jeudi 5 octobre 2017

Snjor et Mörk - Ragnar Jonasson / La fille d'avant - JP Delaney

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Attirée par découvrir des auteurs de polars scandinaves, j'ai été tentée de lire le premier roman de Ragnar Jonasson traduit en français (d'après le texte anglais) après avoir lu une ou deux critiques sur des blogs comme celui de Yv. Je ne regrette pas mon choix, bien au contraire.

Snjor (Editions points Seuil, 335 pages) se passe entre 2008 et 2009. Ari Thor, 24 ans, vient de terminer l'école de police de Reykjavik. Il accepte, sans en parler à Kristin, sa petite amie infirmière, une première affectation à Siglufjördur dans le nord de l'Islande. A Siglufjördur, il ne se passe rien jusqu'au moment où un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre. Ari Thor va mener une enquête qui le ramène dans le passé de certains personnages.

Dans Mörk (Edtions de la Martinière, 326 pages), on retrouve Ari Thor deux ou trois ans plus tard, marié à Kristin, et père d'un petit garçon appelé Stefnir âgé de 10 mois. A Siglufjördur où il ne se passe toujours pas grand-chose, Herjolfur, le collègue d'Ari, est brutalement assassiné, pas loin d'une maison abandonnée à l'entrée de la ville. L'enquête n'avance pas vite. Plusieurs personnages sont plus ou moins liés à cet assassinat, dont le maire du village et son assistante, Elin, qui fuit un homme violent. Il y aussi un homme qui fut interné dans un hôpital psychiatrique, 25 ans auparavant. Son journal fait partie du récit et l'on découvre à la fin quel est son rôle dans l'assassinat. Comme pour Snjor, Ragnar Jonasson prend son temps pour dévoiler la clé de l'énigme. Il y a un enchaînement logique dans le déroulement des événements. Le lecteur ne se perd pas.

 J'ai beaucoup apprécié ces deux romans. J'espère que l'auteur en écrira d'autres avec Ari Thor car il y a encore plein de choses à découvrir sur ce personnage.

Valérie est nettement moins enthousiaste concernant Snjor.

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Parmi mes emprunts en bibliothèque de la fin de l'été, je suis tombée par hasard sur La fille d'avant de JP Delaney (Editions Mazarine, 428 pages). J'avais vu plein d'affiches en gare et dans le métro, en début d'année 2017, qui faisaient la pub de ce roman. Un "page-turner" que j'ai refermé en me disant que je m'étais fait "avoir": ce n'est pas désagréable à lire mais c'est un peu vain. A Londres, Jane, qui vient de perdre un enfant, emménage dans une maison unique à la conception minimaliste, imaginée par un jeune architecte prometteur. Elle a même répondu à un questionnaire de candidature pour avoir la chance d'habiter cette maison. A peine installée, elle ne se sent plus tout à fait la même, comme Emma, la locataire précédente. Comme Emma, elle a une relation torride avec l'architecte minimaliste Edward Monkford. Jane apprend qu'Emma a connu une mort tragique dans la maison un an auparavant, et elle essaye de découvrir comment et pourquoi. Le récit alterne de courts chapitre de 2 ou 3 pages "Maintenant Jane" et "Avant Emma". Mais il m'est arrivé de ne plus savoir dans quel récit j'étais. Physiquement, elles se ressemblent mais psychologiquement, l'une est plus "forte" que l'autre. Le méchant de l'histoire n'est pas celui auquel l'auteur veut nous faire croire, quoique... Bref, roman à emprunter en bibliothèque mais pas plus.

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mardi 26 septembre 2017

Barry Seal - Doug Liman / Patti Cake$ - Geremy Jasper / Good Time - Benny et Josh Safdie / Hommage

J'ai décidément été beaucoup au cinéma pendant le mois de septembre (2017).

Voici trois films américains très différents vus la même semaine.

Barry Seal de Doug Liman permet à Tom Cruise de montrer ses talents de pilote d'avion. Le scénario est tiré d'une histoire vraie. Barry Seal fut commandant de bord dans des avions de grandes lignes d'une compagnie américaine dans les années 70. Puis, par un concours de circonstances, on le voit devenir pilote de petits avions transportant des armes et de la drogue pour le cartel de Medellin. Marié et père de deux enfants, il s'installe dans une petite ville de l'Arkansas. Il est rapidement repéré par la DEA, le FBI, etc qui lui demandent de collaborer. Il accumule des millions de dollars mais aura une mort violente assez attendue. Le film lorgne vers le docu-fiction. C'est bien fait. Tom a l'air de s'amuser (ce n'est que du cinéma). Ca se laisse voir. Après, quant au message et à la morale du film, je vous laisse juge.

