mardi 20 avril 2021

Trois films "Collection Film noir" en attendant que les cinémas rouvrent

P1120321

Je dois dire que je n'ai jamais vu autant de films en DVD que ces derniers mois. Comme je ne suis abonnée à aucune plate-forme comme Netflix ou OCS, je profite du support DVD qui est bien pratique, même si le cinéma grand écran, c'est mieux.

Voici trois films ressortis récemment et qui sont brillamment présentés par un trio de choc: le regretté Bertrand Tavernier, Patrice Brion (Le cinéma de minuit) et François Guérif qui livrent leurs  sentiments sur des films peu vus ou peu connus (en tout cas, en ce qui me concerne). 

Je commence par Du plomb pour l'inspecteur (Push-over en VO) de Richard Quine qui date de 1954 (et sorti en février 1955) où apparaît pour la première fois Kim Novak qui avait 21 ans à l'époque. On a fait des comparaisons avec le film de Billy Wilder, Assurance sur la mort, réalisé dix ans plus tôt. Ce n'est pas tout à fait du même niveau, à part le fait que le rôle principal est tenu par le même acteur Fred McMurray, mais la comparaison s'arrête là. Dans Du plomb pour l'inspecteur, il interprète Paul Sheridan, un policier qui tombe amoureux de Lona McLane, une jeune femme, maîtresse d'un gangster qui vient de commettre un hold-up. Evidemment, le policier ne sait pas trop quoi faire entre son devoir et et ses sentiments. Kim Novak est bien et il faut noter la présence de Dorothy Malone, dans un rôle pas si secondaire que cela. Pour l'anecdote, le réalisateur est tombé amoureux de Kim Novak et il l'a fait tourner dans trois fims par la suite dont L'adorable voisine en 1958. 

Je passe à Des pas dans le brouillard (Footsteps in the Fog en VO) d'Arthur Lubin (réalisateur américain qui m'est inconnu mais qui a fait débuter Clint Eastwood au début des années 50). Le film est sorti en France en 1955. Il réunit Stewart Granger et Jean Simmons qui étaient mari et femme à l'époque. Il faut noter que le chef opérateur de ce film, Christopher Challis, a travaillé sur les films les plus connus de Michael Powell et Emeric Pressburger à la fin des années 40. Tout cela pour dire que ce film de genre "gothique" se laisse voir agréablement, avec une très belle photo. Au tout début des années 1900, Stephen Lowry vient d'assister à l'enterrement de son épouse morte subitement. Revenu dans sa grande demeure, Stephen Lowry, en regardant un tableau représentant sa femme défunte, se met à sourire. C'est lui qui l'a empoisonnée. Il va pouvoir profiter des biens que sa femme lui a laissés. Mais il néglige le fait que Lily Watkins, la servante de la maison, avec ses jolis yeux et son air mutin, sait ce qui s'est passé. Et elle va le faire le faire chanter en lui demandant de devenir la gouvernante de la maison. Je vous laisse découvrir la suite. 

Je termine avec Le Dahlia bleu (The Blue Dahlia) de George Marshall, d'après un scénario de Raymond Chandler (qui été nommé aux Oscars). Le film sorti en 1948 en France réunit Veronica Lake et Allan Ladd. Johnny Morrison (Alan Ladd) vient d'être démobilisé. Il revient à Los Angeles avec deux camarades de la marine dont l'un a quelques troubles neurologiques. Il porte une plaque de métal à un endroit de son crâne. Johnny s'empresse d'aller retrouver sa femme qui semble s'être consolée de la mort de leur jeune fils dans les bras d'un autre, Eddie Harwood (Howard da Silva), patron d'un club, "Le dahlia bleu". Johnny très en colère part très vite, et le lendemain, la femme de Johnny est retrouvée morte chez elle. Evidemment, tout accuse Johnny qui va trouver un soutien inattendu en la personne de Joyce Harwood (Veronica Lake), séparée de son mari. Bertrand Tavernier rappelle qu'Howard da Silva était un très bon acteur qui a été victime du McCarthysme. On n'a pas manqué de nous rappeler qu'Allan Ladd étant petit par la taille, ses partenaires féminines étaient filmées souvent assises face à lui, ou alors, il était filmé sans que l'on voit le bas de ses jambes car il était monté sur quelque chose pour le surélever. Raymond Chandler a été obligé de reécrire la fin car la marine des Etats-Unis ne pouvait pas accepter que l'un des leurs soit un meurtrier. 

Je vous suggère de voir les suppléments avant de visionner chaque film de cette "Collection film noir". Ils situent bien chaque oeuvre.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

lundi 5 avril 2021

La Corée en feu - Jack London / Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 - Hugo Pratt

Challenge jack london 2copie                  Challenge_coreen                   DesHistoiresetdesBulles

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 jusqu'après mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) chronique encore un "10/18", que j'avais acheté en 1996. Et je fais ainsi d'une pierre deux coups avec le Challenge coréen proposé par Cristie (jusqu'au 21/04/2021 - il était temps!). Et même - hop! - trois coups avec le Challenge "Des histoires et des bulles" commencé le 1er avril 2021 chez Noctenbulle.

