vendredi 7 décembre 2018

Nous voulons des coquelicots - Fabrice Nicolino & François Veillerette

P1100458 [sur la 4e de couv': "Ceci n'est pas un livre. C'est un manifeste. (...) l'Appel des coquelicots commence."]

D'abord, quelques mots pour présenter Fabrice Nicolino, jamais encore apparu dans mes billets d'hommages aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo. Né en 1955, journaliste et essayiste, il écrit des articles sur le thème de l'écologie dans Charlie Hebdo depuis janvier 2010. Présent à la Conférence de rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, il y a été blessé de trois balles dans les jambes. Si j’ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) bien compris, c’était la seconde fois qu’il était blessé lors d’un attentat (« deux fois dans une seule vie et toujours à Paris, c’est beaucoup », disait-il au téléphone à FranceinfoTV le 16 septembre 2015). Près de trente ans plus tôt, il avait reçu les éclats d’une bombe ayant explosé au cinéma Rivoli Beaubourg, lors du Festival international du cinéma juif (le 29 mars 1985, 18 blessés au total).

Ensuite, concernant le "livre du jour": paru il y a déjà presque trois mois, Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino & François Veillerette (éd. LLL / Les liens qui libèrent, sept. 2018, 126 pages), se veut le support d'un appel citoyen à l'interdiction totale des pesticides de synthèse en France. Le livre débute sur « combien vaut une luciole ? » et s’achève sur « Non, nous ne voulons plus. A aucun prix. Nous exigeons protection. Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides [de synthèse] en France. Assez de parole, des actes ». Entre les deux, après l’introduction, les titres des chapitres sont signifiants, jugez-en : 1. Quand le DDT était un miracle. 2. Comment le crime est apparu. 3. Quand la politique ne sert plus à rien. 4. La ridicule mise en scène du Grenelle. 5. Ecophyto, une chimère de plus. 6. L’éternel retour des poisons. Conclusion : recommencer encore ?

J’avais pris deux pleines pages de notes lors de ma relecture du livre en vue du présent billet. Finalement, je me bornerai à dire qu’il expose au grand jour, tout simplement, les tenants et aboutissants (les enjeux financiers pour les fabricants de produits chimiques) de plusieurs décennies d’agriculture menée en France (comme ailleurs) à coup d’utilisation de ces produits, qu’on les appelle ou qu’ils se nomment phytosanitaires ( !), pesticides, fongicides, SDHI, insecticides organochlorés, néonicotinoïdes ou même chlordécone (sic !). Et décrypte, "en substance", la pantalonnade du "Grenelle de l'environnement" de 2007 (le machin de Sarlozy et Borloo). Lisez donc ce livre vous-même, vous pouvez vous le procurer en librairie pour à peu près le prix d'un paquet de cigarettes (autre poison, mais ce n'est pas le sujet de mon article): 8 euros.

Je n'ai pas vraiment réussi à trouver si ce livre avait été chroniqué sur l'un ou l'autre blog littéraire (sans doute ai-je mal cherché!). Par contre, je sais qu'un certain nombre de blogs ou sites d'AMAP en parlent, dont celui de l'AMAP Réunion / Père Lachaise (75011 / 75020). Rendez-vous est donné tous les vendredi soir (nous sommes vendredi...) devant la mairie. Le compteur du site internet Nous voulons des coquelicots totalise aujourd'hui plus de 400 000 signatures de la pétition (pour un objectif de 5 millions en deux ans). Il faut certainement y ajouter quelques milliers d'autres, arrivées sous forme "papier" et pas encore comptabilisées. Personnellement, je fais davantage confiance à ce comptage-là qu'à ceux, répercutés par la presse, concernant les "gilets jaunes".

Quand j'aurai dit que Fabrice Nicolino tient son blog titré Planète sans visa depuis 2007, je pourrai m'arrêter là pour aujourd'hui.

Mais je vais quand même, in fine, me permettre de citer trois dessins de Gros (dessinateur que j'ai évoqué ici) illustrant la rubrique de Fabrice Nicolino, nommée "Santé publique" ou "Pollution", publiée dans Charlie Hebdo dans les mois qui ont suivi l'attentat: la thématique reste assez similaire...

