mardi 7 septembre 2021

Une vie compliquée / La vie compliquée de Georges le tueur! - Wolinski

Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) consacre mon hommage mensuel à Wolinski, avec deux de ses albums aux titres qui se ressemblent. Pour la petite histoire, je ne connaissais pas Une vie compliquée et suis tombé dessus récemment dans une solderie, tandis que j'avais l'autre album dans ma BDthèque depuis plusieurs décennies. Je commence par le plus récent (et sans doute le plus méconnu?).

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 Une vie compliquée, Albin Michel / SEFAM, mai 2005 (après une première édition en 2004?)

L'hstoire semble bien avoir été publiée dans L'Echo des Savanes, ce que les mentions "Albin Michel / SEFAM" me laissaient supposer. Ce magazine semble avoir eu lui-même une histoire compliquée... Est-ce que la fin abrupte serait en rapport avec la suspension de L'Echo des Savanes fin 2005, avant la reprise du mensuel en 2008 par Glénat?

Lors de sa sortie en album, Une vie compliquée avait été présenté (selon ce que j'ai pu lire ces jours-ci sur le web) comme la première "véritable" bande dessinée de Georges Wolinski. Le contenu consiste en une aventure "unique" qui court sur 48 pages, sans que le thème en soit trop introspectif (?). Comme on peut le lire partout (et notamment en 4e de couv'), le "Jules" héros de l'album est présenté comme un play-boy bien garni en femmes comme en comptes bancaires.

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Dans l'album de la SEFAM, notre Jules apparaît plutôt comme un membre de la classe moyenne supérieure, un Français normal, avec une double vie, quelques maîtresses par-ci-par-là, et aucune inquiétude à avoir pour ses fins de mois. A noter encore que, dès la première page, on aperçoit des oiseaux qui... P1120442  P1120443 Mais non, j'en parlerai le mois prochain. Disons que le héros se prélasse en hamac dans une île. Dès la page 3, sa légitime l'appelle (au téléphone). Retour prévu à Paris, en passant par Stockholm... Trajet comme retour sont torrides. Et générateurs de quiproquos. Et Jules se retrouve dans de mauvais draps. Notre infortuné héros est pris pour ce qu'il n'est pas, un tueur. Ce n'est pas lui, c'est l'autre, monsieur "X"! Ah, en passant, ne prêtez jamais votre PC à votre chérie, quel que soit le prétexte invoqué! Elle va le pister dans son paradis puis à Stockholm. Les mafieux comme la police sont aussi sur ses traces. Son seul soutien: "X", dont on découvre qu'il a embarqué Jules dans son repaire. Devenu méconnaissable, il s'ennuie. Mais ses poursuivant(e)s rappliquent... Bref, vous l'aurez compris, ça fourmille de péripéties. Les 48 pages ne sont absolument pas numérotées. Par moment, un court récitatif suffit à faire avancer l'action. En dernière page, cet album commencé par des oiseaux s'achève en queue de poisson (à suivre / suite attendue?).

Quelques images du refuge en montagne. P1120444  P1120445 "X" est un vrai professionnel.  

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*     *

Je passe maintenant à l'autre ouvrage que je possédais de longue date [septembre 1998!], au titre un peu similaire: La vie compliquée de Georges le tueur! (éditions du Square, 1970 - 36 ans avant avant l'autre!). Ce second album (le premier chronologiquement) consiste, lui, en un regroupement de plusieurs épisodes plus ou moins philosophiques. Je dirais presque qu'il s'agit d'un album "à sketches". 

P1120441 Editions du Square, dépôt légal 4e trim. 1970

Le premier a pour titre "Le matraqueur". La première "victime" de celui-ci ne lui rapporte, comme butin, que deux sachets de graines... spéciales. Ces femmes empotées qui poussent doucement sont, je suppose, à ne pas prendre au pied de la lettre (ce serait bien trop méchant). Cette bande dessinée de 1970 nous montre une première "belle plante" dont le héros doit se séparer prématurément, tandis que la seconde s'attache longuement...  Faut-il voir dans cette historiette de 9 pages des (sex-symbol), entre celles qui dépérissent vite d'avoir été cueillies trop vite, et celles qu'il faut tenir à distance si on les a laissées nous envahir? Après quelques planches d'interlude, place à "La vie sentimentale de Georges le tueur", qui court en vain derrière le succès (10 pages d'histoire, + 2 planches-interlude).

Voici la planche d'ouverture du troisième épisode: le tueur réfugié dans le chalet, la grosse voiture qui vient le chercher... P1120561 ...Est-ce que ça nous rappelerait quelque chose? Il y est question d'un petit pays dangereux, s'il exporte une terrible invention: non, pas une religion, juste la découverte du professeur Cavanna, qui peut rendre l'humanité immortelle... 

Quatrième épisode: "C'est bien fait pour eux!". Georges (le tueur) revient, et il est plus méchant: dictateur, c'est à lui qu'il revient d'exterminer cette humanité qui le lasse. Encore deux pages d'interlude, et une conclusion ("Sex-shop") en dix pages encore: Georges est tout seul sur terre... ou presque.

Mais que je sache, à part sur le papier, Wolinski n'avait jamais agressé qui que ce soit!

*** 

Je profite de ce billet pour signaler l'appel co-signé par Maryse Wolinski et six dessinateurs de presse, dont Coco, Riss et Juin, pour réclamer la création, à Paris, d'une Maison du dessin de presse et du dessin satirique. Cette création avait été annoncée à grand son de trompe le 7 janvier 2020, à l'occasion du cinquième anniversaire de l'attentat contre Charlie, par le Ministre de la Culture, qui était à l'époque Frank Riester. Aujourd'hui, si j'ai bien compris, pour boucler le plan de financement, il ne manque plus que l'engagement financier de l'Etat... Peut-être n'est-ce plus assez "attractif"?
Appel publié dans le Journal du Dimanche du 05/09/2021, p.37.

