vendredi 5 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (9): Barnacle Bill - Charles Frend

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Vous allez me demander, mais qu'est-ce que c'est que ce film?

Et bien a priori, Barnacle Bill qui date de 1957 fut le dernier film produit par les studios anglais Ealing dirigés par Sir Michael Balcon avant qu'ils ne soient vendus à la BBC. Pour ceux qui ne le savent pas encore, les studios Ealing ont produit certaines des meilleures comédies anglaises des années 50: Noblesse oblige, Whisky à Gogo, Passeport pour Pimlico, Tueurs de dames, L'homme au complet blanc, Tortillard pour Titfield, et pas mal d'autres. Je n'avais pas gardé souvenir de Barnacle Bill joué avec brio par Alec Guinness. Comme dans Noblesse oblige, il interprète plusieurs personnages, six de ses ancêtres et le capitaine William Horatio Ambrose. Dans cette famille de marins dont la devise est "Omnes per Mare" ("Tous à la mer"), Ambrose souffre du mal de mer, un problème dont il n'arrive pas à se débarrasser. C'est bien ennuyeux pour lui, et sa contribution à la seconde guerre mondiale consistera du coup à tester des médicaments contre le mal de mer. Après avoir quitté la Royal Navy à la fin de la guerre, il décide d'investir ses économies (5000 £) dans l'achat d'une jetée, à Sandcastle, où se trouve un parc d'attractions miteux en très mauvais état. Dès le début, il se met à dos le conseil municipal, lequel envisage de détruire cette jetée pour permettre de faire une route le long de la plage. Tous les moyens sont bons. Heureusement, Ambrose a plein d'idées, dont celle de transformer la jetée en paquebot immobile. De nombreux jeunes gens désoeuvrés viennent l'aider dans son entreprise. La bataille navale entre des pédalos menés par Ambrose qui a enfin trouvé un remède au mal de mer et un bateau équipé d'une drague est irrésistible. Il faut noter qu'à la fin, Ambrose est accueilli en héros sur une plage française. Ce film amusant et divertissant vaut la peine d'être vu.

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mardi 12 janvier 2021

Films vus en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (1)

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Voici trois films que je n'aurais pas forcément (re)vus sans le confinement. 

Je commence avec Le dernier train du Katanga (1968, titré The Mercenaries en VO) de Jack Cardiff qui a été aussi un chef opérateur reconnu (Pandora, Les chaussons rouges, Le Narcisse noir, Les Vikings ou L'odyssée de l'African Queen). Le dernier train du Katanga s'appuie sur des faits réels : la décolonisation du Congo Belge, et la rébellion Simba. Des mercenaires dont un ancien nazi et un médecin alcoolique sont chargés par le nouveau président de la République démocratique du Congo d'aller chercher en train des colons menacés de morts et 50 millions de dollars en diamants entreposés dans le coffre d'une compagnie minière. Autant le voyage à l'aller se déroule sans anicroches ou presque, autant sur place et au retour, rien n'ira comme prévu. J'ai bien apprécié ce film assez violent pour l'époque qui a été tourné à la Jamaïque. En revanche, la fin m'a déconcertée.

Je passe au film de Don Siegel sorti en 1970, Sierra Torride (Two mules for Sister Sara en VO) avec Clint Eastwood et Shirley Maclaine. L'histoire se passe au Mexique durant l'intervention des Français entre 1861 et 1867. Ces derniers souhaitaient installer un régime favorable à leurs intérêts. Hogan (Eastwood) est un mercenaire payé par les Mexicains (Juaristes). Il doit trouver les failles d'un fort tenus par les Français. Sur son chemin, il sauve Sara (McLaine), une religieuse qui allait être violée par trois individus. Elle déclare qu'elle est aussi pourchassée par les Français. Ce couple improbable mais sympathique va faire route ensemble. Sara va montrer sa débrouillardise et on va découvir qu'elle n'est pas ce que son habit fait croire. Le film est une comédie qui se laisse voir.

Avec Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin (1985), on est assuré de voir un film haletant. A l'époque, Willem Dafoe, John Turturro ou William L. Petersen n'étaient pas encore très connus. A Los Angeles, Rick Masters (Willem Dafoe), peintre et faux-monnayeur, fait tuer Hart, un agent fédéral qui était sur ses traces. Richard Chance (William L Petersen), le co-équipier de Hart, décide de venger son collègue. Tout va très vite comme une course poursuite en voiture d'anthologie. Je ne me rappelais pas que ce film était si bien. Je vous le recommande.

