mercredi 7 avril 2021

Coco: nature, culture et poil à gratter - Virginia Ennor

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) surfe sur l'actualité pour rendre aujourd'hui hommage à une dessinatrice de Charlie Hebdo, Corinne Rey dite Coco. Depuis le 1er avril 2021, elle a pris la suite de Willem (autre dessinateur de l'équipe de Charlie, qui a eu... 80 ans le 2 avril!) dans Libération. J'avais déjà eu l'occasion de citer quelques-uns des dessins de Coco à l'occasion d'un article sur le recueil collectif Tout est pardonné (2015).

Coco: nature, culture et poil à gratter, l'opuscule que j'ai choisi aujourd'hui comme "point d'encrage" de ma chronique, remonte à 2016 (Critère édition, coll. Les Iconovores, 95 p.).

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Les Iconovores, collection sur les dessinateurs de presse, "réaffirme que dans un monde bousculé, la liberté d'expression est une nécessité" (extrait de la présentation en 2e de couv'). L'ouvrage, le premier de la collection, contient 88 dessins de Coco. J'ai noté avec intérêt que l'ouvrage mentionne en p.96 les références des publications pour chacun des dessins (y compris, parfois, "proposé non publié"...). J'en citerai ci-dessous moins de 10%, ceux que j'ai le plus appréciés (au regard des années 2020-2021...). Selon le texte (signé Virginia Ennor) figurant en p.5, "dessinatrice de presse, [Coco] aime penser qu'un jour les cons cesseront de pourrir la planète, de maltraiter les animaux, de tuer et de torturer des innocents, de détruire vie et nature pour de l'argent (...)".

P1120275 p.86 (qui? [en 2015, pas en 2020])

P1120277 p.37 (et, en 2016, on ne parlait même pas encore du télétravail-covid-19!). P1120276 p.35 (c'est moi qui inverse l'ordre des deux dessins)

P1120278 p.40 (je me rappelle aussi que Coco a fait, il y a quelque temps, toute une série de dessins hebdomadaires dans Charlie autour de l'Origine du monde...).

P1120279 p.51 (le 22 septembre 2014, Patrick Bruel chantait au Royal Albert Hall de Londres la chanson de David Bowie Life on mars)

P1120280 p.61 (oui! "De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur / (...) un cri qui vient de l'intérieur!"[comme chantait à peu près Bernard Lavilliers])

P1120282 p.80 P1120281 p.71 (tout est dans le titre du dessin?)

Je finis par la préface du livre. Elisabeth Quin y évoque à bras-le-corps la journée du 7 janvier 2015 et l'irruption des deux assassins à Kalachnikov dans la rédaction de Charlie, et surtout l'anecdote navrante d'un malotru (un lourdaud) qui interpelle Coco un an plus tard en sa présence. Je suppose qu'on a dû être des milliers et des milliers à se demander ce qu'on aurait fait, soi-même, sous la menace des armes des tueurs à la porte de Charlie. Réponse impossible. Et Coco, dans cette situation, a eu la présence d'esprit de commencer par tâcher de les balader vers une fausse destination (respect!). On peut lire un entretien publié par Marianne en deux parties, les 10 mars et 11 mars 2021, où elle explique comment elle s'est reconstruite, six ans après le massacre. 

Je voulais encore rappeler que la dessinatrice, entrée à Charlie en 2008, avait été primée aux 29e et 34e Salon de la caricature et du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel en octobre 2010 puis 2015 ("Grand prix de l'humour vache"). 

Je n'ai pas trouvé beaucoup de mentions de ce livre sur internet aujourd'hui. A l'époque, le blog de Sophie Dauphin l'avait chroniqué. On peut encore apprécier la version de Coco d'une "Colombe de la paix" qui lui avait été demandée en 2017 par le Mouvement [du même nom].

P1120273 ci-contre, ce qu'elle disait en novembre 2019 au sujet du premier dessin satirique qui l'avait marquée.

Et si vous voulez découvrir régulièrement de nouveaux dessins de Coco, achetez Libé et Charlie.

Coco_Libe_01-04-2021_p23 Libération du 1er avril 2021, p.23

Surtout, Coco, continuez à nous produire des dessins mordants! 

PS : j'ai découvert dans le métro, alors que j'allais "boucler" mon billet, la campagne d'affichage pour le récent livre de Coco Dessiner encore (éd. des Arènes) dont elle parle dans l'entretien cité ci-dessus. Voici quelques photos cintrées des deux affiches. J'aurai certainement l'occasion de chroniquer ce livre un mois ou l'autre...

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*** Je suis Charlie ***

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lundi 5 avril 2021

La Corée en feu - Jack London / Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 - Hugo Pratt

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 jusqu'après mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) chronique encore un "10/18", que j'avais acheté en 1996. Et je fais ainsi d'une pierre deux coups avec le Challenge coréen proposé par Cristie (jusqu'au 21/04/2021 - il était temps!). Et même - hop! - trois coups avec le Challenge "Des histoires et des bulles" commencé le 1er avril 2021 chez Noctenbulle.

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La Corée en feu, c'est le titre sous lequel ont été regroupés et publiés en anglais en 1970, dans le volume Jack London Reports, 24 articles rédigés par notre auteur dans le cadre d'un reportage comme "correspondant de guerre" durant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Le volume français comprend également une trentaine de lettres à Charmian Kittredge, secrétaire et future épouse de London (après son divorce d'avec sa première épouse et mère de ses filles). Le copyright indique "Union Générale d'édition, 1982" (le traducteur, Jean-Louis Postif [fils de Louis], adresse ses vifs remerciements à M. Michael Aaron, qui a bien voulu l'aider à résoudre certaines difficultés de traduction). Dans cet ouvrage, les articles écrits "sur le terrain" sont chapitrés de I (1) à XXII [22]. Ils ont été rédigés pour le quotidien de San Francisco The Examiner (appartenant à William Randolph Hearst). Oui, le même Hearst qui aurait dit quelques années plus tôt à son illustrateur Frederic Remington, à propos de la guerre hispano-américaine de 1898 à Cuba: "vous fournissez les images et moi je vous fournirai la guerre". Plusieurs journaux dont celui de Hearst avaient proposé à London, quelques semaines avant que la guerre, prévisible, n'éclate entre la Russie et le Japon, de partir la couvrir sur place. Dans ce livre, nous pouvons donc découvrir une autre facette de l'auteur Jack London, outre les oeuvres militantes, les fictions inspirées par ses propres aventures, les récits de croisières... Ici, ce sont la vie et les mésaventures d'un correspondant de guerre "embedded" par l'armée japonaise qui "montait", en Corée, à la rencontre des Russes, qui nous sont surtout racontées. 

