jeudi 7 mars 2019

Mémé, femme pratique - Riss

Je me suis aperçu récemment, après une grosse trentaine de billets d'hommages publiés depuis 4 ans, que je (ta d loi du cine, "squatteur" chez dasola) n'ai pratiquement jamais mentionné Riss, à l'unique exception près d'un dessin dans Petits principes de langue de bois économique, de Bernard Maris. Or, non seulement Riss a été blessé (omoplate fracassée en petits morceaux par balle...) lors du massacre du 7 janvier 2015, mais encore il est, depuis, "Président [de la SAS Rotative], Directeur de la publication" de Charlie Hebdo, poste qui, vraisemblablement, ne lui donne guère le loisir de veiller à la publication d'albums ou de livres à partir de ses propres oeuvres. Riss avait été co-dirigeant de Charlie Hebdo avec Charb après le départ de Philippe Val, il en a été un temps, je crois, actionnaire largement majoritaire (sans minorité de blocage face à lui), je n'ai pas vérifié si c'est toujours le cas aujourd'hui. Comme Gotlib une fois que celui-ci a été à la tête de Fluide glacial, il ne publie plus guère d'albums - même s'il dessine, y compris régulièrement la couv' de l'hebdomadaire (selon wikipedia, dernier livre co-écrit en 2016, avant-dernier en 2014...).

Pour combler vite fait ce manque, j'ai choisi de disséquer l'un des anciens albums de lui que je possède (je pense que dasola se serait opposée à ce que je rédige un billet complet sur l'autre), acheté le 27/01/2015 dans une bouquinerie que je fréquente. Voici donc Mémé et ses pratiques infâmes.

P1100653 Le Cherche midi éditeur, 1999.

J'ai choisi d'en citer quelques dessins "parlants" et en résonnance avec l'actualité contemporaine (20 ans après).

P1100657 p.48: mais qui a eu cette idée folle un jour d'inventer... (un dessin qui avait dû peiner Luce Lapin)? L214 n'existait pas encore en 1999...

P1100660 p.40-41: nos amis les paysans... C'était bien après la découverte du trou dans la couche d'ozone, mais bien avant le Grenelle de l'environnement.

Et la page précédente, tout d'même: P1100661 (est-ce plus clair?)

P1100656 p.30: le bourreau n'aime pas les morpions? (il ne sait pas jouer...).

P1100655 p.15: Mémé chevalière du ciel à la guerre de 14-18 (!)? L'autre ne levait-il pas les bras au bout de son parachute? Quelle connerie la guerre...

P1100654 p.8: ça vaut bien les bagnoles électriques - même si la dictature de Mémé n'a rien à envier à celle du Bretzelberg!

P1100658 p.18-19: maison de retraite "comme son nom l'indique" Beauséjour (EHPAD, comme on ne disait sans doute pas encore au XXe s.?). 

P1100659_vaches p.26-27: vaches en chaleur (un gros manque en page de droite: aucune ne monte sur une autre! Personne n'est parfait...).

Enfin, un dessin relativement récent avec le personnage de Mémé: P1100684 (extrait de la double page centrale [p.8-9] titrée "Cahier de doléance des gilets jaunes" du N°1376 du 05/12/2018, p.9).

PS: et le second album de Riss que je possède, me direz-vous? Je l'avais acheté le 07/01/2015 (... après). En voici, tout de même, la couverture:

P1100686 Dépôt légal: novembre 2014

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 7 février 2019

Le procès Colonna - Tignous & Dominique Paganelli

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) déjà parlé, dans ma rubrique d'hommage aux victimes de l'attentat à Charlie Hebdo, du reportage dessiné effectué par Tignous sur les prisons françaises. Ce mois-ci (février 2019), je vais présenter un autre reportage produit à deux mains (par Tignous et Dominique Paganelli): Le procès Colonna.

P1100798

Il y a vingt-et-un ans et un jour, vendredi 6 février 1998 après 21 h, le préfet Claude Erignac était assassiné par un commando indépendantiste à Ajaccio (Corse). En 2003, Yvan Colonna, soupçonné d'être le tireur des coups mortels et qui avait "pris le maquis" le 23 mai 1998, était arrêté après 5 ans de cavale.

Extrait de l'avant-propos, signé Tignous et Paganelli, de cet album: "Du 12 novembre 2007 au 13 décembre 2007, la cour d'assises spécialement constituée a jugé Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet Claude Erignac... Le 13 décembre, elle a dit qu'il était coupable et l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Durant quatre semaines s'est déroulée devant nous qui étions dans la salle d'audience une tranche de vie, une sorte de comédie humaine tragique (...). Pour parler de la mort d'un homme, il y a eu de la vie. C'est ce que nous avons voulu raconter. Nous ne présentons pas ici les "minutes" ou "l'intégrale" du procès, mais ce qui nous a touché. En un mot nos impressions de ces trente-quatre journées d'audience."

J'ai acheté ce livre (daté de juin 2008) il y a quelques mois. Je n'avais pas lu en 2007 les reportages consacrés par Charlie Hebdo au procès. Je n'ai pas cherché à les retrouver (pour comparer). Si j'avais eu à faire un exposé dans un cadre universitaire, ou à écrire un article (rémunéré) dans la presse professionnelle, je l'aurais fait.

Je pense que les textes de l'album ont été rédigés par Dominique Paganelli. Ce journaliste a surtout réalisé des documentaires ou ouvrages sur le monde du football. Dans Charlie Hebdo, je crois que sa couverture du procès Colonna était illustrée par d'abondants croquis de Tignous. Dans l'album, beaucoup des textes commencent par la date du jour concerné, en bleu avec le jour en blanc sur un carré rouge. De son côté, Tignous a rédigé et lettré des textes abondants pour ses illustrations (reprises de phrases entendues, textes explicatifs...), mettant en scène témoins, policiers, avocats, juges, Corses divers, décors... J'ai compté 23 représentations d'Yvan Colonna (dont une fois avec seulement ses mains). Les multiples demandes de P à T "t'as dessiné Ulrike Weiss?" (magistrate en charge des relations avec les média, dont le visage apparaît seulement en dernière page de l'album) peuvent faire sourire.

Après la lecture de l'ouvrage, tout ce qu'on a comme certitude, c'est que le préfet Erignac a été assassiné, qu'Yvan Colonna a pris le maquis après une interview télévisée, a été désigné comme le tueur par les membres arrêtés du "commando" ou leurs épouses (qui se sont ensuite rétractés), a été arrêté, n'a jamais avoué (a protesté de son innocence durant le procès), a été reconnu coupable et condamné. Depuis la parution de l'album, il y a eu un procès en appel en 2009 (rajout d'une peine de sûreté de 22 ans), annulé par la Cour de Cassation en 2010, et un nouveau procès en juin 2011 (de nouveau perpétuité, sans peine de sûreté). La condamnation est désormais définitive. Yvan Colonna est en prison depuis 2003 (bientôt 16 ans).