Gros_080415 8 avril 2015, p.5   Gros_150415 15 avril 2015, p.5   Gros_180315  18 mars 2015, p.7

Quant à François Veillerette, je possède dans ma bibliothèque un ou deux autres livres co-signés par lui. Mais à ma connaissance, il n'a aucun lien avec Charlie Hebdo.

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 22 novembre 2018

Sale temps à l'hôtel El Royale - Drew Goddard

J'ai pris un plaisir fou devant Sale temps à l'hôtel El Royale dont l'histoire respecte à peu de chose près l'unité de temps, d'action et de lieu. A la toute fin des années 50, on voit un homme arriver dans une chambre dont il s'empresse d'enlever et puis de remettre le parquet. A l'arrivée d'une nouvelle personne dans cette chambre, il est abattu d'un coup de fusil. 10 ans plus tard, quelques personnages arrivent dans ce même hôtel "El Royale" qui a la particularité d'être bâti à cheval entre la Californie et le Nevada. Une grande bande rouge par terre délimite la frontière entre les deux états. Un prêtre puis une chanteuse entrent dans le hall désert ou presque. Un homme, un père de famille, est déjà là qui attend qu'on lui donne sa clé de chambre. L'hôtel étant inoccupé, chacun peut choisir sa chambre. Le réceptionniste, qui surgit enfin, essaye de dissuader le prêtre de rester en lui disant que ce n'est pas un endroit pour lui. Le bâtiment est à peu près entretenu, même si la clientèle se fait rare. Un peu plus tard, une jeune femme se présente. Par la suite, à l'abri des regards, elle sort une jeune femme baillonnée qui était cachée dans le coffre de la voiture qu'elle a conduit pour venir et elle la fait entrer dans sa chambre. A partir de là, les choses deviennent étranges car on comprend que les personnages sont là pour des raisons plus ou moins avouables ou précises. Le père de famille est en réalité un agent du FBI, le prêtre n'en n'est pas un et il souffre de problème de mémoire, le réceptionniste qui est drogué a un comportement agité. La chanteuse est trop pauvre pour se payer un hôtel plus cher avant un concert. Et les deux jeunes femmes, dernière arrivées, sont soeurs. Un septième personnage s'invitera plus tard. Je m'arrête là pour l'histoire qui a fait penser à du Tarantino à mon ami et à Henri Golant. Pour moi, le film m'a plutôt fait penser aux premiers films des frères Coen comme Blood Simple, Arizona junior ou même Barton Fink. En tout cas, j'ai apprécié ce huis-clos avec une histoire vue sous différents angles. Les rebondissements sont multiples - tout comme les cadavres.

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mardi 7 août 2018

Comment rater ses vacances - Tignous et Gros

Ce mois-ci, je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] (re)mets à l'honneur un album contenant des dessins de Tignous, provocateur comme souvent.

  Couverture_2  P1090479

Le dessinateur Gros écrit en préface de Comment rater ses vacances, paru en 2015 aux Editions du Chêne: "En 2014, Tignous et moi, dans Marianne (...) on a décidé de parler des vacances. Faut toujours qu'il y ait un truc qui cloche avec les vacances. On allait faire un guide pour que les gens sachent comment rater leurs vacances. ils nous remercieraient sûrement après. (...) Un an après, c'est de nouveau les vacances, mais y a plus Tignous. Faut toujours qu'il y ait un truc qui cloche avec les vacances." 

La 4ème de couv' de ce recueil de dessins à deux "crayons" parle de "plus de 150 dessins". Pour ma part, je les ai pointés, et je n'en ai trouvé que 80 de Tignous (couverture comprise) et 63 de Gros (4e de couv' comprise): le compte n'y est pas?

Je vais d'abord présenter quelques "citations" des dessins de Tignous.

P1090498 p.81 (tout est permis?) P1090499 p.108 (le permis, vous dis-je...) P1090495 p.60-61 (trois d'un seul coup d'oeil!) P1090492 p.40 (celui-là, il me parle vraiment!) P1090494 p.49 (accro...) P1090491 p.31 (provoc... et toujours d'actualité en 2018...) P1090489 p.25 (hé oui...)

Je passe maintenant à Pascal Gros, co-dessinateur, dont certains des dessins m'ont fait pleurer de rire. Je trouve que les phylactères de ses dessins expriment un humour décalé qui me fait un peu penser à du Gérard Mathieu. Collègue de Tignous à Marianne, Gros a contribué un temps à Charlie Hebdo après le massacre.

