lundi 7 septembre 2020

Une minute quarante-neuf secondes - Riss

Un peu comme cela s'était produit pour Le Lambeau, ce livre, Une minute quarante-neuf secondes (récit) par Riss, est arrivé en ma possession bien des mois avant que je m'y plonge - pour le lire d'une traite en quelques heures confinées. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) viens de le parcourir de nouveau, après l'avoir laissé reposer, pour publier le présent billet en lien avec l'actualité.

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Nous sommes bien en plein dans l'actualité: d'une part, Riss a pour ce livre obtenu il y a quelques semaines le Prix du livre politique 2020 (1ère édition de ce Prix en 1995), décerné par le jury de journalistes le 8 juillet à l'Assemblée Nationale, et accompagné du Prix coup de cœur des députés. D'autre part, le procès aux assises des attentats de janvier 2015 à «Charlie Hebdo», Montrouge et l'Hyper Casher a commencé le 2 septembre et doit durer jusqu'au 10 novembre 2020.

Pour ma part, ma première lecture avait été morbide: plus intéressé par ce qui touchait le plus directement le 7 janvier (et ses suites). Cette fois-ci, j'avais pour objectif d'en tirer le présent billet. C'est difficile. Impossible de le lire sans me dire, toutes les pages ou les deux pages, "oui", "ça sonne juste", "c'est joliment exprimé". Et après? Sauf à paraphraser ou à citer au moins 10 pour cent de cet ouvrage de mémoire, de témoignage, de "colère noire" aussi, je ne peux tout en retenir. Contentons-nous donc d'un paragraphe, dont deux des phrases suffisent à aller au fond des choses (c'est moi qui souligne la seconde de ces deux phrases importantes, p.162): "Le 7 janvier n'était pas un attentat aveugle frappant au hasard, comme au Bataclan, à Nice ou le 11 septembre 2001 à New York, des anonymes innocents, afin de créer un climat de terreur et de provoquer un rapport de force entre l'idéologie qui le commet et la démocratie qui en est la cible. Le but des terroristes du 7 janvier était de faire disparaître des idées, ceux qui les portaient et qui étaient parfois les seuls à les exprimer".

Dans son livre plus rageur qu'apaisé, Riss se dévoile un peu. Les quelques anecdotes qu'il nous livre donnent surtout de la cohérence à son cheminement et à son engagement dans le journal auquel il avait déjà, le 7 janvier, consacré près de la moitié de sa vie (chose faite en 2019: 27 années à 53 ans...). La continuation de Charlie Hebdo après l'attentat occupe une place essentielle. Le livre est dédicacé "aux innocents, vivants, morts ou fous". Il insiste bien sur l'emploi du mot "innocent" (qui s'oppose à "coupable"), préféré au terme "victime" fourre-tout et pouvant même servir à "dédouaner" abusivement des criminels durant un procès (victimes des circonstances, de leur milieu...). D'un côté, il rend hommage à ses collègues qui n'ont pas survécu, comme à ceux qui ont été blessés avec lui (vers le quart du livre prend place un chapitre tétanisant où l'heure, la minute, la seconde, suivis du constat "je suis vivant" sont égrené 107 fois.). De l'autre, Riss voue aux gémonies pas mal de monde, entre les intellectuels ayant abdiqué (qualifiés de "collaborateurs"), les membres du journal avec qui le fossé s'est creusé... Le tout sans citer de nom à ses lecteurs, avec la pensée que les intéressés, eux, se reconnaîtront bien eux-mêmes. Face à tout ce qui a pu être dit, il assène ses quatre vérités. A son retour à la rédaction quand il est sorti de l'hôpital, il a constaté les changements. Certains auraient souhaité que Charlie Hebdo s'arrête (pour se partager le gâteau?). Tout le monde n'a pas la capacité de produire de la satire. Début 2015, il venait de finir de rembourser la dette dont Charb et Riss avaient hérité en prenant la direction du journal fin 2008. Il justifie la direction que, seul maître à bord, il a impulsé pour maintenir à flot ce navire qui avait été créé collectivement par des individualités chacune très fortes.

Bref, je renonce à dérouler encore deux pages de citations, pour vous inviter directement à lire vous-même ce livre-manifeste, qui semble indiquer que Riss ne renoncera jamais à la vision de la liberté d'expression qui l'a amené à se faire tirer dessus par des fanatiques. A l'étonnement de ses soignants, il dit ne pas faire de cauchemars, mais rêver (des disparus).

Sur la Toile, lorsqu'on cherche qui a parlé de ce livre, on trouve d'abord la presse, puis des librairies, l'offre en e-book, et des médiathèques, pratiquement pas de blogueurs (mais peut-être s'agit-il d'un phénomène plus général: perte de vitesse des blogs, et méconnaissance, du coup, par les algorithmes). J'ai tout de même pu trouver les aviis de Lilou (Ma passion les livres), Joëlle (les livres de Joëlle), Emmanuelle, sur le blog des CarpenterLa blbliothèque de Claire (une lectrice à Paris), ou encore de Pepère News (blog créé en 2018 par des étudiants de l'ESJ Lille)

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Sans rapport direct avec le livre mais en lien avec l'actualité, je souhaite signaler que le n°1467 de Charlie Hebdo en date du 2 septembre 2020 met en avant un sondage IFOP / Charlie Hebdo touchant la perception, en France, des deux événements qu'ont été l'attentat qui a frappé la rédaction de Charlie Hebdo il y a 5 ans et la publication, il y a quinze ans, des fameuses caricatures de M*h*m*t. Tiré à 200 000 exemplaires, ce numéro a dû être réimprimé - mais je doute qu'il atteigne les 5 ou 7 millions d'exemplaires vendus du numéro 1178 du 14/01/2015. Bref, j'ai consulté sur le site de l'IFOP l'ensemble du sondage. Les résultats de cette enquête y sont exposés dans leur intégralité par la Fondation Jean Jaurès

*** Je suis Charlie ***

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mardi 1 septembre 2020

SARS-CoV-2 le retour, billet de mauvaises rumeurs - N°5

Extrait du Figaro du 14 août 2020: "Le Temps des tempêtes, le livre de Nicolas Sarkozy, est le best-seller de l'été. À ce jour, autour de 215.000 exemplaires ont déjà été vendus. Loin devant Joël Dicker et Guillaume Musso". Ca va devenir viral? .

...Vous ne vous attendiez pas à ça de ma part, hein? Je n'ai encore pas résisté à jouer avec les mots (même si c'est de mauvais goût). Pour le bouquin, je vous rassure, ce n'est pas ma priorité d'achat. [si je le trouve à 20 centimes dans une solderie, peut-être que je finirai par le lire, dans quelques années...] ;-)

Bref, finalement, la pause depuis mon billet du 1er juillet (le 4ème de cette série) n'aura duré que le temps d'une chronique, à peine le temps de changer le principal ministre...

Ici ou là, mettre ou ne pas mettre (le masque)? C'est comme un jeu: "Jean a dit (trop dit, même)!"

Ca y est, "Masque obligatoire dans tout Paris depuis vendredi 28 août 2020 à 08h00" (comme disait à peu près Malraux). C'est pas une blague. Vraiment, on ne connaissait pas notre bonheur, l'an dernier, quand on n'aurait jamais imaginer une seconde devoir se museler ainsi...

J'entendais dire "les gens ont peur, il paraît, d'aller au cinéma ou à la piscine (lieux déserts). Et à côté de ça, on voit les gens porter le masque sous le menton, ou boire en terrasse sans aucun masque...". Je vais vous dire un secret: c'est pas les mêmes gens!

Scène de rêve:
-"Hep monsieur! Vous êtes dans une zone masque obligatoire, ici. Mettez votre masque!"

-"Oui monseur l'agent, excusez-moi, où avais-je la tête! Je vais juste aller à la terrasse du café là-bas, payer une consommation et lire mon journal, et comme ça je serai en règle...".

Ou alors, se mettre au brûle-gueule? ("vous voyez bien que je fume!")

Les joggers sont dispensés de masques? Je suppose qu'ils courent plus vite que le virus...

