) et des agriculteurs. Son scénariste MÔRI Jinpachi, ancien journaliste, est décédé en novembre 2015 (à 57 ans) d'un cancer de l'oesophage.

L'école emportée
6 volumes. Un classique du mangaka UMEZU Kazuo, publié entre 1972 et 1974, paru en album au Japon en 1974-75 et en France chez Glénat en 2004-05. Toute une école se retrouve téléportée dans un futur apocalyptique.

Pour terminer, trois références:

- un petit ouvrage pédagogique pour comprendre les multiples facettes de ce phénomène d'édition et de société: Le manga, Stéphane Ferrand & Sébastien Langevin, Les essentiels Milan, 2006 (épuisé).

- un site "de référence" sur la BD asiatique (etc.): Manga-news.com (non, je ne suis pas payé pour la pub que je leur fais!).

- un réseau national de librairies BD: Canal BD et son périodique CanalBD manga mag (idem).

...Et vous, quelles seraient vos séries manga favorites?

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samedi 7 octobre 2017

Scoopette - Wolinski

Je repasse à Wolinski sous l'angle (arrondi) d'une de ses héroïnes féminines (pas seulement une silhouette). Après avoir évoqué des oeuvres "gentilles", je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voulais revenir à un peu plus de truculence wolinskienne. Voici donc Scoopette, la nympho de l'info (Canal+ éditions, DL avril 1994).

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Si j'ai bien compris, cet album reprend des dessins réalisés pour Canal Plus, dans le cadre de l'émission Nulle part ailleurs lors de la saison 1993-94 (?). Faute d'avoir regardé cela à l'époque, j'ignore quel est le volume publié par rapport à la production. En 2017, il semble qu'on ne puisse trouver sur la Toile d'images des dessins présentés lors de l'émission (en tout cas, je n'ai pu en trouver).

En couverture de cet album, la litanie des 10 prénoms évoque pour moi le charme suranné d'une chanson de Marie Laforêt (Boris, en dernier lieu...), empreinte du temps qui passe. En feuilletant les pages, les décomptes de fréquence d'apparition donnent: François 7 (Mitterrand 5 et/mais Bayrou 2!), Helmut [Kohl] et John [Major] zéro (publicité mensongère! - mais Wolinski aurait pu [me] répondre que c'était les prénoms des "anonymes" représentés par ailleurs...), Charles [Pasqua] 2, Edouard [Balladur] une douzaine, loin devant Jacques [Chirac] (5 - mais ce dernier a les honneurs - prémonitoires? - de la 4ème de couv'), Valéry [Giscard d'Estaing] 2, Bill [Clinton] 4, Boris [Eltsine] 5. Je suppose que mettre en avant Bernard [Tapie] (4 apparitions) aurait été malvenu, tandis que Georges (Marchais - 2 ou même l'auteur, une fois!) aurait été ambigu... L'ironie pouvait viser le personnage public concerné, ou une situation. Plus de 20 ans après, les politiciens concernés ont pour la plupart disparu du paysage politique actif... mais les situations peuvent perdurer. 

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Quel "gimmick" caractérise notre Scoopette? C'est évidemment un peu répétitif en terme de dialogue (question / réponse - qui s'adresse rarement à elle-même), tandis que les situations sont variées (dedans, dehors, en l'air, sur l'eau...). On remarquera que le Père Noël est seul (dans l'album) à l'appeler de son nom et à la tutoyer. Le reste du temps, Scoopette tend son micro phallique à tel ou tels interviewés (quand elle n'a pas les deux mains occupées). Notre intervieweuse de charme (soit voyeuse, soit actrice) se frotte à des hommes politiques politiques, des anonymes, des people, des sportifs, quelques missionnaires (dont 1 en apesanteur), masculins le plus souvent... On trouve de très rares interview en tête-à-tête avec des femmes (Simone Veil, sévère (x2!); Diana, sous les objectifs des photographes; Margaret Thatcher, des patineuses sur glace; une ménagère russe... ou la petite-fille de Mussolini - plus hard). Et en terme de zoophilie? Scoopette n'interroge pas de raton laveur (seulement Mickey!), mais quelques animaux: ours, flamand rose, kangourou... Ses principaux accessoires? le micro sus-évoqué, et un nagra - j'ai bien écrit nagra).

