mardi 31 juillet 2012

Mensonges sur le divan - Irvin Yalom / Enigma - Antoni Casas Ros

Voici deux livres qui n'ont aucun rapport l'un avec l'autre.

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Mensonges sur le divan d'Irvin Yalom (Point Seuil, 560 pages) est le deuxième roman que je lis de cet écrivain après Le Problème Spinoza qui m'avait enthousiasmée. Je n'en dirais peut-être pas autant de celui-ci où j'ai trouvé des passages un peu longs par moment. Je résumerais l'histoire en disant qu'Irvin Yalom qui est psychiatre égratigne pas mal ceux qui exercent ce métier. Après un prologue éblouissant de plus de 50 pages, l'histoire traîne un peu pendant les 500 pages suivantes avec quelque baisse de rythme. Peut-être est-ce que je ne connais pas grand-chose à la pyschanalyse et que le fait de payer (cher) pour raconter sa vie à un parfait inconnu me trouble beaucoup (même si c'est partie intégrante de la thérapie). Nos deux héros psychiatres, Ernest Lash et Marshal Streider, dont on découvre la naïveté (le second étant le superviseur du premier), vont être victimes de deux tours pendables commis par des patients qui leur ont menti alors qu'ils sont censés dire la vérité. J'ai surtout retenu le coup du double harpon: une escroquerie de haute volée. Je vous recommande ce roman rien que pour le prologue. Après, c'est à vous de juger.

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Maintenant, je passe à Enigma (Folio, 261 pages) d'Antoni Casas Ros, écrivain catalan d'expression française. C'est une jeune femme qui m'a prêté ce roman et je la remercie pour cette découverte. Le roman paru en 2010 est aussi étrange que la page de couverture. Deux hommes, Joaquim (professeur de lettres universitaire et écrivain raté) et Ricardo (poète et tueur à gages) et deux femmes Naoki (Japonaise, musicienne sans profession fixe qui "moissonne du silence") et Zoë, étudiante et serveuse dans un bar à ses heures, sont à tour de rôle les narrateurs de cette histoire pas banale. A Barcelone, peut-être de nos jours, Enigma nous conte le destin de Joachim, un écrivain médiocre qui  dissèque les oeuvres d'autres auteurs en leur reprochant la plupart du temps les fins, qu'il se met à réécrire lui-même. Il va former un "ménage à 4" avec Ricardo, Naoki et Zoë. Enigma est un roman sensuel et sexuel empreint de cruauté où les ombres de Sade et de quelques autres sont très présentes. Sans dévoiler la fin, je dirai que trois des personnages sur quatre connaîtront la même fin que des personnages de romans évoqués. C'est un roman qui m'a donné envie de découvrir l'oeuvre de Bolaño et La fille aux yeux d'or de Balzac. C'est le premier roman que je lis de cet écrivain. Il faudrait que je découvre un des ses précédents: Le théorème d'Almodovar.

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mardi 29 mai 2012

Films vus et non commentés depuis le 26/04/12

Voici quatre films que je n'avais pas encore chroniqués.

Pour un premier long-métrage, Margin call de J. C. Chandor est une réussite. Il nous fait découvrir les prémices de la crise financière de 2008 au sein d'une grande banque d'investissement où interviennent des licenciements secs (aux Etats-Unis, la façon de faire est brutale). Juste avant de quitter les lieux, un des licenciés qui fut à la tête du département "management des risques" prévient qu'un gros problème va arriver, la banque est proche de la banqueroute. En 24 heures, on peut voir quelques personnages importants de cette banque essayer de s'en sortir au mieux et tant pis pour les autres. C'est un film qui prend son temps, il n'y a aucune agitation, on parle beaucoup autour d'une table ou ailleurs. Cela pourrait se jouer au théâtre. Les personnages sont tous plus cyniques les uns que les autres. Ce n'est jamais qu'une histoire d'argent comme dit le directeur joué impeccablement par Jeremy Irons. Les autres acteurs sont tout aussi excellents: Stanley Tucci, Kevin Spacey, Simon Baker (vu dans The Mentalist), Paul Bettany et Demi Moore. Un bon film.