A côté d'une personne qui tousse ou éternue, question intéressée: "vous dormez avec quoi?" "- Avec une goutte de covid-19".

(rêveur) Quand je pense à tout ce que les Guignols de l'Info de la grande époque auraient pu nous faire avec cette Covid-19... 

On s'ébouillante à trop être vissés sur l'actualité... Incompréhensible: finalement, est-ce que la létalité a diminué, ou pas? Les anticorps disparaîtraient en quelques semaines chez certaines personnes. Dans ce cas, l'immunité collective serait inatteignable? Mais le rhume nous doterait d'une immunité? En fait, personne n'en sait encore trop rien. Essayez de faire une recherche sur "molécule c5b", pour voir...

Il paraît que cette fois-ci, le cas existerait: une même personne aurait été deux fois infectée successivement par la Covid-19 (avec, certes, deux souches différentes, l'une plutôt européenne et l'autre plutôt américaine). Grosse inquiétude dans les milieux autorisés sur la fameuse (fumeuse?) "immunité"...

Je comprends pas... A Paris, on voit vendus en Grande surface des masques JETABLES pour 29,90 euros les 50. Pour 10 centimes d'euros de plus, il est possible de trouver 6 (six) masques LAVABLES, qui peuvent donc assurer une "autonomie théorique" de 24 heures (en les changeant toutes les 4 heures de port) ou en tout cas d'une journée, même si, je pense, on les range (pour en utiliser un autre, "vierge"), après chaque usage un peu prolongé. Lavés 10 fois, ceux-ci peuvent donc servir pour 60 usages, ou 120 usages si lavés 20 fois, contre les 50 des "jetables"... J'avais déjà naguère rédigé un petit article sur lavable vs jetable. La prochaine fois, je vous parlerai des mouchoirs (pour essuyer vos larmes de rage, bien sûr)

Ca canonne sec, côté communiqués de presse... Le 22/07/2020, Le Parisien comme Le Canard Enchaîné citaient une étude de prix de revient mensuel pour une famille de 4 personnes avec 2 enfants de 96 euros en lavable et 228 euros en jetable... (calculés par des associations de consommateurs?)

Et hop, un mot magique: le recyclage des masques jetables. Une start-up de Châtellerault s'en occupe... D'abord, éliminer la "charge virale" qu'ils pourraient contenir (vous suivez?). Puis, extraire le plastique qu'ils contiennent (vous suivez toujours?). Enfin, valoriser tout ca... (cocorico!). Hé oui, ces centaines de masques "chirurgicaux" jetables qu'on se gargarise de posséder en stock sont bourrés de plastique. En voilà, une ressource durable pour un développement qui ne le sera pas moins (Hein?). Notez que je ne dis pas cela CONTRE cette start-up. Ma réflexion embrasse les choses d'un peu plus loin...

Ca y est aussi, les masques transparents arrivent! [Pour les sourds et malentendants]. Mais moi, j'attends toujours ceux avec une paille au milieu... (et, bien sûr, un capuchon au bout). Ah, si j'étais un vrai businessman... C'est vrai, quoi, il y a un marché, je pense, pour boire en soirée entre jeunes. Et là-dessus, ils font quoi, nos start-upeurs français? 

Ou le masque avec fume-cigarette intégré...

Il paraît (bis) que le gouvernement vient de décider la gratuité des masques, désormais fournis à tous et à chacun en suffisance. Cela veut dire qu'il est interdit de les acheter, et du coup de les vendre. Ah non, désolé, faque niouveuseu, le gouvernement ne vient pas (etc.). Je me suis embrouillé les pinceaux avec mon billet prévu pour le premier avril!

Selon Paris-Match (24/07/2020), une start-up israélienne aurait développé un test capable de détecter le Covid-19 en 30 secondes? [avec un taux de 85% de réussite; et en testant la présence du virus lui-même, et non des anticorps]. Pas l'impression d'en avoir beaucoup réentendu parler depuis...

J'ai vu passer un sondage cet été: "un Français sur trois refuserait le vaccin". On est vraiment aussi peu nombreux que ça?

Disposera-t-on un jour d'un sauf-conduit attestant: "J'ai eu la Covid-19, j'en suis guéri et désormais immunisé, et bien entendu absolument plus contagieux"? Discrimination positive, quoi. Mais je m'égare. 

== Bien entendu, j'en conserve sous le coude comme sous le pied pour les mois prochains... ==

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samedi 22 août 2020

Petit traité d'écologie sauvage / La cosmologie du futur / Mythopoïèse - Alessandro Pignocchi

[Ta d loi du cine: je peux publier un billet? C'est sur des bouquins super.

Dasola: ah ben t'es gonflé! J'ai rédigé le mien, de billet, il est prêt à paraître. Tu ne m'as jamais parlé du tien!

Ta...: nan, mais comme tu avais dit que tu voulais faire une pause...

Da...: oui, ben j'ai le droit de changer d'avis. Tu ne changes jamais d'avis, toi?

Ta...: LAISSE-MOI PUBLIER MON BILLET AUJOURD'HUI!!! (ou sinon je picore)

Da...: ne crie pas. J'aime pas quand tu cries. OK, je reprogramme le mien pour dans 3 jours.]

****************

Le premier des livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola - non mais sans blague) vous présente -donc- aujourd'hui m'a été prêté il y a des semaines (en plein confinement - chut, faut pas le dire!) et je l'avais enfoui dans ma PAL (à titre de quarantaine, bien sûr). Une fois lu ce tome trois, j'ai réclamé les deux précédents.

Couv_3tomes

Il s'agit d'une série de bande dessinée (chez Steinkis, 3 tomes parus, pour le moment) titrée Petit traité d'écologie sauvage, d'Alessandro Pignocchi. Le premier tome est sorti en mars 2017, le deuxième (La cosmologie du futur) en mai 2018 et le troisième (Mythopoïèse) en janvier 2020 (avant le confinement, donc). Je l'ai donc abordée par la fin, mais bon... Sous une couverture très esthétique, j'y ai trouvé une jolie oeuvre d'art, onirique et engagée, "création consciente d'un mythe ou d'une mythologie personnelle dans une œuvre littéraire" (rencontre du troisième titre). Dans ses oeuvres, l'auteur met en avant une philosophie de compréhension du monde qui implique de considérer l'autre comme sujet et non comme objet (et ceci, que l'autre soit humain ou bien non-humain). En voici le postulat introductif (d'où découle tout le reste...).

Postulat-introductif Il est question, entre autres, d'anthropologie symétrique (dans ce dessin, p.7 du T.1, à droite de notre ancien Président, on découvre Wajari Tsamarin, chercheur jivaro, qui trouve pas mal de choses étranges, étranges - vous avez dit bizarre? - dans notre douce France). Au fil des pages, on découvre différents fils conducteurs qui s'entrelacent: le journal TV avec ses invités éventuels, les politiciens à la tribune ou en privé (ou en déplacement extérieur), l'ethnologue jivaro, parfois reçu par les politiciens, parfois sur le terrain (d'observation), ou éventuellement de passage de retour "chez lui"... sans oublier, non pas les ratons laveurs, mais les mésanges punks, les pinsons, et autres colibris chatoyants - des oiseaux souvent plus déjantés les uns que les autres (métempsychose et autres réincarnation, voire absorbtion parfois plus violente). Dans cette drôle de bande dessinée, l'ironie provient du décalage entre les dessins tellement jolis (mais répétitifs) et le discours incendiaire des bulles. L'auteur en appelle à l'humour et à l'absurde pour évoquer des questions tout à fait vitales. Et hop, quelques citations pour éclairer mes propos!

4edecouv-T1 La "4ème de couv" du 1er tome, avec ce qu'il faut de provocation, pour commencer...

Proteger-l-Europe_utilite (p.15, T.1) dans une séquence titrée "Respect des valeurs" qui court sur 4 pages, les textes de la page précédente contextualisaient: plainte des Jivaros contre la Commission Européenne qui propose la protection d'une zone située en Amazonie... au motif qu'une rainette locale pourrait inspirer un nouveau traitement contre le cancer.

