mercredi 7 septembre 2022

Au diable vauvert - Maryse Wolinski

Ce mois-ci, dans le cadre de mes "hommages du 7", c'est un simple roman que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais commenter. Mais bon, pas n'importe quel roman, puisqu'il s'agit du premier publié par Maryse Wolinski. Cela fait aujourd'hui presque un an que la veuve de Georges est décédée. J'ai trouvé ce livre d'occasion il y a quelques semaines, mais je vais ci-dessous me cantonner à une chronique littéraire "classique". 

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Le dessin de couverture, non signé, est bien sûr de Georges, pour l'édition en "poche" (J'ai lu N°2560, mars 1989) du 1er roman de Maryse (Flammarion, 1988, pour la 1ère édition). Mon exemplaire avait été acheté en octobre 1989 par son ou sa premier(e) propriétaire...

La première partie commence par l'exposition des personnages, autour de la famille Sainte-Lagüe, dans l'après-guerre de 1940-44. Ida se trouve être la mère de famille. Anna, sa fille, l'héroïne principale, a 5 ans au début du récit, lorsque naissent ses deux frères jumeaux Antoine et Amaury. Etienne Sainte-Lagüe, le père, représente une sorte de hobereau local. Parmi l'entourage de la famille, on trouve encore Clémence, la grosse cousine (secrètement amoureuse du père), Fernand, le fermier, et Raymond son fils, de 4 ans plus âgé qu'Anna, et enfin Estrella, la belle Andalouse, mère d'Inès (sa seconde fille), une des maîtresses d'Etienne, devenue fille-mère (de Violetta).

A l'occasion de la naissance des jumeaux, Etienne décide de racheter le château local (en ruine), Seyrac-de-Haut qui surplombe le village et la Baise, rivière capricieuse. Ah, et le Diable vauvert, me direz-vous? Il s'agit d'une bâtisse abandonnée dépendant du château, que découvre à 5 ans Anna lorsque la famille s'installe dans celui-ci. Et voilà le décor planté pour une tragédie clanique. A 10 ans, Anna ne supporte pas d'entendre dire que ce sont ses frères qui reprendront les vignes familiales (p.34). Anna a les mêmes yeux vairons que sa tante maternelle décédée. Sa seule amie est Elisa, le même âge qu'elle, fille d'une voisine. Dès ses 16 ans, pour sa part, Raymond a déjà tous les vices (il boit, notamment)... 

La deuxième partie, la plus longue, reprend l'histoire lorsque, à 22 ans, diplôme de l'Ecole d'agriculture de Bordeaux en poche (elle y a passé 3 ans en internat [?]), Anna revient sur le domaine (p.60). Elle doit épouser un étudiant en droit, Philippe, fils des plus importants viticulteurs de la région. Et, le lendemain de son retour, encore un drame: une sale affaire, dans laquelle les coupables seront finalement... ses frères. Verdict: cinq ans de prison, dont un avec sursis. Alors qu'Anna avait pris fait et cause pour la victime, ses beaux-parents potentiels, eux, conseillaient de "ne pas rompre la loi du silence" (p.116). 

Dans la troisième partie, quelques années plus tard, Anna a fini par épouser Jules, le maire dilettante, malgré ses quelques années de plus qu'elle, et a pris en main en son nom la coopératve viticole, les affaires de la commune... Mais survient la mort du père, avant celle du mari (un accident de voiture, avec le volant pris un peu trop imbibé...).

Maintenant que j'ai raconté une partie de l'histoire (qui s'étend sur plus de 200 pages, je le rappelle), quel est mon sentiment sur ce livre? Je dirai que sa lecture n'est pas forcément faite pour apaiser l'esprit. Bien sûr, ces histoires d'enfants et d'enfance ne comprennent ni vampires, ni zombies, ni magie, ni superpouvoirs ou technologies surpuissantes... Rien que du naturel! On n'est pas vraiment non plus dans de la "Chick Litt" (si ce n'est que l'héroïne dévoile au fil des ans des talents d'entrepreneuse et de politicienne). Mais les péripéties sont noires, ou plutôt sanglantes.

Quelles autres oeuvres puis-je évoquer sur le thème de l'enfant mal aimé par sa mère? Je pourrais l'inscrire dans la lignée d'autres livres que j'ai lus jadis: Poil de Carotte, de Jules Renard, Vipère au poing, d'Hervé Bazin. Dans Malevil de Robert Merle, le schéma initial est inversé: ce sont les deux soeurs qui sont préférées au garçon... Et n'oublions pas le sort pas très enviable des gamines campagnardes tel que dépeint par Colette dans Claudine à l'école (paru en 1900!).

Vu l'ancienneté du livre Au diable vauvert, en cherchant sur internet, j'ai seulement trouvé un article universitaire, datant de 2014, de Lori Saint-Martin, enseignante canadienne à l'Université du Québec à Montréal et spécialiste des études féministes en littérature. 

Le site personnel (officiel) de Maryse Wolinski est toujours en ligne (avec un nom de domaine personnalisé). Il n'a pas été mis à jour après son décès, je suppose qu'Elsa n'en a pas les codes (ou bien aura souhaité le conserver "tel quel"?). La fiche du roman Au diable vauvert y permet de se le procurer en ligne.

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 1 septembre 2022

Covid-19, mais de quoi parlez-vous? - N°29

Même si je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas en permanence été "connecté" à la presse durant le mois d'août 2022, mon impression est tout de même qu'on parle de moins en moins de notre "cher" Covid-19, globalement.

09/08/2022: les performances des footballeurs atteints par le Covid-19 baissent pendant plusieurs semaines. C'est affreux.

10/08/2022: je juxtapose deux informations. Dix milliards de dollars pour de nouvelles armes pour l'Ukraine. 89 millions de dollars pour déminer l'Ukraine. Par association d'idées (je suis très fort pour les associations d'idées...), ça me fait penser aux milliards de chiffre d'affaires pour les entreprises fabriquant les vaccins... et aux quelques millions accordés parcimonieusement aux hôpitaux.

Si vous manquez de pif après un épisode covid-19, et que vous avez plus de 60 ans... Ça ne sent pas très bon! 

Une prochaine vague annoncée, "probablement pour l'automne". Ah bah on peut pas dire qu'il fait pas le job, Monsieur le Ministre, hein... Va-t-on nous remetre sous cloche fin septembre?

 11/08/2022 : et encore un petit plaisir potentiel en perspective (le virus Langya pourrait sévir)... Vous croyez qu'on va louper le coche, ou pas?

