jeudi 21 octobre 2021

Le nouveau - Keigo Higashino

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Avant de revenir en Lituanie, je veux vous conseiller un roman policier japonais, Le nouveau de Keigo Higashino (Actes noirs, Actes Sud, 329 pages). J'ai aimé comment l'écrivain a structuré son roman. Kaga Kyoichiro, "le nouveau" policier, vient enquêter sur le meurtre d'une femme divorcée de 45 ans qui a été étranglée dans son appartement situé à Tokyo. Elle venait d'emménager pour se rapprocher de son fils. Kaga n'est pas un policier ordinaire, il mène une enquête de voisinage en restant affable. Il m'a fait penser par moment à l'inspecteur Colombo même s'il ne trouvera pas immédiatement le ou la coupable. Le mobile du crime n'est pas évident. On n'a rien volé à la victime qui devait connaître son meurtrier. Il interroge des employés de restaurants ou une vendeuse d'un magasin de biscuits, ou bien encore une employée d'un magasin de vaisselle. Ce sont des endroits où était passée la future victime avant d'être tuée. Le policier est un fin observateur qui avance plus vite que nous dans l'enquête, mais pas tant que cela. Ce roman est aussi une description d'un Japon traditionnel. Les chapitres courts font que l'on lit ce roman très vite. J'ai passé un très bon moment au coeur de Tokyo avec ce roman que je recommande.

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vendredi 27 août 2021

Drive my car - Ryusuke Hamaguchi

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Après Senses 1, 2, 3, 4 et 5 et Asako 1&2, Drive my car du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, qui vient de sortir, a été récompensé du prix du scénario au dernier Festival de Cannes 2021. Ce film qui dure 3 heures raconte la rencontre, à Hiroshima, de Yusuke Kafuku, 47 ans, acteur et metteur en scène de théâtre, et de Misaki, une jeune femme de 23 ans qui est devenue chauffeur d'invités de la ville car elle ne sait rien faire d'autre. Le film s'ouvre avec un préambule qui dure plus d'une demi heure, où l'on fait la connaissance de Yusuke et de sa femme Oto. Cette dernière est scénariste pour la télévision. On apprend rapidement qu'ils ont perdu leur petite fille âgée de cinq ans plusieurs années auparavant. Le couple est encore uni, même si Oto a des relations charnelles avec d'autres hommes quand son mari est absent. Un jour, Yusuke revient chez lui et trouve sa femme inanimée. Elle vient de décéder d'une attaque cérébrale. Le générique apparait et on retrouve Yusuke deux ans après. Il est invité à Hiroshima pour mettre en scène Oncle Vania pendant un festival. Les organisateurs l'obligent à ce ne pas conduire sa voiture, et c'est donc Misaki qui va lui servir de chauffeur. Il faut évoquer les scènes se rapportant aux répétitions de la pièce. D'abord, c'est une lecture autour d'une table. Les acteurs et actrices choisis sont de différentes nationalités: hong-kongaise, chinoise, japonaise et coréenne, et ils ne s'expriment que dans leur langue. Parmi eux, il y a une Coréenne sourde et muette qui s'exprime dans le langage des signes. Le réalisateur a très bien su filmer Hiroshima, ville moderne, sans que l'on voit les traces du passé. Petit à petit Yusuke et Misaki se confessent l'un à l'autre, lui qui ne se remet pas du décès de sa femme et elle qui n'aimait pas sa mère, mais qui néanmoins se sent responsable de sa mort. Ils vont jusqu'à traverser une partie du Japon du sud au nord en voiture et aller jusqu'à l'île d'Hokkaïdo où habitaient Misaki et sa mère. La séquence finale où l'on voit les acteurs jouer Oncle Vania face à une salle comble est un moment très émouvant. Je n'ai pas forcément tout aimé dans ce film (sa durée par exemple), mais je vous conseille de le voir. L'histoire est adaptée d'une nouvelle de Haruki Murakami. Lire les billets du Bleu du miroir, miriam et Pascale.