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La publication remontant aussi à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître (avant le "décollage" d'internet), on trouve très peu de critiques spécifique à Scoopette sur la Toile. Et plus de 20 ans avant le massacre de Charlie Hebdo, les seuls religieux mis en situations sont l'abbé Pierre et le pape.

Sans transition, voici encore quelques dessins picorés dans cet album sans numéro de pages.

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Pour finir, j'ai aussi pioché quelques jolies journalistes préfigurant Scoopette, ou les réflexions sur le journalisme visibles ci-dessous, dans les albums Le programme de la droite (1986, Denoël), Bonne année (1987, Denoël) et Il n'y a plus d'hommes (1988, Flammarion). Le personnage même de Scoopette a été réutilisé dans quelques planches en couleur de Trop beau pour être vrai (1998, Albin Michel), montrant ses aventures phantasmées en tant que journaliste à L'Echo des savanes (je n'ai pas pris les planches avec Chirac lubrique ou Jospin soporifique). Bien entendu, je ne m'interdis nullement de revenir moi-même sur chacun de ces albums, ultérieurement.

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*** Je suis Charlie ***

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jeudi 7 septembre 2017

Petite anthologie du dessin politique - Honoré

J'avais déjà (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rendu hommage au dessinateur Honoré dans un de mes billets précédents (le 25 janvier 2015), après son assassinat à Charlie Hebdo. Cette fois-ci, je me suis intéressé au recueil des dessins d'Honoré qu'a édité sa fille, sous le titre Petite anthologie du dessin politique (La Martinière, avril 2016, 288 pages). De coups d'oeils dans des dictionnaires, je retiens qu'une anthologie est un recueil de morceaux choisis (des vers, de la prose, de la musique: ici, donc, des dessins de presse).

Anthologie_H

Quelle logique, autre que subjective, a présidé au travail d'édition? J'aurais aimé en lisant le livre en apprendre davantage sur les modalités de choix, savoir si Honoré lui-même avait pré-sélectionné ses dessins préférés, ou si la sélection (par Hélène Honoré, par l'éditeur?) est intégralement posthume. J'ai constaté qu'Hélène Honoré avait répondu en avril 2016 à certaines questions que je me posais lors de son passage (12 minutes) sur le 14/16 de LCI pour présenter le livre (elle a voulu un livre qui puisse rester intemporel, avec les thématiques chères à son père, en choisissant de beaux dessins dont parfois l'élégance n'exclut pas la férocité...).

J'ai compté 201 (?) dessins (de juin 1995 au célèbre dessin envoyé quelques minutes avant sa mort - le dessin de couverture date, lui, de septembre 2009). Ces dessins sont essentiellement en noir et blanc, il n'y en a jamais plus d'un par page, mais beaucoup de pages de gauche sont blanches (72!), sans que j'aie trouvé la logique correspondante (mise en valeur du dessin unique de la double page? - j'espère qu'il ne s'agit pas de censure). Les années 1995 et 1996 ne comportent qu'un dessin chacune, 1997 en a deux, du mois de juin (double page). Il peut y avoir des "retours en arrière" (pour 1998, on a janvier, juin, avril-août, décembre; ou bien un dessin de décembre 2006 entre deux de mars 2007), et beaucoup de mois de production (plusieurs dessins chaque semaine dans Charlie?) non représentés, tout comme des mois dont plusieurs dessins ont été choisis (6 pour octobre 2008), surtout pour les périodes les plus récentes. Une double page contient un dessin de décembre 1999 et à droite un de mars 2000... Je suppose que le parti pris a vraiment été de faire se suffire à lui-même chaque dessin, plutôt que de le remettre dans le contexte de l'hebdomadaire. Je n'ai choisi aucun des 9 dessins comportant de la couleur (majoritairement du rouge).

Dans ma propre sélection (qui peut-être en dit autant sur moi que sur Honoré?), je cite seulement quelques dessins qui m'ont particulièrement "parlé":  

l'environnement...   P1050573    P1050563    P1050568    P1050562

des pastiches BD (Tintin, Milou, Pif...) ou références culturelles P1050561    P1050569     P1050574

quelque peu de provocation, de religion voire de politique...  P1050564    P1050566    P1050570    

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Dans son texte introductif, Hélène Honoré parle du perfectionnisme artistique de son père, qui revenait sur ses dessins, même après publication, jusqu'à en être satisfait. Je me suis aperçu que j'avais déjà cité un dessin de l'album dans mon billet sur Je hais les petites phrases: la phrase au-dessus de la vignette est différente...