Patti Cake$ raconte l'histoire de Patricia Dombrowski, aussi connue sous le nom de Killa P et Patti Cake$, qui vit dans le New Jersey. Cette jeune femme blonde, pas très mince (elle a comme surnom "Dumbo" comme l'éléphant), exerce des petits boulots tout en composant du rap. Les paroles sont souvent assez crues. Elle rêve de gloire et de gagner un peu mieux sa vie. Elle trouve du soutien de la part de sa grand-mère et d'un jeune Noir qui devient son amant. Une histoire sympathique à la fin attendue. Mais pas de quoi fouetter un chat.

Good Time permet à Robert Pattison d'interpréter un malfrat plutôt attachant. Connie Nikas (Robert Pattison) commet un braquage avec Nick, son frère un peu attardé. Au moment de s'enfuir, Nick se blesse et se faire prendre par la police. Connie passe une nuit à essayer de trouver de l'argent pour le faire libérer. Il faut prévenir que la caméra est au plus près des acteurs. L'image n'est pas belle. Les couleurs sont parfois saturées. C'est assez particulier. J'avais lu des critiques positives. Bon, bof. Sans plus.

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Ceci n'ayant rien à voir avec cela, je voulais rendre un petit hommage à une dame de théâtre (elle fut Sociétaire de la Comédie Française) qui vient de disparaître à 103 ans, Gisèle Casadesus. Elle nous a quittés dimanche 24 septembre 2017. Elle vivait dans le XVIIIème arrondissement de Paris et la mairie de cet arrondissement lui avait rendu hommage pour son centenaire en 2014. En plus du théâtre, elle avait tourné au cinéma jusqu'à récemment. Je l'avais vue dans La tête en friche (en 2010) ainsi que dans Sous le figuier (2012).

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dimanche 2 juillet 2017

Visages, villages - Agnès Varda et JR

Courez voir Visages, villages d'Agnès Varda (89 ans cette année) et JR (34 ans). Sorti cette semaine, ce film se place entre la fiction et le documentaire. La cinéaste et le plasticien, réalisateurs et acteurs du film sont partis sur quelques routes de France du nord au sud en passant par la Normandie. Ils ont décidé d'aller à la rencontre des gens, comme des anciens mineurs, des dockers et leurs épouses, des éleveurs de chèvres, des ouvriers d'une usine chimique, ainsi qu'un cultivateur ou tout un village. A partir de la rue Daguerre dans le XIVème où vivent Agnès Varda et son chat, JR et Agnès roulent en "camion photo". En effet, ce camion fait du tirage de photos très très grand format que JR colle sur des murs de maisons, de grange, d'usine, sur des entrepôts, des conteneurs, ou même des wagons de marchandises. Les photos représentent les gens qu'ils croisent et à qui ils parlent. C'est le sujet principal du film, et ces rencontres sont magnifiques et touchantes. Pendant leur périple, Agnès et JR n'arrêtent pas de se taquiner sur la finalité de leur projet. Agnès a des problèmes de vue, elle voit flou. Mais elle prend des photos avec son petit appareil numérique. Elle demande souvent à JR d'enlever les lunettes noires qu'il porte en permanence. J'ai du mal à parler de ce film qui m'a tellement plu et m'a tant émue. Quand JR tient la main tremblante de sa grand-mère centenaire, j'ai eu la larme à l'oeil. Autant qu'à la fin du film, quand Agnès Varda et JR prennent le train pour aller en Suisse afin de rencontrer Jean-Luc Godard. Agnès Varda est fébrile. Elle n'a pas vu Godard depuis 5 ans. Ils resteront devant une porte close et un message sybillin sur une vitre de la maison fait fondre en larmes Agnès Varda. M. (Mathieu Chedid) a composé une très belle musique. Ce film est un pur bonheur à ne pas rater. Les spectateurs dans la salle (plutôt plus jeunes que moi) avaient l'air de cet avis.

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samedi 25 février 2017

Moonlight - Barry Jenkins / Loving - Jeff Nichols

A mon avis, Moonlight de Barry Jenkins sorti le 1er février 2017 ne peut que toucher les spectateurs. Personnellement, j'ai été émue par cette histoire traitée de manière pudique et très bien interprétée.