Peut-on considérer que les références personnalisées commencent à dater un peu? Je vous épargne la séquence avec Valls piquant sa crise parce qu'il n'arrive pas à démissionner pour pouvoir partir en Amérique du Sud se consacrer aux dizaines d'espèces de rainettes locales (et vous laisse découvrir comment elle finit).

De son côté, Angela M, ayant pêché un magnifique esturgeon devant chez elle, cherche à l'insérer dans la mondialisation du troc... Merkel-troque-esturgeon (p.40, T.1)

Et n'oublions pas nos interludes jivaros! Des_vaches Dans la séquence titrée "Bretagne", le même dessin est répété 18 fois à l'identique sauf les bulles (9 pages numérotées 68 à 76 - ici la p.74, toujours dans le T.1).

Pas-les-grebes-que-vous-croyez p.119 (T.1): ça, ce sont des chefs d'Etat qui mettent en oeuvre le sain(t) adage "faites l'amour, pas la guerre" (mais je vous laisse, cette fois encore, découvrir comment ils en sont arrivés là - et je ne sais même pas s'ils sont tous d'accord...).

Maintenant, plantons un peu le décor du tome 2 (p.3) Tome-2 ou encore  Mesanges-punks (p.43, T.2).

Hachon-Melenmon_debat-anthropophagie-rituelle (p.26, T.2) Mélenchon / Hamon, candidats à reculon pour la Présidence de notre Ve, le sujet étant "comment introduire une forme d'anthropophagie rituelle dans la culture occidentale"...  Le débat "tel-avisé" court sur 12 pages. Et je ne sais pas si la coquille "creuser une marre" (on en a?) est volontaire ou non. Mais nous sommes bien dans un "monde à l'envers", avec des politiciens qui ne veulent surtout pas être élus et que la corvée du pouvoir insupporte (d'avance comme ensuite)... Quant à l'anthropophagie, c'est un questionnement récurrent, à la bonne franquette, pour honorer les copains et consolider leur place dans l'univers (si j'ai bien compris...).

Anthropologie-au-comptoir (p.36, T.2) Voici en pleine action notre anthropologue jivaro venu écarquiller son oeil perçant en France (plus particulièrement sur Bois-le-Roi (77590), son Café de la Gare, son marché, son lac et ses pêcheurs...).

Dans cette grande oeuvre, on invite aussi Proust (je connais des blogueuses à qui ça va plaire, tiens).

p.100 (avant)... Proust-avant ... Proust-sauvage ... et après (p.105). L'expression "La métamorphose" n'est pas évoquée. Et encore, je vous ai épargné les scarifications. 

J'en profite pour insister sur le fait que le procédé du "comique de répétition" consiste à metre plusieurs fois le même dessin (avec ou sans changement au niveau d'un détail), avec des textes ("bulles") qui font avancer l'histoire (comme déjà signalé précédemment). Alessandro P. n'est certes pas le premier auteur à le faire, mais avouons que ses aquarelles sont particulièrement agréables à regarder. Pour bien suivre, il ne faut pas rater une virgule.

Un-blanc-dans-le-texte p.56-57 du T.3. Le "blanc" (en haut, à droite) est fort bien amené. Manu en direct à la télé, c'est carrément digne du Rogntudjuuu de Franquin! (ou comme réfugié campant dans une "réserve" en banlieue parisienne avec Donald et Angela, un peu plus loin...). Heureusement que le délit d'offense au chef de l'Etat a été aboli en 2013 (merci François - mais il n'y a pas de quoi, c'est normal)!

Le troisième tome (j'y arrive donc) est peut-être (?) encore plus "politisé" que les deux premiers, et contient moult allusions à la ZAD de Notre-Dame des Landes (peut-être quelque peu fantasmée). Il semble se dérouler après 2022... (sage précaution... ou pas?).

Toujours nos charmants oiseaux... de plus en plus contestataires? En pleine page (14-15, T.3 - toutes n'étaient pas mésanges?). Mesanges-contestataires  Quantitativement, les zadistes souvent évoqués ne pèsent pas bien lourd chez nous, mais ces epsilon pourraient-il se mettre en tête de modifier l'alpha et l'oméga du meilleur des mondes possibles?

On trouve aussi en fin des premiers volumes quelques pages de rédactionnel à l'apparence fort sérieuse sur la philosophie jivaro. Je n'ai pas été vérifier en quelle année l'anthropologue Philippe Descola, né en 1949, a pu les écrire.

En trois volumes cohérents, le dessinateur-scénariste a donc élaboré un univers où chaque détail compte, il faut tout bien lire afin de ne pas perdre le fil (les textes sont souvent bien plus subsersifs que les beaux dessins inexorablement répétés). On se retrouve dans un enchevêtrement de saynettes dans une France (et un univers) alternatifs. Ma position personnelle serait de tout savourer sans me casser la tête à tenter de comprendre ce monde. Après, si d'autres veulent aller plus loin, je ne les empêche pas, hein... Pour ce qui me concerne, je ne saurais trop dire à quel 36 000e degré il faut en prendre l'humour! Un joyeux canular? J'ai cru y détecter diverses touches de dérision pince-sans-rire, comme la phrase sur l'ordinateur portable (p.115 du T.3), lorsque s'instaure une relation de sujet à sujet, "alors que celui-ci semble chercher à nous nuire et que nous nous demandons comment nous venger de lui"...

Je vous recommande encore la découverte de cette série dessinée, et vous laisse décider ensuite s'il s'agit d'un canular artistico-scientifique, d'une proposition de nouvelle philosophie, ou bien si tout est dans tout (et inversement). Comme je l'ai dit plus haut, j'avais donc pour ma part abordé cette trilogie (?) par le troisième tome. Et après les avoir parcourus tous les trois, je me demande même si en fait ils ne sont pas (re)liés à deux autres titres publiés du même auteur... Si vous avez eu le courage de lire ce billet jusqu'au bout, je vais maintenant vous informer que vous pouvez trouver plein d'autres beaux dessins sur le blog Puntish du même auteur. Comme disaient les ados, "c'est trop délire!" (je sais plus comment ils disent désormais, hein: j'ai perdu le fil...).

Enfin, pour mettre en parallèle un autre mythe animalier, ça m'a un peu fait penser à trois planches d'un album de la série Donjon (Joann Sfarr & Lewis Trondheim) titré Le roi de la bagarre, qui évoque deux peuples habitant respectivement Odilon (des bergers) et Koubine (des chasseurs dans une ile). Ca se termine abruptement - et plutôt mal.

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vendredi 7 août 2020

Charlie Hebdo - Calendrier perpétuel 52 semaines

Ce mois-ci, en plein milieu de l'été, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) vais vous présenter l'un de mes premiers achats en librairie après la fin du confinement, dans la série de mes Hommages mensuels à Charlie Hebdo

Je l'avais trouvé, encore sous film plastique, au Quartier Latin à Paris, dans une grande librairie, à l'étal, dehors, parmi d'autres "produits d'appel". Il s'agit d'un "objet identifié" paru il y a déjà plusieurs années aux Editions du chêne (comme pour ma chronique de juin dernier - sans compter deux autres bouquins posthumes de Tignous chroniqués antérieurement et édités par cette même Maison). Sa première édition date de 2014 (avant), mais la présente édition est estampillée d'un dépôt légal "septembre 2015" (après). Je suppose que c'est pour des raisons de coût que l'objet affiche aussi un provocant "imprimé en Chine".

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Ce bel objet se présente comme un "calendrier perpétuel". En effet, il ne mentionne pas d'année, et chacune des 52 "semaines" comporte un feuillet construit sur le même modèle mais sans mention du numéro de jour ni du mois exactement concerné par chacun. Disons donc qu'il pourrait être utilisé pour n'importe quelle année, "marquable au stylo" grâce à l'épaisseur des fiches cartonnées. Mais... MAIS! Mais ce serait, à mon sens, dommage de griffonner sur une partie de ce qui m'apparaît presque plutôt comme un "objet de collection" (je n'ai pas été complet: il s'agit d'une co-édition Le Chène / Hachette, et les contacts "partenariat et vente directe" ou "relations presse" figurant en dernière page sont des personnes de chez Hachette...).

