mercredi 1 avril 2020

Rions un peu avec le coronabidule (quelques c...) - N°1

Puisque dasola n'a pas assez eu le moral pour rédiger son billet à la date attendue, je (ta d loi du cine, squatter sur son blog) vais essayer de faire appel à mon légendaire sens de l'humour pour la dérider - et peut-être quelques lecteurs-trices avec?

* Message automatique de réponse d'une boite email, dans une administration:
"Bonjour
Je ne suis pas disponible jusqu'à nouvel ordre"
A chaque fois, ça me fait hurler de rire!

* "- ... Oh, moi, j'ai acheté 10 kilos de pâtes. de quoi tenir un mois, deux mois en me rationnant un peu, trois mois en me rationnant beaucoup.
- ... Mais qu'est-ce que ça sent, là?
- Ah M...! Mes pâtes qui brûlent!"
(d'après Morris)

* Surpris dehors sans attestation? Attention, y a pas pIIIIIIrrr(e)...

* 135 euros d'amende? La récidive à 200 euros, et 3750 euros pour le quarté dans le désordre en 30 jours?

* Embellie en vue pour Microb: d'un côté, le virus va régler le problème des retraites. De l'autre, les Français frondeurs vont régler celui des déficits.

* Ou alors, renationaliser la Française des Jeux, et lancer un nouveau produit: le pari sur les scores, dans tous les pays (atteints / décédés / guéris).

* Vivement le stade 4. Mais non, ce n'est pas celui où nous sommes tous morts, c'est juste le retour à la normale.
Vous me direz, à long terme, c'est la même chose (comme disait à peu près Keynes).

En voilà treize (phrases) à la douzaine. Je ne vais pas m'engager sur une fréquence ni sur une durée.

Si ça vous a fait rire: à déconfiner sans modération (et sans coup férir)!

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samedi 7 mars 2020

Caricature mode d'emploi - Charlie Hebdo Hors série N°20H (novembre/décembre 2019 - janvier 2020)

Il m'est déjà arrivé, dans mes hommages mensuels à Charlie Hebdo, de parler d'un de leurs "Hors-série". Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réitère aujourd'hui en présentant l'avant-dernier paru, en novembre 2019, sur les caricatures.

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Caricature mode d'emploi, Hors série N°20H, novembre 2019 à janvier 2020, 64 pages

Ce Hors-série thématique fait bien sûr la part belle à la production de l'équipe: j'ai compté au fil des pages 25 couv' de Charlie Hebdo, de différentes époques. Il est divisé en 17 chapitres intéressants par la variété de leurs angles (pour citer en exemples certains de leurs titres: "Censure sans frontières [trop politiquement correct, trop politiquement nul]", "Purgatoire [caricaturer les religions]", "Peut-on rire de trous [caricaturer... le sexe]" - qui m'a fait pouffer!, "Rire pour toujours [caricaturer... la mort]"), sans compter l'édito que signe Riss. Dans le chapitre "Dépucelage: mon premier dessin satirique", les actuels collaborateurs de Charlie (dessinateurs ou non, 14 témoignages) évoquent chacun un dessin satirique qui les a marqués enfants et qui est peut-être à l'origine de leur vocation. J'ai particulièrement savouré celui mis en avant par Gérard Biard (p.9), ci-dessous.

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Le numéro plonge assez loin dans l'histoire de la caricature (alors moyen anonyme d'attaquer les puissants: Marie-Antoinette par exemple, victime de pamphlets érotico-obscènes). L'incontournable Daumier est cité, avec un dessin moins connu que celui de Louis-Philippe en poire. On y trouve aussi la célèbre dernière couv' de L'Hebdo Hara-Kiri (sans dessin, mais non sans graphisme!). 

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En ce qui me concerne, la lecture de ce numéro m'a fourni l'occasion d'en apprendre davantage sur L'Assiette au beurre, abondamment cité (via 8 dessins d'époque) dans ce Hors-série, alors que je ne ne connaissais guère que de nom ce titre de presse du début du XXe siècle, et de me renseigner notamment sur le dessinateur Jossot (3 dessins sur les 8, de 5 dessinateurs différents). Je vais donc faire un peu mon cuistre: L'assiette au beurre, comme Charlie Hebdo, a connu deux séries successives, l'une, hebdomadaire, de 1901 à 1912 (tirant à 25 000 exemplaires en moyenne), puis, à périodicité mensuelle, une seconde de 1921 à 1936 (disparition définitive). Au total, il aura publié près de 10 000 dessins produits par environ 200 dessinateurs. Je me demande pourquoi ceux cités sont tous datés d'entre 1901 et 1904. Peut-être parce que ces dessins-ci de ces années-là étaient disponibles au moment de la rédaction du Hors-série...

Quant à Jossot, je vais rapprocher de celui publié par Charlie un autre de ses dessins (celui en noir et blanc), en guise de rime d'image: selon le site Goutte à goutte de Henri Viltar sur Jossot d'où je l'ai extraite, "Cette image au cynisme savoureux, à la fois antimilitariste et anticléricale, est parue en avril 1903, dans l'Action quotidienne, anticléricale, républicaine et socialiste, organe de la libre-pensée militante."

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Mais je ne crois pas avoir lu dans Charlie la précision que le dessinateur Jossot avait été renvoyé en 1904 de L'Assiette au beurre parce que certains des numéros qu'il avait conçus avaient été "mal reçus", avant d'y revenir plus tard, pour un total de 300 dessins publiés entre 1901 et 1907 (selon Wikipedia, consulté le 1er mars 2020). Au final, L'Assiette au beurre était sans doute un titre dont les propriétaires étaient davantage mus par le souci de publier un périodique ayant une bonne rentabilité financière que de publier un journal d'idées.

J'ai encore trouvé intéressant le chapitre intitulé "Caricature et démocratie, un vieux couple agité qui ne s'est jamais résolu à divorcer", de par sa conception. Charlie a "demandé à plusieurs responsables politiques de nous faire part de leur point de vue sur la caricature en démocratie, à travers parfois l'expérience qu'ils purent en faire eux-mêmes". Parmi les dix témoignages d'hommes ou de femmes politiques qui expriment leur position personnelle sur le dessin de presse, je relève celle de Nicolas Sarkozy (par ailleurs dessiné ou évoqué en tout quatre fois dans des dessins du Hors-série). Dans le contexte de la préparation des élections présidentiellles de 2007, il avait rédigé le 6 février 2007 un courrier de 15 lignes lu par l'avocat de Charlie lors du procès sur les caricatures publiées en 2006, et était déjà intervenu à ce sujet sur LCI le 2 février 2006. Dans sa réponse en 2019, il brode autour de ses formules successives: "je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure" (2006) / "je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature" (2007), pour finir par: "Tirer sur le caricaturiste c'est en réalité tourner une arme contre soi car le rire est au coeur même de la condition humaine" (et hop, dans la poche, Rabelais et Malraux!).

Dans l'avant-dernier chapitre, une double page signée Riss présente une association via laquelle une ancienne journaliste de Charlie Hebdo mène des actions d'éducation au dessin de presse et à la caricature, dans différents milieux parfois hermétiques: établissements scolaires (de la primaire à l'université), bien sûr, mais aussi centres sociaux et prisons. L'association Dessinez Créez Liberté a été cofondéée en 2015 par Charlie Hebdo et SOS Racisme, pour débattre du fanatisme, de la liberté d'expression et de tous les sujets de société contemporains. Je pense, j'espère, que le chapeau de l'article peut servir de conclusion à chacune de ses interventions: "On se sent moins con lorsqu'on comprend une caricature!". 

P1110642 Il faut être capable de comprendre au moins le "second degré": par exemple, ici, un singe en caricature un autre, et cela donne... Trump (comique de répétition: peut-on rire de Trump?). Ensuite, on attend de pied ferme la plainte de la SPA.

P1110636  ... ou de comprendre le signifiant du "pigeon" (ensuite, on attend les attaques en piqué de la LPO).

Je vais enfin revenir sur quelques-uns des chiffres que j'ai relevés: ceux des dessins des dessinateurs décédés. Honoré, un seul. Wolinski, une couv'. Charb, 3 couv' et 6 autres dessins. Cabu, 6 couv et 5 autres dessins (tous étant © V. CABUT bien sûr). Si l'on en trouve aussi de Reiser ou de Gébé, il n'y en a aucun de Tignous: cela m'a frappé?

On peut toujours, bien sûr, se procurer ce Hors-série sur la boutique en ligne de Charlie Hebdo (ou une vingtaine de titres - certains déjà bien anciens - sont proposés à l'achat). Peut-être reviendrai-je un jour sur l'un ou l'autre parmi les six Hors-série qui figurent en p.4: Profs; Spécial jeux; C'était Calais; Cavanna raconte Cavanna; La laïcité, c'est par où? Enfin, je précise que l'hebdomadaire mettait en couverture le Hors-série, lorsqu'il était disponible en kiosque. Ainsi, la couv' du numéro ci-dessous. Si, si, regardez bien: propulsez votre regard en haut, à droite...

