mardi 7 mai 2019

Les pensées - Pierre Dac (illustrées par Cabu)

En ce mois de mai qui commence par célébrer le travail, j'ai eu (ta d loi du cine, squatter chez dasola) un peu la flemme de réfléchir par moi-même, alors j'ai adopté une solution de facilité pour mon hommage mensuel tournant autour de Charlie Hebdo: évoquer Cabu au travers de ses dessins sur Pierre Dac (1893-1975), dont un florilège a été assemblé pour illustrer une nouvelle édition des Pensées de celui-ci, parues à l'origine en 1972, et rééditée au Cherche-Midi en 2015. L'exemplaire que j'en possède a été réédité par les Editions retrouvées, spécialisée dans les livres en gros caractères.

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Les différents "Avant-propos", "Préface" (etc.) précisent que Cabu et Pierre Dac ne se sont rencontrés qu'une seule fois "dans la vraie vie", mais s'efforcent de trouver tels ou tels points de rattachement (Châlons...). Voici les trois phrases de la Quatrième de couv':

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Pour ma part, j'évoquerai une autre occasion de rapprocher les deux auteurs, trouvée dans le monumental Cabu, une vie de dessinateur de Jean-Luc Porquet (p.147). Lorsque Hara-Kiri avait fait l'objet, le 23 mai 1966, d'un nouvel arrêté ministériel (après celui de juillet 1961) l'interdisant à l'affichage (les NMPP refusant alors de le distribuer), Pierre Dac (parmi bien d'autres) avait signé une Lettre ouverte au Ministre de l'Intérieur, rédigée par Cavana et Choron, demandant la levée de cette interdiction et dénonçant "cette censure qui n'ose pas dire son nom".

On pourra juger cet ouvrage un peu périphérique dans ma rubrique, mais cela permet aussi de mettre en valeur Pierre Dac, dont certaines pensées valaient bien leur pesant de cacahouettes voire auraient mérité l'anathème ou d'être mises à l'index (si, si...). Rappelons aussi qu'il parlait à la radio de la France libre, à Londres, en 1943-44.

J'avoue tout de même ne pas être totalement "fan" du talent essentiellement nonsensesque de Pierre Dac. Je vais cependant extraire quelques-unes de ces "Pensées" qui m'ont fait réfléchir, quoi que j'en aie. Et puis, il y a les dessins de Cabu, qui ouvrent chacun des "chapitres" (regroupements de "pensées"). Je suppose que leurs choix en diront, encore, trop sur moi...

La bonne moyenne de la croyance s'établit par le total de ceux qui croyaient et qui ne croient plus et de ceux qui ne croyaient pas mais qui croient (p.28).

En quoi? En qui? Pour quoi? Voire contre qui? (tout contre?) P1110048 (mécréant!)

Quand on dit d'un artiste comique de grand talent qu'il n'a pas de prix, ce n'est pas une raison pour ne pas le payer sous prétexte qu'il est impayable (p.35, pensées en vrac).

P1110047 Yes, Sar! (il peut le faire!) P1110050 Du vécu?

Il faut une infinie patience pour attendre toujours ce qui n'arrive jamais (p.44).

Un rhume de cerveau, c'est un nez qui coule de source (p.45).

Le crétin prétentieux est celui qui se croit plus intelligent que ceux qui sont aussi bêtes que lui (p.55, Pensées choisies) 

P1110051 Pierre Dac croqué en bon observateur du genre humain?

C'est ce qui divise les hommes qui multiplie leurs différends (p.56).

Je n'ai, pour ma part, jamais été nourri par L'Os à Moëlle

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En entend-on un lointain écho dans les colonnes de droite de la Quatrième de couv' de Charlie chaque semaine? 

Et encore quelques dessins,

P1110052  anachronique... et contestataire  P1110057

P1110053 [ici, on est ici sur un blog en grande partie "cinéma", tout d'même!]

P1110055 Les élections européennes approchant, on peut finir par savourer quelques "Pensées sur la politique, l'Etat, le parlement et la Constitution" (p.171). Mieux vaut en rire?

Comme je l'ai dit plus haut, la première édition des Pensées remonte à 1972 (il y en a eu bien d'autres ensuite - 1978, 1979, 1989, ...). Pierre Dac est décédé à 82 ans en février 1975. Il y a eu des rééditions, mais il ne me semble pas qu'elles étaient illustrées par Cabu? Voici en tout cas la couverture de celle parue  au Cherche-Midi (qui commémorait les 40 ans) le 22 janvier 2015, je suppose que Cabu en avait donc bien lui-même choisi ses dessins mettant en scène le Maître - et les 6 sur lesquels il ne figure pas.

Pensees_Pierre_Dac_Cabu

Je n'ai présenté dans mon billet que quelques clichés des textes et dessins, puisqu'il ne faut pas oublier que désormais, Cabu est une marque et une signature déposées: "double de titre, et pour chaque dessin à l'intérieur du livre, © V. Cabut". Sur les 21 dessins (dont celui repris aussi en couverture), six ne figurent pas le Maître (qui est éventuellement représenté deux fois dans d'autres). En tout cas, il vous en reste encore plus de la moitié à découvrir en lisant l'oeuvre à votre tour!

Voici maintenant quelques adresses extérieures concernant Pierre Dac (blogs ou sites en lien avec les Pensées): Tautavel en a sélectionné quelques-unes, il y en a d'autres ici. L’anthologie posthume Avec mes meilleures pensés est présentée par Fils à papa. Le blog Frogprod a consacré en février 2015 un article à Pierre Dac. J’ai enfin trouvé confirmation que Cabu avait bien travaillé en dernier sur ce livre .

PS: je viens de m'acheter Les années 70, de GéBé (avec Cabu et Willem), j'en parlerai une autre fois. De même que je recaserai sans doute "On dit d'un accusé qu'il est cuit lorsque son avocat n'est pas cru" (p.149) quand je chroniquerai prochainement Le procès Merah de Riss.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 26 avril 2019

En lisant en voyageant - présentation de Keisha (à l'occasion de ses 500 commentaires chez Dasola)

Et voici un cinquième portrait de blogueuse (le 4ème était un blogueur) ayant atteint les 500 commentaires chez dasola. Keisha a mis presque 10 ans et demi pour ce faire. C'est une blogueuse de longue date. Elle savait bien que ça [lui] pendait au nez, ce questionnaire, même si [elle] commente sans [s]'occuper des conséquences... Pour rappel, les quatre présentations précédentes concernaient Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018, Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018, Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 et Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017.
Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) ne sais pas si Aifelle fera son millième commentaire ici avant que d'autres atteignent leurs 500. Peut-être pourra-t-on recourir à son parrainage pour interviewer un "plus de 400" qu'elle aurait choisi? Pour l'heure, voici le témoignage de Keisha.