Ouvrons une parenthèse que les blogueurs-euses qui ne s'intéressent pas à l'Histoire peuvent ne pas lire. Pour dire deux mots de l'arrière-plan historico-politique (l'actualité de l'époque, que tout le monde connaissait il y a 117 ans, et qu'il était donc inutile de rappeler aux lecteurs contemporains des faits): le Japon s'était révélé au monde comme puissance montante lors d'une guerre contre la Chine en 1894-95 pour le contrôle de la Corée. Mais il avait l'impression de s'être fait dépouiller de sa victoire sous les pressions de puissances européennes ("triple intervention" de la Russie, la France et l'Allemagne). La Russie y avait obtenu de la Chine la concession de Port-Arthur (à l'extrême sud de la péninsule du Liaodong) pour 25 ans. Moins de neuf ans plus tard, au début de 1904, le Japon cherche à se faire reconnaître comme puissance régionale à part entière face aux impérialismes européens, cependant que la Russie poursuit sa politique ancestrale d'accès aux "mers chaudes". La Corée, disputée entre les deux pays, était dirigée par Kojong (né en 1852, roi depuis 1864, empereur depuis 1897, il abdiquera en 1907 et mourra en 1919). Les raisons immédiates du conflit qui finit par éclater en 1904 sont le contrôle de la Corée et surtout de la Mandchourie (ultimatum du Japon à la Russie au sujet de la Mandchourie le 13 janvier 1904). Fin de la parenthèse historique, revenons à London.

Notre journaliste a quitté San Francisco le 7 janvier 1904 à destination de Yokohama avec "de belles idées sur ce que devait être le travail d'un correspondant de guerre. (...) En bref, je suis venu à la guerre dans l'attente d'émotions. Mes seules émotions ont été l'indignation et l'irritation" (article du 2 juin 1904). Ses articles ont été rédigés entre le 3 février 1904 et le 1er juillet 1904, mais publiés parfois plus de trois semaines après leur rédaction (ou même jamais publiés, pour le N°XIII du 13/03/1904). La guerre a officiellement débuté le 8 février 1904. Le premier article de London, écrit quelques jours avant au Japon, dans le port de Shimonoseki, a été publié à San Francisco seulement le 27 février. Il retrace ses mésaventures pour quelques photos prises au Japon (interrogatoire, appareil confisqué, jugement...). Le suivant date du 26 février: London est enfin parvenu en Corée, ayant débarqué à Chemulpo (aujourd'hui Incheon). Les différents épisodes du reportage sont d'abord traité sur le mode comique (la montée "au front" s'avérant... plus que difficile pour les correspondants de guerre!): London raconte essentiellement ses problèmes de la vie quotidienne, les différences de langue, de culture... Il faut se rappeler que la transmission de ses articles était soumise au bon vouloir des Japonais et de leur censure. Dans certains articles, il mentionne les deux collègues les plus proches de lui (Jones / Dunn, et McLeod / Mackensie), seuls à avoir pu passer du Japon en Corée - cependant que leurs confrères restés au Japon s'arrangeront pour les faire "ramener vers l'arrière" au nom de l'égalité de traitement. Les officiels japonais exigent des autorisations pour tout voyage, qualifient toute information de "secrète", ... et empêchent ainsi nos reporters de "faire leur travail" sur les opérations des belligérants, London "meuble" donc avec le récit de son propre quotidien.

La vraie guerre (avec des morts et des prisonniers - des "blancs aux yeux bleus" dont London se sent plus proche que des soldats Japonais qu'il accompagne) arrive au chapitre XVII (alors que le précédent, 10 ans avant la guerre de 14, annonçait avec optimisme "quand les machines de guerre deviendront pratiquement parfaites, il n'y aura plus du tout de massacres". Le tournant terrestre de cette guerre "en" Corée est la bataille du fleuve Yalou: London n'en a pas vu grand-chose (pas plus que Fabrice del Dongo à Waterloo - mais le héros de Stendhal n'était pas "correspondant de guerre"!). Pour ma part, c'est l'article on ne peut plus clair de Wikipedia "Bataille du fleuve Yalou (1904)", consulté le 28/03/2021, qui m'a permis de comprendre comment les combats s'étaient déroulés. London sera rentré en Amérique bien avant la capitulation de Port-Arthur en janvier 1905: son dernier article, dicté à San Francisco le 1er juillet 1904, est titré "Comment le Japon rend inutile la mission des correspondants de guerre". Il fait état d'observations que l'on peut aujourd'hui juger oiseuses sur les différences de mentalités entre Japonais et "blancs". L'ambiance locale en Corée contient parfois des considérations dignes des premiers Tintin d'Hergé (avant sa prise de conscience pour Le Lotus bleu). Concernant la présence à éclipse des villageois coréens dans les articles, on peut supposer que ceux-ci se rappelaient sans doute les ravages et exactions de la guerre sino-japonaise moins d'une décennie auparavant. Après les "Lettres de Corée à Chamian Kittredge", parfois redondantes avec les articles, le volume se termine par deux articles rédigés ultérieurement: "Le péril jaune", septembre 1904 (encore pour The Examiner), et "Si le Japon réveille la Chine..." (publié en 1910 dans le Sunset Magazine). Ce dernier n'est pas sans lien avec la nouvelle d'anticipation "L'invasion sans pareille" dont j'ai déjà parlé (1910 aussi). 

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Mais ce reportage de London sur la guerre russo-japonaise a aussi donné lieu, des décennies plus tard, à une oeuvre fictionnelle, dont je vais dire quelques mots. 

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Pour mémoire, l'album de BD d'Hugo Pratt Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 (Casterman 1983, réédité plus tard sous le titre La jeunesse de Corto) évoque la rencontre (fictive, bien sûr) de Jack London avec le héros prattien Corto Maltese. Dans cet album que j'avais acquis il y a plus de 20 ans auprès d'une collègue qui liquidait la BDthèque de son ex après leur séparation, le personnage de Jack London apparaît dès la 6ème planche (p.17), cependant qu'on ne découvre Corto Maltese, en pricipe le héros, qu'à la 17ème planche. Ensuite, il n'y a plus que quatre planches où l'on ne voit pas au moins une fois London. Corto, lui, figure au total dans à peine deux douzaines de vignettes (si, je vous jure, j'ai compté!), contre plus de 180 pour Jack London.

Dans cette fiction, notre reporter risque à plusieurs reprises sa vie dans des aventures qu'il n'a certes pas écrites. Prat lui fait dire: "moi, j'écris des romans d'aventure,donc je dois vivre l'aventure" ou encore "j'ai souvent dû faire face à des situations difficiles. Avec les pêcheurs grecs, italiens, chinois. Avec les contrebandiers d'huitres à San Francisco... On y mourrait facilement, dans ce port... En Alaska aussi, il était facile de mourir pendant la ruée vers l'or, ou bien de désespoir après un mariage raté...". 

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Selon ce que j'ai trouvé sur internet, cette aventure de Corto Maltese, publié en 1981-82 dans Le Matin de Paris, aurait dû avoir une suite, couvrant les années 1905-06, mais un désaccord avec le quotidien a empêché leur parution. Il semble que des éditions plus récentes que la mienne en contiennent les 27 premières pages? Je ne sais pas si London y apparaissait, sans doute que non, il devait suffire à Pratt de l'avoir "inséré" sur le front de Moukden, en Mandchourie, bien des mois après son retour réel en Amérique...

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Enfin, pour ceux et celles qui chercheraient chez les bouquinstes de vieilles éditions de London en français, je signale qu'on peut trouver pas mal d'informations sur une page web déjà ancienne.

