dimanche 25 août 2019

Roubaix, une lumière - Arnaud Desplechin

Je viens de lire quelques articles mitigés sur Roubaix, une lumière. Je trouve cela bien dommage car j'ai trouvé le nouveau film d'Arnaud Desplechin très réussi. Comme le titre l'indique, le film se passe à Roubaix de nos jours. Roubaix, coincée entre Lille et Tourcoing et située pas très loin de la Belgique. Roubaix, qui est en zone urbaine sensible avec plus de 40% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, est la ville natale du réalisateur. L'histoire se passe pendant la période de Noël dans un commissariat de quartier. Un commissaire, Yacoub Daoud (Roschdy Zem, extraordinaire), est un homme calme qui ne s'énerve pas. Il est le seul à ne pas être rentré au bled. Le seul parent qui lui reste sur place, c'est son neveu incarcéré dans une prison, qui le hait parce qu'il est flic. Yacoub est attaché à cette ville de Roubaix où il a grandi. Il a une passion pour les chevaux de course même s'il ne parie jamais. Le film montre, dans une première partie, le quotidien d'un commissariat. Yacoub a plusieurs policiers sous ses ordres à qui il distribue les dossiers d'affaires en cours : vol, viol, incendie volontaire, etc. Dans la deuxième partie, l'intrigue se resserre sur un crime, une octogénaire est retrouvé étranglée dans son lit. Deux jeunes femmes, Claude et Marie, habitant dans une maison mitoyenne, sont suspectées, bien qu'elles-mêmes aient tout d'abord accusé des délinquants qui auraient pu commettre ce forfait. J'ai trouvé cette partie passionnante, entre les auditions, la manière qu'a Yacoub d'interroger les suspectes aux personnalités très différentes. Claude (Léa Seydoux) nie tout en faisant porter toute la responsabilité sur Marie (Sara Forestier). La plus grande partie du film se passe de nuit ou alors dans des intérieurs peu éclairés. Cela donne une atmosphère particulière. Une très bonne surprise avec, je le répète, un Roschdy Zem qui mériterait d'être récompensé aux Césars de l'an prochain. Lire le billet de ffred.

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dimanche 7 juillet 2019

Expositions en Normandie (Wolinski ou Vuillemin à l'honneur... et toujours Dubout!)

Il y a déjà quelque temps, à l'occasion d'une excursion à Trouville (Deauville), dasola et moi (ta d loi du cine, squatter sur son blog), nous avions découvert (grâce à une grande banderole sur un rond-point!) un événement provincial qui, cette année, mettait à l'honneur Wolinski.

Il s'agissait de la 6ème édition d'un "Salon du dessin satirique" principalement consacré au dessinateur Dubout (1905-1976), organisée par son petit-fils. En 2019, en plus de 55 dessins d'Albert Dubout, le Salon présentait 80 dessins et un dessin animé (qui passait en boucle sur un téléviseur), aimablement prêtés par Maryse Wolinski. Comme il nous l'a gentiment raconté, pour la première édition, en 2012, l'organisateur avait contacté Cabu et Wolinski. Ce dernier ayant eu un empêchement de santé cette année-là, seul Cabu avait été mis à l'honneur lors de l'événement. Et puis il y a eu le 7 janvier 2015... C'est seulement en 2019 que Didier Dubout a proposé à Maryse Wolinski de relancer le projet d'hommage conjoint.

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Le Salon a lieu dans l'église Saint-Pierre, située dans la bourgade de Touques. Construite au XIème siècle, elle a pu voir passer Guillaume le conquérant, ou du moins une partie de sa flotte, en route pour aller conquérir l'Angleterre. Cette localité était jadis un port florissant de par sa position dans l'estuaire (aujourd'hui ensablé) du fleuve côtier, la Touques, qui lui avait donné son nom. L'édifice ayant subi un incendie lors de la Guerre de Cent ans, il est de nos jour de dimensions plus restreintes qu'à l'origine. Désaffecté à la Révolution française, l'ancien lieu de culte a ensuite servi d'entrepôt. En 1840, il fait partie du millier d'édifices protégés à la demande de Prosper Mérimée au titre de la première liste des Monuments historiques. Depuis maintenant deux décennies, l'église Saint-Pierre accueille des expositions (et le public qui va avec), à la satisfaction, semble-t-il, des municipalités de Deauville ou Trouville, dépourvues de lieu correspondant.