Dark Shadows de Tim Burton (qui semble beaucoup s'être inspiré de la famille Addams) se regarde avec plaisir, mais la fantaisie y fait défaut. Exceptés Angélique (la sorcière) et Barnabas Collins (le vampire, revenu d'entre les morts au bout de 200 ans), les autres personnages manquent de consistance. La mort d'Angelique est un moment très poétique: elle se fèle comme une poupée de porcelaine. J'ai retenu deux autres scènes notables: quand Barnabas très pâle se lave les deux canines devant une glace avec une brosse à dent et la scène "torride" entre Angélique et Barnabas: ça déménage! A part ça, une grande partie de l'histoire que je ne raconte pas se passe surtout dans un manoir gothique en 1752 puis en 1972, où vivent les Collins qui forment une famille décomposée constituée par Elizabeth (Michelle Pfeiffer) et de son frère Roger (Johnny Lee Miller), père lâche et indigne, tandis que les deux enfants de la maisonnée sont perturbés l'un et l'autre pour des raisons différentes. Vit aussi là, une psychologue, Helen Bonham-Carter qui se met à rêver d'immortalité. Ce n'est pas forcément le meilleur film de Tim Burton pour ceux qui ne le connaissent pas encore.

Babycall du Norvégien Pål Sletaune est un thriller qui commence de façon plutôt banale, et qui, au fur et à mesure, change de ton pour entrer dans le genre paranormal et fantastique. Le film est porté par Noomi Rapace qui interprète Anna, une maman inquiète pour Anders, son petit garçon de 8 ans. Elle a quitté le domicile conjugal car son mari les battait, elle et son garçon. Elle loge dans l'appartement qu'on lui a alloué, situé dans une espèce de HLM impersonnel et très laid. N'étant pas tranquille la nuit, elle achète un "babycall" (autrement dit un interphone bébé) qui intercepte des cris et des pleurs venant d'ailleurs dans l'immeuble. Le fantastique intervient par petites touches et la fin assez inattendue qui lorgne vers Le 6ème sens est très réussie. Le réalisateur nous a bien manipulés. C'est un film que je vous recommande. (Lire le billet enthousiaste de ffred).

Moonrise Kingdom de Wes Anderson est le premier film que je vois de ce réalisateur. C'est en lisant un billet de Wilyrah que j'ai eu envie de le découvrir. Je n'ai pas été déçue car le film dégage un charme poétique et champêtre. En 1965 (on entend une chanson de Françoise Hardy), deux jeunes adolescents vivent une jolie histoire d'amour sur une île au large de la côte est des Etats-Unis. Le garçon est un scout rebelle qui n'a plus ses parents, la jeune fille est l'ainée d'une famille de quatre enfants qui vivent avec leurs deux parents un peu excentriques. Une des tempêtes du siècle qui va balayer tout sur son passage va aussi jouer un grand rôle. Il faut noter le casting impressionnant: Bill Murray, Frances Mc Dormand, Edward Norton, Bruce Willis, Tilda Swinton et en grand chef scout: Harvey Keitel! C'est un film pour petits et grands. Lire le billet enthousiaste de Wilyrah.

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jeudi 26 avril 2012

Films vus et non commentés depuis le 05/04/12

Voici deux films qui n'ont aucun rapport l'un avec l'autre. Je veux les évoquer avant qu'ils ne disparaissent complètement des écrans.

D'abord My week with Marilyn de Simon Curtis, qui semble avoir rencontré peu de succès public et critique. Personnellement, j'ai trouvé cette évocation de Marilyn assez touchante. Une pléiade de bons comédiens sont au rendez-vous dont Kenneth Branagh et Judy Dench. Je dirais que j'ai vu ce à quoi je m'attendais: 4 mois de la vie de Marilyn (dans les années 50), venue en Angleterre pour tourner au côté de Laurence Olivier dans Le Prince et la danseuse (il faudrait que je revoie ce film peu diffusé). Elle vient juste d'épouser Arthur Miller. Colin Clark, un jeune anglais, va se lier d'amitié avec l'actrice (il est 3ème assistant réalisateur) pendant le tournage. Le film est tiré de ses mémoires qu'il écrivit par la suite. On peut reprocher au film son manque de profondeur, cela reste anecdotique. Michelle Williams ne s'en tire pas si mal pour incarner la star disparue il y a 50 ans. Mais Marilyn est inimitable et unique. C'est le seul défaut du film.