Je sais, cet article est bien trop long. Si j'écoutais dasola, je devrais tout jeter, et recommencer en 20 lignes maximum!

(1) Je suppose que, si on les rééditait aujourd'hui, ils seraient numérotés en chiffres arabes et non en chiffres romains... alors que j'ai lu dans la presse l'abandon par le musée Carnavalet de cette "numérotation savante", suivant l'exemple (?) du Louvre. Quelle bêtise... 

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jeudi 1 avril 2021

Tous en Cène (qui pour le mauvais apôtre?) - N°12

Avez-vous remarqué le principal changement intervenu sur ce blog?

Réponse en fin de ce billet signé "ta d loi du cine (squatteur chez dasola)"!

Sans transition, enchaînons sur notre actualité - qui commence à s'éterniser, depuis plus d'un an. Un an, déjà! comme écrivait Anne Roumanoff dans sa chronique Rouge vif du JDD le 14/03/2021. J'ai failli ce jour-là renoncer à mon billet mensuel, tant elle avait tout dit! Et puis allez... Un coup de pied au derrière, et ça repart. Il me suffit de sortir (et noter) quelques mots de réactions face au flux ininterrompu d'infos...

Messages globaux du gouvernement sur la vaccination: "ne vous inquiétez pas, on gère". C'est bien ce qui nous inquiète.

La Ministre de la culture a beau jouer à guichet fermé pour le moment, cela ne l'a pas empêchée de rendre hommage à Bertrand Tavernier quand ce dernier est mort. Au moins, cette ministre-là a un bon cabinet pour la com'?

Relevé dans Charlie Hebdo N° 1493 du 3 mars 2021, dans la chronique de Philippe Lançon, p.11, tout un paragraphe où il raconte comment, après avoir ramassé un livre "à disposition" (abandonné dans la rue), il l'a mis dans un sac plastique (et s'est désinfecté les mains), puis a laissé le bouquin en quarantaine sur son balcon durant plusieurs jours... (non sans s'être relavé les mains après l'avoir sorti du plastique). "Mettre en quarantaine un livre abandonné et se désinfecter les mains après l'avoir touché, avant même de l'avoir lu, il fallait une époque comme la nôtre pour en arriver là". Sinon, on pourrait les chauffer, aussi... à 451 °F?

Autre info essentielle du même jour, dans CNews (N°2580, p.5) cette fois: "Très en pointe, la Corée du Sud a annoncé lundi que les chats et chiens de Séoul, la capitale, pourraient bientôt se faire tester pour le coronavirus". Et les poissons rouges?

Revenons en France: notre président avait bien dit que l'on aurait le choix de se faire vacciner ou non, il me semble (et je m'en réjouissais)... Mais bientôt, le principal choix ne sera peut-être plus qu'entre être piqué avec Pfiszer (mais il n'y en a pas?), Moderna (déjà passé de mode?) ou AstraZéneca (quoi? Mauvaise pub?), non? Justement...

AstraZeneca change de nom! L'histoire ne dit pas s'il y a un lien avec les polémiques trompeuses, pardon, thromboses. Le nouveau nom commercial de la chose serait en tout cas "Vaxzevria". Trop compliqué, beaucoup trop compliqué, moi je dis! Ils auraient dû prendre ViXagra, et ça aurait été la ruée pour au moins une certaine partie de l'humanité...

Les femmes devraient-elle se contenter d'une demi-dose? Ne faites pas la grimace, Mesdames,
c'est très sérieux.

Pour ma part, j'ai rarement été aussi heureux à cause de mes rhumes chroniques: ils me protégeraient de la Covid-19? Jusqu'à preuve du contraire, bien sûr (demain ou après-demain)...

Le gouvernement a-t-il misé sur une immunité "hybride", en laissant circuler le virus chez les plus jeunes qui en s'infectant vont s'immuniser? Je ne sais pas si c'est bien le calcul qui a été fait, mais cette logique me parle.

13/03/2021: résultats faussement positifs en Charente: on soupçonne que le lot de tests antigéniques utilisé dans un lycée n'avait pas été conservé à la bonne température. Vérification (re)faite, les malades ne le sont pas. Ça vaut mieux que la scarlat... pardon, que le contraire.

Le transfert de patients (d'une région à l'autre...) fonctionnerait moins bien que promis? Pour changer, on nous parle du transfert horizontal, qui, lui, serait en plein essor. Mais non, pas les pieds devant! Là où il y a gène, il n'y a pas de plaisir...

Nan mais comment il nous traite, Manu, le 23 mars? La France qui serait plutôt un diesel concernant la vaccination? A cause de la finesse des particules (élémentaires)? Ouais d'accord, elle était un peu facile...

Devinette: qu'est-ce qui émarge à deux pages le [jeudi] soir, à une page le [vendredi] matin, et à aucune page à midi? L'attestation nécessaire pour sortir de chez soi en Île-de-France, pour notre troisième confinement!

Hé oui, ça faisait déjà des semaines que le tout-Paris bruissait de rumeurs pour un 3ème confinement. A force de crier "au loup", le flou a fini par arriver...

Horreur: le variant anglais prend la place de la souche européenne. Et évidemment, il est plus contagieux et plus mortel, surtout pour les jeunes... Vite, fermons les écoles.

20/03/2021: le gouvernement semble se préoccuper de la santé mentale des Français et communique sur sa réelle inquiétude [par rapport à la] "peur" du virus, de la réanimation, de l'enfermement, des conséquences économiques. Peur... ou énervement?

43% des français adhèrent de moins en moins aux mesures restrictives? Les trois quart sont agacés? Pourtant, c'est simple: si vous devez aller travailler, vous le pouvez. Si vous n'avez pas à aller travailler (parce que senior, en arrêt maladie ou sans travail pour toute autre raison), restez chez vous SVP! Juste une question de formulation...

Sur l'air du "quelqu'un m'a dit, j'ai pas été vérifier, mais je vous le répète quand même": que ce soit par le couvre-feu le soir ou par le confinement le WE (qui empêche les gens et général et les jeunes en particulier de faire la fête et de se beurrer la gueule ensemble), le but n'est pas tant d'empêcher la circulation du virus, que d'éviter les incidents stupides causés par l'alcool (accidents de la route, rixes etc.) qui vont venir surcharger les urgences au moment où les personnels sont déjà en nombre réduit et sur les rotules... Si c'est pas vrai, c'est bien trouvé, non? 

Je me suis laissé dire cette année que demain, "vendredi saint", est férié non seulement  en Suisse - ce que m'apprend mon agenda -, mais même en Alsace - ce que j'ignorais. Bientôt un nouveau cluster local du Vendredi saint?

Si le rythme actuel se maintient, je présume que les 100 000 morts seront largement dépassés d'ici la fin du mois d'avril.
Pour ma part, en mars, j'ai pour la première fois eu connaissance d'un décès d'une personne que j'avais croisée dans un cadre professionnel, il y a déjà quelques quatorzaines. Ça s'est joué en deux semaines, mais les nouvelles m'ont atteint seulement la seconde. D'abord, il était "indisponible pour quelque temps" (entré à l'hôpital). Deux jours après, "il est en coma artificiel". Le lendemain, "il est malheureusement décédé". On est peu de choses, tout de même... Je veux qu'on marque sur ma tombe, quand ce sera mon tour: "Fui, non sum, non curo"!

