lundi 7 septembre 2020

Une minute quarante-neuf secondes - Riss

Un peu comme cela s'était produit pour Le Lambeau, ce livre, Une minute quarante-neuf secondes (récit) par Riss, est arrivé en ma possession bien des mois avant que je m'y plonge - pour le lire d'une traite en quelques heures confinées. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) viens de le parcourir de nouveau, après l'avoir laissé reposer, pour publier le présent billet en lien avec l'actualité.

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Nous sommes bien en plein dans l'actualité: d'une part, Riss a pour ce livre obtenu il y a quelques semaines le Prix du livre politique 2020 (1ère édition de ce Prix en 1995), décerné par le jury de journalistes le 8 juillet à l'Assemblée Nationale, et accompagné du Prix coup de cœur des députés. D'autre part, le procès aux assises des attentats de janvier 2015 à «Charlie Hebdo», Montrouge et l'Hyper Casher a commencé le 2 septembre et doit durer jusqu'au 10 novembre 2020.

Pour ma part, ma première lecture avait été morbide: plus intéressé par ce qui touchait le plus directement le 7 janvier (et ses suites). Cette fois-ci, j'avais pour objectif d'en tirer le présent billet. C'est difficile. Impossible de le lire sans me dire, toutes les pages ou les deux pages, "oui", "ça sonne juste", "c'est joliment exprimé". Et après? Sauf à paraphraser ou à citer au moins 10 pour cent de cet ouvrage de mémoire, de témoignage, de "colère noire" aussi, je ne peux tout en retenir. Contentons-nous donc d'un paragraphe, dont deux des phrases suffisent à aller au fond des choses (c'est moi qui souligne la seconde de ces deux phrases importantes, p.162): "Le 7 janvier n'était pas un attentat aveugle frappant au hasard, comme au Bataclan, à Nice ou le 11 septembre 2001 à New York, des anonymes innocents, afin de créer un climat de terreur et de provoquer un rapport de force entre l'idéologie qui le commet et la démocratie qui en est la cible. Le but des terroristes du 7 janvier était de faire disparaître des idées, ceux qui les portaient et qui étaient parfois les seuls à les exprimer".

Dans son livre plus rageur qu'apaisé, Riss se dévoile un peu. Les quelques anecdotes qu'il nous livre donnent surtout de la cohérence à son cheminement et à son engagement dans le journal auquel il avait déjà, le 7 janvier, consacré près de la moitié de sa vie (chose faite en 2019: 27 années à 53 ans...). La continuation de Charlie Hebdo après l'attentat occupe une place essentielle. Le livre est dédicacé "aux innocents, vivants, morts ou fous". Il insiste bien sur l'emploi du mot "innocent" (qui s'oppose à "coupable"), préféré au terme "victime" fourre-tout et pouvant même servir à "dédouaner" abusivement des criminels durant un procès (victimes des circonstances, de leur milieu...). D'un côté, il rend hommage à ses collègues qui n'ont pas survécu, comme à ceux qui ont été blessés avec lui (vers le quart du livre prend place un chapitre tétanisant où l'heure, la minute, la seconde, suivis du constat "je suis vivant" sont égrené 107 fois.). De l'autre, Riss voue aux gémonies pas mal de monde, entre les intellectuels ayant abdiqué (qualifiés de "collaborateurs"), les membres du journal avec qui le fossé s'est creusé... Le tout sans citer de nom à ses lecteurs, avec la pensée que les intéressés, eux, se reconnaîtront bien eux-mêmes. Face à tout ce qui a pu être dit, il assène ses quatre vérités. A son retour à la rédaction quand il est sorti de l'hôpital, il a constaté les changements. Certains auraient souhaité que Charlie Hebdo s'arrête (pour se partager le gâteau?). Tout le monde n'a pas la capacité de produire de la satire. Début 2015, il venait de finir de rembourser la dette dont Charb et Riss avaient hérité en prenant la direction du journal fin 2008. Il justifie la direction que, seul maître à bord, il a impulsé pour maintenir à flot ce navire qui avait été créé collectivement par des individualités chacune très fortes.

Bref, je renonce à dérouler encore deux pages de citations, pour vous inviter directement à lire vous-même ce livre-manifeste, qui semble indiquer que Riss ne renoncera jamais à la vision de la liberté d'expression qui l'a amené à se faire tirer dessus par des fanatiques. A l'étonnement de ses soignants, il dit ne pas faire de cauchemars, mais rêver (des disparus).

Sur la Toile, lorsqu'on cherche qui a parlé de ce livre, on trouve d'abord la presse, puis des librairies, l'offre en e-book, et des médiathèques, pratiquement pas de blogueurs (mais peut-être s'agit-il d'un phénomène plus général: perte de vitesse des blogs, et méconnaissance, du coup, par les algorithmes). J'ai tout de même pu trouver les aviis de Lilou (Ma passion les livres), Joëlle (les livres de Joëlle), Emmanuelle, sur le blog des CarpenterLa blbliothèque de Claire (une lectrice à Paris), ou encore de Pepère News (blog créé en 2018 par des étudiants de l'ESJ Lille)

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Sans rapport direct avec le livre mais en lien avec l'actualité, je souhaite signaler que le n°1467 de Charlie Hebdo en date du 2 septembre 2020 met en avant un sondage IFOP / Charlie Hebdo touchant la perception, en France, des deux événements qu'ont été l'attentat qui a frappé la rédaction de Charlie Hebdo il y a 5 ans et la publication, il y a quinze ans, des fameuses caricatures de M*h*m*t. Tiré à 200 000 exemplaires, ce numéro a dû être réimprimé - mais je doute qu'il atteigne les 5 ou 7 millions d'exemplaires vendus du numéro 1178 du 14/01/2015. Bref, j'ai consulté sur le site de l'IFOP l'ensemble du sondage. Les résultats de cette enquête y sont exposés dans leur intégralité par la Fondation Jean Jaurès

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 7 août 2020

Charlie Hebdo - Calendrier perpétuel 52 semaines

Ce mois-ci, en plein milieu de l'été, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) vais vous présenter l'un de mes premiers achats en librairie après la fin du confinement, dans la série de mes Hommages mensuels à Charlie Hebdo

Je l'avais trouvé, encore sous film plastique, au Quartier Latin à Paris, dans une grande librairie, à l'étal, dehors, parmi d'autres "produits d'appel". Il s'agit d'un "objet identifié" paru il y a déjà plusieurs années aux Editions du chêne (comme pour ma chronique de juin dernier - sans compter deux autres bouquins posthumes de Tignous chroniqués antérieurement et édités par cette même Maison). Sa première édition date de 2014 (avant), mais la présente édition est estampillée d'un dépôt légal "septembre 2015" (après). Je suppose que c'est pour des raisons de coût que l'objet affiche aussi un provocant "imprimé en Chine".