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*** Je suis Charlie ***

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vendredi 7 février 2020

Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux - Patrick Pelloux

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Ed. Robert Laffont, 2019, 324 pages (ce livre m'a été offert pour Noël)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lisais toujours, et j'appréciais, les chroniques de Patrick Pelloux (des histoires de malades!) dans Charlie Hebdo. J'ai déjà chroniqué l'un de ses ouvrages (dont le co-auteur était Charb), J'aime pas la retraite (cela reste une lecture plus qu'appropriée en 2020, et Pelloux en dit un mot p.310 de ce livre-ci, dans un chapitre consacré à Charb). Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux se présente comme le tome deux d'une série reliée par le sous-titre "Les derniers jours des grands hommes". Ses 21 chapitres classés par ordre chronologique (de Mahomet à Charb) comportent de 4 à 50 pages. Le premier volume, paru en mars 2013, était titré On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps et en comportait une trentaine (je ne l'ai pas - encore - lu).

Pelloux discourt donc ici sur la "fin de vie" de quatre rois de France, un empereur et une reine, deux hommes politiques, un prophète, un marin, trois hommes de cinéma, deux musicien(ne)s, un poète, deux peintres, et un dessinateur (j'oubliais le chef indien et la séquence révolutionnaire): comment ont vécu et sont morts ces différents personnages (artistes ou personnalités), d'après ce que l'on peut en savoir selon les sources historiques. Dans tel cas, le médecin qu'il est posera une tentative de diagnostic clinique basé sur les symptômes relevés à l'époques. A d'autre moments, il aura un regard plus empathique en mettant en évidence les souffrances endurées. Pour ma part, je me suis un peu interrogé sur la présence de Marie-Antoinette dans ce corpus, à côté des rois de France. A ma connaissance, elle n'est morte ni de maladie ni d'accident, ni même assassinée. On a tous appris à l'école républicaine de quoi elle est morte: d'un "souffle frais sur la nuque", envolée lyrique sans doute faussement attribué au bon docteur Guillotin... Sauf erreur de ma part, il s'agit du seul cas d'exécution légale relevé dans le livre. Il aurait peut-être été plus original de l'aborder par le biais de ses enfants décédés jeunes. L'histoire de la Commune, elle, est abordée sous l'angle de sa médecine de guerre. 

Je remarquerai que ce livre souligne avec humilité les limites et parfois l'impuissance de la médecine et des médecins (hier comme aujourd'hui). Ce serait sûrement exagéré de faire de la psychologie à dix balles en rappelant à Patrick Pelloux qu'il hurlait à la mort n'avoir pu sauver ses amis en janvier 2015... L'auteur, dans le préambule de son livre, exprime en tout cas les difficultés de l'accouchement. Citation: "Je dois vous avouer, je ne sais pas comment faire un livre! (...) en fait, vous ne savez jamais quand le livre est fini. C'est là tout le savoir-faire de la directrice littéraire qui telle la patronne du restaurant [au grand chef] dit: «ça suffit, lâche le manuscrit!»."

Patrick Pelloux fait partie de ces membres de l'équipe de Charlie Hebdo qui s'en sont éloignés suite au massacre de janvier 2015 (il avait annoncé en septembre 2015, quelque temps à l'avance, la fin de sa collaboration). Mais il fait bien entendu partie aussi de l'histoire du journal, et à ce titre je ne manquerai pas de continuer à le suivre dans mes chroniques. Notamment, je vais tâcher de mettre la main sur les trois tomes de recueil de ses chroniques, Histoires d'urgences 1 & 2, parus en 2007 et 2010 aux éditions Les Echappés et suivis d'un troisième et dernier volume, Toujours là, Toujours prêt, Le Cherche Midi, en novembre 2015.

P.S. du 8 février 2020: suite aux commentaires concernant le titre, je rajoute une autre citation du préambule, expliquant ce choix: "Le titre est inspiré d'une phrase prononcée par mon ami Charb, "Je préfère mourir debout que vivre à genoux", et que j'utilise avec l'autorisation de ses parents; phrase qu'il avait lui-même reprise à Emiliano Zapata, révolutionnaire mexicain du début du XXe siècle. Mais aussi à Dolorès Ibarruri, membre du Parti communiste espagnol, dans son discours lors du rassemblement des républicains espagnols le 8 septembre 1936 au Vel d'Hiv' à Paris. Et encore à Germaine Tillion, anthropologue, résistante, dans Le Verfügbar des Enfers, son opérette sur l'expérience concentrationnaire de Ravensbrück. C'est une phrase de résistance et d'engagement absolu. Charb est mort debout, sans perdre ses lunettes auxquelles il tenait tant  - détail absurde mais qui l'aurait fait marrer."

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 9 janvier 2020

13 ans de blog (ô bonheur)

Pour ce treizième bloganniversaire célébré par le blog de dasola, je (ta d loi du cine, squatter - et statisticien - chez dasola) me suis demandé comment vous sortir quelques statistiques inédites de derrière les fagots.

Je me suis donc intéressé (c'est la période!) aux voeux de nouvelle année qu'elle a publiés depuis le 31/12/2008 inclus jusqu'au 1er janver 2020 (sa 1ere année de blog, en 2007, est "hors catégorie", car le billet du 24 décembre 2007 souhaitait "Joyeux Noël et bonne année" avant une pause qui a duré jusqu'au 7 janvier 2008...).

J'ai concocté un petit graphique avec le nombre de commentaires le 31 décembre (pour les deux années où le "billet des voeux " a été publié dès ce jour-là), le nombre de commentaires obtenus du 1er janvier au 8 janvier inclus (avant le "bloganniversaire"), et les éventuels commentaires ultérieurs. Le plus tardif était intervenu en 2015 (le 27 janvier), tandis qu'en 2018 il n'y en a plus eu après le 6 janvier, mais je n'ai pas su intégrer cette donnée au graphique (la date de dernier commentaire pour le billet "Voeux" de chaque année...).

Stats_voeux_actualisees
[Graphique mis à jour le 01/02/2020]

Depuis le début de l'année 2020, à ce jour, ce sont 44 personnes différentes qui sont déjà revenues (dont, on l'a vu, 28 sur le billet des voeux).

Quelques autres informations sur cette année 2019 qui est désormais loin derrière nous (même si certaines choses commencées avant les fêtes se poursuivent aujourd'hui - la grève des transports, par exemple): 121 personnes différentes sont venues faire chez dasola un commentaire, sur l'un des 129 billets qui y ont été publiés et qui ont totalisé 1741 commentaires. Mais seuls 21 billets ont atteint ou dépassé le cap des 20 commentaires, et seul celui des voeux a dépassé les 30. On aura donc assisté, cette année encore, à une lente érosion du nombre total de commentaires comme de celui des commentateurs (c'est bien une décroissance, mais non un effondrement!).

Enfin, notons tout de même que le cap du 26 000e commentaire sur le blog a été franchi le 20 décembre 2019, cependant que celui du 2000e billet avait été passé le 3 septembre 2019 (déjà). Mais au rythme actuel, on n'est pas près d'atteindre le chiffre du 1200e commentateur! Aujourd'hui 9 janvier 2019, les compteurs du blog de dasola s'établissent respectivement à 2044 billets, 26 115 commentaires et 1176 personnes venues au moins une fois déposer un commentaire chez dasola.

Je ne peux que déplorer (comme déjà fait précédemment) que dasola ne veuille plus "travailler" (désolé si ce mot égratigne les yeux!) à "prospecter" des blogs (et leurs blogueurs!) qu'elle ne connaît pas encore (et qui ne la connaissent pas non plus!). Pour 2019, en l'absence d'efforts, nous avons trace de seulement 10 nouvelles personnes qui étaient venues découvrir le blog de dasola, dont 8 via un commentaire unique, une pour 3 commentaires, et une qui est devenue "fidèle" (plus de 5 commentaires, entraînant mention dans la colonne de droite): Céline, en l'occurrence. Les chiffres de fréquentation cumulés dans ladite colonne de droite permettent comme chacun sait de repérer les blogueurs et blogueuses avec lesquels les échanges ont été ou demeurent assidus.

Un petit coup de chapeau particulier: en terme de nombre de commentaire par un blogueur sur 12 mois, c'est Missfujii qui est aujourd'hui recordwoman toutes catégories (que ce soit de date à date, ou sur une année civile). Depuis son tout premier commentaire (cf. colonne de droite), il n'y a guère eu que 30 billets sous lesquels elle n'a pas mis au moins une petite phrase de commentaire. A ce rythme-là (et s'il se maintient), elle aura droit à un entretien pour se présenter en tant que blogueuse, à l'occasion de son 500e commentaire chez dasola, d'ici à fin décembre 2023!

Plus près de nous, en 2020 je pense, "les" Matchingpoints ne devraient plus tarder à passer sous les projecteurs de cette présentation. Pour rappel, en 2019, cela a été le tour de Keisha (au mois d'avril - déjà!).

Et voilà, c'est donc reparti pour le 14ème millésime du blog de dasola (où ma propre participation reste modeste - moins d'une centaine de billets signés "ta d loi du cine, squatter chez dasola", alors que celui-ci est le 2044e paru sur le blog - en 13 ans, comme titré).