*** Je suis Charlie ***

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samedi 7 août 2021

Les grands espaces - Catherine Meurisse

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) viens de découvrir une bande dessinée parue en 2018. C'est un cadeau d'anniversaire qui m'y a amené. Ayant à offrir, pour la deuxième fois (à une deuxième personne), le roman graphique L'oasis (de Simon Hureau, 2020, Dargaud, mais qui n'est pas le sujet du présent billet), j'y ai rajouté cet album-ci, dont j'avais repéré l'argument il y a quelque temps déjà. Son auteur a longtemps été la seule femme membre de l'équipe permanente des dessinateurs de Charlie Hebdo (où elle signait ses dessins de presse "Catherine"). Elle a quitté Charlie peu après le massacre de janvier 2015.

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Les grands espaces, Catherine Meurisse, Dargaud, 2018, 90 pages (mise en couleur Isabelle Merlet - bravo!).

Cet album revisite avec poésie l'enfance de Catherine et de sa (grande) soeur dans les années 1980, à la campagne où ses parents, néo-ruraux avant l'heure, avaient acheté une ferme en ruine pour y faire vivre la famille. Une maman à la main verte et un papa bricoleur, rien de tel pour vous donner une éducation écologique! Nous assistons au fil des pages à la "construction" de Catherine (et de sa grande soeur), entre Pierre Loti, Proust, Versailles, quelques peintres... Tout un passé revisité a posteriori par l'adulte qu'elle est devenue.

Je me permets de citer quelques-unes des magnifiques planches: pas forcément les plus esthétiques, pas forcément les plus belles, mais celles qui résonnent et font sens, pour moi.

P1120452  p.2. L'idéal des parents?

 P1120454 p.38-39 ... et autant pour La faute de l'abbé Mouret de Zola (un peu trop imaginatif...).

 P1120453 p.30. Ah, "le" paysan (qui a dû s'adapter pour survivre)...

 P1120455 p.56-57. Cette double page illustre comme un léger décalage entre la famille et l'éducation de Catherine, et l'univers rural du Poitou s'ouvrant à la modernité (le Futuroscope a été inauguré en mai 1987). Mais, je vous rassure, une ex-Présidente de la région Poitou-Charente en prend aussi pour son grade dans d'autres pages... avec quelque anachronisme puisqu'elle ne l'a été qu'au XXIe s. (avant de devenir ambassadrice des pingouins - un jour, je reparlerai d'oiseaux)!

 P1120456 p.86. La planche qui, dans l'album, suit celle-ci explique que les parents ont tous deux perdu les "maisons d'enfance" où ils avaient grandi...

Catherine évoque dans l'album ses débuts de future dessinatrice professionnelle (un premier projet pour le Festival du Cabicou?), mais n'y parle pas de Charlie Hebdo. Elle l'avait déjà fait dans La légèreté, que j'avais chroniqué ici.

Au final, ces Grands espaces constituent une oeuvre magnifique et touchante. La longue liste des remerciements finit par une "Pensée pour Charb, qui attendait cet album". 

DesHistoiresetdesBullesMême si l'ouvrage ne figurait pas, avant que je l'y inscrive, sur le challenge ci-contre, nombre de blog ont chroniqué cet album bien avant moi, entre autres Violette, Hélène, Sabeli du blog Le carré jaune, le blog Enseigner dehors en ville, Lisou du blog Les pipelettes en parlent, StemilouElsy et CaramelMes échappées livresques, Le dragon galactique... sans oublier Aifelle.

Liste non exhaustive - je vous invite à en chercher encore d'autres et/ou à lire l'album bien entendu!

Terminons en signalant que Catherine a été la première auteur de BD élu(e) à l'académie des Beaux-arts (section peinture), en janvier 2020.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 7 juillet 2021

Trois essais co-signés par Philippe Labarde et Bernard Maris

C'est de nouveau à Bernard Maris, assassiné chez Charlie Hebdo, que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) voudrais rendre hommage ce mois-ci, neuf mois après le précédent billet que je lui avais consacré. Je vais tâcher de présenter les trois ouvrages qu'il avait co-signés, il y a une vingtaine d'années, avec Philippe Labarde.

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Cette fois-ci, ce n'est pas un, pas deux, mais trois livres parus aux éditions Albin Michel que je vais survoler (après celui co-signé Cayat / Fischetti). Pour en raconter l'histoire: j'ai trouvé deux de ces ouvrages dans une armoire de "livres à prendre" dans le hall en bas de chez la coordinatrice de l'AMAP dont je fais partie. Après les avoir lus, j'ai cherché à me procurer le troisième.

Commandé chez mon libraire de quartier, l'exemplaire que j'ai reçu m'a interpellé car il affichait un prix de 23 euros (bizarre pour un livre publié en 1998 et qui ne comportait aucune mise à jour bibliographique ni indication de date de réimpression!). J'ai quand même déniché la mention "Imprimé en France par Lightning Source [+ adresse]", et, en creusant un peu, j'ai découvert qu'il s'agissait de la filiale française d'un groupe d'impression à la demande... 

Pour le contenu des livres eux-mêmes, je trouve aujourd'hui difficile d'en parler à qui ne les a pas lui-même lus. Le ton en tient surtout de la diatribe (que, pour ma part, je trouve plutôt pleine de bon sens), mais tout le monde ne partagera sans doute pas les avis, aussi tranchés que tranchants, des auteurs. 