Chiron (aussi appelé Little) est un jeune garçon noir à Miami dans les années 80. Souffre-douleur de ses camarades, il ne sait pas se défendre. Sa mère (Naomie Harris, très bien), toxicomane, le maltraite par ailleurs. Le film se compose de trois parties évoquant trois périodes dans la jeune vie de Chiron: pré-adolescent, adolescent et jeune adulte. Grâce à Juan, un dealer, et sa compagne Teresa, ainsi qu'à Kevin, un camarade, Chiron trouve du réconfort, de la douceur et même plus. Le réalisateur suit de très près ses acteurs. Le scénario manque parfois de profondeur et Juan disparaît trop vite du paysage. Mais l'histoire dégage beaucoup de sensibilité et de douceur, et j'ai aimé le dernier plan qui permet une fin très ouverte. Un film qui m'a très agréablement surprise car il n'est ni voyeur ni complaisant.
Lire les billets de Yuko (mitigée) et ffred (très positif) ainsi que celui de Chris.

NB du 27 février 2017: Moonlight vient d'être récompensé par trois Oscars (dont celui du meilleur film), amplement mérités.

En revanche, Loving de Jeff Nichols, qui a reçu de bonnes critiques, m'a passablement ennuyée voire plus, et je n'ai pas été émue par cette histoire. J'ai trouvé par exemple que le visage de Joel Edgerton qui joue Richard Loving était inexpressif. Je n'ai pas cru une seconde qu'il aimait Mildred, ou alors ses sentiments sont très enfouis. Et pourtant, j'aurais dû être touchée par cette histoire d'amour vraie entre un Blanc et une Noire à la fin des années 50, dans l'Etat de Virginie, où les mariages mixtes étaient interdits. Un jour, Richard décide d'épouser Mildred (qu'il surnomme "brindille) dans le district de Columbia voisin. Dès leur retour, ils sont arrêtés et mis en prison. Traduits devant un tribunal du comté, ils seront condamnés à ne plus vivre en Virginie pendant 25 ans. Leur histoire va faire date et sera plaidé jusqu'à la Cour suprême. On voit le temps qui passe avec les trois enfants du couple qui naîtront et au fait que Mildred mûrit (l'actrice est bien). Ce qui pêche vraiment, c'est Richard dont le visage (je le répète) n'exprime aucun sentiment. Et on ne le voit pas vieillir avec ses cheveux ras. Un film que je ne conseille pas plus que cela.
Lire le billet très positif de Pascale. Je n'en dirais pas autant de celui de ffred (je me sens moins seule).

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lundi 23 janvier 2017

Il a déjà tes yeux - Lucien Jean-Baptiste

Voici un film français sympathique et touchant (j'avais la larme à l'oeil à la fin). Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste narre l'histoire d'un jeune couple de Noirs, Salimata (Aïssa Maïga), d'origine africaine, et Paul Aloka (Lucien Jean-Baptiste), d'origine antillaise, qui a ouvert un magasin de fleurs tout récemment. Ils sont en attente d'un enfant à adopter, Sali ne pouvant pas en avoir. Ils n'ont exprimé aucun souhait particulier tant pour le sexe que pour l'origine du bébé. Une association d'aide à l'enfance décide de faire un cas d'école. Le bébé qu'on confie à Sali et Paul s'appelle Benjamin, un blondinet aux yeux bleus "né sous X". Benjamin, en parfaite santé, a tout de même du mal à terminer ses biberons. La vie de Sali et Paul est bien entendu bouleversée par l'arrivée de ce bébé, d'autant plus que Claire Mallet (Zabou Breitman), l'assistante sociale persuadée que cette adoption ne marchera pas, n'arrête pas de leur faire des visites impromptues en allant chez eux. L'adoption définitive ne doit pas intervenir avant six mois. Les parents de Sali voient aussi d'un très mauvais oeil qu'un petit blanc devienne leur petit-fils. Heureusement, Sali et Paul reçoivent des soutiens de part et d'autre et en particulier d'un copain de Paul, Manu (Vincent Elbaz, inénarrable avec ses lunettes de myope). Je ne vous dévoilerai pas toutes les péripéties souvent très drôles. Il faut aller voir le film qui fait un bien fou. Ffred et Géraldine le recommandent aussi.