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Ce bel objet se présente comme un "calendrier perpétuel". En effet, il ne mentionne pas d'année, et chacune des 52 "semaines" comporte un feuillet construit sur le même modèle mais sans mention du numéro de jour ni du mois exactement concerné par chacun. Disons donc qu'il pourrait être utilisé pour n'importe quelle année, "marquable au stylo" grâce à l'épaisseur des fiches cartonnées. Mais... MAIS! Mais ce serait, à mon sens, dommage de griffonner sur une partie de ce qui m'apparaît presque plutôt comme un "objet de collection" (je n'ai pas été complet: il s'agit d'une co-édition Le Chène / Hachette, et les contacts "partenariat et vente directe" ou "relations presse" figurant en dernière page sont des personnes de chez Hachette...).

Lorsque le calendrier est ouvert, chaque semaine apparaît surmontée du verso de la page précédente qui comprend un ou le plus souvent deux dessins, en noir et blanc ou en couleurs. 

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Les semaines "monodessins" ont été illustrées par Charb (3) et Luz (2). Plus globalement, voici mes comptages concernant les dessinateurs: Charb 40 (dont la couv'), Riss 25 (16 en N&B pour 9 en couleur), Luz 20 (dont 3 en N&B et 2 en double), Tignous 9, Cabu 4, Honoré 2 (qui les a choisis?). En voici en tout cas une petite "extraction" subjective.

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P1110801  P1110806 (anticipation du 2e trim. 2020? Hé oui, l'activité ralentit en temps confiné...)

P1110804 Pauvre personnel soignant... (ça m'a fait hurler de rire!)

Dans ce "semainier", les thèmes restent bien perpétuels (jusqu'à nouvel ordre). Vous aurez en tout cas une centaine de dessins à découvrir. Dasola (que je remercie pour les photos) m'a dit "tu as pris les mieux!". Je ne sais pas qui va vouloir écrire sur l'oeuvre d'art constitué par cet éphéméride [oui, j'enfonce tous les poncifs ouverts, comme à mon habitude] ?

*** Je suis Charlie ***

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mardi 7 juillet 2020

Son éclat seul me reste - Natacha Wolinski

J'ai découvert le sujet de mon billet-hommage du mois sur un blog durant le confinement, et j'avais décidé de me le procurer dès qu'on en serait sorti (ce que j'ai fait). Dans le cadre de mes hommages aux tués lors du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, voici donc:

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Natacha Wolinski, son éclat seul me reste, Arléa (janvier 2020, 65 pages).

Après le témoignage de la veuve de Wolinski, je vous présente aujourd'hui le petit livre touchant que la fille de Georges lui a consacré (en le dédiant à sa propre fille, Lola - qui porte le même prénom que son arrière-grand-mère paternelle?). Voici ce qui figure en 4ème de couverture: "Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, Natacha Wolinski interroge les confins brouillés de sa mémoire. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation". Pour ma part, je vais avoir du mal à en dire davantage que quelques phrases.

C'est dans un langage bien particulier que parle Natacha Wolinski. Le récit - si c'en est un - est fragmenté, elliptique, non-linéaire. On apprend que, lors de l'attentat, Natacha se trouvait à Singapour, afin de rédiger un article sur les galeries d'art locales. Elle avoue la sidération, le déni, les tentatives vouées à l'échec de poursuivre "comme si de rien n'était". En cette occasion, ce sont des questions sur des manques, exprimées en un langage presque poétique, qui remontent à la surface. De courts paragraphes d'interpellation qui s'adressent... A qui? A son père mort? A elle-même? A nous, ses lecteurs? Même si je ne les ai pas comptés, il y a bien davantage de "je" que de "tu". Evocation d'une succession de deuils "à faire", comme on dit - alors que c'est tellement difficile lorsque la communication ne "passe pas".

Au décès de sa mère, la première épouse de Georges Wolinski, Natacha avait 4 ans, et une soeur Kika (Frédérica), sans doute pas de beaucoup son ainée puisque leurs parents s'étaient mariés en 1961. En 1968, Georges a rencontré Maryse (née en 1943 et plus jeune que lui de 9 ans), l'a épousée en 1971, puis est née Elsa, fin 1973. Manifestement, la petite fille Natacha a souffert de l'absence de sa mère, puis de ce qu'un père trop occupé ne se soit pas assez consacré à elle. Absence de communication, donc. Les mots "je ne t'ai pas demandé..." sont présents dès le début du livre. Y pointe aussi le regret des non dits-qui se sont succédés. Georges ne parlait guère spontanément, semble-t-il, de son propre père, assassiné lorsque lui-même avait 9 ans. Serait-ce donc l'explication de son incapacité à "raconter sa maman" à une petite fille qui l'avait perdue à l'âge de 4 ans?

Parmi toutes celles où Natacha Wolinski s'adresse à son père, je citerai juste quelques phrases. Celles qui constatent (déplorent) l'éloignement (p.50): "De ton incapacité à nommer ce qui devait être nommé est né, les dernières années, un grand silence entre nous. C'était un silence par défaite". Et celle dont on peut espérer l'apaisement (p.57): "Je t'enlève de ton lit de mort et je te couche sur mon lit de mots".

Pour ma part, c'est donc chez Manou que j'avais découvert ce livre début mai. Quand j'ai rédigé mon billet il y a déjà quelques semaines, mes recherches ne m'ont pas permis d'en trouver d'autre mention parmi les blogs. Voici en tout cas un entretien (paru dans L'Humanité - qui le réserve à ses abonnés), où elle dit notamment: "Aujourd’hui, je reçois des messages tous les 7 janvier. Mais ce livre, c’est aussi pour raconter tous les autres jours de l’année". Voir aussi ce qu'elle en disait en février 2020.

PS1: je viens de voir (mercredi 1er juillet) que Charlie Hebdo N°1458 inaugure "Un été avec Wolinski": en dernières pages de ce numéro, ça commençait avec des dessins de ses débuts dans Hara Kiri (dans le N°7, une adaptation parodique d'Après la bataille, de Victor Hugo), des dessins très chargés à la Will Elder (je suppose que l'influence de Dubout sera évoqué dans des numéros suivants).

PS2: je viens aussi, le même jour, d'acheter le nouveau Hors Série (N°22H) de Charlie Hebdo. Je pense que je vais attendre quelques années avant d'éventuellement le chroniquer, le temps d'oublier un peu tout ça... En effet, il porte sur ... la crise du Covid-19 vue par Charlie (l'équipe actuelle). Ils n'y ont pas glissé un seul dessin des "grands anciens" décédés, alors que je suis bien certain qu'il y aurait eu moyen d'en dénicher un ou deux par raccroc, au prix de quelque anachronisme, dans leurs oeuvres déjà publiées...