Lorsque le calendrier est ouvert, chaque semaine apparaît surmontée du verso de la page précédente qui comprend un ou le plus souvent deux dessins, en noir et blanc ou en couleurs. 

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Les semaines "monodessins" ont été illustrées par Charb (3) et Luz (2). Plus globalement, voici mes comptages concernant les dessinateurs: Charb 40 (dont la couv'), Riss 25 (16 en N&B pour 9 en couleur), Luz 20 (dont 3 en N&B et 2 en double), Tignous 9, Cabu 4, Honoré 2 (qui les a choisis?). En voici en tout cas une petite "extraction" subjective.

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P1110801  P1110806 (anticipation du 2e trim. 2020? Hé oui, l'activité ralentit en temps confiné...)

P1110804 Pauvre personnel soignant... (ça m'a fait hurler de rire!)

Dans ce "semainier", les thèmes restent bien perpétuels (jusqu'à nouvel ordre). Vous aurez en tout cas une centaine de dessins à découvrir. Dasola (que je remercie pour les photos) m'a dit "tu as pris les mieux!". Je ne sais pas qui va vouloir écrire sur l'oeuvre d'art constitué par cet éphéméride [oui, j'enfonce tous les poncifs ouverts, comme à mon habitude] ?

*** Je suis Charlie ***

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mardi 7 juillet 2020

Son éclat seul me reste - Natacha Wolinski

J'ai découvert le sujet de mon billet-hommage du mois sur un blog durant le confinement, et j'avais décidé de me le procurer dès qu'on en serait sorti (ce que j'ai fait). Dans le cadre de mes hommages aux tués lors du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, voici donc:

SonEclatSeulMeReste
Natacha Wolinski, son éclat seul me reste, Arléa (janvier 2020, 65 pages).

Après le témoignage de la veuve de Wolinski, je vous présente aujourd'hui le petit livre touchant que la fille de Georges lui a consacré (en le dédiant à sa propre fille, Lola - qui porte le même prénom que son arrière-grand-mère paternelle?). Voici ce qui figure en 4ème de couverture: "Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, Natacha Wolinski interroge les confins brouillés de sa mémoire. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation". Pour ma part, je vais avoir du mal à en dire davantage que quelques phrases.

C'est dans un langage bien particulier que parle Natacha Wolinski. Le récit - si c'en est un - est fragmenté, elliptique, non-linéaire. On apprend que, lors de l'attentat, Natacha se trouvait à Singapour, afin de rédiger un article sur les galeries d'art locales. Elle avoue la sidération, le déni, les tentatives vouées à l'échec de poursuivre "comme si de rien n'était". En cette occasion, ce sont des questions sur des manques, exprimées en un langage presque poétique, qui remontent à la surface. De courts paragraphes d'interpellation qui s'adressent... A qui? A son père mort? A elle-même? A nous, ses lecteurs? Même si je ne les ai pas comptés, il y a bien davantage de "je" que de "tu". Evocation d'une succession de deuils "à faire", comme on dit - alors que c'est tellement difficile lorsque la communication ne "passe pas".

Au décès de sa mère, la première épouse de Georges Wolinski, Natacha avait 4 ans, et une soeur Kika (Frédérica), sans doute pas de beaucoup son ainée puisque leurs parents s'étaient mariés en 1961. En 1968, Georges a rencontré Maryse (née en 1943 et plus jeune que lui de 9 ans), l'a épousée en 1971, puis est née Elsa, fin 1973. Manifestement, la petite fille Natacha a souffert de l'absence de sa mère, puis de ce qu'un père trop occupé ne se soit pas assez consacré à elle. Absence de communication, donc. Les mots "je ne t'ai pas demandé..." sont présents dès le début du livre. Y pointe aussi le regret des non dits-qui se sont succédés. Georges ne parlait guère spontanément, semble-t-il, de son propre père, assassiné lorsque lui-même avait 9 ans. Serait-ce donc l'explication de son incapacité à "raconter sa maman" à une petite fille qui l'avait perdue à l'âge de 4 ans?

Parmi toutes celles où Natacha Wolinski s'adresse à son père, je citerai juste quelques phrases. Celles qui constatent (déplorent) l'éloignement (p.50): "De ton incapacité à nommer ce qui devait être nommé est né, les dernières années, un grand silence entre nous. C'était un silence par défaite". Et celle dont on peut espérer l'apaisement (p.57): "Je t'enlève de ton lit de mort et je te couche sur mon lit de mots".

Pour ma part, c'est donc chez Manou que j'avais découvert ce livre début mai. Quand j'ai rédigé mon billet il y a déjà quelques semaines, mes recherches ne m'ont pas permis d'en trouver d'autre mention parmi les blogs. Voici en tout cas un entretien (paru dans L'Humanité - qui le réserve à ses abonnés), où elle dit notamment: "Aujourd’hui, je reçois des messages tous les 7 janvier. Mais ce livre, c’est aussi pour raconter tous les autres jours de l’année". Voir aussi ce qu'elle en disait en février 2020.

PS1: je viens de voir (mercredi 1er juillet) que Charlie Hebdo N°1458 inaugure "Un été avec Wolinski": en dernières pages de ce numéro, ça commençait avec des dessins de ses débuts dans Hara Kiri (dans le N°7, une adaptation parodique d'Après la bataille, de Victor Hugo), des dessins très chargés à la Will Elder (je suppose que l'influence de Dubout sera évoqué dans des numéros suivants).

PS2: je viens aussi, le même jour, d'acheter le nouveau Hors Série (N°22H) de Charlie Hebdo. Je pense que je vais attendre quelques années avant d'éventuellement le chroniquer, le temps d'oublier un peu tout ça... En effet, il porte sur ... la crise du Covid-19 vue par Charlie (l'équipe actuelle). Ils n'y ont pas glissé un seul dessin des "grands anciens" décédés, alors que je suis bien certain qu'il y aurait eu moyen d'en dénicher un ou deux par raccroc, au prix de quelque anachronisme, dans leurs oeuvres déjà publiées...

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 1 juillet 2020

Déconfusion finale (mes ironies) - N°4

Le 2 juin 2020, je me disais qu'il y avait de fortes chances que la plupart de mes notes prises "au jour le jour" soient obsolètes au 1er juillet.
Le 30/06/2020, j'identifie deux points d'actualité brûlante: un laboratoire de biologie multi-sites se plaint de devoir bientôt se débarrasser de 700 000 tests du Covid-19 inutilisés et arrivant à obsolescence. Comme quoi, les "patients" citoyens ne se sont pas précipités pour leur permettre de réaliser le business attendu... D'autre part, l'armée chinoise va commencer à vacciner ses soldats contre le Covid-19. Terrible angoisse: si "la guerre" est pour tout à l'heure, va-t-on seulement pouvoir leur envoyer les marins du Charles-de-Gaulle?

Pour l'entre-deux [dates], c'est ci-dessous, noté au jour le jour!

Mardi 2 juin, sortie quasi-estivale (bras et jambes nus). Dans mon quartier, 1/3 sans masque, 1/3 avec masque sur le menton, 1/3 avec masque correctement mis... Est-ce que nous verrons le verre aux deux tiers plein ou au deux tiers vide?

Dans une pharmacie, le masque lavable n'existe qu'en deux couleurs: en blanc, ou en noir. Je n'irai pas jusqu'à dire que le noir est plus cher.

Affaires en cours début juin: le masque bientôt remboursé par la sécurité sociale?

Lu les deux pages du "mode d'emploi" du masque gratuit. C'est de la C... ie (avec un grand RIE).
On comprend pourquoi il n'y a pas eu de masques plus tôt: la norme AFNOR avait besoin d'être réécrite...

Qu'est-ce que cela paraît loin... Vous vous rappelez, à la mi-mars 2020, quand on avait tous la trouille de tomber malade et de mourir, ici en France métropolitaine?