Dans Ah Dieu! Que la guerre économique est jolie (1998), le thème est la déconstruction du primat des fameuses "lois du marché" que l'on nous mettait (déjà depuis quelque temps) à toutes les sauces à la fin du XXe siècle. Les auteurs mettent, par exemple, quelques coups de projecteur venimeux sur l'angoisse du banquier quand il accorde des prêts (alors que les Etats se précipiteront à l'aide des banques en cas de défaillance des créanciers) ou la souffrance des malheureux patrons lorsqu'ils sont contraints de licencier... pour s'en gausser, bien sûr. Comme si les sacrifices demandés aux "petits" étaient partagés par les "gros". Citation p. 206: "...le capitalisme, dont le nom politiquement correct est devenu le marché, n'est pas fondé sur l'égalité, mais sur la puissance: le peon libre à la porte de l'hacienda choisissant de travailler ou non et choisissant son latifundiste accompagné de sa milice". Les 216 pages de ce (court) bouquin sont subdivisées en une préface (de Serge Halimi), un prologue, 5 chapitres et un épilogue.

La bourse ou la vie (mai 2000) apporte la déconstruction d'un discours assez dominant à l'époque par lequel la presse vantait fréquemment les "fonds de pension", l'actionnariat individuel... Les auteurs nous expliquent, preuves, exemples et statistiques à l'appui, en quoi fonder une "société meilleure" sur ce pur jus capitaliste serait ou sera (est?) une erreur. Citation p.124: "Où est la démocratie dans le système des stock-options, simple avance sur pillage? Actionnaire, ça s'achète. Citoyen, ça se mérite". Et encore, le bouquin date d'avant l'explosion de la "bulle internet", de l'économie virtuelle vantée à grands sons de trompette à la fin du XXe siècle. Cette fois-ci, le sommaire détaillé (toujours pour 5 parties précédées d'un prologue et suivies d'un épilogue) tient sur 3 pages, pour 197 pages de texte - mais le papier est plus "bouffant". 

Enfin, Malheur aux vaincus (janvier 2002) s'est avéré le dernier ouvrage publié en collaboration. Citation (p.161): "Trois livres, trois Labarde-Maris, et au final on retrouve la question essentielle: la propriété. Ça valait le détour. Montrer que le marché est morbide, raciste, inefficace. Reste à s'attaquer à son fondement". Je ne sais pas si la pub de Philip Morris de 2001, épinglée p.101 (en gros, un cancéreux du poumon qui trépasse, c'est 1227 dollars potentiellement économisés par la République tchèque) était à prendre au premier ou au dixième degré. Plus globalement, le libéralisme ne rêve que de faire argent de tout, y compris de ce qui devrait rester des "biens communs". 179 pages, même schéma que les précédents - 7 parties cette fois-ci, dont le détail des thèmes égrenés tient aussi sur 3 pages. 

Bref, une fois de plus, je ne peux guère que conseiller à mes lecteurs, qui n'avaient (qui sait?) peut-être jamais entendu parler de ces ouvrages avant de tomber sur le présent billet, de les lire eux-mêmes, pour se forger leur propre opinion. 

Les trois ouvrages contiennent bon nombre de citations d'articles de presse "contemporains"... (journaux économiques, mais aussi Le Monde... dont Philippe Labarde a été chef du service économique et directeur de l'information). Concernant ce co-auteur, j'ai trouvé une courte vidéo (45 secondes!) où Philippe Labarde dit quelques mots sur sa rencontre avec Bernard Maris. 

J'ai aussi trouvé sur le site de L'Express une chronique du 2e livre publiée il y a 20 ans. Ainsi que celle de Goguengris, concernant le premier, sur Sens Critique.  

 ***

PS: je viens de vérifier, mais l'histoire "officielle" (sur la page dédiée de son site internet) de Charlie ne va toujours pas plus loin que le 17 juillet 2015. Ne serait-il pas temps de rajouter une phrase ou deux à son histoire, pour le journal satirique, laïque, politique et joyeux?

*** Je suis Charlie ***

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lundi 7 juin 2021

Marx [mode d'emploi] - Daniel Bensaïd / illustrations de Charb

J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) eu du mal à rédiger ma chronique sur une collaboration de Charb que je voulais traiter depuis des années, tout en respectant le planning de mes "hommages mensuels". Le dessinateur a illustré une des nombreuses oeuvres du philosophe et théoricien trostskiste Daniel Bensaïd, publiée originellement chez La Découverte en 2009 (coll. Zone): Marx [mode d'emploi]. L'édition "La Découverte / Poche" à laquelle je me réfère date, elle, de 2014.

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Je précise d'abord que ce n'est pas tant le texte de Daniel Bensaïd (décédé en janvier 2010, ancien acteur de Mai 68 chez les JCR, idéologue de la LCR, chercheur marxiste...) que les dessins de Charb qui m'ont attiré a priori vers cet ouvrage. J'aurais aimé savoir quels étaient leurs liens, s'il s'est juste agi d'une prestation rémunérée, ou si notre dessinateur y a mis aussi un peu de ses propres tripes. Dans la même collection, j'avais naguère chroniqué un livre de Michel Husson également illustré par Charb.

N'ayant pas pris le temps de bien le digérer, je vais me contenter d'une seule citation du texte de Daniel Bensaïd, avant de vous citer surtout les dessins de Charb que je trouve les plus remarquables.
p.64-65: "Alors que le libéralisme prétend développer l'indvidu, il ne développe en réalité que l'égoïsme dans la concurrence de tous contre tous, où le développement de chacun a pour condition l'écrasement ou l'élimination des autres. La liberté offerte à chacun n'est pas celle du citoyen, c'est celle du consommateur libre de choisir entre des produits formatés."

Et maintenant, place à un florilège de dessins décalés, choisis parmi les 73 dessins que comportent ces quelque 195 pages.

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P1120378 p.26 (personnellement,j'adhère de tout coeur à ce dessin - sans être marxiste pour autant).

P1120380 p.44 (vous disiez quelque chose?). Une bonne illustration du concept d'inachèvement dynamique de la définition des "classes" chez Marx.

P1120381 p.48 (pouf, pouf)

P1120382 p.61 & p.83 (pas si simple, de s'unir...) P1120383

P1120384 p.90 (on célèbre justement les 150 ans de la Commune, cette année 2021)

P1120385 p.105 (qui se rappelle encore, en 2021, de Besancenot?) P1120377 p.22 (vous avez dit médiatisation?)