26/08/2022: Moderna porte plaine contre Pfizer et BioNTech pour violation de brevet, selon Le Point (source AFP) et Le Journal du Dimanche (avec AFP). Les loups entre eux (enragés? Qui communique(nt)?). Tout ça tournera en eau de boudin et se terminera par un accord (au montant strictement confidentiel) portant sur quelques milliards de dollars (une broutille). Je suggère qu'on fasse comme pour Renault, à la fin de la guerre: qu'on les nationalise, ces "Big Pharma"! 

24/08/2022: rien à voir (a priori) avec notre covid, mais un article médical m'a fait rire. Moralité que j'en tire? Messieurs, mangez plus de yaourts. Mesdames, arrêtez d'en manger!

En cherchant dans des "bribes" d'informations que j'avais stockées sans en faire état au fil des mois, je retombe sur une information sortie le 21 février 2021 (dans le New York Times, à l'origine), concernant Trump: apparemment, il avait été davantage malade du Covid-19, en octobre 2020, que ce qui avait été rendu public à l'époque. Sans commentaire (et on l'a soigné, aussi? Sans AUCUN commentaire...).

Un article de septembre 2020 à propos de l'utilité du masque: finalement, il serait plus utile pour protéger les autres de moi (si je suis contagieux) que pour me protéger (si je suis exposé à la contamination). Cependant, diminuant la quantité de virus auquel je suis exposé, il contribuerait à aténuer la gravité des symptômes de la maladie (via une sorte de mécanisme de "vaccination"? l'article parle de "variolisation"!! [j'avais dû l'éliminer parce que "réservé aux abonnés"?]). Pas très clair, tout ça... Finalement, on n'en sait trop rien?

Depuis combien de temps ne nous parle-t-on plus du nombre de masques vendus chaque jour ou chaque mois? Où en est ce business? Moi, mes masques dits "jetables", je les garde, et les réutilise (après décontamination? Cette question!) aussi longtemps que les élastiques tiennent (c'est vraiment bâti fragile, bien sûr...). Au fait, est-ce que ce n'était pas à cause d'attaches devenues défectueuses que nos "stocks gouvernementaux" d'un milliard de masques avaient fondu, depuis la crise du N1H1?
Et, bien entendu, je les range soigneusement, après chaque usage, mes masques lavables utilisé, dans leur enveloppe individuelle. Et, si je suis masqué sur une longue période d'afflée, j'en change au bout de 4 heures. Heu... je suis vraiment crédible, là?

J'avais eu il y a déjà longtemps l'idée d'associer quelques bribes de culture populaire concernant Henri IV avec le covid-19 (mes fameuses associations d'idées). Allez hop, mieux vaut tard que jamais.
C'est Henri IV qui, mécontent de ne pas avoir été accueilli dans une ville par 100 coups de canon, demande à l'édile pourquoi. "- Majesté, il y a mille et une raisons. La première, c'est que nous n'avons pas de canon... - C'est bon, je vous dispense des 1000 autres." Pourquoi est-ce que tout le monde n'a pas téléchargé TousAntiCovid sur son smartphone?
C'est Henri IV, qui surpris par l'orage, se réfugie dans une pauvre masure, dont la toiture laisse passer des filets d'eau... Le Roi au maître des lieux: "- Mais enfin... pourquoi ne répares-tu pas ce toit? - Oh, Sire, avec cette pluie? - Soit... Mais quand il ne pleut pas? - Ha, Sire, alors ce n'est pas la peine!". L'hôpital pourra-t-il faire face à la prochaine vague?

Pour le moment, en tout cas, l'hôpital gère. Et si l'hôpital gère, tout va bien, non?

Toujours beaucoup d'intérêt à regarder la page wikipedia comparant les scores par pays... même si les scores sont certainement (faute de tests) sous-estimés dans certains pays.
En France: plus de 34,5 millions de cas confirmés en France à fin août 2022. J'aimerais bien savoir quels ont été le nombre de tests réalisés, le chiffre d'affaires correspondant, la marge réalisée par les différents acteurs de la "filière" par rapport à ce qu'a dépensé la sécurité sociale, et pour tout dire les bénéfices tirés de ce gros business?

Est-ce que, à une prochaine occasion, le gouvernement sera capable de faire confiance a priori aux Français? Par exemple, dire ce qu'il en serait de l'absence de masques ("on n'en a pas mais fabriquez-en vous-mêmes", plutôt que "ça ne sert à rien") ou de la fermeture des bars à 22 h (parce que accidentogènes alors que les hôpitaux ont autre chose à faire...)? 

Il n'est pas impossible que cette "revue de presse chronique" soit l'une des dernières que je rédige sur le sujet. Je ne sais pas si elle manquera à grand monde...

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lundi 29 août 2022

Comme un hibou au soleil - Maurice Denuzière

Encore un livre que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chiné vendredi 26 août 2022 chez l'un des nombreux libraires d'occasion que je fréquente à Paris.

P1150480Comme un hibou au soleil (1974, 188 pages dans cette édition LDP datant de 1984) se lit très vite et et agréablement. Un quidam (Félix, écrivain...) se laisse convaincre par un ancien copain de classe de devenir honorable correspondant d'un service secret français pour une mission faisant appel à son talent personnel (que laisse plus ou  moins deviner le titre). Et voilà notre "anti-héros" propulsé aux Bahamas, comme un poisson chinois, pour y rencontrer un "contact". Ce n'est qu'après quelques premières mésaventures qui l'ont laissé impavide qu'intervient cette rencontre. Le compagnon d'aventures de Félix s'avère être François, un vétéran du "service action". Et c'est parti pour quelques journées de "planque" dans un archipel isolé et désolé, mais avec au moins le soleil et la mer. Pour passer le temps, en plus de le forcer à s'entraîner à la natation, François ne manquera pas de [nous] servir un couplet patriotique sur le fait que, ancien résistant, il ne lui a pas été possible de reprendre ses études ni une vie "normale" après la libération, et qu'il a préféré consacrer sa vie, dans l'ombre, à lutter contre la subversion et pour protéger les citoyens insouciants dans ce monde resté si dangereux... Bref, au cours des pages, notre écrivain si candide au départ s'avèrera un tireur passable à la carabine, et même capable, à l'occasion, de tirs mortels. On se croirait dans un James Bond de la belle époque (mais avec davantage d'humour!), impliquant base secrète, organisation qui ne l'est pas moins et qui cherche à dresser les Etas-Unis contre l'URSS, sans oublier les "girls"... Heureusement que la France est là pour sauver le monde! Tout est bien qui finit bien quand arrive au rendez-vous (convenu par radio) la frégate Suffren... Ce navire de la Marine nationale, je sais qu'il a vraiment existé (actif entre 1969 et 2001). Pour le reste?!?