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On peut aussi lire un article du vénérable Yves Frémion (critique et écrivain sur la BD) à l'occasion de la sortie de ce recueil. Je vous invite bien entendu à feuilleter la Petite anthologie... vous-même. 

In fine, je voudrais revenir sur une anecdote dont parle Hélène Honoré ici: quelques jours après l'attentat de Charlie Hebdo, un tagueur a rendu hommage à Cabu, Wolinski, Tignous et Charb, en oubliant Honoré. Elle-même, ainsi que la dessinatrice Catherine et Sigolène Vinson, ont monté un véritable "commando" pour rajouter au pochoir le visage de son père près de ses pairs. Ci-dessous l'anecdote racontée par Catherine [Meurisse] dans son album La légèreté (Dargaud, 2016), qui narre comment elle "s'est retrouvée" après le massacre de ses amis.

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*** Je suis Charlie ***

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lundi 7 août 2017

Je suis très tolérant - Charb

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Le poids des mots, le choc de l'image: une provocation, bien charbienne (est-ce que cela se dit, est-ce comme cela qu'on dit? Ou faut-il utiliser "charbesque"?). Ce livre paru en 1996 (peut-être l'un de ses premiers albums, sauf erreur de ma part?), Je suis très tolérant!, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me l'étais offert en 1998 (avant de rencontrer Charb lors d'une séance de dédicaces - je raconterai cela une autre fois).

Dans ce recueil de dessins, les "victimes" de "l'intolérance" du dessinateur sont (pêle-mêle): les fumeurs, les forces de l'ordre, les Corses, quelques politiques, des religieux, les vacanciers, sans oublier tous les braves concitoyens ou sommés de consommer que nous sommes... La violence est omniprésente - sur le papier (ah, la souffrance de la brave voiture défoncée à coup de masse par le garagiste retors...). Ca flingue, ça explose, ça cogne... Je suis loin d'avoir choisi les dessins les plus terrifiants pour illustrer mon propos. En metttant l'accent sur la violence symbolique ou l'antiphrase (le texte ou la légende), parmi cette diversité de dessins parus il y a plus de 20 ans, j'en extrais quelques-uns plus ou moins intemporels.

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Le compteur à air, ça n’existe pas encore: patience, je suis sûr que ça viendra! J'ai juste pris quelques-uns des dessins en N&B ou en couleur; l'album comporte également des cases formant une histoire suivie ou des gags de répétition (plus ou moins une page?).

Est-ce qu'il y aurait déjà plus de 20 ans que le PS ne savait plus ou il devait siéger [Charb ne posait pas la question en ces termes, bien sûr]? 

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Voici deux dessins de saison...

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... en attendant la rentrée... et l'automne qui, peut-être, sera chaud (ou chiant?).

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En tout cas, en 1996, la liberté du dessinateur de presse ne posait pas question: même pour un dessin sur Chirac et son cerveau, dont on va dire (méchamment) que c’était prématuré, à ma connaissance, Charb n’a pas été inculpé d’outrage au Chef de l’Etat… Il est vrai que Chirac était déjà le "héros" de plusieurs albums de Cabu (j'en parlerai aussi, à l'occasion...). Pour terminer, je signalerai pour ceux qui l'ignorent que Charb rédigeait par ailleurs des "chroniques", dans Fluide glacial ou dans Charlie Hebdo (exemple de titre de rubrique: "Charb n'aime pas les gens"). Plusieurs recueils en ont été publiés, dont les Petit traité d'intolérance et Nouveau petit traité d'intolérance (Librio) que je finirai bien par chroniquer aussi un jour. En attendant, continuez à découvrir (si pas déjà fait) les dessins de Charb, ils ne vieillissent pas... si je puis dire.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 7 juillet 2017

Murs murs - Tignous

Encore un livre de Tignous (pour le second mois consécutif), me direz-vous? Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] pense qu'on n'en parlera jamais assez. Je viens pour ma part tout juste de me procurer Murs murs, sous-titré "La vie plus forte que les barreaux" (Glénat, 2015, 119 pages). 