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 7 juin 2020

Ecojolie - Tignous

Durant une vingtaine d'année, la Corse a accueilli un "Festival du Vent" (1). Celui-ci a engendré un projet pour la promotion de l'immobilier et de l'urbanisme durable ainsi que des énergies renouvelables, la "Maison Ecojolie".

Tout cela, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) l'ai découvert après avoir eu mon attention attirée, chez le blog de Dona Swann, sur l'ouvrage qui a repris ce nom, Ecojolie, pour rassembler 108 dessins de Tignous sélectionnés par sa veuve, Chloé Verlhac. Il est paru en 2017 aux Editions du Chêne (96 pages).

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Ces dessins ont été choisis parmi plusieurs centaines possibles (2), sur ces thèmes écologistes, environnementaux, qui témoignent aussi du regard que pouvait porter Tignous pour mettre au jour contradictions, cynisme, esprit de lucre et autres travers trop humains (3). Je me permets de citer ci-dessous moins de 10% du corpus, ceux qui m'ont le plus "parlé". Mais chaque lecteur, je suppose, peut trouver dans l'ouvrage de quoi assouvir sa curiosité. 

P1110755 Un dessin (p.73) qui fait écho à un autre que j'avais aussi retenu, mais que vous trouverez dans l'article de Corse Matin (2).

P1110756 La problématique du "bio industriel" résumée en un dessin (p.23): chapeau l'artiste!

P1110757 ...et remettons-en encore une couche (p.26)...

P1110758 Qu'est-ce qui fait le plus rire: la phrase, ou bien celui qui la pontifie? (p.37)

P1110759 Vous avez dit "climat déréglé", ou "construction déréglementée"? (p.43)

P1110760 Hé oui, ne pas confondre "matériau recyclable" et "droit à polluer acquis"... (p.46)

P1110762 Pas fini d'être confinés? (p.84)

P1110763 Sauver la planète? Ouais, ouais... (p.95 - dessin qui clôt l'album)

 Je constate en tout cas que beaucoup des dessins qui m'ont plu se retrouvent dans la "belle page", qui est censée attirer le plus l'oeil du lecteur, celle de droite (si, si...)!

J'ai encore trouvé un éclairage sur les relations de Tignous avec la Corse sur le blog de Serge Orru, fondateur du Festival du Vent, et une autre chronique d'Ecologie sur le blog La bouquinerie

Maison_Ecojolie 

(1) On peut trouver des informations sur les éditions du "Festival du Vent" de 2012 (ici) ou de 2013 (là). Faute de financements, il n'y a pas eu de 23ème édition (alors qu'elle était préparée pour octobre 2014).

(2) Un article paru dans Corse Matin dimanche 23 avril 2017 explique que Tignous était un des piliers de la "bande des dessinateurs" accueillis à Calvi, lors des dix dernières éditions du "Festival du Vent". On peut y voir deux dessins que j'avais moi-même retenu avant de le trouver en ligne (l'autre dessin étant le "panda polaire", qui fait écho au premier livre de Tignous que j'avais présenté dès le 12 janvier 2015, cinq jours après son assassinat à Charlie Hebdo).

(3) on trouve aussi dans un article du site Comixstrip.fr du 22 avril 2017 une présentation du contexte de l'album.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 20 mai 2020

Michel Piccoli (27 décembre 1925 - 12 mai 2020)

J'ai appris avec tristesse la disparition de Michel Piccoli (à 94 ans), Je l'avais bien apprécié dans un grand nombre de films, comme ceux avec Romy Schneider dont Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs de Claude Sautet, Vincent, François, Paul et les autres toujours de Claude Sautet, Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, Le Mépris de Jean-Luc Godard, La passante du Sans-Souci, Sept morts sur ordonnance et Le sucre (diffusé récemment sur Arte) de Jacques Rouffio, Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre, et un film presque muet que j'aime énormément, Dillinger est mort de Marco Ferreri. Enfin je n'oublie pas Le journal d'une femme de chambre et Belle de jour de Luis Bunuel, etc., etc.
Mais pour moi, Michel Piccoli, c'était aussi un acteur de théâtre que j'ai pu voir sept fois sur les planches, grâce à Patrice Chéreau et Luc Bondy au Théâtre des Amandiers à Nanterre et à Peter Brook au théâtre des Bouffes du Nord. Terre étrangère d'Arthur Schnitzler fut un grand moment de théâtre en 1984 mais en 1983, j'avais vu Combat de nègre et de chiens où Piccoli donnait la réplique à Philippe Léotard, Miriam Boyer et Isaac de Bankolé. Puis il a joué dans La fausse suivante de Marivaux avec Jane Birkin, ainsi que Le conte d'hiver de Shakespeare mis en scène par Luc Bondy puis Le retour au désert de Koltès avec Jacqueline Maillan (extraordinaire) mis en scène par Patrice Chéreau au Théâtre Renaud-Barrault. Je n'oublie pas La cerisaie d'Anton Tchekov mis en scène par Peter Brook en 1983 et enfin en 2006, je l'ai vu dans Le roi Lear de Shakespeare mis en scène par André Engel.

Un grand acteur vient de nous quitter. [Biographie chroniquée le 11/06/2020].

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mardi 12 mai 2020

Matching Points "pour les femmes mais pas seulement" - Présentation d'un duo (à l'occasion de leur 500e commentaire chez dasola)

Voici la sixième présentation de blogueuses ayant passé le cap des 500 commentaires rédigés sous les billets du blog de dasola. Cette fois-ci, il s'agit d'un portrait en duo, puisque "Matching Points" est le pseudonyme de deux blogueuses rédigeant en commun. En tout cas, à ce jour, elles ont été les plus rapides à franchir ce seuil: leur premier commentaire ici ne remonte qu'au 25/08/2013, soit il y a moins de 7 ans. Comme vous le lirez ci-après, leur blog est moins nettement orienté littérature ou bien cinéma que beaucoup d'autres: il s'agit plutôt d'un blog "culturel" à très large spectre! Il a fallu adapter le questionnaire...

Pour rappel, les cinq présentations précédentes concernaient (dans le désordre): Aifelle (le goût des livres) le 25 octobre 2017 (aujourd'hui à 1005 commentaires), Maggie (Mille et un classiques) le 12 août 2018 (735 désormais), Dominique (de A sauts et gambades) le 28 avril 2017 (647 commentaires à ce jour), Keisha (en lisant en voyageant) le 26 avril 2019 (540), et Ffred (le ciné de Fred) le 23 octobre 2018 (qui en est à 530).