Après la déclaration de guerre, on n'aspire plus qu'à l'armistice. C'est reparti comme en 40?

Quand ça change, ça change: il n'y a plus à s'attester, on prend le métro hors heures de pointe...

Duplicité de ma propre stratégie. Je dois mettre le masque pour prendre le métro? Je mets le masque, afin d'avoir le droit de l'utiliser. Ensuite, je le range dans ma poche (le masque, pas le métro). Je n'en ai pas besoin pour marcher dans la rue? Je ne le mets pas.

Il faut avoir vu ce qui se passe au terminus du métro parisien: cette nuée d'employés qui se hâte d'essuyer consciencieusement d'un bref coup de chiffon hydroalcoolisée chaque barre métallique, ...le tout non sans un certain soupçon de nonchalance. Encore, ça, c'était au tout début du déconfinement...

Sur Wikipedia, "le coronavirus" est désormais relégué au 3e rang des "Evénements en cours" : Manifestations et émeutes aux États-Unis · Déversement de pétrole à Norilsk · Pandémie de Covid-19. Sic transit...

Les gens qui travaillent, quels gens-qui-qui-neurs !

Masques bleus (dits "jetables"), en majorité. Tiens, et les gilets jaunes, ils en sont à quels actes?
Gilets jaunes + masques bleus? La poussée verte était prévisible...

Je me disais dès le 2 juin: "désormais, sur ce qui était "voie publique", les piétons devront slalomer entre les terrasses de café et restaurants".

La lettre et l'esprit. L'intérieur des cafés est religieusement vide (au début en tout cas), mais dehors, les terrasses débordent sur la chaussée en toute convivialité. C'est jeune, ça bavarde et ça se rit au nez. Bientôt: tousse ensemble, tousse ensemble, tousse...?

On nous dit que seuls 5% des Français ont été en contact avec le virus (anticorps etc.). Nous devons donc nous masquer par "principe de précaution" envers 95% de personnes indemnes de tout contact?

Mon masque sur le menton? Je le remets sur ma bouche et mon nez quand je suis face à quelqu'un.

Suis-je seul à penser que nos dirigeants se sont quelque peu ridiculisés avec les consignes sur les "bonnes" manières d'utiliser nos fameux masques (une fois ceux-ci disponibles)?
Un peu comme si on leur avait fait confondre la manière d'utiliser un masque chirurgical en milieu, soit stérile, soit infectieux (bref, à l'hôpital), et le rôle de protection faciale contre les postillons envoyés aux vis-à-vis, dans un lieu recevant du public, ou même en extérieur.
Est-ce que vous en connaissez beaucoup, vous, des gens dûment masqués qui ne sont pas septiques?

Résistance passive? Obligation de moyens vs obligation de résultat.

Les autorités veulent toujours que je porte un masque? Très bien, je porte un masque. Imaginez le nombre de personnes que je connais (d'un certain âge?) qui m'ont dit "je n'arrive pas à respirer, avec ce truc"...

A la réflexion, je pense que s'affrontent deux logiques.
Celle des autorités: le "port du masque" est peut-être imaginé comme relevant du niveau de la protection / propreté chirurgicale (aucun miasme ne doit infecter le patient - hyperfragile par définition). Chacun des acteurs dispose donc d'un masque stérile, à usage unique ("durée de vie" limitée, considéré comme souillé après usage - aucune prise de risque). Bien entendu, une fois positionné, le moindre "toucher" annihile la protection apportée. Exigence maximale.
Et la logique du citoyen lambda: un masque quand je suis face à quelqu'un /un masque si je ressens un risque / un masque si je suis malade mais sors quand même / un masque pour être en règle en cas de contrôle et/ou dans un lieu où apparaître masqué est obligatoire. Mais au fond... A quoi ça sert?

Les Français ont fini par s'apercevoir que leur propre peau de leur propre petit nombril, seule à leur importer vraiment, était restée indemne au bout de 3 mois. Alors forcément, l'attention se relâche...

Suis-je le seul à me rappeler les experts qui nous annonçaient 100 000 morts si rien n'était fait (avec des trémolos dans la voix en faveur du confinement)? Nous en sommes à trente mille, et personne ne rappelle plus qu'il "aurait pu" y en avoir 70 000 de plus?

Je suis aussi assez vieux pour me souvenir de l'époque où devenir séropositif au VIH signifiait une mort inéluctable à plus ou moins brève échéance... (je pense à l'affaire du sang contaminé, bien sûr!). Et, à part dans la tête de Donald, il n'existe toujours aucun vaccin en 2020 (une trumperie de plus, lâchée en conférence de presse...).

Grâce à la pénurie initiale de masques et à la fabrication tous azimuts, on en admire aujourd'hui de toutes formes et de toutes couleurs. 
Vous le saviez, vous, que l'on nomme "maschérophilie" la collection et l'étude des masques, mmmh? Allez, soyez sincère...

Cinémas réouverts depuis 8 jours. dasola a fini de trépigner (était dans les startings-blocks depuis des semaines). 

Aujourd'hui, quand vous entrez dans un magasin, le vigile vous impose un jet de gel hydroalcoolique, il ne souhaite plus fouiller votre sac (vigipirate, c'est fini...). 

Je me rappelle aussi le temps où "voiler" son visage pouvait être puni de par la loi. Il en va différemment, désormais. Il existe une raison fondamentale, cependant, pour cette différence. Il y en a même au moins dix-sept, mais je ne vais en citer que quelques extraits. "Nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'[en] émane expressément [de la Nation]". "[La loi] doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse". "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi".

Et encore deux poids, deux mesures. Le petit toutou à sa mémère: ne sert à rien, coûte (et rapporte!) un pognon de dingue à nourrir. Le grand chien dressé [pour guider les aveugles, renifler la drogue... ou le coronavirus]: coûte cher à former, est plutôt utile, est nourri comment?

500 milliards, par-ci, qu'aurait coûté à la France le confinement. 100 milliards, par-là, qu'auraient bêtement "épargné" les Français, au lieu de les dépenser pour leur "consommation". Maintenant, j'attends que monsieur Thomas Piketty me décortique un peu ces chiffres et leur signification, dans une somme (un livre) qui fera autorité...

Bon, maintenant, à part rédiger des bouts-rimés, je ne sais pas trop ce que je pourrrais rajouter en un mois de plus.
Il faut savoir clore une rubrique.

PS: il paraît que le virus reparaîtra en septembre, plus fort que jamais? Bon bah si c'est le cas, rendez-vous au 1er octobre 2020 (après les vacances)!
Quoi qu'il arrive, on ne reconfinera sans doute pas la France entière. Ca coûte trop cher.

*****

Billets précédents (chaque 1er du mois):
Rions un peu avec le coronabidule (quelques c...) - N°1
Ricanons un peu avec le Cotruc-19 - N°2
Le virus en déconfiture? Quelle mascarade - N°3

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dimanche 7 juin 2020

Ecojolie - Tignous

Durant une vingtaine d'année, la Corse a accueilli un "Festival du Vent" (1). Celui-ci a engendré un projet pour la promotion de l'immobilier et de l'urbanisme durable ainsi que des énergies renouvelables, la "Maison Ecojolie".

Tout cela, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) l'ai découvert après avoir eu mon attention attirée, chez le blog de Dona Swann, sur l'ouvrage qui a repris ce nom, Ecojolie, pour rassembler 108 dessins de Tignous sélectionnés par sa veuve, Chloé Verlhac. Il est paru en 2017 aux Editions du Chêne (96 pages).

  P1110752   P1110753

Ces dessins ont été choisis parmi plusieurs centaines possibles (2), sur ces thèmes écologistes, environnementaux, qui témoignent aussi du regard que pouvait porter Tignous pour mettre au jour contradictions, cynisme, esprit de lucre et autres travers trop humains (3). Je me permets de citer ci-dessous moins de 10% du corpus, ceux qui m'ont le plus "parlé". Mais chaque lecteur, je suppose, peut trouver dans l'ouvrage de quoi assouvir sa curiosité. 