P1090481 p.16 (le Français est chauvin?) 

 P1090482 p.32-33  P1090487 p.110 P1090490 l'avion [3 fois...], y compris encore un dessin de Tignous!

P1090486 p.67 (d'actualité toujours...) P1090488 p.118 (toujours d'actualité?) P1090483 p.42

Par_deux (j'ai pas été capable de choisir entre les deux illustrations, même si j'en préfère une...)

Sur un registre plus grave, Chloé Verlhac écrit en ouverture du recueil: "Tignous aurait dédicacé ce livre à ses enfants. Parce qu'il n'aimait rien tant que les vacances avec ses enfants."

P1090496 p.69 (allez, un dernier T. pour la route, avant de déconnecter)

Comme la sortie du livre date d'il y a déjà trois ans (réédité en 2016), je n'ai guère déniché trace de billets sur des blogs. Vous trouverez cependant 4 autres dessins sur le blog Baz'Art, et un joli billet signé Guillaume Doizy sur son portail Caricatures&caricatures.

Enfin, je profite de ce billet estival pour m'expliquer sur le fait que mes photos de citations ne montrent jamais les dessins aussi beaux qu'ils sont: c'est exprès! C'est pour pousser mes lecteurs à aller feuilleter l'ouvrage original...

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 12 juillet 2018

Dogman - Matteo Garrone / Au poste! - Quentin Dupieux

Dogman de Matteo Garrone a permis à Marcello Fonte de recevoir le prix d'interprétation masculine au Festival du film de Cannes en 2018. Dans une sorte de "no man 's land" en bord de mer, pas loin de Rome, se dressent des bâtiments délabrés. Au pied de l'un deux, on voit une enseigne de magasin, "Dogman". Dans ce local travaille Marcello (alias Marcé), toiletteur pour chiens (des petits et des gros molosses qu'il toilette avec amour). Marcé est le papa d'une préadolescente qui adore son père même si elle vit avec sa mère. Marcello, au physique frêle, a de bonnes relations avec des commerçants voisins. A la nuit tombée, il joue au foot avec eux. Mais Marcello a aussi de mauvaises fréquentations en la personne de Simone, un ami plutôt "balèze" qui vient de sortir de prison. Simone, "accro" à la cocaïne, harcèle Marcello pour qu'il lui en fournisse. Il l'implique aussi dans des cambriolages. Marcello, très attaché à Simone, ira jusqu'à faire de la prison pour ce dernier. J'avoue avoir été un peu déçue par l'histoire et sa conclusion. Je m'attendais à ce qui arrive mais pas de la manière dont c'est montré. Et je n'ai pas compris le comportement de Marcello vis-à-vis de Simone, de se laisser ainsi battre et humilier. Même si Marcello Fonte est bien, le film n'est pas forcément à voir en priorité.

Sur les conseils de Pascale, j'ai vu Au poste! de Quentin Dupieux, un "petit" film (1H13) très distrayant. L'histoire loufoque se passe dans un commissariat pendant une soirée. Un certain Fugain est interrogé par le commissaire Buron (Benoît Poelvoorde, excellent) dans une grande salle pleine de bureaux et d'armoires très années 70-80. Fugain a eu le malheur (si je puis dire) d'appeler la police après avoir trouvé un cadavre baignant dans son sang au bas de son immeuble. Ayant laissé un fer à repasser qu'il avait en main sur le lieu du crime, il est tout de suite considéré comme suspect n°1 et donc interrogé. L'histoire pleine de rebondissements et de flash-back se termine de manière inattendue avec un petit épilogue à la toute fin du générique. Quand je suis sortie de la salle, le match France-Belgique venait de commencer mais cela n'a pas empêché qu'il y avait pas mal de public dans la salle. C'est mérité. Lire aussi le billet de princecranoir.