La parole est maintenant "aux" Matching Points pour les questions que je (ta d loi du cine, statisticien chez dasola) leur ai concoctées et auxquelles elles ont répondu dès le lendemain....

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MatchingPoints_WPBonjour « Matching Points ». Tout d’abord, qui êtes-vous ?
Votre page « Qui sommes-nous » indique que « les Matching Points » sont deux. Mais cela ne transparaît guère dans votre blog, où il n’existe pas de signature individuelle. Alors… qui rédige ? Après concertation ou non ? Pourquoi ne pas avoir choisi un « blog partagé » où chacune serait clairement identifiée, plutôt que cette « fusion / anonymisation » ? Et enfin, d’où vient cette appellation « Matching Points » ?

Nous sommes deux et nous rédigeons en concertation. Nous ne souhaitions pas nous exposer nommément. « Matcher » pour nous signifie mettre en commun nos idées et les partager avec nos lectrices. Il y a aussi un clin d’œil à un de nos films préférés : « Match Point » de Woody Allen.

Pouvez-vous aussi nous livrer quelques autres éléments biographiques? Dans quelle tranche d’âge vous situez-vous toutes les deux (car un lecteur ou un spectateur de 20 ans n’ayant pas le même ressenti qu’un de 60, cette information a son importance)? Avez-vous fait des études ou exercé une profession ayant un rapport avec la littérature, le cinéma, l’art ou la culture en général?

Au-dessus de 60 ans.

Nous avons toutes les deux fait des études de Lettres et de Langues. L’une de nous était enseignante.

*  Parlons un peu de votre blog: « Matching Points, pour les femmes mais pas seulement… ». Dans quelles circonstances avez-vous souhaité le créer? Quelle plateforme utilisez-vous ?

Nous avons commencé il y a 10 ans. La belle-fille d’une de nous venait de créer son blog. Cela nous a incitées à nous exprimer pour créer une sorte de forum, d’échange d’idées, ou plus concrètement de critiques de films, voyages etc... Un peu comme un magazine féminin généraliste. Nous ne voulions pas nous cantonner à une spécialité.

Plateforme WordPress.

* Votre blog est très éclectique : on y trouve des billets sur des sujets variés.
Allons-y donc pour des questions très diverses ! Vous pouvez bien sûr répondre, soit chacune, soit ensemble.
En ce qui concerne la lecture: quel est votre but avec ce blog ? Débroussailler le champ immense des lectures possibles, faire partager vos émotions de lectures…?

Nous lisons plus que nous ne publions à ce sujet sur le blog. Nous préférons publier des critiques de cinéma.

* En moyenne et à titre indicatif, combien lisez-vous de bouquins par mois? Combien de temps consacrez-vous à la lecture chaque jour? Avez-vous un endroit favori pour lire ?

Ça dépend des circonstances. On ne peut pas donner de chiffres précis. Canapé ou lit.

*  En tant que spectatrices de cinéma, comment vous définiriez-vous ? Le cinéma tient-il un rôle important dans votre vie? Combien voyez-vous de films par mois ?

On aime le cinéma depuis toujours. Du ciné-club de la fac au cinéma plus grand public, au fil des années nos goûts sont devenus assez éclectiques là aussi. La sortie ciné est une de nos préférées, une vraie sortie accompagnée d’un détour dans un bar où un restaurant pour le débriefing ! La fréquence n’est pas régulière.

*  Comment choisissez-vous vos films? (bouche-à-oreille, article de presse, hasard…)? Avez-vous un genre favori? Un réalisateur et/ou un acteur – vraiment – préféré?

Réalisateur, acteurs, sujet... puis les articles de presse ou des blogs.

*  Et pour revenir à des chiffres, quelle est la moyenne de fréquentation de votre blog par jour? Suivez-vous les statistiques de votre blog? Avez-vous une idée du nombre de vos visiteurs?

Nous sommes restées un petit blog et nous n’avons pas répondu jusqu’à présent aux diverses offres de collaboration que nous recevons. Nous ne souhaitons pas écrire sur commande. Nous avons un petit cercle d’habituées avec qui nous échangeons.

*  Salons du livre, rencontres avec les auteurs et séances de dédicaces, avant-premières de films, rencontres avec les réalisateurs … Les recherchez-vous?

Nous habitons une petite ville mais nous nous déplaçons de temps en temps pour ce genre de manifestations que nous apprécions.

*  Concernant la culture au sens très large, sur votre blog, on trouve aussi des billets d’avis, témoignages, certitudes et incertitudes sur expositions, voyages, ou santé et bien-être, beauté, mode… : sont-ils plus, ou moins, faciles à rédiger ? Quels échanges amènent-ils avec les blogueurs ou les lecteurs de votre blog ?

Parler de choses concrètes est plus facile que rédiger des billets d’humeur ou de réflexion.

*  Une question concernant la rubrique Deutsches Echo et les articles sur la culture allemande (littérature, film, théâtre, voyages…) : qui les rédige (en VO ou en VF) ? Vous n’avez jamais pensé à rédiger parfois des articles bilingues ?

Ils sont rédigés par la partie germanique du duo. Nous avions publié des articles bilingues autrefois mais nous n’avons pas eu beaucoup de retours.

*  Avez-vous un souvenir (bon ou mauvais) marquant de votre découverte respective de la culture allemande et française (même s’il remonte à l’adolescence) ?

Nous ne comprenons pas bien le sens de la question.

*  Outre des vêtements aux ados, offrez-vous des livres ou des DVD? Si oui comment les choisissez-vous?

Des livres. Souvenirs personnels ou de bonnes critiques pour des livres actuels.

*  S’il ne fallait en retenir qu’une œuvre ou deux? Quel livre et/ou quel film vous a le plus profondément marquée, parmi tous ceux que avez pu lire ou voir? Pourquoi celui-ci/ceux-ci?

Il nous est impossible de répondre à ce genre de choix exclusif.

*  Comme d’autres «dévoreuses de bouquins» ou cinéphiles, êtes-vous vous aussi tentées par l’écriture (nouvelles, scénario…)?

Non. Nous ne nous sentons pas créatives à ce point.

*  Vous rappelez-vous comment vous aviez découvert le blog de Dasola? (réponse facultative!)

A travers le blog « Sur la route du cinéma ».

*  La question suggérée par Dominique: "êtes-vous parfois tentées d'arrêter le blog?"

En n’ayant pas de collaboration avec qui que ce soit nous nous sentons libres de publier à notre guise. Il n’y a pas de pression extérieure.

* Un dernier mot pour conclure cet échange? Quelle autre question auriez-vous voulu que l'on vous pose?