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mardi 7 janvier 2020

Tout est pardonné - Charlie Hebdo 2015 (collectif)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis procuré récemment la "compilation annuelle" des dessins parus dans Charlie Hebdo en 2015, publiée aux éditions Les Echappés (dépôt légal octobre 2015). Ce sera donc le sujet de ma chronique anniversaire cette année. 

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Ce recueil de dessins ne comporte pas de texte, excepté la 4ème de couverture et deux pages en préface-hommage signées Riss, désormais le patron. On n'y trouvera pas de table des matières ni d'index. J'ai donc moi-même fait mes petits comptages pour quelques statistiques (gestion de données...). Je précise d'abord que les 5 dessinateurs assassinés ont chacun leur propre "chapitre", encadrés par un ou deux des 9 chapitres thématiques où se retrouvent les autres dessinateurs réguliers, d'avant ou d'après le 7 janvier, ainsi que ceux qui ont fourni occasionnellement quelques dessins (leurs noms figurent en 4ème de couv'). 

En prenant seulement en compte le nombre de dessins publiés, par ordre croissant, on trouve: Schwartz (1), Babouse (2), Dilem (2), Gros (2), Felix (4), Juin (6), Pétillon (6 - dont 4 de ceux que j'ai déjà cités ici -, ce qui représente la quasi-totalité de sa contribution), Willem (12), Wolinski (15 - presque tous consistant en une "bande" verticale), Foolz (22), Catherine (24), Honoré (43), Tignous (48), Coco (51), Charb (52), Cabu (35 ou 63, selon que l'ont tient compte ou non que 14 de ses contributions consistent en une bande verticale groupant 3 dessins), Luz (72), Riss (76).

De ces 184 pages et au moins 473 dessins (comme déjà dit, Cabu faisait des "bandes" que j'ai comptées pour 1, composées cependant de plusieurs vignettes), j'ai extrait, avec un peu de recul, quelques dessins des morts, mais aussi des vivants, pour une vision anachronique et universelle, même si on pourrait parfois la nommer macronique (non sans ironie), en 24 dessins (mais il en reste plein à découvrir aux lecteurs de l'ouvrage!). 

Ci-après, donc, ceux qui m'ont tapé dans l'oeil. J'ai choisi de mettre en avant, pour la plupart, des dessins intemporels, ou du moins qui, en 2020, ont conservé toutes les raisons du monde de faire écho à nos préoccupations actuelles. Ou, pour certains, parce qu'ils me parlaient à moi.

A tous seigneurs tous honneurs, voici une brochette de quelques Présidents. 

P1110294 p.40 (Luz)  P1110293 p.25 (Cabu)  P1110286 p.170 (Wolinski) P1110299 p.101 (Honoré)
  P1110296 p.59 (Charb). P1110285 p.167 (Wolinski)
Bêêê, oui... (en 2015, il n'était encore "que" Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique).

Je regroupe ci-après quelques transports ou déplacements (par différents moyens)...

P1110298 p.80 (Riss)  P1110303 p.132 (Tignous)  P1110301 p.81 (Catherine)

  P1110295 p.52 (Charb)  P1110302 p.91 (Honoré)  P1110304 p.134 (Tigous)

L'album trouve moyen de se gausser discrètement de la mode du "Je suis..." (il y en a bien quatre dessins sur ce thème, encore, que je n'ai pas relevés). Mais qu'auraient bien pu dessiner les 5 dessinateurs assassinés s'ils avaient eu connaissance de ce "mot d'ordre"?
P1110292  p.16 (Coco)  P1110281 p.145 (Coco): évidemment, le rapprochement de ces deux dessins est hyper-facile, désolé. Il n'empêche que le second est excellent, et d'actualité pour bien longtemps encore, j'en ai peur...

Ceux qu'il reste, je vais me permettre de les regrouper sous l'intitulé "Pensées, monologues et dialogues".

P1110282 p.152 (Coco)  P1110288 p.177 (Riss)  P1110291 p.10 (Luz)

  P1110289 p.181 (Foolz)  P1110287 p.174 (Riss)  P1110283 p.153 (Coco) 

P1110284 p.154 (Riss)  P1110290 p.9 (Coco)  P1110297 p.69 (Riss)  P1110300 p.106 (coco)

Encore une fois, je précise que mon choix est subjectif. En reconsidérant globalement ma sélection faite dessin par dessin, je m'aperçois que j'accroche davantage aux dessins de Coco qu'à ceux (plus austères?) de Foolz. De ce dernier, j'ai eu du mal à en retenir ne fût-ce qu'un seul. Question de style de dessin, d'humour, de thème? Et, une fois de plus dans cet album, le dessin de presse est considéré comme assez "fort" pour se suffire à lui-même, sans informations complémentaires telles que date de publication ou phrase de mise en contexte. Vecteur d'humour comme "coup de poing dans la gueule", selon la célèbre formule de Cavanna, que l'on a pu retrouver dans un de ses textes, initialement paru dans Charlie Hebdo N°34 du 12 juillet 1971, et re-publié cet été 2019 (N°1411 du 7 août 2019 [p.7]).

Après une deuxième lecture, j'aurais pu en prendre bien d'autres... Afin de vous inciter à découvrir l'ouvrage, je vous vous en lister quelques-uns: Cabu p.30 (les dingues), Catherine p.148 (identité), Charb p.66 (attendez!), Dilem p.152 (non au menu unique), Gros p.152 (dépression), Honoré p.89 (Wauquiez regroupant), Luz p.8 ("sans déc', les mecs!"), Riss p.76 (22 mars) et p.81 (35 h), Tignous p.130 (des cons qui ont monté leur boite) et p.142 (richesse), Willem p.11 (dédicace) ou p.174 (société du spectacle), Wolinski p.172 (crèches laïques)... Mes excuses à ceux que je n'ai pas évoqués par un des 24 "visuels" ci-dessus (ce qui fait déjà beaucoup). Disons enfin, pour ménager la chèvre et le chou, qu'en tant que lecteur régulier de Charlie Hebdo depuis 5 ans, je suis bien obligé de remarquer qu'aucun dessin de Zorro le timide n'avait été repris dans l'album (même s'il n'est pas le seul absent).

A noter que je n'ai pas réussi à trouver des blogs ayant chroniqué cet album (mais seulement des sites "professionnels"). Peut-être les algorithmes ou l'intelligence artificielle des moteurs de recherche sont-ils perturbés par le fait que son titre corresponde au dessin de couverture du "numéro des survivants" (Charlie Hebdo N°1178) publié le 14 janvier 2015 (vu son tirage à 7 millions d'exemplaires, pas la peine de le rajouter ici). Je mentionnerai tout de même le dernier billet de Strip journal, qui présente plusieurs autres articles intéressants sur Charlie Hebdo (notamment la reprise d'un article du Monde analysant les thèmes de couvertures de l'hebdomadaire de 2005 à 2015).

Mon "apport personnel" va encore consister à insister sur l'amertume du titre choisi pour ce recueil. Moi, il me fait penser à la phrase qu'Alexandre Dumas fait dire à Louis XIV dans Le Vicomte de Bragelonne: "pardonner n'est pas oublier". Je terminerai en remarquant que mon exemplaire de l'album provient sans doute de la bibliothèque d'une personne à qui il avait été offert pour Noël 2015 - il y a à peine plus de 4 ans (on voit encore les restes de la "pastille" qui recouvrait le prix du livre neuf).

P1110280bis

*

*          *

Cinq ans après l'attentat, je vais me permettre un petit récapitulatif de mes hommages personnels à Charlie Hebdo et aux victimes du massacre. Si je les ai commencés presque immédiatement, j'ai mis un certain temps à trouver le rythme régulier (mensuel) auquel je me tiens depuis bientôt trois ans. Tous ne sont pas accessibles par l'Index des livres du Blog de dasola.

On peut considérer que la liste ci-dessous constitue un retour aux "années insouciantes" (de 2007 à 2011, les jours heureux?) où j'aidais incognito dasola à remettre sous les yeux des lecteurs de son blog des listes de billets qui n'avaient encore été commentés, jusqu'à ce que chacun ait eu au moins un commentaire... 

Pour me débarrasser de mes statistiques en une seule phrase: ce sont 83 personnes différentes qui ont fait chacune de 1 jusqu'à 24 commentaires sur un ou plusieurs des 47 billets ci-dessous, dont chacun a reçu depuis un maximum de 16 commentaires jusqu'à un seul (pour un nombre total de commentaires de 272, à ce jour).

Je ne sais pas trop dans quel ordre les présenter, ces bilets... Je vais essayer ci-dessous des entrées nominatives (entre parenthèse, les dates de publications des billets sur le blog).

