mercredi 6 janvier 2016

J'aime pas la retraite - Patrick Pelloux et Charb

A une question sur une éventuelle reformation de leur groupe, Georges Harrison répondait dès les années '80 quelque chose comme: "On reformera les Beatles quand John [Lennon] ne sera plus mort" [j'ai pas réussi à retrouver la citation originale!]. Pour ma part (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), je ne prévois pas, à ce jour, d'arrêter d'acheter chaque semaine Charlie Hebdo. En 2015, j'ai acheté et lu tous les numéros parus après le 7 janvier, sans exception. J'ai aussi acheté un certain nombre des livres parus ou reparus (des auteurs disparus). Cette année et encore beaucoup de suivantes j'espère, sans m'abonner, je demanderai en kiosque numéro après numéro. Pas forcément par adoration pour le contenu de Charlie Hebdo en cette année 2016 (quoique), mais davantage, je dirais, par un "devoir de mémoire" que je me donne à moi-même, pour Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski et les autres. Il me reste à chroniquer mes lectures de leurs oeuvres pour poursuivre mes hommages débutés en 2015, aussi longtemps que dasola continuera à m'autoriser à squatter son blog.

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J'aime pas la retraite (dessins de Charb, textes de Patrick Pelloux) prend place dans une collection des éditions Hoebeke. Mon édition de ce livre paru en 2008 est une réimpression de 2014. D'autres titres "J'aime pas..." ont été dessinés par Luz, Trez, Riss, Florence Cestac, Lefred-Thouron (bien vivants!) ou Charb lui-même. Comme souvent, l'humour de Charb est plutôt noir, dans ses 29 gags en 1 page (parfois d'un seul dessin) et dans ses 3 doubles pages, et fait plutôt ricaner que rigoler (il faut aimer). Les vies qu'il montre, laborieuses ou "retraitées", ne font pas forcément envie. Pelloux, lui (qui, par ailleurs, a annoncé il y a déjà plusieurs semaines la fin programmée de son billet hebdomadaire dans Charlie Hebdo), alterne les textes pessimistes et optimistes dans ses 9 chroniques. J'apprécie particulièrement les deux pages dessinées par Charb ci-dessous, pour leur regard "cruel" sur la vie de couple après la retraite. Mais il ne s'agissait que de dessins, d'humour! A ma connaissance, aucune association de retraités n'a éprouvé le besoin de s'attaquer (faire un procès...) à Charb pour cela. Pour ma part, je continue à juger intolérable de l'avoir privé, lui-même, d'une longue vie de sexa-, septa-, octo- (et plus peut-être...) -génaire, lui qui avait quelques années de moins que moi...

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Je ne résiste pas à retranscrire le texte (provocateur) de la 4ème de couv' (cosigné Patrick Pelloux et Charb):
"Bien sûr que nous sommes partisans de la retraite, mais on ne veut pas rouiller n'importe comment. Or désormais, hélas, l'ancienneté ne paie plus. Financièrement, c'est le grand bond en arrière: nous voilà avec des ressources faméliques, pires que lorsqu'on était ce qu'on ne sera plus jamais, jeunes et beaux. Et socialement, c'est la Bérézina: hormis dans les transports publics qui nous accordent une place assise, on est sommé de circuler, et vite, sans broncher, comme s'il n'y avait plus rien à voir.
C'est cette retraite-là qu'on déteste, celle qui détourne de la vie, isole, reproduit et amplifie les inégalités. Tant que la retraite ne sera pas synonyme de bien vivre, nous la combattrons! Et jusqu'à ce que mort s'ensuive s'il le faut: mieux vaut encore partir la tête haute que les pieds devant."

*** Je suis Charlie ***

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lundi 21 décembre 2015

Poison City (second tome) - Tetsuya Tsutsui

Ceci est un second billet signé ta d loi du cine, squatter chez dasola, sur cette "mini-série" manga dont le thème m'avait accroché (cf. ma chronique du T.1). Ce second tome étant finalement sorti le 10 décembre 2015 (et non le 3 comme prévu), je reste dans les temps par rapport au délai que j'avais annoncé!

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Nous avions laissé notre mangaka (auteur de manga) en pleine discussion avec un éditeur américain. Sans raconter tout ce qui se déroule dans ce dernier volume, glosons qu'il donne une vision plutôt déprimante de ce que risque de devenir la création artistique (nous sommes bien dans une oeuvre "d'anticipation" puisque l'action se déroule en 2019). Je suppose que, pour Tetsuya Tsutsui, la question est de savoir si nous nous nous trouvons dès aujourd'hui, ou non, dans l'emballement d'un processus devenu non-maîtrisable (point de non-retour dépassé, comme pour le réchauffement climatique - le rapprochement est de moi!). Ce 2019 ressemble quand même beaucoup à un monde insidieusement sous contrôle: jugement sans appel sur des éléments subjectifs et non plus objectifs, sur des intentions supposées à partir de simples images; des instances décideuses qui refusent toute remise en cause de leur fonctionnement; un auteur stigmatisé comme un véritable coucou; et accessoirement des serveurs internet, normalement accessibles à toute la population, qui "plantent" à un moment crucial. Peut-être malheureusement que, s'il n'y a pas de prise de consciences des lecteurs permettant que dès aujourd'hui le public reconnaisse que les changements mis en évidence dans Poison City représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines (japonaises ou autres), alors ce qui apparait comme exagérément pessimiste sera simplement prémonitoire. Rendez-vous en 2020 pour voir... 