P1120386 p.120 (l'exploiation de l'homme par l'homme... Le travail, tout simplement?)

P1120387 p.128 (admirez la taille respective des récipients...).

P1120388 p.122 & p.129: des dessins bien bonhommes? P1120389

P1120390 p.175 (il résiste, l'animal)

Petit élément de réponse en ce qui concerne les convictions du dessinateur: Philippe Corcuff a écrit le 8 janvier 2015 que Charb "pouvait voter pour la LCR ou pour le PCF en fonction des élections. Son casier à Charlie était d’ailleurs recouvert de deux autocollants, l’un du PCF, l’autre de la LCR."

Ceux qui veulent en apprendre davantage sur Daniel Bensaïd peuvent se reporter au site de l'association qui lui est consacrée, où figurent aussi différents éléments concernant le livre aujourd'hui chroniqué. Je pense qu'il faudra que je prenne le temps d'y revenir, un jour, à tête reposée...

 *** Je suis Charlie ***

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vendredi 7 mai 2021

Mai 68 - Wolinski, Cabu, Gébé, Siné, ...

Ce mois-ci, dans la série de mes hommages aux dessinateurs assassinés à Charlie Hebdo en 2015, je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] vais présenter un livre plus ou moins anniversaire: Mai 68, vu par l'équipe de Hara Kiri. Je l'avais acheté (à prix bradé) en septembre 2020 sur une aire d'autoroute (je sais, c'est pas bien - c'était à l'époque où l'on pouvait voyager sans restrictions, ce qui n'excusait pas de prendre la bagnole).  

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Nous sommes aujourd'hui cinquante-trois ans après les faits (lors desquels les vétérans fondateurs de Charlie Hebdo deux ans plus tard étaient déjà dans la force de l'âge, tandis que certains des participants à la seconde série étaient encore enfants [Tignous collégien et Charb sans doute porteur de couches!]), mais aussi 13 ans après l'édition originale, et 3 ans après la réédition que j'ai entre les mains. Voici le texte intégral de la présentation signée par l'éditeur (Michel Lafon): "En 2008, j'ai eu l'immense plaisir de publier ce Mai 68 d'anthologie, réunissant les extraordinaires dessins, mais aussi les textes de Cabu, Gébé, Reiser, Siné, Wolinski... Avec leurs mines acérées, ils ont observé, dépeint, critiqué, raillé, été les témoins de cette époque, sur laquelle un vent de révolution et de liberté a soufflé.
Aujourd'hui ils ne sont plus là pour nous croquer les cinquante ans de Mai 68, et depuis ce maudit 7 janvier 2015, leur liberté d'expression a été meurtrie. Cabu et Wolinski sont partis, les autres copains les ont précédés ou suivis... Mai 68 s'éloigne, mais le trait de ces dessinateurs de génie et la verve des irremplaçables Professeur Choron et Cavanna sont là pour nous empêcher d'oublier.
Alors nous avons décidé de rééditer ce Mai 68 sans changer un dessin, sans modifier un mot de ce que Cabu, Wolinski, Cavanna et les autres ont écrit. Pour leur rendre hommage à tous."

En le feuilletant, on y remarque beaucoup de Siné et de Wolinski avec un tout petit peu de Reiser (non mentionné sur la couverture). Une fois de plus, il s'agit d'un recueil de dessins ne comportant pas de numéros de pages! Cela ne m'a pas empêché de m'attacher à compter les dessins respectifs. En me fiant aux têtières des pages et au style de chaque dessinateur, voici les chiffres auxquels je suis arrivé (sachant que certaines "dessins" s'étalent sur plusieurs pages (jusqu'à six pour Wolinski) à raison d'une "case" par page. Pour Siné, j'ai compté 43 pages avec un seul dessin, 5 dessins sur deux pages et une série courant sur 4 pages (total 49 oeuvres en 57 pages). Avec Cabu, j'arrive à 11 dessins monopages, 5 sur deux pages, et une série sur 5 pages (total 17 oeuvres en 26 pages). Concernant Wolinski, j'ai trouvé seulement 6 dessins monopages (les autres courent de 2 à 6 pages - dont quelques bandes "Monsieur..."), mais un total de 20 oeuvres couvrant 67 pages. Figurent encore dans l'ouvrage deux oeuvres signées Gébé (4 et 1 pages), deux dessins signés Topor, 4 apparitions de Reiser (dont une sur 4 pages), un dessin avec la Marianne de Jean Effel (?), un de Sempé (sur deux pages), et une couv' d'Hara Kiri (octobre 68). Mais aussi (mais encore) 55 pages d'affiches (?) non signées (ou dont la signature est pour moi illisible, dans au moins deux cas!). Je ne sais pas si un certain nombre ne sont pas dues à Gébé, mais je suppose qu'il en aurait été crédité dans ce cas! On en a donc pour son argent puisque j'arrive à quelque 250 pages: 171 pages de dessins, plus une quinzaine de pages de témoignages écrits des quatre dessinateurs signataires (Cabu, Siné, Gébé, Wolinski), mais aussi de Cavanna, chacun sur 2 ou 3 pages, précédés d'un dessin de Cabu... et avec, par raccroc le Professeur Choron... sur une petite page et précédé d'un dessin de Reiser. 

Après ces quelques phrases un peu (ch...) austères, place à ce qui est le plus attendu par mes lecteurs je suppose: ma petite sélection subjective de dessins...

P1120297 Horrible, ou comble de l'erreur ?...

P1120301 Siné fait écho à Cabu... à moins que ce soit l'inverse! P1120299 

P1120304 Ce dessin de Reiser évoque pour moi deux échos particuliers, datant de l'occupation de la Sorbonne en... décembre 1986, avec des textes identiques ("il y a 18 ans, papa occupait la Sorbonne"). Premier écho (un père, visage sévère et lunettes aveugles): "Petit con!". Second écho (un CRS anonyme): "Papa aussi!". 