Je vous mets juste quelques extraits des 120 pages de l'album.

P1100801  p.101, Tignous croqué par Pétillon, de passage durant le procès.

P1100799  p. 12bis (sic! Dans les albums publiés par cet éditeur, elle remplace la p.13), ou comment un "croquis d'attitude", un peu retravaillé, peut devenir un élément de composition d'une couverture d'album...

P1100797  p. 83 (une page avec coquille dans le texte, et un croquis "brut" [non travaillé, avec du "texte parasite"?]).

Je fais aussi le lien avec ce qui m'avait frappé en 2016, à savoir le "retour" de Renaud dans les pages de Charlie Hebdo. Rappelons que Renaud avait fait partie des premiers associés de la société (Kalachnikof) créée pour relancer Charlie en 1992 (il avait sauf erreur de ma part mis 200 000 F au pot, là où Cabu et Val en mettaient 50 000 chacun). Puis, quelques années plus tard, à l'occasion de la création des éditions Rotative, il était sorti du "tour de table". Bref, après avoir repris contact avec l'équipe suite au 7 janvier 2015, il a retrouvé une rubrique régulière à partir du 2 mars 2016. Je me rappelle avoir trouvé navrant, à l'époque, qu'il n'y parle guère que d'Yvan Colonna, au détriment de beaucoup d'autres sujets sur lesquels je pense qu'il aurait pu dire des choses intéressantes (à mon avis, du moins). Elle s'était en tout cas arrêtée assez vite. Ci-dessous 3 extraits (liste non exhaustive bien entendu!).  

P1100802  2 mars 2016, p.2

P1100804  18 mai 2016, p.3  P1100803  20 avril 2016, p.3

Enfin, en dernier "point d'actualité" liée à l'assassinat idélogique d'un Préfet de la République Française (par des "militants perdus"), on peut signaler qu'hier, 6 février 2019, a eu lieu dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne le "3e Colloque Claude Erignac", organisé par l'ACP (Association du Corps Préfectoral), sur le thème "L'intégration républicaine en péril: comment la refonder?". On pourrait relever qu'il avait lieu aussi 85 ans après les émeutes anti-républicaines du 6 février 1934 (manifestations des ligues d'extrême-droite)...

*** Je suis Charlie ***

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lundi 7 janvier 2019

Les victimes du massacre à Charlie Hebdo peu ou pas connues du public: M. Ourrad / F. Brinsolaro / F. Boisseau / A. Merabet

Quatre ans après le massacre à Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais rendre hommage à ceux, assassinés ce jour-là, que je n'ai encore jamais évoqués parce qu’ils n’ont pas laissé derrière eux de livre ou d’œuvre que je puisse chroniquer. N’étant pas moi-même journaliste professionnel, j’ai suivi une suggestion qui m’a été faite en allant chercher ce que les collègues ou proches des uns et des autres avaient pu leur rendre comme hommage répercuté dans la presse à l'époque. Mes sources (secondaires, donc) sont indiquées en notes en fin d'article.

Mustapha Ourrad

Cet homme discret et érudit était de longue date (fin des années '90) intégré dans la rédaction de Charlie Hebdo, pour la fonction de lecteur-correcteur. Si je ne suis pas sûr qu'il comptait dans l'effectif salarié permanent de l'hebdomadaire le 7 janvier 2015, il continuait à y officier très régulièrement pour les "bouclages" du lundi. Ce mercredi-là, il s'était rendu à la rédaction pour travailler sur la prochaine publication d'un numéro Hors-série. Les tueurs l'ont assassiné en sortant de la salle de rédaction, avant de quitter les lieux.

Il était humain avant d'être algérien, français ou kabyle, analysait sa fille en 2015 (1). Sa compagne rappelait que le fait de rester à Charlie était une façon de militer, même s'il le faisait sans se montrer (1). D'après ses collègues du magazine Viva où il travaillait en parallèle à Charlie Hebdo, il n'aurait pas aimé d'hommage (2). Une de ses collègues à Viva se souvient d'une parabole qu'il aimait conter (3): "Deux hommes ont un différent, ils vont alors consulter un sage soufi pour les départager. Le premier expose son cas ; le sage lui dit : “Je te comprends, tu as raison.” Le second donne alors sa vision des choses ; “Oui, je te comprends, lui dit le sage, tu as raison.” Un témoin de la scène vient s’étonner face au sage : “Comment peux-tu dire à chacun qu’il a raison ? ce n’est pas possible…”  “Tu as raison”, répond le sage."

Enfin, en tâchant de faire le tri entre les articles qui publiaient des témoignages de première main et ceux qui se contentaient de reprendre des informations déjà parues ailleurs, j'ai été touché par l'article d'un blogueur, lui-même journaliste, qui disait notamment "Loin de moi l'idée de m'arroger le droit de rendre hommage à un homme que je ne connaissais pas. Mais (...)" (4).

M_Ourrad_LaLegerete Le voici représenté par Catherine...

P1100761

 ... et croqué par Cabu (avec moustache mais pas barbu!), si j'ai bien interprété la légende du "portrait de groupe" publié p.321 de Cabu, une vie de dessinateur, Jean-Luc Porquet, 2018.

Franck Brinsolaro

Il a été la deuxième personne touchée par les balles une fois les tueurs entrés dans les locaux de Charlie. Il s'agissait de l'un des deux policiers affectés à la protection de Charb, se relayant une semaine sur deux. Je cite sa femme, rédactrice en chef de L'Eveil normand, interviewée par Ouest France (5): "Même s'il n'était pas du tout politisé, Franck aimait l'actu, l'info. Notre métier lui parlait... Et il est mort pour la liberté de la presse. (...) Vous savez, discret comme il était, Franck n'aurait sans doute pas aimé se retrouver dans un article. Mais je le fais pour qu'il reste une trace. Pour les enfants, plus tard. Et parce qu'il n'y a pas eu que des dessinateurs célèbres qui sont tombés. D'autres gens aussi."

P1100763

Le plan ci-dessus est extrait du numéro spécial de Charlie Hebdo publié "1 an après" (p.4). On y voit la table où était assis le policier, dans la salle de rédaction. Même si, bien entendu, comme tous les policiers des services de protection, il se devait d’être « professionnel » donc transparent (donc, je suppose, sans jamais interagir avec les activités professionnelles de ses « protégés »).