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Keisha_EnLisantEnVoyageant Bonjour Keisha, pour que les lecteurs comprennent qui vous êtes, pouvez-vous nous donner quelques éléments complétant le « A propos » qui figure sur votre blog ? D’où vient cette appellation « Keisha » ? Pouvez-vous aussi nous livrer quelques autres éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous (car un lecteur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? A part les mathématiques, avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature ou l'art?

A l'époque j'étais fan de Michael Connelly, et Keisha était le nom d'un de ses personnages féminins, une journaliste [au Los Angeles Times]. Evidemment je n'ai pas choisi un personnage périssant de mort violente. Depuis je regrette ce choix d'ailleurs sur F*** j'utilise mon vrai prénom. De plus c'est le nom d'une chanteuse pas franchement dans mes goûts musicaux, et j'ai déjà eu des commentaires de petites jeunes filles vraiment excitées car elles croyaient que mon blog était celui de la chanteuse.
Tranche d'âge? Je suis retraitée. Hélas non, pas de contacts avec la littérature ou l'art. 

* Parlons un peu de vous et de votre blog: En lisant en voyageant. Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer? Pourquoi la plateforme "blogspot" aujourd’hui?

Je suivais quelques blogs parlant de lectures (dont celui de Cuné, encore existant) et j'ai sauté le pas. Avec overblog, dont la politique de publicités sauvages a eu raison de ma patience. Blogspot et pas Wordpress, pourtant à l'époque j'avais un blog chez Wordpress, qui ne demandait qu'à tourner. Mais une blogueuse de chez Blogspot m'a bien aidée pour les premiers pas et j'y suis restée.

* Sur votre blog, on ne trouve pratiquement que des livres (même si on me glisse à l’oreille qu’on a pu y lire quelques compte-rendus de voyages) ?

Au départ oui, je devais parler aussi de voyages. On en trouve, d'ailleurs. Mais je ne voyage plus tant que cela, pour l'instant. Mon appareil photo a d'ailleurs décidé de cesser de fonctionner. J'ai aussi tenté des compte-rendus de sorties, concerts et autres, mais ça prend du temps. Pourtant, avec tous les concerts auxquels j'assiste, la plus que douzaine d'opéras par an qui me font vibrer, les pièces de théâtre, la danse, je pourrais ouvrir un blog!

* La classification principale des articles littéraires, sur votre blog, se fait par origine des auteurs (six items, soit France, Europe hors France, Amérique du Nord, etc.), plus deux items par ordre alphabétique de titres (A-L, M-Z). Pourquoi ce simple classement, et pas par genre de littérature par exemple ?

Cela fonctionne bien comme rangement, en tout cas je m'y retrouve. Pour plus de détails, la colonne de droite en dit beaucoup.

 * Un petit peu de bande dessinée ? Pas d’œuvres de théâtre ?

Je lis beaucoup de BD, mais j'ai la paresse de pondre un billet, voilà. Le théâtre, non; j'ai lu Le jeu de l'amour et du hasard, mais parce que je devais voir la pièce.
J'en profite pour signaler que je ne parle pas de tous les livres* que je lis. 

* En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Aller surtout vers ce qui me plaît ou ce qui m'intéresse, tout en explorant l'inconnu. Et partager.

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Et pour rester dans les chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour?

On va dire 18, mais c'est une moyenne sur plusieurs années. Je ne cherche pas à atteindre un chiffre, cela se fait naturellement.
Fréquentation? Le temps que j'y passe? Pas tellement, en fait, une demi-heure? Le plus long est de visiter les autres blogs...

* Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Il faut des stats au statisticien? Pas énorme, et des gens qui atterrissent chez moi pour des raisons que je démêle mal (beaucoup d'Ukrainiens!) et des billets toujours vus depuis des années. L'homme qui savait la langue des serpents tient bien la rampe...
Je vais rarement détailler tout ça, car c'est peu fiable à mon idée.

* En tant que lectrice, comment vous définiriez-vous? La lecture tient-elle un rôle important dans votre vie?

Oui, et depuis que je sais lire. Vorace, donc, mais je sais lâcher un livre pour une balade ou papoter avec quelqu'un.

* Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour?

Entre 15 minutes et 4 ou 5 heures. Cela dépend des activités autres, de la météo...

* Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces … Les recherchez-vous?

Oh beaucoup, mais là je lève le pied! 

* Votre endroit favori pour lire?

Mon lit, le soir, avant de piquer du nez. Sinon, partout.

* Etes-vous plutôt livre papier ou liseuse électronique?

Je ne possède pas de liseuse. Mais en ayant emprunté une, j'ai testé avec deux lectures.

* Comment choisissez-vous vos lectures? (bouche-à-oreille, cadeau, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un auteur – vraiment – préféré?

Un peu tout cela, prioritairement les blogs et les médiathèques. Pas de genre favori, quelques genres évités, mais de plus en plus de non fiction. Quelques auteurs favoris, mais pas un unique. 

* A quoi êtes-vous sensible lorsque vous avez un livre en main?

A rien, je lis. Il m'arrive de sentir son odeur.

* Offrez-vous des livres? Si oui comment les choisissez-vous?

Assez rarement, avec un livre que je pourrais lire mais pas forcément, car c'est en pensant aux goûts de la personne en priorité.

* S’il ne fallait en retenir qu’un? Quel livre vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que avez pu lire?

Je vais parler du dernier lu m'ayant vraiment éblouie, il s'agit de Le désert des Tartares, une relecture d'ailleurs.

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* Pourquoi celui-ci?

Parce que c'est récent (il y a un an j'en aurais cité un autre). Mais là c'est le livre parfait pour ma tranche d'âge.

* Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant d’une lecture enfantine ou adolescente?

Le comte de Monte Cristo, lu, relu, un livre que je possède toujours.

9782266196925,0-544679              9782266207294,0-598495

 * Comme d’autres «dévoreuses de bouquins», êtes-vous vous aussi tentée par l’écriture?