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Il est de notoriété publique qu'Albert Dubout a influencé Wolinski. Ainsi, il me semble qu'on sent nettement l'influence de Dubout sur le dessin titré La jungle visible sur Gallica.

Les personnages de Wolinski sont souvent bavard, là où les "trognes" de Dubout ne s'accommodaient guère de paroles. Mais je suppose que je peux m'essayer à faire rimer les dessins ci-dessous (personnages ou situation aquatique, noir et blanc ou couleur...). 

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Je précise que nous avons bien entendu demandé l'autorisation avant de prendre des photos de quelques-uns des dessins exposés.

P1110087 ...rejoueront-ils le match en 2022 (dessin muet, sans commentaire)?

Beaucoup de texte, par contre, ensuite.

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P1110094  Société : ils ont bien changé, Monsieur et Madame Anatole...

P1110096 (vous avez dit Brexit?)

P1110098 (les Présidents passent...)

P1110097 (le Salon de l'Agriculture, moi, ça me parle...).

P1110092 Je ne suis pas persuadé que le changement de tête suffise à induire un changement de politique(s). 

Parmi les livres disponibles à la vente dans la petite "boutique" liée à l'exposition, j'ai acquis "Chérie, je vais à Charlie", de Maryse Wolinski, et Les Falaises, compilation thématique de dessins de Georges s'étendant sur plus d'un demi-siècle de création (je pense que j'aurai l'occasion d'y revenir dans de prochains billets). Y figuraient aussi deux "anthologies" parues du vivant de Wolinski (et peut-être difficiles à se procurer aujourd'hui), avec deux approches complémentaires, aux dires de l'organisateur de l'exposition : l'un des ouvrages rassemblant des dessins choisis par Wolinski lui-même, qui maîtrisait la réalisation de l'ouvrage. Et le second avec un regard extérieur, apporté par des bibliothécaires et des conservateurs de musée. Georges Wolinski, Le pire a de l'avenir, Le Cherche Midi éditeur, 2012, 928 p., et Martine Mauvieux (dir.), Wolinski, 50 ans de dessins [exposition, Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, Paris, 29 juin-2 septembre 2012], Hoëbeke / BNF, Paris, 2012, 158 p.

Pour en terminer avec des éléments bibliographiques, voici un livre sur Dubout que nous avions acheté à l'occasion d'une exposition rue Saint-Honoré à Paris, il y a déjà quelques années (il y est question de Wolinsky [sic!] p.52).  

P1110214 Michel Melot (préf. Frédéric Dard), Dubout, éditions Michèle Trinckvel, 1996.
Il n'était pas en vente au Salon de Toucques (qui mettait en avant d'autres ouvrages sur l'oeuvre de Dubout).

Lors de notre visite, au mois de mai, Didier Dubout nous avait annoncé une exposition "Dessinateurs de presse" aux Greniers à Sel de Honfleur, du 15 juillet au 18 août 2019, en nous précisant que tout restait à finaliser en termes de mise à disposition du local, d'assurances, de conventions avec les auteurs ou leurs ayant-droits... Etait prévu, entre autres, Vuillemin, qui a rejoint en 2015 l'équipe de Charlie Hebdo. Le projet s'est concrétisé, j'en ai reçu il y a quelques jours l'affiche ci-dessous, dans laquelle tout est dit sur les 13 dessinateurs, vivants comme par exemple Trez ou Vuillemin, ou décédés comme Dubout, Wolinski, Jacques Faizant... et les lieux et conditions d'accès pour voir les 280 dessins exposés!

Honfleur_Ete2019_Dessinateurs_de_Presse_affiche

Encore une occasion de s'intéresser au dessin de presse, alors que le New York Times vient récemment de renoncer à en publier dans les colonnes de son édition internationale (à compter du 1er juillet 2019).

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 16 juin 2019

Symphonie pour un massacre - Jacques Deray

Une fois n'est pas coutume, je veux évoquer un film de 1963 que j'ai découvert grâce au DVD. Je n'avais jamais entendu parler de ce film jusqu'à présent sauf sur le blog de Bob Morane. Symphonie pour un massacre de Jacques Deray est un excellent film "noir" servi par une distribution solide.