Frédéric Boisseau

Ce chef d'équipe de maintenance travaillait depuis 15 ans chez Sodexho, c'était la 1ère fois qu'il se rendait dans cet immeuble, il ne savait même pas que c'était le siège de Charlie Hebdo, a raconté son épouse à RTL. Il a été la première victime, dans le hall de l'immeuble, avant que les tueurs forcent la porte de la rédaction (6). 

Ahmed Merabet

Gardien de la paix, c'est un de ceux qui ont essayé d'arrêter les assassins dans leur fuite en voiture. Blessé dans l'échange de tirs, il a été froidement achevé avant qu'ils s'évaporent dans les rues de Paris.

 

Sources:

(1) Elsa Maudet, Mustapha Ourrad, l'érudition discrète de "Charlie", Libération, 15 janvier 2015

(2) https://www.vivamagazine.fr/au-revoir-mustapha-170318 [extrait des "Mentions légales" du site internet: VIVA est un magazine de santé mutualiste indépendant. Diffusé à 460 000 exemplaires, principalement auprès d’adhérents à des mutuelles de santé, VIVA bénéficie d’une audience qui dépasse largement les frontières du mouvement mutualiste]

(3) Mustapha, un dernier mercredi chez "Charlie", Blog des correcteurs du Monde, 9 janvier 2015

(4) Blog GrandeurServitude d'Olivier Queulier, https://grandeursrvitude.wordpress.com/2016/01/09/a-la-memoire-de-mustapha-la-moindre-des-corrections/

(5) François Chrétien, Franck Brinsolaro, policier tué en protégeant Charb, Ouest France, 9 janvier 2015

(6) Nous sommes Frédéric. "Ne l'oubliez pas", L'Obs, 10 janvier 2015

Autres articles consultés en ligne:

https://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Mustapha-Ourrad-correcteur-a-Charlie-Hebdo-avait-la-France-au-caeur-2015-01-09-1264921

https://www.lejdd.fr/Societe/Faits-divers/Attentat-a-Charlie-Hebdo-Qui-sont-les-douze-victimes-711022

https://www.rtl.be/info/monde/france/jeremy-a-survecu-a-l-attentat-de-charlie-hebdo-pas-son-ami-et-collegue-on-s-est-leves-pour-aller-bosser-et-il-s-est-pris-une-balle--691486.aspx

J'ai aussi relu le numéro 1224 de Charlie Hebdo (daté du 6 janvier 2016) dont le plan ci-dessus est extrait.

Les quatre personnes auxquelles j'ai pensé aujourd'hui ont été massacrées par les mêmes tueurs que les dessinateurs ou journalistes. J’assume mon choix de dire qu’eux sont morts parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment, même si c'est le cas de tous ceux qui ont croisé la divaguation ciblée des assassins. Pour ma part, je ne m'étais jamais rendu qu'une seule fois "chez Charlie", à l'époque de la rue de Turbigo, il y a quelque 20 ans.

Ce 7 janvier-là, d'autres victimes ont été blessées par les balles des tueurs. J’ai déjà parlé de Fabrice Nicolino, je m’efforcerai d’écrire sur d’autres auteurs dans les prochains mois. Je suis conscient, par ailleurs, que la liste des cibles des "fous de Dieu", assassins téléguidés depuis je ne sais quelle montagne (prétendant que ça irait à M*h*m*t...), ne se cantonnait pas à la rédaction de Charlie Hebdo, en cette année 2015, ni depuis.

Pour finir, une petite considération personnelle. J'ai vu passer le chiffre des ventes en kiosque de Charlie Hebdo en 2018 (AFP). Il y a un peu moins de 4 ans, j'étais un moineau (ou poisson rouge...) sur 7 millions; je reste aujourd'hui un éléphant sur 30 000. C'est plus valorisant, je trouve.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 7 décembre 2018

Nous voulons des coquelicots - Fabrice Nicolino & François Veillerette

P1100458 [sur la 4e de couv': "Ceci n'est pas un livre. C'est un manifeste. (...) l'Appel des coquelicots commence."]

D'abord, quelques mots pour présenter Fabrice Nicolino, jamais encore apparu dans mes billets d'hommages aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo. Né en 1955, journaliste et essayiste, il écrit des articles sur le thème de l'écologie dans Charlie Hebdo depuis janvier 2010. Présent à la Conférence de rédaction le 7 janvier 2015, il y a été blessé de trois balles dans les jambes. Si j’ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) bien compris, c’était la seconde fois qu’il était blessé lors d’un attentat (« deux fois dans une seule vie et toujours à Paris, c’est beaucoup », disait-il au téléphone à FranceinfoTV le 16 septembre 2015). Près de trente ans plus tôt, il avait reçu les éclats d’une bombe ayant explosé au cinéma Rivoli Beaubourg, lors du Festival international du cinéma juif (le 29 mars 1985, 18 blessés au total).

Ensuite, concernant le "livre du jour": paru il y a déjà presque trois mois, Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino & François Veillerette (éd. LLL / Les liens qui libèrent, sept. 2018, 126 pages), se veut le support d'un appel citoyen à l'interdiction totale des pesticides de synthèse en France. Le livre débute sur « combien vaut une luciole ? » et s’achève sur « Non, nous ne voulons plus. A aucun prix. Nous exigeons protection. Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides [de synthèse] en France. Assez de parole, des actes ». Entre les deux, après l’introduction, les titres des chapitres sont signifiants, jugez-en : 1. Quand le DDT était un miracle. 2. Comment le crime est apparu. 3. Quand la politique ne sert plus à rien. 4. La ridicule mise en scène du Grenelle. 5. Ecophyto, une chimère de plus. 6. L’éternel retour des poisons. Conclusion : recommencer encore ?

J’avais pris deux pleines pages de notes lors de ma relecture du livre en vue du présent billet. Finalement, je me bornerai à dire qu’il expose au grand jour, tout simplement, les tenants et aboutissants (les enjeux financiers pour les fabricants de produits chimiques) de plusieurs décennies d’agriculture menée en France (comme ailleurs) à coup d’utilisation de ces produits, qu’on les appelle ou qu’ils se nomment phytosanitaires ( !), pesticides, fongicides, SDHI, insecticides organochlorés, néonicotinoïdes ou même chlordécone (sic !). Et décrypte, "en substance", la pantalonnade du "Grenelle de l'environnement" de 2007 (le machin de Sarlozy et Borloo). Lisez donc ce livre vous-même, vous pouvez vous le procurer en librairie pour à peu près le prix d'un paquet de cigarettes (autre poison, mais ce n'est pas le sujet de mon article): 8 euros.