P1120263

La Corée en feu, c'est le titre sous lequel ont été regroupés et publiés en anglais en 1970, dans le volume Jack London Reports, 24 articles rédigés par notre auteur dans le cadre d'un reportage comme "correspondant de guerre" durant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Le volume français comprend également une trentaine de lettres à Charmian Kittredge, secrétaire et future épouse de London (après son divorce d'avec sa première épouse et mère de ses filles). Le copyright indique "Union Générale d'édition, 1982" (le traducteur, Jean-Louis Postif [fils de Louis], adresse ses vifs remerciements à M. Michael Aaron, qui a bien voulu l'aider à résoudre certaines difficultés de traduction). Dans cet ouvrage, les articles écrits "sur le terrain" sont chapitrés de I (1) à XXII [22]. Ils ont été rédigés pour le quotidien de San Francisco The Examiner (appartenant à William Randolph Hearst). Oui, le même Hearst qui aurait dit quelques années plus tôt à son illustrateur Frederic Remington, à propos de la guerre hispano-américaine de 1898 à Cuba: "vous fournissez les images et moi je vous fournirai la guerre". Plusieurs journaux dont celui de Hearst avaient proposé à London, quelques semaines avant que la guerre, prévisible, n'éclate entre la Russie et le Japon, de partir la couvrir sur place. Dans ce livre, nous pouvons donc découvrir une autre facette de l'auteur Jack London, outre les oeuvres militantes, les fictions inspirées par ses propres aventures, les récits de croisières... Ici, ce sont la vie et les mésaventures d'un correspondant de guerre "embedded" par l'armée japonaise qui "montait", en Corée, à la rencontre des Russes, qui nous sont surtout racontées. 

Ouvrons une parenthèse que les blogueurs-euses qui ne s'intéressent pas à l'Histoire peuvent ne pas lire. Pour dire deux mots de l'arrière-plan historico-politique (l'actualité de l'époque, que tout le monde connaissait il y a 117 ans, et qu'il était donc inutile de rappeler aux lecteurs contemporains des faits): le Japon s'était révélé au monde comme puissance montante lors d'une guerre contre la Chine en 1894-95 pour le contrôle de la Corée. Mais il avait l'impression de s'être fait dépouiller de sa victoire sous les pressions de puissances européennes ("triple intervention" de la Russie, la France et l'Allemagne). La Russie y avait obtenu de la Chine la concession de Port-Arthur (à l'extrême sud de la péninsule du Liaodong) pour 25 ans. Moins de neuf ans plus tard, au début de 1904, le Japon cherche à se faire reconnaître comme puissance régionale à part entière face aux impérialismes européens, cependant que la Russie poursuit sa politique ancestrale d'accès aux "mers chaudes". La Corée, disputée entre les deux pays, était dirigée par Kojong (né en 1852, roi depuis 1864, empereur depuis 1897, il abdiquera en 1907 et mourra en 1919). Les raisons immédiates du conflit qui finit par éclater en 1904 sont le contrôle de la Corée et surtout de la Mandchourie (ultimatum du Japon à la Russie au sujet de la Mandchourie le 13 janvier 1904). Fin de la parenthèse historique, revenons à London.

Notre journaliste a quitté San Francisco le 7 janvier 1904 à destination de Yokohama avec "de belles idées sur ce que devait être le travail d'un correspondant de guerre. (...) En bref, je suis venu à la guerre dans l'attente d'émotions. Mes seules émotions ont été l'indignation et l'irritation" (article du 2 juin 1904). Ses articles ont été rédigés entre le 3 février 1904 et le 1er juillet 1904, mais publiés parfois plus de trois semaines après leur rédaction (ou même jamais publiés, pour le N°XIII du 13/03/1904). La guerre a officiellement débuté le 8 février 1904. Le premier article de London, écrit quelques jours avant au Japon, dans le port de Shimonoseki, a été publié à San Francisco seulement le 27 février. Il retrace ses mésaventures pour quelques photos prises au Japon (interrogatoire, appareil confisqué, jugement...). Le suivant date du 26 février: London est enfin parvenu en Corée, ayant débarqué à Chemulpo (aujourd'hui Incheon). Les différents épisodes du reportage sont d'abord traité sur le mode comique (la montée "au front" s'avérant... plus que difficile pour les correspondants de guerre!): London raconte essentiellement ses problèmes de la vie quotidienne, les différences de langue, de culture... Il faut se rappeler que la transmission de ses articles était soumise au bon vouloir des Japonais et de leur censure. Dans certains articles, il mentionne les deux collègues les plus proches de lui (Jones / Dunn, et McLeod / Mackensie), seuls à avoir pu passer du Japon en Corée - cependant que leurs confrères restés au Japon s'arrangeront pour les faire "ramener vers l'arrière" au nom de l'égalité de traitement. Les officiels japonais exigent des autorisations pour tout voyage, qualifient toute information de "secrète", ... et empêchent ainsi nos reporters de "faire leur travail" sur les opérations des belligérants, London "meuble" donc avec le récit de son propre quotidien.