Twixt de Francis Ford Coppola peut dérouter par son ton mais il y a une unité de lieu, d'action et de temps dans ce film qui oscille entre rêve et réalité. Un romancier en mal d'inspiration (Val Kilmer) cherche un sujet. Il se retrouve à faire des dédicaces de son dernier roman dans une quincaillerie (qui vend aussi des livres) d'une petite ville où séjourna Edgar Allan Poe, dans l'Est des Etats-Unis. Il apprend que des crimes touchant des enfants ont été commis dans une vieille maison au toit pointu. Une autre étrangeté domine la ville: un haut bâtiment, où plusieurs pendules ne donnent pas la même heure, est visible de partout dans la ville. Tout le film est bercé d'une atmosphère étrange, menaçante. Cela fait penser au Chevalier sans tête (Sleepy hollow) de Tim Burton. On sent aussi une influence de David Lynch et Twin Peaks. L'image est superbe. Coppola, qui n'a plus rien à prouver, se fait plaisir. On aime (comme moi) ou on n'aime pas, à vous de voir. Il faut noter que la voix "off" que l'on entend pendant tout le film est celle de Tom Waits (chanteur que j'aime beaucoup).

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vendredi 20 avril 2012

Tyrannosaur - Paddy Considine

J'ai vu Tyrannosaur de Paddy Considine en avant-première (le film sort le 25 avril prochain). Je dirais pour résumer que ce film raconte des histoires pas bien gaies (ce n'est rien de le dire), mais un certain apaisement apparait dans l'épilogue (qui pourtant se passe en prison). Joseph (Peter Mullan), alcoolique, grossier, en veut au monde entier depuis la mort de sa femme, le tyrannosaure du titre (je vous laisse découvrir le pourquoi de ce surnom peu flatteur). N'arrivant pas à contenir sa fureur, il tue même son chien d'un coup de pied. Un jour, Joseph se réfugie dans le magasin d'Hannah (Olivia Colman, une actrice que je ne connaissais pas) qui vend des objets hétéroclites, des bondieuseries et des fripes. Hannah est une jeune femme qui cache un lourd secret, lequel nous est dévoilé assez vite (c'est une femme battue et violentée moralement et physiquement par son mari, James, être faible et minable). Les deux personnages, Joseph et Hannah, sont des êtres blessés et solitaires qui vont arriver néanmoins à communiquer et à se soutenir mutuellement. Ils sont entourés par des individus pas mieux lotis qu'eux, le personnage du gamin qui vit en face de la maison de Joseph en est une triste illustration entre sa mère et son beau-père. Le film se termine par une rédemption, mais à quel prix! Il vaut la peine d'être vu pour les acteurs: Eddie Marsan, dans le rôle difficile du mari indigne, est remarquable. En revanche, j'ai trouvé l'histoire d'une trop grande noirceur à mon goût. A vous de juger. Je tiens à remercier Anaïs Monnet et la société Le K qui me permettent de découvrir des films qui sortent des sentiers battus.

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jeudi 15 mars 2012

L'ivresse du kangourou - Kenneth Cook / De bons voisins - Ryan David Jahn / Requins d'eau douce - Heinrich Steinfest

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Après Le koala tueur et La vengance du wombat, voici L'ivresse du kangourou de Kenneth Cook (Editions Autrement), troisième recueil (et vraisemblablement le dernier) de nouvelles savoureuses dans lesquelles on trouve un kangourou alcoolique à la bière, un papa autruche qui cherche à protéger un oeuf prêt à éclore, un "truc bizarre" capable de tuer un chat et un chien énormes, sans parler de taupes, de rats et de lézards. Mais plus que les animaux réels ou imaginaires, Kenneth Cook nous fait surtout découvrir des humains plus excentriques les uns que les autres, des universitaires, des bénévoles, un champion de rodéo, un grand prêtre de tribu indigène, sans parler d'un champion de bras fer perdant tous ses moyens quand on le fait rire. Le recueil se compose de 14 nouvelles qui se lisent d'une traite. Un grand moment de lecture hautement réjouissante. Voir les billets de Keisha, Cathulu, Le Merydien et Cathe.