Bon, pour finir sur un peu moins tragique:

Vous aviez remarqué ma petite farce, j'espère? 

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Du calme, c'est juste une blague, et je ne sais pas si la maîtresse de blog l'appréciera * - même si ça ne dure qu'un seul jour! Il avait quand même fallu que je prépare mon coup d'avance pour célébrer mon 135e billet (le sien remonte déjà au 21 mai 2007), ou mon 13e billets sur les 50 (y compris celui-ci) parus en 2021. Je vous rassure encore, c'est provisoire ("donne un poisson à un homme, ...")

Et je vous dis au mois prochain - pour le 1er mai - si tout va bien!

* Pas contente, elle a dès l'aube inversé: "... & de Ta d loi du cine" ! On a frôlé l'incident.
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vendredi 26 mars 2021

Silver Spoon - Hiromu Arakawa

Le quinzième tome qui clôt le manga Silver Spoon est sorti en France le 11 février 2021. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'attendais avec impatience (le T.1 était paru chez nous en février 2013). 

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Dessin & scénario: HIROMU ARAKAWA. Editeur: KUROKAWA. Shonen manga.
Publiée en volumes au Japon de juillet 2011 à février 2020 (série terminée).

Sur l'image ci-dessus, on notera que le héros principal, Yugo, est représenté dans 9 couvertures sur 15, et a trois fois l'honneur d'y figurer seul (si l'on ne compte pas les animaux - cinq chevaux!). Ses aventures se déroulent dans un univers lycéen original: celui d'un lycée agricole. Au long des huit ans qu'aura duré la publication française de cette chronique de classe, nous aurons pu découvrir la vie d'élèves de ce genre d'établissement. Dans ce manga, pas de lutte contre démons et zombies, pas d'alchimistes ou de super-transformations. Mais, au quotidien, la vie de jeunes comme vous et moi, qui ont choisi de se lever aux aurores pour changer la litière des chevaux, donner à manger aux cochons, ramasser les oeufs au cul des poules, aider aux vêlages et bien sûr jouer les chasse-neige en hiver.

Et, bien entendu, le dimanche comme les autres jours, il faut aussi s'occuper des animaux, traire les vaches, aller chercher les oeufs... C'est cette vie très "physique" qu'a découvert Yugo à sa rentrée en "Seconde" au lycée (agricole) Ohezu, en provenance d'un collège citadin. Nous le voyons, sur les 15 volumes, découvrir cet univers paysan souvent méconnu, au contact de ses condisciples tous issus du milieu agricole. Ici, l'enseignement est concret et pratique.

Deuxième partout, premier nulle part, Yugo Hachiken a certes la meilleure note moyenne de sa classe, mais... Mais il n'arrive à avoir un "sans faute" dans aucune matière, contrairement à ses "fils de paysans" de condisciples. Eux ont tous, depuis l'enfance, la pratique concrète d'au moins une de ce qui, pour lui, n'est que matières scolaires (sciences de l'agriculture, agro-alimentaire, mécanique, bio-technologies...). Yugo, pour sa part, découvre l'élevage des animaux et la vie paysanne. Son regard extérieur au milieu paysan remet en question beaucoup de routines. Il fait aussi l'expérience de l'équitation et de ses compétitions. Et que se passe-t-il ensuite, une fois finies les cavalcades entre veaux, vaches, cochons et chevaux? Outre les relations humaines, celles avec les animaux destinés à la consommation humaine ne sont pas simples. Elles s'enrichissent mutuellement. Jusqu'à amener notre lycéen à créer son entreprise avec des condisciples! Réussiront-ils à commercialiser les saucisses, le fromage, les pizzas (etc.) qu'ils ont appris à réaliser?

La "cuillère d'argent" du titre représente (entre autres) le symbole de la transmission d'un métier, au sein de ce lycée agricole. Nous avons suivi notre classe de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte. Nous avions vu leur présentation dans les premières pages du T.1 à leur arrivée en lycée (kookoo!), venant de différents collèges. Nous les avons vu évoluer, trouvant - ou non - leur voie durant trois ans d'études lycéennes, plus ou moins développées par la mangaka Hiromu Arakawa. Elle aura tenu en haleine ses lecteurs français depuis février 2013 - soit plus longtemps que la période durant laquelle la scolarité de nos héros est censée se dérouler.

Nous avons vu, jour après jour, trimestre après trimestre, année après année, les relations entre Yugo, Aki, Ichiro, Tamako, Keiji, Mayumi, et les autres, sans oublier l'équipe enseignante, se construire, chacun peaufinant son orientation professionnelle. Nous les laissons à l'étape de l'Université ou de la vie active. Hiromu Arakawa voudra-t-elle bien un jour nous raconter ce qui s'est passé ensuite? L'auteur a dû beaucoup s'amuser à "réinventer" son propre parcours de fille de paysan à l'intense capacité de travail. A la ferme, lorsqu'on a fini ses premières 35 heures (dès mercredi soir...), on enchaîne jeudi à l'aube sur les 35 suivantes! La mangaka qui se représente sous forme d'une génisse évoque sa propre jeunesse dans une autre série, Nobles paysans, dont 5 volumes sont déjà parus, et dont j'espère qu'elle ne l'abandonnera pas.

Il semble que les inscriptions en lycée agricole aient connu au Japon une augmentation, grâce aussi, sans doute, aux deux saisons de série TV diffusées en 2013-2014. Et en France? Le 14ème tome nous montrait le couple de nos héros principaux affronter le concours d'entrée à l'Université. Dans le 15e volume, on constate la disparition d'un des personnages les plus anciens. 

Je ne vais pas mettre de pages complètes du manga (il doit être possible d'en découvrir sur la Toile), mais deux extraits du tome 15. Dans la plupart des volume, on trouve des "bonus" où l'auteur raconte à ses lecteurs les "dessous" de la création de l'oeuvre, ou ses à-côtés. Ici, j'ai appris que je n'étais pas seul à regretter que cela s'arrête...   

P1120235   P1120234  ... On se dit "rendez-vous dans dix ans"? 

lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

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Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

P1120228 (traduction Louis Postif, revue par Frédéric Klein)

Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).


lundi 8 mars 2021

Belliou la fumée - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis mes relectures. Après tout, un billet toutes les deux semaines, c'est un rythme soutenable, non?

P1120196

L'édition en "10-18" ci-dessus, titrée Belliou la fumée (1982, 342 pages), regroupe les 12 nouvelles publiées en recueil en VO sous le titre "Smoke Bellew" en 1912. Elles étaient/avaient paru(es) initialement dans Cosmopolitan (mensuel) de juin 2011 à mai 2012. Pour ma part, cela fait encore partie des London que j'avais découvert dans de vieilles éditions "Bibliothèque Verte" - collection familiale que j'ai progressivement enrichie en courant les bouquinistes en mes jeunes années. Dans la Bibliothèque Verte, le second tome qui contient les nouvelles 7 à 12 (sauf erreur de ma part) est titré La fièvre de l'or.