== Les dessinateurs ou chroniqueurs qui sont morts durant le massacre ==

Cabu [assassiné]
Le grand Duduche (Tome 1) (18 janvier 2015)
Le grand Duduche "Il lui faudrait une bonne guerre" (Tome 2)
Le grand Duduche "Passe ton bac, après on verra!" (Tome 5)
Le grand Duduche "A bas la mode!" (Tome 7) [
Le grand Duduche et la fille du proviseur (Tome 8)
Passe ton bac, après on verra (Le Grand Duduche - l'intégrale) (7 juillet 2018)
Le journal des présidents (7 mai 2017)
Vive les comédiens! (7 juin 2018)
Cabu / Gébé /Willem Les années 70 (7 novembre 2019)
Cabu : cf. PierreDac

Elsa Cayat [assassinée]
Un homme + une femme = quoi? (7 septembre 2016)
Noël, ça fait vraiment chier (7 décembre 2017)

Charb [assassiné]
Je suis très tolérant (7 août 2017)
Maurice et Patapon (7 mars 2016)
Petit traité d'intolérance et Nouveau petit traité d'intolérance (7 septembre 2018)
Police partout (7 mars 2018)

Charb
: cf. Michel Husson
Charb
: cf. aussi Patrick Pelloux

Honoré [assassiné]
Je hais les petites phrases (25 janvier 2015)
Petite anthologie du dessin politique (7 septembre 2017)

Bernard Maris [assassiné]
L'avenir du capitalisme (7 avril 2019)
Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (7 août 2019)
Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné? (7 novembre 2018)
Petits principes de langue de bois économique (17 février 2016)

Plaidoyer (impossible) pour les socialistes (7 avril 2017)

Tignous [assassiné]
Pandas dans la brume
(12 janvier 2015)
Le fric, c'est capital (7 juin 2017)
Murs Murs (7 juillet 2017)
Ni Dieu ni eux (7 février 2018)
Tignous et Gros : Comment rater ses vacances (7 août 2018)
Tignous et Paganelli : Le procès Colonna (7 février 2019)

Wolinski [assassiné]
Ca c'est moi quand j'étais jeune (27 janvier 2016)
J'hallucine! (7 mars 2017)
Scoopette (7 octobre 2017)

Maryse & Georges Wolinski : La divine sieste de papa (7 mars 2017)

Sans oublier les autres...
Festival "Rendez-vous du carnet de voyage" - Michel Renaud (7 janvier 2018)
Les victimes du massacre à Charlie Hebdo peu ou pas connues du public: Mustapha Ourrad / Franck Brinsolaro / Frédéric Boisseau / Ahmed Merabet (7 janvier 2019)

== Ceux qui ont (heureusement) survécu ==

Fabrice Nicolino [blessé]
Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture (7 septembre 2019)
Lettre à une petiote sur l'abominable histoire de la bouffe industrielle
Fabrice Nicolino & François Veillerette : Nous voulons des coquelicots (7 décembre 2018)

Riss [blessé]
Mémé, femme pratique (7 mars 2019)

Le procès Merah (7 juin 2019)

Philippe Lançon [blessé]
Le lambeau (7 octobre 2019)
 

== Autres collaborateurs de Charlie Hebdo [passés, présents, ...] ==

Catherine [Meurisse]
La légèreté (7 avril 2018)

Patrick Pelloux & Charb
J'aime pas la retraite (6 janvier 2016)

Pétillon
Pétillon et Charlie Hebdo (7 octobre 2018)

== Co-rédacteurs d'ouvrages [déjà listés ci-dessus - sauf exceptions] ==

Pierre Dac
Pensées (illustrées par Cabu)
(7 mai 2019)

Michel Husson & Charb
Le capitalisme en dix leçons (7 février 2017)

Maryse Wolinski
"Chérie, je vais à Charlie"
(7 décembre 2019)

Gébé : cf. Cabu

Gros : cf. Tignous

Dominique Paganelli : cf. Tignous

François Veillerette : cf. Fabrice Nicolino

Willem : cf. Cabu

== Divers autres articles (de types différents des précédents) ==

Mon tout premier billet à propos de Charlie, en appendice d'un billet sur le 8e anniversaire du blog de dasola (9 janvier 2015)

Un an de Charlie (11 janvier 2016)

Le street art et Charlie - Collectif / Marie Christian (7 novembre 2017)

Exposition : Cabu à la comédie française (salle Richelieu) (7 mai 2018)

Expositions en Normandie (Wolinski ou Vuillemin à l'honneur... et toujours Dubout!) (7 juillet 2019)

Je suis Charlie (moi aussi [dasola]) (16 janvier 2015)

Un dessin de Riss dans Charlie Hebdo (15 décembre 2018 [dasola])

Pour l'avenir, il me restera encore bien des oeuvres à présenter autour de Charlie, parues ou à paraître, des auteurs décédés ou de ceux bien vivants, dans des articles dont je n'ai sans doute pas encore idée aujourd'hui. 

*** Je suis Charlie ***

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samedi 7 décembre 2019

"Chérie, je vais à Charlie" - Maryse Wolinski

Alors que cela va bientôt faire cinq ans que le massacre de Charlie Hebdo a eu lieu, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente aujourd'hui un livre-témoignage d'une proche d'une des victimes.

P1110562  P1110563

Paru aux éditions du Seuil en janvier 2016 puis réédité en novembre 2016 en « poche » dans l’édition que je possède (coll. Points N°P4462, 137 p.), ce livre raconte l'avant, le pendant et l'après "attentat à Charlie Hebdo" tels que vécus par Maryse Wolinski, seconde épouse du dessinateur.

En ce début 2015, Maryse est la muse de Georges Wolinski (sa "petite fille blonde"...) depuis 47 ans. Elle évoque dans cet ouvrage la situation à Charlie Hebdo telle qu'elle la vivait, indirectement et à travers le prisme que pouvait constituer Wolinski. Le titre cite les derniers mots que lui a adressés Georges, à 9h du matin, le 7 janvier 2015. Dans Charlie, Maryse ne lisait, dit-elle, que les chroniques de Laurent Léger ou Philippe Lançon. Selon elle, Wolinski n'assistait plus à toutes les conférences de rédaction (pas plus que Cabu ou Bernard Maris - selon ce qu'elle en savait -), mais Charb avait demandé à tous les collaborateurs du journal qui le pouvaient de venir partager la galette des rois (sans doute pour annoncer que le roi était à peu près nu désormais, d'un point de vue financier). Très vite, une journée ordinaire avec juste quelques soucis surmontables (un déménagement qui s'annonçait pour le couple, et pour lequel une visite d'appartement était prévue l'après-midi, les soucis professionnels de Wolinski ayant cessé un mois plus tôt sa collaboration avec Le Journal du dimanche, la situation de Charlie Hebdo plus que précaire...) va virer au cauchemar. On assiste à l'annonce à Maryse (dans un taxi), avec avalanche de messages téléphoniques de plus ou moins proches. Son gendre Arnaud, qui s'est précipité sur les lieux de l'attentat, lui conseille de retourner chez elle.... et d'attendre. Temps de sidération, choc, avant qu'Arnaud, encore, confirme la mort de Georges Wolinski. Entretemps, dans le livre, plusieurs dizaines de pages ont été consacrées à la reconstitution de l'intrusion des assassins sur les lieux. Au total 11 appels ont été passés à Police Secours (au 17) par des voisins du journal, le premier à 11 h 18, un quart d'heure avant que les deux meurtiers se fassent ouvrir l'unique accès (porte blindée) à la rédaction de Charlie Hebdo. Ils ne mettront que deux minutes à y tirer 34 balles qui feront 10 morts et 4 blessés. On sent que Maryse a passé des mois à s'acharner à savoir, à interroger, à chercher à comprendre, afin de pouvoir faire son deuil (mais "qu'est-ce que faire son deuil?" - p.130). Elle publie dans ce livre que des témoins ont vu un troisième homme en noir (le chauffeur?), qui n'a pas suivi les assassins chez Charlie. Elle pose la question de savoir qui a pris, quelques semaines avant l'attentat, la décision d'alléger le dispositif de protection dont le journal satirique bénéficiait. Elle relève qu'un syndicat de policiers se plaignait régulièrement du fait que les "protections statiques" (dont celle de Charlie Hebdo, journal qui "crachait" sur tout un chacun, à commencer par les policiers) mobilisaient trop d'effectifs. Ces points seront-ils évoquées lors du procès des attentats de janvier 2015, qui devrait se tenir du 4 mai au 10 juillet 2020?

Et il y a l'"après", la vie sans Georges, avec l'afflux soudain d'argent au journal, malaisé à gérer. Concernant les réactions au massacre telles qu'elle les a vécues, deux pages (p.67-79) seraient presque à citer intégralement. J'en extrais juste trois phrases: "(...) la France, soudée face aux terroristes, s'est mobilisée. Mais quelle France? Les points de vue divergent." Et la question fondamentale, p.70: "pourquoi le mal? D'où vient-il sinon des hommes eux-mêmes, des fanatiques convaincus de détenir la vérité? La bonne vie ne consiste-t-elle pas à se tenir sur le chemin de la vérité sans jamais prétendre la posséder?". Pour finir, Maryse raconte comment elle a décidé, 6 mois après, et pour éviter que l'ensemble soit dispersé lors de son déménagement, de faire don de l'ensemble du contenu de l’atelier de Georges au Centre international de la caricature, du dessin de presse et de l'humour de Saint-Just le Martel (p.111-112). On est touché par le périple de la planche à dessin, ramenée un beau jour des Etats-Unis par Georges (arrivant à l'aéroport tout heureux avec sa planche sous le bras...) et repartant vers sa destination finale sous l'oeil d'une caméra.