La vraie guerre (avec des morts et des prisonniers - des "blancs aux yeux bleus" dont London se sent plus proche que des soldats Japonais qu'il accompagne) arrive au chapitre XVII (alors que le précédent, 10 ans avant la guerre de 14, annonçait avec optimisme "quand les machines de guerre deviendront pratiquement parfaites, il n'y aura plus du tout de massacres". Le tournant terrestre de cette guerre "en" Corée est la bataille du fleuve Yalou: London n'en a pas vu grand-chose (pas plus que Fabrice del Dongo à Waterloo - mais le héros de Stendhal n'était pas "correspondant de guerre"!). Pour ma part, c'est l'article on ne peut plus clair de Wikipedia "Bataille du fleuve Yalou (1904)", consulté le 28/03/2021, qui m'a permis de comprendre comment les combats s'étaient déroulés. London sera rentré en Amérique bien avant la capitulation de Port-Arthur en janvier 1905: son dernier article, dicté à San Francisco le 1er juillet 1904, est titré "Comment le Japon rend inutile la mission des correspondants de guerre". Il fait état d'observations que l'on peut aujourd'hui juger oiseuses sur les différences de mentalités entre Japonais et "blancs". L'ambiance locale en Corée contient parfois des considérations dignes des premiers Tintin d'Hergé (avant sa prise de conscience pour Le Lotus bleu). Concernant la présence à éclipse des villageois coréens dans les articles, on peut supposer que ceux-ci se rappelaient sans doute les ravages et exactions de la guerre sino-japonaise moins d'une décennie auparavant. Après les "Lettres de Corée à Chamian Kittredge", parfois redondantes avec les articles, le volume se termine par deux articles rédigés ultérieurement: "Le péril jaune", septembre 1904 (encore pour The Examiner), et "Si le Japon réveille la Chine..." (publié en 1910 dans le Sunset Magazine). Ce dernier n'est pas sans lien avec la nouvelle d'anticipation "L'invasion sans pareille" dont j'ai déjà parlé (1910 aussi). 

***************

Mais ce reportage de London sur la guerre russo-japonaise a aussi donné lieu, des décennies plus tard, à une oeuvre fictionnelle, dont je vais dire quelques mots. 

P1120262

Pour mémoire, l'album de BD d'Hugo Pratt Corto Maltese, la jeunesse 1904-1905 (Casterman 1983, réédité plus tard sous le titre La jeunesse de Corto) évoque la rencontre (fictive, bien sûr) de Jack London avec le héros prattien Corto Maltese. Dans cet album que j'avais acquis il y a plus de 20 ans auprès d'une collègue qui liquidait la BDthèque de son ex après leur séparation, le personnage de Jack London apparaît dès la 6ème planche (p.17), cependant qu'on ne découvre Corto Maltese, en pricipe le héros, qu'à la 17ème planche. Ensuite, il n'y a plus que quatre planches où l'on ne voit pas au moins une fois London. Corto, lui, figure au total dans à peine deux douzaines de vignettes (si, je vous jure, j'ai compté!), contre plus de 180 pour Jack London.

Dans cette fiction, notre reporter risque à plusieurs reprises sa vie dans des aventures qu'il n'a certes pas écrites. Prat lui fait dire: "moi, j'écris des romans d'aventure,donc je dois vivre l'aventure" ou encore "j'ai souvent dû faire face à des situations difficiles. Avec les pêcheurs grecs, italiens, chinois. Avec les contrebandiers d'huitres à San Francisco... On y mourrait facilement, dans ce port... En Alaska aussi, il était facile de mourir pendant la ruée vers l'or, ou bien de désespoir après un mariage raté...". 

 P1120265  P1120266  P1120264

Selon ce que j'ai trouvé sur internet, cette aventure de Corto Maltese, publié en 1981-82 dans Le Matin de Paris, aurait dû avoir une suite, couvrant les années 1905-06, mais un désaccord avec le quotidien a empêché leur parution. Il semble que des éditions plus récentes que la mienne en contiennent les 27 premières pages? Je ne sais pas si London y apparaissait, sans doute que non, il devait suffire à Pratt de l'avoir "inséré" sur le front de Moukden, en Mandchourie, bien des mois après son retour réel en Amérique...

***************

Enfin, pour ceux et celles qui chercheraient chez les bouquinstes de vieilles éditions de London en français, je signale qu'on peut trouver pas mal d'informations sur une page web déjà ancienne.

Je sais, cet article est bien trop long. Si j'écoutais dasola, je devrais tout jeter, et recommencer en 20 lignes maximum!

(1) Je suppose que, si on les rééditait aujourd'hui, ils seraient numérotés en chiffres arabes et non en chiffres romains... alors que j'ai lu dans la presse l'abandon par le musée Carnavalet de cette "numérotation savante", suivant l'exemple (?) du Louvre. Quelle bêtise... 