Ce recueil dont Christopher "Kit" Belliou (Bellew en VO) et son copain Le courtaud (Shorty) sont les fils conducteurs comprend des nouvelles de différents genres, parfois picaresques et pleines d'humour, d'autre fois plus sombres... La Fumée représente ici le héros idéal: intelligent, fort, jeune, plein d'entrain et de grandeur d'âme... et assez chanceux, aussi! London tel qu'il se rêvait? Un jeune citadin cultivé qui part, un peu par hasard, participer à la ruée vers l'or de 1897 au Kondike y trouvera la gloire, la richesse et l'amour. Il s'agit pratiquement du dernier ouvrage de Jack London consacré au Klondike, qui a nourri son oeuvre durant 13 ans (comme le remarque Francis Lacassin dans l'introduction du volume en 10-18). Si London a ramené de l'or de ces mois passés dans le froid, c'est essentiellement celui que doit transmuter l'écrivain, "l'homme à la cervelle d'or" tel que le métaphorisait Alphonse Daudet. Pour ce qui est de l'or physique, il en a tout juste ramené l'équivalent de 4,50 dollars en poudre d'or, ayant semble-t-il passé davantage de temps dans les bars à faire parler les mineurs qu'à prospecter sur le terrain, même s'il a arpenté celui-ci suffisamment pour savoir de quoi il parlerait. 

L'oeuvre romanesque se nourrit donc de ce qu'a pu capter London lors de son propre séjour au Klondike, de l'automne 1897 au printemps 1898: des hommes rudes cherchant chacun la fortune, ce qui n'exclut pas une certaine solidarité entre pairs, ni ce qui apparaît au premier abord comme de l'altruisme désintéressé pour sauver des Amérindiens victimes de la famine (épisode à rapprocher cependant de la chasse à l'élan par laquelle nos héros avaient gagné leurs premiers sous, quelques nouvelles plus tot - concurrence pour les "ressources naturelles" locales!). L'organisation en nouvelles fait que chacune doit avoir un thème et une "chute". On a en arrière-plan la faim, le froid, la fatigue (manquent juste les fluides, et on a tout ce qui fait pleurer les bébés - encore que, tomber dans de l'eau glaciale sous une mince couche de glace...?), l'avidité, la maladie (nouvelle titrée "un rebut de l'humanité")... C'est après la mort de London que l'acide ascorbutique (ou vitamine C) a été identifié dans des fruits et légumes frais. Ma nouvelle préférée reste, je pense "la course pour le numéro trois", située au milieu du recueil, pour son côté épique et son final inattendu. On termine en tout cas le volume en se demandant ce qui pourrait arriver ensuite, sur place ou ailleurs, au héros et à la charmante fille de mineur - il y a aussi une héroïne, mesdames! - qu'il a conquise (enfin, ...il se sont conquis mutuellement). 

Je possède encore quelques "10-18" regroupant des nouvelles du Klondike, je tâcherai de publier quelque chose à leur sujet (puisque ClaudiaLucia a confirmé que le Challenge Jack London continue sans limitation de durée pour le moment). Aucun(e) autre participant(e) au Challenge n'a chroniqué à ce jour Belliou la fumée, mais Chinouk en parlait il y a 5 ans.

Je dois dire, pour finir, que j'ai été très déçu en regardant ce qui est disponible en "occasions" dans la pochothèque d'une grande librairie du Quartier Latin à Paris (celle qui ne va pas fermer...), alors que je souhaitais cette fois compléter ma collection pour découvrir enfin de nouveaux titres (je possède seulement un tiers des 43 -au moins- volumes parus naguère en 10-18!): ce ne sont plus les éditions que j'y voyais et achetais il y a vingt ans (celles imprimées quelques décennies avant) qu'on y trouve, mais seulement celles parues essentiellement au XXIe siècle... comme si on ne pouvait plus trouver couramment, en "occasion", que ce qui est également disponible en "neuf" (offre purement tarifaire, donc, et non "élargissement de choix" avec une politique de fonds). Non seulement le choix est moins large, mais j'ai surtout l'impression que "c'était mieux avant", c'est-à-dire quand j'étais moi-même plus jeune! Si je veux compléter ma série 10-18 "vintage", il va falloir que je recommence carrément à courir les bouquinistes, c'est essentiel (mais sans violer le couvre-feu pour autant: pas si facile quand on travaille en horaire de bureaux). Ou alors, les bibliothèques municipales...

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dimanche 7 mars 2021

Cavanna, paléontologue! - Pascal Tassy

Pour mon billet mensuel autour de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais évoquer un livre récemment publié et que j'ai découvert parce que tant le Canard Enchaîné que Charlie Hebdo en ont parlé à sa sortie. Cavanna, Paléontologue!, de Pascal Tassy, c'est l'histoire d'une amitié débutée entre un jeune lecteur de Hara Kiri et son "grand homme", Cavanna (fondateur dudit titre de presse qui a précédé Charlie Hebdo première série). Cavanna a aussi fait partie de l'équipe qui a relancé en 1992 Charlie Hebdo (série actuelle), jusqu'à sa mort intervenue fin janvier 2014 (moins d'un an avant le massacre de tant de ses amis).  

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Je trouve que le mammouth ci-dessus a une bonne tête anthropomorphe: il pourrait faire penser au "Manny" de L'Âge de glace. Ce dessin de couverture est dû à Julien Norwood, illustrateur naturaliste, dont je suppose qu'il fait partie des connaissances professionnelles de Pascal Tassy. Né vers 1949 (25 ans en 1974...), l'auteur de l'ouvrage est aujourd'hui professeur émérite au Muséum national d'Histoire naturelle (Paris). Pascal Tassy a écrit plusieurs autres livres, que je n'ai pas lus, sur l'histoire de sa science, la paléontologie, qui s'est construite en deux cents ans (en gros) pour faire triompher le concept de l'évolution des espèces à partir de l'étude de leurs fossiles, contre les théories basées sur le fixisme, le finalisme, et bien sûr les forces conservatrices de la théologie... qui sont loin d'avoir toutes désarmé à ce jour. 

Les 171 pages du livre sont divisées entre préface et introduction, 7 chapitres et une annexe (j'y reviendrai). Assez vite, on apprend que Pascal Tassy avait commencé lycéen à lire Hara Kiri puis Hara Kiri Hebdo devenu Charlie Hebdo en 1970. Il y dévorait entre autres les écrits de Cavanna, et a eu le culot de l'inviter à sa soutenance de thèse (qui concernait un squelette de mastodonte de 17 millions d'années découvert dans la Beauce), au motif d'un rapprochement hasardé en novembre 1973 par Cavanna sur mastodonte, mammouth et éléphant. Car Cavanna n'a pas seulement rédigé (ou romancé) ses souvenirs, à commencer par les Ritals, les Ruskoffs et autres titres - qu'il faudra que je lise ou relise un jour pour en tirer quelques billets (auteur prolifique, sa blbliographie complète comprend près d'une soixantaine de titres au total!). Il rédigeait notamment dans Charlie une chronique, "L'aurore de l'humanité", qui deviendra une série de trois livres parus de 1972 à 1977. Ou des billets sur des sujets variés, dont je donnerai une seule citation (page 27): "grâce à l'humour, l'homme supporte avec le sourire le malheur des autres". Bref, cette soutenance de thèse a marqué le début de quatre décennies d'amitié et de retrouvailles, pour un resto, pour bavarder... Car "l'évolution biologique passionnait Cavanna. Autant les avancées de la recherche que les attitudes anti-évolutionnistes." (p.47). P. Tassy n'hésite pas à dire que Cavanna était particulièrement fier de la chronique scientifique assurée tour à tour par plusieurs "signatures" dans Charlie seconde époque. 