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De bons voisins de Ryan David Jahn (Actes Noirs, Actes Sud) se passe pendant une nuit, le 13 mars 1964, à New-York dans le Queens. Une jeune femme, Katrina Marino, qui rentre de son travail de barmaid à 4 heures du matin, se fait agresser dans la cour de son immeuble. Les voisins ne pensent pas à appeler la police (ils croient que quelqu'un l'a déjà fait) ou à porter secours à la victime. Parmi eux, il y a un jeune homme angoissé qui doit partir pour le Vietnam, deux couples échangistes, une femme qui pense avoir tué un bébé dans son berceau, un homme qui fait son "coming out", une femme qui se rend compte que son couple part à la dérive. D'autres personnages vont jouer un rôle dans cette tragédie, un flic véreux et un ambulancier. Le roman se compose de courts chapitres où s'entrecroisent les récits dans lequels témoins, victime et bourreau nous sont présentés tour à tour. L'histoire est tirée d'un fait divers réel qui s'est passé dans les années 60. Etrangement, ce récit me fait penser au film 38 témoins de Lucas Belvaux (vu hier soir [chroniqué ici]), mais avec une approche totalement différente. Le roman se lit bien mais sans plus.

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Requins d'eau douce de Heinrich Steinfest (Folio policier) est un roman policier autrichien très original où l'arme du crime est un ou plusieurs requins. L'histoire se passe à Vienne, capitale de l'Autriche. La police trouve un cadavre avec une jambe et une main en moins dans une piscine. L'indice qui mènera l'inspecteur Lukastik à la résolution de l'énigme est une prothèse auditive. L'histoire elle-même est tirée par les cheveux mais j'ai apprécié le style de l'auteur et j'ai appris des choses sur le philosophe Wittgenstein dont Lukastic est un fervent admirateur. Un roman que je conseille.


vendredi 30 décembre 2011

Welcome in Vienna (trilogie) - Axel Corti / Le tableau - Jean-François Laguionie

Avant la fin de cette année 2011 (et avant mon palmarès cinéma), je voulais ne pas oublier de parler d'un événement cinématographique sorti le 30 novembre 2011 dans deux salles à Paris. Il s'agit de trois films (en noir et blanc, image format télé) d'Axel Corti (1933-1993) dont les deux premiers volets étaient restés jusqu'à présent inédits en France.

L'oeuvre Welcome in Vienna (Wohin und Zurück) se compose donc de trois films écrits par le scénariste Georg Stefan Troller, qui confirme dans le dossier de presse que cette suite d'histoires est autobiographique à 70 ou 80%. Il est né en 1921 et vit à Paris depuis 1949.

Dieu ne croit plus en nous (1982, inédit en France) commence à Vienne en 1938. Après la "Nuit de cristal" et le meurtre de son père, Ferry Tobler, un adolescent juif, fuit l'Autriche. Echoué à Prague, il continue sa fuite vers la France en compagnie d'un soldat allemand anti-nazi échappé de Dachau et d'une Tchèque chargée d'aider les réfugiés. Sans papiers, ils sont arrêtés et internés par les Français. Arrivant à s'échapper, ils parviennent à Marseille dans l'espoir de s'embarquer pour les Etats-Unis.

Dans Santa Fé (1986, inédit en France), l'action se passe à New-York en 1940. Un bateau, Le Tonka, arrive avec, à son bord, des réfugiés dont Ferry Tobler qui se noie accidentellement en cherchant à sauver une jeune femme mutique qui voulait échapper au contrôle des services d'immigration. On suit surtout le parcours de Freddy Wolff, jeune émigrant juif autrichien qui rêve du Far-West mais qui se retrouve isolé dans sa vie d'immigré même s'il trouve un peu d'entraide au sein de sa communauté. Il trouve même un travail de vendeur dans un "delicatessen". Mais dès l'entrée en guerre des Etats-Unis fin 1941, lui et ses semblables sont assimilés à l'ennemi allemand. Il s'engage dans l'armée américaine pour regagner l'Europe. Pour moi, des trois films, c'est celui que je préfère, peut-être parce que l'histoire se passe à New-York et que le réalisateur prend son temps pour nous rendre les personnages attachants.