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vendredi 6 août 2021

Onoda : 10 000 nuits dans la jungle - Arthur Harari

Comme Pascale et Strum, je recommande Onoda: 10 000 nuits dans la jungle, un film de 2H43 réalisé par un Français, Arthur Harari, avec des acteurs japonais. Onoda est un Japonais qui a vraiment existé. En 1944, ce jeune soldat aurait dû être pilote mais, parce qu'il avait le vertige, son destin changea du tout au tout. Il fut envoyé aux Philippines sur la petite île de Lubang avec un bataillon de soldats. En compagnie de quatre d'entre eux, formés à la guerilla comme lui, il commence à parcourir l'île, prêt à retarder l'ennemi. Ils ne sont pas convaincus que la guerre soit terminée. Seul le supérieur d'Onoda pourra le convaincre de se rendre. Il faudra attendre 30 ans, en 1974, pour cela. Entretemps, on suit avec intérêt la vie de ces quatre hommes, puis de ces trois, puis de ces deux, puis d'Onoda tout seul. Pendant toutes ces années, ils vivent sans nourriture ou presque, sans abri digne de ce nom. Les pluies diluviennes au temps de la mousson alternent avec un soleil de plomb. Les armes à la main, ils commettent quelques exactions ou bien ils ripostent quand on leur tire dessus. Car les autochtones les voient de loin d'un très mauvaix oeil. De loin en loin, grâce à un petit poste de radio, ils apprennent qu'en 1969, l'homme a marché sur la Lune. Un film un peu long qui réserve quelques moments forts ou violents. Le vrai Onoda est mort à 91 ans en 2014.

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lundi 14 juin 2021

Podkayne fille de Mars - Robert Heinlein

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Je n'ai pas encore réussi à rattraper mon retard à l'allumage puisque voici seulement mon troisième billet (en tant que ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) alors que nous sommes dans le quatrième mois du Challenge de la planète Mars. Il s'agit encore d'un livre de Robert Heinlein, que j'ai dans ma pochothèque depuis 21 ans (achat le 27/05/2000). 

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L'illustration de cette édition est due à Wojciech Siudmak, peintre et illustrateur de couvertures de science-fiction souvent visionnaire: je trouve celle-ci un peu "nunuche". Je suppose qu'il s'est inspiré du dernier paragraphe (sur 4) de la 4ème de couv: "Podkayne, qui a recueilli un bébé-fée, une étrange bête vénusienne, est désormais en danger de mort. Son innocence écervelée et le génie diabolique de [son frère] Clark parviendront-ils à les sauver du piège qui leur a été tendu?". Ce paragraphe s'applique, peut-être, aux 10 dernières pages du roman. Mon avis est qu'il ne rend sûrement pas justice au livre, qui vaut mieux que sa couverture! A moins que ledit dernier paragraphe n'ait lui-même été rajouté après la livraison par l'artiste de la couverture, pour "coller" à celle-ci? L'édition, c'est un métier... Je ne le saurai jamais.

Toujours est-il que, même si l'action de Podkayne fille de Mars ne se déroule pas intégralement sur la planète en question, cette oeuvre de Robert Heinlein nous intéressera de par la vision qu'elle donne de Mars et surtout de ses colons terriens. L'essentiel du livre est écrit à la première personne par notre héroïne éponyme, gamine âgée entre 15 et 16 années terriennes et nantie d'un jeune frère qui en compte 11 (une fois effectué le calcul à partir du "taux" de conversion" qui consiste à multiplier par 1,88 le nombre d'années martiennes). La vie familiale, et les projets de vacances, de ces deux jeunes gens (visite de la Terre "en famille" avec papa et maman) sont perturbés par la "décantation" intempestive de leurs 3 jeunes frères et soeurs, dont la décongélation était censée intervenir seulement après le retour du voyage interplanétaire. Leur oncle leur sauve la mise en proposant que ses neveux l'accompagnent alors qu'il doit participer à une prochaine conférence triplanétaire (avec Vénus toute en tiers...) sur la Terre.