Je n'ai pas vraiment réussi à trouver si ce livre avait été chroniqué sur l'un ou l'autre blog littéraire (sans doute ai-je mal cherché!). Par contre, je sais qu'un certain nombre de blogs ou sites d'AMAP en parlent, dont celui de l'AMAP Réunion / Père Lachaise (75011 / 75020). Rendez-vous est donné tous les premiers vendredi soir du mois (nous sommes vendredi...) devant la mairie. Le compteur du site internet Nous voulons des coquelicots totalise aujourd'hui plus de 400 000 signatures de la pétition (pour un objectif de 5 millions en deux ans). Il faut certainement y ajouter quelques milliers d'autres, arrivées sous forme "papier" et pas encore comptabilisées. Personnellement, je fais davantage confiance à ce comptage-là qu'à ceux, répercutés par la presse, concernant les "gilets jaunes".

Quand j'aurai dit que Fabrice Nicolino tient son blog titré Planète sans visa depuis 2007, je pourrai m'arrêter là pour aujourd'hui.

Mais je vais quand même, in fine, me permettre de citer trois dessins de Gros (dessinateur que j'ai évoqué ici) illustrant la rubrique de Fabrice Nicolino, nommée "Santé publique" ou "Pollution", publiée dans Charlie Hebdo dans les mois qui ont suivi l'attentat: la thématique reste assez similaire...

Gros_080415 8 avril 2015, p.5   Gros_150415 15 avril 2015, p.5   Gros_180315 18 mars 2015, p.7

Quant à François Veillerette, je possède dans ma bibliothèque un ou deux autres livres co-signés par lui. Mais à ma connaissance, il n'a aucun lien avec Charlie Hebdo.

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 2 décembre 2018

Mille neuf centième [1900e] billet sur le blog de dasola - quelques considérations statistiques

Dans un peu plus de cinq semaines, le blog de dasola fêtera son 12e "bloganniversaire" (avec un billet à la clé j'espère). Le présent billet de "centaine" a déjà l'ambition de faire un petit bilan chiffré. Comme l'indiquent les statistiques en bas de la colonne de droite, le cap des vingt-quatre mille (24 000) commentaires a déjà été franchi (le 9 novembre 2018, pour être précis).

Je (ta d loi du cine, "squatteur", secrétaire de rédaction et statisticien du blog de dasola) constate un "changement climatique" dans le monde des blogs, avec une diminution (pour ne pas dire un effondrement) du nombre moyen de commentaires par billets, voire du nombre total de commentateurs dans l'année.

Sur la blogosphère en général, pour ce que je peux en voir, les blogs qui tournent en "circuit fermé" avec quelques dizaines de "fidèles" qui mettent systématiquement un petit mot sous chaque billet (auquel répond non moins systématiquement le propriétaire du blog) manifestent évidemment une bonne résilience. Mais ce n'est pas le fonctionnement du blog de dasola (qui n'a elle-même fait "que" 224 commentaires sur son propre blog - j'en ai fait pour ma part exactement un par mois accompli, soit 143). Et Aifelle elle-même, "recordwoman" qui en est aujourd'hui à 873 commentaires, est loin d'en avoir déposé même un seul sous chacun des désormais 1900 billets du présent blog.

Côté commentaires, le 1er passage de la 1163e commentatrice sur le blog remonte au 26/11/2018. Bien entendu, l'année 2018 n'est pas encore terminée, mais le fait est qu'ici, seules 148 personnes différentes ont laissé à ce jour, en 2018, un commentaire sur ce blog (dont seulement 16 sont venues pour la première fois cette année, une seule de ces 16 étant déjà devenue "fidèle" avec au moins 5 commentaires). Et désormais, parmi tous ceux ayant fait au moins 5 commentaires chez dasola (et répertoriés à ce titre dans la colonne de droite), le nombre de blogs "en pause" ou supprimés est supérieur à celui des blogs en activité (tous ceux-ci n'ayant pas forcément fait un commentaire cette année pour autant!).

En ce qui concerne l'activité rédactionnelle du blog, ces 11 mois ont donné lieu de la part de la propriétaire du blog à 31 billets "Livres", 70 "billets Cinéma", 11 billets "Divers - culture", 3 billets classés en "Humeur", 1 billet "Théâtre" et un "Télévision"; ce qui, avec les 15 miens, doit donner un total de 132 billets pour le moment. A noter, en 2018, deux nouvelles présentations de blogueur ou blogueuse - il s'agissait de Ffred et de Maggie - ayant passé le cap des 500 commentaires chez dasola (ce qui porte à 4 le nombre des interviewés, totalisant aujourd'hui 2620 commentaires [pas loin de 11% du total!]).

Pour arriver au "top 10" de ces commentateurs fidèles, les 6 actifs suivants totalisent juste 2400 commentaires, soit encore 10% (pour Alex-6, le curseur s'est définitivement arrêté à 445 en août 2017...). A noter que l'on n'est pas non plus, sur le blog de dasola, dans le système des "dialogues" que l'on peut voir chez d'autres blogs, où quelques "happy fiews" se répondent entre eux, en quelques dizaines de commentaires, sous un seul et même billet.

Je peux encore démontrer cet effet de concentration en remarquant que le "top 10" ci-dessus cité totalisait à lui seul, sur les 11 premiers mois de l'année 2018, 505 commentaires sur 1756 (soit près de 29%). Petit cou(cou)p de chapeau pour conclure, donc, à (par ordre antialphabétique): MatchingPoint, Maggie, Keisha, Ffred, Dominique (Nuage et vents), Dominique (à sauts et gambades), Alice in Oliver, Alex-mot-à-mot, Aifelle, A_girl_from_earth. Pour toutes autres informations plus détaillées sur les situations individuelles, merci de vous reporter à la colonne de droite.

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mercredi 7 novembre 2018

Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné? - Bernard Maris

P1100336

Cela faisait longtemps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus mis Oncle Bernard à l'honneur dans mes hommages aux morts de Charlie Hebdo. Avec la reprise universitaire, il est temps de proposer aux étudiants une autre voie en économie que celle des classiques libéraux.

Ce livre de Bernard Maris au titre torturé (Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné?) a été édité pour la première fois en 2010 aux éditions Les Echappés, puis réédité en 2012 chez Flammarion (coll. Champs actuel n°1058 - le volume que j'ai entre les mains).

Il n'est pas facile de présenter cet ouvrage. Sa présentation matérielle (sinon matérialiste?) m'a fait penser à celle des Pensées de Pascal: de courts paragraphes numérotés... avec parfois des envolées hugoliennes.

J'en extraierais "arbitrairement" quelques citations (de Bernard Maris, et non de Karl Marx), en vrac.