Je n'ai pas réussi à trouver de blog ayant parlé de ce "vieux" livre. Pour ma part, jusqu'à présent, je ne connaissais guère Maurice Denuzière (96 ans aujourd'hui même [29/08/2022]!) que par la saga Louisiane (1977-1987, j'en possède cinq tomes...). Pas mal de temps s'étant écoulé depuis, un nouvel épisode Louisiane ne serait-il pas envisageable, en y intégrant jusqu'aux décennies les plus récentes (chute du mur, interventions américaines ici ou là, changement climatique et ouragans, gaz de schiste... et coton bio)? Quitte à se faire assister par une plume plus jeune, comme l'a fait par exemple Arthur C. Clarke (sauf erreur de ma part) dans ses dernières oeuvres? Le dernier livre publié par M. Denuzière remonte à 2016 (sauf erreur de ma part - bis).

Quant à une série "Hibou"... J'ai juste vérifié (non sans mal pour dénicher l'info!) que L'Anglaise et le hibou, rédigé précédemment (en 1961), n'avait rien à voir avec notre nyc... (oups pardon, spoiler!) notre héros, mais tout avec une statue de Guy Lartigue. Pour Comme un hibou au soleil, ça n'a donc pas été le début d'une série à la "Langelot". Bon, il faut dire que Langelot est plus "jeune" [Bibliothèque Verte], il tue rarement et ne couche jamais - sauf erreur de ma part (ter). Quant à la Bibliothèque Verte telle que je l'ai connue, elle a disparu...

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dimanche 21 août 2022

Monsieur Papa - Patrick Cauvin

Encore un billet de Ta d loi du cine, squatter... sur un "vieux bouquin" chiné dans les bacs de librairies d'occasion.

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Monsieur Papa, Le Livre de Poche N°5699, 217 p.

J'ai acheté il y a quelques jours ce livre que je dois posséder par ailleurs dans ma propre pochothèque depuis quelques décennies [1996, vérification faite]. C'est le genre d'achats que j'effectue dans les bacs d'occasion avec des "classiques de poche" à 30 centimes d'euros (0,50 centimes d'euros les 3 - ça ne vaut plus rien, un livre!). J'avais dans l'idée de le mettre dans l'armoire à livres du hall de chez dasola. Et puis, tant que j'y étais, je l'ai relu. Et tant que j'y suis, j'en tire un billet (mon précédent sur un roman de Patrick Cauvin remonte à 2010 - déjà). 

Par comparaison avec une autre de mes lectures (le premier roman de Maryse Wolinski, que je chroniquerai dans quelque temps), j'ai trouvé ce livre d'"enfance" reposant. Patrick Cauvin l'a écrit en se glissant dans la peau d'un gamin de 10 ans (Laurent), dont les parents sont séparés (c'est récent). Laurent préfère rester avec son père, qu'il appelle "Franck" (et en particulier l'accompagner lors d'un voyage prévu à l'étranger) plutôt qu'aller passer les prochaines vacances d'été avec sa mère et son nouveau compagnon. Et ce gamin, plutôt intelligent mais pas spécialement surdoué, va commettre plusieurs bêtises (vol, fugue, ...), pas tant pour "se faire remarquer" que pour se donner les moyens de parvenir à ses fins. Le "roman à la première personne" raconté à hauteur d'enfant (en toute candeur) est plutôt reposant. Ici, on ne trouve pas de problématiques "lourdes" ou glauques (du genre inceste, viol, harcèlement, drogue ou autres addictions, ni même "dys" quelconque ou questions sur le genre). L'époque ne s'y prêtait pas, me direz-vous - ou bien ces sujets n'étaient pas encore à la mode, la société n'y était pas sensible, et il n'existait aucun "marché" encore à ce sujet... Bref, ça se lit très gentiment. 

J'ai trouvé quelques mots sur Monsieur Papa sur un vieux blog dont le principal intérêt est de compiler aussi plusieurs entretiens avec Patrick Cauvin. Plus intéressant, l'avis de Jake (2014). Ou celui de Milou (dernier billet en 2020). 

Je me dis que ce genre de livre, paru il y a déjà quelques décennies (1976...) peut éventuellement interpeller quelques blogueuses-documentalistes (en CDI, en collège), pas forcément nées à sa sortie, mais toujours intéressées par des bouquins à proposer à leur lectorat... (je pense à Doc Bird, mais il y en a d'autres). Il semble qu'on puisse encore trouver sans problème Monsieur Papa en neuf ou en occasion. Le livre avait été adapté au cinéma en 1977, je ne l'ai (encore) jamais vu.

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dimanche 7 août 2022

C'était Calais - Hors-série Charlie Hebdo, décembre 2016 / janvier 2017 - Coco & Foolz

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente dans le cadre de mes "hommages du 7" touchant Charlie Hebdo un "Hos-série" sans beaucoup de rapport avec l'actualité. 

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 C'était Calais, novembre 2016, 48 pages, 6 euros

Ce Hors-série fait partie d'un lot que j'ai acheté il y a quelques mois (fin 2021 / début 2022...), 5 ans après sa parution, donc. Au moment où la France est en vacances, je me suis dit que je pourrais rappeler a contrario que la vie dans un département au bord de la mer n'est pas charmante pour tous tout le temps.

P1150429L'édito signé Riss, p.3, explique ce reportage et ce "hors-série comme destinés à "prendre date". C'est au moment où il était question de démanteler la "jungle" de Calais que Coco et Foolz, deux des dessinateurs de Charlie Hebdo, ont effectué ce "reportage dessiné". Pour rappel, des migrants venus de nombreux pays, souvent de religion musulmane, toujours pauvres, et souvent en proie à la guerre civile, ne rêvent que de passer en Angleterre pour y trouver de meilleures conditions de vie que celles qu'ils peuvent espérer chez eux, et pouvoir, éventuellement, soutenir leur famille restée au pays, qui s'est souvent saignée aux quatre veines, pour les envoyer vers le mirage occidental - je résume. A part la page signée Riss, il n'y a rien d'autre à lire que les légendes des dessins (qui contextualisent), ou leurs "récitatifs"", qui donnent un peu plus de détails... Tout y est dit, si l'on prend la peine de lire chaque mot.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire au vu du titre, ce reportage ne couvre pas seulement Calais, mais aussi Grande-Synthe (dans le Nord). Au fil des pages, nos reporters dessinent des tentes, des cabanes, des migrants, des boutiques de bric et de broc, la gadoue, la police, les bulldozers qui "démantèlent", des bénévoles, des vigiles, des voisins... Il faut regarder chaque détail, lire chaque mot gardé pour la bonne bouche...