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 31 mars 2021

Un voisin trop discret - Iain Levison

P1120286

Je ne sais pas si c'est un vaccin contre la morosité (comme l'affirmait le bandeau qui entourait le roman), mais j'ai bien apprécié la lecture d'Un voisin trop discret (Editions Liana Levi, 218 pages) dont l'histoire se passe de nos jours entre le Texas, Seattle et la côte Est des Etats-Unis avec une incursion en Afghanistan et à Dubaï. Jim, la soixantaine, est chauffeur Uber depuis quelques années sur la côte Est des Etats-Unis. Il vit seul. Un jour, il voit arriver une jeune femme, Corina, et son fils Dylan, qui deviennent ses voisins de palier. Ancienne strip-teaseuse, elle s'est mariée avec Robert Grolsch, un sniper appartenant au "159ème" (Opérations spéciales) qui exerce ses "talents" dans les montagnes d'Afghanistan. C'est un homme peu sympathique qui trompe sa femme et vide le compte commun du couple pour mener la belle vie avec Leann Sullivan, sa supérieure hiérarchique à Dubaï. Pendant ce temps-là, à Bennett au Texas, Kyle Boggs annonce à Madison, une amie d'enfance, qu'il est gay. Il lui propose néanmoins de se marier avec elle juste avant de partir en Afghanistan au 159ème (Opérations spéciales). Cela lui permettra, il l'espère, de faire carrière plus tard dans la politique après avoir été transféré au Département d'Etat. Les célibataires n'ont pas cette possibilité. Kyle vante à Madison tous les avantages qu'elle peut trouver dans cette union. En particulier, elle pourra faire soigner son petit garçon Davis qui a une maladie de l'estomac. La vie de Jim, qui aime avoir la paix, va être mêler à un drame familial dont il est l'acteur principal. Et on va découvrir que non seulement il sait crocheter les portes, mais aussi qu'il sait se servir d'une queue de billard. Il faut dire qu'il a un petit magot caché dans une armoire. Je ne vous dirai rien de plus sauf qu'il faut lire le roman jusqu'à la dernière page. Lire le billet d'Encore du noir.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,
lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

 FilsduSoleil

Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

P1120228 (traduction Louis Postif, revue par Frédéric Klein)

Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).

mercredi 17 mars 2021

Films vus en DVD en attendant la réouverture des cinémas (14): Serpico et Le crime de l'Orient-Express - Sidney Lumet

Décidément, je n'arrête pas de chroniquer des films de Sidney Lumet. Après The Verdict, Le gang Anderson, Network, The Offense, La colline des hommes perdus, voici un billet sur deux films très différents, Serpico (1973) et Le crime de l'Orient-Express (1974).

P1120254

Serpico est une sorte de biographie filmique sur un flic, Franck Serpico (né en 1936), qui a voulu rester intègre pendant les 11 ans où il a été policier de terrain à New-York. Il a constaté pendant cette période que des collègues était corrompus: ils rackettaient différentes personnes dont des dealers. Pendant onze ans, on le voit changer de coiffure, se faire pousser la barbe, les cheveux et la moustache, se fondre dans le décor, mais pas une fois il n'a pas voulu prendre l'argent qu'on lui proposait. Il s'est bien entendu mis tous ses collègues à dos sauf quelques-uns. Il a eu plusieurs petites amies qui l'ont laissé tomber parce que Serpico faisait passer son métier avant tout. Malgré les menaces et fausses accusations (comme celui d'être homosexuel) venant de toutes parts, Serpico a tenu bon jusqu'à témoigner dans une commission. Ce fut un vrai lanceur d'alerte. Dans les bonus, on apprend que les premières scènes du film ont été tournées à la fin quand Al Pacino a pu se raser la moustache, la barbe et qu'il a pu se faire couper les cheveux. Il y a une interview de Franck Serpico qui dit que certaines scènes ne sont pas fidèles à ce qu'il a vécu. Après avoir reçu une balle en plein visage lors d'une arrestation au domicile de dealers de drogue, il est devenu sourd d'une oreille et il a des douleurs à la tête à cause de fragments de balle qui n'ont pas pu être enlevés. Je crois que je n'avais jamais vu ce film en entier. Il m'a bien plu. 

P1120256

Il y a longtemps que je voulais parler du Crime de l'Orient-Express (1974) d'après le roman d'Agatha Christie. C'est autre chose que le film récent de Kenneth Branagh. Le film de Sidney Lumet, c'est surtout le plaisir de voir des acteurs de légendes comme Lauren Bacall, Richard Widmark, Ingrid Bergman, Albert Finney dans le rôle de Poirot, Jacqueline Bisset, Anthony Perkins, Vanessa Redgrave, John Gielgud, Michael York, Jean-Pierre Cassel et même Sean Connery qui est très bien. Je ne vous ferai pas l'injure de vous raconter l'histoire que tout le monde connaît. Je l'ai vu à l'époque de sa sortie où il y avait encore des ouvreuses qui passaient dans les salle pour vendre bonbons et chocolats glacés. Nostalgie quand tu nous tiens...

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,

lundi 8 mars 2021

Belliou la fumée - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis mes relectures. Après tout, un billet toutes les deux semaines, c'est un rythme soutenable, non?

P1120196

L'édition en "10-18" ci-dessus, titrée Belliou la fumée (1982, 342 pages), regroupe les 12 nouvelles publiées en recueil en VO sous le titre "Smoke Bellew" en 1912. Elles étaient/avaient paru(es) initialement dans Cosmopolitan (mensuel) de juin 2011 à mai 2012. Pour ma part, cela fait encore partie des London que j'avais découvert dans de vieilles éditions "Bibliothèque Verte" - collection familiale que j'ai progressivement enrichie en courant les bouquinistes en mes jeunes années. Dans la Bibliothèque Verte, le second tome qui contient les nouvelles 7 à 12 (sauf erreur de ma part) est titré La fièvre de l'or.