Voulez-vous être sponsorisées par un voyagiste ou par une chaîne d’hôtels de luxe ? Yesss !

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jeudi 7 mai 2020

Le désir et la putain - Elsa Cayat & Antonio Fischetti

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui mon troisième ouvrage (co-)signé par Elsa Cayat, la seule femme assassinée à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Antonio Fischetti, le co-auteur, fait partie des quelques membres de l'équipe de CH qui ont eu la chance d'être absents lors de la funeste conf' de rédac' du 7 janvier 2015: en retard, en vacances, en réunion, à l'étranger... Lui était à un enterrement en province.

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L'ayant acheté en novembre 2019, il a vraiment fallu que je sois confiné pour enfin lire Le désir et la putain, qui a pour sous-titrage explicite Les enjeux cachés de la sexualité masculine. Il s'agit d'un livre de dialogue (débat?) faisant état de la fascination exercée par les prostituées entre le journaliste Antoine Fischetti [ci-après AF] (qui "lance" et conclut les sujets) et Elsa Cayat [EC] (qui apporte son expertise professionnelle de psychanaliste). Il est paru en 2007 chez Albin Michel (258 pages), et représente sans doute un sujet intéressant pour qui apprécie la psychanalyse.

Après une double introduction (je n'irai pas jusqu'à parler de sandwich), on peut découvrir 13 chapitres dont 12 titrés sous forme d'une interrogation, le dernier rapprochant (sans point d'interrogation) "Prostitution et psychanalyse". A mon avis, il y manque le "comment" de l'ouvrage, son histoire (circonstances, décision de rédiger le livre...). Je crois avoir déniché (sauf erreur de ma part) une série de vidéo où Elsa Cayat intervenait à la demande d'Antonio Fischetti, sans doute avant la rédaction de leur livre et plusieurs années avant de devenir chroniqueuse à Charlie. Je lirai peut-être, un jour, quand librairies et bibliothèques seront à nouveau accessibles, d'Antonio Fischetti, L'angoisse du morpion avant le coït: 36 questions que vous ne vous êtes jamais posées sur le sexe (Albin Michel, 2002)!

Pour le moment, ne sachant donc pas par quel bout aborder cet ouvrage-ci, je me suis dit qu'il me fallait gloser (une fois de plus). Je revendique donc la subjectivité de ma lecture. J'analyse ci-après ce que ce livre m'a inspiré. D'autres lecteurs pourront y lire d'autres choses. En ce qui me concerne, Dasola m'a presque taxé de masochisme en m'entendant soupirer et grogner à la lecture de ce livre. Dans les premiers chapitres, afin de les éclairer, sont rapprochés mais opposés les termes de pornographie (le voyeurisme), prostitution (l'offre), érotisme (le fantasme). J'ai été beaucoup plus intéressé par les paragraphes venant d'Antonio Fischetti (approche davantage sociologique) que par ceux d'Elsa Cayat (plus "conceptuels"). AF provoque EC sur des notions psychanalytiques (dont il semble avoir quelques teintures?). Par exemple, dans le chapitre "L'argent est-il aphrodisiaque?", p.117 (AF): "Le noeud de la prostitution est moins l'acte sexuel que l'échange monétaire" puis (p.118): "dans une transaction financière, lequel a le plus de pouvoir: celui qui paye ou celui qui est payé?". A quoi répond EC (p.120): "Le fait de dépenser au lieu de penser ne fait qu'augmenter le désir en occultant la question de ses désirs inconscients". A maints endroits du livre, EC creuse son sillon sur le refoulement des mots. Et c'est vrai que j'y ai parfois trouvé réponse à des objections que je faisais lors de mes lectures précédentes de ses livres.

Ainsi, dans le chapitre "Les mots sont-ils des objets sexuel?", EC explicite (note p.137) comment elle a prolongé Lacan (qui lui-même avait prolongé Freud) en cherchant à "découvrir le panneau fantasmatique que les mots refoulés représentent pour le sujet et pour lequel il rate ou s'abolit à l'occasion". AF remarquant (p.140) que "[les mots] ne sont pas forcément compris de la même façon par les différents interlocuteurs" puis objectant p.147 (comme je l'ai fait dans tel article précédent) que "le même mot ne renvoie pas aux mêmes jeux de mots" dans différentes langues, EC répond p.145 en parlant de "mots refoulés" puis p.147: "Quant à votre question sur les langues, il faut savoir qu'il y a diverses modalités d'investissement du réel qui tiennent à la différence des équivoques (des sens multiples des mots) existant dans chaque langue. Néanmoins, l'inconscient suit globalement le même trajet quelle que soit la langue car, à travers ce qui se joue avec l'autre et le corps, c'est de soi qu'il est question".

Si donc j'employais le mot dé-lire par rapport aux livres que signait Elsa Cayat, qu'est-ce que cela révèlerait des moi (d'émoi) me composant? Je crois en tout cas avoir compris que la question sur le fait que la psychanalyse soit une science, ou non, remonte à l'époque de Freud lui-même. Si science il peut y avoir, il s'agit certainement en tout cas d'une science humaine (subjective) et non d'une science "exacte", à mon humble avis! Je ne peux m'empêcher de songer aussi à ce que disait Bernard Maris sur la pseudo-"science économique", ou plutôt sur la tromperie que représente le fait de la croire opératoire et non "purement" théorique.

Je vais malgré tout poursuivre dans la voie de quelques citations (que j'espère alléchantes). De AF p. 228, dans le chapitre "Prostitution et psychanalyse": "Peut-on dire qu'au plan sexuel, une prostituée est à une "femme normale" ce que, sur le terrain du langage, un entretien avec un psy est à la conversation avec un copain? On paye le psy pour lui parler de ses problèmes affectifs sans recevoir de jugement moral en retour. J'ai payé, on a parlé, on se quitte et on est quittes. Avec la prostituée, c'est la même chose: j'ai payé, j'ai éjaculé, on se quitte et on est quitte. Le psy comme la prostituée reçoivent de l'argent pour s'intéresser à nos manques, à la différence que le premier officie dans le domaine des mots et la seconde dans celui du sexe". Puis, de la longue réponse d'EC recadrant le débat ["Le parallèle est provocateur! (...)"], j'ai surtout retenu que, comme partout, elle dit "le psychanalyste" quand AF reste plus vague avec "le psy".

Quand EC analyse sur des pages et des pages (p.243 sqq.) la phrase de Lacan "L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas", elle me perd (ou je m'y perds tout seul?). p. 221, quand elle s'auto-cite sur plusieurs pages à propos de Lacan qui met en évidence que si la pulsion sexuelle résiste à la pleine satisfaction, c'est qu'il n'y a pas de rapport sexuel, il s'agit là de philosophie de trop haute volée pour moi. J'ai l'impression que beaucoup de points du "débat" sont analysés, mais pas véritablement résolus au final (en tout cas pas pour mon agrément).