Non.

* Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola? (réponse facultative!)

Peut-être est-elle arrivée chez moi? Au début on était si peu nombreux qu'on se connaissait tous ou presque à un moment donné.

* La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentée d'arrêter le blog?"

Franchement, oui. Mais ça me manquerait. Ou alors continuer à juste regarder les idées de lecture? D’ailleurs actuellement je propose moins de billets, volontairement, ne parlant pas de tout, et dégageant du temps.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

On a parlé des salons du livre, mais pas des rencontres avec les autres blogueurs/blogueuses. Les deux vont en général ensemble et sont vraiment intéressants, car permettent de rencontrer des malades de lecture, on se sent moins seul.

Enlisanenvoyageant

* coquille corrigée après coup, suite à remarque de Keisha... (s) ta d loi du cine

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dimanche 7 avril 2019

L'avenir du capitalisme - Bernard Maris

Avec L'avenir du capitalisme, voici une quatrième chronique concernant Oncle Bernard dans le cadre des hommages que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rends aux morts de Charlie Hebdo.

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Ce petit ouvrage (67 pages) est paru à titre posthume aux éditions LLL (Les Liens qui Libèrent) en 2016. Le texte de Bernard Maris commence p.15. Le livre reprend le texte d'une conférence prononcée par Bernard Maris, à Paris, le 11 janvier 2010, à l'Institut Diderot. Dominique Lecourt, qui dirige ce laboratoire d'idées français lancé le 19 octobre 2009, explique dans une émouvante préface les circonstances de la rédaction de ces quelques dizaines de pages. J'y relève une citation: "En l'écoutant [Bernard Maris] sur France Inter, on était frappé de ce qu'il ne coupait jamais la parole à ceux dont il ne partageait pas les opinions".

Concernant ce questionnement sur l'avenir du capitalisme, la réponse qu'il tente ici d'y apporter (comme on "tente" une performance, dirais-je) se place d'abord d'un point de vue économique, bien sûr, - puisqu'il était économiste -, mais aussi avec des références historiques, sociologiques et peut-être un petit peu philosophiques. Il en appelle à Karl Marx évidemment, mais aussi à Max Weber, et à [John Maynard] Keynes...

L'ouvrage est divisé en deux parties. D'abord, "le capitalisme est-il moderne"? Pour parler de l'avenir, il commence bien entendu par évoquer le passé et l'apparition de longue date d'éléments isolés (grand commerce [à longue distance], prédation, comptabilité...). Si j'ai bien compris, le capitalisme apparaît quand les "travailleurs" l'emportent sur les "guerriers" et les "prêtres"(pour reprendre les trois fonctions dont parle Georges Dumézil pour les épopées des sociétés indo-européennes), et lorsque apparaît la notion de "surplus" et d'accumulation.

Bernard Maris égrène et expose quatre éléments qui manquaient aux époques pré-capitalistiques et que ce "jeune homme" (le capitalisme) va amener. Puis sa démonstration respectera ces quatre parties annoncées p.23: le travail (et le marché du travail); le crédit (la taille des marchés et la production de masse); le machinisme (et la soumission de la technique à la science); le rapport au temps (le temps linéaire qui se substitue au temps cyclique). Je cite (p.24): "le capitalisme naît lorsque l'esprit du capitalisme habite la majorité des dirigeants, et bientôt la société tout entière, à travers le travail et la techno-science." Je mentionnerai que le sous-entendu que les paysans travaillaient moins, en 1914, qu'aujourd'hui, m'a d'abord fait sauter au plafond (p.45)... avant que je comprenne mon malentendu: Bernard Maris parlait bien de prise en compte du travail "marchand" (rémunéré), et non du travail en autarcie.

Pour ma part, autant j'adhère aux explications historiques, autant les explications du capitalisme en lien avec la psychanalyse (le bourgeois qui refuse de jouir...) me paraissent personnellement superflues (comme on le sait, ce n'est pas ma tasse de thé). Il me suffit que soit énoncé que le capitalisme est un système qui fonctionne sur la frustration et la servitude. Ne vaut-il pas mieux que les entrepreneurs capitalistes exercent leur tyrannie sur leur compte en banque que sur leurs compatriotes? La réponse ne me semble pas si évidente. Le capitalisme se présente aussi avec le masque d'un jeu où tout le monde serait gagnant: l'échange créant davantage de richesse(s) qu'il n'y en avait au départ. Le problème est que cette "richesse" est devenue, exclusivement, financière. La violence du capitalisme s'est aussi (re)portée sur l'environnement. Comment l'Homme s'en sortira-t-il?

Et l'avenir du capitalisme (abordé en seconde partie, p.49)? j'ai trouvé qu'aucune des différentes possibilités qu'il balaie n'incite à l'optimisme... Le verrons-nous avoir tort? Par exemple, la Chine verrait bien, d'un côté, les salaires de ses travailleurs augmenter; mais de l'autre, l'immensité de son propre marché intérieur lui garantirait des économies d'échelle, "ce qui fait qu'on [l'Europe?] est mal barrés". Le progrès technique n'est sans doute pas une solution en raison de l'impossibilité de la croissance dans un monde fini. La solution (en conclusion) pourrait venir de l'économie de l'altruisme, l'économie sociale et solidaire (j'adhère!).

Un rapide coup d'oeil sur la blogosphère ne m'a pas permis de trouver beaucoup de mentions de cet ouvrage, à part sur des blogs de librairies. Mention spéciale pour le blog de Ludovic (sous-titré "une opinion parmi d'autres"), qui a à la fois parlé du livre et mis en ligne la vidéo de la conférence

Au final, la version rédigée, construite, condensée, du livre, est bien évidemment différente de la version improvisée, semble-t-il, d'après quelques notes jetées sur des feuilles (improvisations touffues sur un sujet sur lequel il travaillait depuis des décennies, bien entendu). J'ai été un peu dérouté par le décalage entre le son et les mouvements des lèvres? Mais j'ai pioché des éléments pour le présent billet indifféremment dans l'un et dans l'autre, même s'il est difficile de résumer 56 minutes ou 52 pages en quelques lignes. Je vous invite donc à consulter les deux! En ce qui me concerne, j'ai apprécié le sens de la formule de Bernard Maris. Bizarement, j'ai eu l'impression de connaître isolément beaucoup des éléments épars qu'il cite, mais sans jamais en avoir auparavant fait la synthèse, la "mise en relation", pour arriver à la démonstration qu'il apporte avec sa pensée construite. N'est-ce pas ce que l'on attend d'un érudit, d'un intellectuel, d'un "spécialiste" ou d'un "expert"?