Ce recueil dont Christopher "Kit" Belliou (Bellew en VO) et son copain Le courtaud (Shorty) sont les fils conducteurs comprend des nouvelles de différents genres, parfois picaresques et pleines d'humour, d'autre fois plus sombres... La Fumée représente ici le héros idéal: intelligent, fort, jeune, plein d'entrain et de grandeur d'âme... et assez chanceux, aussi! London tel qu'il se rêvait? Un jeune citadin cultivé qui part, un peu par hasard, participer à la ruée vers l'or de 1897 au Kondike y trouvera la gloire, la richesse et l'amour. Il s'agit pratiquement du dernier ouvrage de Jack London consacré au Klondike, qui a nourri son oeuvre durant 13 ans (comme le remarque Francis Lacassin dans l'introduction du volume en 10-18). Si London a ramené de l'or de ces mois passés dans le froid, c'est essentiellement celui que doit transmuter l'écrivain, "l'homme à la cervelle d'or" tel que le métaphorisait Alphonse Daudet. Pour ce qui est de l'or physique, il en a tout juste ramené l'équivalent de 4,50 dollars en poudre d'or, ayant semble-t-il passé davantage de temps dans les bars à faire parler les mineurs qu'à prospecter sur le terrain, même s'il a arpenté celui-ci suffisamment pour savoir de quoi il parlerait. 

L'oeuvre romanesque se nourrit donc de ce qu'a pu capter London lors de son propre séjour au Klondike, de l'automne 1897 au printemps 1898: des hommes rudes cherchant chacun la fortune, ce qui n'exclut pas une certaine solidarité entre pairs, ni ce qui apparaît au premier abord comme de l'altruisme désintéressé pour sauver des Amérindiens victimes de la famine (épisode à rapprocher cependant de la chasse à l'élan par laquelle nos héros avaient gagné leurs premiers sous, quelques nouvelles plus tot - concurrence pour les "ressources naturelles" locales!). L'organisation en nouvelles fait que chacune doit avoir un thème et une "chute". On a en arrière-plan la faim, le froid, la fatigue (manquent juste les fluides, et on a tout ce qui fait pleurer les bébés - encore que, tomber dans de l'eau glaciale sous une mince couche de glace...?), l'avidité, la maladie (nouvelle titrée "un rebut de l'humanité")... C'est après la mort de London que l'acide ascorbutique (ou vitamine C) a été identifié dans des fruits et légumes frais. Ma nouvelle préférée reste, je pense "la course pour le numéro trois", située au milieu du recueil, pour son côté épique et son final inattendu. On termine en tout cas le volume en se demandant ce qui pourrait arriver ensuite, sur place ou ailleurs, au héros et à la charmante fille de mineur - il y a aussi une héroïne, mesdames! - qu'il a conquise (enfin, ...il se sont conquis mutuellement). 

Je possède encore quelques "10-18" regroupant des nouvelles du Klondike, je tâcherai de publier quelque chose à leur sujet (puisque ClaudiaLucia a confirmé que le Challenge Jack London continue sans limitation de durée pour le moment). Aucun(e) autre participant(e) au Challenge n'a chroniqué à ce jour Belliou la fumée, mais Chinouk en parlait il y a 5 ans.

Je dois dire, pour finir, que j'ai été très déçu en regardant ce qui est disponible en "occasions" dans la pochothèque d'une grande librairie du Quartier Latin à Paris (celle qui ne va pas fermer...), alors que je souhaitais cette fois compléter ma collection pour découvrir enfin de nouveaux titres (je possède seulement un tiers des 43 -au moins- volumes parus naguère en 10-18!): ce ne sont plus les éditions que j'y voyais et achetais il y a vingt ans (celles imprimées quelques décennies avant) qu'on y trouve, mais seulement celles parues essentiellement au XXIe siècle... comme si on ne pouvait plus trouver couramment, en "occasion", que ce qui est également disponible en "neuf" (offre purement tarifaire, donc, et non "élargissement de choix" avec une politique de fonds). Non seulement le choix est moins large, mais j'ai surtout l'impression que "c'était mieux avant", c'est-à-dire quand j'étais moi-même plus jeune! Si je veux compléter ma série 10-18 "vintage", il va falloir que je recommence carrément à courir les bouquinistes, c'est essentiel (mais sans violer le couvre-feu pour autant: pas si facile quand on travaille en horaire de bureaux). Ou alors, les bibliothèques municipales...