Enfin, Welcome in Vienna (1986, et que j'avais vu à l'époque) se déroule en 1944 dans une Europe dévastée et à reconstruire. Freddy Wolff et George Adler, intellectuel de gauche berlinois, découvrent les horreurs nazies et l'antisémitisme qui règne jusque dans leurs rangs. Ils assistent à la reddition d'un colonel nazi qui offre son aide à l'U.S. Army, laquelle l'accepte bien volontiers, tout cela pour combattre le communisme. Dans Vienne, Freddy trouve les restes de son passé familial, la maison de ses parents en ruines. Dans le chaos où est plongée l'Autriche, Freddy est écoeuré en voyant un ancien nazi devenir roi du marché noir. La corruption et l'arrivisme règnent partout mais cela n'empêche pas Freddy de rester dans ce pays qu'il aime. Aussi étrange que cela puisse être, j'ai trouvé cette partie (que j'avais appréciée à l'époque) la moins réussie, un peu trop touffue.

En tout cas, si vous en avez l'occasion, je vous conseille de voir, comme moi, cette trilogie dans l'ordre. Elle a rencontré un beau succès d'estime et c'est mérité.

Sinon, comme dernier film à voir absolument en cette fin d'année, et déjà chaudement conseillé par Aifelle, allez voir Le tableau de Jean-François Laguionie (sorti le 23 novembre 2011). C'est une merveille d'animation qui ravira les grands et peut-être les plus jeunes. Dans ce très beau film (graphiquement et visuellement), vous n'oublierez pas les toupins, les pafinis et les reufs. Vous essaierez de deviner les peintres et les tableaux qui sont évoqués. Cela fait plaisir, des films d'animation intelligents et sensibles.

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mardi 27 décembre 2011

A dangerous method - David Cronenberg / Le Havre - Aki Kaurismaki

FestAut01 Que dire de ce film (A dangerous method), le dernier de la sélection du Festival d'automne créé par Chris? Pas mal mais sans plus. Ne connaissant pas grand-chose à la psychanalyse, j'avoue n'avoir pas tout compris sur la cause de la rupture intellectuelle entre Freud et Carl Jung son disciple, si ce n'est que Jung a été trop loin dans sa relation avec une patiente. L'histoire qui se déroule sur 9 ans reste anecdotique. En 1904, en Suisse, Carl Jung exerce dans une institution psychiatrique. Une jeune femme hystérique, Sabina Spielrein, juive russe, devient donc la patiente et la maîtresse de Carl Gustave Jung, lui-même marié (à une femme très riche) et père de famille. Sabina Spielrein, elle-même, deviendra plus tard une grande psychanalyste et se rapprochera des idées de Freud. Episodiquement, Jung rencontre Sigmund Freud ou correspond avec lui jusqu'à la rupture complète. Le film est beau à regarder, rien ne manque dans les décors ni les costumes. C'est un film relativement sage. Je note surtout la prestation de Keira Kneightley qui se sort très bien du rôle pas facile de Sabina.

En revanche, ne passez pas à côté du Havre du cinéaste finlandais Aki Kaurismaki, un joli conte décalé où André Wilms, Jean-Pierre Darroussin et Kati Outinen font merveille. Je ne vous parle même pas du plaisir de revoir Pierre Etaix jouant le rôle d'un médecin et Jean-Pierre Léaud en délateur odieux digne du pire collabo. Idrissa, un jeune Congolais arrivé avec d'autres dans un container par bateau, est pris sous l'aile protectrice de Marcel Marx, cireur de chaussure à la gare du Havre. Toute l'histoire repose sur un élan de solidarité (d'amis ou connaissance de Marcel) qui permet à Idrissa de rejoindre sa mère à Londres. Il faut noter quelques hommages au cinéma français. Kati Outinen qui interprète le rôle de la femme de Marcel Marx (André Wilms) s'appelle Arletty dans le film. Les décors et les costumes sont datés années 80. On voit une Renault 16, une vieille cabine téléphonique. C'est un joli film qui fait chaud au coeur.