P1120298 Bravo pour l'image Siné... graphique. 

P1120307  P1120308 Wolinski: une, deux, une, deux... 

P1120302 Siné, encore (rien à voir, mais en 1968, Albert Dubout était toujours vivant...) 

P1120306  P1120310 Wolinski et Siné. Ah, ce dégaulisme primaire, qu'est-ce que ça apparaît daté en 2021...

P1120313 Reiser et le mot de la fin

P1120300  P1120303  P1120305  P1120309  P1120311  P1120312 Je termine par les auteurs de Hara Kiri / Charlie. Dans l'ordre: Cavanna, Wolinski, Siné, Géné et Cabu (croqués par ce dernier), et même le Professeur Choron croqué par Reiser. 

Comme ce n'est pas une année-anniversaire en "zéro" ou en "cinq", il y a peu de chances qu'on s'intéresse beaucoup à "mai 68" cette année...

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 7 avril 2021

Coco: nature, culture et poil à gratter - Virginia Ennor

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) surfe sur l'actualité pour rendre aujourd'hui hommage à une dessinatrice de Charlie Hebdo, Corinne Rey dite Coco. Depuis le 1er avril 2021, elle a pris la suite de Willem (autre dessinateur de l'équipe de Charlie, qui a eu... 80 ans le 2 avril!) dans Libération. J'avais déjà eu l'occasion de citer quelques-uns des dessins de Coco à l'occasion d'un article sur le recueil collectif Tout est pardonné (2015).

Coco: nature, culture et poil à gratter, l'opuscule que j'ai choisi aujourd'hui comme "point d'encrage" de ma chronique, remonte à 2016 (Critère édition, coll. Les Iconovores, 95 p.).

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Les Iconovores, collection sur les dessinateurs de presse, "réaffirme que dans un monde bousculé, la liberté d'expression est une nécessité" (extrait de la présentation en 2e de couv'). L'ouvrage, le premier de la collection, contient 88 dessins de Coco. J'ai noté avec intérêt que l'ouvrage mentionne en p.96 les références des publications pour chacun des dessins (y compris, parfois, "proposé non publié"...). J'en citerai ci-dessous moins de 10%, ceux que j'ai le plus appréciés (au regard des années 2020-2021...). Selon le texte (signé Virginia Ennor) figurant en p.5, "dessinatrice de presse, [Coco] aime penser qu'un jour les cons cesseront de pourrir la planète, de maltraiter les animaux, de tuer et de torturer des innocents, de détruire vie et nature pour de l'argent (...)".

P1120275 p.86 (qui? [en 2015, pas en 2020])

P1120277 p.37 (et, en 2016, on ne parlait même pas encore du télétravail-covid-19!). P1120276 p.35 (c'est moi qui inverse l'ordre des deux dessins)

P1120278 p.40 (je me rappelle aussi que Coco a fait, il y a quelque temps, toute une série de dessins hebdomadaires dans Charlie autour de l'Origine du monde...).

P1120279 p.51 (le 22 septembre 2014, Patrick Bruel chantait au Royal Albert Hall de Londres la chanson de David Bowie Life on mars)

P1120280 p.61 (oui! "De n'importe quel pays, de n'importe quelle couleur / (...) un cri qui vient de l'intérieur!"[comme chantait à peu près Bernard Lavilliers])

P1120282 p.80 P1120281 p.71 (tout est dans le titre du dessin?)

Je finis par la préface du livre. Elisabeth Quin y évoque à bras-le-corps la journée du 7 janvier 2015 et l'irruption des deux assassins à Kalachnikov dans la rédaction de Charlie, et surtout l'anecdote navrante d'un malotru (un lourdaud) qui interpelle Coco un an plus tard en sa présence. Je suppose qu'on a dû être des milliers et des milliers à se demander ce qu'on aurait fait, soi-même, sous la menace des armes des tueurs à la porte de Charlie. Réponse impossible. Et Coco, dans cette situation, a eu la présence d'esprit de commencer par tâcher de les balader vers une fausse destination (respect!). On peut lire un entretien publié par Marianne en deux parties, les 10 mars et 11 mars 2021, où elle explique comment elle s'est reconstruite, six ans après le massacre. 

Je voulais encore rappeler que la dessinatrice, entrée à Charlie en 2008, avait été primée aux 29e et 34e Salon de la caricature et du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel en octobre 2010 puis 2015 ("Grand prix de l'humour vache"). 

Je n'ai pas trouvé beaucoup de mentions de ce livre sur internet aujourd'hui. A l'époque, le blog de Sophie Dauphin l'avait chroniqué. On peut encore apprécier la version de Coco d'une "Colombe de la paix" qui lui avait été demandée en 2017 par le Mouvement [du même nom].

P1120273 ci-contre, ce qu'elle disait en novembre 2019 au sujet du premier dessin satirique qui l'avait marquée.

Et si vous voulez découvrir régulièrement de nouveaux dessins de Coco, achetez Libé et Charlie.

Coco_Libe_01-04-2021_p23 Libération du 1er avril 2021, p.23

Surtout, Coco, continuez à nous produire des dessins mordants! 

PS : j'ai découvert dans le métro, alors que j'allais "boucler" mon billet, la campagne d'affichage pour le récent livre de Coco Dessiner encore (éd. des Arènes) dont elle parle dans l'entretien cité ci-dessus. Voici quelques photos cintrées des deux affiches. J'aurai certainement l'occasion de chroniquer ce livre un mois ou l'autre...

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*** Je suis Charlie ***

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jeudi 25 mars 2021

Bertrand Tavernier est décédé...

 ... et je suis triste. Je viens d'apprendre cette très mauvaise nouvelle. Il est décédé 1 mois avant ses 80 ans.

 J'ai beaucoup apprécié les films de ce réalisateur qui a été attaché de presse, critique de cinéma dans plusieurs revues et producteur de ses films. 