Nous n'avons que les seuls dessins, et aucun contexte sur le "comment" ou le "pourqoi"du reportage, pas "d'histoire": quelles ont été exactement les dates du reportage? Qui en a eu l'idée ou l'initiative? Pourquoi, comment, en fait? Je regrette donc un peu le manque (à mon avis) d'analyses, de QQQOCP,... et de solutions. Je suppose que c'est parce qu'il n'en existe aucune, absolument aucune. Les flux de ces "migrants" en transit ne tarissent pas. Six ou sept ans après, il y en a toujours qui cherchent à passer en Angleterre, malgré le "Brexit" et autres changements politico-sociologiques. Sur les embarcations de fortune fournies par les passeurs, certains se noient, dans l'indifférence générale. Et le "pire" est certainement devant nous en terme de nombre de personnes concernées.

De mon côté, je n'ai guère réussi à choisir de montrer d'autres dessins. C'est difficile de résumer une synthèse: on ne peut guère "comprimer" davantage, il faudrait faire des choix, je préfère suggérer à mes lecteurs intéressés par le sujet d'investir eux-même dans l'acquisition de cet ouvrage. Ce que l'on peut trouver déprimant, c'est qu'il n'y a pas de perspective. Les migrants arrivent, seuls ou parfois en famille, traversent pour certains, cependant que bénévoles et associations, inlassablement, essaient d'alléger la misère et d'améliorer les conditions de vie, dans le provisoire et un perpétuel recommencement... tandis que les pouvoirs publics, eux, cherchent à rendre "la vie dure" à tous ces "indésirables" pour à la fois respecter les obligations internationales (vis-à-vis de l'Angleterre) et éviter un "appel d'air" craint comme la peste.

Pour qui prend la peine de "suivre" un peu ce sujet, ce HS qui date déjà d'il y a quelques années recoupe d'autres articles que la presse évoque de temps en temps, à l'occasion (quand elle n'a pas d'autres sujets à aborder...), sur le "business" que représente l'activité pour les réseaux de "passeurs" organisés en mafia. Souvent, à mon avis, ces articles paraissent dans une visée "utilitariste", sont destinés à mettre en évidence l'absence de moyens de tels ou tels intervenants, lorsqu'il s'agit de sanctuariser un budget, ou d'essayer d'obtenir davantage de moyens, au moment d'arbitrages budgétaires... 

Ce hors-série est toujours en vente (6 euros) sur la boutique, mais sans que sa fiche comporte davantage d'explications.

Pour ma part, j'avais déjà abordé ce thème quelques années avant (décembre 2014) en évoquant le livre La jungle, un reportage photo de Jérôme Erquer sur le même thème.

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Dasola m'a offert un album récemment sorti qui reprend une quinzaine de dessins de Cabu publiés dans Le nouveau Candide en 1967 pour illustrer des articles sur la rafle du Vel d'Hiv. J'en parlerai un prochain mois.

*** je suis Charlie *** 

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lundi 1 août 2022

Bilan du Mois Wells / Quelques infos à suivre sur notre covid - N°28

wells_NOIRLe "Mois Wells" (en fait, deux mois et demi de challenge!) co-organisé par Sibylline (La petite liste) pour la partie livres, et par moi-même (ta d loi du cine, squatter" chez dasola) pour les adaptations en films ou BD, s'est terminé hier. Je vais me permettre d'en tirer un petit bilan organisé par blogueur ou blogueuse, là où Sibylline tenait à jour les participations oeuvre par oeuvre et en prenant en compte seulement les participations (billets) qui avaient à la fois mentionné le logo du challenge et pris la peine de l'avertir personnellement de leur contribution, en plus, bien entendu, d'avoir été rédigées sur la période concernée par le challenge.

Sujet de satisfaction: Sibylline et moi avons bien élargi le champ des oeuvres découvertes, largement au-delà des six plus connues. Au total, entre livres, nouvelles, articles, biographies, suites, films, BD, ... c'est près d'une trentaine d'ouvrages différents qui ont été chroniqués par au moins un et jusqu'à cinq participant(e)s au Challenge. Et, en comptant un peu plus large que Sibylline, je totalise plus d'une dizaine de rédacteurs-trices de billet pouvant compter comme ayant participé à notre Mois. 

C'est à la fois beaucoup... et peu. Nombre de commentaires sous les billets témoignent d'un intérêt pour les chroniques, mais excluent d'en rédiger. Est-ce la période estivale (un moment où beaucoup de blogs prennent une pause, éventuellement parce que nos lectrices se consacrent plutôt à leurs petits-enfants ou plus largement à leur famille ou aux vacances)? Je pense avoir éprouvé des difficultés à convaincre des lectrices plutôt jeunes et spécialisées dans la "littérature de l'imaginaire" de participer - ou bien, déjà, à leur faire passer l'information. J'ai eu beau tenter de mettre moult commentaires incitant à participer, j'ai l'impression que leurs "petits cercles" sont très fermés, avec des réglages de plateformes qui rejettent ou placent en SPAM les commentateurs/trices non expresséments agréés (plutôt dans une logique de "réseaux sociaux" que de blogs?)? Et c'est vrai que je n'étais le plus souvent guère en mesure d'émettre des commentaires pertinents sur la plupart de leurs lectures.

J'ai aussi l'impression que le fait qu'il n'y ait pas eu d'"actualité Wells" (film, série, nouvelle édition...) sur la période envisagée n'a pas dû contribuer à faire venir d'autres lectrices que celles qui considèrent qu'elles peuvent lire n'importe quel livre n'importe quand, de manière totalement déconnectée de l'actualité (plutôt que "le" livre que "tout le monde", en même temps, "doit" lire). Il n'y a pas eu non plus de synergie, comme je l'aurais espéré, avec le "mois anglais" organisé par quelques blogueuses (pour une quarantaine de participant(e)s?). Peut-être aura-t-on malgré tout "semé" pour l'avenir, et verra-t-on au fil du temps arriver des lecteurs-trices curieux de découvrir ces oeuvres à leur propre rythme, qui liront alors ce que nous avons rédigé durant la contrainte de temps que nous nous étions donnée?

Enfin, H. G. Wells n'est sans doute pas un auteur que l'on lit spontanément beaucoup en 2022. J'ai pris la peine de faire des recherches sur la plupart des blogs de la "blogroll" de dasola (colonne de droite), et n'y ai trouvé que peu de billets contenant son nom. Et pour finir sur un autre regret personnel, je n'ai pas réussi à terminer à temps pour le chroniquer dans le cadre du "mois Wells" le dernier des bouquins de notre auteur que je m'étais procuré. J'en  tirerai peut-être tout de même un billet... une semaine ou l'autre! Malgré tout, avec pratiquement un billet tous les cinq ou six jours durant tout le challenge, je peux quand même être fier de ma propre cadence contributive!

Bref, une fois ces considérations rabat-joie émises, voici donc notre liste de participations.