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samedi 7 novembre 2020

Charlie Témoignage: se réveiller dans un sarcophage en janvier 2015 - Simon Fieschi

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Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) n'avais encore jamais trouvé l'occasion de rendre directement hommage, dans mes chroniques mensuelles, à l'un des membres de l'équipe de Charlie Hebdo qui s'est sorti vivant (mais grièvement blessé) de l'attentat du 7 janvier 2015. Dans Charlie Hebdo N°1474 du 21 octobre 2020, pp. 14-15, j'ai découvert le témoignage de Simon Fieschi sur l'après-attentat, premier article de lui que j'ai lu dans le journal (sauf erreur de ma part), illustré par cinq dessins en "regard subjectif" de Riss.

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Simon Fieschi, webmestre de Charlie et abattu à son bureau le 7 janvier, est sorti du coma le 14 janvier 2015 seulement. Très gravement blessé (une balle de fusil de guerre kalachnikov lui avait non seulement traversé le poumon mais aussi endommagé la colonne vertébrale), il était alors intégralement paralysé, sous respiration et alimentation artificielles. Son article raconte la douleur, ou plutôt les douleurs... au point de rêver au moyen de se suicider (alors que gisant incapable de quoi que ce soit seul), les délires, le désespoir de ces longues semaines vécues alité. 

Chaque mot de cette double-page est pesé et compté, même s'il s'agit d'un vécu personnel, intériorisé et intransmissible (cela transpire dans le texte lui-même), et je souhaite d'abord et surtout en signaler l'existence, pour que d'autres que moi puissent la lire. J'ai trouvé l'intégralité du texte publié en ligne et mis à disposition (en tout cas ces jours-ci) sur le site internet du journal

Je vais juste en citer un petit paragraphe: "Pendant plus d'une semaine, je n'ai eu qu'un pied dans le royaume des vivants. Quand j'apprends que nous avons été attaqués par al-Quaida, que tout le monde est mort, que les cloches de Notre-Dame ont sonné pour Charb, Cabu et les autres, que notre petit Charlie a rassemblé 4 millions de personnes et réalisé la plus grande vente de l'histoire de la presse française, ça devient difficile de distinguer entre la réalité et les hallucinations". 

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Jusqu'à présent, j'avais uniquement relevé que Philippe Lançon avait évoqué Simon Fieschi dans quelques pages du livre Le lambeau en parlant de leur séjour commun à l'hôpital des Invalides (p.420). Je n'avais en effet rien déniché venant directement de lui (comment savoir si c'est lui, ou bien un homonyme, qui a travaillé dans le cadre de ses études universitaires sur les gendarmes et le banditisme corse au début du XXe siècle?). J'aurais pu, c'est vrai, parler de lui dans un article dédié grâce à ce que la presse avait écrit le concernant... Je ne l'avais pas encore fait. 

Riss, lui, parle de Simon dans son livre que j'ai chroniqué en septembre, p. 117 à 120. Il raconte comment il l'a embauché, recommandé par une relation de Bernard Maris, pour "faire vivre le site du journal qui, avant son arrivée, était aussi dynamique qu'une pierre tombale". Dans les pages suivantes, il témoigne comment, déjouant les pronostics les plus pessimistes, "durant les semaines et les mois qui suivirent, au prix d'un travail acharné de rééducation, Simon retrouva très lentement l'usage de ses deux membres inférieurs sur lesquels il réapprit à se tenir debout, aidé d'une canne dont il ne se sépare jamais".

Profitons enfin du présent billet pour mentionner ici les chroniques de Yannick Haenel qui suit quotidiennement pour le site internet de Charlie Hebdo le procès des attentats de janvier 2015 (articles illustrés par Boucq). 

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 13 août 2020

Eva en août - Jonas Trueba / L'infirmière - Koji Fukada

Voici deux films vus assez récemment.