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Quatre hommes, des truands d'un certain standing, décident d'investir une grosse somme dans une affaire de "connexion française" à Marseille avec des Américains. Clavet (Michel Auclair) est directeur d'une salle de jeu, Valoti (Claude Dauphin) est gérant d'un restaurant night-club, Paoli (Charles Vanel) semble mener une retraite sans problème dans un appartement bourgeois, quant à Jabeke (Jean Rochefort), il est l'amant de la femme de Valoti et trempe dans des affaires un peu mystérieuses. C'est par Jabeke que tout capote. Il met au point un plan astucieux et au timing parfait afin de récupérer l'argent. Sa belle voiture de sport un peu voyante va beaucoup l'aider. Il n'aura aucun état d'âme à supprimer ses complices les uns après les autres en commençant par Moreau, interprété par José Giovanni, le 5ème homme, chargé de livrer l'argent et la marchandise à destination. Jean Rochefort est excellent dans un rôle d'homme glacial et rusé. Il est surprenant et il fait passer beaucoup de choses avec son regard. La réalisation de Jacques Deray (c'était son 3ème film) permet de suivre sans se perdre tous les rebondissements de cette histoire. Il n'y a aucun plan de trop. Le scénario (de Jacques Deray, José Giovanni et Claude Sautet [pour les dialogues]) est une adaptation d'un polar d'Alain Reynaud-Fourton (je ne connais pas) paru sous le titre Les Mystifiés en 1962 dans la Série Noire. Une excellente surprise en ce qui me concerne. Et c'est  toujours un plaisir de revoir des comédiens comme Charles Vanel, Michel Auclair ou Claude Dauphin. Il faut noter la présence de Michèle Mercier (future Angélique). Un film à emprunter en médiathèque (le livre, lui, ne semble pas disponible dans les bibliothèques parisiennes).

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samedi 25 mai 2019

Le jeune Ahmed - Jean Pierre et Luc Dardenne

Le jeune Ahmed des frères Dardenne (en compétition au Festival de Cannes de cette année) m'a beaucoup plu dès les premières images. Comme à leur habitude, les réalisateurs suivent les acteurs au plus près avec leur caméra. Ahmed fait sa prière, car Ahmed est un garçon sur la voie de la radicalisation. Il a pris comme maître à penser un jeune Iman (un père de substition) qui tient l'épicerie pas loin de chez lui. Ahmed vit avec sa mère et ses deux frère et soeur dans un appartement. Sa mère non musulmane est complétement dépassée par les événements. Ahmed s'est radicalisé en très peu de temps. Il ne lit que le Coran en arabe. Il a un discours qui fait froid dans le dos. Il veut suivre l'exemple d'un cousin. Il n'accepte plus de serrer la main d'une femme. A un moment donné, il est embrassé par une fille à qui il demande de devenir musulmane afin qu'il ne finisse pas en enfer. Déterminé à tuer sa professeur de collège qu'il considére comme une apostat, il rate de son coup de peu et se retrouve dans un centre fermé où il est surveilé. Le film dure 1H26 sans temps mort mais avec quelques raccourcis. Je ne dévoilerai pas la fin qui m'a fait penser à celle du film Le gamin au vélo. Il faut noter la prestation étonnante d'Idir Ben Addi, le garçon qui joue Ahmed avec ses lunettes et son air encore juvénile. Un film que je conseille, tout comme Henri Golant.

PS du 25/05/19: le film vient d'être récompensé du prix de la mise en scène au Festival international du film de Cannes 2019. Ce prix est amplement mérité.

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mardi 7 mai 2019

Les pensées - Pierre Dac (illustrées par Cabu)

En ce mois de mai qui commence par célébrer le travail, j'ai eu (ta d loi du cine, squatter chez dasola) un peu la flemme de réfléchir par moi-même, alors j'ai adopté une solution de facilité pour mon hommage mensuel tournant autour de Charlie Hebdo: évoquer Cabu au travers de ses dessins sur Pierre Dac (1893-1975), dont un florilège a été assemblé pour illustrer une nouvelle édition des Pensées de celui-ci, parues à l'origine en 1972, et rééditée au Cherche-Midi en 2015. L'exemplaire que j'en possède a été réédité par les Editions retrouvées, spécialisée dans les livres en gros caractères.