* Sibylline: L'oeuf de cristal (nouvelle) - L'homme invisible (roman) - L'île du Docteur Moreau (roman) - L'étoile (nouvelle) - Le Cambriolage d'Hammerpond Park et autres nouvelles extravagantes - Au temps de la comète (roman) - L'homme qui pouvait accomplir des miracles (nouvelle) - Quand le dormeur s'éveillera (roman) - H. G. Wells, parcours d'une oeuvre (biographie, par Joseph Altairac)  

* Pativore: L'oeuf de cristal (nouvelle + adaptation TV)  

* Keisha: L'homme invisible (roman) - Les vaisseaux du temps (suite de Wells, par Stephen Baxter)  

* Le bouquineur: L'homme invisible (roman) 

* Kathel: La guerre des mondes (roman) 

* Ingamnic: L'île du Docteur Moreau (roman)

* A girl from earth: Les vaisseaux du temps (suite de Wells, par Stephen Baxter) 

* Gromovar - quoi de neuf sur ma pile?: The Daughter of Doctor Moreau (variation d'après Wells, de Silvia Moreno-Garcia)

* Océane - en tournant les pages: L'homme invisible (roman, édition contenant aussi quelques nouvelles)

* Dasola: C'était demain [Time after times] (film dont Wells est le héros) 

* Ta d loi du cine: La guerre dans les airs (roman) - L'extinction de l'espèce humaine (recueil d'articles) - Miss Waters (roman) - L'homme invisible (roman de Wells & BD de Pantarolo) - Enfants des étoiles (roman) - L'île du Docteur Moreau (roman de Wells & film de Don Taylor) - L'île du Docteur Moreau (BD de Tamaillon & Legars) - Un rêve d'Armaggedon & La porte dans le mur (deux nouvelles) - La machine à explorer le temps (roman) - Les vaisseaux du temps (suite de Wells, par Stephen Baxter) - L'amour et M. Lewisham (roman) - Le pays des aveugles (nouvelles) - Les premiers hommes dans la lune (roman) - La machine à explorer l'espace (suite de Wells, par Christopher Priest) - Futur imparfait (série TV Les enquêtes de Murdochsaison 3, épisode 8) - H. G. Wells, parcours d'une oeuvre (biographie, par Joseph Altairac). 

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Comme c'est le 1er du mois, je liste aussi quelques informations pêchées au cours du mois écoulé...

04/07/2022: le réservoir du virus, en cas de covid long, se trouverait-il dans les intestins? Ça va le faire...

06/04/2022: la chance face au Covid-19 (développer une infection, légère ou grave, ou non), ce serait vraiment "au pif"'... selon une étude.

Une molécule produite par les lamas pourrait protéger contre le covid-19  Et lama pas faché qu'on lui pique sa molécule?

14 juillet 2022: le variant B.2.75 découvert en Inde est à suivre de près. Suivons...

Et tout un feu d'artifice d'infos du 22 juillet 2022:

Le virus du covid-19 creuse des tunnels entre notre nez et notre cerveau (enfin non, c'est plus compliqué: il détourne des fonctions cellulaires pour créer des nanotubes...). Je sens que ça va inspirer nos industriels, qui ont du pif comme chacun sait!

Les femmes résistent mieux au covid-19 que les hommes. Qu'en dirait Rousseau? L'état de nature? Et les transgenres?

Comme je l'avais déjà relevé, les décès encore nombreux du Covid-19 sont passés dans une forme d'oubli (25 000 entre janvier et juillet 2022?). Mais cette fois, c'est l'ex-Conseil scientifique qui le disait dans son dernier avis.

Le gouvernement s'oppose à la réintégration des personnels soignants non vaccinés. Il suit l'avis de diverses autorités (la HAS, le conseil scientifique, l'Académie de médecine), dit-il. Droit dans ses bottes, hein?

Enfin, c'est nouveau, ça vient de sortir: possibles conséquences du vaccin anti-covid19 sur le cycle menstruel? Et c'est maintenant que vous nous le dites?

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jeudi 28 juillet 2022

Les premiers hommes dans la lune - H. G. Wells

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Et voilà que nous arrivons au bout des six titres d'H. G. Wells (en cinq volumes) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) possédais déjà dans ma bibliothèque depuis les années 1980, et que j'ai scrupuleusement relus à l'occasion de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline). Les premiers hommes dans la lune, publié en 1901 en anglais et traduit en français la même année, constitue probablement l'un des premiers "planete opera", ce qui rend le livre éligible au 13e Summer Star Wars proposé par le RSF Blog et aussi, bien sûr, au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque), tout autant qu'au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine).  

P1150424Les premiers hommes dans la lune, Le Livre de Poche N°1430, 254 p. (DL 1965 pour mon édition - avant Apollo 11!). 

Qui sont donc ces "premiers hommes"? Le narrateur, Bedford, avoue être un affairiste, mais ne peut qu'attirer notre sympathie, puisque le plus sûr moyen de gagner de l'argent qu'il imagine d'abord consiste à ... rédiger une pièce de théâtre. Dès le premier jour de rédaction, sa concentration est perturbée par un promeneur trop bruyant. Le quatorzième jour, il n'y tient plus et l'interpelle... Et voici notre binôme de choc (savant + homme pratique) constitué. Le promeneur distrait cherche à mettre au point une substance révolutionnaire, qui serait "opaque à la gravitation". Il n'a jamais vraiment réfléchi à en tirer un éventuel profit. C'est ce qui attire par contre notre compère. Je vous passe les travaux pratiques nécessaires: p.60, après une traversée de l'espace de quelques jours dans une sphère revêtue de "cavorite", ils assistent à un lever de soleil sur la lune. Il faut laisser prise au merveilleux pour savourer ce livre. Un peu comme quand on admet, chez Jules Verne, que les "colons" de l'Ile mystérieuse arrivent à disposer, dans leur île volcanique, de quantité de ressources naturelles (minerais, flore, faune) répondant à leurs besoins et qu'il n'y a plus qu'à transformer "artisanalement". Ici sur la lune, donc, la planète se réveille, l'atmosphère se dégèle, la végétation pousse à toute allure...  Après des jours et des jours d'enfermement, nos premiers hommes à fouler le sol lunaire sautent gaiement, le souffle un peu court... Malheureusement, leurs gambades (sous 1/6 de la gravité terrestre) leur font perdre de vue leur sphère: ils se sont écartés... et ils découvrent qu'il n'y a pas que de la flore. Affamés, ils ont le tort de goûter des champignons inconnus... et se réveillent prisonniers dans les entrailles de cette lune creuse. Alors qu'ils ont réussi à regagner la surface, ils se séparent pour retrouver leur chaloupe de sauvetage terrestre. Au lieu de rendez-vous prévu, Bedford ne trouve qu'un message de Cavor laissant deviner qu'il a été capturé de nouveau (ou pire), et se résoud à sauver sa propre existence en quittant notre satellite avant que toute vie l'abandonne à cause de la nuit lunaire. Il ramène tout de même de leur expédition un bon poids d'or à son retour sur terre. A peine a-t-il eu le temps de le débarquer que la sphère disparaît à jamais (avec un garnement touche-à-tout à son bord...). Après cela, notre Bedford n'a plus guère comme ressource que de publier le récit de son aventure, sous le nom, tiens, d'H. G. Wells. Et fin de l'histoire... ah non, puisque du coup un "radioamateur" avant la lettre l'informe avoir reçu des messages en provenance de la lune: Cavor y est toujours vivant.
Mais je m'arrêterai là.  