Comme souvent chez Heinlein, les jeunes héros bénéficient par ailleurs de QI exceptionnels hérités de leurs géniteurs (ingénieure généraliste pour la mère, archéologue spécialisé dans l'étude de la vieille civilisation des Martiens - il y a 50 ou 100 millions d'années! - pour le père), ce qui a donné respectivement 160 pour Clark et 145 pour Podkayne. A partir des "bavardages" de Podkayne, on peut reconstituer que l'on doit être à quelques décennies seulement (terriennes...) de l'autonomisation politique (et économique) des "hommes de Mars" par rapport à la Compagnie (terrienne) qui administrait initialement la planète rouge. Père et oncle sont des vétérans de cette "révolution".

Le thème sous-jacent dans le roman s'avère très "étatsunien": comment une colonie s'affranchit de la tutelle de ses fondateurs, pour prendre son indépendance politique et nouer des relations commerciales devant bénéficier de manière équilibrée aux deux parties. L'héroïne et son garnement de frère vont ainsi se trouver mêlés à des intrigues politiques qui les dépassent, alors qu'il s'agit de faire pression sur leur oncle, héros de l'indépendance et ambassadeur aussi extraordinaire que secret - en principe -, qui a pour mission de négocier un traité commercial avec la terre.

On trouve, ici ou là, des informations glissées par petites touches sur la vie des colons terriens sur la planète Mars. On relèvera, ainsi, dès les premières pages, la phobie de Podkayne par rapport à l'eau (l'idée d'une plage au bord de la mer l'angoisse), à l'exposition directe au soleil, et le rapport à la pesanteur. Cherchant sa voie, son rêve serait de devenir pilote d'astronef - mais elle prend durant le voyage conscience que personne ne l'attend sur ce genre de poste. C'est lors de l'escale sur Vénus - une sorte de gigantesque Las Vegas - que l'histoire dérape. Car tout le monde n'a pas les mêmes intérêts concernant la trop fameuse conférence tripartite. Afin de vous laisser quelques raisons de lire le livre, je dirai juste que j'ai cru comprendre qu'Heinlein a dû modifier, à la demande de son éditeur, la fin qu'il avait d'abord rédigée.

Grâce à quelques recherches sur la blogosphère, j'ai déniché à propos de cet ouvrage de vieux billets sur le blog Narcissique and co (dont la dernière publication remonte à décembre 2020), ainsi que sur celui de Lynnae (dans le cadre d'un "défi Robert Heinlein" en 2011?).

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vendredi 30 avril 2021

Double étoile - Robert Heinlein

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Voici ma première contribution pour le Challenge de la planète Mars (en tant que ta d loi du cine, "squatter" chez dasola). J'espère arriver à la treizième dans maintenant moins d'un an (le challenge court jusqu'à fin mars 2022, rappelons-le!)... Mais ce billet devrait aussi pouvoir compter pour le 9e Challenge de l'imaginaire proposé par Ma Lecturothèque!

Kagemusha. Le prisonnier de Zenda. Aventure à Manhattan (la BD, pas le film!). Le sceptre d'Ottokar. Les cinéphiles bédévores (ou l'inverse!) auront peut-être compris l'intrigue de Double étoile par ces seules allusions. Ici aussi, un sosie est amené à remplacer un dirigeant dans une période cruciale. Mais là où Heinlein innove, c'est que le remplaçant est un acteur professionnel (même s'il n'a jamais obtenu le succès qu'il estime mériter), et dispose de tout un fichier pour lui faciliter son rôle... Quel rapport avec la planète Mars, me direz-vous? L'homme d'Etat disparu mettait la dernière main à une négociation pour faire admettre les Martiens à l'équivalent du Parlement planétaire des terriens. Or les Martiens sont une "race" belliqueuse et aussi susceptibles que ... [je ne citerai pas d'insulaires métropolitains, pour ne vexer personne]. Si la négociation capote, comme le souhaitent les factions conservatrices, d'un bord ou de l'autre, qui s'activent en sous-main, c'est le conflit dévastateur assuré! Nous suivons donc la progression de la performance du "remplaçant de fortune" pour tenir sa place, avec des hauts et des bas, et toutes les péripéties que cela comporte, jusqu'au rebondissement final.