Pour la suite, je pense que ma prochaine chronique d'un ouvrage d'Oncle Bernard portera, d'ici quelques mois, sur sa Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 29 mars 2019

Agnès Varda est décédée aujourd'hui, 29 mars 2019

Je viens d'apprendre cette très mauvaise nouvelle. Je connaissais peu le cinéma d'Agnès Varda (1928-2019), oui, je l'avoue, mais son dernier film Visages, village est une pure merveille que je vous recommande. Un remède à la mélancolie (pour reprendre le titre d'une émission de radio que j'aime bien). Elle va rejoindre Jacques (Demy). Tristesse pour ceux qui restent.

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jeudi 7 mars 2019

Mémé, femme pratique - Riss

Je me suis aperçu récemment, après une grosse trentaine de billets d'hommages publiés depuis 4 ans, que je (ta d loi du cine, "squatteur" chez dasola) n'ai pratiquement jamais mentionné Riss, à l'unique exception près d'un dessin dans Petits principes de langue de bois économique, de Bernard Maris. Or, non seulement Riss a été blessé (omoplate fracassée en petits morceaux par balle...) lors du massacre du 7 janvier 2015, mais encore il est, depuis, "Président [de la SAS Rotative], Directeur de la publication" de Charlie Hebdo, poste qui, vraisemblablement, ne lui donne guère le loisir de veiller à la publication d'albums ou de livres à partir de ses propres oeuvres. Riss avait été co-dirigeant de Charlie Hebdo avec Charb après le départ de Philippe Val, il en a été un temps, je crois, actionnaire largement majoritaire (sans minorité de blocage face à lui), je n'ai pas vérifié si c'est toujours le cas aujourd'hui. Comme Gotlib une fois que celui-ci a été à la tête de Fluide glacial, il ne publie plus guère d'albums - même s'il dessine, y compris régulièrement la couv' de l'hebdomadaire (selon wikipedia, dernier livre co-écrit en 2016, avant-dernier en 2014...).

Pour combler vite fait ce manque, j'ai choisi de disséquer l'un des anciens albums de lui que je possède (je pense que dasola se serait opposée à ce que je rédige un billet complet sur l'autre), acheté le 27/01/2015 dans une bouquinerie que je fréquente. Voici donc Mémé et ses pratiques infâmes.

P1100653 Le Cherche midi éditeur, 1999.

Telle une héroïne de cartoon, elle peut infliger les pires sévices à son entourage (ou en subir - il lui arrive de se voir arracher successivement les quatre membres - voire pire), avant de repartir, regonflée à neuf et à bloc, dans la planche suivante, comme si de rien n'était (aucun passage par la case "prison"!), vers de nouvelles aventures. J'ai choisi d'en citer quelques dessins "parlants" et en résonnance avec l'actualité contemporaine (20 ans après).

P1100657 p.48: mais qui a eu cette idée folle un jour d'inventer... (un dessin qui avait dû peiner Luce Lapin)? L214 n'existait pas encore en 1999...

P1100660 p.40-41: nos amis les paysans... C'était bien après la découverte du trou dans la couche d'ozone, mais bien avant le Grenelle de l'environnement.

Et la page précédente, tout d'même: P1100661 (est-ce plus clair?)

P1100656 p.30: le bourreau n'aime pas les morpions? (il ne sait pas jouer...).

P1100655 p.15: Mémé chevalière du ciel à la guerre de 14-18 (!)? L'autre ne levait-il pas les bras au bout de son parachute? Quelle connerie la guerre...

P1100654 p.8: ça vaut bien les bagnoles électriques - même si la dictature de Mémé n'a rien à envier à celle du Bretzelberg!

P1100658 p.18-19: maison de retraite "comme son nom l'indique" Beauséjour (EHPAD, comme on ne disait sans doute pas encore au XXe s.?). 

P1100659_vaches p.26-27: vaches en chaleur (un gros manque en page de droite: aucune ne monte sur une autre! Personne n'est parfait...).

Enfin, un dessin relativement récent avec le personnage de Mémé: P1100684 (extrait de la double page centrale [p.8-9] titrée "Cahier de doléance des gilets jaunes" du N°1376 du 05/12/2018, p.9).

PS: et le second album de Riss que je possède, me direz-vous? Je l'avais acheté le 07/01/2015 (... après). En voici, tout de même, la couverture:

P1100686 Dépôt légal: novembre 2014

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 24 février 2019

La Chute de l'Empire américain - Denys Arcand / Cérémonie des Césars / Disparition de Stanley Donen

Comme pour le film d'Ozon, j'ai eu l'occasion de voir en avant-première La chute de l'Empire américain du québécois Denys Arcand. 15 ans après Les invasions barbares et 33 ans après Le déclin de l'Empire américain, La chute de l'Empire américain clôt en beauté cette trilogie. Ce nouveau film de Denys Arcand est une comédie policière mâtinée de satire politique. Pierre-Paul, titulaire d'un doctorat en philosophie, est chauffeur livreur à Montréal. Dans un café, il est en train de rompre avec sa petite amie en lui affirmant que les gens intelligents (comme lui) sont handicapés pour réussir. Il est complètement désabusé jusqu'à ce que des sacs pleins de billets de banque se retrouvent à ses pieds. Cela fait suite à un braquage auquel, il a assisté fortuitement, qui a mal tourné. Pierre-Paul, très pragmatique et n'hésitant pas beaucoup, s'empare des sacs. Il ne trouve rien de mieux à faire que de dépenser quelques billets pour louer les services d'une call-girl de luxe (la plus chère de Montréal), appelée Aspasie (comme la prostituée amie de Socrate et Périclès). La police mène l'enquête sur ce braquage. Pierre-Paul est décidé à se débarrasser de l'argent avec l'aide d'un ex-taulard qui a pris des cours de droit et de gestion sur l'évasion fiscale. Il y a plein de rebondissements que je ne vous révélerai pas. Malgré quelques scènes un peu violentes, l'ensemble est souvent drôle et les personnages principaux sont attachants. Pierre-Paul et Aspasie, qui se révèle une fille épatante, aident quelques SDF avec l'argent trouvé. La partie montrant comment on peut "blanchir" de l'argent sale grâce à un circuit rôdé, un peu compliqué (car il implique pas mal de personnes), est à ce titre instructif. Le film se termine sur des visages de SDF que l'on croise à Montréal, des Inuits et des Indiens du Canada. C'est brutal mais frappant. Un très bon film que je vous recommande. J'avais des appréhensions sur l'accent québécois. Et bien, j'ai tout compris.

