23 octobre 2009
Seul le silence - R. J. Ellory
Moi aussi, j'ai d'abord cru à une faute de frappe, mais il ne s'agit effectivement pas de James Ellroy. En attendant que sorte Vendetta en poche, je viens de terminer Seul le silence, roman de presque 600 pages (Livre de Poche) de R. J. Ellory (qui a dédié son oeuvre à Truman Capote) où le narrateur Joseph est aussi le (triste) héros de l'histoire. Tout commence en 1939 et se termine en 2005. Entretemps, Joseph aura été le témoin direct ou indirect de 32 meurtres atroces de petites filles toutes âgées de 8 à 12 ans sur une période de plus de 30 ans. En 1939, en Georgie, Etat sudiste et conservateur, les étrangers sont vus d'un mauvais oeil. Une famille allemande, les Krüger, paiera un lourd tribut dans cette histoire. Joseph, 12 ans, est orphelin de père depuis longtemps. Il est très attachée à sa mère, celle-ci finit dans une institution psychiatrique. Joseph est doué pour l'écriture et encouragé par sa mère d'abord, puis par son institutrice et par quelques autres; il deviendra un écrivain reconnu. Ce long roman est rythmé (si je puis dire) par les meurtres des petites filles. On veut savoir qui est le meurtriers et pourquoi il fait cela, et pourtant toute cette histoire reste en arrière-plan. L'auteur montre les failles du système pour mener une enquête criminelle quand plusieurs circonscriptions sont concernées. Il n'y a pas de cohésion. Seul un shérif, ami de Joseph, mène l'enquête. Quant à moi, l'accumulation de malheurs sur la tête du héros narrateur me paraît un peu beaucoup à mon goût: deux femmes (enceintes de lui) qui meurent jeunes et tragiquement, 14 ans d'incarcération pour un crime qu'il n'a pas commis. Joseph semble supporter cet état de faits sans trop broncher. Il ne se révolte pas et pourtant il aurait des raisons. Surtout, ne commencez pas par lire les deux dernières pages (comme le fait souvent mon ami) car il n'y aurait plus de suspense. C'est un roman que je conseille même si je n'ai pas été complétement enthousiaste.
13 octobre 2009
Mary et Max - Adam Elliot
Ce film d'animation australien en pâte à modeler, Mary et Max, est mon coup de coeur de ce quatrième trimestre 2009. Mary Daisy Dinkle, une brunette de 8 ans, portant des lunettes, pas jolie avec sa tache de vin sur le front mais intelligente, vit en Australie aux paysages marron. Mary vit entre une mère qui boit du sherry (beaucoup) et un père dont le passe-temps est d'empailler des animaux victimes d'accidents et dont le gagne-pain (depuis des années) est de relier la marque au sachet sur une chaîne de montage de fabrication de thé (Earl grey). Mary se sent seule. Sa vie change quand elle écrit à Max Jerry Horowitz dont elle a trouvé l'adresse par hasard sur un bottin. Max Jerry Horowitz, âgé de 44 ans, obèse et atteint du syndrome d'Asperger (un genre d'autisme), vit seul à New-York, dessinée comme une ville toute grise foncée tirant sur le noir, oppressante, où même la statue de la Liberté fait la tête. L'histoire se passe sur vingt ans pendant lesquelles la relation épistolaire de Mary Daisy (qui écrit un livre sur le syndrome de Max) et de Max Jerry dont (l'état mental s'aggrave) connaît des hauts et des bas et même une interruption. Le récit alterne entre l'Australie et New York dans un parfait équilibre pendant lequel un narrateur omniprésent donne de l'élan à l'ensemble. Il faut voir le film en VO avec les voix de Toni Colette (Daisy adulte), de Philip Seymour Hoffmann (Max Jerry) et du narrateur (Barry Humphries). Ce film dégage une grande tristesse (surtout la fin), de la déprime mais aussi de l'espoir, c'est la vie. L'humour n'est pas absent de cette histoire où les personnages sont tous laids physiquement (même un bébé) mais si attachants (ils ont tous des "tronches" improbables). Ils sont plus humains que nature. L'animation est une réussite (qui n'a rien à voir avec celle de Wallace et Gromit) renforcée par de beaux moments musicaux. Je conseille Mary et Max toutes affaires cessantes aux adultes qui liront ce billet (ce n'est pas du tout un film pour enfants). Vous n'oublierez pas de sitôt les personnages de Mary et Max et ceux qui les entourent. Beaucoup de blogueurs en parlent, notamment: Céline/Diane_Selwyn, Ffred, FredMJg, Rob, Tinalakiller, Alain, Leunamme et Rom_J.