Au moment de la fin de Charlie première époque en décembre 1981, Pascal Tassy était sur le terrain (de fouille), au Kenya. Il n'a donc vécu qu'à distance la fin de l'hebdomadaire dont il était un acheteur assidu et bien connu. Il nous brosse quelques pages (chapitrées "Interlude") pour rappeler que, comme le disait Cavanna, si l'hebdo a pu vivre grâce à Choron, il est mort aussi grâce à Choron... Le livre contient nombre d'indications bibliographiques en notes de bas de page sur l'histoire de Charlie.

Le nom de Cavanna revient pratiquement à chaque page. Mais ce livre est aussi le prétexte pour l'auteur de parler de son activité, de l'évolution de son métier, de sa propre carrière... On peut (malheureusement?) le croire quand il dit (p.49): "aujourd'hui, un bon chercheur c'est, avant tout, quelqu'un qui sait obtenir des crédits". L'auteur nous parle aussi de sa discipline, qu'il vulgarise avec précision. C'est évidemment l'occasion de parler de changements climatiques, changement de biotopes, extinction des espèces trop spécialisées et qui n'ont pas le temps de s'adapter ("stress écologique"), mais aussi extermination d'espèces, indéniablement, par l'homme (dodo, rhytine, entre autres). Bien sûr, en fait de paléontologie, ce qu'à mon avis l'auteur fait le plus ressortir, volontairement ou non (j'ose supposer que c'est volontairement), c'est le côté "humaniste" de Cavanna. Leurs discussions à bâtons rompus pouvaient porter sur bien des sujets ou questions quasiment philosophiques: citons, incidemment, la nécessité de faire en sorte d'empêcher (y compris en France) la dissociation de la médecine en médecine pour riches et médecine pour pauvres.

Ils avaient un projet de livre à écrire ensemble. La maladie n'a pas laissé à Cavanna le temps de le faire... En annexe, la retranscription d'une interview de Tassy par Cavanna, prévue pour les pages "sciences" de Charlie et restée inédite (il aurait fallu en couper les 9/10e!) occupe 55 pages (près du tiers de l'ouvrage). Ah, et il arrivait à Cavanna de dessiner, aussi. Je ne citerai qu'un des quatre dessins de lui que comporte ce livre (p.113).

P1120227

Pour résumer, il est question ici d'histoire des sciences, de rapports de l'homme avec la nature, de philosophie et de liberté de conscience, au fil de deux carrières entrecroisées... Je recommande ce livre.

*** Je suis Charlie ***

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lundi 1 mars 2021

Vaseux communicants / souvent flegme varie - N°11

Bientôt un an que j'ai entamé cette série de chroniques sur la Covid-19... J'espère qu'elle n'atteindra pas le numéro 182, avec son rythme mensuel!

Dans deux semaines, cela fera un an que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) été confaminé, pardon, confiné, en même temps que les autres Français. Un séisme. Et maintenant?

Aujourd'hui, la question inquiète de l'entourage, quand on s'étrangle dans une quinte de toux, ce n'est plus "T'as pas la Covid?", mais "T'as pas le variant, au moins?"... Ah, on est bien conditionnés, merci [Ivan] Pavlov!

== Suite au commentaire sous mon billet précédent, j'ai cherché un peu ce qu'il en était du séquençage du SARS-CoV-2 et de ses variants en France. Il semble qu'on soit à la traîne par rapport à d'autres pays, en terme de capacité de test (nombre, délais, équipement). Par contre, en février 2021, plusieurs sites semblaient en capacité de faire des recherches (pas seulement à Marseille): CNR (centre national de référence) de Lyon, le Génopôle d'Evry... On pourrait sûrement faire davantage, bien sûr. Macron, du pognon! ==

Il est sûr que le nombre de mutations du virus se compte déjà en milliers voire en dizaines de milliers (il mute en permanence). Ce qui est surtout surveillé, c'est l'augmentation de la dangerosité pour l'homme. Si je peux me permettre un parallèle: pendant des siècles, les progrès respectifs des cuirasses et armures ont rendu les armes de plus en plus meutrières. C'est un peu la même chose, sauf que l'Homme n'a pas forcément la maîtrise des "progrès", ici...

Avec désormais un an de recul, je me demande bien à quoi on pourrait, dans un univers uchronique (sans Covid chronique), occuper le "temps de cerveau disponible" que nous bouffent (en nous omnibulant jusqu'à saturation) ce satané virus, sa prévention, ses vaccins, ses variants, ses contraintes, ses conséquences... Ça me fait penser à un passage vers la fin du roman Ravage, de Barjavel, quand les survivants de la catastrophe arrivent à la campagne, et y sont accueillis par un: "Qué catastrophe?".

L'épidémie responsable d'une baisse des naissances historique... Moi qui attendais le baby-boom, j'avoue que je suis déçu! Et la réputation française, alors? Heureusement en tout cas que j'ai pas joué en bourse en me fiant à mon intuition.

13/02/2021 - bonne nouvelle, il y beaucoup moins de gastro, de broncho ou de grippes cette année, à cause du / grâce au couvre-feu et autres distanciations sociales. Mauvaise nouvelle: la grippe fera (paraît-il) d'autant plus de ravages l'an prochain qu'elle n'aura pas pu circuler librement cette année... Hé oui! Après les contraintes artificieuses, gare au retour de bâton! 

Un vaccin en cours de développement par une start-up française [Aiova] protégerait bientôt à la fois contre Coco et contre la grippe... Il leut faut juste quelques paquets de millions d'euros pour continuer à avancer sur cette voie prometteuse! Et si ça ne marche pas, ils remboursent? 

A quelle température le virus se propage-t-il le mieux? Ni quand il gèle (l'aérosol tombe par terre), ni en canicule (l'aérosol s'évapore). Apparemment, la meilleure plage pour que l'aérosol reste bien contaminant, ce serait 6-7 degrés centigrades, comme maintenant... Macron, du soleil! 

Confinement local par-ci, confinement par classe d'âge par-là, confinement à pile ou confinement à face... aux confins du couvre-feu. C'est bien la seule chose qui peut nous intéresser, dans les "conférences de presse" hebdomadaires - à chaque fois, le même suspens. Commencent à être un peu lourds, ces gens qui nous gouvernent: trois hommes et les confins?