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Je n'avais pas vu la cérémonie des Césars depuis plusieurs années, alors j'y ai jeté un oeil. Bien mal m'en a pris, j'aurais mieux fait de regarder autre chose. La cérémonie a duré 3h10, le spectacle fut affligeant. Kad Merad (le maître de cérémonie), faisait ce qu'il pouvait. Le pauvre Robert Redford à qui on rendait hommage et à qui on a remis un César d'honneur, avait l'air de souffrir. D'ailleurs, tous les hommages aux morts et à Robert étaient nullissimes. Les gags tombaient à plat. En revanche, j'ai trouvé le palmarès honorable (Le grand bain de Gilles Lellouche n'a reçu qu'un César, ouf, tant mieux!). Jusqu'à la garde et Les Frères Sisters ont reçu 4 Césars chacun : c'est totalement justifié. Et il n'y a eu personne pour prendre le César du meilleur film étranger, le film japonais de Kore-Eda (sans commentaire...).

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Une autre mauvaise nouvelle: j'ai appris la disparition, hier, 23 février 2019, de Stanley Donen, à l'âge vénérable de 94 ans. Pour ceux qui l'ont oublié, il fut le réalisateur de Chantons sous la pluie (1952), Funny Face (1957), Charade (1963), Indiscret (1958), Arabesque (1966), Voyage à deux (1967), L'herbe est plus verte (1960).

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jeudi 7 février 2019

Le procès Colonna - Tignous & Dominique Paganelli

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) déjà parlé, dans ma rubrique d'hommage aux victimes de l'attentat à Charlie Hebdo, du reportage dessiné effectué par Tignous sur les prisons françaises. Ce mois-ci (février 2019), je vais présenter un autre reportage produit à deux mains (par Tignous et Dominique Paganelli): Le procès Colonna.

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Il y a vingt-et-un ans et un jour, vendredi 6 février 1998 après 21 h, le préfet Claude Erignac était assassiné par un commando indépendantiste à Ajaccio (Corse). En 2003, Yvan Colonna, soupçonné d'être le tireur des coups mortels et qui avait "pris le maquis" le 23 mai 1998, était arrêté après 5 ans de cavale.

Extrait de l'avant-propos, signé Tignous et Paganelli, de cet album: "Du 12 novembre 2007 au 13 décembre 2007, la cour d'assises spécialement constituée a jugé Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet Claude Erignac... Le 13 décembre, elle a dit qu'il était coupable et l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Durant quatre semaines s'est déroulée devant nous qui étions dans la salle d'audience une tranche de vie, une sorte de comédie humaine tragique (...). Pour parler de la mort d'un homme, il y a eu de la vie. C'est ce que nous avons voulu raconter. Nous ne présentons pas ici les "minutes" ou "l'intégrale" du procès, mais ce qui nous a touché. En un mot nos impressions de ces trente-quatre journées d'audience."

J'ai acheté ce livre (daté de juin 2008) il y a quelques mois. Je n'avais pas lu en 2007 les reportages consacrés par Charlie Hebdo au procès. Je n'ai pas cherché à les retrouver (pour comparer). Si j'avais eu à faire un exposé dans un cadre universitaire, ou à écrire un article (rémunéré) dans la presse professionnelle, je l'aurais fait.

Je pense que les textes de l'album ont été rédigés par Dominique Paganelli. Ce journaliste a surtout réalisé des documentaires ou ouvrages sur le monde du football. Dans Charlie Hebdo, je crois que sa couverture du procès Colonna était illustrée par d'abondants croquis de Tignous. Dans l'album, beaucoup des textes commencent par la date du jour concerné, en bleu avec le jour en blanc sur un carré rouge. De son côté, Tignous a rédigé et lettré des textes abondants pour ses illustrations (reprises de phrases entendues, textes explicatifs...), mettant en scène témoins, policiers, avocats, juges, Corses divers, décors... J'ai compté 23 représentations d'Yvan Colonna (dont une fois avec seulement ses mains). Les multiples demandes de P à T "t'as dessiné Ulrike Weiss?" (magistrate en charge des relations avec les média, dont le visage apparaît seulement en dernière page de l'album) peuvent faire sourire.

Après la lecture de l'ouvrage, tout ce qu'on a comme certitude, c'est que le préfet Erignac a été assassiné, qu'Yvan Colonna a pris le maquis après une interview télévisée, a été désigné comme le tueur par les membres arrêtés du "commando" ou leurs épouses (qui se sont ensuite rétractés), a été arrêté, n'a jamais avoué (a protesté de son innocence durant le procès), a été reconnu coupable et condamné. Depuis la parution de l'album, il y a eu un procès en appel en 2009 (rajout d'une peine de sûreté de 22 ans), annulé par la Cour de Cassation en 2010, et un nouveau procès en juin 2011 (de nouveau perpétuité, sans peine de sûreté). La condamnation est désormais définitive. Yvan Colonna est en prison depuis 2003 (bientôt 16 ans).

Je vous mets juste quelques extraits des 120 pages de l'album.

P1100801  p.101, Tignous croqué par Pétillon, de passage durant le procès.

P1100799  p. 12bis (sic! Dans les albums publiés par cet éditeur, elle remplace la p.13), ou comment un "croquis d'attitude", un peu retravaillé, peut devenir un élément de composition d'une couverture d'album...

P1100797  p. 83 (une page avec coquille dans le texte, et un croquis "brut" [non travaillé, avec du "texte parasite"?]).