J'ai trouvé plusieurs mentions de ce livre sur internet. Je commence bien entendu par citer le site de Maryse Wolinski. Parmi les blogs, je citerai comme en ayant parlé à un moment ou une autre (liste non exhaustive): Camille et ses livres, Le boudoir de Vesper, Les livres de Joëlle, Les deux bouquineuses, Elsa du blog Nuages-de-mots, le blog [de] Nath Litteranath, Sanguine et ses lectures, Les lectures de_Steph, Underground Quadra, La page ouverte [un blog québécois qui parle de "roman" plutôt que de "récit"]. Et enfin une interview de l'auteure sur le blog BD de Nice Matin et du Var matin en novembre 2017.

*

*          *

Pour le mois prochain, je vais compiler un petit récapitulatif de tous les billets en rapport avec Charlie Hebdo déjà publiés sur le présent blog. Je précise que la matière pour de futures chroniques n'est pas près de me manquer, tant dans une pile d'ouvrages déjà acquis et même déjà parcourus pour certains mais sur lesquels il faut que je rédige, que dans mes "PAL" ou "LAL" ou encore "listes à acheter"...

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 7 novembre 2019

Les années 70 - Cabu / Gébé / Willem

Dans le cadre de mes hommages mensuels aux victimes du 7 janvier 2015, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) reviens cette fois-ci aux origines (sinon aux "fondamentaux"?) de Charlie Hebdo, grâce à un livre que j'avais déniché (chiné) il y a déjà quelque temps.

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Les années 70, Cabu - Gébé (avec la participation de Willem), texte de Gébé, éditions First, 1992. Comme chacun sait, ces dessinateurs se sont connus à Hara Kiri (mensuel créé en septembre 1960 et qui durera jusqu'en 1989), ayant engendré Hara Kiri Hebdo, apparu en 1969, et devenu Charlie Hebdo en 1970. "En ce temps là, "...

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... c'est ainsi que commence le texte, page 7, de ce livre publié en 1992, l'année de la renaissance de Charlie Hebdo. Rappelons que le N°1 de la série actuelle est paru mercredi 1er juillet 1992 et s'est vendu à 120 000 exemplaires. Mais Les années 70, voilà des années que la génération Y, les Millenials, ou la génération Z (encore moins), ne peuvent pas connaître en les ayant vécues. Pour ma part, je peux dire "j'y étais!", même si les événements dépeints dans cet ouvrage me sont passés, je crois, largement au-dessus de la tête.

Le texte de Gébé assure le fil conducteur, tandis que les reportages dessinées de Cabu scandent la diversité des luttes (manifestations antimilitaristes, Larzac, luttes antinucléaires, Lip, procès de Charlie [1978]...). C'est de manière plus ou moins allusive que l'ouvrage brosse, p.20-22, l'histoire très conviviale (ou la légende, bien connue de tous) de l'apparition de Hara Kiri Hebdo, puis de sa transformation en Charlie Hebdo.

J'ai bien apprécié les crédits iconographiques, très bien faits (p.126-127 - quelques coquilles minimes) et qui m'ont servi pour mes comptages. Comme je l'ai déjà indiqué dans certaines de mes chroniques précédentes, je trouve que beaucoup de compilations ou anthologies de dessinateurs de la série actuelle de Charlie omettent de préciser la date et le numéro de parution pour chaque dessin. Bref, Les années 70 alignent 170 dessins (41 de Gébé, 19 de Willem, 108 de Cabu, et 2 de Fournier). Ce Fournier-là (Pierre, le fondateur de La Gueule ouverte), ne doit pas être confondu avec ceux de Spirou (Jean-Claude, ou un autre Pierre!).

Dans les dix dessins que j'ai choisi de citer ci-dessous, j'ai fait, proportionnellement, la part fort belle à Gébé, Fournier ou Willem. J'ai en effet déjà consacré plusieurs billets à Cabu, et j'aurai d'autres occasions de le faire. En tout cas, si Fournier et Gébé sont décédés trop jeunes (à 35 et 74 ans) cependant que Cabu a, lui, été assassiné (à 76 ans, presque 77), Willem (né en 1941) continue à dessiner chaque semaine dans Charlie Hebdo (merci à lui!).

 p.16 Gébé (10/05/1971). P1110544 Et pour la retraite à 64 ans, comment insulter les libéraux?

p.22 Gébé (10/01/1971). P1110545 Sourire... de quelle couleur? 

p.41 Cabu (08/01/1976). P1110547 La Révolution, ce n'est plus demain la veille...

p.54 Cabu & Willem (22/12/1977). P1110556  P1110553 Fauchon plastiqué (les textes de Cabu sont excellents, je trouve!).

p.61 Gébé (14/08/1972). P1110548 Je suppose que cela ne visait même pas l'usine de La Hague, mais tout simplement l'absence de stations d'épurations en bord de mer? Il faudrait relire le numéro concerné ...

p.62 Fournier (10/07/1972). P1110549 (à Mururoa, c'était bien l'époque des essais nucléaires aériens, dont certaines retombées ont pu voyager loin...).

72 Gébé (05/08/1976). P1110550 Un dessin bien symbolique.

p.118 Willem (05/07/1979). P1110557 Remplaçons donc "boat-people" par "migrants, et il serait publiable tel quel de nos jours!

p.119 Cabu (05/07/1979). P1110552 Moi, ce masque me fait un peu penser à quelqu'un d'autre...?

Je me suis permis de remarquer qu'effectivement (comme le mentionne wikipedia consulté le 3 novembre 2019), les textes des BD du Néerlandais Willem, à cette époque, sont truffés de fautes d'orthographe, et il refusait de les faire corriger (cela donnait un genre certain à ses grandes planches). J'ai encore vu sur internet que cet album a pu être qualifié de "chronique historique dans la liste des ouvrages de Gébé". Par contre, je n'ai pas trouvé sur la blogosphère de critiques concernant cet ouvrage déjà ancien. Peut-être en existe-t-il et ai-je mal cherché, je corrigerai si nécessaire!

*** Je suis Charlie ***

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lundi 7 octobre 2019

Le lambeau - Philippe Lançon

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Philippe Lançon, Le Lambeau, Paris, éditions Gallimard, 2018, 512 p. (ISBN 9782072689079)

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) laissé passer bien des mois avant d'ouvrir ce livre qui m'avait été offert à Noël 2018 (sur ma demande). Maintenant que le tapage médiatique est un peu retombé, je peux me permettre d'en parler à ma manière. Cet été (le temps d'oublier tout ce que j'avais pu lire dans la presse au moment de sa parution), avec devant moi quelques semaines sans trop de sollicitations, je me suis engouffré dans ces 510 pages denses (20 chapitres et un épilogue). Je l'ai lu en une petite semaine. Il a fallu ensuite que j'en fasse mon miel: l'absorber, prendre le temps de le "ruminer", régurgiter quelques phrases, relire et réabsorber... et coudre ensemble ces ...fragments.

Justement, en qui concerne ce titre, Le lambeau, j'ai réfléchi (tout seul, volontairement) aux différentes significations qu'il est possible de mettre derrière, ou dans, ce mot. Sans avoir regardé dans le dictionnaire (ni dévoilé encore la 4ème de couv' de derrière son bandeau rouge - je ne l'ai découverte qu'après la fin de ma lecture), j'en appellerai au sens du mot lambeau: quelque chose de déchiré (un lambeau de tissu, une vie en lambeaux), et à recoudre. Quoique je n'aie jamais été doué en "commentaire composé", je pense qu'on pourrait commenter tout le livre autour du thème de la déchirure.

J'ai noté que ses références dans le livre marquent une culture littéraire plutôt classique (Thomas Mann, Franz Kafka, Marcel Proust), première moitié voire premier quart du XXe siècle (après la 1ère Guerre Mondiale mais avant avant la seconde?). Philippe Lançon témoigne dans le livre (écrit en août 2017 [? p.190] pour une parution en avril 2018) de la même écriture châtiée que dans ses chroniques hebdomadaires.

Toujours est-il que c'est un récit enchevêtré entre passé, présent et futur qu'il a rédigé autour de l'attentat. Le matin du 7 janvier, il écoutait Houellebecq sur France Inter. Il arrive à la conférence hebdomadaire de Charlie p.48. Dans le chapitre suivant (3e, titré "La conférence"), il parle de beaucoup de choses, de Libération et de Serge July qui ne s'est pas opposé à ce qu'il rentre à Charlie Hebdo à l'invitation de Val, de la publication des caricatures de Mahomet suite à laquelle Charlie s'est retrouvé isolé dans la presse française. "Cette absence de solidarité n'était pas seulement une honte professionnelle, morale. Elle a contribué à faire de Charlie, en l'isolant, en le désignant, la cible des islamistes" p.65). "Le 7 janvier 2015 vers 10 h 30, il n'y avait pas grand monde en France pour être Charlie" (p.66). Encore quelques pages du contexte de cette matinée comme tant d'autres. Et puis (p.74) "tout l'ordinaire a disparu". Page 80, les assassins sont déjà repartis, quelque deux minutes après leur intrusion dans les locaux. Philippe Lançon a survécu à leur passage, mais avec "blessure de guerre" (comme il le fait remarquer par [sans doute] un des pompiers).