Justement, parmi ses films, je retiens: L'horloger de Saint-Paul (1974), Que la fête commence (1975), Le juge et l'assassin (1976), Une semaine de vacances (1980), Coup de torchon (1981), Un dimanche à la campagne (1984), La vie et rien d'autre, un chef d'oeuvre (1989), L627 (1992), L'appât (1995) et plus récemment Quai d'Orsay (2013).

Bertrand Tavernier était un passionné de cinéma en général et du cinéma américain du XXème siècle en particulier. Il a d'ailleurs écrit un ou deux gros ouvrages sur le sujet. Et on l'entendait souvent présenter des westerns ou d'autres films dans des bonus de DVD. Ce Lyonnais était aussi le président de l'Institut Louis Lumière à Lyon. Avec sa disparition, c'est une mémoire du cinéma qui s'en est allé.

Voir le petit rappel d'Ideyvonne

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dimanche 7 mars 2021

Cavanna, paléontologue! - Pascal Tassy

Pour mon billet mensuel autour de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais évoquer un livre récemment publié et que j'ai découvert parce que tant le Canard Enchaîné que Charlie Hebdo en ont parlé à sa sortie. Cavanna, Paléontologue!, de Pascal Tassy, c'est l'histoire d'une amitié débutée entre un jeune lecteur de Hara Kiri et son "grand homme", Cavanna (fondateur dudit titre de presse qui a précédé Charlie Hebdo première série). Cavanna a aussi fait partie de l'équipe qui a relancé en 1992 Charlie Hebdo (série actuelle), jusqu'à sa mort intervenue fin janvier 2014 (moins d'un an avant le massacre de tant de ses amis).  

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Je trouve que le mammouth ci-dessus a une bonne tête anthropomorphe: il pourrait faire penser au "Manny" de L'Âge de glace. Ce dessin de couverture est dû à Julien Norwood, illustrateur naturaliste, dont je suppose qu'il fait partie des connaissances professionnelles de Pascal Tassy. Né vers 1949 (25 ans en 1974...), l'auteur de l'ouvrage est aujourd'hui professeur émérite au Muséum national d'Histoire naturelle (Paris). Pascal Tassy a écrit plusieurs autres livres, que je n'ai pas lus, sur l'histoire de sa science, la paléontologie, qui s'est construite en deux cents ans (en gros) pour faire triompher le concept de l'évolution des espèces à partir de l'étude de leurs fossiles, contre les théories basées sur le fixisme, le finalisme, et bien sûr les forces conservatrices de la théologie... qui sont loin d'avoir toutes désarmé à ce jour. 

Les 171 pages du livre sont divisées entre préface et introduction, 7 chapitres et une annexe (j'y reviendrai). Assez vite, on apprend que Pascal Tassy avait commencé lycéen à lire Hara Kiri puis Hara Kiri Hebdo devenu Charlie Hebdo en 1970. Il y dévorait entre autres les écrits de Cavanna, et a eu le culot de l'inviter à sa soutenance de thèse (qui concernait un squelette de mastodonte de 17 millions d'années découvert dans la Beauce), au motif d'un rapprochement hasardé en novembre 1973 par Cavanna sur mastodonte, mammouth et éléphant. Car Cavanna n'a pas seulement rédigé (ou romancé) ses souvenirs, à commencer par les Ritals, les Ruskoffs et autres titres - qu'il faudra que je lise ou relise un jour pour en tirer quelques billets (auteur prolifique, sa blbliographie complète comprend près d'une soixantaine de titres au total!). Il rédigeait notamment dans Charlie une chronique, "L'aurore de l'humanité", qui deviendra une série de trois livres parus de 1972 à 1977. Ou des billets sur des sujets variés, dont je donnerai une seule citation (page 27): "grâce à l'humour, l'homme supporte avec le sourire le malheur des autres". Bref, cette soutenance de thèse a marqué le début de quatre décennies d'amitié et de retrouvailles, pour un resto, pour bavarder... Car "l'évolution biologique passionnait Cavanna. Autant les avancées de la recherche que les attitudes anti-évolutionnistes." (p.47). P. Tassy n'hésite pas à dire que Cavanna était particulièrement fier de la chronique scientifique assurée tour à tour par plusieurs "signatures" dans Charlie seconde époque. 

Au moment de la fin de Charlie première époque en décembre 1981, Pascal Tassy était sur le terrain (de fouille), au Kenya. Il n'a donc vécu qu'à distance la fin de l'hebdomadaire dont il était un acheteur assidu et bien connu. Il nous brosse quelques pages (chapitrées "Interlude") pour rappeler que, comme le disait Cavanna, si l'hebdo a pu vivre grâce à Choron, il est mort aussi grâce à Choron... Le livre contient nombre d'indications bibliographiques en notes de bas de page sur l'histoire de Charlie.

Le nom de Cavanna revient pratiquement à chaque page. Mais ce livre est aussi le prétexte pour l'auteur de parler de son activité, de l'évolution de son métier, de sa propre carrière... On peut (malheureusement?) le croire quand il dit (p.49): "aujourd'hui, un bon chercheur c'est, avant tout, quelqu'un qui sait obtenir des crédits". L'auteur nous parle aussi de sa discipline, qu'il vulgarise avec précision. C'est évidemment l'occasion de parler de changements climatiques, changement de biotopes, extinction des espèces trop spécialisées et qui n'ont pas le temps de s'adapter ("stress écologique"), mais aussi extermination d'espèces, indéniablement, par l'homme (dodo, rhytine, entre autres). Bien sûr, en fait de paléontologie, ce qu'à mon avis l'auteur fait le plus ressortir, volontairement ou non (j'ose supposer que c'est volontairement), c'est le côté "humaniste" de Cavanna. Leurs discussions à bâtons rompus pouvaient porter sur bien des sujets ou questions quasiment philosophiques: citons, incidemment, la nécessité de faire en sorte d'empêcher (y compris en France) la dissociation de la médecine en médecine pour riches et médecine pour pauvres.