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Alors que la presse va bientôt commercer à nous parler de la montée en température estivale au sein des prisons françaises, avec surpopulation carcérale, absence de perspective pour les détenus (le temps de la grâce présidentielle du 14 juillet est loin!), et grogne des personnels pénitenciaires, ce peut être le moment de mettre à l'honneur cet ouvrage - posthume - de Tignous. Ce livre était encore en cours de mise en forme quand notre dessinateur a été assassiné avec ses collègues et amis de Charlie Hebdo. L'avant-propos de la compagne de Tignous et la préface de Christiane Taubira (alors Ministre de la justice) en contextualisent la réalisation.

Cabu, jadis, effectuait des "reportages dessinés" avec beaucoup de dessins et du texte. Aujourd'hui, dans Charlie Hebdo, Riss, Juin, Foolz, ... ont repris le flambeau. Le présent album de Tignous s'inscrit dans cette veine: du dessin illustratif, comme support aux phrases rapportées, et non du dessin de presse ou du dessin d'humour. Il est bâti autour de cinq "reportages dessinés - documentaires", concernant le centre pénitenciaire de Lannemezan, celui pour femmes de Rennes, l'établissement pénitenciaire pour mineurs de Porcheville, les maisons d'arrêt de Douai et de Fleury-Mérogis. On y voit des détenus, des "surveillants", des directeurs... (hommes ou femmes), qui s'expriment, plus ou moins librement... ainsi que leur cadre de vie tel que le dessinateur l'a capté.

Je ne vais "citer" qu'une dizaine de planches. En voici deux qui donnent juste un aperçu d'ambiance à Fleury Mérogis.

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Mais surtout, pour ma part, dans cet album, ce qui m'a frappé, c'est le témoignage sur les jeunes en prison (et je ne parle pas des bébés qu'on laisse à leurs mères jusqu'à 18 mois, mais bien des mineurs incarcérés à l'EPM de Porcheville): c'est quelque peu désespérant à mon avis (impression d'un autre univers)... Je vous laisse vous faire votre propre opinion d'après les extraits ci-dessous.

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A noter pour finir que, lorsque l'album est paru en novembre 2015, plusieurs blogs en ont parlé. Entre autres, vous pouvez lire les chroniques de Sabeli, Livrelibre, Bado, Jean-Luc Truc et même un blog "juridique", Sine lege.

Décidément, je ne serais sans doute pas capable de m'engager dans une association intervenant en prison, comme certains de mes proches avaient su le faire en leur temps. Tignous était vraiment bien plus courageurx que moi!

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 7 juin 2017

Le fric c'est capital - Tignous

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Lorsque j'avais [ta d loi du cine, "squatteur" chez dasola] découvert Le fric c'est capital (ramené par dasola d'une librairie en province en février 2015, il me semble), j'avais été un peu frustré. En effet, il n'y a dans ce "pavé" aucun texte d'accompagnement ou de "contexte": ni préface, ni introduction, ni postface, ni texte en 4ème de couv' - que du dessin, que du dessin, que du dessin... Tignous s'exprimait avec ce qu'il savait faire le mieux. La première édition de ce recueil est parue en 2010 chez 12Bis, Maison dont quasiment tout le catalogue a été racheté par Glénat en 2013. Le tirage à ma disposition est daté de janvier 2015. Il s'agit du deuxième livre de Tignous que je chronique (après Pandas dans la brume), je viens de le reparcourir pour programmer le présent billet dans la suite de mes "hommages". Si je devais citer tous ceux des quelque 500 dessins qui ont particulièrement éveillé mon attention, il faudrait que je mette des photos d'une trentaine de pages (sachant qu'on compte 2 ou 3 dessins par page), je me suis limité à une douzaine (avec parfois un commentaire de mon cru).    

       P1050308  Un clin d'oeil vers le "nouveau beauf' de Cabu?  

Je pourrais dire que je trouve presque le dessin de Tignous "moëlleux", tout en courbes (là où celui d'un Charb apparaît plus "sec"). Mais les rondeurs du trait n'enlèvent rien à l'âpreté comme à l'alacrité du propos. Les dessins du livre sont regroupés en 4 thèmes: les riches (les patrons et la finance), les pauvres (la société et le travail). J'y ai donc choisi pour les citer ici seulement quelques-uns des dessins qui me paraissaient particulièrement éloquents ou en tout cas qui m'ont "parlé".

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  P1050312  Roi du monde (roi du gaz de schiste?) ou bonnet d'âne?

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Je n'ai pas trouvé tant de références que cela à ce livre sur internet, j'ai quand même pu dénicher de rares informations complémentaires. J'ai appris grâce à ToutenBD.com que les dessins avaient été publiés notamment dans Marianne, tandis qu'Auracan.com parle plus précisément d'une anthologie de près de 500 dessins de Marianne et Charlie Hebdo.