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mercredi 2 mai 2018

Sonate pour Roos - Boudewijn Koole / Game Night - Jonathan Goldstein / Jersey Affair - Michael Pearce

Après avoir écouté les conseils d'une critique de l'émission Le Masque et la Plume, je suis allée voir Sonate pour Roos de Boudewijn Koole (un réalisateur hollandais). Roos, une femme photographe, revient auprès de sa mère (professeur de piano) et de son jeune frère Bengt, dont le passe-temps favori est d'enregistrer des sons. L'histoire se passe en Norvège dans des paysages enneigés loin de tout. Le film baigne dans une atmosphère ouatée. On comprend très vite qu'entre Roos et sa mère, une femme austère, les rapports sont tendus. En revanche, Roos et Bengt sont très complices. Roos (Rifka Lodeizen, magnifique) est revenue parce qu'elle doit faire une annonce à sa mère et à son frère. Nous, spectateurs, on sait très vite ce qu'il en est. Le film traite des relations mère-fille et d'autres choses. Le tout est traité avec délicatesse et douceur et j'ai aimé la fin, mais je n'avais vraiment pas le moral quand je suis sortie de la projection.

C'est pour ça que deux jours après, je suis allée Game Night de Jonathan Goldstein. J'ai trouvé le film distrayant. Les acteurs jouent le jeu (si je puis dire). Max (Jason Bateman) et Annie (Rachel McAdams), qui ont une libido au point mort, se rattrapent en s'amusant à des jeux de sociétés avec deux autres couples une fois par semaine. Un jour, Brooks, qui a réussi dans ses affaires, vient rendre visite à son frère Max. Il l'invite lui, sa femme Annie et les deux autres couples, à une soirée jeu inoubliable. Je m'arrête là pour le résumé, car l'histoire comporte plein de rebondissements où il est question d'un oeuf de Fabergé, d'un Bulgare, d'un kidnapping, d'une liste, d'une belle voiture rouge, d'un voisin étrange, policier de son état. Ce n'est pas la comédie du siècle mais c'est plaisant.

Je termine avec Jersey Affair de Michael Pearce. Comme son titre l'indique, l'histoire se passe dans l'île de Jersey, île où est né le réalisateur qui a aussi écrit le scénario. J'ai découvert à cette occasion la beauté de l'île très pentue. Moll (Jessie Buckley, une révélation) est une jeune femme perturbée qui vit avec sa mère despote et le père qui perd la tête. Un jour, elle fait la connaissance de Pascal Renouf, un jeune blond aux ongles sales, à l'allure sauvage. Elle tombe amoureuse de lui (et réciproquement). Pendant ce temps, l'île vit dans la peur, des jeunes femmes sont assassinées. Et Pascal devient vite le suspect numéro 1. On est assez vite pris par cette histoire à l'atmosphère inquiétante. Pascal est-il coupable ou non? Qu'en est-il de Moll? Le film m'a plu, sauf les cinq dernières minutes que j'ai trouvé ratées, car un peu "gore" à mon goût. C'est dommage car le reste du film vaut la peine. Lire le billet de Pascale.

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dimanche 29 avril 2018

Cartons / Flux - Pascal Garnier

P1090417    P1090418

Je suis tombée par hasard, dans une des bibliothèques que je fréquente, sur deux romans de Pascal Garnier (1949-2010). Je ne regrette pas mon choix car j'ai beaucoup aimé ces deux romans qui dégagent autant d'humanité que de misanthropie. Cela traite aussi de notre condition de mortels.

Flux (125 pages, Edition Zulma) paru en 2005 est l'histoire de Marc, qui vient d'être interné dans un asile psychiatrique. Marc ne parle pas et il a un problème de vue. Après avoir reçu une balle dans la tête, il a quand même survécu, d'où son internement. Marc est fasciné par l'eau sous toutes ses formes , l'eau d'une rivière ou celle d'un lave-linge. Avec des flash-backs en italique, on apprend que Marc avait une femme, Corinne (une garce, âpre au gain) et il a une soeur et un beau-frère qui aimeraient récupérer la fortune de Marc après que celui-ci a fait un héritage inespéré. A l'asile, Marc fait la connaissance d'une infirmière, Mireille, qui le prend sous son aile. Tout se termine dans un déluge d'eau provoqué par un orage phénoménal. Le style est dépouillé, pas un mot de trop. J'aime beaucoup, comme Simone et Violette.