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Les différents "Avant-propos", "Préface" (etc.) précisent que Cabu et Pierre Dac ne se sont rencontrés qu'une seule fois "dans la vraie vie", mais s'efforcent de trouver tels ou tels points de rattachement (Châlons...). Voici les trois phrases de la Quatrième de couv':

20190505_184022

Pour ma part, j'évoquerai une autre occasion de rapprocher les deux auteurs, trouvée dans le monumental Cabu, une vie de dessinateur de Jean-Luc Porquet (p.147). Lorsque Hara-Kiri avait fait l'objet, le 23 mai 1966, d'un nouvel arrêté ministériel (après celui de juillet 1961) l'interdisant à l'affichage (les NMPP refusant alors de le distribuer), Pierre Dac (parmi bien d'autres) avait signé une Lettre ouverte au Ministre de l'Intérieur, rédigée par Cavana et Choron, demandant la levée de cette interdiction et dénonçant "cette censure qui n'ose pas dire son nom".

On pourra juger cet ouvrage un peu périphérique dans ma rubrique, mais cela permet aussi de mettre en valeur Pierre Dac, dont certaines pensées valaient bien leur pesant de cacahouettes voire auraient mérité l'anathème ou d'être mises à l'index (si, si...). Rappelons aussi qu'il parlait à la radio de la France libre, à Londres, en 1943-44.

J'avoue tout de même ne pas être totalement "fan" du talent essentiellement nonsensesque de Pierre Dac. Je vais cependant extraire quelques-unes de ces "Pensées" qui m'ont fait réfléchir, quoi que j'en aie. Et puis, il y a les dessins de Cabu, qui ouvrent chacun des "chapitres" (regroupements de "pensées"). Je suppose que leurs choix en diront, encore, trop sur moi...

La bonne moyenne de la croyance s'établit par le total de ceux qui croyaient et qui ne croient plus et de ceux qui ne croyaient pas mais qui croient (p.28).

En quoi? En qui? Pour quoi? Voire contre qui? (tout contre?) P1110048 (mécréant!)

Quand on dit d'un artiste comique de grand talent qu'il n'a pas de prix, ce n'est pas une raison pour ne pas le payer sous prétexte qu'il est impayable (p.35, pensées en vrac).

P1110047 Yes, Sar! (il peut le faire!) P1110050 Du vécu?

Il faut une infinie patience pour attendre toujours ce qui n'arrive jamais (p.44).

Un rhume de cerveau, c'est un nez qui coule de source (p.45).

Le crétin prétentieux est celui qui se croit plus intelligent que ceux qui sont aussi bêtes que lui (p.55, Pensées choisies) 

P1110051 Pierre Dac croqué en bon observateur du genre humain?

C'est ce qui divise les hommes qui multiplie leurs différends (p.56).

Je n'ai, pour ma part, jamais été nourri par L'Os à Moëlle

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En entend-on un lointain écho dans les colonnes de droite de la Quatrième de couv' de Charlie chaque semaine? 

Et encore quelques dessins,

P1110052  anachronique... et contestataire  P1110057

P1110053 [ici, on est ici sur un blog en grande partie "cinéma", tout d'même!]

P1110055 Les élections européennes approchant, on peut finir par savourer quelques "Pensées sur la politique, l'Etat, le parlement et la Constitution" (p.171). Mieux vaut en rire?

Comme je l'ai dit plus haut, la première édition des Pensées remonte à 1972 (il y en a eu bien d'autres ensuite - 1978, 1979, 1989, ...). Pierre Dac est décédé à 82 ans en février 1975. Il y a eu des rééditions, mais il ne me semble pas qu'elles étaient illustrées par Cabu? Voici en tout cas la couverture de celle parue  au Cherche-Midi (qui commémorait les 40 ans) le 22 janvier 2015, je suppose que Cabu en avait donc bien lui-même choisi ses dessins mettant en scène le Maître - et les 6 sur lesquels il ne figure pas.