Je fais aussi le lien avec ce qui m'avait frappé en 2016, à savoir le "retour" de Renaud dans les pages de Charlie Hebdo. Rappelons que Renaud avait fait partie des premiers associés de la société (Kalachnikof) créée pour relancer Charlie en 1992 (il avait sauf erreur de ma part mis 200 000 F au pot, là où Cabu et Val en mettaient 50 000 chacun). Puis, quelques années plus tard, à l'occasion de la création des éditions Rotative, il était sorti du "tour de table". Bref, après avoir repris contact avec l'équipe suite au 7 janvier 2015, il a retrouvé une rubrique régulière à partir du 2 mars 2016. Je me rappelle avoir trouvé navrant, à l'époque, qu'il n'y parle guère que d'Yvan Colonna, au détriment de beaucoup d'autres sujets sur lesquels je pense qu'il aurait pu dire des choses intéressantes (à mon avis, du moins). Elle s'était en tout cas arrêtée assez vite. Ci-dessous 3 extraits (liste non exhaustive bien entendu!).  

P1100802  2 mars 2016, p.2

P1100804  18 mai 2016, p.3  P1100803  20 avril 2016, p.3

Enfin, en dernier "point d'actualité" liée à l'assassinat idélogique d'un Préfet de la République Française (par des "militants perdus"), on peut signaler qu'hier, 6 février 2019, a eu lieu dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne le "3e Colloque Claude Erignac", organisé par l'ACP (Association du Corps Préfectoral), sur le thème "L'intégration républicaine en péril: comment la refonder?". On pourrait relever qu'il avait lieu aussi 85 ans après les émeutes anti-républicaines du 6 février 1934 (manifestations des ligues d'extrême-droite)...

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lundi 7 janvier 2019

Les victimes du massacre à Charlie Hebdo peu ou pas connues du public: M. Ourrad / F. Brinsolaro / F. Boisseau / A. Merabet

Quatre ans après le massacre à Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) souhaitais rendre hommage à ceux, assassinés ce jour-là, que je n'ai encore jamais évoqués parce qu’ils n’ont pas laissé derrière eux de livre ou d’œuvre que je puisse chroniquer. N’étant pas moi-même journaliste professionnel, j’ai suivi une suggestion qui m’a été faite en allant chercher ce que les collègues ou proches des uns et des autres avaient pu leur rendre comme hommage répercuté dans la presse à l'époque. Mes sources (secondaires, donc) sont indiquées en notes en fin d'article.

Mustapha Ourrad

Cet homme discret et érudit était de longue date (fin des années '90) intégré dans la rédaction de Charlie Hebdo, pour la fonction de lecteur-correcteur. Si je ne suis pas sûr qu'il comptait dans l'effectif salarié permanent de l'hebdomadaire le 7 janvier 2015, il continuait à y officier très régulièrement pour les "bouclages" du lundi. Ce mercredi-là, il s'était rendu à la rédaction pour travailler sur la prochaine publication d'un numéro Hors-série. Les tueurs l'ont assassiné en sortant de la salle de rédaction, avant de quitter les lieux.

Il était humain avant d'être algérien, français ou kabyle, analysait sa fille en 2015 (1). Sa compagne rappelait que le fait de rester à Charlie était une façon de militer, même s'il le faisait sans se montrer (1). D'après ses collègues du magazine Viva où il travaillait en parallèle à Charlie Hebdo, il n'aurait pas aimé d'hommage (2). Une de ses collègues à Viva se souvient d'une parabole qu'il aimait conter (3): "Deux hommes ont un différent, ils vont alors consulter un sage soufi pour les départager. Le premier expose son cas ; le sage lui dit : “Je te comprends, tu as raison.” Le second donne alors sa vision des choses ; “Oui, je te comprends, lui dit le sage, tu as raison.” Un témoin de la scène vient s’étonner face au sage : “Comment peux-tu dire à chacun qu’il a raison ? ce n’est pas possible…”  “Tu as raison”, répond le sage."

Enfin, en tâchant de faire le tri entre les articles qui publiaient des témoignages de première main et ceux qui se contentaient de reprendre des informations déjà parues ailleurs, j'ai été touché par l'article d'un blogueur, lui-même journaliste, qui disait notamment "Loin de moi l'idée de m'arroger le droit de rendre hommage à un homme que je ne connaissais pas. Mais (...)" (4).

M_Ourrad_LaLegerete Le voici représenté par Catherine...

P1100761

 ... et croqué par Cabu (avec moustache mais pas barbu!), si j'ai bien interprété la légende du "portrait de groupe" publié p.321 de Cabu, une vie de dessinateur, Jean-Luc Porquet, 2018.

Franck Brinsolaro

Il a été la deuxième personne touchée par les balles une fois les tueurs entrés dans les locaux de Charlie. Il s'agissait de l'un des deux policiers affectés à la protection de Charb, se relayant une semaine sur deux. Je cite sa femme, rédactrice en chef de L'Eveil normand, interviewée par Ouest France (5): "Même s'il n'était pas du tout politisé, Franck aimait l'actu, l'info. Notre métier lui parlait... Et il est mort pour la liberté de la presse. (...) Vous savez, discret comme il était, Franck n'aurait sans doute pas aimé se retrouver dans un article. Mais je le fais pour qu'il reste une trace. Pour les enfants, plus tard. Et parce qu'il n'y a pas eu que des dessinateurs célèbres qui sont tombés. D'autres gens aussi."

P1100763

Le plan ci-dessus est extrait du numéro spécial de Charlie Hebdo publié "1 an après" (p.4). On y voit la table où était assis le policier, dans la salle de rédaction. Même si, bien entendu, comme tous les policiers des services de protection, il se devait d’être « professionnel » donc transparent (donc, je suppose, sans jamais interagir avec les activités professionnelles de ses « protégés »).

Frédéric Boisseau

Ce chef d'équipe de maintenance travaillait depuis 15 ans chez Sodexho, c'était la 1ère fois qu'il se rendait dans cet immeuble, il ne savait même pas que c'était le siège de Charlie Hebdo, a raconté son épouse à RTL. Il a été la première victime, dans le hall de l'immeuble, avant que les tueurs forcent la porte de la rédaction (6). 

Ahmed Merabet

Gardien de la paix, c'est un de ceux qui ont essayé d'arrêter les assassins dans leur fuite en voiture. Blessé dans l'échange de tirs, il a été froidement achevé avant qu'ils s'évaporent dans les rues de Paris.

