vendredi 26 février 2016

La vache - Mohamed Hamidi / Nahid - Ida Panahandeh

J'ai attendu la veille de l'ouverture du Salon de l'Agriculture à Paris pour chroniquer le film La vache de Mohamed Hamidi sorti le 17 février 2016. En quelques mots: c'est un road-movie sympathique, avec de bons sentiments. Fatah, paysan d'un bled en Algérie, rêve d'emmener sa vache Jacqueline (une Tarentaise) au Salon de l'Agriculture à Paris. A un moment donné dans le film, il y a une référence au film La vache et le prisonnier (1959) d'Henri Verneuil avec Fernandel, prisonnier de guerre qui traversait l'Allemagne à pied en 1942 en compagnie de la vache Marguerite. Dans le film d'Hamadi, Fatah après plusieurs tentatives infructueuses, est enfin accepté pour venir "exposer" au Salon. Comme le voyage n'est pas pris en charge, tout le village se cotise, et Fatah et Jacqueline débarquent à Marseille et commencent un long périple à pied jusqu'à Paris. Ils feront des rencontres, se lieront d'amitié. Je ne veux pas tout raconter. On sourit souvent et on retient la réplique qui deviendra peut-être culte: "C'est la poire". Il faut passer sur pas mal d'invraisemblances. J'ai trouvé que ce film était plus une suite de saynètes qu'autre chose, mais bon, je vais être indulgente. A l'issue de la projection (j'ai vu le film en avant-première), il y avait une séance de questions-réponses avec le réalisateur et l'acteur principal, Fatsah Bouyamed, que je ne connaissais pas. Il a beaucoup travaillé avec Jamel Debbouze (coproducteur du film et qui joue un petit rôle). De la conversation qui a duré une demi-heure, j'ai surtout retenu qu'il y a eu trois "Jacqueline" pendant le tournage: une pour la partie qui s'est tournée au Maroc (et non en Algérie), une "doublure" au cas où, et une troisième qui a tourné les trois-quart du film qui se déroule en France. A vous de juger.

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Ceci n'ayant rien à voir avec cela, je voulais évoquer Nahid, un film réalisé par une Iranienne, Ida Panahandeh, et qui est sorti le 24 février 2016. Je pense que la sortie du film est liée au fait qu'il a reçu un prix dans une section parallèle au Festival international du film de Cannes en 2015. Globalement, le film m'a déçue pour une raison: le personnage principal de Nahid m'a profondément crispée et je l'ai trouvée assez antipathique. Je ne suis pas arrivée à éprouver de l'empathie pour elle et ses nombreux problèmes. De nos jours, en Iran, Nahid, divorcée depuis 2 ans, a pu obtenir la garde d'Amir, son fils adolescent, parce qu'elle a renoncé à une pension alimentaire et qu'elle a interdiction de se remarier. Néanmoins, quand le film commence, on comprend qu'elle aime un autre homme qui fait tout pour l'aider. On voit Nahid harcelée par son ex-mari qui l'aime encore, par son ex-belle famille, par sa propre famille, par son fils qui vit mal la situation, etc. A force, j'en ai eu un peu assez de ces situations cahotiques que Nahid n'arrive pas à gérer. Je ne parle même pas de la météo: pendant le film, il pleut beaucoup, le ciel est gris et la mer Caspienne bien agitée. Film pas indispensable selon moi, à vous de voir.

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lundi 15 février 2016

El Clan - Pablo Trapero

Parmi les cinq films que j'ai vus la semaine dernière (semaine 6), et après Chocolat, je veux chroniquer El Clan, film argentin de Pablo Trapero (Leonera) produit par Pedro Almodovar. El Clan est tiré de faits réels qui se sont déroulés au début des années 80. Après la chute de la junte militaire, le retour de la démocratie n'empêche nullement Arquimedes Puccio, un ancien des renseignements militaires, notable marié et père de famille, de continuer de kidnapper et torturer des gens afin de demander une rançon aux familles. Il est aidé dans sa besogne par ses deux fils (dont l'un est un joueur de rugby célèbre) et des hommes de main. Les victimes sont toujours exécutées avant d'être libérées. Une femme enlevée sera retenue des mois (la famille ne voulant pas verser un sou) dans la cave de la maison où vivent Arquemedes et sa famille. Sa femme et ses filles font comme si de rien n'était malgré le son de certains râles venus d'en bas. Ce film est frappant à plus d'un titre en particulier la musique avec des standards du rock n' roll pendant les scènes de kidnapping. Mais ce que l'on note surtout, c'est l'acteur qui interprète Arquimedes Puccio: il s'appelle Guillermo Francella et on ne voit que son regard bleu glaçant. Son personnage de patriarche dominateur n'a aucun état d'âme. Le film au rythme trépidant est dans l'ensemble assez violent mais avec une certaine dose d'humour (même si ce n'est pas du tout une comédie). Personnellement, j'ai aimé ce film pas moral. Lire les billets d'Alain et d'Alain.