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jeudi 5 janvier 2017

Paterson - Jim Jarmusch

Paterson de Jim Jarmusch, le dernier film que j'ai vu en 2016, semble diviser sur les blogs. En ce qui me concerne, j'ai bien aimé suivre une semaine relativement routinière dans la vie de Paterson, chauffeur de bus dans la ville de Paterson, New Jersey. Paterson, un trentenaire, vit dans un pavillon avec Laura, sa jeune épouse, et son dogue anglais, Marvin. Tous les jours, entre 6H10 et 6H30, Paterson se réveille en quittant les bras de Laura. Puis il s'en va avec sa gamelle et son carnet sur lequel il écrit des vers (ça va mal se terminer), juste avant de faire démarrer son bus. Paterson effectue ses parcours dans la ville tranquillement. Il arrive que l'engin tombe en panne. Quand il rentre le soir, Laura est là qui lui a préparé à dîner. Elle fait aussi des muffins noir et blanc pour une kermesse, elle commande une guitare par internet (pour s'initier), et accessoirement, repeint aussi la maison en noir et blanc (rideaux compris). Après dîner, Paterson prend le prétexte de sortir le chien et s'arrête à un bar où il a ses habitudes. Je ne sais pas ce que vont devenir Paterson, sa femme et son chien, mais la douceur qui se dégage de l'ensemble fait du bien. Et il faudrait que je découvre le poète William Carlos Williams dont il est fait mention dans le film.

Lire les billets de Mymp, Alex-6, Chris qui s'est beaucoup ennuyé, et Pascale.

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jeudi 4 août 2016

Man on High Heels - Jin Jang

Après The Strangers, voici un autre film sud-coréen que je conseille. J'ai vu les deux films à un jour d'intervalle. Une fois de plus, je constate que ce film venu d'Asie porte un titre anglais. C'est devenu courant. Pourquoi ne pas avoir laissé le titre original (Hai-hil) ou le sortir avec un titre français? Je ferme la parenthèse.

Man on High Heels est le premier film de Jin-Jang (qui réalise des films depuis 20 ans) à bénéficier d'une sortie en France. C'est peut-être parce qu'il a été récompensé du Grand prix au dernier festival policier de Beaune. Man on High Heels ("L'homme aux talons hauts") raconte une histoire originale. Ji-Wook est un flic de légende qui est admiré de tous, même par la pègre locale. Ji-Wook est un homme grand, beau et athlétique, qui veut devenir une femme. Quand il s'habille en femme avec des hauts talons, il a beaucoup de classe. Mais son secret est bien gardé dans ce pays très machiste. Quelques flash-back avec une musique un peu sirupeuse montrent Ji-Wook adolescent amoureux d'un camarade. Pour en venir à l'histoire purement polar, on assiste à une séquence d'ouverture grandiose. Ji-Wook, sans se servir de son revolver à 6 coups, arrive à mettre KO une dizaine d'hommes dans une salle de restaurant. Le combat est chorégraphié comme un ballet. Tout comme, plus tard dans le film, la séquence de lutte avec des parapluies. Ji-Wook envoie à l'hôpital un chef mafieux dans un état grave, le frère de ce dernier en profite pour essayer de devenir à son tour le chef. Les dernières scènes sont sanglantes mais il y a une certaine distanciation dans la façon de filmer. Ce film de 2H05 m'a vraiment beaucoup plu. A voir rien que pour les séquences décrites ci-dessus. Lire le billet d'Alex-6.

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vendredi 3 juin 2016

Men and chicken - Anders-Thomas Jensen

Men and Chicken est un film danois qui m'a plu. L'histoire sort de l'ordinaire (elle rappelle celle de L'île du Docteur Moreau de H. G. Wells) mais on ne pouvait pas s'attendre à autre chose de la part du réalisateur d'Adam's apples (2005) et du film Les bouchers verts (2003). Elias (Mads Mikkelsen, méconnaissable avec ses cheveux permanentés) et son frère Gabriel (David Dencik) apprennent que l'homme qui vient de décéder à l'hôpital n'était pas leur père biologique. Leur père biologique qui vit retiré sur une île danoise s'appelle Evelio Thanatos (!). Dès leur arrivée dans l'île, Gabriel et Elias, tous deux défigurés par un bec-de-lièvre, se mettent en quête de rencontrer leur vrai père. Celui-ci vit dans un ancien sanatorium délabré (c'est un euphémisme) où s'ébattent poulets, dindons, chèvres et moutons, et un gros taureau appelé Isaac. A la place du père, Gabriel et Elias sont très mal accueillis à coups d'animaux empaillés par trois hommes, Franz, Gregor et Joseph, avec les mêmes becs-de-lièvre déformant leurs visages. Il s'agit en réalité de leurs trois demi-frères. On apprend assez vite qu'Evelio, dont le corps momifié repose dans une pièce de la demeure, pratiquait des expériences sur sa progéniture et sur les animaux autour de lui. Je n'en dirai pas plus sur cette histoire tragi-comique qui m'a fait sourire. J'ai trouvé qu'il avait beaucoup d'humanité dans le propos et dans le traitement des personnages. Lire le billet de choupynette.