   P1050316  Dans un des rares blogs que j'ai identifié comme ayant publié un hommage à Tignous, Etsivoulisiez, j'ai retrouvé parmi les citations des recueils précédents (que je lirai bien un jour), Tas de riches et Tas de pauvres (Denooël, 1999 et 2000), un dessin colorié dont la version "au trait" (en noir et blanc) figure dans Le fric c'est capital

   P1050317     P1050318  

Certains de ces dessins (datant de 2010 voire d'avant, rappelons-le!) sont tellement intemporels que, en 2017, il conservent une brûlante actualité... Je les ai gardés pour la bonne bouche. 

 P1050319  C'est pas forcément la même usine...

  P1050320  C'est pas forcément à cause du même produit...

  P1050321  ... C'est toujours le même PS (mais ça ne va pas forcément mieux chez LR, au FN, au FdG, ou demain à REM!).

Que puis-rajouter? Votre propre sélection serait peut-être différente. Un seul moyen de le savoir: faites l'effort de trouver et de feuilleter ce livre!

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 7 mai 2017

Le journal des présidents - Cabu

Ce 7 mai 2017 au soir, nous aurons élu une 8ème Présidence à la tête de notre Vème République (un Président ou beaucoup plus hasardeusement une Présidente). Je me rappelle avoir repéré en décembre 2014, en solde chez une librairie rue du Faubourg Saint-Antoine, Ma Vème République (de Cabu), et ne pas me l'être acheté sur le moment. On pouvait penser, à l'époque, que les 3ème et 5ème Présidents de la Vème République décèderaient peut-être avant leur dessinateur, naturellement. Inutile de dire que, courant janvier 2015, le livre n'était plus en stock. Quatre des cinq dessinateurs assassinés dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 étaient eux-même plus âgés que la Vème République (pour l'un d'eux, de quelques mois seulement). Wolinski était né en 1934, Cabu en 1938, Honoré en 1941, Tignous en 1957 et Charb en 1967. Je [ta d loi du cine, squatter chez Dasola] cède évidemment à la facilité en choisissant de publier le présent billet billet aujourd'hui (toujours dans la série des "hommages" que je leur rends).

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C'est Dasola qui a acheté, tout récemment, Le journal des présidents signé Cabu.

Comme nul ne l'ignore, Jean Cabut, né en janvier 1938, a vu son 1er dessin publié à 14 ans (via un concours), et on peut dire qu'il est passé "pro" à 16 ans avec ses dessins publiés dans des journaux. La 4ème de couv' mentionne qu'il était titulaire de la carte de presse n°21991. Si tous les dessins de cette publication sont bien évidemment de sa main (sur une période de plus de 60 années de vie professionnelle de dessinateur de presse), il est peu probable que cette compilation en ait été choisie par lui (à moins qu'il en ait eu personnellement l'idée - si c'est le cas, le lecteur n'en est pas informé). Le "Cabu" de ce livre (posthume) est devenu une marque déposée (comme précisé en 4ème de couverture).

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Une petite recherche dans les bases de données de l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) m'a permis de repérer deux dépôts successifs, l'un simplement du mot "Cabu" (N°4166821, le 21 mars 2015), l'autre de la signature elle-même (N°4220387, le 26 octobre de la même année). Je préciserai juste que les "marques" Tignous ou Wolinski n'ont pas été enregistrées. Quant aux nombreuses réponses pour Honoré ou à celle sur Charb, elles sont non-pertinentes.

J'ai regardé cette somme de dessins avec beaucoup d'intérêt, parfois un brin de nostalgie. J'étais loin de les connaître tous. Si j'ai dû voir passer dans Le Canard Enchaîné que je lis depuis plusieurs décennies chaque dessin qui y est paru, je ne me rappelais bien entendu pas tout. Quelques dessins ont déjà été publiés dans les recueils brochés que Cabu publiait régulièrement, mais ce n'est pas forcément la majorité. Et il est à noter que le présent livre est en couleurs. Enfin, j'ai compté plus d'une vingtaine de mentions "croquis inédits." Sur les 175 pages, je me permets juste de "citer" la double page ci-dessous (si cela peut vous mettre en appétit de lire vous-même le reste).