Je passe à Cartons (182 pages, Edition Zulma) qui est un roman posthume de l'écrivain. Il est paru en 2012. Brice, la cinquantaine, un illustrateur de livres pour enfants, emménage dans une grande maison dans une petite ville près de Valence. Il a quitté Lyon. Il est entouré de cartons à déballer mais il attend sa femme, Emma, une journaliste partie dans un pays en guerre. Elle doit revenir très vite. En attendant, Brice fait la connaissance d'un chat et surtout de Blanche, une jeune femme sans âge qui vit seule, depuis la mort de son père, dans une maison pas très loin de chez lui. Au fur et à mesure du récit, on apprend que Emma ne reviendra pas, que Blanche est une femme perturbée, et que Brice lui-même souffre de dépression. Je n'en dirai pas plus à part que le titre Cartons résume l'histoire jusqu'à l'épilogue. C'est un roman noir et désespéré mais l'écrivain a beaucoup d'empathie pour ces personnages. Et une fois de plus, j'aime cette écriture : "Les jours passaient ou bien était-ce le même toujours recommencé? A part un minimum de maintenance, manger, boire, dormir, qui nécessitait de brèves opérations commando au supermarché, Brice ne faisait rien.... Il avait adopté l'attitude du varan, immobilité totale, paupière mi-closes, prêt à attendre des siècles le passage d'une proie, à savoir un signe d'Emma. Il s'accoutumait à l'ennui, comme d'autres à l'opium." Lire le billet du bouquineur.

Les deux romans qui se dévorent vite valent la peine d'être lus.

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mardi 20 février 2018

L'apparition - Xavier Giannoli

Attirée par sa bande-annonce, je ne voulais pas manquer L'apparition, le nouveau film de Xavier Giannoli. J'ai beaucoup aimé l'histoire d'Anna, une jeune fille d'environ 16 ans à qui la Vierge est apparue dans un paysage montagneux dans le sud-est de la France. Face à elle, les autorités religieuses vaticanes veulent enquêter pour savoir ce qu'il en est. Pour ce faire, Jacques Mayano (Vincent Lindon remarquable et très sobre), un grand reporter de guerre revenu traumatisé de son dernier reportage (il souffre d'une oreille et son meilleur ami est mort sur un lieu de combat), accède à la demande d'un cardinal, à Rome, de mener les investigations nécessaires. Jacques n'est pas spécialement croyant même s'il a fait sa communion solennelle. Anna, une jeune fille simple qui souhaite entrer dans les ordres, draine derrière elle des centaines de fidèles. Elle est très protégée par une congrégation religieuse et par un prètre, le père Borrodine. Galatéa Bellugi qui interprète Anna a un visage lumineux, qui convient très bien au rôle. Que l'on soit croyant ou pas, on ne peut qu'être touché par cette histoire avec une fin inattendue qui laisse plein de questions en suspens. Le réalisateur évite tous les écueils sur un tel sujet. Il ne prend pas parti et personne n'est tourné en ridicule. Un film inspiré que je conseille, tout comme Pascale et Ffred.

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lundi 25 décembre 2017

Makala - Emmanuel Gras / Le crime de l'Orient-Express - Kenneth Branagh / Coco - Lee Unkrich et Adrian Molina

Décidément la fin de l'année permet de voir des films passionnants. Voici d'abord un documentaire à ne pas manquer.

En République Démocratique du Congo, Kabwita  Kasongo vit pauvrement avec sa femme et ses jeunes enfants dans une cahute dans un village reculé. Le film commence quand Kabwita se met à abattre un arbre immense avec une simple hache à la force de ses muscles. Il y passe une journée entière. Le vent souffle. L'abattage de cet arbre m'a révoltée dès le début, avant que je comprenne à quoi il allait servir. Kabwita le débite, le met dans un grand four afin de le transformer en charbon de bois. Le soir venu, Kabwita parle avec sa femme qui s'occupe de la maison et de la cuisine. En l'occurence, elle fait griller un rat (vous avez bien lu) sur un brasier. C'est la seule viande qu'ils aient à manger. Kabwita rêve de construire une plus grande maison. Pour ce faire, il entasse le charbon de bois bien arrimé sur un simple vélo. A vue de nez, il y a plus de 100 kg de charbon sur ce vélo surchargé. Puis débute le périple de Kabwita qui va parcourir 50 km avec son chargement. Il marche en poussant le vélo. Le chemin caillouteux et empoussiéré monte et descend. Il manque plusieurs fois de se faire renverser. Le vélo va tomber au moins une fois. Des hommes vont l'aider à le redresser. Plus tard, arrivant aux abords à Kolwezi, il va être rançonner par des policiers. La caméra filme de loin cette altercartion. Sinon, le réalisateur filme au plus près des visages. Kabwita ne se laisse jamais abattre, il a beaucoup de courage et de dignité. La séquence finale dans un lieu de prière chrétien est étonnante. La force du film est qu'on oublie que Makala (charbon en swahili) est un documentaire. Il y a une dramaturgie et un vrai scénario. Du très grand cinéma. Chris le pense aussi. Aurore est en revanche plus interrogative.