Je commence par relever l'évocation de la "parabole des égoïsmes" provenant d'Adam Smith (p.59): "Ce n'est pas de l'altruisme du boulanger que je tire mon pain, c'est de son égoïsme et de sa cupidité".

Selon Maris, "très vite, [Marx] jugea qu'il n'existe pas d'être plus abominable sur terre que l'économiste" (p.17), et "la question de savoir si Marx déteste les philosophes plus que les économistes reste ouverte; et les philosophes marxistes sont aussi méprisable que les autres" (p.18). Notre Oncle Bernard, plutôt mordant ici, règlerait-il quelque compte personnel?

p.17: "Karl Marx ne souhaitait que l'abolition de ce qui fait notre vie de tous les jours, avec ses lancinantes chansons sur la croissance, l'emploi et le reste: l'économie." p. 33: "Le capitalisme est aussi ce bref moment de l'histoire où les hommes sont productifs. Le jardinier d'une entreprise est productif, le jardinier qui travaille directement pour un consommateur, improductif. Le tailleur privé est improductif, le tailleur de la grande entreprise qui travaille douze heures et n'est payé que six est productif. L'artisan est improductif, car il ne fait que se reproduire sans passer par l'exploitation du travail. Il est proche de l'autoconsommation, de l'autarcie, sa production équivaut à sa consommation, il ne génère pas de plus-value. Aucun capitaliste ne produit pour consommer son produit". [parenthèse: décidément, à cette aune-là, je (ta d loi du cine) ne suis sûrement pas un capitaliste, si je dis vive les AMAP et les SEL...].

"Qu'est-ce que le minimum vital nécessaire au producteur? En 1836, quand Karl dédie des poèmes brûlants à Jenny von Westphalen, le minimum est un bol de soupe et une litière de paille, ce que gagne le journalier agricole qui construit les murets de pierre. En 2010, le minimum inclut une voiture et un portable, sinon le prolétaire ne peut travailler" (p.69). Comme ne le dit pas exactement Bernard Maris: "tu parles, Karl!".

Pour finir, je partage aussi une analyse critique du marxisme revu à l'aune de notre "société de consommation" contemporaine (p.65): Les ouvriers doivent consommer les objets qu'ils fabriquent. Mais que se passe-t-il s'ils n'en veulent pas? On objectera, à juste titre, que les besoins sont imposés, fabriqués par la pub, dont le miracle perpétuellement renouvelé est de faire acheter à celui qui n'en a pas les moyens ce dont il n'a pas besoin. Et en contrepoint: "A qui les capitalistes vendront-ils les marchandises produites par les robots?" (p.78).

Ce que je retiens donc de ce livre? Que Marx a brillamment analysé le passé et le présent dont il était contemporain, mais que ses prévisions, 135 ans (désormais) après sa mort, se sont révélées erronées à ce jour: il avait sous-estimé la "résilience" du capitalisme et l'adaptabilité des capitalistes.

On pourra consulter plusieurs blogs ou articles qui ont mentionné ce livre: Bibliothèque farenheit 451, un billet de Denis Clerc, Ludovic (en quelques phrases sur son blog-notes sous-titré "une opinion parmi d'autres"), ou Le prolétariat universel, un blog plus "politique" et qui a fait une critique plutôt acerbe (à mon avis), reprochant à Bernard Maris de ne rien proposer pour "dépasser" Marx (si j'ai bien compris)..

Pour ma part, en ce qui concerne Bernard Maris, il me reste encore pas mal de ses livres à lire avant de pouvoir définir le "marisme".

*** Je suis Charlie ***

Une anecdote sans rapport avec la chronique de ce mois en particulier. J'ai aperçu un jour, il y a déjà quelque temps, un "migrant" sous la ligne de métro 2 (à une des stations où se tient la vente à la sauvette de "Malboro-Malboro-Malboro"...). Il portait un T-shirt "Je suis Charlie". Ca m'a fait gamberger. Je doute qu'il l'ait acheté lui-même en janvier 2015. Sait-il seulement la signification de ce qu'il arbore? Est-il croyant ou mécréant? Et du coup, je me suis dit que c'était peut-être un T-shirt qui avait été donné à une association venant en aide aux migrants, ou encore un don dont il aurait bénéficié en direct. Mais quid du donateur? A quoi a-t-il pensé? Etait-il conscient, ou non, du symbole? Y a-t-il vu malice ou non? Pour ma part, je n'aurais pas fait don d'un tel T-shirt, mais l'aurais conservé pour moi.

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mardi 23 octobre 2018

Le ciné de Fred - présentation de Ffred (à l'occasion de son 500e commentaire chez dasola)

Cette quatrième présentation de blogueur innove en présentant cette fois un blogueur (et non plus une blogueuse), mais aussi un auteur de blog cinéma (et non plus littérature). Ffred a été dès février 2007 la 8ème personne à mettre un commentaire chez dasola (elles sont plus de 1160 à ce jour). Il vient d'y effectuer son 500ème commentaire. Pour mémoire, les trois présentations précédentes concernaient Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018, Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 et Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017. Cette fois-ci, j'ai décalqué certaines questions de mon questionnaire "Livres", pour d'autres, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis inspiré de celles du Questionnaire Cinéma chez Martin (K), http://1001bobines.blogspot.fr, en essayant de trouver des formulations différentes des siennes puisqu'on risque d'y retrouver une année ou l'autre les mêmes blogueurs...

Merci donc à Ffred d'avoir trouvé un petit moment pour répondre, et surmonté quelques petits aléas techniques pour transmettre ses réponses dans un format compatible!

*************

LeCinedeFred_semaine Bonjour Ffred, pour que les lecteurs comprennent bien qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ? Derrière ce pseudonyme, pouvez-vous nous livrer quelques éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un spectateur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec le cinéma?

Bonjour,

Je m’appelle Fred (Frédéric). J’ai 53 ans, je suis né et je vis à Paris. Je suis cadre dans une grande société d’Etat, je travaille en décalé donc du temps pour aller souvent dans les salles obscures. J’ai un bac + 2 mais pas d’études en rapport avec le cinéma.

Parlons un peu de vous et de votre site: Le ciné de Fred (les sorties de la semaine). Quand et pourquoi avez-vous souhaité le créer?

Le Ciné de Fred va bientôt fêter ses 12 ans (en décembre). Je ne connaissais pas les blogs au départ. Je laissais des avis sur les fiches des films sur Allociné dans la rubrique « Critiques spectateurs ». Mais le nombre de caractère était limité. En naviguant sur le site, j’ai découvert les blogs ciné et la liberté que cela pouvait apporter, je me suis donc lancé.