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,
mardi 23 février 2021

Un été à Key West - Alison Lurie

P1120209

Dans le cadre de la LC (lecture commune) d'un ouvrage écrit par Alison Lurie proposée par Aifelle le 8 décembre dernier, j'ai choisi Un été à Key West (Editions Rivages, 276 pages) publié en 1998. A l'époque, cela faisait dix ans qu'Alison Lurie (03/09/1926-03/12/2020) n'avait rien publié. J'avoue que pour ma découverte d'Alison Lurie, je n'ai peut-être pas pris son meilleur roman. L'histoire, comme le titre l'indique, se passe pratiquement intégralement à Key West, une ville située à l'extrémité occidentale de l'archipel des Keys en Floride. Key West est connue grâce à Ernest Hemingway et Tennessee Williams qui y ont habité. Mais avant d'arriver à Key West, on fait la connaissance de Wilkie et Jenny Walker dans une belle demeure de Nouvelle-Angleterre sur la côté Est des Etats-Unis. Lui est écrivain et naturaliste, septuagénaire, il vit une mauvaise passe. Il se croit atteint d'une maladie mortelle et pour cette raison, il n'arrive pas à terminer son livre sur un hêtre rouge. Il se replie sur lui-même, il refuse les dîners mondains, il ne voit plus ses enfants et ne parle pratiquement plus à sa femme Jenny, sa troisième épouse qui a 25 ans de moins que lui. Jusqu'à présent, elle était son assistante. C'est elle qui corrigeait et tapait ses manuscrits. Depuis plusieurs mois, il ne lui demande plus rien. Au vu de cette situation, Jenny persuade Wilkie de passer ensemble quelques semaines à Key West. Ils louent une maison appartenant à un jeune homme atteint du sida. Cela m'a frappée qu'Alison Lurie ait ancré son récit dans la période douloureuse du temps du sida. On en parlait beaucoup plus que maintenant. Wikie a accepté de venir car il croit qu'il pourra se suicider plus facilement en se noyant. Jenny, elle, se métamorphose. Croyant que Wilkie ne l'aime plus, elle se décide à s'ouvrir aux autres et en particulier à Lee Weiss, une femme qui a été psychothérapeute et qui est devenue la propriétaire d'une pension prospère réservée aux femmes. Autant Lee considère Wilkie comme un vieux réactionnaire, autant elle tombe sous le charme de Jenny à qui elle porte secours une après-midi après que Jenny se soit fait piquer par des méduses. Plusieurs personnages apparaissent dans le roman qui n'ont pas forcément d'interaction avec le couple. C'est léger et grave à la fois. Mais je suis malheureusement restée à l'extérieur de cette histoire qui ne m'a pas touchée. J'espère qu'Aifelle aura mieux apprécié que moi Un Eté à Key West.

Lire le billet d'Aifelle nettement plus enthousiaste et qui renvoie à d'autres blogs.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : ,
lundi 22 février 2021

Jerry chien des îles / Michaël chien de cirque - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis ma participation avec deux livres que j'ai lus en mes vertes années, car les deux font la paire. 

P1120195

Je connaissais le premier sous le titre (en Bibliothèque Verte) Jerry dans l'île, lorsque je le lisais, enfant (ce titre est resté celui de l'oeuvre, en France, jusqu'en 1982, apparemment). Le titre en VO? Jerry of the Islands. Dans mon édition en 10-18 parue en 1983, il est titré Jerry chien des îles. Pour l'autre ouvrage, on est resté sur Michaël chien de cirque. Ces deux livres figurent parmi les derniers rédigés par London, et sont parus après son décès intervenu en 1916. 

Capture d’écran 2021-02-12 à 18

Il s'agit bien de l'un des premiers Jack London que j'ai lu pour ma part (peut-être même avant Croc-blanc, dont je n'ai disposé qu'après). A l'époque, j'avalais le contenu de ces bouquins "jeunesse" au premier degré, que ce soit le Club des Cinq (Blyton) ou le Clan des Sept (Bonzon), Nomades du Nord (Curwood) ou Le Monde du Silence (Cousteau). J'étais bien incapable de différencier fiction ou réalisme, d'avoir un recul critique par rapport à ces "aventures" de blancs plus ou moins "négriers" ou "esclavagistes" qui recrutaient de la main-d'oeuvre "sauvage" pour faire marcher des plantations... tout en étant en danger d'y perdre la tête et de se faire manger le reste du corps. Cette édition doit toujours être au fond d'une bibliothèque ou d'un carton dans l'une ou l'autre des résidences secondaires familiales. Celle que j'ai extraite de ma pochothèque personnelle pour la prendre en photo (ci-dessus en 10-18), je me la suis offerte en 1995. C'est le texte intégral (trad. Claude Gilbert, 271 pages). L'histoire se déroule dans les Iles Salomon. London connaissait ces contrées pour y avoir mené une croisière. Dans un avant-propos, il évoque les réactions à un de ses livres précédents, également situé dans les mers du Sud, qui semblaient l'accuser d'affabuler sur le cannibalisme (pas celui des chiens). Dans ces contrées coloniales, blancs et "sauvages" se parlent en "bêche de mer". Bizarrement, les indigènes entre eux utilisent les mêmes tournures. Un de ses maîtres enseignera à Jerry à communiquer avec lui. Au fil du roman, Jerry passe de mains en mains (plusieurs de ses maîtres périssant de mort violente). D'abord jeune chiot élevé par le maître de la plantation où vivent ses parents, il est donné par lui au capitaine Van Horn, auquel il s'attache de tout son coeur canin. Avec le chien à bord, le bateau cabote d'île en île. La dernière escale sera funeste. Van Horn et Lerumie, l'ennemi intime de la famille chiens, seront parmi les premiers à mourir. Notre chiot appartiendra ensuite à Lamaï, le jeune fils (12 ans) de Lumaï (indigène indolent) et Lunerengo (mégère), puis à Agno, prêtre machiavélique, qui devra le céder à Bashti, le "Napoléon" de l'île. Il sera encore récupéré in extremis, échangé contre un porcelet plus succulent que lui, par le meilleur de ses maîtres indigènes, le vieil aveugle Nalasu. Enfin, le village indigène ayant subi une expédition punitive, Jerry aura l'occasion de rejoindre de nouveaux maîtres blancs, le couple de riches navigateurs Villa et Harley Kennan.