01 juin 2009
Films vus et non commentés depuis le 23/04/09 (début)
Je constate une fois de plus mon retard impardonnable pour commenter les films que j'ai vu plus ou récemment (suite de ma série). J'ai déjà vu 66 films depuis le début de l'année.
En voici 4 que je ne conseille pas forcément. Vous pouvez attendre de les voir en location en DVD ou lors d'un passage à la télé.
Tulpan de Sergei Dvortsevoy est un film que j'ai vu il y a deux mois. Je considère que c'est plus un documentaire qu'une fiction. Ce film kazakh raconte les mésaventures d'un jeune homme qui voudrait se marier avec une jeune fille dont il ne connaît pas le visage. Cette dernière ne le trouve pas à son goût: il a les oreilles décollées. Et pourtant, former un couple et fonder une famille est nécessaire pour pouvoir continuer à vivre dans la steppe sous la yourte. Tout cela est un prétexte à voir une nature désertique et des brebis qui mettent bas avec difficulté. Le film m'a un peu ennuyée et il se termine en queue de poisson. J'avais nettement préféré L'histoire du chien jaune de Mongolie de Byambasuren Davaa (2006).
The other man (dans le texte) de Richard Eyre, réalisateur précédemment d'Histoire d'un scandale (cf. mon billet du 03/03/07): là, je m'attendais à un bon thriller. C'est complètement raté. Adapté d'une nouvelle de Bernard Schlink, un homme, Peter (Liam Neeson, très monolithique et pas très expressif) suspecte sa femme de le tromper. Il fait tout pour retrouver "l'autre homme", Ralph (prononcez Raife), joué par Antonio Banderas que j'ai vu meilleur. Entretemps, on ne revoit jamais la femme (Laura Linney, très bien). Le découpage du scénario est à mon avis maladroit car, au moment du générique de fin, je me suis dit que je n'avais rien compris. On assiste à des flash-back. Même le début du film est un long flash-back. C'est l'occasion de voir Romola Garai (l'héroïne d'Angel de François Ozon (2007) [cf. mon billet du 25/03/07]). Le film se passe entre Milan et Cambridge. Rien d'autre à dire.
La 1ère étoile de Lucien Jean-Baptiste: il y a quelques années, je m'étais divertie avec un film que je recommande si vous ne l'avez pas (encore) vu, Rasta Rocket en VF et Cool Runnings en VO (1993), qui narrait l'histoire de l'équipe de bobsleigh jamaïcaine en route pour les JO de Montréal (histoire authentique). C'était absolument hilarant. Pour la 1ère étoile, je m'attendais un peu à la même chose. Malheureusement, c'est nettement moins drôle et un peu répétitif mais la comédie est sympathique. Jean-Gabriel (joué par le réalisateur), un père de famille antillais marié à une femme blanche, a promis à sa progéniture de les emmener aux sports d'hiver. Le problème est qu'il a perdu aux courses la somme mise de côté pour les vacances. Qu'à cela ne tienne, avec le "système D", le père, les enfants et la grand-mère passeront une semaine à la montagne et la fille de la famille arrivera à gagner sa 1ère étoile de ski. Le film est encore un grand succès, tant mieux pour lui mais je m'attendais à autre chose.
Confessions d'une accro du shopping de P.J. Hogan n'est pas aussi réussi que Le Diable s'habille en Prada. Je n'ai pas lu les livres de Sophie Kinsella, mais j'ai l'impression que les intrigues sont mieux tournées. Moi, je suis allée le voir car j'avais envie de me changer les idées (mon hygiène mentale). Tout est hautement invraisemblable, mais le beau Hugh Dancy et quelques scènes sympathiques sauvent le film.