lundi 14 décembre 2015

C'est quoi ce travail? - Luc Joulé et Sébastien Jousse

[Ceci n'est pas un billet de dasola, mais de ta d loi du cine, "squatter" sur son blog]

Un vacarme de machine, et ces machines en action en gros plan. Où sommes-nous, que se passe-t-il? Et puis la caméra élargit le champ, nous voyons un micro au bout d'une perche, et Nicolas Frize les écouteurs aux oreilles. Ce film, C'est quoi ce travail?, est l'aboutissement d'une "performance" artistique, la captation des "bruits" (les sons, mais aussi les mots) d'une usine automobile (l'usine PSA Peugeot Citroën à Saint-Ouen [93]), où le compositeur s'est immergé de 2012 à 2014 pour en tirer une oeuvre musicale. Le film montre donc son travail créatif. Mais pas seulement. Le reportage sur l'artiste créant son oeuvre "en résidence" ouvre aussi la parole des ouvriers (et ouvrières) à leur poste de travail, au "contremaître", au mécanicien des robots ("outilleur")... Chacun a son histoire (plus ou moins d'années en poste), et sa dignité concernant son travail (même s'il est alimentaire - il faut bien gagner de quoi faire manger les enfants!). On voit que, dans cet univers mécanique, il y a la place accrue du robot, mais toujours le facteur humain (vérifier que le robot ne "déraille" pas, avoir des réparateurs qui "tournent" et vérifient en permanence...). Certains sont fiers d'apporter leur touche personnelle (rangement minutieux des pièces usinées en sortie de chaîne, pour l'un; choix des modalités d'exécution et de l'ordre des opérations pour le tourneur-fraiseur qui doit réaliser une pièce n'existant encore que sur le papier; ou même l'apport de plantes en pot qui font apparaître un peu de verdure dans cet univers métallique...). Ils sont interviewés et se livrent avec pudeur; mais ils deviennent aussi témoins et "exécutants" de la musique de leur usine (habituellement, leurs oreilles sont protégées - d'où un peu d'émerveillement quand Nicolas Frize leur fait "entendre", avec son matériel, ce que chante leur poste). J'ai notamment relevé parmi les dizaines d'interviews le "rôle" du contremaître exprimant à peu près quelque chose comme: "je vais pas dire que je les aime. Mais je veille à eux, c'est mon équipe et c'est mon boulot. Je dois leur faire passer les messages de la direction même si je ne suis pas d'accord. En contrepartie, je fais remonter leurs remarques: ce sont eux qui sont "sur le terrain" et qui peuvent savoir". Ce que c'est que ce travail? On comprend qu'il ait fallu des mois pour mettre en harmonie la cacophonie, on voit le compositeur accorder des chutes de métal brut pour en faire une sorte de xylophone. Les scènes de répétition (mise en place du rythme de la récitation poétique) pour la représentation finale m'ont rappelé Léonard Bernstein* que j'avais vu à la télé dirigeant une répétition de West Side Story en studio. Comme des silences dans la musique, interviennent vers la fin les temps de pause, avant une sorte de marée humaine, d'invasion (appropriation?) des lieux par les familles endimanchées, pour la représentation finale, suivie (symboliquement) de la sortie de l'usine.

Ca ne peut guère se raconter, il faut le voir et l'entendre. Sorti le 14 octobre à Paris, C'est quoi ce travail? passe encore cette semaine, dans une unique salle à Paris, à une seule séance hebdomadaire, ce lundi 14/12/2015 après-midi. J'espère que ce beau film ne tardera pas à connaître d'autres modes de diffusion.

C'EST QUOI CE TRAVAIL ? - Bande annonce from Shellac Sud on Vimeo.

* Oups, j'avais écorché son nom... Merci Miriam!

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mercredi 2 décembre 2015

Poison City (1er tome) - Tetsuya Tsutsui

Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me glisse entre deux de ses billets pour présenter un manga dont le 1er tome m'a accroché et amené à "essayer" la chroniquette ci-dessous. Le second volume doit paraître demain 3 décembre: je tâcherai de le lire et de le chroniquer à son tour avant la mi-décembre!