Je passe rapidement sur Le crime de l'Orient-Express, deuxième adaptation au cinéma du roman d'Agatha Christie. Branagh qui interprète Hercule Poirot a un accent à couper au couteau. La scène du crime où l'on voit le corps de Ratchett alias Cassetti assassiné de 12 coups de couteau est filmée par le haut, comme si le wagon n'avait pas de toit. Parmi les suspects, Michelle Pfeiffer qui interprète Caroline Hubbard est bien, elle a un rôle plus étoffé que les autres. Et j'ai trouvé que Johnny Depp avait pris un coup de vieux. Sinon, c'est un film qui peut se voir.

Je termine avec le dessin animé Coco qui offre un festival de couleurs et de musique (et pas trop de chansons). J'étais partie pour voir Ferdinand (le taureau) et j'ai donc vu Coco avec un immense plaisir. Le film rencontre un succès mérité. J'ai été bluffée par l'animation. Au Mexique, au moment de la période du jour des morts, le jeune Miguel voudrait jouer de la musique. Malheureusement, sa famille, fabricants de chaussures depuis trois générations, a banni la musique et tout ce qui s'y rapporte depuis que l'arrière-arrière grand-père de Miguel, Ernesto de la Cruz, a quitté sa famille pour faire carrière comme guitariste. Ce jour des morts, tous les défunts de chaque famille sont célébrés. Les photos de chacun sont bien mis en évidence sur un autel dans un coin des maisons. La famille de Miguel ne déroge pas à la règle. Quand, à un moment donné Miguel s'empare d'une guitare et passe dans le royaume des morts, l'histoire prend de l'ampleur. Le scénario très bien écrit réserve plein de surprises dont un coup de théâtre. Je suis d'accord avec un des messages du film: les morts sont vraiment morts quand plus aucun vivant ne pense à eux. Un très bon film pour petits et grands.

Ceci étant, je vous souhaite un joyeux Noël!

dimanche 10 décembre 2017

La villa - Robert Guediguian / Le brio - Yvan Attal / Johnny

Comme je l'avais annoncé dans mon billet précédent, j'ai vu quatre films français depuis mon retour du Chili. Voici les deux manquants.

Avec La Villa, je me suis réconciliée avec le cinéma de Robert Guédiguian. La villa est celle où vit un vieux monsieur dans une calanque près de Marseille. En introduction, on voit cet homme qui a une attaque. Paralysé, il ne pourra se débrouiller tout seul. A l'occasion de ce triste événement, ses trois enfants, Joseph, Armand et Angèle (interprétés par Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan et Ariane Ascaride), reviennent pour s'occuper de lui. Surtout ses deux fils. Joseph est accompagné par Bérangère (Anaïs Desmoutiers), une "jeunette" qui pourrait être sa fille et qu'il présente comme sa fiancée. Le jeune médecin qui s'occupe du père en profite pour rendre visite à ses parents, qui sont des voisins du père. Raconté comme cela, on pourrait croire qu'il ne se passe pas grand-chose, et bien on aurait tort, car on s'attache tout de suite aux personnages, on se sent en famille. On apprend un élément tragique sur la vie d'Angèle. Il y a quelques retours en arrière dans le passé. L'histoire nous raconte le temps qui passe sur un ton mélancolique avec une pointe de tristesse. Elle nous évoque aussi la vie d'aujourd'hui où les migrants cherchent refuge en Europe. J'ai aimé la manière dont Guediguian filme la calanque et la mer. Je me suis sentie dépaysée. Cela donne des envies de voyage. Pas forcément le film de l'année mais une belle histoire. Lire les billets de Pascale, ffred, larroseurarrose.