Ils avaient un projet de livre à écrire ensemble. La maladie n'a pas laissé à Cavanna le temps de le faire... En annexe, la retranscription d'une interview de Tassy par Cavanna, prévue pour les pages "sciences" de Charlie et restée inédite (il aurait fallu en couper les 9/10e!) occupe 55 pages (près du tiers de l'ouvrage). Ah, et il arrivait à Cavanna de dessiner, aussi. Je ne citerai qu'un des quatre dessins de lui que comporte ce livre (p.113).

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Pour résumer, il est question ici d'histoire des sciences, de rapports de l'homme avec la nature, de philosophie et de liberté de conscience, au fil de deux carrières entrecroisées... Je recommande ce livre.

*** Je suis Charlie ***

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dimanche 14 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (10): Meurtre par décret - Bob Clark

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Ce billet me permet de rendre hommage à Christopher Plummer (1929-2021) qui interprète Sherlock Holmes. Dans Meurtre par décret de Bob Clark (1979), on demande à Sherlock Holmes, qui joue du violon et se drogue à l'occasion, d'enquêter avec John Watson (James Mason) sur les crimes horribles perpétrés en 1888 par Jack l'Eventreur, que la police n'arrive pas attraper. Quand le film débute, quatre des cinq victimes de Jack ont déjà été assassinées. Il ne reste que plus que Mary Jane Kelly, qui est morte de peur, car elle cache un secret qui va lui coûter la vie. Le scénario du film est tiré de deux ouvrages The Ripper File" (Le dossier Ripper) d'Elwyn Jones et John Lloyd, et Jack the Ripper : The Final Solution (Jack the Ripper : La solution finale) de Stephen Knight. On apprend que les cinq victimes se connaissaient. Une sixième femme a un rôle central dans l'histoire: Annie Crook, une jeune femme catholique qui n'aurait pas dû tomber amoureuse et avoir un enfant avec un personnage très haut placé. Le film évoque un peu l'arrière-plan social de misère dans l'East End où les gens de la haute société venait s'encanailler. Holmes est aidé par un médium, Robert Lees (Donald Sutherland), qui a eu des visions de Jack l'Eventreur. Il faut noter que le film ne fait pas peur, même s'il y a des moments inquiétants. Sans rien dévoiler d'autre, je peux vous dire que Jack l'Eventreur n'agissait pas seul. Comme beaucoup d'histoires se passant à Londres à la fin du XIXème, le brouillard est omniprésent, alors qu'a priori, les jours des meurtres, il n'y avait de brouillard. L'histoire, racontée telle quelle, a été reprise dans From Hell d'Alan Moore et en a inspiré d'autres comme Patricia Cornwell. Pour en venir à Christopher Plummer, je l'ai trouvé très bien dans son rôle qu'il arrive à humaniser. A un moment donné, il a même les larmes aux yeux. Il est moins sec et cassant que dans les romans de Conan Doyle. Un bon film que j'ai beaucoup de plaisir à revoir, 41 ans après sa sortie.

Pour conclure sur Christopher Plummer, l'acteur le plus âgé à avoir eu un oscar comme le relevait Ideyvonne, je retiens surtout ses seconds rôles dans quelques films: L'homme qui voulut être roi, Millenium: les hommes qui n'aimaient pas les femmes, La mélodie du bonheur, A couteaux tirés, Tolstoï, le dernier été ou Beginners...

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dimanche 7 février 2021

Qui a tué l'écologie? - Fabrice Nicolino

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais dit que je pourrais facilement écrire un article en piochant dans mes stocks de bouquins achetés durant les six dernières annnées. Une petite phrase dans Charlie N°1488 du 27/01/2021 m'avait orienté vers une piste. Chroniquer (après l'avoir relu) mon "livre du jour", écrit par Fabrice Nicolino plusieurs années avant d'être blessé dans l'attentat contre Charlie Hebdo, s'est avéré plus ardu que je ne l'imaginais (j'ai déjà présenté plusieurs de ses bouquins).

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Qui a tué l'écologie? se présente comme un pamphlet, datant déjà de 2011, publié il y a dix ans aux éditions LLL (Les liens qui libèrent). Mon propre exemplaire a été imprimé en "poche" en février 2012 (collection Points, N°P2771, 307 pages). Cela reste un livre à lire, pour décryptage de pratiques (et) de manipulations toujours à l'oeuvre à l'heure actuelle. A l'époque, il visait (entre autres) la mascarade qu'avait constitué le "Grenelle de l'environnement" porté sur les fonts baptismaux par Nicolas Sarkozy, en septembre 2007. Cet ouvrage polémique, dur et désespérément pessimiste, déconstruit aussi Jean-Louis Borloo (et Brice Lalonde en passant, p.38), mais également NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet). Je vais tout de suite "tuer le suspense" du titre en disant qu'il s'essuie sérieusement les pieds sur les quatre ONG qui ont été les interlocuteurs de l'industrie lors du Grenelle, à savoir Greenpeace, le WWF France, FNE (la fédération France Nature Environnement), sans oublier la Fondation Nicolas Hulot - le bandeau rouge le dévoilait déjà! 

Fabrice Nicolino plante rapidement un décor historique en montrant que, depuis le XIXe siècle, la "protection de la nature" a été accaparée par des personnages qui, soit étaient en rapport proche avec les pouvoirs officiels, soit faisaient montre d'une certaine naïveté (niaiserie?) à son égard en en appelant à lui. J'ai ainsi eu la mémoire rafraîchie sur les circonstances de la protection de la forêt de Fontainebleau. Sous le Second Empire, les "milieux artistiques" s'étaient montrés plus efficaces que les officiels "protecteurs de la nature". A noter qu'aujourd'hui, sur Wikipedia, ni l'article "Autoroute A6" ni l'article "Forêt de Fontainebleau" ne s'épandent sur l'histoire de la construction de l'autoroute à travers cette forêt telle que racontée par Fabrice Nicolino (dans l'article sur la forêt [consulté le 7 février 2021], il est mentionnée qu'elle est "fragmentée", entre autres par l'A6 depuis 1964...).