Je suis allée voir un film espagnol de Jonas Trueba, Eva en août, après avoir lu de très bonnes critiques qui comparaient ce film au cinéma d'Eric Rohmer.  Quelle ne fut pas ma très grande déception. Le film dure deux heures et en effet, il semble bien long. Le réalisateur doit être amoureux de l'actrice principale (qui est la co-scénariste). La caméra ne la quitte pas un instant. L'histoire se passe à Madrid entre le 1er et le 15 août. Eva (j'ai compris qu'elle était actrice) séjourne dans un appartement qui lui a été prêté en pleine ville. Elle va au musée, marche dans la rue, va au cinéma, assiste à un concert en plein air et fait des rencontres de gens qu'elle connait plus ou moins. J'ai trouvé cela absolument sans intérêt. A éviter selon moi.

Je passe à L'infirmière que j'avais vu en avant-première. J'ai été intéressée par l'histoire d'Ichiko, une Japonaise dont la profession est infirmière, rattachée à un cabinet, et qui s'occupe de personnes malades à domicile. En l'occurrence, elle s'occupe, depuis quelques années, d'une vieille dame alitée. Elle s'entend bien avec la fille et les deux petites-filles de la patiente. Elle fait presque partie de la famille, jusqu'au jour où l'une des petites-filles est enlevée par le propre neveu d'Ichiko. Il la relâche peu de temps après et, arrêté par la police, il est incarcéré. Ichiko est assez vite montrée du doigt, elle sert de bouc-émissaire. Poursuivie par les journalistes, elle est obligée de démissionner du cabinet, la fille de la personne âgée la renvoie. Seule la deuxième petite-fille, qui est l'aînée, maintient un lien avec Ichiko mais il y a beaucoup d'ambiguïté dans cette relation. Ichiko renonce même à son mariage qui était prévu avec un médecin. Il y a quelques scènes étranges et Ichiko elle-même a parfois un comportement qui semble bizarre. C'est un film qui vaut le coup d'oeil. Lire le billet d'Henri Golant qui semble l'avoir mieux compris que moi.

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jeudi 2 juillet 2020

Benni - Nora Fingscheidt

Benni (diminutif de Bernadette) est interprétée par une gamine exceptionnelle, Helena Zengel. Cette jeune fille est pratiquement de tous les plans pendant les deux heures que dure ce film allemand de Nora Fingscheidt. Benni, âgée de 10 ans, est une enfant hyperactive, qui n'arrête pas de dire des obscénités, qui ne dit jamais s'il te plaît ou merci. Elle est capable d'actes de violence incontrôlés et a un comportement que personne n'arrive à canaliser. Benni ne supporte personne et surtout pas les autres enfants de l'école d'où elle s'enfuit régulièrement. Elle ne vit plus chez sa mère depuis plusieurs années et pourtant c'est chez cette dernière qu'elle voudrait vivre. Seuls quelques adultes dont Micha, un éducateur, et Mme Bafané, une assistante sociale, essayent de l'aider. Benni va de foyer en foyer avant de revenir dans une institution pour enfants ingérables. Il faut saluer la maîtrise de la réalisatrice dont c'est le premier film. Elle est arrivée à trouver le ton juste pour nous raconter l'histoire de Benni, tour à tour insupportable quand elle crie, ou touchante quand elle se laisse toucher le visage par un bébé. Un film très dur qui m'a énormément plu. Lire les billets élogieux de Pascale et Chris.

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vendredi 26 juin 2020

Vivarium - Lorcan Finnegan

Quelle étrange histoire nous est racontée dans Vivarium (un film irlando-belgo-danois)! Sorti le 11 mars, je n'avais pas eu le temps de le voir avant le confinement. Le générique du début donne le ton: le poussin d'un coucou expulse deux oisillons d'un nid pour mieux prendre leur place et se faire nourrir par les parents. Tom et Gemma, un jeune couple, cherchent une maison pour y habiter. Un jour, ils entrent par hasard dans le local d'un promoteur immobilier qui propose de les faire habiter dans une maison faisant partie d'un ensemble d'un programme s'appelant "Yonder" (cela veut dire "Là-bas") et traduit par "Vauvert" dans la version française: des dizaines de maisons vertes identiques alignées et disposées par rangées rectilignes. La visite d'une maison se terminant, Gemma et Tom veulent dire au revoir à l'agent qui a mystérieusement disparu. Ils se rendent compte qu'ils ne peuvent pas quitter le lotissement. Quoi qu'ils fassent, en voiture ou à pied, ils reviennent à leur point de départ, devant une des maisons vertes (la leur?). Peu de temps après, ils trouvent un bébé aux cheveux noirs dans un carton devant la maison. Un message inquiétant est inscrit sur la boîte: "Elevez cet enfant et vous serez libres". Trois mois plus tard, le bambin a bien grandi, c'est un garçonnet qui semble avoir 7 ou 8 ans. Il parle en imitant les intonations et les gestes de Gemma et Tom. Par ailleurs, il a un cri strident et la bouche grande ouverte quand il veut quelque chose. Le malaise s'installe et le cauchemar pour les deux adultes ne fait que commencer... et il s'amplifie au fur et à mesure. Nous, spectateurs, on n'est pas forcément mal à l'aise, mais on est contents quand le film se termine. Avec mon ami, nous étions 5 dans la salle. Je ne m'attendais pas forcément au dénouement auquel on assiste. Une histoire qui sort des sentiers battus et un film que je ne regrette pas d'avoir vu. Brrrrr!