== En octobre 2019, Riss vient de publier sa propre version, titrée Une minute quarante-neuf secondes. Je ne l'ai pas lue à ce jour (mais ce sera fait, en son temps, dans le cadre d'un futur billet-hommage). ==

Ayant pensé à sa carte Vitale, le blessé Lançon arrive à l'hôpital p.111. Il va mettre des mois à en sortir. Et l'entourage se met en place: famille (sa relation avec son frère, la première personne qu'il a vue à son réveil à l'hôpital, m'a interpellé), soignants, compagne actuelle et ancienne épouse, et relations diverses, amicales ou professionnelles. Il pouvait seulement communiquer par écrit. Il nous raconte son quotidien, ou plutôt son "jour après jour", l'environnement dont il ne maîtrise pas grand-chose, les policiers qui l'entourent, une vie basculée. Le contexte, les éléments biographiques (qui est Philippe Lançon?) ou historiques, il "tourne autour" davantage qu'il ne les explique, ai-je trouvé. Je retiens l'apostrophe, p.51: "J'insiste, lecteur: ce matin-là comme les autres, l'humour, l'apostrophe et une forme théâtrale d'indignation étaient les juges et les éclaireurs, les bons et les mauvais génies, dans une tradition bien française qui valait ce qu'elle valait, mais dont la suite allait montrer que l'essentiel du monde lui était étranger. J'avais mis du temps à me débarrasser de mon esprit de sérieux pour l'accepter, et je n'y étais d'ailleurs pas tout à fait parvenu. Je n'avais pas été programmé pour le comprendre, et puis, comme la plupart des journalistes, j'étais un bourgeois. Autour de cette table [de rédaction de Charlie Hebdo], il y avait des artistes et des militants, mais il y avait peu de journalistes et encore moins de bourgeois."

Il nous ouvre connaissance d'une kyrielle de personnages: infirmiers et infirmières ou aides soignant(e)s, kiné, anesthésiste, chirurgienne, médecin, chef de service, policiers, coiffeur, tous ces professionnels qui ont fait leurs métiers avec empathie. Je me sens moi-même en empathie avec "ceux qui, comme Christiane, la cadre du service, pleuraient les figures sarcastiques de leur jeunesse, et avec elles, un morceau de civilisation bien française. (...) Cabu, Wolinski, comment avaient-ils pu?" (p.164). Le mot-titre "le lambeau" apparaît à mi-livre, p.249: "le lambeau. On allait me faire un lambeau". Les détails des greffes, des opérations subies durant des mois, j'en avais déjà lu une partie dans sa chronique dans Charlie Hebdo. Il a repris l'écriture journalistique une semaine après l'attentat, pour Libération (où  avait alors trouvé refuge l'équipe rescapée de Charlie), via un article que, p. 212-213, il décortique (qu'aurait pu extraire Elsa Cayat de mon emploi de ce mot)?

Pour qu'avancent ses réparations, Philippe Lançon a connu un total de 5 chambres dans deux hopitaux, du 8 janvier au 17 octobre 2015, enchaînant les piqures dans ses "veines timides". A l'hôpital des Invalides, il a croisé Loïc Liber, ce jeune militaire guadeloupéen qui avait été blessé en mars 2012 par Mohamed Merah, mais aussi Fabrice Nicolino et Simon Fieschi, blessés à Charlie Hebdo (p.420, "je l'ai [Simon F] regardé d'un oeil torve en pensant: "à toi les gâteaux, à moi les promenades"!). Autre bon mot, j'ai noté l'ordre de la chirurgienne joliment possessive à la compagne de Philippe: "vous faites ce que vous voulez avec lui, mais vous ne touchez pas à mes cicatrices" (p.348). Le rôle des proches constitue une bonne partie du livre: ils secourront ou secoueront selon les moments.

Nous pouvons sourire (sans que cela fasse trop mal?), p.444, de l'épisode tragi-comique du courrier de la Sécu, qui demandait à Monsieur Philippe Lançon d'un ton comminatoire, au bout de trois mois, s'il était toujours en arrêt maladie (nous sommes bien en France?). Encore une citation, p.493: "Employons, au conditionnel, un mot de Rousseau: ils [des hommes et femmes de bonne volonté] voudraient, sans doute, un contrat social efficace, équitable et civilisé. Mais, s'il y a une majorité de gens pour le signer, il n'y a plus personne en France pour l'écrire et le mettre en oeuvre". Le livre finit sur "l'attentat suivant, celui du 13 novembre, qui a agi comme un remède de cheval en me transformant, d'une minute à l'autre, en ancien combattant" (p.213).

Mais une fois de plus, j'en écris trop long. J'ai fait l'épreuve à plusieurs reprises: le passage que je ne peux relire sans frissonner, c'est celui (p.235) où il décrit par le menu sa longue extraction d'une écharde d'acier, bien avant l'attentat. Aussi, p.257, j'ai soupiré au récit d'une leçon d'écriture journalistique assénée 30 ans auparavant par Laurent Joffrin: "Il coupait les adjectifs, plus encore les adverbes, en disant: "quand on utilise des adverbes, c'est souvent parce que l'enchaînement des phrases manque de logique". Châteaubriantd n'utilisait presque jamais d'adverbes".

C'est seulement après avoir rédigé la majeure partie du présent article que j'ai cherché quelques liens de critiques parues sur des blogs à y injecter. Je me suis donc dépêché pour faire une petite recension (non exhaustive bien sûr!) de chroniques sur ce livre, par divers blogs: Manou, Lire au lit, Frédéric Chambe, Lili et la vie, Sonia boulimique des livres (que les blogs que j'ai omis n'hésitent pas à se signaler). Sur babelio, ce sont pas moins de 219 critiques qui sont répertoriées ce 6 octobre (une autre oeuvre titrée Les Iles et datant de 2011 n'en comportant qu'une). Et pour tous ceux qui n'ont pas encore découvert ce livre, à votre tour de le lire! Vu le temps écoulé, je présume ne pas être le premier à parler de "transmettre le lambeau".

Pour finir, je vais me permettre de citer la réponse de Luz au Journal du dimanche qui l'interrogeait à l'occasion de la sortie de son album, indélébiles, en octobre 2018 (28/10, pp.16-17): "- Avez-vous lu le livre de Philippe Lançon, Le Lambeau, qui restitue la tuerie du 7 janvier 2015? - Je l'ai acheté, il est sur ma table de nuit. Un jour, je trouverai le temps pour le lire mais pour l'instant je ne l'ai pas ouvert. J'aime l'écriture de Philippe Lançon, je sais que c'est un bon livre, mais après il y a autre chose. Peut-être que mon bouquin sera aussi sur sa table de chevet et qu'il ne l'ouvrira pas."

*

*     *

Je l'ai pas vu, je l'ai juste lu...

Sans rapport avec ce qui précède, j'ai relevé mercredi 11 septembre 2019 la sortie d'un documentaire nommé Une joie secrète de Jérôme Cassou. Je cite intégralement (et sans commentaire) sa présentation dans L'Officiel des spectacles: "En 2015, bouleversée par l'attentat de Charlie Hebdo, la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier décide de danser chaque jour une minute, de se filmer et de partager ses vidéos sur les réseaux. Ses danses surfent sur l'actualité brûlante (attentats, grèves, manifestations, élections...). Ou sur des micro-événements du quotidien. Ainsi, depuis plus de quatre ans, le projet "Une minute de danse par jour" est un geste de résistance politique, d'une douceur qui permet d'affronter la dureté du monde".

*** Je suis Charlie ***

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samedi 7 septembre 2019

Lettre à un paysan sur le vaste merdier ... / Lettre à une petiote sur l'abominable histoire ... - Fabrice Nicolino

Les titres des deux livres que je tiens à présenter aujourd'hui, dans le cadre de mes hommages aux victimes de l'attentat chez Charlie Hebdo, sont tellement longs que je n'ai pas pu les reporter intégralement dans celui de mon billet!

Après ma chronique, il y a quelques mois, d'un ouvrage récent de Fabrice Nicolino, blessé lors du massacre chez Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente aujourd'hui deux de ses livres, un peu plus anciens, Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture (2015), et Lettre à une petiote sur l'abominable histoire de la bouffe industrielle (2017), initialement parus aux éditions Les échappées, puis réédités deux ans plus tard en Poche chez Babel (Acte Sud) sous les N°1498 et 1614.

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Ces deux "Lettre..." forment un diptyque qui a bien son unité (à mon avis), pour les raisons que je vais évoquer plus loin. Rappelons aussi que Fabrice Nicolino est l'un des initiateurs de l'Appel "Nous voulons des coquelicots" pour l'interdiction de tous les pesticides de synthèse. On peut, c'est vrai, être agacé par la forme et le style des ouvrages (véhémence, exhortation systématique, en prenant à témoin le destinataire fictif de l'ouvrage), mais le fond est pertinent - désespérément. Que sera la France agricole en 2050 (demain, autrement dit)? Et, plus largement, le monde de l'alimentation / l'alimentation du monde?

Dans ce "... vaste merdier...", au prétexte (fictionnel) d'un courrier à un paysan né en 1924 à qui commenter les changements intervenus dans l'agriculture (en France) durant le XXème siècle, c'est bien entendu au lecteur "Monsieur/Madame tout.e le monde" que Fabrice Nicolino s'adresse.