En vrac et hors contexte, encore quelques phrases que j'ai trouvées remarquables (davantage d'AF que d'EC). p.59, AF: "pourquoi est-il plus gratifiant d'être doté d'un grand pénis que d'un formidable odorat ou d'une oreille musicale?" [assertion contestable!]. p.31, EC: "le client croit vouloir du sexe pur, or de façon plus profonde cette boulimie sexuelle est faite pour ne pas penser, le sexe vient à la place de la pensée". Une remarque d'AF ( p.71): "il n'existe pas de mot non vulgaire pour désigner l'acte sexuel effectué sans amour (excepté peut-être le mot "coucher" [et s'ensuivent une liste de verbes...]) m'amène à me demander pourquoi ne pas avoir parlé précisément de verbes [d'action] plutôt que de mots? p.97, à propos d'un soir de concert où, les WC féminins étant bondés, les filles avaient colonisé ceux des hommes, après avoir avoué qu'il avait été perturbé par cette présence, AF relève: "en somme, si les toilettes des hommes et des femmes sont séparées, ce n'est pas, comme on pourrait le penser, pour prévenir des pratiques réprouvées par la morale - en tout cas pas uniquement -, mais pour éviter cette gêne due au savoir inopportun de l'autre sexe". p.101, une illustration par EC du cas d'un homme disant que, dans son rapport aux femmes, leur violence verbale l'excite (en reproduisant le rapport que sa mère avait avec lui enfant): "dans ce "m'excite", il surprend soudainement le sens du fantasme inconscient qui sous-tendait cette excitation: je suis un "mec si je t'ai"". Dans le chapitre "La mère est-elle une prostituée qui s'ignore?", AF (p.209), à propos de l'insulte fils de pute: "A priori, deux raisons peuvent expliquer le refus d'assimiler la mère à la prostituée: soit elles s'opposent vraiment et il est injuste de les assimiler; soit elles ont des points communs et il est insupportable de l'entendre rappeler".

Bref, vous l'aurez compris, ce bouquin est loin de se lire comme un polar. Avec ce genre de livre, mes yeux lisent des mots qui ne s'impriment pas dans mon cerveau. Je me suis astreint à le lire de la première à la dernière page. Il a fallu que j'attende quatre pages avant la fin du livre pour trouver une "analyse" d'Elsa Cayat qui entre en résonance avec ma propre grille de lecture. Je cite: "Je concluerais en empruntant un chemin de traverse à propos de la logique qui organise en sous-main notre société occidentale; lorsqu'on tourne son regard vers la politique, il ne peut échapper à personne que, hormis quelques noyaux résistants, elle est présidée aujourd'hui par ce qu'on appelle la "com". Ce mot n'est que le masque caricatural d'une nouvelle forme de publicité qui n'a rien à voir avec la communication, une publicité qui non seulement vend des marques mais des hommes devenus produits de marketing, l'important tout à fait avoué, à présent, n'étant pas d'avoir des idées mais de trouver des astuces, des trucs, des stratégies pour séduire, pour avoir l'autre par n'importe quel moyen. Le but visé est clairement l'effet retour en terme de pouvoir. Ce renoncement au sens, au questionnement, transmué en volonté d'avoir, quitte à se nier et à nier l'autre, à se réduire à un produit et à réduire l'autre, n'est pas le simple fait des dirigeants. (...) Ce fait est tellement ancré que le capitalisme s'est normalisé au point qu'on peut croire que l'économie régit les relations humaines afin de faire écran à l'énorme complexité des enjeux qui les spécifient." Et Antonio Fischetti de renchérir: "Nous avons commencé par la prostitution et nous finissons par le capitalisme. Ce n'est pas anodin (...)".

Et pour finir en terme de mots refoulés, qu'aurait bien pu décrypter Elsa Cayat de la décision prise il y a quelques semaines par les hommes politiques qui nous dirigent, un "confinement jusqu'à nouvel ordre"?

*** Je suis Charlie ***

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mardi 7 avril 2020

Aux armes, paysans! - Charlie Hebdo Hors série N°21H (février-avril 2020)

En cette période confinée, certaines choses reprennent davantage d'importance. Par exemple: la nourriture. Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rédige, pour ce mois d'avril 2020 et pour la seconde fois consécutive, mon "hommage" mensuel à Charlie Hebdo autour d'un "Hors-série" de l'hebdomadaire. Mais cette fois-ci, on peut encore trouver ce supplément en kiosque - pour autant que l'on ait déniché un kiosque ouvert.

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Aux armes, paysans!, Hors série N°21H, février-mars-avril 2020, 64 pages

Ces périodiques semblent maintenant paraître tous les trois mois, mais je me demande quel délai s'écoule entre leur mise en chantier et leur publication. Celui-ci, s'il a certainement mobilisé la plus grande partie de l'équipe actuelle (il n'est que de regarder les noms des rédacteurs-trices ou dessinateurs-trices), porte fortement l'empreinte, pour les textes, de Fabrice Nicolino (5 articles à lui seul) et, pour les dessins, de Juin (qui apparaît, si j'ai bien compté, dans 13 des pages intérieures). Je me demande avec quelle ironie interpréter la statue porcesque: celle de la monture rigolarde, plutôt que celle du croquant anonyme brandissant son sceptre, je suppose.

Au début et à la fin de la publication, figurent à titre d'illustration deux belles galeries (ou des tunnels?) de vieilles "réclames" qui montrent l'évolution, sur des décennies, de ce que leur presse professionnelle proposait aux paysans (entre, au moins, les années 1870 et 1930, et extraites, notamment mais non exclusivement, de Jardins & Basses-cours [1908-1936]). On y trouve vantées la mécanisation (des tracteurs en veux-tu en-voilà, à différentes époques), l'amélioration de la productivité (nitrate de soude du Chili; "complément radio-actif de tous les engrais" (!); "fumier de l'homme" recueilli dans les camps (??) des environs), la "farine de viande" pour porcs, volailles, veaux et chiens... Je regrette un peu que ne figure pas dans le Hors-série un article spécifique de "mise en perspective" de ces mêmes publicités (publiées en couleur papier journal jauni), mais je ne sais pas si j'aurais été capable de le rédiger.