Les héros de l'histoire sont bien les chiens (deux intelligents terriers irlandais), dont l'auteur nous livre davantage les sensations instinctives (inscrites dans l'instant - et sans doute assez loin de tous "droits des animaux" tels que certains les entendent au XXIe siècle) que les pensées conscientes. Nos chiens ne disent pas "je", l'auteur leur est extérieur. Mais entre innocence canine et duplicité indigène, son coeur d'écrivain du début XXe s. semble balancer. Petite citation (p.175): "[l'un des maîtres de Jerry] était un philosophe archifroid qui attendait son heure, différent de Jerry en cela qu'il possédait le sens humain de la prévision et qu'il savait adapter ses actes à des objectifs éloignés". Je termine par une "colle": je n'ai pas réussi à mettre la main sur un Tintin où Milou aurait dit "Kaï-kaï" (j'en ai trouvé deux où il couine "Aïe aïe"...). C'est le kai-kai de London qui m'y a fait penser... Qu'en diraient mes lecteurs?

Passons maintenant à Michael chien de cirque. La prime jeunesse de ce chien-ci se déroule dans le même univers (les Iles Salomon), avant son vol par un pittoresque soulographe qui lui enseigne quelques tours en espérant pouvoir le revendre un bon prix. La première moitié du livre concerne presque davantage les pérégrinations dudit steward et de son "boy", et Michael y joue essentiellement le rôle d'un "accompagnant". On a quelques chapitres à la recherche d'une île au trésor, comme si London ne se contentait pas de s'être recueilli sur la tombe de Stevenson mais y avait aussi trouvé l'inspiration. 

P1120198Revenus à terre, et grâce aux quelques tours qu'on lui a déjà enseignés, Michael contribue à faire bouillir la marmite pour la troupe lépreuse qui l'entoure. Puis il devient enfin le héros principal à partir du moment où son talent suscite la convoitise d'un médecin puis d'un premier dompteur. Enlevé par celui-ci, il arrive en Amérique du Nord et tombe entre les griffes d'un second dresseur d'animaux, bon mari et bon père, mais au coeur de fer concernant les affaires ou les animaux. London en profite pour nous dévoiler les coulisses des tours avec animaux, en ce début de XXe siècle (une allusion au naufrage du Titanic nous donne une indication de date). Quant à Michael, une fois redécouvert son talent de chien savant, il est exhibé de de piste en piste durant plusieurs années. Avant, dans les toutes dernières pages, de retrouver les Kennan et Jerry. Voilà... Mais croyez-vous que je vous aie tout dévoilé en dix lignes? Je n'ai pas donné le titre en VO, par exemple. Ce vieil exemplaire de bibliothèque verte (sans sa jaquette!), dont les pages aujourd'hui jaunies ont été imprimées en 1957 (j'étais pas né!) compte tout de même 250 pages. Je l'avais déniché à l'époque où j'avais commencé à caresser l'idée d'installer une bouquinerie dédiée aux arts circassiens sous le chapiteau d'un cirque... sans jamais aller beaucoup plus loin que cet achat. 

Pour finir, j'ai trouvé quelques chroniques concernant ces deux livres sur la blogosphère. Pour Jerry, chez Shangols ou sur un site canin (billet non commentable). Concernant Michael, dans le blog d'une "écrivain public" (sans écriture inclusive?) et chez Cirk75, chroniques d'un circophile amateur (qui m'a appris l'existence d'un film à la fin des années 1970). 

PS: les deux titres sont aujourd'hui disponibles dans la collection Libretto.
Merci GirlyMamie, j'avais oublié de le mentionner! 

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , ,
lundi 8 février 2021

Histoires des siècles futurs - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire en quelques soirées mon recueil de nouvelles de Jack London titré Histoires des siècles futurs (publié en 10/18 en 1974), qui m'avait été offert pour un anniversaire, il y aura 40 ans cette année 2021...

  P1120183  

Lorsque j'avais manifesté mon intérêt pour ce challenge (le 8 février 2020), nous n'étions pas encore confinés, mais la presse commençait à nous seriner ses désagréables chansons sur cette maladie qui déboulait...

Si je choisis aujourd'hui (tout juste... un an plus tard) ce titre, entre une quinzaine d'autres, dans ma pochothèque personnelle, c'est que je souhaite exhumer plus particulièrement deux des nouvelles de cet auteur (mort en 1916), écrites respectivement en 1908 et 1910.

L'introduction de Francis Lacassin (qui dirigeait la série "L'Appel de la vie" chez 10/18) contextualise la rédaction des composants du recueil par rapport aux sentiments socialistes de London. Je pense que la qualification des nouvelles "inédites en français" s'applique à leur réunion en volume. En effet, elles ont été traduites par Paul Gruyer et Louis Postif (ce dernier seul pour les nouvelles autres que La peste écarlate), et ces deux traducteurs sont décédés respectivement en 1930 et 1942!

Voici une présentation, dans le désordre, du contenu de ces quelque 300 pages en français.