(à suivre...)
25 mai 2009
Un mariage de rêve - Stephen Elliot
Un mariage de rêve [titre français pas très approprié pour "Easy virtue" (petite vertu)] de Stephen Elliot, qui a aussi écrit l'adaptation, est un bon film très "british", assez pince-sans-rire autant dans le fond que dans le ton. A l'origine, il s'agit d’une pièce écrite en 1924 par Noël Coward (auteur presque oublié, et c'est bien dommage). Larita (Jessica Biel) (1), jeune femme émancipée (qui sort d’un drame personnel) et aventurière, vient de convoler en justes noces avec un jeune Anglais, John Wittaker, qui a eu le coup de foudre pour elle au premier regard. Après le voyage de noces, Larita est présentée à sa belle-famille (dont on apprendra au cours du film qu’elle est ruinée). Cette belle-famille se compose entre autres de Mrs Wittaker, la mère de John (Kristin Scott-Thomas, irrésistible en femme aigrie), qui prend aussitôt sa bru en grippe. La première faute de goût impardonnable pour Mrs Wittaker est que Larita est américaine! En revanche, Mr Wittaker (Colin Firth), un rien désabusé (la première guerre mondiale n’est pas terminée depuis si longtemps), ne reste pas insensible au charme de de la jeune femme qui compte bien profiter de la vie. Tout de suite, Larita se trouve mal à l’aise dans cette famille. L’ère victorienne est révolue mais Mrs Whittaker qui n’en a cure, brime ses deux filles (soeurs de John) et montre de l'autorité envers ses domestiques. Mais Mrs Wittaker a aussi la «main verte», preuve en est la serre (chauffée) attenante de la demeure (pas chauffée, elle). Je ne dévoilerai pas les péripéties de cette comédie enlevée excepté un «French Cancan» endiablé mais sans culotte, et le triste destin du chien "Poppy", qui a fait beaucoup rire la salle (moi compris), sans parler de la sonnette pour appeler les quelques domestiques qui ne sont pas encore partis. D'ailleurs, un en particulier vaut le détour. Il paraît un peu dérangé. Pour en revenir à Noël Coward, il est aussi l’auteur d’une pièce, Private Lives (une scène de ménage qui dure deux heures souvent jouée par de grands comédiens sur la scène londonienne ou américaine). Il est aussi l’auteur de Brève rencontre (1945) de David Lean (mais non crédité au générique) ou de Design for Living (qui a inspiré Sérénade à trois d’Ernst Lubitsch en 1933). Stephen Elliot est le réalisateur et scénariste de Priscilla, Reine du désert (1994), film que je conseille.
(1) Et non Jennifer Biel comme je l'avais écrit par erreur (merci à Coming soonn).
03 mars 2009
Gran Torino - Clint Eastwood
Gran Torino est un film de et avec Clint Eastwood qui joue un raciste (à mon avis, il est plutôt misanthrope) dans une bourgade du Michigan habitée par un grand nombre de Latinos, de Noirs et d'Asiatiques. Dans Gran Torino, Walt Kowalski (Clint Eastwood) vient de perdre sa femme. Il a deux fils et des petits-enfants qu'il n'apprécie guère. Vétéran de la guerre de Corée, il a travaillé dans une usine Ford (il trouve honteux qu'un de ses fils travaille pour une marque japonaise). D'ailleurs, comme trésor, il a une magnifique une Ford "Gran Torino 1972", une belle voiture qu'il "bichonne". Il vit seul avec sa chienne Daisy, se nourrit de boeuf séché, s'abreuve de bières, et fume beaucoup. Enfin, il se met à exécrer un jeune prêtre qui n'arrête pas de lui demander de confesser ses péchés. Les proches voisins de Walt sont des Coréens Hmongs affables qui font de la très bonne cuisine. Parmi eux, il y a la grand-mère qui pourrait gagner un concours de crachats et dont l'animosité envers Walt est vivace. Il y a aussi une jeune femme, Sue, et un jeune homme, Thao (d'une timidité maladive), qui se fait maltraiter par une bande de jeunes coréens. Ceux-ci sèment la terreur autour d'eux. C'est à partir de là que j'émettrai une réserve concernant l'histoire car il y a un retournement psychologique un peu précipité dans le scénario. En effet, Walt se prend d'affection pour le jeune Thao (je ne dirai pas pourquoi). II essaie de lui donner confiance. Peut-être veut-il se racheter d'actes qu'il a commis 55 ans auparavant. J'ai oublié de dire que Walt est très malade. Ceci explique qu'il ira jusqu'au bout de sa rédemption. La dernière scène m'a tiré des larmes. Depuis sa sortie, le film se donne devant des salles combles: c'est justifié. Le Dr Orlof est très réservé sur ce film (je comprends son point de vue). Il y a des effets larmoyants un peu faciles, c'est cousu de fil blanc mais ça marche. Personnellement, j'aime les films où Eastwood se dirige lui-même et particulièrement celui-là. C'est un grand monsieur au sens propre et figuré.