Pensees_Pierre_Dac_Cabu

Je n'ai présenté dans mon billet que quelques clichés des textes et dessins, puisqu'il ne faut pas oublier que désormais, Cabu est une marque et une signature déposées: "double de titre, et pour chaque dessin à l'intérieur du livre, © V. Cabut". Sur les 21 dessins (dont celui repris aussi en couverture), six ne figurent pas le Maître (qui est éventuellement représenté deux fois dans d'autres). En tout cas, il vous en reste encore plus de la moitié à découvrir en lisant l'oeuvre à votre tour!

Voici maintenant quelques adresses extérieures concernant Pierre Dac (blogs ou sites en lien avec les Pensées): Tautavel en a sélectionné quelques-unes, il y en a d'autres ici. L’anthologie posthume Avec mes meilleures pensés est présentée par Fils à papa. Le blog Frogprod a consacré en février 2015 un article à Pierre Dac. J’ai enfin trouvé confirmation que Cabu avait bien travaillé en dernier sur ce livre .

PS: je viens de m'acheter Les années 70, de GéBé (avec Cabu et Willem), j'en parlerai une autre fois. De même que je recaserai sans doute "On dit d'un accusé qu'il est cuit lorsque son avocat n'est pas cru" (p.149) quand je chroniquerai prochainement Le procès Merah de Riss.

*** Je suis Charlie ***

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samedi 9 février 2019

Minuscule 2 - Hélène Giraud et Thomas Szabo / Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? - Philippe de Chauveron

Après Minuscule - La vallée des fourmis perdues, voici Minuscule 2 - Les mandibules du bout du Monde où l'on retrouve, les coccinelles (celles rouges à pois noirs), les fourmis noires et fourmis rouges dans la vallée du Mercantour. L'hiver arrive et une famille de coccinelles fait des provisions pour l'hiver. Sur le chemin du retour vers un trou d'arbre qui leur sert de nid, l'une d'elles fait preuve de son caractère aventureux. Par la suite, par un concours de circonstances, elle se retrouve enfermée dans un carton de conserves de châtaignes à destination de la Guadeloupe. Heureusement qu'une coccinelle de sa parentèle suit le même trajet en prenant l'avion avec elle. Arrivée à destination, elle appelle à l'aide son amie la fourmi. Celle-ci de son côté demande de l'aide à l'araignée mélomane que l'on avait déjà croisé et la convainc de partir avec elle. C'est sur un genre de galion suspendu par des ballons (comme le bateau du Baron de Münchausen, ou la maison du grand-père de Là-haut) que la fourmi et l'araignée vont faire un voyage plein de périls, avec un requin qui va les engloutir (bateau compris) tel Jonas avalé par la baleine. En Guadeloupe, ce sont d'autres dangers que vont affronter nos coccinelles, dont des mantes religieuses ou une mygale toute poilue. En revanche, elles vont trouver des alliées comme des chenilles urticantes (si si) et croiser d'autres coccinelles noires à gros pois rouges. Les vrais "méchants" de l'histoire, ne sont-ce pas les humains qui déforestent à tout va pour contruire des résidences bétonnées? Les insectes n'ont peut-être pas dit leur dernier mot. Comme pour le premier opus, pas de paroles mais des bruitages, de la musique, des sons divers et variés. L'épilogue du film se passe à Pékin, sûrement parce que les Chinois ont produit en partie le film. Un film sympa pour toute la famille.

Je dirai deux mots de Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? de Philippe de Chauveron. J'avoue que, comme pour le premier opus, mon ami et moi, nous avons pas mal souri. C'est cocardier, pas toujours subtil, mais on passe un moment avec la famille Verneuil, surtout Claude et Marie, les parents de toute cette tribu, qui vont tout faire pour que leurs filles, gendres et petit-enfants ne quittent pas la France. Et par ailleurs, Claude Verneuil, notaire à la retraite, décide d'écrire une biographie sur un homme dont j'entendais parler pour la première fois, Alfred Tonnelé, un Tourangeau poète, essayiste et pyrénéiste (allez voir sur wikipédia).