Pourquoi la plateforme over-blog aujourd’hui ? Un peu d’histoire (du temps des blogs d’Allociné)?

Par facilité. Allociné ayant supprimé les blogs et basculé le tout sur Over-blog, j’y suis resté.

Quel est votre but avec ce blog?

Le but était d’abord personnel. Garder une trace de ce que je voyais (plutôt que sur papier comme avant l’avènement d’internet). Et puis très vite, il y a eu une émulation avec d’autres blogueurs ciné (nous sommes d’ailleurs devenus un groupe d’amis dans « la vraie vie »). Et les visites étaient là, c’était stimulant. Puis c’est devenu une habitude.

En moyenne et à titre indicatif, combien voyez-vous de films par semaine / par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?

Cela varie. En moyenne je vois entre 10 et 20 films par mois, entre 2 et 5 films par semaine. Parfois moins (vacances ou état de santé). Il m’est arrivé de voir une trentaine de films dans un mois (mais je ne travaillais pas), cela reste exceptionnel. Je ne regarde plus la fréquentation du blog. Cela m’obnubilait au départ mais plus maintenant. Les dernières fois où j’ai regardé, la fréquentation oscillait entre 50 et 100 visiteurs uniques par jour.

Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Voir question précédente ;-)

En tant que spectateur, comment vous définiriez-vous? Le cinéma tient-il un rôle important dans votre vie?

Le cinéma tient une place importante. C’est une passion et cela depuis le plus jeune âge. Des Disney vus en famille puis du ciné-club du lycée jusqu’à aujourd'hui, cela n’a fait que s’amplifier.

Avant-premières, rencontres avec les réalisateurs, les acteurs, festivals… Les recherchez-vous?

Plus maintenant non. Moins le temps et puis je préfère voir les films dans de bonnes conditions, dans des salles vides ou presque…

Votre type de salle de cinéma préféré? Multiplexes? Art et essai?

Je n’avais pas de préférence mais la fréquentation devient un peu « houleuse ». Entre les gens qui arrivent en retard, qui parlent, qui mangent, sont sur leurs téléphones etc… C’est parfois difficile. Les cartes illimitées ont d’ailleurs fait beaucoup de mal (même si c’est une très belle invention pour ceux qui « consomment » beaucoup). Quand je peux, je privilégie les petites salles d’art et essai, les spectateurs sont en principe plus respectueux. Pour un blockbuster ou une grosse comédie, les multiplexes me gênent moins.

Et le cinéma « en boite » (DVD, TV, « vidéo à la demande », visionnage sur ordinateur portable…)?

Peu de films à la télé, je n’achète plus de DVD, sauf les films qui m’ont marqué, quelques téléchargements, mais je regarde aussi beaucoup de séries (abonné Netflix).

Comment choisissez-vous vos films? (bouche-à-oreille, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un réalisateur et/ou un acteur – vraiment – préféré?

J’essaie d’éviter les bandes-annonces et je ne lis pas les critiques avant de rédiger mes avis. J’essaie d’arriver vierge devant un film mais cela devient assez difficile de nos jours avec la promotion intensive. Je vais voir les films de certains réalisateurs ou acteurs/actrices (la liste serait trop longue ici) systématiquement. Après, c’est sur le bouche à oreille, la rumeur, le sujet, les prix, et parfois complètement au hasard (souvent des bonnes surprises…ou pas…).

A quoi êtes-vous sensible dans un film?

Je cherche avant tout une émotion, quelle qu’elle soit (rire, pleurer, trembler, s’instruire, etc…). Le film peut être mal réalisé, mal filmé, les images pas belles, les personnages détestables etc… mais si j’ai ressenti une émotion c’est gagné.

Offrez-vous des films en DVD (ou Blu-ray…)? Si oui comment les choisissez-vous?

Parfois oui. En principe à quelqu’un dont je connais bien les goûts, ou si la personne a aimé un film et qu’elle ne l’a pas.

S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel film vous a le plus profondément marqué, parmi tous ceux que vous avez pu voir?

Mon film préféré est The Hours de Stephan Daldry.

thehours

Pourquoi celui-ci?

C’est un tout. L’histoire, l’interprétation, la mise en scène, la musique… Je l’ai vu une centaine de fois, et toujours la même émotion à chaque fois. C’est comme l’amour, ça ne se commande pas et ça ne s’explique pas ;-)

Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’un film vu dans votre enfance ou adolescence?

Les deux premiers films vus au ciné-club du lycée et qui m’ont marqué et même choqué mais m’ont fait aimé le cinéma immédiatement: Midnight Express et Elephant Man. Bambi et Blanche-Neige m’avaient terrorisé, pour d’autres raisons, mais je devais avoir entre 3 et 5 ans ;-)

midnightexpress     Elephant_Man

Etes-vous parfois tenté par la rédaction de scénarios voire la réalisation (courts-métrages…)?

Non, et je n‘ai aucun talent artistiques. D’autres le font si bien…

Que pensez-vous des adaptations d’œuvres littéraires au cinéma?

En principe je suis toujours déçu. Je pense qu’il faut mieux voir le film et lire le livre après, cela passe mieux dans ce sens. Cela apporte quelque chose au film, l’inverse non. Dernière exemple avec Call me by your name. Un vrai plus, même si l’adaptation est plutôt réussie.

Une opinion sur les « remakes »? Les « franchises » (suites, reboots…)?

A part faire de l’argent, aucun intérêt. Les suites, remakes, reboot, sagas, sont, soit ratés, soit moins bien que l’original. Mais il y a toujours des exceptions (par exemple le remake de son propre film par Michael Haneke: Funny Games / Funny games US).

Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

C’est parfait comme ça. Merci beaucoup.

Merci Ffred!

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dimanche 7 octobre 2018

Pétillon et Charlie Hebdo

Ce mois-ci, dans mon hommage mensuel aux disparus de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais effectuer un petit pas de côté pour inclure un dessinateur de presse (et bédéiste) qui vient de mourir le 30/09/2018 (des suites d'une longue maladie, comme on dit). J'avais noté il y a déjà des mois qu'il ne dessinait plus dans Le Canard Enchaîné, mais j'ignorais qu'il fût malade, et j'attendais avec impatience le prochain "Jack Palmer" (dasola avait chroniqué le dernier paru ici). Sur son lit d'hôpital, semble-t-il, il a pu feuilleter la biographie de Cabu que vient de rédiger Jean-Luc Porquet (journaliste au Canard), un ouvrage dont j'aurai probablement l'occasion de reparler.