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Dresser la chronologie du "seinen manga" Poison City (éditions Ki-oon) n'est pas simple. Dessinateur et scénariste, Tetsuya Tsutsui a mis en abyme fiction, réalisme et réalité dans cette oeuvre qui s'intéresse au milieu du manga au Japon. Sur 400 propositions qu'y reçoit chaque année une Maison d'édition, seules une vingtaine aboutiront à la publication d'une oeuvre, d'abord en magazine, puis, si le succès s'installe, en albums brochés (dont les royalties constitueront le gros de la rémunération de l'auteur, peu payé pour les planches originales publiées en magazines). Et si les droits sont achetés pour une publication à l'étranger, cela peut constituer le jackpot. Pas de droit à l'erreur, donc. Tetsuya Tsutsui a souhaité attirer l'attention du lecteur sur le risque que la liberté artistique se voie brider par des considérations morales, avec des "experts" qui s'arrogeraient un jour le droit de décider ce qui peut être vendu au public ou non. En 2019 (c'est demain!), le Japon s'apprête à accueillir le monde pour les Jeux olympiques, avec souci d'image à la clé. Cinq ans plus tôt, dans l'univers fictionnel, Mikio Hibino, jeune assistant mangaka, s'apprête à publier ses premières propres planches dans le mensuel (fictif) Young Junk (jeune bric-à-brac ?). Juste avant la parution, souci pour lui et son éditeur: un fait divers risquant d'être lié à l'histoire qu'il a dessinée, il doit la corriger. L'univers du manga commence donc à s'autocensurer. Retour dans le présent (fictif): pour être visible en librairie, les mangas passent sous les fourches caudines d'une commission animée par un puritain, ancien Ministre de la culture. Sans son visa, l'oeuvre est classée comme "déconseillée" ou même "nocive pour la jeunesse"... "Dans la vraie vie", Tetsuya Tsutsui avait appris par hasard, en 2013, que son manga Manhole avait été classé en 2009 comme "oeuvre nocive pour la jeunesse" dans le département de Nagasaki. Prépublié à partir du 10 avril 2014 dans le magazine Jump Kai, Poison City doit être transféré à partir d'octobre 2014 sur internet. Le 3 juillet 2015, l'oeuvre est distinguée en France par l'association des critiques de bande dessinée. Tetsuya Tsutsui a calligraphié ses remerciements pour ses "lecteurs français qui ont toujours soutenu son travail" le 10 juillet. Poison City nous montre différents échanges entre l'auteur, son responsable éditorial, les patrons de la Maison d'édition: un décryptage passionnant des dessous réels (notamment économiques) de l'univers du manga, et des contraintes qui pèseront peut-être demain sur la créativité: il faudrait la mobilisation des fans pour que le report reste minoritaire. A la fin du T.1 de Poison City, un éditeur américain (et pourquoi pas français?! NDLR) arrivait pourtant avec une proposition alléchante. Le dernier chapitre du second tome a été livré au Japon le 9 octobre. Ici, on l'attend avec impatience: rappelons qu'en France, la loi du 16 juillet 1949 avait instauré une Commission de surveillance et de contrôle pour les publications destinées à la jeunesse. Et aux Etats-Unis, dans les années 1950, le psychiatre Fredric Wertham a été à l'origine de la faillite de la plupart des éditeurs de "comics" américains, suite à la publication d'un livre liant lecture de comics et délinquance juvénile. Ne laissons pas Anastasie réaffuter ses ciseaux...

PS: merci à dasola pour les photos.
PS2: chronique du T. 2 le 21/12/2015.

dimanche 25 janvier 2015

Je hais les petites phrases - Honoré

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Ma commande passée le 8 janvier 2015 chez l'une de mes librairies de quartier du livre d'Honoré Je hais les petites phrases, Charlie Hebdo / Editions Les Echappés (2011, 112 pages) est arrivée en fin de semaine dernière.

Extrait de la 4ème de couv': "Des petites phrases, degré zéro de la pensée, en français approximatif, creuses ou vulgaires, à l'image de la vie politique des années Sarkozy: Je hais les petites phrases dresse une galerie de portraits pris sur le vif des meilleurs paroliers du quinquennat, où le dessin révèle les sous-entendus les plus inavouables."

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne prêtais certainement pas assez attention aux dessins carrés d'Honoré quand j'achetais Charlie Heddo, quelques rares fois par an (à l'occasion de voyages en train, en général), et je le regrette, ô combien, aujourd'hui.

Publié avant la fin de l'unique quinquennat de Nicolas S., cette sélection de dessins publiés dans l'hebdomadaire fait la part belle aux ministres ou personnalités de droite (le Président apparaît lui-même 11 fois, suivi par Mme Lagarde (10 occurrences), Fillon (6 dessins), Woerth (5 portraits), mais aussi Boutin ou Amara (4). S'y ajoute un peu de société civile (Laurence Parisot 3), mais aussi quelques religieux catholiques (le Pape, des évêques) ou des mises en situation de musulmans voire musulmanes... Méconnu, Honoré dessinait bien en véritable iconoclaste.