 

Sources:

(1) Elsa Maudet, Mustapha Ourrad, l'érudition discrète de "Charlie", Libération, 15 janvier 2015

(2) https://www.vivamagazine.fr/au-revoir-mustapha-170318 [extrait des "Mentions légales" du site internet: VIVA est un magazine de santé mutualiste indépendant. Diffusé à 460 000 exemplaires, principalement auprès d’adhérents à des mutuelles de santé, VIVA bénéficie d’une audience qui dépasse largement les frontières du mouvement mutualiste]

(3) Mustapha, un dernier mercredi chez "Charlie", Blog des correcteurs du Monde, 9 janvier 2015

(4) Blog GrandeurServitude d'Olivier Queulier, https://grandeursrvitude.wordpress.com/2016/01/09/a-la-memoire-de-mustapha-la-moindre-des-corrections/

(5) François Chrétien, Franck Brinsolaro, policier tué en protégeant Charb, Ouest France, 9 janvier 2015

(6) Nous sommes Frédéric. "Ne l'oubliez pas", L'Obs, 10 janvier 2015

Autres articles consultés en ligne:

https://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Mustapha-Ourrad-correcteur-a-Charlie-Hebdo-avait-la-France-au-caeur-2015-01-09-1264921

https://www.lejdd.fr/Societe/Faits-divers/Attentat-a-Charlie-Hebdo-Qui-sont-les-douze-victimes-711022

https://www.rtl.be/info/monde/france/jeremy-a-survecu-a-l-attentat-de-charlie-hebdo-pas-son-ami-et-collegue-on-s-est-leves-pour-aller-bosser-et-il-s-est-pris-une-balle--691486.aspx

J'ai aussi relu le numéro 1224 de Charlie Hebdo (daté du 6 janvier 2016) dont le plan ci-dessus est extrait.

Les quatre personnes auxquelles j'ai pensé aujourd'hui ont été massacrées par les mêmes tueurs que les dessinateurs ou journalistes. J’assume mon choix de dire qu’eux sont morts parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment, même si c'est le cas de tous ceux qui ont croisé la divaguation ciblée des assassins. Pour ma part, je ne m'étais jamais rendu qu'une seule fois "chez Charlie", à l'époque de la rue de Turbigo, il y a quelque 20 ans.

Ce 7 janvier-là, d'autres victimes ont été blessées par les balles des tueurs. J’ai déjà parlé de Fabrice Nicolino, je m’efforcerai d’écrire sur d’autres auteurs dans les prochains mois. Je suis conscient, par ailleurs, que la liste des cibles des "fous de Dieu", assassins téléguidés depuis je ne sais quelle montagne (prétendant que ça irait à M*h*m*t...), ne se cantonnait pas à la rédaction de Charlie Hebdo, en cette année 2015, ni depuis.

Pour finir, une petite considération personnelle. J'ai vu passer le chiffre des ventes en kiosque de Charlie Hebdo en 2018 (AFP). Il y a un peu moins de 4 ans, j'étais un moineau (ou poisson rouge...) sur 7 millions; je reste aujourd'hui un éléphant sur 30 000. C'est plus valorisant, je trouve.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 7 décembre 2018

Nous voulons des coquelicots - Fabrice Nicolino & François Veillerette

P1100458 [sur la 4e de couv': "Ceci n'est pas un livre. C'est un manifeste. (...) l'Appel des coquelicots commence."]

D'abord, quelques mots pour présenter Fabrice Nicolino, jamais encore apparu dans mes billets d'hommages aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo. Né en 1955, journaliste et essayiste, il écrit des articles sur le thème de l'écologie dans Charlie Hebdo depuis janvier 2010. Présent à la Conférence de rédaction le 7 janvier 2015, il y a été blessé de trois balles dans les jambes. Si j’ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) bien compris, c’était la seconde fois qu’il était blessé lors d’un attentat (« deux fois dans une seule vie et toujours à Paris, c’est beaucoup », disait-il au téléphone à FranceinfoTV le 16 septembre 2015). Près de trente ans plus tôt, il avait reçu les éclats d’une bombe ayant explosé au cinéma Rivoli Beaubourg, lors du Festival international du cinéma juif (le 29 mars 1985, 18 blessés au total).

Ensuite, concernant le "livre du jour": paru il y a déjà presque trois mois, Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino & François Veillerette (éd. LLL / Les liens qui libèrent, sept. 2018, 126 pages), se veut le support d'un appel citoyen à l'interdiction totale des pesticides de synthèse en France. Le livre débute sur « combien vaut une luciole ? » et s’achève sur « Non, nous ne voulons plus. A aucun prix. Nous exigeons protection. Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides [de synthèse] en France. Assez de parole, des actes ». Entre les deux, après l’introduction, les titres des chapitres sont signifiants, jugez-en : 1. Quand le DDT était un miracle. 2. Comment le crime est apparu. 3. Quand la politique ne sert plus à rien. 4. La ridicule mise en scène du Grenelle. 5. Ecophyto, une chimère de plus. 6. L’éternel retour des poisons. Conclusion : recommencer encore ?

J’avais pris deux pleines pages de notes lors de ma relecture du livre en vue du présent billet. Finalement, je me bornerai à dire qu’il expose au grand jour, tout simplement, les tenants et aboutissants (les enjeux financiers pour les fabricants de produits chimiques) de plusieurs décennies d’agriculture menée en France (comme ailleurs) à coup d’utilisation de ces produits, qu’on les appelle ou qu’ils se nomment phytosanitaires ( !), pesticides, fongicides, SDHI, insecticides organochlorés, néonicotinoïdes ou même chlordécone (sic !). Et décrypte, "en substance", la pantalonnade du "Grenelle de l'environnement" de 2007 (le machin de Sarlozy et Borloo). Lisez donc ce livre vous-même, vous pouvez vous le procurer en librairie pour à peu près le prix d'un paquet de cigarettes (autre poison, mais ce n'est pas le sujet de mon article): 8 euros.

Je n'ai pas vraiment réussi à trouver si ce livre avait été chroniqué sur l'un ou l'autre blog littéraire (sans doute ai-je mal cherché!). Par contre, je sais qu'un certain nombre de blogs ou sites d'AMAP en parlent, dont celui de l'AMAP Réunion / Père Lachaise (75011 / 75020). Rendez-vous est donné tous les premiers vendredi soir du mois (nous sommes vendredi...) devant la mairie. Le compteur du site internet Nous voulons des coquelicots totalise aujourd'hui plus de 400 000 signatures de la pétition (pour un objectif de 5 millions en deux ans). Il faut certainement y ajouter quelques milliers d'autres, arrivées sous forme "papier" et pas encore comptabilisées. Personnellement, je fais davantage confiance à ce comptage-là qu'à ceux, répercutés par la presse, concernant les "gilets jaunes".