A l'époque de l'attentat du 7 janvier 2015, Pétillon ne dessinait pas pour Charlie. Il envoyait, si j'ai bien compris, entre autres, 8 dessins chaque lundi soir au Canard Enchaîné (pour publication en noir et blanc), et illustrait aussi les Dossiers du Canard. Mais, comme d'autres confrères dessinateurs, il a dessiné dans quelques numéros juste postérieurs à l'attentat de janvier 2015. Je me suis plongé dans ma "série complète" de Charlie Hebdo post-attentat. Sauf erreur de ma part, un total de 7 dessins de Pétillon a été publié (en couleur, dans trois numéros), dont j'extrais ceux qui suivent (il avait, semble-t-il, liberté des thèmes sur lesquels dessiner). 

Petillon_P1100451  Petillon_P1100450 n°1179 du 25/02/2015 p. 8 & 12.

Petillon_P1100449  Petillon_P1100448 n°1180 du 04/03/2015 p. 4 & 10.

Petillon_P1100447 n°1181 du 11/03/2015.

Un an plus tard, quinze de ses dessins (en couleurs aussi) illustrent le Hors-série Dossiers du Canard Enchaîné sur la liberté d'expression paru en avril 2016, dont il faisait même la couverture. 

Petillon_P1100452

Le Canard Enchaîné lui a rendu hommage dans son numéro paru mercredi 3 octobre 2018 (en couv' et en p.5)

Petillon_P1100455   Petillon_P1100454

Charlie aussi (p.4). Petillon_P1100453

Pétillon laisse une vingtaine de recueils de ses dessins de presse (j'en possède plusieurs) et quinze albums des aventures de Jack Palmer, son détective maladroit. Après L'Enquête corse paru en 2000, dont tout le monde parle aujourd'hui, René Pétillon avait aussi dessiné L'Affaire du voile, dévoilé en 2006 mais moins connu (?). Il ne me reste plus qu'à apporter l'un et l'autre à dasola (qui ne les a encore jamais lus!) pour qu'elle fasse une de ses prochaines chroniques sur l'un ou l'autre selon ses préférences...

Son trait va me manquer.

*** Je suis Charlie ***

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samedi 15 septembre 2018

Tour de Corse (interlude)

Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) vais intercaler dans les reportages photos de la maîtresse de blog sur notre voyage en Corse quelques bavardages personnels.

Lors de ce voyage, j'aurai été un lecteur quotidien de Corse matin. Qu'est-ce que j'ai pu en retenir? J'ai particulièrement été frappé, dans les pages de la rubrique "Avis d'obsèques et remerciements" que je survolais, par, d'une part, la longueur de l'énumération des "parents et alliés" (jusqu'à 20 ou 30 patronymes différents, concernant parfois "les descendants de X..., décédé"), et d'autre part, les remerciements quasi-systématiques au personnel médical, paramédical, hospitalier etc., s'étant dévoué à la personne sujet de l'annonce. Je n'avais jamais trop eu l'occasion de relever cela dans d'autres exemples de presse régionale ("continentale") que je peux parfois parcourir. Une autre rubrique a attiré mon attention, celle des publications légales. On y découvre régulièrement telle ou telle publication d'avis de création de titres de propriété: acte de notoriété constatant une possession, correspondant aux conditions de la prescription acquisitive et aux dispositions de l'art. 2261 du Code Civil, concernant souvent des personnes décédées hors de Corse il y a quelques décennies. Il est rappelé que, conformément à l'article 1er de la loi du 6 mars 2017: "Lorsqu'un acte notarié de propriété porte sur un immeuble situé en Corse et constate une possession répondant aux conditions de la prescription acquisitive, il fait foi de la possession, sauf preuve contraitre. Il ne peut être contesté que dans un délai de 5 ans à compter de la dernière publication par voie d'affichage, sur un site internet et au service de la publicité foncière". Mon DEUG de Droit remontant à 1986, je ne connaissais pas cette loi... J'ai bien noté en tout cas les difficultés que peut rencontrer la "puissance publique" qui souhaiterait restaurer tel édifice religieux par exemple: il peut arriver que celui-ci appartienne à un propriétaire privé mais sans titre de propriété... Cela ne facilite pas le "bouclage" d'un plan de financement avant intervention. 

La Corse est un lieu où l'on peut passer en un quart d'heure de la mer à la montagne, avec des routes à flanc de précipice où coule une rivière, et parfois sans parapet. A noter, les bateaux sur leur remorque, garés en pleine montagne au milieu de nulle part (cela coûte sans doute moins cher de le stocker sur son propre terrain que d'acquitter un anneau à l'année!). Nous avons rencontré par contre assez peu de radar ou de feux rouges (sauf, à l'improviste, au motif de travaux sur la chaussée). On pourra lire incidemment, dans le compte-rendu d'un accident de la circulation à un carrefour, que le feu ne fonctionnait plus depuis quelques semaines... Dans la montagne, notre propre chemin a croisé celui de bovins divaguant "en toute liberté" (liberté d'oreille comprise). Une autre fois, sur la route, on a aussi croisé des chèvres peu pressées de s'écarter. En bord de route, j'ai aussi été surpris par la présence d'innombrables mausolées et caveaux familiaux (voire de véritables petits cimetières), en montagne surtout. Si j'ai bien compris, leur apparition remonte à 1812 avec l'interdiction d'ensevelir les morts autour des églises?

L'histoire corse et son rapport à l'étranger m'a semblé compliqué depuis (au moins) les Etrusques (d'Italie), les Phocéens (de Grèce) et les Carthaginois (issus des Phéniciens). Par exemple, lors d'un des innombrables sièges de Bonifacio, si j'ai bien compris (sans garantie), les Turcs, envoyés par le Roi de France pour prendre cette forteresse fidèle à Gènes, voyaient certains Corsi se battre à leurs côtés pour en affronter d'autres...? Aujourd'hui, dans les hôtels ou sur les sites archéologiques, on entend un peu toutes les langues: de l'italien, de l'allemand, et même du français.

Il est arrivé qu'on nous refuse une carafe d'eau au motif qu'elle n'est localement pas potable (ailleurs, une fontaine affichera "eau non conforme"). La seule fois où j'ai demandé, mes chèques déjeuner n'étaient pas acceptés (heureusement que dasola me les accepte pour mes PAF). La carte bleue ne l'est pas partout (mais on nous a expliqué que les box pouvaient griller lors d'un orage en montagne). Certains restaurants sont plus commerciaux que d'autres, que ce soit en s'étant équipé en "SumUp" ou avec un terminal classique qui fonctionne...