Les chapitres 2 à 6 reprennent l'histoire des ONG citées ci-dessus, capables de s'attribuer indûment telle ou telle action a posteriori, de taire fort pudiquement la liste de leurs dirigeants successifs ou de leurs financeurs privés... Ainsi, Nicolino rappelait, dans le récent N° de Charlie que j'ai cité plus haut, qu'il avait mis la main, en préparant ce livre paru en 2011, sur un document listant, pour l'année 1987, les grands donateurs du WWF rassemblés dans le discret "Club des 1001" (où figuraient, entre autres, Robert McNamara ou Mobutu). Par ailleurs, la perméabilité entre un poste de Président ou de directeur général d'une telle ONG, une carrière de politicien-ne, voire un siège dans telle ou telle instance publique ou au service de l'industrie, est démontrée par des exemples, biographies à l'appui. 

Au-delà du seul exemple du Grenelle et des sujets qui y ont été, ou plutôt qui n'y ont pas été, abordés (ou des associations qui n'y ont pas été invitées), l'auteur traite la question de la désinformation et de l'escroquerie intellectuelle que représente l'apparition du vocable "développement durable", présenté comme la mise à jour du discours d'après-guerre de Truman, lorsqu'il s'agissait de défendre les intérêts américains, sous couleur d'aider au "développement" des pays du Sud en leur faisant miroiter le mode de vie américain et en leur prêtant les fonds pour acheter les produits de la (future) société de consommation. Il explique également la différence sémantique entre "environnement" et "écologie" (p.183): "L'environnement place l'homme au centre de la vie sur terre et s'intéresse à ce qui peut nuire à ses projets grandioses de bâtisseur. L'écologie considère, elle, l'équilibre des écosystèmes, dont dépend tout le reste, donc le sort de l'humanité".

Il est bien sûr difficile de mentionner l'intégralité des sujets abordés. J'ai relevé l'opacité du choix des personnes invitées à participer aux différentes Commissions (Fabrice Nicolino n'évoque pratiquement pas le rôle des "groupes de travail" qui devaient élaborer des propositions entre les "séances plénières" du Grenelle, un aspect souvent capital dans ce genre d'instance). Le poids, dans les décisions d'aménagement et d'infrastructures en France, des ingénieurs des Mines, des Ponts et chaussées, des Eaux et Forêts... qui regardent passer les ministres éphémères en s'investissant dans des projets à long terme (et pas vraiment au bénéfice des petits oiseaux, des abeilles ou des crapauds), est, lui, mis au jour. L'auteur insiste aussi, à plusieurs reprises, sur le scandale que peut constituer le développement des "biocarburants" (pour nos bagnoles) alors qu'un milliard d'êtres humains souffrent de malnutrition. 

Au moment de la parution du livre, Jean-Louis Borloo (quelque peu démonétisé, en 2021) avait été évoqué comme possible Premier Ministre voire candidat à la Présidence de la République. Fabrice Nicolino se fait un malin plaisir de rappeler ses promesses de naguère autour de la Maison à 100 000 euros. Nicolas Hulot (qui n'avait pas encore été ministre, mais proche de plusieurs Présidents ou candidats), est égratigné ainsi que son "Comité de veille écologique" créé en 2000, et mis au niveau des écologistes qui se font toujours "avoir": "parler, parler, parler, quand (presque) rien d'autre n'a été fait, et ne surtout pas agir. Encore moins affronter" (p.124-125). Côté franco-français, je relèverai encore que Nicolino donne les références précises d'une citation de l'ultralibéral Denis Kessler (écrite dans Challenge, le 04/10/2007), que je vais recopier du livre [points de suspension entre crochets compris]: "C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception [...] Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance!". 

Bref, on ressort de la lecture de ce pamphlet, bourré de rappels utiles, un peu désabusé (au sens strict, c'est bien le but du livre), mais aussi avec la curiosité de se renseigner (internet est notre ami!) pour savoir ce qu'il en est, en 2021, de telle ou telle situation décrite, de tel ou tel avertissement émis, du non-respect des promesses passées, qui peuvent augurer du respect (à venir) de promesses faites cette année... Lisez-le donc.

PS1: les algorithmes qui gouvernent les moteurs de recherche ne font pas aujourd'hui remonter énormément de chroniques de cet ouvrage sur des blogs (j'ignore bien entendu ce qu'il en était en 2011). J'ai en tout cas trouvé trace, entre autres blogs plus ou moins professionnels, d'une chronique en avril 2017 sur le blog "Un jour un livre" de Jean-Michel Sady, bibiothécaire et écocitoyen très engagé (blog à l'abandon depuis 3 ans). Ou encore du blog de Laurent Samuel (à l'abandon depuis octobre 2015). Je rajouterais le "fantôme" d'une critique sur un blog qui s'appelait "ChezFab" en 2012 (mais il semble que l'article original ne soit plus en ligne et je ne suis pas certain que le nom de blog appartienne aujourd'hui à la même personne...). Le blog belge ExtraPaul en parle aussi. Citons encore le blog de Jean-Charles Houel (militant à Louviers) ou celui de Folfaeries. Et même ce qu'en disait F. Nicolino sur son propre blog à l'époque...

PS2: suite à la question de Miriam ci-dessous, je précise que ce "livre-coup de gueule" (dont certaines pages avaient été rédigées dès septembre 2010) reste valable pour tout ce qui touche l'éclairage des positions des uns et des autres (personnes morales ou personnes physiques) en rappelant les évolutions sur le temps long (plusieurs décennies parfois). Bien évidemment, il ne prend pas en compte ce qu'il s'est passé depuis sa parution, et c'est en ce sens que chacun doit faire l'effort de l'actualiser...

*** Je suis Charlie ***

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