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Je trouve que le style de dessin d'Honoré fait penser à de la linogravure: format du dessin carré ou rectangulaire, traits épais, décors géométriques en arrière-plan souvent composé de lignes droites. Comme on le remarque ci-dessus, les dessins sont en fait constitués de trois éléments: en haut, en rouge et entre guillements, la "petite phrase" servant de prétexte à Honoré (avec toujours son auteur crédité). Le dessin lui-même, généralement statique. Et en queue, le venin (quelques mots faussement attribués au personnage, ou un commentaire de situation...). Les types de portraits sont variés: de face ou de profil, du plan italien au plan poitrine en passant par le plan taille. On peut aussi voir deux personnages qui échangent, ou bras-dessus-bras-dessous. Parfois est caricaturée une situation outrée: Lagarde sautillante, Bayrou en écorché ou Villepin râlant au croc. Anecdotiquement, sont représentés des animaux: nounours, trois (cul de) vaches, un magnifique canard mandarin polychrome. Les vignettes de ce livre sont le plus souvent en noir et blanc, très rares sont celles comportant un applat monochrome, et seuls 3 dessins sont égayés de deux couleurs (j'ignore ce qu'il en était des parutions originales dans Charlie, ou si ces couleurs sont spécifiques au livre). On pourrait noter enfin que, à l'époque de parution, la gauche était à la portion congrue: peu visible, peu visée? Valls apparaissait dans 3 dessins peu flatteurs, Rocard 2 fois, DSK et Hollande 1 fois chacun... Je suppose que des ouvrages reprenant des dessins plus récents ne manqueront pas d'être publiés?

Pour l'anecdote, j'en profite pour signaler avoir demandé ces derniers temps, dans deux librairies différentes, pourquoi il n'y avait pas une table dédiée aux livres des six journalistes (dessinateurs ou chroniqueurs) assassinés, et avoir obtenu des réponses très similaires: "on s'est posé la question / j'y ai réfléchi; ça m'a / ça nous a mis mal à l'aise : ça aurait fait un peu... [le mot juste a un peu de mal à sortir: opportuniste? vautour? commercial]; on va laisser passer un peu de temps; si on nous en demande, on répond bien sûr; tous leurs titres ne sont pas actuellement disponibles".

En conclusion, un dernier dessin papillonnant d'Honoré, illustrant cette fois un autre livre (tout juste acheté), de Bernard Maris (Oncle Bernard), Petits principes de langue de bois économique, Bréal / Charlie Hebdo, 2008 (billet à venir) [chroniqué le 27/02/2016].

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*** Je suis Charlie ***

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dimanche 18 janvier 2015

Le grand Duduche... - Cabu

Ca y est, j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) relu mes 5 volumes (acquis dans les années '90):
Le grand Duduche, Dargaud (T.1), 1984 (1ère éd. 1967)
Le grand Duduche "il lui faudrait une bonne guerre" (T.2), Dargaud, 1974 (1ère éd. 1972)
"Passe ton bac, après on verra!"(T.5), éditions du rond-point, 1980
Le grand Duduche: à bas la mode (T.7), Dargaud, 1981
Le grand Duduche et la fille du proviseur (T.8), Dargaud, 1982

Je n'ai pas dans ma BDthèque, à ce jour, L'ennemi intérieur (1ère éd. 1973, Le Square, rééd. Dargaud, 1982), ni Le grand Duduche en vacances (1ère éd. 1974, Le Square, rééd. Dargaud, 1980), ni Maraboud'ficelle (1ère éd. 1980, Dargaud). Je les aurais bien croisés un jour ou l'autre... Au gré des bouquinistes... J'étais pas pressé... Y avait aucune raison, aucune urgence...
Pour chacun des albums ci-dessous, j'ai essayé d'évoquer d'une phrase qui me soit propre celles des planches qui ont le plus attiré mon attention à ma relecture suivie.

Le grand Duduche (tome 1)

 

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Le grand Duduche au lycée éclaté. Le grand Duduche veut casser la figure à la concurrence. Le petit Duduche est ami des bêtes. Le grand Duduche conduit mal. Le grand Duduche est végétarien. Le grand Duduche hurle à l'oreille des vieux. Le grand Duduche rit de la guerre (14-18). Le grand Duduche aime Victor Hugo. Le grand Duduche fait le flic. Le grand Duduche rend sa copie en retard [je crois]. Le grand Duduche engraisse un porc (et l'animal en perd la tête). Le grand Duduche fait chanter au suicide. Le grand Duduche sauve un noyé. Le grand Duduche rêve à l'avenir. Le grand Duduche fait voir le loup. Le grand Duduche joue au beatnik. Le grand Duduche innocent est puni. Le grand Duduche enquête sur la jeunesse. Le grand Duduche prétend danser. Le grand Duduche passe par le cimetière: "bon sang, que c'est chouette de penser que les autres sont en cours...". Le grand Duduche passe au large de la boite à bac. Le grand Duduche s'apprête à partir en vacances.

Le grand Duduche "Il lui faudrait une bonne guerre" (tome 2)

Le grand Duduche joue au chat. Le grand Duduche imite les CRS. Le grand Duduche fait l'éloge de la paresse, sauf... Le grand Duduche planche sur le stupre. Le grand Duduche examine le monde en mutation. Le grand Duduche participe au débat. Le grand Duduche est responsable (de la classe). Du balai pour le grand Duduche. Le grand Duduche veut construire un bunker (de survie). Le grand Duduche réforme l'enseignement. Le grand Duduche se met au vert. Le grand Duduche est à la porte. Le grand Duduche fan de Johnny. Le grand Duduche a tagué. Le grand Duduche compte la minute (de silence). Le grand Duduche illustre les relations profs-élèves. Le grand Duduche répète. Le grand Duduche attend les circulaires. Le grand Duduche met les pieds dans le plat (à gâteau). Le grand Duduche joue les chevaliers servants. Le grand Duduche cauchemarde.