Par contre, entre autres thèmes dignes d'intérêt, un article décrypte la spéculation financière sur la production agricole: désormais, les "produits dérivés" ne s'intéressent plus aux plantes ou aux bêtes elles-mêmes, mais à la fluctuation (à la hausse ou à la baisse) de leur prix, les échanges sur les marchés financiers étant en outre 20 ou 30 fois plus élevés que les échanges physiques. J'ai bien apprécié la citation de Coluche qu'il contient, rappelant que celui-ci disait: "Je partage en deux: les riches auront de la nourriture, les pauvres de l'appétit" (p.35).

P1110655 Extrait décalé d'une double page signée Biche (p.10)

Fidèle aux notions défendues de longue date par Fabrice Nicolino, le Hors-série oppose au modèle de l'agriculture productiviste soutenu par la FNSEA celui prôné par la Confédération paysanne. Il expose les bienfaits de l'agro-écologie et plus généralement celui d'une agriculture à taille humaine (sinon à hauteur d'homme). Il rappelle incidemment que, alors même qu'en France des projets d'"usine des 1000 vaches" soulèvent des tollés, aux Etats-Unis, en Chine ou dans d'autres pays immenses, ce sont jusqu'à une centaine de milliers d'animaux auxquels des semi-remorques entiers amènent quotidiennement de l'alimentation "industrielle". La course au gigantisme et aux "économies d'échelle" ne permettra donc jamais à la France d'être compétitive sur le marché mondialisé si l'on se place dans la seule perspective financière. Il faudrait vraiment changer de paradigme pour que redevienne majoritaire une agriculture axée sur la souveraineté alimentaire, l'autonomie alimentaire locale, et permettant aux paysans de vivre dignement de la vente de ce qu'ils produisent, plutôt que de subventions qui leur ôtent toutes libertés de choix en les mettant aux ordres de l'industrie agro-alimentaire et de sa technocratie.

P1110656 Un dessin particulièrement signifiant sur la normalisation et la déshumanisation du paysan... Occasion, aussi, de rappeler que des militants pour une "autre" agriculture peuvent avoir des intérêts variés, entre les vegans qui s'opposent à tout abattage animal, ou ceux qui prônent un retour à des conditions permettant de vivre d'une ferme "à taille humaine" où des animaux sont, certes, élevés pour être au final consommés, mais du moins, point trop maltraités durant leur existence...

P1110657

Ce numéro ne présuppose pas que l'on soit a priori un spécialiste des problématiques agricoles, il les explique bien (je trouve), comme, par exemple, le déséquilibre - au bénéfice de quelle agriculture? - des différents "piliers" de la PAC, ou le "gaspillage" des ressources naturelles (sol vivant et fertile, eau potable...) pour un profit exclusivement financier et à court terme.

Rappelons encore que l'engagement de Charlie contre les logiques de l'agriculture industrielle (ou de l'industrie agro-alimentaire) ne date pas d'hier. Ce Hors-série republie quatre pages dessinées par Cabu, initialement parues dans le N°303 de la première série de Charlie Hebdo, le 2 décembre 1976.

P1110658 © V. CABUT, bien sûr.   

Je vous recommande également (je n'en ai pas fait figurer d'extrait dans le présent billet) les 6 planches de "Reportage 100% bio chez Mimile" (éleveur de moutons et de porcs bio) signées Coco. Pour une fois, Foolz m'a fait rigoler ("ça va, Jean-Pierre?"), même si je n'ai pas repris non plus la vignette concernée, p.62, parmi "Les couvertures auxquelles vous avez échappé". De cette même page, j'extrais le dessin ci-dessous, avec le mot de la fin ambigu à souhait (encore temps de quoi?).

P1110659  Qu'est-ce qu'il regarde, exactement, à votre avis, notre actuel Président? Que je sache, il ne porte pas les paysans au pinacle (cf. la 4e de couv', plutôt!), malheureusement.

Je cite enfin la conclusion de l'édito signé Riss: "Pour les citoyens agriculteurs et les citoyens consommateurs, il est urgent de repenser de fond en comble notre manière de nous nourir les uns les autres." Il s'agit effectivement de sujets qui méritaient bien quelques coup de poings dans la gueule et sur les yeux. 

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J'arrête ici mon analyse, il y aurait encore bien des richesses à extraire de ce "soixante-quatre pages". J'espère que j'ai pu par mes quelques citations, extraits ou gloses vous donner envie de l'acquérir (7 euros). Sauf erreur de ma part, il n'est cependant pas disponible aujourd'hui sur la boutique en ligne ni en version digitale (laquelle ne concerne que l'hebdomadaire, à ce jour).

*** Je suis Charlie ***

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samedi 7 mars 2020

Caricature mode d'emploi - Charlie Hebdo Hors série N°20H (novembre/décembre 2019 - janvier 2020)

Il m'est déjà arrivé, dans mes hommages mensuels à Charlie Hebdo, de parler d'un de leurs "Hors-série". Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réitère aujourd'hui en présentant l'avant-dernier paru, en novembre 2019, sur les caricatures.

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Caricature mode d'emploi, Hors série N°20H, novembre 2019 à janvier 2020, 64 pages

Ce Hors-série thématique fait bien sûr la part belle à la production de l'équipe: j'ai compté au fil des pages 25 couv' de Charlie Hebdo, de différentes époques. Il est divisé en 17 chapitres intéressants par la variété de leurs angles (pour citer en exemples certains de leurs titres: "Censure sans frontières [trop politiquement correct, trop politiquement nul]", "Purgatoire [caricaturer les religions]", "Peut-on rire de trous [caricaturer... le sexe]" - qui m'a fait pouffer!, "Rire pour toujours [caricaturer... la mort]"), sans compter l'édito que signe Riss. Dans le chapitre "Dépucelage: mon premier dessin satirique", les actuels collaborateurs de Charlie (dessinateurs ou non, 14 témoignages) évoquent chacun un dessin satirique qui les a marqués enfants et qui est peut-être à l'origine de leur vocation. J'ai particulièrement savouré celui mis en avant par Gérard Biard (p.9), ci-dessous.

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Le numéro plonge assez loin dans l'histoire de la caricature (alors moyen anonyme d'attaquer les puissants: Marie-Antoinette par exemple, victime de pamphlets érotico-obscènes). L'incontournable Daumier est cité, avec un dessin moins connu que celui de Louis-Philippe en poire. On y trouve aussi la célèbre dernière couv' de L'Hebdo Hara-Kiri (sans dessin, mais non sans graphisme!). 