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mercredi 21 décembre 2011

17 filles - Delphine et Muriel Coulin

FestAut01 J'ai été voir vendredi dernier 17 filles, avant-dernier film du Festival d'automne initié par Chris. Je l'ai trouvé long (et pourtant il ne dure qu'1H30). J'avoue ne pas avoir été intéressée par les envies de grossesse de lycéennes de 17 ans vivant à Lorient. Cette ville est montrée de manière peu accueillante et l'on peut comprendre que des jeunes filles qui se cherchent soient tentées par y avoir un bébé. D'ailleurs, il suffit qu'une des filles, Camille, tombe enceinte, pour que d'autres aient envie de tenter l'expérience. Elles décident d'élever leurs enfants ensemble loin des parents. Elles ne veulent pas entendre parler des difficultés qui les attendent. Parmi les adultes, c'est l'incompréhension. J'ai surtout remarqué le désarroi du directeur du lycée (Carlo Brandt, dans un rôle quasi-muet, a l'air de se demander pourquoi il est là). Et en tout, 17 filles se retrouvent enceintes en continuant de fumer des joints. Elles ne se posent pas de questions sur les maladies sexuellement transmissibles. Bien entendu, à la fin, tout ne se termine pas comme prévu pour l'une d'elle. C'est tiré d'une histoire vraie qui s'est passée aux Etats-Unis. Je ne m'attendais à rien. Et en effet, 17 filles ne m'a pas apporté grand-chose.

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jeudi 15 décembre 2011

Films vus et non commentés depuis le 11/11/11

Comme on arrive en fin d'année, je me dépêche pour évoquer en quelques lignes quatre films qui peuvent se voir avant qu'il ne soit trop tard (encore que...).
Pour Jig de Sue Bourne, sorti dans 3 salles le 30 novembre dernier, il n'est plus programmé dans une seule salle à une séance de midi. C'est un documentaire qui suit l'entraînement de quelques danseurs et danseuses de danse irlandaise (comme ceux qui se produisent dans le spectacle "Riverdance") jusqu'à un championnat du monde qui a eu lieu en 2010 à Glasgow et qui a réuni 6000 danseurs amateurs. On ne gagne qu'un trophée. La préparation, le costume et le voyage à Glasgow sont à la charge du danseur. Tous les âges sont représentés. Il faut une très bonne condition physique et un entraînement continu. Cette danse fait surtout travailler les jambes et les pieds, le buste restant droit et les bras le long du corps. Cela n'a rien de sensuel. On danse en solo mais j'avoue qu'il y a des moments spectaculaires. D'année en années les danseurs se retrouvent en compétiton, c'est un monde fermé mais on sent beaucoup de ferveur. Le film est un peu long pour ce qu'il raconte, c'est souvent répétitif, mais quelques scènes valent la peine de le voir.

La femme du Vème de Pawel Pawlikowski est une adaptation d'un roman de Douglas Kennedy que je n'ai pas lu. C'est un film étrange, un peu fantastique, où un Américain, Tom, arrive à Paris après avoir été viré de son travail. Il essaye de voir sa petite fille qui vit avec sa mère. Cette dernière montre une grande hostilité envers Paul. Du jour au lendemain, il se retrouve sans argent et vivant dans un hôtel miteux dans le nord de Paris qui semble bien menaçant. Il devient gardien de nuit d'un lieu souterrain indéfini. Il vit deux liaisons amoureuses, l'une avec une femme habitant le 5ème arrondissement (Kristin Scott Thomas, son rôle est court), et une jeune Polonaise, la petite amie du tenancier de l'hôtel où il vit. Je ne peux pas dire que j'ai compris grand-chose à l'histoire. Je peux dire par contre qu'il se dégage une atmosphère singulière de ce film. C'est bien réalisé, mais je ne sais pas trop quoi en dire de plus à part qu'Ethan Hawke parle délicieusement français avec un accent américain.

Footnote de Joseph Cedar (le réalisateur de Beaufort) est avant tout une description des rapports pas toujours faciles entre un père et son fils, surtout quand ils sont rivaux dans l'obtention d'un prix prestigieux (le prix Israël). Le titre "Footnote" (note de bas de page en français) se rapporte au fait que le père Eliezer est cité en note de bas de page dans un ouvrage érudit sur le Talmud, sa spécialité. C'est son seul titre de gloire car personne ne le connaît. Il faut dire qu'Eliezer est un être mutique, pas sympathique. Son fils, Uriel, est plus chaleureux. Ce film qui a reçu le prix du scénario au dernier festival de Cannes m'a plutôt déçue.

Je terminerai par Time out d'Andrew Niccol qui est un film de science-fiction plutôt plaisant. Cela se passe dans un monde où (pour les pauvres) le temps est compté. A partir de 25 ans, les gens s'arrêtent de vieillir. Un compte à rebours s'imprime sur la peau de l'avant-bras. Les riches deviennent presque immortels alors que les pauvres ne font que courir et travailler pour gagner ce fameux temps qui leur est compté. Les riches et les pauvres ne se mélangent pas, ils vivent chacun dans un ghetto. Will Salas (Justin Timberlake), un jeune homme pauvre, est le grain de sable qui va faire tout détraquer. Ce film n'est pas à la hauteur de Gattaca ou Lord of War du même réalisateur, mais il reste un film divertissant.

vendredi 11 novembre 2011

Films vus et non commentés depuis le 03/10/11

Voici un billet sur trois films qui m'ont marquée pour différentes raisons.