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Ce court roman (220 pages, publié en anglais sous le titre Double Star en 1956 et traduit en français en 1958) s'inscrivait dans un futur qui a peu de chances d'arriver en l'état actuel de nos connaissances sur la planète Mars. D'autres auteurs ont eu une approche différente (et j'aurai l'occasion d'en reparler dans d'autres billets dans le cadre de ce challenge), en évoquant plutôt les relations souvent tendues entre des colons terriens sur Mars, et leur planète d'origine. 

Je vais conclure par la citation de quelques-unes des dernières phrases du livre:

"J'ai été au pouvoir et dans l'opposition trois fois de suite, maintenant. Et c'est peut-être ma dernière législature. La première fois, je suis tombé quand nous avons finalement ouvert la Grande Assemblée aux T.E. (1). Mais les non-humains sont toujours à la Chambre, et je suis revenu au pouvoir. On accepte une certaine dose de réforme, puis on a besoin d'un peu de repos.
Les réformes subsistent.
Mais, en réalité, personne ne désire vraiment que quoi que ce soit change, aucun changement du tout.
Et la xénophobie est un sentiment profondément enraciné.
Mais le Progrès ne s'en réalise pas moins."

(1) Territoires Extérieurs [note p.221]

Robert Heinlein (1907-1988 - mon édition du bouquin date d'avant sa mort, mais je l'avais acquis après!) a écrit de nombreux ouvrages de SF ou "d'anticipation", et on peut croiser la planète Mars dans d'autres de ses oeuvres. Peut-être y reviendrai-je au cours des 11 mois qu'il reste pour ce Challenge!

Lire aussi la chronique d'Erwelyn.

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dimanche 4 avril 2021

Les enchaînés - Alfred Hitchcock

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Les enchaînés (Notorious en VO) d'Alfred Hitchcock est un film de 1946, année où se déroule l'intrigue. A Miami, Alicia Huberman (Ingrid Bergman) assiste au procès de son père accusé de haute trahison envers les Etats-Unis. C'est un espion d'origine allemande. Peu de temps après, le père d'Alicia se suicide en prison. Alicia, qui n'avait pas les mêmes idées que son père, est approchée par le FBI en la personne de Devlin (Cary Grant). Celui-ci tombe sous le charme d'Alicia. Ils échangent un baiser de cinéma devenu célèbre car c'est le baiser le plus long du cinéma. Envoyée au Brésil, à Rio, avec Devlin, Alicia est chargée de séduire Alex Sebastian, le chef d'un groupe d'hommes qui ont encore des sympathies nazies. Ce groupe semble préparer quelque chose de terrible. Je n'avais pas revu le film depuis longtemps et je ne me rappelais plus l'enchainement des événements dont une visite dans une cave à vin bien fermée et que l'on ouvre grâce à une clé échangée de main à la main. Il y a aussi l'empoisonnement d'Alicia à petit feu par Alex devenu son époux et la mère de celui-ci. Le film dure 1H37. Et c'est du très grand Hitchcock avec un très beau noir et blanc. Ingrid Bergman et Cary Grant sont bien, même si j'ai trouvé celui-ci un peu plus terne que dans d'autres films. Je ne sais pas comment dire. Sinon, en bonus, il y a une conversation entre Hitchcock et Truffaut qui est reprise dans le livre connu "Hitchcock Truffaut" que je vous conseille. Cela dure 29 minutes, on n'est pas allé jusqu'au bout car on entend surtout parler François Truffaut qui est traduit par Helen Scott, et Alfred Hitchcock, en guise de réponses, émet plus de borborygmes qu'autre chose. Au bout de 10 minutes, on a arrêté, c'est crispant. Dommage. 