J'ai trouvé plusieurs blogs qui ont écrit sur ce livre: Oncle Paul (dernier billet en avril 2021), un vieux billet de Lina Carment. L'article d'Erwelyn évoque aussi le film qui a été tiré du livre en 1919 (Wells ayant été sollicité pour participer au scénario). Du coup, je peux aussi citer pour ce qui concerne le film Bob Morane (blog Glandeur nature) ou encore le blog de Kalev (dernier billet en janvier 2021). 

Enfin, je signalerai que la cavorite a été par la suite réutilisée par au moins un "continuateur" de Wells: Laurent Genefort a écrit Les temps ultramodernes, et un court texte de lui intitulé Abrégé de cavorologie a paru en même temps, à titre promotionnel. Je ne les ai pas lus... encore.

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lundi 25 juillet 2022

Le pays des aveugles - H. G. Wells

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Notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline) touche à sa fin, et il me reste pour ma part trois livres à chroniquer. Dépêchons! Ce livre Le pays des aveugles (Folio N°1561, 182 pages), je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me le suis procuré il y a déjà un mois (le 25 juin 2022), mais je l'ai ouvert et lu le week-end dernier. C'est alors seulement que j'ai constaté de visu qu'il s'agissait, en fait, non pas d'un roman, mais bien d'un recueil de nouvelles, dont celle qui lui donne son nom compte moins d'une quarantaine de pages. Il a en tout cas sa place dans le Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine), et sans doute dans le "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque): les nouvelles que contient ce recueil sont suffisamment variées pour que l'une ou l'autre se rattache à ce thème, même si on est aussi dans le registre du conte, du merveilleux, de l'humour ou du fantastique.

P1150423Je vais donc lister ces nouvelles pour parler de chacune.

* Le pays des aveugles (pp.7-45). La nouvelle (publiée en 1904) se déroule dans les Andes, et le héros en est un guide montagnard (éduqué: il sait lire). Au cours d'une expédition où il accompagnait des Anglais venus faire de l'alpinisme, il tombe dans une vallée légendaire et coupée du monde extérieur depuis des siècles (quinze générations). Atteinte de cécité, la population locale s'est organisée au point de se croire seule au monde et d'imaginer une culture où ne pas "bénéficier" de la vue constitue la norme. Notre guide, Nunez, se raccroche d'abord à l'adage "au pays des aveugles les borgnes sont rois". Cependant, le coup d'Etat auquel il rêve s'avère plus difficile que prévu! Il envisage malgré tout de faire souche dans la vallée, séduit par une jeune fille avenante (aux orbites moins creuses que les autres), mais le sacrifice demandé excède ses forces... La fin du conte est ouverte.

Il semble exister une adaptation théâtrale de cette nouvelle?

Cette description d'une communauté vivant en autarcie et dont, en principe, on ne peut s'échapper m'a fait penser à deux oeuvres de Kipling: L'homme qui voulut être roi [du Kafiristan], bien sûr; mais aussi une autre nouvelle du même recueil, L'étrange chevauchée de Morrowbie Jukes. J'évoquerais également la communauté des Mormons dans l'Utah dans la seconde moitié du XIXe siècle telle que décrite par Conan Doyle dans Une étude en rouge (pure littérature, bien sûr). Enfin, le roman Inoa de Joseph Peyré décrit une cité perdue dans les Andes, protégée par les tribus indiennes locales...

* La porte dans le mur (pp.46-70), et
* Un rêve d'Armaggedon (pp.71-109): 65 pages "stérilisées" (scrogneugneux!), car j'ai déjà commenté les deux nouvelles concernées ("Folio à 2 euros"...) le 26 juin 2022...

* La vérité concernant Peycraft (pp.110-126, nouvelle datant de 1903): ici, le narrateur se revendique d'une arrière-grand-mère hindoue, qui lui a légué diverses recettes et formules. Suite à l'insistance d'un gros raseur, il lui communique un moyen de "perdre du poids". Mais le résultat obtenu n'st pas celui imaginé. Cette nouvelle-là donne davantage dans l'humour et le "merveilleux" que dans la science-fiction (les ingrédients de la recette évoquent furieusement un "brouet de sorcière").

Si je raisonne encore en terme de "littérature comparée", ce conte m'a fait penser au recueil titré Azazel d'Isaac Asimov, où toutes les nouvelles tournent autour de formulations de voeux exaucés trop "au pied de la lettre"... J'avais lu ce recueil il y a quelques mois, histoire de bien vérifier que strictement rien ne concernait la planète Mars dedans.

* L'oeuf de cristal (pp.127-152): une sorte d'antiquaire fait tout ce qu'il peut, en résistant aux pressions de sa famille, pour ne pas vendre un "oeuf de cristal" dans lequel il distingue des images (avec bien plus de facilités que d'autres personnes). Cet oeuf semble être mystérieusement "connecté" à la planète Mars. Erwelyn et Sibylline avaient déjà attisé ma curiosité à propos de cette nouvelle rédigée en 1897, dont je ne vous révèlerai pas la fin.

Cet oeuf peut faire songer aux "palantiri" de J.R.R. Tolkien dans Le seigneur des anneaux. Par ailleurs, dans Les trois yeux, Maurice Leblanc imagine qu'un savant a découvert une substance permettant aux Vénusiens d'envoyer aux Terriens des projections cinématographiques sur un écran ad hoc.

* L'étoile (pp.153-169, nouvelle de 1897). Il se passe des choses du côté de Neptune, selon les astronomes. Dans le ciel apparaît un nouvel astre. Il grandit à une telle allure qu'il devient évident qu'il va impacter notre planète. Wells fait état des cataclysmes (éruptions volcaniques, raz-de-marée, fonte des glaciers...) qui frappent notre malheureuse planète ici ou là avec beaucoup de détachement et sans du tout insister. J'ai bien apprécié le "clin d'oeil" final aux astronomes qui, dans leurs lunettes, n'ont pu en percevoir qu'une infime partie. Sibylline en a parlé, Erwelyn aussi (plus anciennement), ainsi que Bidib.