 

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 "Passe ton bac, après on verra!" (tome 5)

 

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Préface (texte intégral - 11 lignes): "Cet ouvrage compte 64 pages sous une couverture illustrée en couleurs. Il comporte 436 dessins représentant au total 2006 personnages et animaux, dont 237 fois le Grand Duduche. Les originaux des dessins, des couleurs, des textes et de la maquette ont été conçus et réalisés à la main par Cabu. Il y a un scénario de Reiser et une préface de Delporte.
C'est un très bel album. Achetez-le."
L'irrésistible ascension du grand Duduche (en 16 dessins). Le petit Duduche fait de la bicyclette. Le petit Duduche est perdu à Paris. Le grand Duduche dans la voiture de papa. Le grand Duduche fume. Le grand Duduche varie les décors. Le grand Duduche au parloir. Le grand Duduche enregistre les maths. Le grand Duduche évoque quelques têtes de profs. Le grand Duduche écrase le tube.

Le grand Duduche: à bas la mode (tome 7)

Le grand Duduche voudrait éviter de macadamiser de bonnes terres. Le grand Duduche repasse une page rafraîchissante parue dans le T. 5. Le grand Duduche trouve que c'est dur d'être militant. Le grand Duduche manifeste au printemps confisqué. Le grand Duduche en a trop fumé. Le grand Duduche regarde passer le Tour de France. Le grand Duduche s'occupe d'handicapés. Le grand Duduche se fait sonder. Le grand Duduche veut vivre heureux, caché loin des projecteurs (c'est pas gagné). Le grand Duduche ne peut pas piffer le rock. le grand Duduche ne veut plus jouer les Ménie Grégoire. Le grand Duduche prêche la mauvaise nouvelle. Le grand Duduche a les bonnes combines pour se faire réformer. Le grand Duduche affronte le jugement dernier.

 

 

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Le grand Duduche et la fille du proviseur (tome 8)

 

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Le grand Duduche soutient la lingère du lycée. Le grand Duduche calcule la fille du proviseur. Le grand Duduche fête la victoire de la gauche. Le grand Duduche pose des problèmes au proviseur. Le grand Duduche boutonneux. Le grand Duduche avait peur d'être asocial. Le grand Duduche se convertit carrément en étudiant islamique. Le grand Duduche fait la foire. Le grand Duduche devient sectaire. Le grand Duduche en bagarre pour la politique. Le grand Duduche se heurte à "papa veut pas". Le grand Duduche rêve de SuperDuduche. Le grand Duduche ferme son entreprise. Le grand Duduche démontre que le 3e âge peut se rendre encore utile. Le grand Duduche prépare un journal de lycée.

Depuis la parution de ces albums, on croise le grand Duduche pour un dessin par-ci-par-là, ou pour toute une bande, en général dans Le Canard enchaîné. Le plus souvent, lors de ses repas de famille, le grand Duduche (contestataire) se gausse de la partie "La manif pour tous" conservatrice de celle-ci...

Voici la dernière "bande" que j'ai relevée dans ma série (Le Canard Enchaîné n°4914 du 30/12/2014, p.7).

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Le grand Duduche, c'était un peu Cabu.
Le personnage du grand Duduche est éternel.

*** Je suis Charlie ***

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lundi 12 janvier 2015

Pandas dans la brume - Tignous

En 2010, Tignous a publié Pandas dans la brume, un album de 60 pages de BD (drugstore / Glénat). Le thème (prétexte), c'est qu'il ne reste plus, en 2010, que 1600 pandas en "liberté" en Chine. Il s'agit de gags d'une planche, très rarement sur deux planches ou avec deux voire trois planches qui se répondent. L'album était en vente au salon Marjolaine en 2011, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'y avais acheté (le stand où j'étais bénévole était voisin de celui du WWF) [voir dédicace].

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Je me permets de citer les Directeur Général et Président (de l'époque) de WWF France ("lettrés" par Tignous en page finale): "Quand Tignous nous a proposé d'associer le WWF à son projet, nous avons tout de suite été séduits par cette idée aussi originale qu'insolite. Le WWF est une organisation scientifique caractérisée par son sérieux, traitant de sujets environnementaux (...). Mais face aux crises que nous traversons, l'humour peut parfois être un bien meilleur porte-parole. Brillant, percutant, provocateur, grinçant, insolent, choquant... Un humour décoiffant qui offre un bel hommage à nos derniers pandas. Tignous est leur ami."

Je ne vous scanne aucune planche dans le présent article. J'espère vous donner envie d'acheter l'album. Lisez-le (s'il vous plaît). Mais je vais en décrire trois, bien provocatrices.