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lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

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Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

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Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).

vendredi 15 janvier 2021

Films vus en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (2)

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Je ne suis pas une grande fan de John Wayne, mais après que mon ami Ta d loi du cine a beaucoup insisté, j'ai vu deux films avec lui que je ne connaissais pas ou peu, Chisum d'Andrew McLaglen (1970) et Le barbare et la Geisha de John Huston (1958), et un troisième sans lui (sans John Wayne, je veux dire).

Chisum est un film qui se passe dans le comté de Lincoln dans le territoire du Nouveau Mexique à la fin des années 1870. John Chisum a vraiment existé, Il a possédé plus de 100 000 têtes de bétail dont certaines ont servi à nourrir l'armée. Dans le film, Chisum (John Wayne) doit affronter Lawrence Murphy, un homme avide qui aimerait s'approprier les terres de Chisum, entre autres acquisitions. Il ne recule devant rien. Heureusement, Chisum reçoit de l'aide de Billy the Kid et Pat Garrett qui sont des personnages plutôt sympathiques dans l'histoire. Le film se laisse voir agréablement ainsi que le documentaire sur John Wayne et Chisum. On voit des moments du tournage. John a coproduit le film par l'intermédiaire de sa boîte de production Batjac créée en 1952.

Le barbare et la Geisha de John Huston nous fait découvrir un John Wayne surprenant. L'histoire se passe en 1856 au Japon, qui, après 200 ans d'isolement, s'ouvre à l'Occident. Il interprète Townsend Harris (1804-1878) qui doit devenir le premier ambassadeur américain au Pays du Soleil Levant. Il est accompagné par Henry Heusken (Sam Jaffe) qui lui sert d'interprète. L'accueil des Japonais dont le gouverneur de la province est glacial. Townsend n'est vraiment pas le bienvenu mais il ne se laisse pas intimider. Les Japonais croient que cet Américain va provoquer la colère des Dieux et ils décident de l'espionner en lui envoyant une Geisha, qui doit rapporter tout ce qu'elle voit et entend. Une épidémie de choléra va changer la donne. Townsend montre son courage à cette occasion. Il va devenir un héros aux yeux des Japonais. Une découverte filmique intéressante. 

Je termine avec Victor Victoria de Blake Edwards, un film de 1982 vu à l'époque de sa sortie. C'est à nouveau mon ami Ta d loi du cine qui a insisté pour qu'on le revoie. Je ne le regrette pas. Ce film musical se passe à Paris dans les années 30, Victoria Grant (Julie Andrews), une chanteuse sans le sou, n'arrive pas à trouver du travail, et pourtant elle a un joli brin de voix. C'est grâce à un homosexuel quinquagénaire appelé Toddy (Robert Preston, très bien) qu'elle va se travestir et devenir "Victor". Elle fait sensation dans les cabarets jusqu'au jour où un producteur américain qui assiste à un de ses spectacles est attiré par celle qu'il croit être un homme. Presque 40 après l'avoir vu, je trouve que le film n'a pas vieilli. Il est plein d'allant. Julie Andrews, Robert Preston et James Gardner sont excellents, et il faut noter la musique d'Henry Mancini et trois des chansons du film: "Gay Paree", "Le Jazz Hot" et "The Shady Dame From Seville". 

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jeudi 17 décembre 2020

Films vus en DVD en attendant la fin du deuxième confinement et du couvre-feu

Ayant un grand nombre de DVD chez moi, j'en profite pour voir des films pas vus depuis longtemps.