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jeudi 7 mai 2020

Le désir et la putain - Elsa Cayat & Antonio Fischetti

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui mon troisième ouvrage (co-)signé par Elsa Cayat, la seule femme assassinée à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Antonio Fischetti, le co-auteur, fait partie des quelques membres de l'équipe de CH qui ont eu la chance d'être absents lors de la funeste conf' de rédac' du 7 janvier 2015: en retard, en vacances, en réunion, à l'étranger... Lui était à un enterrement en province.

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L'ayant acheté en novembre 2019, il a vraiment fallu que je sois confiné pour enfin lire Le désir et la putain, qui a pour sous-titrage explicite Les enjeux cachés de la sexualité masculine. Il s'agit d'un livre de dialogue (débat?) faisant état de la fascination exercée par les prostituées entre le journaliste Antoine Fischetti [ci-après AF] (qui "lance" et conclut les sujets) et Elsa Cayat [EC] (qui apporte son expertise professionnelle de psychanaliste). Il est paru en 2007 chez Albin Michel (258 pages), et représente sans doute un sujet intéressant pour qui apprécie la psychanalyse.

Après une double introduction (je n'irai pas jusqu'à parler de sandwich), on peut découvrir 13 chapitres dont 12 titrés sous forme d'une interrogation, le dernier rapprochant (sans point d'interrogation) "Prostitution et psychanalyse". A mon avis, il y manque le "comment" de l'ouvrage, son histoire (circonstances, décision de rédiger le livre...). Je crois avoir déniché (sauf erreur de ma part) une série de vidéo où Elsa Cayat intervenait à la demande d'Antonio Fischetti, sans doute avant la rédaction de leur livre et plusieurs années avant de devenir chroniqueuse à Charlie. Je lirai peut-être, un jour, quand librairies et bibliothèques seront à nouveau accessibles, d'Antonio Fischetti, L'angoisse du morpion avant le coït: 36 questions que vous ne vous êtes jamais posées sur le sexe (Albin Michel, 2002)!

Pour le moment, ne sachant donc pas par quel bout aborder cet ouvrage-ci, je me suis dit qu'il me fallait gloser (une fois de plus). Je revendique donc la subjectivité de ma lecture. J'analyse ci-après ce que ce livre m'a inspiré. D'autres lecteurs pourront y lire d'autres choses. En ce qui me concerne, Dasola m'a presque taxé de masochisme en m'entendant soupirer et grogner à la lecture de ce livre. Dans les premiers chapitres, afin de les éclairer, sont rapprochés mais opposés les termes de pornographie (le voyeurisme), prostitution (l'offre), érotisme (le fantasme). J'ai été beaucoup plus intéressé par les paragraphes venant d'Antonio Fischetti (approche davantage sociologique) que par ceux d'Elsa Cayat (plus "conceptuels"). AF provoque EC sur des notions psychanalytiques (dont il semble avoir quelques teintures?). Par exemple, dans le chapitre "L'argent est-il aphrodisiaque?", p.117 (AF): "Le noeud de la prostitution est moins l'acte sexuel que l'échange monétaire" puis (p.118): "dans une transaction financière, lequel a le plus de pouvoir: celui qui paye ou celui qui est payé?". A quoi répond EC (p.120): "Le fait de dépenser au lieu de penser ne fait qu'augmenter le désir en occultant la question de ses désirs inconscients". A maints endroits du livre, EC creuse son sillon sur le refoulement des mots. Et c'est vrai que j'y ai parfois trouvé réponse à des objections que je faisais lors de mes lectures précédentes de ses livres.