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samedi 19 janvier 2019

Undercover: une histoire vraie - Yann Demange / Ben is back - Peter Hedges

Voici deux films américains vus en ce début d'année dont le point commun est la drogue et la déliquescence de l'Amérique profonde. Undercover: une histoire vraie se passe dans les années 80 à Detroit, ville fantôme à cause du déclin de l'industie automobile. En revanche, le trafic de drogue, la corruption et le racisme font des ravages. Des gangs de narcotrafiquants dont certains composés d'Afro-Américains tiennent le marché de la drogue. Ils achètent des armes à Rick Wershe Sr (Matthew McConaughey, très très bien), un blanc. Celui-ci a un fils, Rick Wershe Jr, qui veut aider son père. Il devient le membre d'un de ces gangs et revend de la drogue. Il est rapidement répéré par des agents du FBI qui font pression sur lui pour qu'il devienne leur informateur. Je ne vous dirai rien de plus sur l'intrigue. Yann Demange, le réalisateur d'origine française qui avait réalisé un très bon film (71), sait filmer les fusillades, les scènes de rues et aussi des scènes plus intimistes. J'ai été contente de revoir Jennifer Jason Leigh qui se fait rare sur nos écrans *. En agente du FBI sans état d'âme, elle est excellente. Et j'ai mis quelques secondes à reconnaître Piper Laurie (The Hustler, L'arnaqueur de Robert Rossen avec Paul Newman [1961]) dans le rôle de la grand-mère. Bruce Dern joue le grand-père.

Ben is back de Peter Hedges vaut pour l'interprétation de Julia Roberts qui est de tous les plans. Dans une petite ville américaine, pendant la période des fêtes de fin d'année, Holly (Julia Roberts) et ses enfants répètent le spectacle du réveillon dans une église. De retour chez eux, Holly a un choc. Ben, son fils aîné est revenu. Il est parti du centre de désintoxication où il était soigné. Depuis 77 jours, il est "clean". Cela n'empêche pas que la famille s'inquiète à juste raison sur son retour anticipé. Et en effet, au fur et à mesure, on apprend beaucoup de choses sur Ben, comment et pourquoi il est devenu drogué, le fait qu'il "dealait" et qu'il a provoqué pas mal de drames dans la ville. Ce n'est pas un film violent. Beaucoup de choses se passent hors champ puisque que le réalisateur s'est concentré sur Julia Roberts en mère courage.

Ces deux films se laissent voir mais ne sont pas indispensables.

* merci Pascale!

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jeudi 27 décembre 2018

L'Empereur de Paris - Jean-François Richet / Wildlife - Paul Dano

L'Empereur de Paris réalisé par Jean-François Richet raconte une période de la vie d'Eugène François Vidocq entre 1805 et 1810-11 où de bagnard avec des chaînes, il deviendra drapier puis indicateur de la police avant d'être nommé chef de la brigade de sûreté de Paris (c'est la conclusion du film). Première séquence qui ouvre le film: un gros rat grignote un biscuit. Il est tué brutalement avec un coup qui lui écrase la tête  Personnellement, j'ai sursauté. C'est Maillard (Denis Lavant), un odieux personnage qui fait la pluie et le beau temps dans un bagne flottant dans une cale de bateau, qui a tué ce rat. Pendant ce temps, des bagnards se battent pour s'occuper. François Vidocq allongé sur une planche avec des chaînes aux pieds fait tout pour se libérer. Quelques années après, s'étant évadé, il est devenu drapier. Sur un marché à Paris, il est reconnu par des policiers qui l'accusent d'un crime de sang. Vidocq se défend de l'avoir commis et dit qu'il peut arrêter les coupables. Connaissant presque toutes les fripouilles et criminels qui sévissent à Paris, il devient un indicateur de la police avec d'autres proscrits comme un duc et son fils. Bien évidemment, les criminels vont mettre sa tête à prix, dont Maillard qui a été libéré du bagne et un certain Nathanael de Wenger avec qui Vidocq s'est évadé du bagne flottant. A Paris, Vidocq va croiser quelques femmes dont Annette dont il va tomber amoureux et la baronne de Giverny, une aventurière. Fabrice Luchini dans le rôle de Fouché fait deux apparitions très remarquées. C'est lui qui a les meilleurs dialogues. Même si le film n'est pas exempt de défauts, j'ai passé un bon moment. Vincent Cassel n'est pas mal et j'ai attendu le générique de fin pour savoir qui jouait le rôle du duc. Je n'avais pas reconnu James Thierrée qui est très bien. A vous de juger. Lire les billets de Pascale (déçue), ffred (déçu aussi).