P1110755 Un dessin (p.73) qui fait écho à un autre que j'avais aussi retenu, mais que vous trouverez dans l'article de Corse Matin (2).

P1110756 La problématique du "bio industriel" résumée en un dessin (p.23): chapeau l'artiste!

P1110757 ...et remettons-en encore une couche (p.26)...

P1110758 Qu'est-ce qui fait le plus rire: la phrase, ou bien celui qui la pontifie? (p.37)

P1110759 Vous avez dit "climat déréglé", ou "construction déréglementée"? (p.43)

P1110760 Hé oui, ne pas confondre "matériau recyclable" et "droit à polluer acquis"... (p.46)

P1110762 Pas fini d'être confinés? (p.84)

P1110763 Sauver la planète? Ouais, ouais... (p.95 - dessin qui clôt l'album)

 Je constate en tout cas que beaucoup des dessins qui m'ont plu se retrouvent dans la "belle page", qui est censée attirer le plus l'oeil du lecteur, celle de droite (si, si...)!

J'ai encore trouvé un éclairage sur les relations de Tignous avec la Corse sur le blog de Serge Orru, fondateur du Festival du Vent, et une autre chronique d'Ecologie sur le blog La bouquinerie

Maison_Ecojolie 

(1) On peut trouver des informations sur les éditions du "Festival du Vent" de 2012 (ici) ou de 2013 (là). Faute de financements, il n'y a pas eu de 23ème édition (alors qu'elle était préparée pour octobre 2014).

(2) Un article paru dans Corse Matin dimanche 23 avril 2017 explique que Tignous était un des piliers de la "bande des dessinateurs" accueillis à Calvi, lors des dix dernières éditions du "Festival du Vent". On peut y voir deux dessins que j'avais moi-même retenu avant de le trouver en ligne (l'autre dessin étant le "panda polaire", qui fait écho au premier livre de Tignous que j'avais présenté dès le 12 janvier 2015, cinq jours après son assassinat à Charlie Hebdo).

(3) on trouve aussi dans un article du site Comixstrip.fr du 22 avril 2017 une présentation du contexte de l'album.

*** Je suis Charlie ***

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lundi 1 juin 2020

Le virus en déconfiture? Quelle mascarade - N°3

Le mois passé fut hybride, mi-confiné mi-réouvert. Au risque de me faire graffigner une fois de plus, allons-y pour quelques notations inspirées... [(s) ta d loi du cine]

I - Solutions de continuité

Quand j'ai vu passer le constat déconfiné "Grosbide-19", ça m'a fait rigoler (même si je ne l'ai pas inventé).

Je présume qu'il y a eu au moins 150 000 naissances durant ces 10 semaines de confinement (mars, avril et mai sont habituellement des mois chargés). Je serai curieux de voir la courbe pour janvier-février-mars 2021...

Cette année 2020: passer à l'an caustique? Repartir de nouveau vers nos confins intérieurs? (OK, je sors...)

On sent que certains n'ont guère l'occasion de parler... Quand les petits vieux sont seuls à l'intérieur de la boulangerie, ils en profitent. Et je fais mine de sortir, et je me retourne pour quelques phrases... Dehors, on soupire, et la queue s'impatiente. Vivement qu'on les vaccine tous.

La France envahie par une locution: "Salut, ça va toujours bien?" (helvétisme)

Un "cluster"? Un "cluster"? Est-ce que ça a de la gueule, "un cluster"?? 'Pourraient pas causer de "foyereau" ou de "foyeton", tant qu'à nous enrichir avec de nouveaux mots?
Si je parle de "vider nos barillets", je vais me faire flinguer...

Pour l'hôpital: clap-clap-clap, c'est bien. Mais fric-fric-fric, quand même?

Grande nouvelle. On a découvert le secret de l'immortalité. Il suffit de respecter la distanciation sociale. 

On n'a pas fini d'en entendre parler, des 55 jours de Paris.

Je suis sûr que d'ici quelque temps, évoquant l'époque du confinement, on soupirera : "c'était le bon temps"...

C'était pas si mal, dodo-boulot et boulot-dodo sans passer par la case métro... Que de temps en plus!

J'étais bien, moi, dans mon confinement douillet. C'est vrai que dans un appart' à partager à deux, avec deux chambres, deux ordinateurs et deux télés, ça a passé dans des conditions très confortables.

II - Vers un retour progressif à de nouvelles normes sociales

Déconfiquoi? C'était comment, déjà le confimachin?

J'ai encore en mémoire l'époque (dans mon enfance) où j'adorais les lundi matin suivant les élections: pas cours, puisque consacrés à la "désinfection" des locaux qui avaient servi de bureau de vote...

Toujours pas compris dans quel sens sert ce foutu masque (oui, celui qui ne servait à rien quand on n'en avait plus en stock). Me protéger des autres? Protéger les autres de moi?

Sous le masque, personne ne vous voit rigoler (étranger... aux autres).

Un vaccin? On s'en fiche. Fera fortune celui qui inventera le masque qui change de couleur au contact du virus.

Vertus du masque: je suis masqué, voici ma gloire, mon espérance et mon soutien...

Nos concitoyens déconfinés sont dégueulasses. A Paris en tout cas, c'est plein partout par terre de masques et gants (en latex) jetables... Parlez-moi plutôt de beaux masques en tissus, lavables quelques dizaines de fois, comme un bon vieux mouchoir...

Hâte de découvrir les nouvelles collections "Eté 2020". Ah, les défilés en trikini. Mais c'est vrai qu'on ne sera peut-être pas autorisés à fréquenter les plages!
...Mesdames, ne me dites pas que vous ignorez ce que cache ce mot de "trikini"? Enfin, le masque assorti au biki...!

L'hexadécimal en force! Gel hydroalcoolique à 60 degrés minimum, tout comme le lavage machine des masques lavables... Pendant une heure, je suppose?

Et j'en ai encore une bien bonne: l'étiquette du "masque barrière" lavable acheté chez mon potard. Combien de fois? LAVABLE 20 FOIS (en gros). Laver au maximum 10 fois pour assurer son efficacité (en petit).

100 000 tests par jour? C'est merveilleux. En gros, chaque Français pourra donc être testé un peu plus fréquemment qu'une fois tous les 20 mois...

Bonheur de pouvoir fréquenter de nouveau: bibliothèques municipales, librairies, cinéma, restaurants...
Relancer la consommation en achetant une voiture? Ca va pas, non?

Culture et Ministère: "Il y a des librairies qui vont fermer leurs portes", s'inquiète le 24 mai 2020 ...Françoise Nyssen (sur Europe 1). Qu'en dit Jack Lang?

Eclaté de rire à la vue d'un dessin de Willem p.13 de Charlie Hebdo N°1453 (sauvons le tourisme). "Les touristes se foutent de la culture!" "Tais-toi et danse." Macron et Philippe (le French Cancan).

Rendez-vous le 1er juillet?

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mardi 12 mai 2020

Matching Points "pour les femmes mais pas seulement" - Présentation d'un duo (à l'occasion de leur 500e commentaire chez dasola)

Voici la sixième présentation de blogueuses ayant passé le cap des 500 commentaires rédigés sous les billets du blog de dasola. Cette fois-ci, il s'agit d'un portrait en duo, puisque "Matching Points" est le pseudonyme de deux blogueuses rédigeant en commun. En tout cas, à ce jour, elles ont été les plus rapides à franchir ce seuil: leur premier commentaire ici ne remonte qu'au 25/08/2013, soit il y a moins de 7 ans. Comme vous le lirez ci-après, leur blog est moins nettement orienté littérature ou bien cinéma que beaucoup d'autres: il s'agit plutôt d'un blog "culturel" à très large spectre! Il a fallu adapter le questionnaire...

Pour rappel, les cinq présentations précédentes concernaient (dans le désordre): Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 (aujourd'hui à 1005 commentaires), Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018 (735 désormais), Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017 (647 commentaires à ce jour), Keisha (en lisant en voyageant) le 26 avril 2019 (540), et Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018 (qui en est à 530).

La parole est maintenant "aux" Matching Points pour les questions que je (ta d loi du cine, statisticien chez dasola) leur ai concoctées et auxquelles elles ont répondu dès le lendemain....