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Concernant le nombre de dessins par président, il n'est pas non plus directement proportionnel au nombre d'années de mandat pour chacun. Mais des anciens présidents, des présidents en exercice, ou de futurs présidents, pouvaient aussi cohabiter - dans la même vignette, ce qui fausse mes comptes... Allons-y: pour l'anecdote, Coty 1 et Auriol 3 (sous la IVème République, notre K-bu débutait!). De Gaulle 28 (pour 11 ans de Présidence), Pompidou 21 (pour un quinquennat involontaire), Giscard 37 (seul représentant du septennat unique sous la Vème), Mitterrand 91 (en 14 ans - j'ai compté seulement pour "1" la vignette où on le voit vieillir d'année en année, comme les autres cas de vignettes à figures multiples pour un même Président). Chirac bat (sauf erreur de ma part) les records avec 94 dessins (il a aussi été deux fois premier Ministre, deux fois candidat avant de l'emporter en 1995, et a eu, à l'heure où je rédige, des rapports avec deux de ses successeurs de son vivant). Sarkozy est représenté 76 fois pour un quinquennat (Cabu se doutait-il qu'il échouerait à recandidater?), et Hollande 54 fois (pour un peu plus de la moitié de son quinquennat à lui).

Pour en revenir au présent et à nos élections de cette année 2017, la 4ème de couverture de ce livre paru en mars 2017 a donné le quinté dans le désordre pour le 1er tour.

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Cabu avait bien entendu eu l'occasion de croquer ces personnages politiques, comme je suppose des milliers d'autres de la Vème République. Ne serait-il pas intéressant de faire un corpus complet (une base de données...), avec le nombre de dessins pour chacun? Ou alors, il faudra attendre une thèse universitaire, le genre d'ouvrage visant à l'exhaustivité qu'on ne peut guère réaliser du vivant d'un artiste productif.

Alors que dire encore sur ce livre? Bien évidemment, je suis content de pouvoir regarder ensemble ces dessins réunis sur un même thème (et conscient qu'il peut y avoir un intérêt "patrimonial" à cet ouvrage). Mais, non moins évidemment, j'aurais de loin préféré (comme tout le monde sauf quelques malheureux décervelés) qu'il puisse encore, de longues années, nous faire partager avec humour ses réactions aux événements et fur et à mesure que ceux-ci se produisent...

J'aurais aimé en tout cas qu'il y ait dans ce beau volume une page bibliographique avec la liste de l'intégralité des livres parus du vivant de Cabu, même si certains sont (aujourd'hui, peut-être plus demain?) épuisés. J'avais apprécié la présence d'une telle page pour Wolinski dans Ca, c'est moi quand j'étais jeune (lettre ouverte à ma femme). Pour ma part, je n'étais pas encore revenu sur l'oeuvre cabuesque depuis mon 1er billet évoquant les albums que je possédais sur Le Grand Duduche. Mais peut-être trouverai-je un angle pour parler de tel ou tel autre titre dans les mois à venir? Les intégrales Mon Beauf (octobre 2014 chez Michel Lafon) ou Le Grand Duduche (1ère édition en novembre 2008 chez Vents d'Ouest), toutes deux parues du vivant de Cabu, m'intéresseraient certainement.

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 4 décembre 2016

Maggy Garrisson (cycle) - Stéphane Oiry & Lewis Trondheim

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Je ne chronique pas souvent de bandes dessinées, mais je voulais évoquer les trois tomes "Maggy Garrisson" parus entre 2014 et 2016 aux Editions Dupuis. C'est une BD assez sympa qui a beaucoup plu à mon ami. Il a particulièrement aimé une réplique dans l'avant-dernière vignette du premier tome quand le nouveau petit ami de Maggy lui demande ce qu'elle va faire de l'argent qu'ils ont récupéré: Maggy amoureuse répond "Je vais t'acheter une laisse en or".

A Londres, de nos jours, Maggy est une jeune femme un peu replète qui vient de retrouver après deux ans de chômage un travail de secrétaire chez Mr Wight, un détective privé au bout du rouleau et passablement alcoolique. Dans Fais un sourire, Maggy, dès son arrivée, Maggy, qui est intelligente et astucieuse, retrouve le canari d'une voisine, puis une balle de cricket signée qui a été volée au patron d'un pub. Pendant ce temps-là, le nouveau patron de Maggy est à l'hôpital, car il a été agressé à cause du contenu de son portefeuille (il possède trois tickets très convoités). Maggy essaye de faire la lumière sur cette agression, ce qui l'emmenera jusqu'à Brighton. Sheena, une fliquette, devient son amie, et Alex (celui que Maggy veut mettre en laisse à la fin) son petit ami.