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lundi 14 décembre 2015

C'est quoi ce travail? - Luc Joulé et Sébastien Jousse

[Ceci n'est pas un billet de dasola, mais de ta d loi du cine, "squatter" sur son blog]

Un vacarme de machine, et ces machines en action en gros plan. Où sommes-nous, que se passe-t-il? Et puis la caméra élargit le champ, nous voyons un micro au bout d'une perche, et Nicolas Frize les écouteurs aux oreilles. Ce film, C'est quoi ce travail?, est l'aboutissement d'une "performance" artistique, la captation des "bruits" (les sons, mais aussi les mots) d'une usine automobile (l'usine PSA Peugeot Citroën à Saint-Ouen [93]), où le compositeur s'est immergé de 2012 à 2014 pour en tirer une oeuvre musicale. Le film montre donc son travail créatif. Mais pas seulement. Le reportage sur l'artiste créant son oeuvre "en résidence" ouvre aussi la parole des ouvriers (et ouvrières) à leur poste de travail, au "contremaître", au mécanicien des robots ("outilleur")... Chacun a son histoire (plus ou moins d'années en poste), et sa dignité concernant son travail (même s'il est alimentaire - il faut bien gagner de quoi faire manger les enfants!). On voit que, dans cet univers mécanique, il y a la place accrue du robot, mais toujours le facteur humain (vérifier que le robot ne "déraille" pas, avoir des réparateurs qui "tournent" et vérifient en permanence...). Certains sont fiers d'apporter leur touche personnelle (rangement minutieux des pièces usinées en sortie de chaîne, pour l'un; choix des modalités d'exécution et de l'ordre des opérations pour le tourneur-fraiseur qui doit réaliser une pièce n'existant encore que sur le papier; ou même l'apport de plantes en pot qui font apparaître un peu de verdure dans cet univers métallique...). Ils sont interviewés et se livrent avec pudeur; mais ils deviennent aussi témoins et "exécutants" de la musique de leur usine (habituellement, leurs oreilles sont protégées - d'où un peu d'émerveillement quand Nicolas Frize leur fait "entendre", avec son matériel, ce que chante leur poste). J'ai notamment relevé parmi les dizaines d'interviews le "rôle" du contremaître exprimant à peu près quelque chose comme: "je vais pas dire que je les aime. Mais je veille à eux, c'est mon équipe et c'est mon boulot. Je dois leur faire passer les messages de la direction même si je ne suis pas d'accord. En contrepartie, je fais remonter leurs remarques: ce sont eux qui sont "sur le terrain" et qui peuvent savoir". Ce que c'est que ce travail? On comprend qu'il ait fallu des mois pour mettre en harmonie la cacophonie, on voit le compositeur accorder des chutes de métal brut pour en faire une sorte de xylophone. Les scènes de répétition (mise en place du rythme de la récitation poétique) pour la représentation finale m'ont rappelé Léonard Bernstein* que j'avais vu à la télé dirigeant une répétition de West Side Story en studio. Comme des silences dans la musique, interviennent vers la fin les temps de pause, avant une sorte de marée humaine, d'invasion (appropriation?) des lieux par les familles endimanchées, pour la représentation finale, suivie (symboliquement) de la sortie de l'usine.

Ca ne peut guère se raconter, il faut le voir et l'entendre. Sorti le 14 octobre à Paris, C'est quoi ce travail? passe encore cette semaine, dans une unique salle à Paris, à une seule séance hebdomadaire, ce lundi 14/12/2015 après-midi. J'espère que ce beau film ne tardera pas à connaître d'autres modes de diffusion.

C'EST QUOI CE TRAVAIL ? - Bande annonce from Shellac Sud on Vimeo.