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MatchingPoints_WPBonjour « Matching Points ». Tout d’abord, qui êtes-vous ?
Votre page « Qui sommes-nous » indique que « les Matching Points » sont deux. Mais cela ne transparaît guère dans votre blog, où il n’existe pas de signature individuelle. Alors… qui rédige ? Après concertation ou non ? Pourquoi ne pas avoir choisi un « blog partagé » où chacune serait clairement identifiée, plutôt que cette « fusion / anonymisation » ? Et enfin, d’où vient cette appellation « Matching Points » ?

Nous sommes deux et nous rédigeons en concertation. Nous ne souhaitions pas nous exposer nommément. « Matcher » pour nous signifie mettre en commun nos idées et les partager avec nos lectrices. Il y a aussi un clin d’œil à un de nos films préférés : « Match Point » de Woody Allen.

Pouvez-vous aussi nous livrer quelques autres éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous toutes les deux (car un lecteur ou un spectateur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature, le cinéma, l’art ou la culture en général?

Au-dessus de 60 ans.

Nous avons toutes les deux fait des études de Lettres et de Langues. L’une de nous était enseignante.

*  Parlons un peu de votre blog: « Matching Points, pour les femmes mais pas seulement… ». Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer? Quelle plateforme utilisez-vous ?

Nous avons commencé il y a 10 ans. La belle-fille d’une de nous venait de créer son blog. Cela nous a incitées à nous exprimer pour créer une sorte de forum, d’échange d’idées, ou plus concrètement de critiques de films, voyages etc... Un peu comme un magazine féminin généraliste. Nous ne voulions pas nous cantonner à une spécialité.

Plateforme WordPress.

* Votre blog est très éclectique : on y trouve des billets sur des sujets variés.
Allons-y donc pour des questions très diverses ! Vous pouvez bien sûr répondre, soit chacune, soit ensemble.
En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Nous lisons plus que nous ne publions à ce sujet sur le blog. Nous préférons publier des critiques de cinéma.

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour? Avez-vous un endroit favori pour lire ?

Ça dépend des circonstances. On ne peut pas donner de chiffres précis. Canapé ou lit.

*  En tant que spectatrices de cinéma, comment vous définiriez-vous ? Le cinéma tient-il un rôle important dans votre vie? Combien voyez-vous de films par mois ?

On aime le cinéma depuis toujours. Du ciné-club de la fac au cinéma plus grand public, au fil des années nos goûts sont devenus assez éclectiques là aussi. La sortie ciné est une de nos préférées, une vraie sortie accompagnée d’un détour dans un bar où un restaurant pour le débriefing ! La fréquence n’est pas régulière.

*  Comment choisissez-vous vos films? (bouche-à-oreille, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un réalisateur et/ou un acteur – vraiment – préféré?

Réalisateur, acteurs, sujet... puis les articles de presse ou des blogs.

*  Et pour revenir à des chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour? Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Nous sommes restées un petit blog et nous n’avons pas répondu jusqu’à présent aux diverses offres de collaboration que nous recevons. Nous ne souhaitons pas écrire sur commande. Nous avons un petit cercle d’habituées avec qui nous échangeons.

*  Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces, avant-premières de films, rencontres avec les réalisateurs … Les recherchez-vous?

Nous habitons une petite ville mais nous nous déplaçons de temps en temps pour ce genre de manifestations que nous apprécions.

*  Concernant la culture au sens très large, sur votre blog, on trouve aussi des billets d’avis, témoignages, certitudes et incertitudes sur expositions, voyages, ou santé et bien-être, beauté, mode… : sont-ils plus, ou moins, faciles à rédiger ? Quels échanges amènent-ils avec les blogueurs ou les lecteurs de votre blog ?

Parler de choses concrètes est plus facile que rédiger des billets d’humeur ou de réflexion.

*  Une question concernant la rubrique Deutsches Echo et les articles sur la culture allemande (littérature, film, théâtre, voyages…) : qui les rédige (en VO ou en VF) ? Vous n’avez jamais pensé à rédiger parfois des articles bilingues ?

Ils sont rédigés par la partie germanique du duo. Nous avions publié des articles bilingues autrefois mais nous n’avons pas eu beaucoup de retours.

*  Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant de votre découverte respective de la culture allemande et française (même s’il remonte à l’adolescence) ?

Nous ne comprenons pas bien le sens de la question.

*  Outre des vêtements aux ados, offrez-vous des livres ou des DVD? Si oui comment les choisissez-vous?

Des livres. Souvenirs personnels ou de bonnes critiques pour des livres actuels.

*  S’il ne fallait en retenir qu’une œuvre ou deux? Quel livre et/ou quel film vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que avez pu lire ou voir? Pourquoi celui-ci/ceux-ci?

Il nous est impossible de répondre à ce genre de choix exclusif.

*  Comme d’autres «dévoreuses de bouquins» ou cinéphiles, êtes-vous vous aussi tentées par l’écriture (nouvelles, scénario…)?

Non. Nous ne nous sentons pas créatives à ce point.

*  Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola? (réponse facultative!)

A travers le blog « Sur la route du cinéma ».

*  La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentées d'arrêter le blog?"

En n’ayant pas de collaboration avec qui que ce soit nous nous sentons libres de publier à notre guise. Il n’y a pas de pression extérieure.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

Voulez-vous être sponsorisées par un voyagiste ou par une chaîne d’hôtels de luxe ? Yesss !

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jeudi 7 mai 2020

Le désir et la putain - Elsa Cayat & Antonio Fischetti

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui mon troisième ouvrage (co-)signé par Elsa Cayat, la seule femme assassinée à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Antonio Fischetti, le co-auteur, fait partie des quelques membres de l'équipe de CH qui ont eu la chance d'être absents lors de la funeste conf' de rédac' du 7 janvier 2015: en retard, en vacances, en réunion, à l'étranger... Lui était à un enterrement en province.

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L'ayant acheté en novembre 2019, il a vraiment fallu que je sois confiné pour enfin lire Le désir et la putain, qui a pour sous-titrage explicite Les enjeux cachés de la sexualité masculine. Il s'agit d'un livre de dialogue (débat?) faisant état de la fascination exercée par les prostituées entre le journaliste Antoine Fischetti [ci-après AF] (qui "lance" et conclut les sujets) et Elsa Cayat [EC] (qui apporte son expertise professionnelle de psychanaliste). Il est paru en 2007 chez Albin Michel (258 pages), et représente sans doute un sujet intéressant pour qui apprécie la psychanalyse.

Après une double introduction (je n'irai pas jusqu'à parler de sandwich), on peut découvrir 13 chapitres dont 12 titrés sous forme d'une interrogation, le dernier rapprochant (sans point d'interrogation) "Prostitution et psychanalyse". A mon avis, il y manque le "comment" de l'ouvrage, son histoire (circonstances, décision de rédiger le livre...). Je crois avoir déniché (sauf erreur de ma part) une série de vidéo où Elsa Cayat intervenait à la demande d'Antonio Fischetti, sans doute avant la rédaction de leur livre et plusieurs années avant de devenir chroniqueuse à Charlie. Je lirai peut-être, un jour, quand librairies et bibliothèques seront à nouveau accessibles, d'Antonio Fischetti, L'angoisse du morpion avant le coït: 36 questions que vous ne vous êtes jamais posées sur le sexe (Albin Michel, 2002)!