Dans le deuxième tome (L'homme qui est entré dans mon lit), on réalise que Sheena en veut à l'argent amassé par Maggy dans le premier. Lors d'un intermède, Maggy rend visite à sa mère avec qui elle ne s'entend pas du tout. Les ennuis s'accumulent pour Alex qui doit ruser avec les faits. Pendant ce temps-là, Maggy continue à seconder Mr Wight dans ses enquêtes.

Dans Je ne voulais pas que ça finisse comme ça (le troisième tome), Maggy et Mr Wight sont chargés de "coincer" une entreprise de pompes funèbre qui a profané un cadavre en lui volant neuf dents en or. Maggy toute seule fait tout ce qu'elle peut pour rendre à ses propriétaire un album trouvé dans un conteneur. Quand le tome trois s'achève, on peut espérer qu'il y aura une suite, d'autant plus que j'aime beaucoup le personnage de Maggy.

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jeudi 14 juillet 2016

Les Gouttes de Dieu - Tadashi Agi & Shû Okimoto

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Si l'une de vos connaissances ne sait pas apprécier le vin, offrez-lui donc le 1er tome du manga Les Gouttes de Dieu, peut-être sera-t-elle séduite? Le principal personnage de cette série dont nous découvrons de multiples facettes sans jamais en achever le tour, c'est bien le vin. Certaines des bouteilles millésimées, dégustées au fil des mois par Issei Tomine, Shizuku Kanzaki, ainsi que leurs compagnons et compagnes d'agapes, n'avaient même pas encore été mises en circulation lors du début de la publication (2004-2014 au Japon, 2008-2016 en France). Le ressort de la saga? Les deux hommes sont rivaux pour hériter de la cave fabuleuse de Yukata Kanzaki, critique oenologue mondialement célèbre. Père biologique de Shizuku, il a adopté Issei une semaine avant de mourir d'un cancer du pancréas. Au fil des 44 volumes et des histoires annexes, nous assistons à l'ouverture de dizaines de bouteilles et à leur dégustation commentée. Santé!

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Divines dégustations

Un client râle au restaurant. Une apprentie sommelière se fait méchamment engueuler. Notre héros se lève, et... ainsi commence le 1er tome de cette enquête initiatique dans le monde du vin. Quelques pages plus loin, Shizuku (c'est de lui qu'il s'agissait), jeune commercial de brasserie (environ 25-30 ans) est averti par téléphone du décès de son père. Il découvre alors qu'il va devoir concourir pour son héritage avec un élégant trentenaire adopté par son père, Issei, un peu plus âgé que le fils légitime, mais déjà reconnu comme "prince du vin. Les règles? Avant même de pouvoir aborder la Bouteille suprême (Les fameuses "gouttes de Dieu"), il faudra prouver pouvoir identifier et décrire les 12 vins uniques définis par Yukata lui-même, en résolvant les énigmes d'un véritable rallye artistique. Une formulation poétique, lue devant les "candidats", lance à chaque fois trois semaines de recherches pour trouver, puis décrire chacun avec ses propres mots, le vin correspondant. Un vieil ami de Yukata ("ch'uis juste un alcoolo!") arbitre ce match. Les soutiens ne manqueront pas de part et d'autre.

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En attendant... gouttons!

Nous découvrons deux approches différentes. Shizuku, qui ne connaît rien au vin quand commence le défi, s'appuie sur des rencontres chaleureuses, qu'il a la chance de faire plus ou moins par hasard. Issei, déjà expert reconnu, a une attitude plus froide mais aussi professionnelle. Consacrant sa vie à sa vocation, il suscite et exploite chaque rencontre, armé de sa volonté de fer, d'un orgueil qui lui sert d'armure, et des compétences qu'il ne cesse de se forger, pour tremper son âme dans le vin. 440 chapitres et des milliers de pages nous montrent leurs aventures et d'innombrables rencontres humaines et alimentaires. Car en fin de compte, c'est bien de cela qu'il s'agit: le vin constitue aussi un organisme vivant, où transparaissent par exemple le millésime, mais aussi l'âge de la vigne ayant produit le raisin, le temps, la terre, les hommes... et qui se marie avec les aliments.