D'abord We need to know about Kevin de Lynn Ramsay qui est adapté d'un roman de Lionel Schriver que je n'ai pas lu. Je suis allée voir ce film sachant que Tilda Swinton tenait le rôle principal. Elle est magistrale dans le rôle de cette mère qui a enfanté un monstre. C'est un film anxiogène car on devine dès le départ (l'histoire est racontée en flash-back) qu'il manque à un moment donné des personnages au tableau: le père et la petite soeur. Eva (Tilda Swinton) semble être la seule à voir que son fils de 16 ans, Kevin, a un comportement à part depuis qu'il est bébé. La scène d'ouverture, rouge sang, m'a beaucoup déroutée. Je me suis demandée ce que j'allais voir. Puis on se rend compte que la réalisatrice raconte l'histoire d'une femme, d'une mère, Eva, qui expie les péchés de son fils, même si Dieu est absent du film. D'ailleurs, Eva est sûre d'aller brûler en enfer (comme elle l'annonce à des évangélistes qui font du porte-à-porte). C'est son fils Kevin qui fait le mal, et pourtant c'est Eva qui est stigmatisée par les voisins, les collègues. Ils la rendent responsable de ce qui s'est passé. Le film ne donne aucune explication sur la raison (?) pour laquelle Kevin, qui a un rapport d'amour-haine avec sa mère, commet l'irréparable. C'est peut-être cela qui est le plus terrible. Mon bémol sur ce film, c'est le personnage de Kevin, un peu monolithique, et je me suis demandé pendant le film pourquoi Eva ne l'emmène pas chez un psy? En tout cas, un film à voir.

Il était une fois en Anatolie du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan a reçu le Grand Prix au dernier festival de Cannes 2011. Pour ceux qui aiment les films longs dans lesquels il ne se passe pas grand-chose, ce film est fait pour vous. Ce que je retiens le mieux du film, c'est le travail sur l'éclairage, puisque les 3/4 du film sont éclairés grâce à des phares de voitures et à des lampes à gaz. Après une première longue séquence filmée derrière une vitre embuée, au cours de laquelle on voit trois hommes discuter dans un bar, on suit, dans le crépuscule de ce paysage désolé d'Anatolie, trois voitures qui roulent lentement, dans lesquelles un procureur, un médecin, un commissaire, deux prisonniers et quelques gendarmes sont entassés. Ils sont à la recherche d'un cadavre enterré. Le réalisateur est arrivé à m'intéresser à cette histoire même si j'ai eu parfois du mal à rester attentive. Mais j'ai été fascinée par certains plans, par la séquence où la fille du maire ressemble à une Madone face à ces hommes qui la regardent. Un film qu'il faut voir quand on est bien reposé et pas après une dure journée de boulot comme moi. Voir aussi mon billet sur Les trois singes du même réalisateur.

The Artist de Michel Hazanavicius qui a fait gagner le prix d'interprétation masculine à Jean Dujardin au dernier Festival de Cannes est un film muet en noir et blanc. Je dirais que ce n'est pas mal, surtout la séquence finale et les scènes avec le chien, mais je ne comprends pas la démarche du réalisateur: qu'a-t-il voulu nous raconter, nous prouver? En 1927, Georges Valentin, acteur star du muet, est au sommet de sa gloire. Il rencontre une jeune ingénue, Peppy Miller, qui va devenir célèbre à la venue du cinéma parlant. Georges Valentin ne croit pas à ce changement dans le cinéma. Il se ruine à filmer son propre film qui s'avère un "bide". Sa femme le quitte, sa maison brûle, mais la descente aux enfers de Georges n'émeut pas vraiment. Jusqu'à la fin, le film reste muet (sauf deux répliques échangées) mais sonore. C'est un hommage sympathique au cinéma d'antan mais ce n'est pas un film exceptionnel. En revanche, Bérénice Bejo aurait mérité d'avoir un prix: elle est vraiment très bien. 

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