Pour le moment, ne sachant donc pas par quel bout aborder cet ouvrage-ci, je me suis dit qu'il me fallait gloser (une fois de plus). Je revendique donc la subjectivité de ma lecture. J'analyse ci-après ce que ce livre m'a inspiré. D'autres lecteurs pourront y lire d'autres choses. En ce qui me concerne, Dasola m'a presque taxé de masochisme en m'entendant soupirer et grogner à la lecture de ce livre. Dans les premiers chapitres, afin de les éclairer, sont rapprochés mais opposés les termes de pornographie (le voyeurisme), prostitution (l'offre), érotisme (le fantasme). J'ai été beaucoup plus intéressé par les paragraphes venant d'Antonio Fischetti (approche davantage sociologique) que par ceux d'Elsa Cayat (plus "conceptuels"). AF provoque EC sur des notions psychanalytiques (dont il semble avoir quelques teintures?). Par exemple, dans le chapitre "L'argent est-il aphrodisiaque?", p.117 (AF): "Le noeud de la prostitution est moins l'acte sexuel que l'échange monétaire" puis (p.118): "dans une transaction financière, lequel a le plus de pouvoir: celui qui paye ou celui qui est payé?". A quoi répond EC (p.120): "Le fait de dépenser au lieu de penser ne fait qu'augmenter le désir en occultant la question de ses désirs inconscients". A maints endroits du livre, EC creuse son sillon sur le refoulement des mots. Et c'est vrai que j'y ai parfois trouvé réponse à des objections que je faisais lors de mes lectures précédentes de ses livres.

Ainsi, dans le chapitre "Les mots sont-ils des objets sexuel?", EC explicite (note p.137) comment elle a prolongé Lacan (qui lui-même avait prolongé Freud) en cherchant à "découvrir le panneau fantasmatique que les mots refoulés représentent pour le sujet et pour lequel il rate ou s'abolit à l'occasion". AF remarquant (p.140) que "[les mots] ne sont pas forcément compris de la même façon par les différents interlocuteurs" puis objectant p.147 (comme je l'ai fait dans tel article précédent) que "le même mot ne renvoie pas aux mêmes jeux de mots" dans différentes langues, EC répond p.145 en parlant de "mots refoulés" puis p.147: "Quant à votre question sur les langues, il faut savoir qu'il y a diverses modalités d'investissement du réel qui tiennent à la différence des équivoques (des sens multiples des mots) existant dans chaque langue. Néanmoins, l'inconscient suit globalement le même trajet quelle que soit la langue car, à travers ce qui se joue avec l'autre et le corps, c'est de soi qu'il est question".

Si donc j'employais le mot dé-lire par rapport aux livres que signait Elsa Cayat, qu'est-ce que cela révèlerait des moi (d'émoi) me composant? Je crois en tout cas avoir compris que la question sur le fait que la psychanalyse soit une science, ou non, remonte à l'époque de Freud lui-même. Si science il peut y avoir, il s'agit certainement en tout cas d'une science humaine (subjective) et non d'une science "exacte", à mon humble avis! Je ne peux m'empêcher de songer aussi à ce que disait Bernard Maris sur la pseudo-"science économique", ou plutôt sur la tromperie que représente le fait de la croire opératoire et non "purement" théorique.

Je vais malgré tout poursuivre dans la voie de quelques citations (que j'espère alléchantes). De AF p. 228, dans le chapitre "Prostitution et psychanalyse": "Peut-on dire qu'au plan sexuel, une prostituée est à une "femme normale" ce que, sur le terrain du langage, un entretien avec un psy est à la conversation avec un copain? On paye le psy pour lui parler de ses problèmes affectifs sans recevoir de jugement moral en retour. J'ai payé, on a parlé, on se quitte et on est quittes. Avec la prostituée, c'est la même chose: j'ai payé, j'ai éjaculé, on se quitte et on est quitte. Le psy comme la prostituée reçoivent de l'argent pour s'intéresser à nos manques, à la différence que le premier officie dans le domaine des mots et la seconde dans celui du sexe". Puis, de la longue réponse d'EC recadrant le débat ["Le parallèle est provocateur! (...)"], j'ai surtout retenu que, comme partout, elle dit "le psychanalyste" quand AF reste plus vague avec "le psy".

Quand EC analyse sur des pages et des pages (p.243 sqq.) la phrase de Lacan "L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas", elle me perd (ou je m'y perds tout seul?). p. 221, quand elle s'auto-cite sur plusieurs pages à propos de Lacan qui met en évidence que si la pulsion sexuelle résiste à la pleine satisfaction, c'est qu'il n'y a pas de rapport sexuel, il s'agit là de philosophie de trop haute volée pour moi. J'ai l'impression que beaucoup de points du "débat" sont analysés, mais pas véritablement résolus au final (en tout cas pas pour mon agrément).

En vrac et hors contexte, encore quelques phrases que j'ai trouvées remarquables (davantage d'AF que d'EC). p.59, AF: "pourquoi est-il plus gratifiant d'être doté d'un grand pénis que d'un formidable odorat ou d'une oreille musicale?" [assertion contestable!]. p.31, EC: "le client croit vouloir du sexe pur, or de façon plus profonde cette boulimie sexuelle est faite pour ne pas penser, le sexe vient à la place de la pensée". Une remarque d'AF ( p.71): "il n'existe pas de mot non vulgaire pour désigner l'acte sexuel effectué sans amour (excepté peut-être le mot "coucher" [et s'ensuivent une liste de verbes...]) m'amène à me demander pourquoi ne pas avoir parlé précisément de verbes [d'action] plutôt que de mots? p.97, à propos d'un soir de concert où, les WC féminins étant bondés, les filles avaient colonisé ceux des hommes, après avoir avoué qu'il avait été perturbé par cette présence, AF relève: "en somme, si les toilettes des hommes et des femmes sont séparées, ce n'est pas, comme on pourrait le penser, pour prévenir des pratiques réprouvées par la morale - en tout cas pas uniquement -, mais pour éviter cette gêne due au savoir inopportun de l'autre sexe". p.101, une illustration par EC du cas d'un homme disant que, dans son rapport aux femmes, leur violence verbale l'excite (en reproduisant le rapport que sa mère avait avec lui enfant): "dans ce "m'excite", il surprend soudainement le sens du fantasme inconscient qui sous-tendait cette excitation: je suis un "mec si je t'ai"". Dans le chapitre "La mère est-elle une prostituée qui s'ignore?", AF (p.209), à propos de l'insulte fils de pute: "A priori, deux raisons peuvent expliquer le refus d'assimiler la mère à la prostituée: soit elles s'opposent vraiment et il est injuste de les assimiler; soit elles ont des points communs et il est insupportable de l'entendre rappeler".

Bref, vous l'aurez compris, ce bouquin est loin de se lire comme un polar. Avec ce genre de livre, mes yeux lisent des mots qui ne s'impriment pas dans mon cerveau. Je me suis astreint à le lire de la première à la dernière page. Il a fallu que j'attende quatre pages avant la fin du livre pour trouver une "analyse" d'Elsa Cayat qui entre en résonance avec ma propre grille de lecture. Je cite: "Je concluerais en empruntant un chemin de traverse à propos de la logique qui organise en sous-main notre société occidentale; lorsqu'on tourne son regard vers la politique, il ne peut échapper à personne que, hormis quelques noyaux résistants, elle est présidée aujourd'hui par ce qu'on appelle la "com". Ce mot n'est que le masque caricatural d'une nouvelle forme de publicité qui n'a rien à voir avec la communication, une publicité qui non seulement vend des marques mais des hommes devenus produits de marketing, l'important tout à fait avoué, à présent, n'étant pas d'avoir des idées mais de trouver des astuces, des trucs, des stratégies pour séduire, pour avoir l'autre par n'importe quel moyen. Le but visé est clairement l'effet retour en terme de pouvoir. Ce renoncement au sens, au questionnement, transmué en volonté d'avoir, quitte à se nier et à nier l'autre, à se réduire à un produit et à réduire l'autre, n'est pas le simple fait des dirigeants. (...) Ce fait est tellement ancré que le capitalisme s'est normalisé au point qu'on peut croire que l'économie régit les relations humaines afin de faire écran à l'énorme complexité des enjeux qui les spécifient." Et Antonio Fischetti de renchérir: "Nous avons commencé par la prostitution et nous finissons par le capitalisme. Ce n'est pas anodin (...)".

Et pour finir en terme de mots refoulés, qu'aurait bien pu décrypter Elsa Cayat de la décision prise il y a quelques semaines par les hommes politiques qui nous dirigent, un "confinement jusqu'à nouvel ordre"?

*** Je suis Charlie ***

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