Terre d'accueil (p.24): un panda amène une enveloppe à un autre.
"- Tiens, t'as du courrier!"
"- Ah! ... Ca vient de France!... ... ce doit être la réponse à ma demande de droit d'asile!... ... Les salauds... Regarde-moi ça!"
Monsieur, La Bambouseraie d'Anduze ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

Jeûne (p.15): deux pandas, assis dans une bambouseraie, du bambou dans les griffes:
"- Le panda passe 14 heures par jour à bouffer", rigole l'un.
"- Qu'est-ce qu'on se ferait chier si on faisait ramadan!", rétorque l'autre.

Danger (p.36): deux pandas discutant, de dos:
"- On ne pense qu'à nous. ... Mais il y a bien d'autres espèces en voie de disparition.
"- Y a l'orang outan (...) le tapir... [longue énumération à deux voix] (...) - Le tigre - Le tapir - déjà dit!"
de face, un panda hilare à un panda courroucé:
"- ... les profs de l'enseignement public!"

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 9 janvier 2015

8e bloganniversaire (mise à jour du Tableau) - Charlie

Pour le 8e anniversaire de création du blog de dasola, j'ai (ta d loi du cine, 'squatter") effectué une mise à jour (jusqu'au 08/01/2015 inclus) du tableau figurant dans le 1200e billet à la date du 08/09/2013 (les explications y figurent aussi). Certains chiffres ont varié à la hausse, d'autres à la baisse...  comme il est logique (et certains restent à finaliser - parce que j'ai changé de priorité).

 

A

B

C

D

E

F

G

H

I

J

2007

328

114

114

53

897

53

765

27

431

39

2008

188

254

198

117

1950

82

1735

46

1188

79

2009

178

323

202

140
142

2253

69
66


2016


40


1461

85

2010

172

348

165

144
151

2401

45
42


2199


32


1716

84
86

2011

129

291

108

108
120

2216

31
27


2067


19


1722

53
56

2012

119

277

98

95
122

2040

22
15


1904


14


1729

51
60

2013 

124
86

318
260

107
77

 142

2356
1485

24
4


1323

14
4


1289

55
51

2014 

131

253

56

242

2615

9

 

 9

 

32

2015 *

2

50

3

-

62

 -

 

 -

 

3

Total

1372
1200

-

1050
962

-

16790
13242

331
289

12009

182

9536

456

* Au 08/01/2015 (comme tous les chiffres du tableau d'ailleurs)

J'attends de pied ferme les commandes de blogueurs-euses (sous canalblog!) qui souhaiteraient que j'analyse leurs chiffres de commentaires... On arrivera bien à s'entendre sur le prix!

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Par ailleurs, ci-dessous simplement la liste des quelque 45 BD, recueils de dessins de presse et autres ouvrages que j'ai accumulés (en 25 ans) de Cabu, Charb, Tignous, Wolinski (pour Honoré, ma commande est en cours), extraits un par un de ma vaste BDthèque.

La maîtresse des lieux m'autorisera bien à en chroniquer prochainement quelques-uns pour être Charlie sur le blog de dasola...

Cabu:

Le grand Duduche, Dargaud, 1984
Le grand Duduche "il lui faudrait une bonne guerre", Dargaud, 1974
A bas toutes les armées, Editions du square, 1977
Le journal de Catherine, Dargaud, 1982
Catherine saute au paf!, éditions du square, 1978
Les aventures de Madame Pompidou, Editions du square, 1979
Camille-le-camé contre mon beauf, Albin Michel / Le square, 1980
"Passe ton bac, après on verra!", éditions du rond-point, 1980
Le grand Duduche: à bas la mode, Dargaud, 1981
Le grand Duduche et la fille du proviseur, Dargaud, 1982
Votez mère Denis, Le square / Albin Michel, 1981
Showbiz, Albin Michel, 1986
A consommer avec modération (mon beauf 4), Albin Michel, 1989
Les nouveaux beaufs sont arrivés, Le cherche-midi éditeur, 1992 (préface de Cavanna)
Adieu Tonton, L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1992
Responsables mais pas coupables!, L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1993
Secrets d'Etat, Albin Michel, 1994
A votre bon coeur! (l'Abbé Pierre chez les exclus), L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1995
Les aventures épatantes de Jacques Chirac, L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1996
Chirac flippe, L'Archipel, 1996
Grossesse nerveuse, Le cherche-midi éditeur, 1995 (préface de Philippe Val)
Le retour du grand blond, L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1997
Etre ou ne pas être beauf (manuel à l'usage des contemporains des beaufs), Editions du Layeur, 2007

Charb:

Je suis très tolérant!, Soleil, 1996
Police partout, Bichro éditions, 1998
Le capitalisme en 10 leçons, La Découverte (Zones), 2012 (texte de Michel Husson)
La vie de Mahomet (par Charb & Zineb), 1ère et 2ème parties, Hors-séries de Charlie Hebdo, 2013

Honoré:

Je hais les petites phrases, Charlie Hebdo / éditions Les échappés, 2011

Tignous:

Pourquoi faire simple..., La Découverte, 1993
Tas de pauvres, Denoël, 2000
Pandas dans la brume, Glénat / drugstore, 2010

Wolinski:

La vie compliquée de Georges le tueur!, éditions du square, 1970
C'est dur d'être patron, Editions du square, 1979
A bas l'amour copain!, Albin Michel, 1982
Mon corps est à elles, Dargaud, 1982
Junior, L'Echo des Savanes / Albin Michel, 1983
On ne connaît pas notre bonheur, Dargaud, 1983
Le programme de la droite, Denoël, 1986
Je ne pense qu'à ça!, Glénat, 1986
Bonne année, Denoël, 1987
Il n'y a plus d'hommes!, Flammarion, 1988
J'hallucine!, Flammarion, 1991
Vous en êtes encore là, vous?, Albin Michel, 1992
Scoopette (la nympho de l'info), Canal+ éditions, 1994
Trop beau pour être vrai, Albin Michel, 1998
+ quelques dessins repris dans l'album collectif 25 ans de dessins à L'Etudiant, 1975-2000

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lundi 29 décembre 2014

L'embranchement de Mugby - Estelle Meyrand / Rodolphe (d'après Charles Dickens)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais même pas le nom de L'embranchement de Mugby parmi les oeuvres de Charles Dickens (comme tout le monde, quand j'entends "Conte de Noël" pour cet auteur, je pense à Scrooge, le vieil avare métamorphosé par des apparitions la veille de Noël [lu en bibliothèque verte dans mon jeune temps...]). 

Dans le décor sinistre d'une sorte de gare de banlieue, de nuit, un unique voyageur descend au bout d'un quai désert, chapeau melon, pardessus, cache-nez, sous une lumière blafarde (et des couleurs très froides). Seule petite lueur (timidement chaude): le "lampiste" de la gare, qui le recueille puis lui indique un hôtel. Le lendemain, ce voyageur avec bagages erre dans la (petite) ville, en s'interrogeant sur son passé et son avenir. Lui aussi est comme la ville bien entendu, à une croisée des chemins, entre la vie de patron (de Barbox Frères) sûr de lui qu'il a mis 20 ans à devenir, et ce qu'il va advenir du pauvre cocu ayant perdu femme et raison de vivre qu'il est désormais. Il croise un chien errant, et une jolie maison colorée, en sortie de la ville, où une jeune fille alitée lui fait signe d'entrer. C'est la fille du lampiste. Elle lui suggère d'explorer les 5 destinations possibles à partir de Mugby... Il fera ses choix au terme de ses voyages, plus ou moins remplis d'allégories et de surprises.

P1000608

Cette bande dessinée m'a fait penser à l'univers du dessin animé L'illusionniste. J'en ai beaucoup apprécié le dessin et le traitement en couleurs directes (voir quelques planches sur le blog de CapOCapesDoc; Allie en parle aussi très bien). Elle est parue récemment (enfin, je trouve: en 2010, pour l'édition originale chez Delcourt), avec un scénario de Rodolphe (d'après le conte de Noël de Charles Dickens), et des dessins d'Estelle Meyrand. Ces deux auteurs avaient déjà collaboré 2 ans plus tôt sur Un conte de Noël. Je n'ai jamais croisé leur version, mais je pense que je prendrai la peine de la chercher en 2015.

P1050194 Tout à fait incidemment, le train sur la 4ème de couverture m'a fait penser au Transperceneige. Est-ce un clin d'oeil? C'est Lob qui avait conseillé à Rodolphe d'entrer en BD.
Merci à dasola pour les photos.

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lundi 8 décembre 2014

La jungle - Upton Sinclair / La jungle - Jérôme Equer

Les deux livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ne sont pas des contes pour enfants. Dans les deux cas, la jungle peut plutôt s'entendre dans le sens d'un univers impitoyable qui soumet les malheureux à ses lois.

J'ai hérité du roman La jungle d'Upton Sinclair (Le livre de Poche, trad. Anne Jayez et Gérard Dallez, 2011, 527 pages) qui est tombé des mains de dasola à sa 1ère tentative de lecture. Et je ne le regrette pas. C'est en 1906 qu'Upton Sinclair (1878-1968) a écrit The jungle, qui l'a rendu célèbre et/mais qui a fait scandale. L'ouvrier Jurgis Rudkus, fraîchement immigré de Lituanie (attiré par le mirage américain) avec toute sa parentèle, est embauché dans une usine des abattoirs de Chicago, où règne la main invisible du "trust de la viande". La famille sera broyée par le système du capitalisme sauvage étatsunien.