Entre autres figures, l'auteur nous fait connaître (p.23 et suivantes) André ("Dédé") Pochon, qui, dès les années 50, pratiquait en Bretagne ce que l'on nomme aujourd'hui "l'engrais vert": l'enrichissement de la terre en azote par des plantes elles-mêmes (trèfle blanc), sans apport d'intrants extérieurs. J'ai apprécié la citation qu'il disait tenir de René Dumont: "Regardez bien votre vache, c'est un animal extraordinaire: elle a une barre de coupe à l'avant, et un épandeur [à fumier...] à l'arrière. Si vous flanquez cet animal dans le milieu d'un pré, elle fait le travail toute seule". [Ce ne sont pas des fermiers tenants du "Bio holistique" qui me diront le contraire, je suppose]. Oui... mais si la méthode à Dédé s'était développée, il n'y aurait plus, alors, d'achat d'intrants ni de machines! Dans un court chapitre (p.31 et suiv.), l'auteur nous ensuite présente en quelques pages les hommes qui ont mis en place, à partir des années 20, le lobby des pesticides en France (il y est longuement revenu dans Nous voulons des coquelicots).

Le chapitre commençant p.39 démythifie l'élevage, avec les études scientifiques menées pour diminuer la taille (donc le coût) de la ration alimentaire des animaux d'élevage, tout en sélectionnant des lignées qui grandissent plus vite (en assimilant mieux ladite ration, "optimisée"). J'ai apprécié page 43 le rappel de l'émission TV "Euréka" du 2 décembre 1970 (je n'étais pas devant la télé, à l'époque), où les téléspectateurs avaient pu voir une "vache à hublot" de l'INRA, des décennies avant que des images filmées par l'association L214 nous en indigne, en juin 2019. Autre temps, autres moeurs, et une "mise en prespective" intéressante, du coup. L'auteur rappelle (p.55) que, au début des années 1960, la viande représente un chiffre d'affaires bien plus élevé que les plus grandes entreprises françaises, comme EDF, la sidérurgie ou la SNCF.

Fabrice Nicolino met aussi à l'honneur, p.64, un certain Georges Lebreuilly, petit paysan, irréductible adversaire du remembrement depuis 1983 dans sa commune de Geffosses (jusqu'à faire élever, en 1994, dans la commune dont il était devenu maire, un monument national à la nature et aux victimes du remembrement).

Je vais encore picorer (p.72) l'exemple de l'impasse de la révolution verte en Inde, où les semences productives tant vantées par la "propagande" de la FAO (Food and Agriculture Organization / Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation) ont été le "cheval de Troie" pour introduire motorisation, irrigation massive, engrais et pesticides. Résultat: nappes phréatiques en baisse sévère, eaux de surface polluées, et sols qui, épuisés par le matraquage chimique, ont perdu pour très longtemps leur fertilité naturelle. Or, les terres agricoles sont la seule véritable richesse qui compte (ou qui devrait compter). La preuve? Elle se fait accaparer.

Vers la fin de l'ouvrage (p.93), Nicolino souhaite nous empêcher d'oublier que les entreprises qui contrôlent la majorité des semences nécessaires pour nourrir l'humanité ont imaginé de développer des variétés, surnommées "terminator", qui ne puissent absolument pas être re-semées (d'où obligation de racheter les semences chaque année): ce serait la fin de l'histoire millénaire de l'agriculture. Les dernières pages posent la question de la réversibilité des orientations prises depuis des décennies. Le livre se termine par "Un autre monde reste à construire". Celui d'une agriculture alternative. Ma dernière citation (p.97): "il n'est pas interdit d'imaginer une France de 2050 qui compterait un, deux ou trois millions de paysans en plus de ceux qui croupissent dans les hangars industriels ou les fermes concentrationnaires pour animaux-esclaves. Ce qui a été fait peut-il être défait? (...) La destruction des paysans a été un moment absurde de l'histoire que personne n'a interrogé. Pour les besoins d'un projet industriel immoral, on a vidé des milliers de villages et rempli les banlieues de millions de prolétaires, dont beaucoup sont devenus des chômeurs perpétuels. Ce n'est pas une vie. (...) Il est encore possible d'imaginer autre chose."

Je passe maintenant à la Lettre à une petiote sur l'abominable histoire de la bouffe industrielle. Cette fois-ci, point de prise à partie d'un vieillard ayant traversé le XXème siècle, le livre est "adressé" à une fillette de 3 ans. Il commence fort (p.7): "pour bien comprendre, il te faudra manger beaucoup de soupe, en priant le Bon Dieu et ses saints qu'elle ne soit pas farcie aux pesticides et aux perturbateurs endocriniens". Le parti pris se veut donc à la fois pédagogique et d'avertissement. Il s'agit d'expliquer comment s'est mise en place une industrie de l'ultra-transformation des aliments.

Après avoir brossé le portrait rapide de nos ancêtres plus ou moins lointains et plus ou moins omnivores, Fabrice Nicolino rappelle qu'aujourd'hui 12 plantes seulement assurent les repas de base des trois quart de la population [humaine] de la terre, et qu'à eux seul blé, riz et maïs nourrissent la moitié de ce monde. Il décrit ensuite, en quelques pages, l'invention, au XIXème siècle, des techniques de conservation des aliments que sont apertisation et réfrigération - techniques plus artisanales qu'industrielles, à l'origine. L'industrialisation semble avoir émergé dans les abattoirs de Chicago, dans la seconde moitié du XIXème siècle (l'auteur cite à ce propos La jungle d'Upton Sinclair, que j'ai naguère chroniqué moi-même ici). Il explique ainsi la puissance des sociétés, brassant des milliards de dollars, constituées à partir de l'industrie de la viande, après la 1ère guerre mondiale.

Il fait ensuite défiler en quelques pages l'histoire de Bayer, société allemande qui vient de finir par avaler Monsanto, laquelle, comme on sait, a empoisonné en toute connaissance de cause depuis des décennies bon nombre d'êtres humains à coup de pyralène, de dioxines et autres glyphosate "bon pour l'environnement". Il en profite pour expliquer le lien entre la chimie de synthèse et l'alimentation (p.31): "citons pêle-mêle les colorants, les exhausteurs de goût, les édulcorants, les conservateurs, les antioxydants, les antibiotiques, les emballages, les émulsifiants, les antiagglomérants, les régulateurs d'acidité, les épaississants, les gélifiants, les stabilisants, les humectants, les séquestrants, les agents de texture, les agents de rétention d'eau et d'humidité, les agents levants, les liants, les anticoagulants, les antimoussants, les nébulisants, les agents d'enrobage, etc., etc. etc. Ces trois etc. pour te dire qu'il n'y a pratiquement plus de limites à l'invasion de la chimie dans la nourriture".

Dans les chapitres suivants, à travers quelques exemples (Nestlé, Unilever, Pepsi...), ce sont les "Empires" de l'industrie alimentaire qui sont "déconstruits" par l'auteur: quels que soient les "affichages" à but publicitaires, "tel le scorpion de la fable, qui pique mortellement la gentille grenouille qui lui fait traverser la rivière, la transnationale fait du fric. Car c'est sa vraie nature" (p.49), "Une dizaine de groupes se partagent le marché mondial, car ils possèdent des centaines de marques qui donnent l'illusion de la liberté, le mirage du choix". "Il n'existe pas de puissance industrielle supérieure à celle du lobby agroalimentaire" (p.63). L'ANIA (Association nationale des industries alimentaires) sait rappeler chaque fois que nécessaire son poids en tête des secteurs industriels français (avec par exemple un chiffre d'affaires de 172 milliards d'euros en 2016).

Le moteur (pour ne pas dire l'aliment!) de cette industrie est le souci de vendre toujours plus de produits, en commençant par les fabriquer, avec un coût de revient toujours moindre, tout en s'abstenant d'empoisonner le client-consommateur trop vite ou de manière trop visible, ou en tout cas illégalement. Pour cela, il suffit à cette industrie de respecter les normes, règlements et législations qu'elle contribue elle-même à définir. En se donnant ainsi des obligations de moyens, tout devrait se passer dans le meilleur des mondes industriels possibles? Et bien, non. Ces aliments normés... n'améliorent pas notre santé, au final. Ils ont plutôt pour effet de la détériorer sur le long terme, en nous poussant aux abus. Et que je te fais avaler du sel, du sucre et du gras...

Dans un chapitre titré "Sur le chemin de la mauvaise direction", quelques pages sont bien sûr consacrés aussi aux illusions provoquées par la "révolution verte" (à coup d'engrais et de variétés "à haut rendement" - au détriment des nappes phréatiques!) après la Seconde guerre mondiale, ou, désormais (depuis les années 1980), aux OGM, "cette belle invention au service des marchands" (p.81). Le dernier chapitre (p.97), titré "Et pourtant, il y a plus d'une autre voie" sème encore en quelques pages de menues graînes d'espoir... que je vous laisse découvrir.