Quand j'aurai dit que Fabrice Nicolino tient son blog titré Planète sans visa depuis 2007, je pourrai m'arrêter là pour aujourd'hui.

Mais je vais quand même, in fine, me permettre de citer trois dessins de Gros (dessinateur que j'ai évoqué ici) illustrant la rubrique de Fabrice Nicolino, nommée "Santé publique" ou "Pollution", publiée dans Charlie Hebdo dans les mois qui ont suivi l'attentat: la thématique reste assez similaire...

Gros_080415 8 avril 2015, p.5   Gros_150415 15 avril 2015, p.5   Gros_180315 18 mars 2015, p.7

Quant à François Veillerette, je possède dans ma bibliothèque un ou deux autres livres co-signés par lui. Mais à ma connaissance, il n'a aucun lien avec Charlie Hebdo.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 7 novembre 2018

Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné? - Bernard Maris

P1100336

Cela faisait longtemps que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais plus mis Oncle Bernard à l'honneur dans mes hommages aux morts de Charlie Hebdo. Avec la reprise universitaire, il est temps de proposer aux étudiants une autre voie en économie que celle des classiques libéraux.

Ce livre de Bernard Maris au titre torturé (Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné?) a été édité pour la première fois en 2010 aux éditions Les Echappés, puis réédité en 2012 chez Flammarion (coll. Champs actuel n°1058 - le volume que j'ai entre les mains).

Il n'est pas facile de présenter cet ouvrage. Sa présentation matérielle (sinon matérialiste?) m'a fait penser à celle des Pensées de Pascal: de courts paragraphes numérotés... avec parfois des envolées hugoliennes.

J'en extraierais "arbitrairement" quelques citations (de Bernard Maris, et non de Karl Marx), en vrac.

Je commence par relever l'évocation de la "parabole des égoïsmes" provenant d'Adam Smith (p.59): "Ce n'est pas de l'altruisme du boulanger que je tire mon pain, c'est de son égoïsme et de sa cupidité".

Selon Maris, "très vite, [Marx] jugea qu'il n'existe pas d'être plus abominable sur terre que l'économiste" (p.17), et "la question de savoir si Marx déteste les philosophes plus que les économistes reste ouverte; et les philosophes marxistes sont aussi méprisable que les autres" (p.18). Notre Oncle Bernard, plutôt mordant ici, règlerait-il quelque compte personnel?

p.17: "Karl Marx ne souhaitait que l'abolition de ce qui fait notre vie de tous les jours, avec ses lancinantes chansons sur la croissance, l'emploi et le reste: l'économie." p. 33: "Le capitalisme est aussi ce bref moment de l'histoire où les hommes sont productifs. Le jardinier d'une entreprise est productif, le jardinier qui travaille directement pour un consommateur, improductif. Le tailleur privé est improductif, le tailleur de la grande entreprise qui travaille douze heures et n'est payé que six est productif. L'artisan est improductif, car il ne fait que se reproduire sans passer par l'exploitation du travail. Il est proche de l'autoconsommation, de l'autarcie, sa production équivaut à sa consommation, il ne génère pas de plus-value. Aucun capitaliste ne produit pour consommer son produit". [parenthèse: décidément, à cette aune-là, je (ta d loi du cine) ne suis sûrement pas un capitaliste, si je dis vive les AMAP et les SEL...].

"Qu'est-ce que le minimum vital nécessaire au producteur? En 1836, quand Karl dédie des poèmes brûlants à Jenny von Westphalen, le minimum est un bol de soupe et une litière de paille, ce que gagne le journalier agricole qui construit les murets de pierre. En 2010, le minimum inclut une voiture et un portable, sinon le prolétaire ne peut travailler" (p.69). Comme ne le dit pas exactement Bernard Maris: "tu parles, Karl!".

Pour finir, je partage aussi une analyse critique du marxisme revu à l'aune de notre "société de consommation" contemporaine (p.65): Les ouvriers doivent consommer les objets qu'ils fabriquent. Mais que se passe-t-il s'ils n'en veulent pas? On objectera, à juste titre, que les besoins sont imposés, fabriqués par la pub, dont le miracle perpétuellement renouvelé est de faire acheter à celui qui n'en a pas les moyens ce dont il n'a pas besoin. Et en contrepoint: "A qui les capitalistes vendront-ils les marchandises produites par les robots?" (p.78).

Ce que je retiens donc de ce livre? Que Marx a brillamment analysé le passé et le présent dont il était contemporain, mais que ses prévisions, 135 ans (désormais) après sa mort, se sont révélées erronées à ce jour: il avait sous-estimé la "résilience" du capitalisme et l'adaptabilité des capitalistes.

On pourra consulter plusieurs blogs ou articles qui ont mentionné ce livre: Bibliothèque farenheit 451, un billet de Denis Clerc, Ludovic (en quelques phrases sur son blog-notes sous-titré "une opinion parmi d'autres"), ou Le prolétariat universel, un blog plus "politique" et qui a fait une critique plutôt acerbe (à mon avis), reprochant à Bernard Maris de ne rien proposer pour "dépasser" Marx (si j'ai bien compris)..

Pour ma part, en ce qui concerne Bernard Maris, il me reste encore pas mal de ses livres à lire avant de pouvoir définir le "marisme".

*** Je suis Charlie ***

Une anecdote sans rapport avec la chronique de ce mois en particulier. J'ai aperçu un jour, il y a déjà quelque temps, un "migrant" sous la ligne de métro 2 (à une des stations où se tient la vente à la sauvette de "Malboro-Malboro-Malboro"...). Il portait un T-shirt "Je suis Charlie". Ca m'a fait gamberger. Je doute qu'il l'ait acheté lui-même en janvier 2015. Sait-il seulement la signification de ce qu'il arbore? Est-il croyant ou mécréant? Et du coup, je me suis dit que c'était peut-être un T-shirt qui avait été donné à une association venant en aide aux migrants, ou encore un don dont il aurait bénéficié en direct. Mais quid du donateur? A quoi a-t-il pensé? Etait-il conscient, ou non, du symbole? Y a-t-il vu malice ou non? Pour ma part, je n'aurais pas fait don d'un tel T-shirt, mais l'aurais conservé pour moi.

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