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vendredi 29 janvier 2016

Les délices de Tokyo - Noami Kawase

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Parmi les nombreuses sorties de films du mercredi 27 février 2016, je pensais à l'origine chroniquer Spotlight de Tom McCarthy, vu dès le mercredi soir; et puis non, je préfère faire un billet sur Les délices de Tokyo de Noami Kawase, un film sorti le même jour et qui m'a énormément plu et émue. Sentaro, un homme dans la quarantaine, sans famille, est le gérant d'une petite boutique dans un coin de jardin public à Tokyo. Là, tous les jours, il fait cuire et il vend des dorayakis: des pancakes fourrés à la pâte de haricots rouges confits. Autant il réussit les pancakes, autant il n'est pas vraiment satisfait de sa fabrication du "AN", la fameuse pâte de haricots rouges confits. Un jour, Tokue, une vieille dame de 75 ans qui se promène aux alentours, lui propose son aide et lui demande de l'embaucher. Elle lui laisse du AN de sa fabrication pour le convaincre. Pour Sentaro, cette mixture est une révélation. Il dit qu'il n'a jamais mangé quelque chose d'aussi bon. Dès que Tokue est embauchée, on assiste aux différentes étapes de la cuisson des haricots rouge qui ressemblent à de grosses baies. Tokue avec ses mains difformes (on apprend assez vite de quoi elle a souffert) parle aux haricots pendant qu'ils cuisent (elle parle aussi à la lune). Je ne vous en dirai pas plus sur Tokue et Sentaro. Je vous conseille vivement d'aller voir ce film reposant où l'on voit des cerisiers en fleurs. Et j'avoue qu'en dehors des sushis, sashimis, makis et autres brochettes, je ne connaissais rien à la cuisine japonaise. Je suis contente d'avoir donc découvert, même par écran interposé, une spécialité nippone qui paraît délicieuse.

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vendredi 8 janvier 2016

The big short (Le casse du siècle) - Adam McKay / Argentina - Carlos Saura

Avant de chroniquer deux films vus en avant première et qui sortent tous les deux le 13 janvier 2016, voici un billet sur deux films sortis fin 2015.

Je commence par The Big short (Le casse du siècle) sorti le 23 décembre 2015. Très honnêtement, vu la brillante distribution: Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling et même Brad Pitt (qui est coproducteur du film), je m'attendais à autre chose. J'ai vu comme d'habitude le film en VO et j'avoue avoir été perdue assez vite dans les méandres de l'intrigue à cause des termes financiers employés. Et puis le rythme soutenu du film fatigue vite malgré que le sujet m'intéresse. Les acteurs ne jouent pas dans la sobriété. Je m'attendais à une manière plus subtile et intelligible d'aborder le problème des subprimes, de la titrisation et des paris sur la crise immobilière et la bulle financière. J'ai retenu que c'était une histoire d'argent virtuel gagné par quelques individus qui ont mis une partie de l'économie mondiale à genoux. Sur le même sujet ou presque, j'ai préféré The Margin Call.

Je passe maintenant à Argentina (sorti le 30 décembre 2015) du cinéaste espagnol Carlos Saura qui a installé sa caméra à Buenos Aires dans un vaste lieu, un genre d'entrepôt dont les fenêtres ont été occultées. Pendant un peu plus d'1H25, il nous fait découvrir des chansons et des danses (Zambas et Chacareras) de plusieurs régions d'Argentine. Carlos Saura se sert de miroirs dans sa mise en scène. Il y a de très beaux jeux de lumières dans les tons rouges, jaunes et noirs. Carlos Saura rend hommage en particulier à Atalhualpa Yupanqui et à Mercédès Sosa. Très beau film qui m'a plu et que je conseille, tout comme Aifelle.