Car, bien sûr, l'auteur met dans ses livres davantage de verve qu'il n'en transparaît dans mes quelques lignes de résumé. Je vous invite donc à dévorer vous-même ces deux ouvrages. Chacun des livres de Fabrice Nicolino (je ne m'interdis nullement d'en évoquer quelques autres ultérieurement) peut figurer dans toute "BibliAMAP" qui se respecte! Je terminerai en disant qu'on peut voir une courte interview de Fabrice Nicolino à l'occasion de la sortie de l'un des livres ici.

*** Je suis Charlie ***

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mardi 3 septembre 2019

2000e billet

Voilà enfin que, quatre mille six cents dix-huit jours après sa création, le blog de dasola publie aujourd'hui son 2000e billet, ce que je qualifierais d'ampleur... intéressante. Signalons tout d'abord que sur ce nombre, avec celui d'aujourd'hui, 92 sont signés par moi [ta d loi du cine, squatter, statisticien et secrétaire de rédaction chez dasola]. Je ne m'étendrai pas sur ces derniers (qui veut y accéder peut cliquer sur le tag "Billet de ta d loi du cine" dans la colonne de gauche). Qu'il me suffise de relever qu'une quarantaine d'entre eux cumulent un total de 215 commentaires (par 75 blogueurs différents).

Honorons plutôt la propriétaire, fondatrice et rédactrice principale du blog. En ce qui concerne les 1908 billets signés dasola - allons-y donc pour quelques statistiques! -, ils se ventilent comme suit: 1039 "Cinéma" totalisent 13 501 commentaires; on a ensuite, par ordre décroissant, 530 billets "Livres" pour plus de 6768 commentaires; 128 "Divers - culture" <=> 1735 com'; 117 "Humeurs" = 1835; 30 "Acteurs / actrices" <=> 386 ; 27 "Théâtre" <=> 141 ; 19 "Télévision" <=> 201 ; 17 "Réalisateurs" <=> 197 (les chiffres des plus petites catégories n'ont guère bougé depuis mes relevés du 11e bloganniv' du 9 janvier 2018...).

Exercice littéraire

Comme déjà dit et répété au fil des ans, ce blog est né de l'envie de transformer ce qui était passe-temps personnel (lecture, cinéma, visionnage de séries TV...) en production de notes critiques partagée. Avec dasola, on se disait l'autre jour que, pour pratiquer cet exercice qu'on nomme "lecture" (d'un livre "papier"), il y a juste besoin d'un cerveau fonctionnel, et de l'envie d'affecter du temps à cette occupation. Cela doit expliquer qu'il y ait sans doute de moins en moins de lecteurs parmi la population.

Quel blogueur ou blogueuse se souvient encore de l'époque où un écrivain comme Georges Flipo parcourait la blogoboule? Cet auteur semble n'avoir plus rien publié depuis 2012 (il écrivait depuis 2002, 9 livres en 10 ans), il a aujourd'hui fermé son blog, mais son site rappelle la liste de ceux des quelque 500 blogs littéraires (chiffre estimé à l'époque) qui avaient parlé de ses livres. Et, dans un même ordre d'idée, qui se rappelle encore le "Club 300" d'avant la fermeture des blogs d'Allociné? Le "monde des blogs" serait-il moins vivace qu'il y a une douzaine d'années (c'est une fausse question, bien sûr)? Le livre est-il devenu produit de consommation à date de péremption rapide? Qui lit encore des livres de bibliothèque parus il y a cinq ou dix ans?

Un blog culturel tel que celui-ci continue tout de même à susciter de l'intérêt: actuellement, il existe 82 inscrits à la newsletter de dasola depuis décembre 2009 pour les plus anciens (on a connu une soixantaine de désinscriptions - dont une dizaine qui n'étaient en fait inscrits à rien du tout puisque aucune newsletter n'est envoyée, mais seulement l'information sur les parutions de billets).

J'en viens maintenant à parler de ce qui est "tangible": non pas les "pages vues" et autres virtualités, mais les commentaires laissés sous les billets. Cet été, chez dasola, bien des billets sont restés au-dessous des 10 commentaires... Est-ce que ce chiffre va remonter avec les retours de vacances? Sauf sursaut inespéré, je crains que les années fastes en nombre de commentaires par billets (supérieur à la moyenne actuelle, qui est de 25 436 / 2000 soit 12,72) soient derrière plutôt que devant nous.

Je ne vais pas cette fois-ci rajouter beaucoup de détails statistiques aux chiffres figurant dans la colonne de droite (juste quelques gloses). A mon regret, je ne suis encore jamais tombé sur un autre blog qui afficherait publiquement un "comptage" de ses commentaires, détaillé commentateur par commentateur...

Erosion de la diversité

On compte à ce jour 103 personnes revenues en 2019 (sur les 1172 identifiées au moins une fois depuis les débuts du blog). Je sais que, sur ce total, certaines ne repasseront jamais, pour cause de décès. Rien que parmi les 363 "fidèles" ayant fait au moins 5 commentaires chez dasola, nous avons eu l'information d'un deuxième décès (Claude Le Nocher) à regretter. Je relève en outre avec angoisse qu'il n'y a eu que 6 "nouveaux" à découvrir le blog de dasola en 2019.

Le blog de dasola (dasola elle-même, plutôt!) continue d'entretenir un petit réseau de "fidèles" ("vaches à lait" si j'utilisais des termes de marketing!) qui fournissent l'écrasante majorité des commentaires. Mais lorsque l'un-e (soyons inclusif!) de ces fidèles arrête de venir, c'est une perte qui se ressent dans les chiffres! D'où une érosion naturelle non compensée par la "prospection" de nouveaux blogueurs-blogueuses. Car j'ai le plus grand mal à pousser dasola à sortir de sa forteresse (de sa "zone de confort"?) pour se remettre à explorer de nouveaux blogs en espérant nouer une relation de réciprocité en terme d'échanges (de commentaires). Sans doute une certaine lassitude après plus de douze ans... Je le regrette, puisque les blogs de jeunes blogueuses ne parlent pas tous de romance ou de chick-litt (même si c'est quand même un peu la majorité du genre).

Dasola préfère donc se concentrer sur la fréquentation de ceux qu'elle connaît déjà (et qui le lui rendent bien)! Du coup, Aifelle, indétrônable, s'achemine gentiment vers son millième commentaire (à rapprocher de ces deux mille billets!). Mais 4 blogueurs et blogueuses ont d'ores et déjà passé les 400 commentaires et voient s'approcher le temps d'être interrogés en vue de leur portrait, à leur tour après les 5 entretiens déjà publiés, à l'occasion de leur 500e com' (en 2020 pour certains, en 2021 pour d'autres): Matching points, Alex mot-à-mot, Alice in oliver, A girl from earth... Enfin, même s'ils restent très largement minoritaires, je n'oublie pas que 11 commentateurs "sans blog", en ayant fait au moins 5 chacun, ont fait un total de 104 commentaires  au fil des ans. On peut donc surfer sur le web et sur la blosphère sans disposer soi-même d'un tel média.

Fracture numérique

Aujourd'hui, chaque plateforme de blog se positionne comme un "réseau social": wordpress, blogspot, over-blog, canalblog (et j'en oublie), chacun pousse à la création d'un "profil", même si le propriétaire du blog peut le paramétrer pour que les commentaires puissent être faits sans "profil" pré-enregistré. On est bien dans une logique, désormais, de "réseau social" privilégiant des gens qui se choisissent, et non plus d'offre de contenu à lire par n'importe qui et tout un chacun.

En ce qui me concerne, les paramétrages que je conseillerais à un blogueur souhaitant développer ses échanges sont donc de laisser la liberté de commentaire, mais d'activer l'option de validation des commentaires avant publication, et de s'y astreindre régulièrement (même si ça peut paraître fastidieux). Récemment, ce sont un ou deux commentaires par jour, en anglais, ou carrément incompréhensibles parce qu'en caractères cyrilliques ou en idéogrammes asiatiques, que dasola ou moi supprimons, en nous gardant bien de les valider. A noter que certaines options payantes de plateformes de blogs (dans wordpress par exemple) permettent même au propriétaire d'un blog de modifier le contenu des commentaires rédigés par d'autres!

En terme d'échanges, pour ma part, je m'efforce toujours de rendre les commentaires, même si ce n'est pas toujours facile. Tant qu'à faire, je tâche de commencer par regarder systématiquement les billets les plus anciens d'un bloc... De même, pour dasola, en tant que "gestionnaire de bases de données", je rêve d'un blogueur qui déciderait de regarder, chaque jour, tous les billets parus chez dasola pour un mois donné (153 mois désormais), pour y faire quelques commentaires... (j'avais déjà développé ce thème lors du billet "11ème anniversaire du blog"). Cela nécessiterait cependant un bon bagage (déjà acquis) en terme de culture cinéma ou littérature, pour ne pas répéter ad nauseam "Intéressant, je vais tâcher de le voir / de le lire", mais pour donner un avis éclairé.

Bon, une fois de plus, j'ai dû en écrire trop long. En espérant au final que le blog de dasola conservera tant qu'il continuera un lectorat fidèle et étendu, le voici donc, en route, déjà, vers la XXIe centaine! Et si le rythme se maintient, toutes choses égales par ailleurs, le 3000ème billet de ce blog devrait être rédigé vers 2029... pour susciter le 40 000e commentaire?

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