17 février 2009
Le petit fugitif - Morris Engel, Ruth Orhin et Ray Ashley
Le petit fugitif date de 1953. Cette année-là, il a reçu le Lion d'argent à Venise, ex-aequo avec Les contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi. Il vient de ressortir en "réédition exclusive en VOSTF" (sic). C'est grâce à mon ami, qui m'en a parlé et avec qui j'y suis allée, que j'ai pu découvrir ce film qui a inspiré Les 400 coups de Truffaut. Film en noir et blanc, il a suscité l'admiration de grands cinéastes dont ceux de la Nouvelle vague. Le petit fugitif est un mélange de documentaire et de fiction. Les trois personnes citées dans le titre ont collaboré pour écrire, produire, photographier et monter le film. Morris Engel, producteur et chef opérateur, a créé un harnachement spécial pour la caméra qui permettait de filmer sans être remarqué. Cela donne effectivement une spontanéité à l'ensemble. A Brooklyn, en plein été, Joey, 7 ans, petit garçon à la frimousse pleine de taches de rousseur, et passionné de chevaux, a un grand frère, Lenny, 12 ans, joueur d'harmonica. Ce dernier en a souvent la garde quand la maman (veuve) doit s'absenter. En l'occurrence, c'est ce qui se passe quand démarre le film. Mais Lenny préfère jouer avec deux copains de son âge, et ils décident ensemble de jouer un vilain tour à Joey pour s'en débarrasser. Joey s'enfuit en métro à Coney Island (à l'extrémité sud de Brooklyn), lieu d'attractions diverses et variées, et où se situe une immense plage, endroit de prédilection pour des milliers de New Yorkais à cette époque. La caméra ne lâche pratiquement pas Joey et le suit dans ses périgrinations. C'est la première fois qu'il va à Coney Island. Grâce aux quelques dollars que la maman avait laissé avant de partir, il peut se payer un tour de manège, s'exercer à lancer des balles sur des boîtes (sans succès), se payer une barbe à papa et surtout faire des tours de poney. Il est débrouillard. L'argent étant épuisé, il se met à ramasser sur la plage des bouteilles de boissons pétillantes qui sont consignées. Il reçoit 5 c par bouteille: une fortune. Joey va rester du samedi après-midi jusqu'au dimanche après-midi livré à lui-même. Pas une fois, il ne pleure. Il est plutôt heureux. Tout finit bien. Je remercie mon ami de m'avoir convaincue d'assister à cette projection, ce fut un plaisir partagé, je pense, par un public nombreux (d'adultes) qui a beaucoup ri et qui a trouvé le gamin adorable. Personnellement, j'ai trouvé que c'était un garçonnet comme tous ceux de son âge, pas toujours obéissant mais qui a besoin que l'on s'occupe de lui.