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lundi 4 janvier 2016

Au-delà des montagnes - Jia Zhangke

Comme je l'avais annoncé, je suis allée voir Au-delà des montagnes du réalisateur chinois Jia Zhangke. L'histoire débute en 1999, année où Macao est revenue à la Chine. A Fen­yang (ville natale du cinéaste), la gracieuse Tao, issue de la classe moyenne, est aimée par deux jeunes hommes très différents: un mineur humble et un affairiste nouveau genre, en plein fantasme américain. Elle se marie avec le second avec qui elle a un fils, Deole (devenu plus tard Dollar). De 1999, 0n passe à 2014. Tao a divorcé très vite et elle ne voit plus son fils qui est sous la garde du père. C'est au moment où le père de Tao décède brusquement que Tao revoit son fils âgé de 7 ou 8 ans. Lors de ce tête-à-tête, elle lui donne une clé de la maison où elle habite. Dollar doit partir vivre en Australie avec son père. Quant au mineur, marié et père d'un petit garçon, il tombe gravement malade. Tao n'hésite pas à lui donner une grosse somme d'argent pour qu'il se fasse opérer car Tao gagne très bien sa vie vie mais depuis son divorce elle vit seule avec un chien. 11 ans plus tard, en 2025, on retrouve Dollar en Australie. Il prend des cours de mandarin car il a en partie oublié sa langue natale. Il habite avec son père qui a des armes à portée de main dans une maison ouverte sur l'océan. J'ai trouvé que le film dégageait de la tristesse dans sa description des rapports humains qui s'étiolent au fil du temps. La dernière séquence sous la neige où Tao dansent sur un air de disco au pied d'une pagode est très belle. Je suis moins enthousiaste à propos de ce film que ffred ou Chris mais je le conseille néanmoins.

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mercredi 16 décembre 2015

Ixcanul - Jayro Bustamente / Béliers - Grímur Hákonarson

Comme il n'y a pas que le cinéma américain ou français dans la vie, voici deux films venus "d'ailleurs" que je vous conseille avant qu'il ne soit trop tard. Ces deux films sont sortis malheureusement dans très peu de salles à Paris. Quant à leur sortie en province, je ne sais pas ce qu'il en est.

Je commence par Ixcanul, un film guatémaltèque à l'affiche depuis le 25 novembre. Ixcanul signifie "volcan" dans une des langues Mayas parlée par les protagonistes du film. Au pied de ce volcan. Maria, 17 ans, travaille à la plantation de café, tout comme son père et sa mère. Ils sont pauvres et ne parlent pas espagnol, au contraire du contremaître. Ce jeune veuf d'une trentaine d'années avec trois enfants voudrait bien épouser Maria qui, elle, aime Pepe, du même âge qu'elle. Pepe rêve de partir aux Etats-Unis, là-bas, derrière le volcan. Une nuit, Maria couche avec Pepe et elle tombe enceinte. Le film joué par des acteurs pour la plupart non professionnels s'inspire d'une histoire vraie: les bébés volés à la naissance pour être adoptés par la suite. On y parle aussi de serpents venimeux qui nuisent aux plantations. Certaines scènes entre la mère et la fille sont d'une grande douceur. On touche à l'intime. Il y a des maladresses mais j'ai été touchée par cette histoire. Ce film a reçu de nombreux prix dans différents festival dont un à Berlin.

Après le Guatémala, je suis partie retrouver des Béliers en Islande dans un endroit magnifique et pratiquement désert, battu par les vents et où le ciel est bas. Gummi et Kiddi, deux sexagénaires, sont des bergers qui bichonnent leur cheptel de moutons Bolstad. Il faut voir Gummi caresser son bélier favori et lui parler. On sent qu'il aime ses moutons. On apprend assez vite que Gummi et Kiddi sont frères mais ne se parlent plus depuis 40 ans (on n'en saura pas la raison). Quand ils communiquent, ils le font par l'intermédaire du chien de Kiddi. Il apporte des messages dans sa gueule. Les deux hommes font partie d'une petite communauté qui va vivre une tragédie: un des moutons, une bête primée à un concours, a tous les symptômes de la "tremblante". Le verdict est sans appel, tous les troupeaux de moutons alentour sont abattus. Gimmi choisit de le faire lui-même. Il abat 147 de ses bêtes mais en sauve clandestiment une dizaine dans sa cave (dont un bélier reproducteur). Je vous laisse découvrir la suite de Béliers, premier long-métrage du réalisateur Grímur Hákonarson qui a aussi écrit le scénario. Les deux acteurs principaux, très connus en Islande, sont formidables. Le film a été récompensé à juste titre du prix de la section "Un certain regard" au dernier Festival international du film à Cannes en 2015. Lire les billets enthousiastes de Miriam et Chris.