Je n'ai guère identifié de sites internet d'AMAP en Corse (il semble y en avoir existé au moins trois, mais sont-elles encore actives aujourd'hui?). Il me semble que pourraient pourtant s'y trouver producteurs de légumes, fruits et autres produits d'une part, consommateurs intéressés par les produits locaux d'autre part... Cela me fait penser que j'ai remarqué qu'on pouvait trouver parfois, en "grande distribution", trois catégories de produits frais: "fruits et légumes", "produits corses" (par exemple: abricots), "produits exotiques" (typiquement, "bananes")...

Ah, et, pour nos périples automobiles, je noterai que, avec un GPS, il n'existe guère que deux difficultés: le faire taire quand on a finalement décidé de s'en passer pour suivre une carte "papier"; et tâcher de lui affecter une nouvelle destination quand on décide de faire à nouveau appel à ses services... et qu'on ignore comment y entrer les coordonnées cartographiques mentionnées comme les coordonnées d'un hôtel! Et quand enfin ça marche, c'est le pauvre copilote agrippé à sa carte "papier" qui se sent inutile... Pour finir, à titre anecdotique, si vous allez en Corse à votre tour, tâchez de ne pas louer une voiture à klaxon central (au milieu du volant): cela évitera tout "pouet" intempestif lors de coups de freins en plein tournant... que la voiture en face pourrait prendre pour elle! Louez plutôt une moto.

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vendredi 7 septembre 2018

Petit traité d'intolérance / Nouveau petit traité d'intolérance - Charb

Charb n'était pas seulement dessinateur, il rédigeait aussi des chroniques régulières, titrées "Charb n'aime pas les gens", dans Charlie Hebdo. En son temps, il a aussi tenu une chronique mensuelle dans Fluide Glacial, "La fatwa de l'Ayatollah Charb". Mais si les deux livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) présente ce mois-ci sont sous-titré "Les fatwas de Charb", il n'y figure aucune indication de date ou de lieu de publication de chacun des textes y figurant.

P1090788

Quatrième de couv' pour l'un ou couverture pour l'autre annoncent respectivement 50 et 40 chroniques, or j'en ai compté en fait 59 et 47: ne sous-estimons donc pas Charb! Avant Librio (collection Idées), les deux titres avaient été publiées aux éditions Les Echappés (créées en 2008 par Riss pour éditer les auteurs de Charlie), en 2009 et 2014 (textes choisis par l'auteur, donc, sans doute parmi un "corpus" publié plus vaste?). Puis Librio a édité le premier Petit traité... en octobre 2012 (coll. Idées, N°1050, réédité en mai 2015), et le second en septembre 2016 (N°1216).

Toutes les chroniques du 1er volume sont précédées d'un dessin (j'en ai choisi deux pour illuster le présent billet), mais aucune de celles du second. Il s'agit de textes courts, le plus souvent sur 2 pages, sauf exception ("Mort aux bonnets de père Noël", qui en fait 3), et se terminant par la ritournelle "Je crois que vous en serez d'accord, il faut [ultime châtiment absolument horrifique]... Amen".

Dans ses chroniques percutantes, Charb témoigne d'une vision plutôt amère que rigolotte. Au premier abord, l'humoriste pourrait passer pour un abominable guide suprême intimant d'exterminer les cibles de sa vindicte, qu'il s'agisse d'objets, de personnes, de tendances ou d'idéologies. Mais je suppose qu'il avait foi en l'intelligence de ses lecteurs. Il les provoque, p.31, dans "Mort au vote utile", qui vise (à quel degré? Au premier, second, ...n ?) les "cons" qui le prônent ou le pratiquent sans réfléchir plus loin. C'est par contre comme un militant qu'on peut le pressentir dans la chronique révolutionnaire titrée Mort à "On lâche rien" (p.49 dans le Nouveau...): "On lâche rien!" me fout le moral à zéro. C'est "On conquiert tout" qu'il faut gueuler! (...) "On lâche rien" est un slogan qui fait totalement l'impasse sur ce qu'on a déjà lâché. C'est un slogan qui entérine le fait que, ce qu'on a perdu, on ne le retrouvera jamais. 

P1090789 (p.19)

Voici quelques citation choisies. Je commence par un extrait de "Mort aux lecteurs de journaux gratuits" (p.21 du 1er opus): "Faut pas laisser perdre! On serait bien con de ne pas profiter de ce qui est gratuit, même si on n'en a pas besoin. On distribuerait des coups de pied au cul à l'entrée du métro qu'ils en réclameraient tous plusieurs s'ils ont la certitude que c'est gratuit." Ou, p.63, dans "Mort aux binoclards « Tendance »": "Evidemment, le marché ne s'est pas adapté à la demande, comme trop de gens le croient encore, les gens ne demandent rien. Le seul talent du marché consiste à faire croire aux consommateurs que ce sont eux qui ont désiré les produits qu'on leur impose. Vous imaginez l'humanité se lever un jour en hurlant d'une seule voix "On veut des lunettes rectangulaires"?

Bon, il faut que j'en laisse à découvrir. P.87 du Petit..., la totalité de la chronique "Mort à la business class" vaudrait à mon avis son pesant de caviar phantasmé.

P1090791 (p.61)

C'est vrai que c'est difficile de choisir, mais dans "Mort aux concepteurs de portables" p.89, à propos de la multitude de fonctionnalités proposées par les [téléphones] portables sans permettre cependant les cédilles ou les accents circonflexes, je relèverais la phrase profonde: "On nous offre le futile pour nous confisquer l'essentiel".

Pour ma part, je regrette un peu l'absence de toutes autres informations que les textes eux-mêmes. Du coup, il manque les dates des chroniques, le contexte... ("les années Hollande", pour l'une d'elles [p.68 du Nouveau petit traité...], indique juste qu'on est entre mai 2012 et la date de 1ère publication, en 2014). Je me demande ce que les historiens de 2075 trouveront comme informations sur la vie quotidienne en France au début du XXe siècle dans ces opuscules. J'espère en tout cas qu'ils auront conservé la capacité d'en rire. Sur les blogs, Keisha avait parlé du Traité... en 2014, Virginie dès 2013, Petite noisette après l'attentat en 2015.

Et si je devais vraiment retenir une seule chronique sur plus de 100? Je pense que ce serait celle p.71 (Nouveau...): "Mort aux dévots incroyants". Au final, je placerais bien ce texte, en termes opératoires, à peu près au niveau du "Pari" de Pascal. Mais l'ensemble est à lire, et chacun pourra y piocher ce qui lui parlera personnellement.

Je crois que vous en serez d'accord, à partir de cette rentrée 2018, il faut introduire des morceaux choisis (par roulement) de ces Traités d'intolérance au programme du collège et du lycée. Amen.

*** Je suis Charlie ***

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