Merci au journal Le 18ème du mois (N° 290 de février 2021, p.4) d'avoir attiré mon attention sur le fait que, en cas d'inscription en ligne ou même par téléphone pour la vaccination, en période où il n'y a pas assez de doses de vaccins pour tous ceux qui le souhaitent, "c'est la prime aux plus agiles sur internet et aux plus rapides (...)".

La question du rôle des élevages de visons dans la diffusion de la Covid-19 avait été soulevé par Reporterre en janvier. Elle semble faire polémique, en France (interdiction desdits élevages en 2025 ou bien en 2023...? Il y en aurait moins d'une demi-douzaine). Mais si jamais c'est l'éleveur lui-même qui contamine ses bêtes, que faire? On ne va quand même pas adopter / adapter l'abattage sélectif au premier malade, non?

Me suis un peu marré (je sais, c'est pas gentil...) en lisant les méfaits du vaccin AstraZeneca, réservé en priorité aux soignants de moins de 65 ans, dans certains services d'hôpitaux, ceux qui avaient décidé de vacciner tout leur personnel en même temps: 25% de fortes réaction (fièvre et courbatures), et des services quelque peu désorganisés pendant quelques jours...

Horripilé (de longue date) par la tendance de certains journaux sensationnalistes à titrer leurs articles "Pourquoi [ceci]" ou "Comment [cela]", alors même que d'une part le sujet ne présente, "en soi", que fort peu d'intérêt, et que d'autre part il n'y est même pas répondu, au final, à la (fausse) "question" posée [dans l'article]. Enlevez l'un ou l'autre de ces deux premiers mots, il ne reste plus qu'une infomation brute. En fait, focaliser l'attention sur un "comment" ou un "pourquoi" a surtout pour effet de neutraliser notre esprit critique, de légitimer un "sujet" et d'empêcher qu'on se dise: "attends, mais ça vient d'où, cette info? Pour quelle raison on nous parle de ça? Qui a intérêt à nous dire quoi?". Bande de communicants (j'ai pas dit concommitants)!
A contrario
, coup de chapeau amusé à un article du JDD (dimanche 28/02/2021): Pourquoi Macron ne varie pas (l'article répond à la question posée). Macron, tiens bon! (une fois n'est pas coutume)

Les Belges empoisonnés avec une histoire de masques anti-coronavirus en tissus toxiques (traités "antimoisissure" au dioxyde de titane, cancérigène possible)? C'est pas chez nous que ça arriverait, hein? Puisque les dizaines de millions de masques en question devaient être distribués gratuitement...

Je me suis laissé dire que certains Parisiens futés qui veulent aller voir Deauville ou Trouville, mais qui ne peuvent y arriver en voiture qu'après 19 heures, exhibent aux policiers en embuscade de magnifiques attestations comme quoi leur grand-mère est mourante... J'imagine déjà le trafic: "à louer, grand-mêre, belle occasion, peu servi, état satisfaisant, faire offre au journal qui transmettra"...

Le retour de l'hygiaphone? Avez-vous remarqué, dans les "guichets", la protection vitrée qui sépare les salariés du public? Ça me rappelle l'époque - que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître - où, à la Poste par exemple, il fallait "parler devant les trous" pour que l'interlocuteur entende, derrière sa vitre...

En cherchant "vaccin grippe coronavirus" sur internet, on trouve tout et son contraire: possibilité de se faire vacciner contre les deux, protection croisée, ou au contraire augmentation du risque de contacter la Covid-19 pour les personnes vaccinées seulement contre la grippe... En fait, ça doit dépendre, comme beaucoup de chose, de l'âge du cap... du cobaye concerné!

La sagesse indienne? Sauf erreur de ma part, l'Inde n'a pas forcément fait le choix de vacciner toute sa population. Et pourtant? Je suppose que tout le monde avait dû lire comme moi, durant l'été 2020, quelques articles pleins de "conditionnel" mais qui posaient cependant la question, comme ici: "les habitants d'un bidonville à Bombay approchent-ils de l'immunité collective?"... Ça me plaît bien (la voie de la nature, et non celle de la technoscience...).

A suivre le mois prochain - pour ranimer la flemme!

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dimanche 28 février 2021

Challenge de la planète Mars

Tous les médias nous bassinent avec l'exploration de la planète Mars, par des "rovers" aujourd'hui, en attendant l'Homme dans quelques années. Du coup, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lance à partir de demain (lundi 1er mars 2021), en visant la littérature ou d'autres arts, un

*** Challenge de la planète Mars ***

Il semble qu'une année solaire de mars correspond à peu près à 687 "sols", soit un peu moins de deux années terrestres (mais ça semble très compliqué et même variable selon la date d'origine!). Alors hop, décidons (tout à fait arbitrairement) que ce Challenge durera 13 mois terrestres
(soit du 1er mars 2021 au 31 mars 2022).

Comme pour tous les "challenges" de la blogosphère, il s'agit, pour les blogueurs-euses qui le souhaitent, de découvrir et de commenter une oeuvre en rapport avec le thème: que ce soit un livre (fiction, essai, ou même livre scientifique ou historique...), un film, une bande dessinée...

Quelques pistes pour les auteurs (beaucoup de SF, évidemment): Asimov, Bradbury, Burroughs, Clarke, Gray, Heinlein, Robinson, Rocard, Weir, Wells, Zorn (suggestion de Keisha)... et tous ceux auxquels je ne pense pas ou que j'ignore moi-même. Quelques cinéastes? Tim Burton, Brian de Palma, John Carpenter, Dominik Moll, Ridley Scott, Steven Spielberg, Paul Verhoeven! Et bien d'autres, plus anciens et/ou moins connus... On doit aussi pouvoir dénicher des bandes dessinées, des mangas... Et on étudiera tous autres supports (la chanson, l'opéra, le théâtre, ...)!

En plus de participer, vous pouvez devenir "blog partenaire". N'hésitez pas à annoncer le challenge sur votre blog. Merci de le présenter sous la forme: "Challenge de la planète Mars, lancé par Ta d loi du cine sur le blog de dasola, jusqu'au 31 mars 2022". De mon côté, si jamais tel ou telle blogueur-euse réalise une jolie bannière, je n'hésiterai pas à la reprendre officiellement ici...
Aussitôt dit, aussitôt fait (le jour même!): Merci Pativore!

PS du 03/03/2021: les éventuels participant(e)s en mal d'idée consulteront avec intérêt le menu "Culture martienne" sur le blog de Chroniques terriennes. Celui-ci reprend d'anciennes chroniques sur des oeuvres de la "culture populaire" concernant Mars, rédigées initialement pour un ancien blog dédié. Elles y sont classées par décennie ou par support (littérature, cinéma & télévision, divers...).

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Pour vous inscrire, merci de mettre un commentaire sous ce billet dans un premier temps, puis de revenir signaler la parution de votre chronique (avec son lien).

Et je peux déjà citer en référence une toute première participation (la vie sur Mars, c'était il y a combien de milliards d'année, déjà?) !

Dasola: Mars et Vénus au théâtre 

C'est parti...

GirlyMamie (inscrite le 28/02/2021): Frédéric Brown - Martiens, go home!