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mardi 10 novembre 2015

Films vus et non commentés en septembre et octobre 2015

Notre petite soeur de Hirokazu Kore-Eda se concentre sur quelques semaines de la vie de trois soeurs âgée de 19 à 29 ans. Elles habitent ensemble dans une grande maison au Japon. Cela fait longtemps que leur mère, qui vit à Sapporo (une petite ville au bord de la mer), les a laissées se débrouiller seules. Comme elles travaillent toutes les trois, elles sont financièrement autonomes. Quand le film commence, les trois soeurs assistent aux funérailles de leur père, qui avait quitté sa femme et ses filles quinze ans auparavant et ne les avait plus jamais revues depuis. C'est lors de cette cérémonie que les trois soeurs font la connaissance de leur jeune demi-soeur de 15 ans, Suzu. Elles l'invitent à vivre désormais avec elles. J'avoue m'être un peu ennuyée pendant la projection de ce film qui dure 2H06. Il ne se passe pas grand-chose même s'il n'est pas contemplatif. Il n'y a pas de fulgurance, sauf à un moment où les quatre soeurs poussent un cri à l'unisson. L'histoire se déroule calmement, même quand la maman des trois soeurs fait une apparition. Peut-être ai-je été aussi perturbée par ma voisine de siège qui s'est endormie au bout de dix minutes de projection... Je m'attendais à autre chose du réalisateur de Nobody knows. Lire le billet de Yuko et celui très complet d'Alain.

Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore raconte une histoire surprenante, à la limite du fantastique. De nos jours, en Afghanistan, dans un poste de contrôle, un chien, puis trois soldats français disparaissent. Ils se sont comme évaporés. Le reste du groupe a des réactions de peur ou d'interrogation sur ce qu'ils sont devenus. Du côté des Afghans, certains d'entre eux, habitant le village voisin, ont aussi disparu sans laisser de trace. Une sorte d'union se fait entre les deux camps pour savoir ce qu'il s'est passé. J'avoue que mon esprit cartésien a été frustré par la fin. Je n'ai pas entièrement adhéré à cette histoire. Lire le billet très enthousiaste de Chris.

Régression d'Alejandro Amenabar se passe dans le Minnesota aux Etats-Unis en 1990. L'histoire est basée sur des faits réels. Une vague de satanisme sévit dans la région. Angela Gray (Emma Watson) accuse son père, John, d'avoir abusé d'elle lors de messes noires. John, alcoolique, avoue les faits mais ne se souvient de rien. L'inspecteur Bruce Kenner (Ethan Hawke), aidé d'un psychologue, mène une enquête difficile, qui lui donne des hallucinations au sens propre du terme. Si vous avez aimé Les autres du même réalisateur, n'allez pas voir ce film, qui manque souvent de subtilité dans les effets spéciaux et dont l'intrigue est emberlificotée. On se dit à la fin "tout ça pour ça", c'est-à-dire pas grand-chose. Lire le billet de Tinakiller.

Le labyrinthe: la terre brûlée de Wes Ball est la suite du Labyrinthe que j'avais aimé. Dans Le Labyrinthe: La Terre brûlée, Thomas et quelques autres s'échappent d'un lieu sinistre où sont menées des expériences médicales. Ce lieu appartient à la puissante organisation appelé Wicked. Wicked est dirigée par une scientifique Ava Paige, une femme froide, pas sympathique, qui n'a aucun état d'âme. Thomas et les autres se retrouvent dans un paysage désolé, desséché par le soleil. Ils vont devoir faire face à des êtres humains qui ont muté à cause d'un virus très contagieux. Des hommes de main de Wicked poursuivent les jeunes fugitifs. Le film n'est qu'une longue course poursuite assez haletante mais un peu monotone à la fin. J'attends néanmoins la suite (Le remède mortel dont la sortie est prévue en 2017). En effet, ce second volet se termine sur un suspense insoutenable, si je puis dire. Lire le billet de Rock07 (Roland).