Extrait du livre (p.57): "Chacun d'entre eux était un être à part entière. Il y en avait des blancs, des noirs, des bruns, des (...), des vieux et des jeunes. Certains étaient efflanqués, d'autres monstrueusement gros. Mais ils jouissaient tous d'une individualité, d'une volonté propre; tous portaient un espoir, un désir dans le coeur. Ils étaient sûrs d'eux-mêmes et de leur importance. Ils étaient pleins de dignité. Ils avaient foi en eux-mêmes, ils s'étaient acquittés de leur devoir toute leur vie, sans se douter qu'une ombre noire planait au-dessus de leur tête et que, sur leur route, les attendait un terrible Destin. Et voilà qu'il s'abattait sur eux et les saisissait par les pattes".
Il s'agit des cochons à l'abattoir bien sûr, comme le seul mot que j'ai enlevé, "tâchetés", vous l'aurait déjà fait comprendre...

Pour ma part, cette oeuvre m'a fait penser à différents titres "sociaux" (pour ne pas dire socialisants) que j'ai pu déjà lire de Jack London, tout à fait contemporain (mort en 1916, son personnage est décrit vers la fin du livre). On pourrait, aussi, penser que "c'est du Zola" (expression devenue locution courante). Mais, là où Zola mettait en cause, sinon l'individu, du moins son "hérédité", La jungle décrit la pression du "système" capitaliste dans toute sa cruauté, conçu pour pressurer n'importe quelle famille innocente (trop!), en exploitant l'ouvrier strictement aussi longtemps qu'il peut être rentable, et pas une seconde de plus, puis en le jetant, une fois écrasé, à la rue (au sens propre!) sans aucun état d'âme. Ah, ces grands capitalistes américains, qui vivent comme des seigneurs, si seulement ils se contentaient d'être exigeants en terme d'horaires et grippe-sous en terme de salaires... Mais non! Ils mentent (pour attirer la malheureuse main-d'oeuvre, en nombre bien supérieur à leurs besoins, et ainsi formatable, taillable et corvéable à merci). Ils ne respectent même pas le semblant de loi dont s'énorgueillissent les Etats-Unis d'Amérique. Ils trichent dans la qualité de leurs produits finis, de manière immonde (au moins, dans Tintin en Amérique, la vache sur son tapis roulant paraît en bonne santé, et on ne voit pas ce que deviennent les déchets)... Dans ce genre d'usine, il y a des bas-fonds (et l'odeur qui va avec). "On utilise tout dans le cochon, sauf son cri" est une citation ironique dont on a oublié l'auteur. Ils corrompent. Ils achètent les élections...

Après s'être fait renvoyer pour la n-ième fois d'une usine (fermetures pour surproduction...), Jurgis abandonne égoïstement ce qui reste de sa famille pour partir vivre une vie de vagabond à la campagne. A son retour en ville pour l'hiver, il retrouve ses compagnons de prison. Il a écarté tout sentiment moral, aussi bien en faisant le "jaune" qu'en fricotant avec des agents électoraux véreux. On peut relever une rencontre digne des Lumières de la ville (film de Charlie Chaplin, où un millionnaire ivre se lie avec Charlot) entre Jurgis et un "fils à papa" saoûl, qui l'invite au Palais familial (au grand dam du majordome chargé de surveiller l'héritier en l'absence de ses parents): cela contribuera à lui ouvrir les yeux. Le relèvement de sa déchéance passera par le socialisme (à ne pas confondre avec le "Syndicat ouvrier" contrôlé en sous-main par le patronat! Mais le socialisme portant une utopie, celui des romans de London, celui encore de En un combat douteux de Steinbeck, qui se déroule durant la grande Dépression, quelques décennies plus tard).

Encore une fois, esprits délicats, s'abstenir de cette lecture: pas grand-chose ne nous est épargné des aspects les plus sordides de la vie des misérables (même si on a bien entendu écrit plus cru depuis 1906). Alors oui, on peut se dire que ça se passait il y a plus d'un siècle, que ça se passait sur un autre continent. Mais...?

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Sans transition, je vous présente l'autre titre de ce billet, La Jungle de Jérôme Equer. Ce second livre se parcourt d'autant plus vite qu'il s'agit, cette fois, d'un ouvrage de photos essentiellement (Jean-Paul Rocher éditeur, 105 pages). Ce que montrent les images en noir et blanc, c'est la vie quotidienne, là encore, de migrants... Mais elles ont été prises de nos jours, en Europe, à nos portes, à Calais pour être précis (le sous-titre du livre est "Calais, un déshonneur européen"). Le mirage qui en attire les sujets, c'est la Grande-Bretagne. Ils risquent leur vie pour l'atteindre (se faire écraser par un camion sur l'autoroute). Ce qui constitue la jungle du titre, ce sont leurs campements sauvages (de transit!) régulièrement démolis, et que ces hommes qui, eux, ne disparaîtront pas d'un simple coup de bulldozer, reconstruisent non moins régulièrement - eux ou leurs successeurs immédiats, s'ils ont enfin réussi à "passer". Les photos montrent leurs conditions d'existence, en attendant. Le livre date de 2011. Il porte en exergue une citation de la chanson African tour de Francis Cabrel (que je ne connaissais pas et que je viens d'écouter ): "Vous vous imaginez peut-être / Que j'ai fait tous ces kilomètres / Tout cet espoir, tout ce courage / Pour m'arrêter contre un grillage."

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