Ainsi, dans le chapitre "Les mots sont-ils des objets sexuel?", EC explicite (note p.137) comment elle a prolongé Lacan (qui lui-même avait prolongé Freud) en cherchant à "découvrir le panneau fantasmatique que les mots refoulés représentent pour le sujet et pour lequel il rate ou s'abolit à l'occasion". AF remarquant (p.140) que "[les mots] ne sont pas forcément compris de la même façon par les différents interlocuteurs" puis objectant p.147 (comme je l'ai fait dans tel article précédent) que "le même mot ne renvoie pas aux mêmes jeux de mots" dans différentes langues, EC répond p.145 en parlant de "mots refoulés" puis p.147: "Quant à votre question sur les langues, il faut savoir qu'il y a diverses modalités d'investissement du réel qui tiennent à la différence des équivoques (des sens multiples des mots) existant dans chaque langue. Néanmoins, l'inconscient suit globalement le même trajet quelle que soit la langue car, à travers ce qui se joue avec l'autre et le corps, c'est de soi qu'il est question".

Si donc j'employais le mot dé-lire par rapport aux livres que signait Elsa Cayat, qu'est-ce que cela révèlerait des moi (d'émoi) me composant? Je crois en tout cas avoir compris que la question sur le fait que la psychanalyse soit une science, ou non, remonte à l'époque de Freud lui-même. Si science il peut y avoir, il s'agit certainement en tout cas d'une science humaine (subjective) et non d'une science "exacte", à mon humble avis! Je ne peux m'empêcher de songer aussi à ce que disait Bernard Maris sur la pseudo-"science économique", ou plutôt sur la tromperie que représente le fait de la croire opératoire et non "purement" théorique.

Je vais malgré tout poursuivre dans la voie de quelques citations (que j'espère alléchantes). De AF p. 228, dans le chapitre "Prostitution et psychanalyse": "Peut-on dire qu'au plan sexuel, une prostituée est à une "femme normale" ce que, sur le terrain du langage, un entretien avec un psy est à la conversation avec un copain? On paye le psy pour lui parler de ses problèmes affectifs sans recevoir de jugement moral en retour. J'ai payé, on a parlé, on se quitte et on est quittes. Avec la prostituée, c'est la même chose: j'ai payé, j'ai éjaculé, on se quitte et on est quitte. Le psy comme la prostituée reçoivent de l'argent pour s'intéresser à nos manques, à la différence que le premier officie dans le domaine des mots et la seconde dans celui du sexe". Puis, de la longue réponse d'EC recadrant le débat ["Le parallèle est provocateur! (...)"], j'ai surtout retenu que, comme partout, elle dit "le psychanalyste" quand AF reste plus vague avec "le psy".

Quand EC analyse sur des pages et des pages (p.243 sqq.) la phrase de Lacan "L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas", elle me perd (ou je m'y perds tout seul?). p. 221, quand elle s'auto-cite sur plusieurs pages à propos de Lacan qui met en évidence que si la pulsion sexuelle résiste à la pleine satisfaction, c'est qu'il n'y a pas de rapport sexuel, il s'agit là de philosophie de trop haute volée pour moi. J'ai l'impression que beaucoup de points du "débat" sont analysés, mais pas véritablement résolus au final (en tout cas pas pour mon agrément).

En vrac et hors contexte, encore quelques phrases que j'ai trouvées remarquables (davantage d'AF que d'EC). p.59, AF: "pourquoi est-il plus gratifiant d'être doté d'un grand pénis que d'un formidable odorat ou d'une oreille musicale?" [assertion contestable!]. p.31, EC: "le client croit vouloir du sexe pur, or de façon plus profonde cette boulimie sexuelle est faite pour ne pas penser, le sexe vient à la place de la pensée". Une remarque d'AF ( p.71): "il n'existe pas de mot non vulgaire pour désigner l'acte sexuel effectué sans amour (excepté peut-être le mot "coucher" [et s'ensuivent une liste de verbes...]) m'amène à me demander pourquoi ne pas avoir parlé précisément de verbes [d'action] plutôt que de mots? p.97, à propos d'un soir de concert où, les WC féminins étant bondés, les filles avaient colonisé ceux des hommes, après avoir avoué qu'il avait été perturbé par cette présence, AF relève: "en somme, si les toilettes des hommes et des femmes sont séparées, ce n'est pas, comme on pourrait le penser, pour prévenir des pratiques réprouvées par la morale - en tout cas pas uniquement -, mais pour éviter cette gêne due au savoir inopportun de l'autre sexe". p.101, une illustration par EC du cas d'un homme disant que, dans son rapport aux femmes, leur violence verbale l'excite (en reproduisant le rapport que sa mère avait avec lui enfant): "dans ce "m'excite", il surprend soudainement le sens du fantasme inconscient qui sous-tendait cette excitation: je suis un "mec si je t'ai"". Dans le chapitre "La mère est-elle une prostituée qui s'ignore?", AF (p.209), à propos de l'insulte fils de pute: "A priori, deux raisons peuvent expliquer le refus d'assimiler la mère à la prostituée: soit elles s'opposent vraiment et il est injuste de les assimiler; soit elles ont des points communs et il est insupportable de l'entendre rappeler".