On songe, bien entend, à l'album L'étoile mystérieuse des aventures de Tintin par Hergé.

* La pomme (pp.170-182): encore un conte, publié en 1896. Au départ plutôt dramatique (massacres de populations en Turquie...), la nouvelle devient assez sarcastique sur la fin. Cette pomme serait celle de la connaissance, en provenance indirecte du jardin d'Eden. Mais aucun de ses propriétaires successifs n'ose y mordre... Et le jeune enseignant à qui elle est échue craint tellement le ridicule qu'il finit par la jeter! Je n'ai pas trouvé de blog qui l'ait commentée.

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jeudi 21 juillet 2022

La machine à explorer l'espace - Christopher Priest / L'amour et M. Lewisham - H. G. Wells

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vous présente aujourd'hui, pour l'un de mes deux ou trois derniers billets dans le cadre de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline), deux livres parlant de deux jeunes couples anglais. Mais les deux oeuvres sont assez différentes! 

P1150419
Folio SF N°69, 443 pages / Folio N°1050, 347 pages

Le second livre de ce billet, L'amour et M. Lewisham, a bien été rédigé par H. G. Wells. Le premier, lui, reconstitue un "chaînon manquant" entre deux des ouvrages d'H. G. Wells. La machine à explorer l'espace a été rédigé en 1976 par Christopher Priest. Seul ce livre-là peut s'inscrire dans le cadre du 13e Summer Star Wars proposé par le RSF Blog et au "10e challenge de l'Imaginaire" (de Ma lecturothèque). Les deux livres pourront par contre participer au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine)

P1150420La machine à explorer l'espace de Christopher Priest, auteur de SF, publié et traduit en français en 1976, reconstitue ce qu'on pourrait nommer un "chaînon manquant" entre La machine à explorer le temps et La guerre des mondes. L'auteur s'est efforcé de restituer l'ambiance et les mentalités du tout début du XXème siècle, époque où sont censées se dérouler les aventures de ses héros. Comment dire? On sent que, si l'auteur a une connaissance théorique des convenances et des conventions de l'époque (interdisant par exemple à un jeune homme de se trouver dans la chambre d'une jeune fille seul avec elle), il ne les "respecte" pas et même s'en moque gentiment. Jamais Maupassant n'aurait écrit ainsi. Bref. Le jeune Edward, voyageur de commerce, imagine (à tort) que le "contact" de celle qu'il prend pour une collègue pourra avancer ses affaires, et ce quiproquo l'amène à... passer la nuit dans la chambre de celle-ci (en tout bien tout honneur!). Leur hôtesse le fiche à la porte dès le lendemain. Par chance, il avait dû avoir le temps de donner son adresse personnelle, à laquelle la demoiselle lui envoie une invitation fort professionnelle. Elle travaille chez un inventeur... et bénéficie de toute sa confiance. Les véhicules à moteur que le savant a inventés ne l'intéressent déjà plus, il est passé à un autre projet. Et que pensez-vous qu'il va arriver? La demoiselle ne peut s'empêcher de "frimer"... (c'est mon interprétation masculine, en tout cas!). Et au lieu de ramener son invité à la gare dans le "véhicule à tout faire", les voici partis... à travers non seulement le temps, mais aussi l'espace: sur Mars. Ils vont y séjourner quelques temps, le temps de découvrir que les humanoïdes locaux travaillent, pour la plupart, comme des esclaves, si ce n'est pire, et d'être pris dans les remous de ce qui semble être une guerre entre cités martiennes (c'est un peu plus compliqué que cela). Toujours est-il qu'ils sont séparés. Quand Edward rejoint enfin Amelia (avais-je dit qu'elle se prénommait Amelia?), celle-ci est devenue l'égérie d'un mouvement visant à la libération des esclaves. Et c'est sous l'amicale pression des esclaves que la messie révolutionnaire et son nain osent enfin "passer à l'acte". Mais attention: l'invasion de la terre par des Martiens vampires se prépare: il est temps pour nos héros de regagner leurs pénates. Les révolutionnaires ayant infiltré la flotte d'invasion, les voici passagers clandestins, puis de retour sur terre, où la guerre va faire rage. Par chance, ils rencontrent un certain M. Wells, qui connaît très bien l'employeur (l'inventeur) d'Amelia. Il suffit donc de réunir leurs talents à tous trois pour contribuer à gagner la guerre (il est vrai aussi que boire le sang anglais ne réussit pas aux Martiens...).

Pour savoir "ce qui s'est passé ensuite", je suppose qu'il faudrait que je lise encore d'autres "continuations"... Je crains de ne pas avoir le temps de le faire avant la fin du "Mois Wells", mais je le ferai peut-être en 2023, dans le cadre d'un nouveau "Challenge de la planète Mars".

En lisant ce livre, je me suis dit qu'il faudrait vraiment que je reprenne l'écriture de nouvelles: après tout, en matière de "pastiches", j'arriverais peut-être à en rédiger, aussi, de pas trop mal?

En tout cas, j''ai identifié plusieurs blogs qui avaient déjà chroniqué ce livre. Liste non exhaustive: Le chien critique. Mr K, du blog Cafards at home. Spooky, du blog Ansible. Jean-Yves, du blog Mondes de poche. Enfin, AcrO, de Livrement, n'a pas aimé ce Priest-là (qu'il a dû lire en diagonale?). 

Passons maintenant à L'amour et M. Lewisham rédigé par H. G. Wells.