* Oups, j'avais écorché son nom... Merci Miriam!

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lundi 16 novembre 2015

Silex and the city 6 - Jul / Les vieux fourneaux (celui qui part) - Lupano & Cauuet / Le papyrus de César - JY Ferri & D Conrad

Dans cette période très triste, afin d'égayer (un tout petit peu) l'atmosphère, voici trois BD qui devraient faire l'affaire (enfin je l'espère).

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Dans Silex and the city  6. Merci pour ce Mammouth de Jul (Dargaud, 46 pages), on retrouve avec grand plaisir toute la famille Dotcom. Le jeune Rahan de la Pétaudière, fils et héritier de Crao de la Pétaudière, patron d'EDF (Energie Du Feu) annonce à son père qu'il est amoureux de Web, la fille des Dotcom. Crao pense que ce serait une mésalliance. Il trouve que Web de par ses origines "homo-sapiens à peine bipède" n'est pas digne de s'unir à une famille dont les origines remontent à "Troglodyte le Téméraire". De là, quelques pages sont consacrées à ce qui s'est passé avant et après 1 789 000 avant J.-C. A leur tour, les Dotcom vont essayer de reconstituer leur arbre généalogique. Ils apprennent grâce à des cro-mormons que les membres de la famille Dotcom n'ont pas à rougir de leur lignée. Tout le reste de l'album est consacré aux différents préparatifs du mariage car bien évidemment Crao de la Pétaudière impose un mariage religieux. Le dessin de la couverture ressemble beaucoup à la dernière vignette de l'album. Ce n'est pas mon album préféré des six, mais c'est sympa quand même, et, bien entendu, j'attends la suite. Lire les billets sur les albums précédents, ici, ici, ici et .

Je passe au nouvel album d'Astérix, le 36ème, Le papyrus de César, de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (éd. Albert René, 48 pages) dans lequel César doit publier ses "Commentaires sur la Guerre des Gaules". Un chapitre fait tâche, le 24ème, dans lequel il admet qu'un village gaulois en Armorique lui résiste. Un conseiller nommé Promoplus lui dit de supprimer ce chapitre. Ce bout de papyrus va être subtilisé par un scribe muet (Bigdatha) qui n'a pas voix au chapitre. Le livre est un succès (50 exemplaires écoulés), mais ce chapitre manquant va bien entendu provoquer un certain émoi dans le village gaulois nettement plus intéressé malgré tout par l'horoscope du druide Appolosix. Les soldats romains autour du village sont désormais au goût du jour pour recevoir et envoyer des informations: ils ont les pigeons voyageurs dans le cadre d'une offre illimitée. Je ne vous dis rien de plus sur cet album amusant. Je l'ai trouvé réussi, avec plein de références à propos des moyens de communication, de l'information en direct, etc. Didier Conrad fait oublier que ce n'est pas Uderzo qui dessine.

Je termine par l'album que j'attendais (comme d'autres blogueurs), le troisième tome des Vieux fourneaux - Celui qui part. Il est paru le 13 novembre 2015. Je tiens à repréciser qu'il est préférable de lire les tomes dans l'ordre. Ici, un rappel des deux premiers tomes. Dans ce troisième tome,  on retrouve Emile, Antoine et Pierrot ainsi que Sophie, la petite-fille d'Antoine. L'histoire est cette fois ci centrée sur Emile (dit Mimile) et son passé d'ancien joueur de rugby parti vers l'hémisphère sud du jour au lendemain en 1955. Il naviguera de rafiot en rafiot et se liera d'amitié avec un Australien appelé Errol. En sa compagnie, ils seront chasseurs de trésor d'épaves enfouies. La fuite de Mimile fut provoquée par le terrain de rugby communal rendu inutilisable par une dénommée Berthe. 50 ans plus tard, Sophie, grâce à son entêtement, va apprendre des choses pas glorieuses du tout sur Antoine, Pierrot et Mimile en rapport avec Berthe. Pendant ce temps là, en pointillé, on suit les tribulations de Pierrot déguisé en abeille dans le cadre d'une action du groupe "Ni yeux, ni maître". Comme dans les tomes précédents, il y a des réparties très drôles mais il y a des moments plus doux amers. Une fois de plus, on voit que Sophie sait séparer le bon grain de l'ivraie. Un quatrième et a priori dernier tome est prévu. Il concernera plutôt Sophie. J'ai hâte.

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