Pativore (inscrite le 01/03/2021): Joca Reiners Terron - La mort et le météore

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lundi 22 février 2021

Jerry chien des îles / Michaël chien de cirque - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis ma participation avec deux livres que j'ai lus en mes vertes années, car les deux font la paire. 

P1120195

Je connaissais le premier sous le titre (en Bibliothèque Verte) Jerry dans l'île, lorsque je le lisais, enfant (ce titre est resté celui de l'oeuvre, en France, jusqu'en 1982, apparemment). Le titre en VO? Jerry of the Islands. Dans mon édition en 10-18 parue en 1983, il est titré Jerry chien des îles. Pour l'autre ouvrage, on est resté sur Michaël chien de cirque. Ces deux livres figurent parmi les derniers rédigés par London, et sont parus après son décès intervenu en 1916. 

Capture d’écran 2021-02-12 à 18

Il s'agit bien de l'un des premiers Jack London que j'ai lu pour ma part (peut-être même avant Croc-blanc, dont je n'ai disposé qu'après). A l'époque, j'avalais le contenu de ces bouquins "jeunesse" au premier degré, que ce soit le Club des Cinq (Blyton) ou le Clan des Sept (Bonzon), Nomades du Nord (Curwood) ou Le Monde du Silence (Cousteau). J'étais bien incapable de différencier fiction ou réalisme, d'avoir un recul critique par rapport à ces "aventures" de blancs plus ou moins "négriers" ou "esclavagistes" qui recrutaient de la main-d'oeuvre "sauvage" pour faire marcher des plantations... tout en étant en danger d'y perdre la tête et de se faire manger le reste du corps. Cette édition doit toujours être au fond d'une bibliothèque ou d'un carton dans l'une ou l'autre des résidences secondaires familiales. Celle que j'ai extraite de ma pochothèque personnelle pour la prendre en photo (ci-dessus en 10-18), je me la suis offerte en 1995. C'est le texte intégral (trad. Claude Gilbert, 271 pages). L'histoire se déroule dans les Iles Salomon. London connaissait ces contrées pour y avoir mené une croisière. Dans un avant-propos, il évoque les réactions à un de ses livres précédents, également situé dans les mers du Sud, qui semblaient l'accuser d'affabuler sur le cannibalisme (pas celui des chiens). Dans ces contrées coloniales, blancs et "sauvages" se parlent en "bêche de mer". Bizarrement, les indigènes entre eux utilisent les mêmes tournures. Un de ses maîtres enseignera à Jerry à communiquer avec lui. Au fil du roman, Jerry passe de mains en mains (plusieurs de ses maîtres périssant de mort violente). D'abord jeune chiot élevé par le maître de la plantation où vivent ses parents, il est donné par lui au capitaine Van Horn, auquel il s'attache de tout son coeur canin. Avec le chien à bord, le bateau cabote d'île en île. La dernière escale sera funeste. Van Horn et Lerumie, l'ennemi intime de la famille chiens, seront parmi les premiers à mourir. Notre chiot appartiendra ensuite à Lamaï, le jeune fils (12 ans) de Lumaï (indigène indolent) et Lunerengo (mégère), puis à Agno, prêtre machiavélique, qui devra le céder à Bashti, le "Napoléon" de l'île. Il sera encore récupéré in extremis, échangé contre un porcelet plus succulent que lui, par le meilleur de ses maîtres indigènes, le vieil aveugle Nalasu. Enfin, le village indigène ayant subi une expédition punitive, Jerry aura l'occasion de rejoindre de nouveaux maîtres blancs, le couple de riches navigateurs Villa et Harley Kennan.

Les héros de l'histoire sont bien les chiens (deux intelligents terriers irlandais), dont l'auteur nous livre davantage les sensations instinctives (inscrites dans l'instant - et sans doute assez loin de tous "droits des animaux" tels que certains les entendent au XXIe siècle) que les pensées conscientes. Nos chiens ne disent pas "je", l'auteur leur est extérieur. Mais entre innocence canine et duplicité indigène, son coeur d'écrivain du début XXe s. semble balancer. Petite citation (p.175): "[l'un des maîtres de Jerry] était un philosophe archifroid qui attendait son heure, différent de Jerry en cela qu'il possédait le sens humain de la prévision et qu'il savait adapter ses actes à des objectifs éloignés". Je termine par une "colle": je n'ai pas réussi à mettre la main sur un Tintin où Milou aurait dit "Kaï-kaï" (j'en ai trouvé deux où il couine "Aïe aïe"...). C'est le kai-kai de London qui m'y a fait penser... Qu'en diraient mes lecteurs?

Passons maintenant à Michael chien de cirque. La prime jeunesse de ce chien-ci se déroule dans le même univers (les Iles Salomon), avant son vol par un pittoresque soulographe qui lui enseigne quelques tours en espérant pouvoir le revendre un bon prix. La première moitié du livre concerne presque davantage les pérégrinations dudit steward et de son "boy", et Michael y joue essentiellement le rôle d'un "accompagnant". On a quelques chapitres à la recherche d'une île au trésor, comme si London ne se contentait pas de s'être recueilli sur la tombe de Stevenson mais y avait aussi trouvé l'inspiration. 

P1120198Revenus à terre, et grâce aux quelques tours qu'on lui a déjà enseignés, Michael contribue à faire bouillir la marmite pour la troupe lépreuse qui l'entoure. Puis il devient enfin le héros principal à partir du moment où son talent suscite la convoitise d'un médecin puis d'un premier dompteur. Enlevé par celui-ci, il arrive en Amérique du Nord et tombe entre les griffes d'un second dresseur d'animaux, bon mari et bon père, mais au coeur de fer concernant les affaires ou les animaux. London en profite pour nous dévoiler les coulisses des tours avec animaux, en ce début de XXe siècle (une allusion au naufrage du Titanic nous donne une indication de date). Quant à Michael, une fois redécouvert son talent de chien savant, il est exhibé de de piste en piste durant plusieurs années. Avant, dans les toutes dernières pages, de retrouver les Kennan et Jerry. Voilà... Mais croyez-vous que je vous aie tout dévoilé en dix lignes? Je n'ai pas donné le titre en VO, par exemple. Ce vieil exemplaire de bibliothèque verte (sans sa jaquette!), dont les pages aujourd'hui jaunies ont été imprimées en 1957 (j'étais pas né!) compte tout de même 250 pages. Je l'avais déniché à l'époque où j'avais commencé à caresser l'idée d'installer une bouquinerie dédiée aux arts circassiens sous le chapiteau d'un cirque... sans jamais aller beaucoup plus loin que cet achat. 

Pour finir, j'ai trouvé quelques chroniques concernant ces deux livres sur la blogosphère. Pour Jerry, chez Shangols ou sur un site canin (billet non commentable). Concernant Michael, dans le blog d'une "écrivain public" (sans écriture inclusive?) et chez Cirk75, chroniques d'un circophile amateur (qui m'a appris l'existence d'un film à la fin des années 1970). 

PS: les deux titres sont aujourd'hui disponibles dans la collection Libretto.
Merci GirlyMamie, j'avais oublié de le mentionner! 

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