Je termine avec Le brio d'Yvan Attal. Neïla Salah, une jeune banlieusarde de Créteil issue de l'immigration, arrive en retard pour sa première journée en fac de droit d'Assas - à la réputation de "droite". Dans l'immense amphi où Pierre Mazard (Daniel Auteil) débute son cours, il l'interpelle. Leur relation débute mal. Leur altercation est filmée et diffusée très vite sur Internet. Les propos de Mazard à caractère raciste le mènent au conseil de discipline. Il bénéficiera néanmoins d'un sursis s'il arrive à faire que Neïla remporte le prochain concours d'éloquence, qu'Assas n'a pas gagné depuis plusieurs années. Mazard n'est pas un homme facile. Il m'a fait l'impression d'être un misanthrope plutôt qu'un raciste. Pour débuter l'entraînement de Neïlah, Mazard lui demande de lire L'art d'avoir toujours raison (ou La Dialectique éristique) de Schopenhauer (on le trouve en français pour 2 euro en collection Librio). Dans ce petit ouvrage, Schopenhauer décrit 38 stratagèmes pour sortir vainqueur de tout débat. Pour revenir au film, on suit avec un certain intérêt la confrontration entre les deux protagonistes. Cela se laisse voir, et j'ai aimé vers la fin le discours de Neïlah face à quelques personnes. Le film semble avoir trouvé son public. Lire le billet de Pascale.

**************************************

Sinon, je pense que tout le monde est au courant: Johnny, l'idole des jeunes, est parti, la France est en pleurs, les funérailles furent nationales. Voici une photo prise chez un marchand de journaux dans une gare parisienne avant-hier. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais n'est-ce pas un peu exagéré? Même si je l'aimais bien, Johnny...

journauxjohnny

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dimanche 13 août 2017

Crash test Aglaé - Eric Gravel / Les filles d'Avril - Michel Franco

Si vous voulez voir un film rafraîchissant, allez voir Crash test Aglaé, le premier long-métrage d'Eric Gravel. Vous aurez l'occasion de cotoyer Aglaé Lanctot pendant son périple, qui l'emmenera de la Lorraine vers la Suisse puis l'Allemagne, pour se terminer en Inde, en passant par le Kazakhstan. Aglaé, qui n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie, s'est découvert une passion pour travailler dans une usine qui fait du "crash-test" sur les voitures. Quand le film commence, Aglaé apprend par ses deux meilleures collègues, Liette (Julie Depardieu) et Marcelle (Yolande Moreau, hilarante), que l'usine va être délocalisée en Inde. A la surprise de la direction qui est convaincue que tous les ouvriers vont acccepter leurs indemnités de licenciement, Aglaé, elle, accepte de partir en Inde pour retravailler avec un salaire bien moindre. Ses deux collègues décident de l'accompagner. Ce voyage effectué en voiture (un peu déglinguée), en caravane, en vélo et à pied nous fait passer un bon moment. Liette et Marcelle vont abandonner assez vite (pour différentes raisons), mais Aglaé ira jusqu'à bout sans se poser de question. Je vous laisse découvrir ce qui l'attend au bout du chemin. Un film d'été d'1H25 qui fait du bien, même s'il y a beaucoup d'invraisemblances. Lire les billets de Pascale et Alex.

Je n'en dirais pas autant du film Les filles d'Avril du Mexicain Michel Franco qui m'a un peu perturbée. Quand la séance s'est terminée, certains spectateurs semblaient aussi abasourdis que moi. Quelle histoire! Valeria, 17 ans, est enceinte et fait l'amour avec son petit copain. Elle vit dans une maison en bord de mer avec Clara, sa demi-soeur plus âgée qu'elle. Clara parle peu et a des problèmes de poids. Abril, la mère, la cinquantaine épanouie, arrive soudainement. Longtemps absente, elle n'avait pas vu que sa fille attendait un enfant. Dès la naissance, Abril s'occupe du bébé, une petite fille, considérant que Valeria n'est pas capable de s'en occuper. Pour ce faire, elle subtilise le bébé en disant à sa fille que Karen (le bébé) a été adoptée. Et on n'est qu'au début de l'histoire, qui m'a mise mal à l'aise tout du long avec ce personnage d'Abril que j'ai trouvé monstrueux. Le réalisateur, qui est aussi le scénariste, doit avoir peut-être des problèmes avec les femmes, car je trouve le personnage d'Abril indéfendable. Ce n'est pas un film que je conseillerais à tout le monde malgré des bonnes critiques. Lire le billet de ffred.

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