Prémonitions d'Alfonson Poyart est un film produit et interprété par Anthony Hopkins. Son rôle y est celui d'un médium qui est engagé par le FBI pour trouver un "serial killer". Sans dévoiler le noeud de l'intrigue, je dirai que le point commun des victimes du tueur était qu'elles étaient tous des morts en sursis. Je suis allée voir ce film car j'avais vu que Colin Farrell (un acteur que j'apprécie) était au générique. J'ai été déçue de constater qu'il apparaît tard et très peu à l'écran. Un film regardable mais pas indispensable. Lire le billet de 100drine.

samedi 7 novembre 2015

Le fils de Saul - László Nemes

Grand prix du jury au dernier festival du film de Cannes en 2015, Le fils de Saul est suffocant. Le plan séquence d'ouverture juste avant que le titre du film apparaisse vous laisse pantois. Une image floue devient nette, quelques hommes apparaissent dont un en particulier, Saul Auslander, un Juif hongrois faisant partie d'un sonderkommando. La caméra suit Saul quand celui-ci arrive à la porte des chambres à gaz. Nous sommes en 1944 à Auschwitz-Birkenau. Il fait partie des hommes qui ont été choisis pour assister les SS dans la solution finale. Des hommes, femmes et enfants à qui on promet un repas sont entraînés vers une immense pièce pour prendre une douche. La porte métallique refermée, on entend des cris, les gens tapent sur la porte. Pendant ce temps-là, Saul et les autres prennent les vêtements qui sont fouillés: on récupère l'or ou tout ce qui est précieux. Le gaz ayant fait son oeuvre, les corps sont traînés par terre vers les fours crématoires. Cette séquence d'ouverture est marquante pour les bruitages: les cris des victimes, les vociférations des SS, le bruit de la porte métallique de la chambre à gaz et divers autres sons. On a du mal à respirer. Parmi la dernière fournée des victimes quand la porte est rouverte, un jeune garçon respire encore (pas pour longtemps). Saul croit reconnaître son fils. Il n'aura de cesse de trouver un rabbin pour que le garçon soit enterré selon le rite juif et non brûlé comme un vulgaire "stück" (pièce, morceau en allemand). C'est par ce terme qu'étaient désignés les Juifs. Ce mot est prononcé plusieurs fois. Le réalisateur a choisi de filmer caméra à l'épaule et de suivre Saul (Géza Röhrig, inoubliable) au plus près. Il ne le lâche pratiquement pas sauf au plan final. Tout ce qui se passe autour de Saul est souvent flouté ou hors champ, ou filmé de loin. Beaucoup de scènes éprouvantes nous sont épargnées. En revanche la bande son est suffisamment évocatrice pour se figurer ce que l'on ne voit pas. Les autres membres du sonderkommando se demandent pourquoi Saul s'occupe plus d'un mort que d'un vivant. Il répond que "nous sommes déjà morts". Tout est dit. J'espère que je vous donne envie de voir ce très grand film d'un réalisateur de 29 ans. Lire les billets de Chris, ffred et Alain.

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dimanche 1 novembre 2015

The Lobster - Yorgos Lanthimos / L'homme irrationnel - Woody Allen

En sélection officielle au dernier festival de Cannes (mai 2015), The Lobster du réalisateur grec Yorgos Lanthimos narre une histoire étrange. Ce film surprenant qui peut dérouter les spectateurs se découpe en deux parties (d’une heure chacune) assez distinctes. J’ai préféré la première à la deuxième. En revanche, la conclusion m’a plu.

Dans la première partie, dans une époque future (?) et un pays indéterminé, le célibat est interdit. Comme David vient de perdre sa femme, il n’a plus que 45 jours pour retrouver l’âme sœur, sans quoi il sera transformé dans l’animal de son choix (il a choisi le homard qui peut vivre centenaire). C’est dans un hôtel sans âme au bord de l’eau que David séjourne accompagné d’un chien (c’est son frère, qui n’a pas réussi à trouver la bonne personne). David (Colin Farrell bedonnant est très sobre) et quelques autres peuvent retarder l’échéance en participant à des chasses obligatoires: ils traquent dans la forêt voisine des «solitaires» résistant à ce système. Ils leur tirent dessus avec des balles hypodermiques. Ils gagnent un jour par personne touchée. Dans l’hôtel, malgré le fait que les célibataires des deux sexes se côtoient, les couples ont du mal à se former. L’amour n’a pas trop sa place. Ce sont souvent des caractéristiques physiques ou physiologiques qui rapprochent les célibataires: saigner du nez, boiter. David qui paraît insensible est attiré par une jeune femme sans coeur aux instincts meurtriers.