Bref, vous l'aurez compris, ce bouquin est loin de se lire comme un polar. Avec ce genre de livre, mes yeux lisent des mots qui ne s'impriment pas dans mon cerveau. Je me suis astreint à le lire de la première à la dernière page. Il a fallu que j'attende quatre pages avant la fin du livre pour trouver une "analyse" d'Elsa Cayat qui entre en résonance avec ma propre grille de lecture. Je cite: "Je concluerais en empruntant un chemin de traverse à propos de la logique qui organise en sous-main notre société occidentale; lorsqu'on tourne son regard vers la politique, il ne peut échapper à personne que, hormis quelques noyaux résistants, elle est présidée aujourd'hui par ce qu'on appelle la "com". Ce mot n'est que le masque caricatural d'une nouvelle forme de publicité qui n'a rien à voir avec la communication, une publicité qui non seulement vend des marques mais des hommes devenus produits de marketing, l'important tout à fait avoué, à présent, n'étant pas d'avoir des idées mais de trouver des astuces, des trucs, des stratégies pour séduire, pour avoir l'autre par n'importe quel moyen. Le but visé est clairement l'effet retour en terme de pouvoir. Ce renoncement au sens, au questionnement, transmué en volonté d'avoir, quitte à se nier et à nier l'autre, à se réduire à un produit et à réduire l'autre, n'est pas le simple fait des dirigeants. (...) Ce fait est tellement ancré que le capitalisme s'est normalisé au point qu'on peut croire que l'économie régit les relations humaines afin de faire écran à l'énorme complexité des enjeux qui les spécifient." Et Antonio Fischetti de renchérir: "Nous avons commencé par la prostitution et nous finissons par le capitalisme. Ce n'est pas anodin (...)".

Et pour finir en terme de mots refoulés, qu'aurait bien pu décrypter Elsa Cayat de la décision prise il y a quelques semaines par les hommes politiques qui nous dirigent, un "confinement jusqu'à nouvel ordre"?

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 31 octobre 2019

La fille de Vercingétorix - Jean-Yves Ferri et David Conrad

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Dans cet album écrit par le duo Jean-Yves Ferri (pour le texte) et Didier Conrad (pour les dessins), on apprend que Vercingetorix, le vainqueur de la bataille de Gergovie mais le vaincu d'Alésia, avait une fille, Adrenaline, une grande ado rousse qui a été élevée par des Arvernes et a une tendance à fuguer. La fille de Vercingétorix est emmenée dans le village gaulois par ses pères adoptifs, Monolitix et Ipocalorix, membres du FARC (Front Arverne de Résistance Checrète). Ils veulent la soustraire à Adictoserix, un "pisteur" à la solde de César qui souhaiterait qu'Adrénaline soit élevée à la romaine. Adrénaline, comme toutes les grandes ados de son âge, veut qu'on la laisse tranquille. Elle rêve de partir sur un bateau pour se diriger vers l'île de Thulé car elle en a ras l'amphore qu'on se serve d'elle et du torque (donné par son père) pour faire la guerre. Elle se lie avec Blinix et Selfix (les fils respectifs d'Ordralfabétix et de Cétautomatix) qui vont l'aider à s'enfuir, mais Adictoserix et son cheval Nosferatus ne sont pas loin. Un album plaisant qui fait passer un bon moment. Pour ma part, je l'ai préféré à Astérix et la Transitalique, même si mon préféré des quatre (à ce jour) signés Conrad & Ferri reste Le papyrus de César.