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En ce qui me concerne, la lecture de ce numéro m'a fourni l'occasion d'en apprendre davantage sur L'Assiette au beurre, abondamment cité (via 8 dessins d'époque) dans ce Hors-série, alors que je ne ne connaissais guère que de nom ce titre de presse du début du XXe siècle, et de me renseigner notamment sur le dessinateur Jossot (3 dessins sur les 8, de 5 dessinateurs différents). Je vais donc faire un peu mon cuistre: L'assiette au beurre, comme Charlie Hebdo, a connu deux séries successives, l'une, hebdomadaire, de 1901 à 1912 (tirant à 25 000 exemplaires en moyenne), puis, à périodicité mensuelle, une seconde de 1921 à 1936 (disparition définitive). Au total, il aura publié près de 10 000 dessins produits par environ 200 dessinateurs. Je me demande pourquoi ceux cités sont tous datés d'entre 1901 et 1904. Peut-être parce que ces dessins-ci de ces années-là étaient disponibles au moment de la rédaction du Hors-série...

Quant à Jossot, je vais rapprocher de celui publié par Charlie un autre de ses dessins (celui en noir et blanc), en guise de rime d'image: selon le site Goutte à goutte de Henri Viltar sur Jossot d'où je l'ai extraite, "Cette image au cynisme savoureux, à la fois antimilitariste et anticléricale, est parue en avril 1903, dans l'Action quotidienne, anticléricale, républicaine et socialiste, organe de la libre-pensée militante."

P1110637    Jossot_action_baptise  

Mais je ne crois pas avoir lu dans Charlie la précision que le dessinateur Jossot avait été renvoyé en 1904 de L'Assiette au beurre parce que certains des numéros qu'il avait conçus avaient été "mal reçus", avant d'y revenir plus tard, pour un total de 300 dessins publiés entre 1901 et 1907 (selon Wikipedia, consulté le 1er mars 2020). Au final, L'Assiette au beurre était sans doute un titre dont les propriétaires étaient davantage mus par le souci de publier un périodique ayant une bonne rentabilité financière que de publier un journal d'idées.

J'ai encore trouvé intéressant le chapitre intitulé "Caricature et démocratie, un vieux couple agité qui ne s'est jamais résolu à divorcer", de par sa conception. Charlie a "demandé à plusieurs responsables politiques de nous faire part de leur point de vue sur la caricature en démocratie, à travers parfois l'expérience qu'ils purent en faire eux-mêmes". Parmi les dix témoignages d'hommes ou de femmes politiques qui expriment leur position personnelle sur le dessin de presse, je relève celle de Nicolas Sarkozy (par ailleurs dessiné ou évoqué en tout quatre fois dans des dessins du Hors-série). Dans le contexte de la préparation des élections présidentiellles de 2007, il avait rédigé le 6 février 2007 un courrier de 15 lignes lu par l'avocat de Charlie lors du procès sur les caricatures publiées en 2006, et était déjà intervenu à ce sujet sur LCI le 2 février 2006. Dans sa réponse en 2019, il brode autour de ses formules successives: "je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure" (2006) / "je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature" (2007), pour finir par: "Tirer sur le caricaturiste c'est en réalité tourner une arme contre soi car le rire est au coeur même de la condition humaine" (et hop, dans la poche, Rabelais et Malraux!).

Dans l'avant-dernier chapitre, une double page signée Riss présente une association via laquelle une ancienne journaliste de Charlie Hebdo mène des actions d'éducation au dessin de presse et à la caricature, dans différents milieux parfois hermétiques: établissements scolaires (de la primaire à l'université), bien sûr, mais aussi centres sociaux et prisons. L'association Dessinez Créez Liberté a été cofondéée en 2015 par Charlie Hebdo et SOS Racisme, pour débattre du fanatisme, de la liberté d'expression et de tous les sujets de société contemporains. Je pense, j'espère, que le chapeau de l'article peut servir de conclusion à chacune de ses interventions: "On se sent moins con lorsqu'on comprend une caricature!". 

P1110642 Il faut être capable de comprendre au moins le "second degré": par exemple, ici, un singe en caricature un autre, et cela donne... Trump (comique de répétition: peut-on rire de Trump?). Ensuite, on attend de pied ferme la plainte de la SPA.

P1110636  ... ou de comprendre le signifiant du "pigeon" (ensuite, on attend les attaques en piqué de la LPO).

Je vais enfin revenir sur quelques-uns des chiffres que j'ai relevés: ceux des dessins des dessinateurs décédés. Honoré, un seul. Wolinski, une couv'. Charb, 3 couv' et 6 autres dessins. Cabu, 6 couv et 5 autres dessins (tous étant © V. CABUT bien sûr). Si l'on en trouve aussi de Reiser ou de Gébé, il n'y en a aucun de Tignous: cela m'a frappé?

On peut toujours, bien sûr, se procurer ce Hors-série sur la boutique en ligne de Charlie Hebdo (ou une vingtaine de titres - certains déjà bien anciens - sont proposés à l'achat). Peut-être reviendrai-je un jour sur l'un ou l'autre parmi les six Hors-série qui figurent en p.4: Profs; Spécial jeux; C'était Calais; Cavanna raconte Cavanna; La laïcité, c'est par où? Enfin, je précise que l'hebdomadaire mettait en couverture le Hors-série, lorsqu'il était disponible en kiosque. Ainsi, la couv' du numéro ci-dessous. Si, si, regardez bien: propulsez votre regard en haut, à droite...

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*** Je suis Charlie ***

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lundi 10 février 2020

Hommages : Kirk Douglas et Robert Conrad

Vous me direz que j'exagère de rendre hommage dans le même billet à Kirk Douglas (1916-2020) et Robert Conrad (1935-2020). Ils n'avaient pas le même talent mais ils sont décédés à trois jours d'intervalle. Le premier était un grand producteur et acteur de cinéma, le deuxième est devenu célèbre avec son rôle de James West dans la série TV des années 60 Les Mystères de l'Ouest, puis plus tard dans le rôle de Pappy Boyington dans Les têtes brûlées dans les années 70. Dans ma jeunesse, j'avais un faible pour Robert Conrad. Dès que j'entendais le générique célébrissime des Mystères de l'ouest à la télé, j'étais devant le petit écran et rien ne pouvait m'en détourner.

Kirk Douglas était le dernier acteur de l'âge d'or d'Hollywood. Ce fils d'un chiffonnier biélorusse laisse une filmographie impressionnante comme Spartacus et Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, L'arrangement d'Elia Kazan, des westerns comme Règlement de compte à Ok Corral, Le reptile, Seuls sont les indomptés, La captive aux yeux clairs, etc, des films de Vincente Minelli comme La vie passionnée de Vincent Van Gogh ou Quinze jours ailleurs. Je ne peux pas tous les citer, il en a tourné presque 100 entre 1950 et 2004. Je rappelle que mon ami Ta d loi du cine a chroniqué le livre de Kirk Douglas paru en 2013 à propos du tournage de Spartacus.

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