05 février 2009
The Square - Nash Edgerton
Dans la même soirée, je suis allée voir The Square en ayant lu que c'était un film noir australien, puis juste après The Club, film noir anglais (billet à venir [chroniqué le 05/03/09]). Je suis friande de ce genre de cinéma. The Square est un film dont le réalisateur et les acteurs sont inconnus chez nous. C'est en effet très noir. Et pourtant, cela se passe en plein été australien pendant les périodes de Noël et de Jour de l'An. Un homme et une femme sont amants: ils font l'amour dans une voiture. Les seuls témoins sont deux chiens, un gros et un petit, qui attendent chacun dans une voiture. La femme, Carla (maîtresse du gros chien), est mariée à un homme tatoué dont on ne connaît pas la profession (a priori pas très honnête), très "beauf", et qui cache une grosse somme d'argent dans un sac (que Carla découvre par hasard). L'homme, Raymond (le maître du petit chien), est entrepreneur de travaux publics et il est marié. Comme de bien entendu, Carla veut partir avec son amant et l'argent. Les ennuis commencent à cause d'un engrenage fatal. Il y a beaucoup de morts: quelques humains, et malheureusement le gros chien amoureux de la petite chienne qui trouvera une fin tragique en voulant la rejoindre à la nage. Entretemps, un méchant maître-chanteur très mystérieux se manifeste et s'adresse à Raymond par cartes de Noël interposées. Le "Square" en question est un bout de terrain carré à l'intérieur du chantier de Raymond et il sert accessoirement pour enterrer un corps. Tout se termine tragiquement, et les méchants ne sont pas ceux qu'on croit. Comme film de genre, ce n'est pas mal du tout.
PS: je viens de constater que, deux semaines après leur sortie, The Square et The Club ne sont plus à l'affiche à Paris. Je ne sais pas quoi penser.
19 novembre 2008
La bande à Baader - Uli Edel
J'avais 15 ans quand on a retrouvé les corps inanimés d'Andréas Baader et Gudrun Ensslin dans leur cellule de la prison de Stuttgart. Cela été la fin des années de plomb, enfin presque. Je me rappelle cette période terrible de violence et d'attentats. L'Italie a eu les Brigades Rouges et l'assassinat d'Aldo Moro. L'Allemagne de l'Ouest (avant la chute du Mur) a connu la Bande à Baader (Fraction Armée Rouge), groupuscule d'extrême gauche (et ses héritiers) et l'assassinat du patron des patrons allemands (Hanns-Martin Schleyer). La Fraction Armée Rouge qui a commencé d'exister dans les années 60 voulait combattre l'impérialisme américain (nous étions en pleine guerre du Vietnam). Je suis allée voir La bande à Baader pour me remémorer cette période et peut-être apprendre des choses. Honnêtement, je n'ai pas appris grand-chose et je ne suis pas sûre que l'on comprenne les motivations exactes de ce groupe, comment ils ont décidé de faire ce qu'ils ont fait, etc. On sait que Gudrun Esslin était fille de pasteur, et Ulrike Meinhof, journaliste reconnue de talent. Pour Andréas Baader, on ne sait rien. Et les autres ne sont que des personnages secondaires. En revanche, on nous montre qu'ils ont eu des "héritiers" plus violents et radicaux (responsables de la mort de Schleyer, et du détournement d'un avion de la Lufthansa). Tout le film ne fait qu'effleurer le sujet, on reste un peu dans l'anecdotique avec une suite de scènes sans véritable lien. Et pourtant il dure plus de deux heures un quart. Les quelques moments "forts" sont des images d'archives insérées dans le film. Il y a deux grandes parties dont celle qui se passe en prison. Les personnages féminins sont les plus intéressants mais aussi les plus durs. Les actrices sont bien. Le film est bien fait mais pas satisfaisant, je pense qu'une autre oeuvre est encore à tourner sur cette période. Pour ceux qui connnaissent, il faut se rappeler Les années de plomb (Die Bleierne Zeit) (1981) de Margarethe Von Trotta qui traite de manière subtile cette période.