Avec Wildlife (Une saison ardente), on change de registre. Il s'agit du premier film de l'acteur Paul Dano (There will be blood, Little Miss Sunshine) qui est aussi le co-scénariste avec sa compagne Zoë Kazan. Ils ont adapté un roman de Richard Ford. Il faut noter le soin apporté à la lumière, à l'image, au cadrage des plans. Dans les années 60, dans une petite ville perdue du Montana, Joe Brinson, un garçon de 14 ans, voit le couple formé par ses parents (Jerry et Jeannette) se déliter assez brusquement, lorsque Jerry après s'être fait viré de son travail d'un club de golf sans vraie raison, part combattre un immense feu de forêt pendant quelques semaines, laissant Jeannette désemparée. Joe est un garçon qui ne se plaint jamais, il est exemplaire en tout point. Il considère avec peine les trahisons ou acte de violence de ses parents. Je trouve que les parents de Joe ne le méritent pas. Le jeune acteur Ed Oxenbould est formidable, comme Jack Gyllenhaal et Carey Mulligan qui interprètent les parents. Un film à voir. Lire les billets de Pascale et ffred (encore eux).

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lundi 19 novembre 2018

Trois BD : Lucky Luke - Un cowboy à Paris / Les Vieux Fourneaux 5 / Blake et Mortimer - La vallée des immortels

A défaut d'autre chose, novembre 2018 aura été un mois faste pour les sorties BD.

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Je commence par Lucky Luke, Un Cow-boy à Paris, dessins d'Achdé, texte de Jul d'après Morris (Editions Lucky Comics), 46 pages. Sur le chemin du pénitencier de Cross Junction, après que Lucky Luke a arrêté pour la enième fois les 4 frères Dalton, ils vont croiser des Indiens qui sont prêts de scalper Auguste Bartholdi. Bartholdi souhaite faire connaître aux Américains son projet de statue. Il veut faire une levée de fonds pour la construction du socle. Pour ce faire, Bartholdi présente la main tenant la torche. Pour lui, il considère son oeuvre comme l'incarnation de la Liberté. Un mot honni par Locker, le directeur du pénitencier qui va tout faire pour que la statue ne soit jamais érigée au large de l'ïle de Manhattan. Heureusement que Lucky Luke veille. Il accompagne Bartholdi jusqu'à Paris malgré son mal de mer. L'album est très plaisant à lire. Un bon cru à mon avis.

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Je passe maintenant au 5ème tome des Vieux fourneaux - Bons pour l'asile (Editions Dargaud, 56 pages). J'ai retrouvé avec grand plaisir Pierrot, Antoine et Emile (et les autres). L'histoire se passe entièrement à Paris où Pierrot et toute une bande de "vieux"se retrouvent au poste de police après s'être fait remarquer devant un organisme suisse. Pendant ce temps-là, Emile et Antoine, son arrière-petite fille Juliette (qui a bien grandi) descendent d'un train. Antoine doit ramener Juliette auprès de sa maman, Sophie, avant de partir au Stade de France avec Emile pour assister à un match de rugby "France-Australie". Bien entendu rien ne se passe comme prévu puisqu'à la place de Sophie, c'est le fils d'Antoine qui arrive. C'est un stratagème de Sophie qui souhaiterait que les deux hommes se réconcilient. Pierrot est retenu plus longtemps que prévu au poste de police, tandis qu'Emile se dirige vers l'immeuble de l'ïle de la tordue (voir le tome 2, Bonny et Pierrot), devenu un refuge pour "vioques" et "migrants clandestins" avec une plaque professionnelle qui dévoile tout.

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C'est un album politiquement incorrect mais irrésistiblement drôle. Avec la mention "Fin de l'épisode", je me doute qu'un sixième tome est prévu.