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Je commence par Chaînes Conjugales de Joseph L. Mankiewicz (1949) que je viens de me procurer tout récemment. Chaînes conjugales se passe quelque part dans une petite ville américaine. C'est l'histoire de trois femmes qui apprennent par une lettre écrite par une amie commune, Addie Ross, que celle-ci va partir avec le mari de l'une d'entre elles. Par des retours en arrière, on découvre la vie de Deborah, Lora Mae et Rita. Deborah a rencontré son mari alors qu'ils étaient tous les deux engagés dans la marine pendant la guerre. Depuis, Deborah a du mal à s'adapter à la vie civile et elle dépend financièrement de son mari. Lora Mae, elle, issue d'une famille pas très riche, a été longtemps courtisée par son employeur mais elle ne s'est pas laissée facilement séduire. Quant à Rita, elle écrit des feuilletons radiophoniques, elle gagne plus que son mari, simple professeur de collège (Kirk Douglas tout jeunot). Le film montre que la vie des femmes américaines de cette époque (et encore un peu aujourd'hui) n'était pas facile. En ce qui concerne Addie Ross, on ne la voit jamais mais on l'entend surtout quand le film débute et à la toute fin. Un film que j'ai beaucoup apprécié. Je ne vous dévoilerai bien évidemment pas quel est le mari qui sera infidèle (?) à sa femme. Dans les bonus du DVD, il y a la deuxième partie de l'interview de 1983 de Joseph L. Mankiewicz débuté dans Le château du dragon. Je l'ai trouvé très intéressante car il parle d'Hollywood, de sa rencontre avec Josef von Sternberg, Fritz Lang, W. C. Fields. On sent sa frustration de ne plus tourner. Il dit que les robots et les vaisseaux spatiaux, ce n'était pas pour lui. C'est un réalisateur qui aimait les grands acteurs et Dieu sait s'il en a fait tourner, de Brando à Liz Taylor, de Gene Tierney à Kirk Douglas, de Katharine Hepburn à Montgomery Clift, et Bette Davis, Ava Gardner, James Mason et son dernier film que j'aimerais bien revoir, Le limier (un chef-d'oeuvre, Sleuth en VO, 1972) réunissait Laurence Olivier et Michael Caine. Mankiewicz est décédé en 1993.

Justement, à propos à propos de Michael Caine, j'ai revu un film "noir" anglais qui se passe à Newcastle, La loi du milieu (Get Carter en VO) de Mike Hodges (1971) où l'acteur interprète le rôle de Jack Carter, un tueur qui exécute ses contrats sans état d'âme et avec méthode dans la région de Londres. Il apprend que son frère Franck, qui vivait à Newcastle, vient de mourir. Carter se rend aussitôt dans cette ville du nord-est de l'Angleterre et il se rend compte que la mort de son frère n'est pas accidentelle. Il mène une enquête qui va le faire devenir un justicier sans pitié. Je ne dirai rien de plus sur cette histoire car il y a du suspense jusqu'au bout, même si on peut deviner que tout cela va mal se terminer. Michael Caine est vraiment bien et il faut noter que l'histoire est ancrée dans l'époque avec les femmes court vêtues, les voitures, la musique très années 60. Un très bon film. 

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lundi 8 juin 2020

Ses yeux bleus - Lisa Hågensen

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Paru il y a deux ans, Ses yeux bleus de Lisa Hågensen (363 pages, Actes noirs/Actes sud) nous fait découvrir une histoire surprenante, à laquelle je ne m'attendais pas quand j'ai lu la 4ème de couverture. La narratrice, Raili Rydell, une bibliothécaire âgée de 40 ans, encore célibataire, passe l'été dans son chalet situé autour d'un petit lac entouré d'une forêt dans le sud de la Suède. Un de ses voisins, Olofsson, lui fait part d'événéments étranges comme le fait qu'un couple voisin avait trois enfants mais qu'un semble s'être volatilisé, et que lui-même avait un petit chien qui a disparu. Les chalets autour du lac sont tous habités et Raili se lie d'amitié avec Sarah et Enders des sexagénaires accueillants. Quelques semaines plus tard, Raili retrouve Olofsson noyé dans le lac, ce qui amène Raili à croire que Olofsson a été assassiné. Et le cauchemar commence pour Reili qui mène l'enquête après que la maison d'Olofsson brûle, avec elle à l'intérieur qui s'en tire de justesse. Sans rien dévoiler, je dirais qu'il y est question de sorcellerie (des femmes ont été brûlées comme sorcières dans les années 1670 en Suède), de possession, d'yeux à l'éclat bleu glace. Ce premier tome d'une trilogie forme un tout, même si on peut deviner la suite. Un roman qui se lit bien. 

Lire les billets de Lewerentz et de Miscellanées.

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