Dans la deuxième partie du film, David s’est enfui de l’hôtel pour une raison que je ne vous dévoilerai pas. Il se réfugie parmi les solitaires, où les relations sexuelles sont bannies. La vie des solitaires n’est pas confortable et pas plus enviable que celles des couples. David rencontre une jeune femme myope (Rachel Weisz) qui aime manger les lapins. Le groupe des solitaires est dirigé par une femme (Léa Seydoux), véritable chef de guerre qui ne supporte pas que David et la femme myope tombent amoureux.

Je ne vous dirai rien de plus sur ce film aux scènes souvent provocantes et parfois incongrues. C’est grinçant, parfois cruel. Rien que la scène d’ouverture, une femme qui tire plusieurs coups de feu sur un âne, donne le ton de tout ce film iconoclaste.

En revanche, j’ai trouvé que L’homme irrationnel, le dernier film de Woody Allen, manquait de cruauté et d’immoralité. Abe, qui est prof de philo, arrive dans une petite ville universitaire de l’est (à Providence) pour enseigner durant un semestre. Il entame une relation avec une collègue professeur de son âge, et une liaison avec Jill (Emma Stone), une de ses étudiantes. Il s’ennuie, n’a pas d’entrain pour faire des choses. Jusqu’au jour où incidemment, il décide de supprimer un juge en charge de divorces. Il commet le crime parfait, semble-t-il. Bien entendu, un grain de sable fait tout capoter. C'est un film léger malgré le thème, mais un peu trop moral à mon goût. Joaquin Phoenix est très bedonnant et Emma Stone toujours charmante. A vous de voir.

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jeudi 29 octobre 2015

Belles familles - Jean-Paul Rappeneau / Un héros ordinaire "Elser" - Olivier Hirschbiegel

Belles familles de Jean Paul Rappeneau m'a plu pour son rythme trépidant (qui m'a fait penser au film Le Sauvage de 1975 du même réalisateur). On n'a pas le temps de réfléchir sur le scénario qui comporte des invraisemblances (mais ce n'est pas grave). La mécanique est bien huilée. Jérôme Varenne (Mathieu Amalric) est de passage en France avec sa fiancée chinoise car il vit à Shanghaï. Il apprend que le beau manoir de sa famille est presque vendu et cherche à en savoir davantage. Pour ce faire, il renoue avec son frère Jean-Michel et sa mère Florence (Nicole Garcia). Il va aussi faire la connaissance de Florence (Karine Viard) et de la fille de cette dernière, Louise (Marine Vacth), qui ont représenté la deuxième famille (la vie cachée) de son père décédé avec qui il ne s'entendait pas. La vente de la maison est au coeur d'une opération immobilière pas très nette qui se déroule dans une petite ville de province dont le maire est secrètement amoureux de Florence. André Dussolier, dans le genre obséquieux, est parfait dans son rôle. Je n'ai pas boudé mon plaisir.

Elser d'Oliver Hirschbiegel raconte avec de nombreux flash-back ce qui a amené Georg Elser, un Allemand souabe jurassien, à attenter à la vie de Hitler en fabriquant et armant tout seul une bombe artisanale. Cette bombe a explosé treize minutes trop tard un soir de novembre 1939 dans un grand lieu de réunion à Munich. Quand eut lieu l'explosion (qui provoqua la mort de huit personnes), Hitler venait de quitter la salle après un discours. Georg Esler, ébéniste de métier, était un homme banal proche du parti communiste. Il ne supportait pas les exactions contre la population allemande perpétrées par les nazis depuis qu'ils étaient arrivés au pouvoir. On assiste à quelques scènes de tortures un peu pénibles, qui alternent avec des souvenirs du passé quand Georg rencontre Elsa à un bal en 1934 et le début de leur histoire d'amour alors qu'Elsa est déjà mariée. Georg Elser ne fut pas exécuté tout de suite car les nazis voulaient pouvoir l'interroger encore et encore, car ils ne voulaient pas croire qu'il avait agit seul. Jusqu'en 1945, il fut détenu à Dachau avant de mourir d'une balle dans la nuque tirée le 9 avril 1945, un mois avant la capitulation de l'Allemagne. Le film est un peu didactique, mais il a le mérite de faire connaître un homme qui est resté longtemps méconnu. Ce n'est que dans les années 1990 que l'on l'a reconnu comme résistant contre le nazisme.

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