15 novembre 2008
L'échange - Clint Eastwood
L'échange de Clint Eastwood (réalisateur et scénariste), sorti cette semaine, semble être perçu comme un film didactique (selon des commentaires entendus à la sortie de la projection). Tout d'abord, je retiens du film l'excellente interprétation d'Angelina Jolie qui fait une performance toute en retenue. Elle joue le rôle de Christine Collins, mère célibataire d'un petit Walter Collins âgé de 9 ans. Nous sommes en mars 1928, à Los Angeles. Christine Collins travaille dans un central téléphonique. Elle semble superviser tout un "pool" de standardistes (uniquement des femmes). Les locaux sont tellement grands qu'elle se déplace en patins à roulettes. Un samedi, elle est obligée de faire des heures "sup" et laisse son petit garçon seul à la maison. Elle rentre plus tard que prévu. Walter a disparu. 3 mois plus tard, la police de Los Angeles retrouve un petit garçon, bien vivant. Elle ne le reconnaît pas. Ce n'est pas lui. Qu'est devenu Walter? Personne ne la croit sauf un prédicateur, Gustav Briegleb (John Malkovitch), qui dénonce très régulièrement, sur les ondes radio, les manquements, la corruption, l'incompétence de la police de "la cité des anges" (comme dans L.A. Confidential ou Chinatown). Toute cette première partie du film est vraiment très bien. On reste dans l'intime avec cette maman qui veut retrouver son fils. Puis on passe assez rapidement à un fait divers épouvantable (que je ne révélerai pas), et on nous montre que les femmes à l'époque pouvaient être enfermées en institution psychiatrique de façon arbitraire selon le bon vouloir de certains policiers. Le film se termine en 1935 après deux procès, des condamnations (dont une par pendaison), des révélations du pourquoi du comment, où des enfants sont victimes et bourreaux. C'est un film qui prend son temps. J'ai entendu à la sortie une dame dire qu'elle était restée extérieure à l'histoire, c'est compréhensible (je n'ai pas été très émue par l'histoire et pourtant...), mais c'est quand même du bel ouvrage avec une musique envoûtante (du fils Eastwood, Kyle). Angelina Jolie a trouvé un personnage qui montre son talent autrement mieux que dans Wanted ou Mr et Mrs Smith. Petite précision, le scénario est tiré d'une histoire vraie. Enfin, j'avais déjà évoqué Clint Eastwood réalisateur dans mon billet du 07/10/07.
07 novembre 2008
Courir - Jean Echenoz
Ce roman, Courir de Jean Echenoz (Editions de Minuit), vaut 13,50 euros. C'est cher au vu du temps passé à le lire (2h15 chrono pour 142 pages), mais je ne regrette pas un centime de mon achat car quel bonheur de lecture grâce à un style fluide. C'est superbe! L'histoire débute quand la Tchécoslovaquie est envahie par l'Allemagne en 1939-1940 et s'achève en 1968 lorsque les Russes écrasent la révolte à Prague. Entre les deux, le romancier nous parle d'un Tchèque, Emile, qui a eu d'abord le choix entre travailler dans une usine de voitures ou dans une de chaussures. Après tout, les deux servent à avancer! Emile se met à travailler chez Bata, les chaussures. Afin de promouvoir sa marque, l'entreprise se sert de la publicité et se met à sponsoriser une équipe de football. Elle organise aussi une course à pied avec des coureurs qui portent son nom sur leur maillot. Emile déteste le sport mais il découvre que la course à pied lui plaît bien. Il s'entraîne pour son plaisir d'abord, puis il concourt pour son pays. Il a une manière bien à lui de courir en faisant n'importe quoi avec les bras. Pendant 6 ans, entre 1948 et 1954, il sera considéré comme l'homme le plus rapide sur la Terre. Il récoltera de nombreuses médailles (d'or et d'argent) aux JO de Londres (1948) et d'Helsinki (1952) aux 5000 m et 10000 m. Il court aussi quelques marathons. A Melbourne (1956), c'est le début de la fin. Entretemps, il connaît les vicissitudes d'être un sportif dans un pays de l'ex-bloc communiste. Il se marie avec Dana. Echenoz nous fait connaître, à la page 93, le nom de famille d'Emile. Il est connu. J'ai appris qu'Emile parlait russe, allemand, anglais, français. C'était un brave gars, Emile. Il a terminé sa carrière comme archiviste au centre d'information des sports. Si vraiment vous n'avez pas les moyens de l'acheter, empruntez ce livre, faites-vous le offrir à Noël, que sais-je, mais lisez-le.
PS: Comme le fait remarquer Saxaoul ci-dessous, Amanda en dit aussi beaucoup de bien.