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Je termine avec La vallée des immortels - Tome 1 d'Yves Sente, Teun Berserik et Peter Van Dongen (Editions Blake et Mortimer, 56 pages). Yves Sente reprend la plume pour la 8ème fois comme scénariste de la saga de Blake et Mortimer. C'est le 25 album de la série créée par Edgar P. Jacobs (disparu en 1987). Yves Sente situe cette nouvelle histoire (en deux tomes) juste après Le secret de l'espadon. La capitale du Tibet est détruite, tout le monde est mort sauf Olrik qui en réchappe. En Chine, les rivalités se font entre Nationalistes de Taïwan, les Communistes, fidèles à Mao, et un Seigneur de la Guerre à la recherche d'une partie d'un texte disparu prouvant qu'il pourrait être le descendant d'un héritier du premier empereur de Chine (la dynastie Qin), il y a quelques 2200 ans. Blake travaille toujours au Foreign Office, tandis que Mortimer part à Hong-Kong pour le travail, il a conçu un nouvel engin volant, le "Skylantern". Olrik, quant à lui, se vend au plus offrant et cherche une fois encore à se venger de Blake et Mortimer. Il faut noter les clins d'oeil à Hergé et à son Lotus bleu : la couverture par exemple et la mention de William Gibbons, l'une des fripouilles qui cherchent à nuire à Tintin dans la concession internationale de Shangaï.

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J'attends le deuxième tome avec impatience.

Des albums à s'offrir et à offrir, à lire et à relire.

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mardi 30 octobre 2018

Le mystère Jérôme Bosch - Peter Dempf

mystere jerome bosch

Je vous conseille Le mystère Jérôme Bosch de Peter Dempf, (Editions Pocket, 541 pages), que j'ai trouvé passionnant. Je l'avais repéré dans une ou deux librairies que je fréquente. Je dis tout de suite que je suis une grande admiratrice de l'oeuvre du peintre flamand Jérôme Bosch né Jheronimus van Aken à Bois le duc (‘s-Hertogenbosch en néerlandais - d'où son pseudonyme) en 1450 et mort en 1516.
En 2013, à Madrid au musée du Prado, un prêtre illuminé asperge de quelques gouttes d'acide Le Jardin des délices, une des oeuvres (un tryptique) les plus célèbres du peintre (cette peinture à l'huile sur bois est datée d'entre 1494 et 1505). Un restaurateur allemand, Michael Keie est appelé au chevet de l'oeuvre. Il découvre assez vite qu'aux endroits qui ont été altérés, il y a des symboles cachés. Baerle, le prêtre responsable de la dépradation du tableau, ne parle pas aux femmes, et il refuse donc de dire à la thérapeute Grit Vanderwerf qui s'occupe de lui pourquoi il a vandalisé la toile. En revanche, il est content d'avoir un auditoire masculin en la personne de Keie et d'Antonio, un vieil historien d'art qui exerce au musée. Il leur explique qu'il a trouvé dans son couvent de Salamanque un manuscrit écrit en 1511 par un certain Petronius Oris, qui avait reçu l'ordre du grand inquisiteur en place d'écrire son histoire. Et nous voilà transportés dans le passé aux alentours de 1500: Petronius arrive d'Augsbourg avec des lettres de recommandation de Dürer et de Jörg Breu. Bosch l'embauche comme portraitiste. Très vite, Petronius ne se sent pas à l'aise à Bois le Duc car les bûchers de l'Inquisition sont dressés tous les jours aux abords de la ville. Il se sent surveillé et menacé. Les Dominicains font la chasse aux Adamistes et tous ceux qui ont des pensées hérétiques. Quand Petronius commence à travailler pour Bosch, le maître a déjà peint la partie gauche du tryptique. Il semble que le thème du jardin des délices est subversif pour l'église catholique. Je vous laisse découvrir pourquoi. De nombreuses péripéties émaillent le récit, où un Juif converti, Jacob Van Almaengien, joue un rôle important. Le pauvre Petronius va subir plusieurs agressions physiques et se retrouver entre les mains de l'inquisition. Heureusement qu'il a quelques alliés, dont Zita, dont il va tomber amoureux. Un récit haletant et bien mené qui donne envie d'étudier de plus près Le Jardin des délices de Jérôme Bosch.

El_jardín_de_las_Delicias,_de_El_Bosco

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
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