Pour la petite histoire, à Paris, on connait beaucoup mieux la rue d'Alésia qui traverse le XIVème arrondissement d'ouest en est (et sa station de métro) que la rue de Gergovie (beaucoup plus modeste) au moins 5 fois moins longue. Elle est parallèle à la rue d'Alésia. Comme quoi, une défaite est mieux célébrée qu'une victoire.

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mercredi 31 juillet 2019

Le roi lion - Jon Favreau

J'ai hésité à aller Le roi lion de Jon Favreau, n'ayant pas trop aimé le dessin animé sorti il y a 25 ans. J'ai eu un peu peur que ça me déplaise devant les cinq premières minutes avec ces animaux qui parlent humain. Ensuite, je me suis laissée porter par les images et l'animation. J'ai été bluffée par ces animaux que l'on croirait vrais au milieu de cette savane africaine. Et bien ils sont entièrement artificiels. Les ordinateurs font vraiment des merveilles. Entre le film de 1994 et celui sorti cette année, les histoires sont identiques avec pratiquement les mêmes plans. Je ne me rappelais plus le rôle central des hyènes. Cette histoire qui s'inspire en partie d'Hamlet se passe donc en Afrique dans une tribu de lions. Mufasa vient d'être papa et son fils Simba est présenté à toute la faune alentour. Le frère de Mufasa, Scar (balafre, cicatrice), ronge son frein. Il est jaloux et veut devenir roi à la place de son frère qu'il hait. Avec toute sa persuasion, il rallie les hyènes à ses côtés. Accusant Simba de la mort de Mufasa, Scar le chasse du clan. Après une période d'errance, Simba trouve du soutien de la part de Timon, un suricate, et Pimbaa, un phacochère "grassouillet" mais courageux. Le film permet de réécouter la chanson "Hakuna Matata" avec une musique d'Elton John. Le long-métrage dure presque deux heures et il n'y avait que des adultes dans la salle. Personnellement, je trouve qu'il y a, comme dans le dessin animé, des passages un peu effrayants pour les tout-petits. Un film aussi recommandé par Pascale.

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mardi 2 juillet 2019

Noureev - Ralph Fiennes / Nevada - Laure de Clermont-Tonnerre

Par ces temps de canicule et pendant la fête du cinéma qui dure jusqu'au 3 juillet 2019, je vous conseille d'aller voir au moins deux films: Noureev (Le corbeau blanc) de Ralph Fiennes, et Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre.

Le premier est un très honnête "biopic" (qui m'a fait passer un bon moment) sur le danseur russe né en 1938 dans un train sur la route d'Irkoutsk. Le film se concentre sur les débuts de danseur de Noureev jusqu'à sa demande d'asile politique en 1961 en France à l'aéroport du Bourget. L'atout principal du film, assez classique dans sa réalisation, est Oleg Ivenko, qui interprète Rudolph Noureev. Même si le personnage est parfois antipathique, l'acteur/danseur est sensationnel. Danseur de formation, il incarne Noureev avec beaucoup de talent. Un jeune homme à suivre. Le film comporte quelques flashback en noir et blanc sur l'enfance de Noureev en Sibérie, qui n'expliquent rien, mais ce n'est pas grave. J'ai trouvé que les scènes de danse étaient bien filmées. A vous de juger. Lire l'avis de Pascale et d'Anne.

Nevada, comme le titre l'indique, se passe dans l'Etat américain du Nevada, dans une prison. Roman Coleman (Mathias Schoenaerts, très bien) purge une peine de prison depuis 12 ans. Il décide d'intégrer un programme de dressage de chevaux. En effet, au Nevada comme dans d'autres Etats, les mustangs sont très nombreux et vivent à l'état sauvage. Le gouvernement américain font un contrôle sur leur population. De temps en temps, ils arrivent à les regrouper pour les mener dans des enclos proches de prisons. C'est là que des prisonniers se frottent à eux pour les dresser afin qu'ils soient vendus aux enchères après quelques semaines de dresssage. Roman est chargé de dresser le plus rétif de tous. Il le nomme Marquis. Les paysages arides sont bien filmés. Les chevaux, crinière au vent, sont magnifiques, et Roman va être transformé par cette expérience. J'ai baucoup aimé la fin. Et c'est toujours un plaisir de voir Bruce Dern. Un joli film. Lire le billet de Pascale.

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