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Amis, remplissons nos verres…

La romance tient également une place non négligeable (normal, c’est la vie) dans ce seinen manga voué au vin (rappel de la cible éditoriale du seinen: jeunes adultes masculins de 15-30 ans...). Tout au long de l’arc narratif constitué par la rivalité entre Shizuku et Issei, les destins des protagonistes s'enchevêtrent comme les sarments d'une vigne que nul n'aurait taillée, avec des secrets de famille ignorés par les uns et connus par les autres (comparses ou mentors). L'un s'entoure d'amis qui suppléent à son manque d'expérience; l'autre met son orgueil à trouver des indices par un travail sur lui-même. Les personnages secondaires ont leurs qualités humaines et leurs défauts. Si on les voit paraître plus d'une fois, on peut en suivre l'évolution. Et le placement produits (vins…) a sans doute eu des retombées palpables tant au Japon que chez les viticulteurs français. En identifiant pas à pas les douze "apôtres" (vins décrits dans ce premier arc œnologique et conduisant vers Les Gouttes de Dieu en question), les 44 tomes ont seulement préparé la suite, Mariage. Shû Okimoto (dessinatrice) et Tadashi Agi (scénaristes - ce pseudonyme est commun à un frère et une sœur) en ont d’ores et déjà produit 4 nouveaux volumes au Japon. Le premier tome en sortira en France, toujours chez Glénat, en septembre 2016.

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lundi 7 mars 2016

Maurice et Patapon - Charb

Maurice et Patapon ne sont pas deux gentils petits fripons. Dès les pages de garde (en noir et blanc), Charb annonce la couleur: il s'agit de personnages antipathiques (animaux "de compagnie" qui affichent leur insolence et leur "mépris" de l'humain): deux canailles! N'en déplaise à Luce Lapin (1), ce n'est pas le genre de compagnons qu'on aurait envie d'adopter pour un chez-soi paisible. 

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Le plus souvent, il s'agit de "bandes" (strip) de 3 dessins. Leur première publication remonte semble-t-il à 1998 dans Charlie Hebdo. J'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'impression de les avoir aperçus ailleurs dans la presse (Libération?), mais ma mémoire doit certainement me tromper - en tout cas je n'en ai pas retrouvé trace.

Ces deux bestiaux (chat tigré et chien marron) n'aiment vraiment pas les humains, que ce soit ceux qui s'imagineraient leurs maîtres ou les autres. Ils vont jusqu'à les trucider (sur le papier - c'est toute la différence). Mais c'est pas parce qu'ils n'aiment pas les humains qu'ils adorent les (autres) bêtes. Il m'a quand même fallu choisir dans les dessins...

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L'humour de Charb est ici encore très "crade" voire scatologique (provocateur): ces anthropomorphes bâfrent (y compris des choses immondes), régurgitent, pêtent, chient... Ils n'ont rien pour plaire, mais peuvent faire rigoler.

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Leur univers? Cynisme et bons mots, causticité. Je reconnais que s'ils ne sont pas cons (voir ci-dessous quelques morceaux choisis de leurs philosophies), en tout cas ils osent tout (même se moquer des bobos).

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Leur humour gras tourne parfois en dérision le sacré. Pour donner une approche plus intellectuelle au présent billet, je signalerai que Philippe Corcuff évoquait il y a des années déjà "la dérision à tonalité tragique de Maurice et Patapon de l'ami Charb" (2).

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Dasola m'a interdit de sélectionner un dessin où ils se moquent d'A***h! Mais elle n'a rien dit pour la burka.

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Pour le moment, je n'en ai encore lu que 4 (empruntés en bibliothèques). Mais ils restent dans mon colimateur (pour finir par les intégrer dans ma BDthèque).

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C'étaient vraiment de sales bêtes. N'empêche... Qu'est-ce qu'on les regrette!

(1) Luce Lapin écrit des chroniques chaque semaine dans Charlie Hebdo sur les thèmes de l'adoption des animaux abandonnés et lance des appels à tous ceux qui voudraient adopter chiens ou chats. Elle milite vigoureusement contre la corrida et toutes formes de cruauté envers les animaux.

(2) Chronique dans Charlie Hebdo N°525 du 10 juillet 2002, reprise dans Mes années Charlie et après, Philippe Corcuff, Textuel, 2015 (18 dessins de Charb et 1 de Tignous).

 *** Je suis Charlie ***

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