P1150421Ce livre a été publié en anglais en 1900 et traduit en français dès 1903. Wells, né en 1866, avait donc la trentaine bien avancée lorsqu'il a rédigé cette fiction sur les débuts dans la vie d'un jeune couple dont les deux protagonistes sont à peine âgés d'une vingtaine d'années. La première page pose que la situation présentée remonte à "il y a dix ans". Mr (Mister, en VO) Lewisham était alors âgé de 18 ans, et déjà jeune étudiant prometteur et qui s'était fixé tout un plan d'étude devant le mener à une carrière dans les sciences, grâce à un travail acharné (il est en même temps employé dans un établissement secondaire). Par malheur surgit une donzelle... mais il ne se passe rien. Deux ans plus tard, l'étudiant (devenu boursier) continue à étudier, croise le chemin du socialisme, mais n'en devient pas moins prétentieux pour autant (il s'imagine déjà leader éclairant la classe ouvrière sur le chemin de la lutte...). Mais quand il recroise par hasard la jeune fille qui lui avait tapé dans l'oeil, ça ne traîne pas: on séduit, on enlève, on épouse! Par contre, la réalité de l'époque est impitoyable: les dépenses d'un ménage de deux personnes excèdent celles qu'une bourse prévue pour soutenir les dépenses d'une personne suffit à peine à couvrir, c'est mathématique. Le jeune héros ne manque pas d'illusions sur sa propre valeur (intellectuelle, mais aussi "sur le marché"). Lorsqu'il cherche à augmenter ses revenus, il prend conscience bien tardivement du fait que son cas (jeune étudiant qui pense que grâce à ses diplômes et certificats les établissements d'enseignement, supérieur ou même secondaire, en pleine année scolaire, n'attendent que lui...) est extrèmement commun... et qu'il n'est pas "seul sur le marché". Ces soucis budgétaires ne sont pas sans répercussion sur la paix du ménage, d'autant plus que M. Lewisham doit aussi compter avec sa belle-famille. Et il lui manque sans doute un peu de dialectique et de cynisme pour répondre autre chose que "c'est pas bien!" à l'escroc jovial (beau-papa...) qui lui expose sa conception de la vie. Illusions perdues... J'ose espérer que, en bon écrivain, Wells n'a pas repris trop de faits autobiographiques, mais a su transposer et transmuter ce que lui-même, étudiant pauvre, avait pu vivre.

Ce récit m'ayant quelque peu fait penser au Petit Chose (d'Alphonse Daudet), lu naguère, j'y ai, du coup, jeté de nouveau un oeil. Le parallèle est moins pertinent que je ne croyais. "Le petit chose" se prend pour un poète, et fait par faiblesse de caractère le malheur de sa famille et de ceux qui l'entourent. Tandis que M. Lewisham se confronte, simplement, à la réalité sociale de son époque. Alors certes, il aurait pu laisser l'amour de côté tant que sa position n'était pas assurée. mais dans ce cas, il n'y aurait pas eu de livre!

Je n'ai pas réussi à trouver de blogs ayant parlé de L'amour et M. Lewisham. Mais j'ai en tout cas trouvé ce livre très "vrai", et bien plus facile à lire que Au temps de la comète que je n'ai pas encore terminé (peut-être parce que les caractères en sont plus petits?). 

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vendredi 15 juillet 2022

L'Ile du docteur Moreau (volume 1) - Tamaillon / Legars (bande dessinée d'après H. G. Wells)

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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fréquente régulièrement à une librairie spécialisée en BD d'occasion, et c'est grâce à l'un de ses vendeurs que j'ai pu mettre la main sur le premier tome d'une adaptation de L'île du Docteur Moreau. Je le chronique donc dans le cadre de notre "Mois Wells" (co-organisé avec Sibylline), même s'il s'agit seulement du tome 1 (sa parution date de moins d'un an, et j'espère que le tome 2 ne tardera pas trop?). Il pourra aussi participer au Challenge "2022 en classiques" (co-organisé par Nathalie et Blandine) et au "10e challenge de l'Imaginaire". Outre celui d'H. G. Wells, un quatrième nom est cité parmi les auteurs après ceux de Stéphane Tamaillon (scénario) et Joël Legars (dessin), à savoir celui d'Anna Conzatti (couleur).

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L'Ile du docteur Moreau, volume 1, éd. Delcourt, coll. Ex-Libris, achevé d'imprimer en août 2021, 48 pages.

Je trouve cette couverture magnifique. A l'intérieur, l'adaptation est très fidèle à l'oeuvre de Wells. Trop, peut-être? Dans les planches que je cite ci-dessous, j'ai essayé de préserver les "mystères" des créatures (alors que l'album, en les dessinant, les "fige" trop précisément, avec un style qui hésite entre le réalisme et l'anthropomorphisme animal. Je pense que je préfère personnellement les planches où les créatures n'apparaissent pas, mais où planent les mystères, plutôt que leur révélation. Mais commençons par le commencement. La transposition en bande dessinée, en s'adaptant aux contraintes (nombre de pages limitées, nombre d'images par pages aussi...) est intelligente, avec deux premières pages du héros perdu en mer (Edward Prendick) presque muettes. Ses relations avec son sauveur ("simplement" Montgomery) sont très fidèles au livre, jusqu'à un moment (un ajout?) où l'on comprend (p.30) que les motivations de ce dernier peuvent être troubles... C'est seulement à ce moment qu'il avertit Prendick qu'il n'est pas recommandé de s'aventurer seul dans l'île mystérieuse du docteur Moreau. 

P1150396 p.27 (traqué... par qui?)

Un bref retour chez Montgomery, un réveil dans sa propre chambre, un affrontement avec Moreau, et voilà Prendick reparti à l'aventure...

P1150397 p.38 (extrait)

...jusqu'à la découverte d'une étrange communauté. Comme je l'évoquais plus haut, j'avoue n'être pas totalement convainu par son traitement graphique (soyons clair: je suis bien incapable de dessiner, à plus forte raison de créer une bande dessinée!). Mais je sais qu'il y a une énorme subjectivité dans l'appréciation d'une bande dessinée, a fortiori lorsqu'il s'agit d'adapter une oeuvre déjà connue sous une autre forme (livre, film...).

P1150398 p.44 (déjà presque la fin de l'album)

Alors que Prendick ne sait plus bien où il en est, on voit surgir Moreau et Montgomery, pour un nouveau face-à-face... et l'album s'achève avant qu'une explication puisse être donnée. Suite et fin dans le prochain épisode (comme précisé p.48). Je relève que, par rapport à mon édition de poche, ce premier volume a couvert 105 pages, et qu'il en reste quelque 137 pour le second.

En attendant, je précise que, chez Delcourt, cette collection Ex-libris (dirigée par Jean-David Morvan) semble ne plus être très loin de la quarantaine d'albums tirés d'oeuvres très diverses, par des dessinateurs qui ne le sont pas moins. Les adaptations sont livrées, le plus souvent, en un seul volume. On y trouve des titres aussi ecclectiques que La guerre des boutons, Les trois mousquetaires, Frankenstein, La ferme des animaux, Tartuffe, Candide... (bref, plutôt des classiques, en fait!).

***

Puisque on est sur de la BD, j'en profite pour montrer ces quelques pages de détournement, au hasard du troisième volume de la série Pacush blues de Ptiluc. L'intéressant est que nos héros rats sont assaillis, sur quelques pages, par des envahisseurs escargots, entre autres délires de cet album... La guerre de deux mondes, quoi. Mais ces molusques gastéropodes voient leur toute-puissance (juchés sur leurs ...tripodes) mise en défaut par un minuscule grain de sable imprévu: la sécheresse! 

P1150393   P1150394

Mises à part cette planche et demi, l'ensemble de l'album (46 pages tout de même), titré L'importance majeure des accords mineurs, est globalement délirant et/ou philosophique. 

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