L'invasion sans pareille: rédigée en 1910, cette nouvelle se déroule en 1976. Elle figure en 2ème position dans le livre. En fait, le terme "invasion" peut s'appliquer à deux actions humaines successives. D'une part, la lente mais inexorable expansion chinoise, à la recherche d'un "espace vital" pour y installer l'excédent naturel de sa population, dont le reste du monde découvre l'ampleur après des décennies d'isolement chinois. Et d'autre part, les moyens que vont mettre en oeuvre les nations occidentales pour y parer. Mais en fait de "conflit de civilisations", on aboutira bien à un génocide, les uns exterminant les autres. Si j'étais aussi pessimiste que je peux parfois l'être, je songerais que London s'est juste trompé de continent. Avons-nous, dans notre monde réel et sa "realpolitic", la garantie de ne jamais voir quelque chose d'aussi sinistre se produire en Afrique? On pourrait en tout cas relever que l'écrivain n'avait pas prévu l'embrigadement par un appareil d'Etat omnipotent: en cas de fléau, les masses fuient sans que quiconque paraisse en mesure de leur ordonner de subir un couvre-feu ou de se confiner. Enfin, j'ai noté que le blog de MisterFahrenheit, dont le dernier billet remonte au 26 septembre 2016, en parle.

La peste écarlate (rédigée en 1910, publiée en anglais en 1912). C'est sans doute la nouvelle la plus connue (grâce à sa récente réédition). Il s'agit des souvenirs d'un vieillard, en 2063, qui raconte à ses descendants le cataclysme planétaire qui a pratiquement éradiqué en 2013 l'humanité, et une culture civilisée qu'ils ne peuvent imaginer. La partie la plus frappante est la description de la mort d'une civilisation, vaincue par l'infiniment petit, un peu comme les martiens de La Guerre des Mondes de Georges Wells (publié en 1898), et ce malgré la découverte, trop tardive, du sérum permettant de guérir la maladie inconnue... Je n'en dirai pas davantage, la nouvelle est bien plus riche que ce que j'ai écrit dans ces quelques lignes. ClaudiaLucia, dans le cadre de son challenge, en a parlé elle-même, ainsi que Kathel et Lily. Mais on trouve aussi, hors challenge, un billet de Philippe Dester ou un vieux billet de 2015 d'un blog qui semble en pause depuis 2019. Et j'ai souri en lisant un pseudo-entretien avec Jack London....

Bien sûr, je dois dire aussi quelques mots des trois autres nouvelles.

Goliath peut être interprétée, éventuellement, comme la nouvelle la plus optimiste. J'ignore si elle était porteuse des espoirs secrets de London, mais c'est l'une de celles qui, moi, m'a toujours fait rêver. Un dictateur mystérieux obtient, par la force (il est capable de tuer à distance qui bon lui semble, et il dispose de moyens quasi-illimités) le désarmement universel pour amener l'humanité dans un monde proprement utopique. Il commence par empêcher l'Allemagne et la France de se faire la guerre (alors qu'elles avaient tacitement décidé de se passer de sa permission). Mais est-ce bien moral?

L'ennemi du monde entier (publié en 1908): un homme injustement mis en prison finit par en sortir, et, possédant le moyen de se venger, se venge ensuite. Mais il ne s'arrête pas là, et poursuit ses attentats "nihilistes" pendant 8 ans en parcourant la terre. Il provoque même, à lui seul, une guerre entre l'Allemagne et les Etats-Unis! Il "terrorise" tellement tous les Etats qu'il amène le monde au bord du désarmement - avant que, par chance ou malchance, on l'arrête. Même le gouvernement français, fort intéressé, n'arrivera pas à lui acheter avant son exécution le secret de son pouvoir destructeur.

Un curieux fragment (publié en 1908) se présente comme un extrait d'un ouvrage en 50 volumes, publié au XLVe siècle et relatant des événements survenus au XXVIe, soit près de deux millénaires auparavant... (on notera les périodes comparables à celles séparant déroulement, rédaction ou lecture de tels ou tels événements bibliques). L'ayant lu comme un conte amer autant qu'américain, j'en retiendrais la transmission, au sein d'une population réduite quasiment en esclavage, d'une culture transmise par l'oral et par ceux qui apprennent en cachette à lire et écrire. Cela peut nous évoquer, à nous, la préservation de la culture polonaise sous l'occupation nazie (1939-1945). Ou peut-être un lien ténu avec le roman récemment paru Les furtifs d'Alain Danasio (2019), dans lequel des "cours" sont donnés en plein air à une population prolétarisée et acculturée...

Du London parfois empreint d'humour noir, à (re)découvrir, donc.

**********

PS du 12 mars 2021: d'une pierre deux coups! Je viens de m'inscrire au 9e Challenge de l'Imaginaire proposé par le blog Ma Lecturothèque (en y choisissant de chroniquer 12 livres SF avant le 31/12/2021), et j'ai eu confirmation que la présente chronique pouvait compter comme première participation!

cli9-3

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,
mardi 8 décembre 2020

Histoire du fils - Marie-Hélène Lafon

P1120134

Récompensé justement par le prix Renaudot cette année, Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, 170 pages) m'a énormément plu. L'histoire est ancrée dans le Cantal, le Puy de Dome et le Lot. On retrouve la très belle écriture de la romancière qui narre l'histoire de plusieurs personnes pendant tout le XXème siècle et qui se termine en 2008. 100 ans plus tôt, en 1908, Armand, un petit garçon de presque 5 ans meurt ébouillanté dans la cuisine familiale. Il avait un frère jumeau (Paul) et un petit frère (Georges). A 16 ans, Paul qui est en internat comme son frère Georges va séduire une jeune infirmière, Mlle Léoty, de 16 ans son aînée. Gabrielle (tel est son prénom) va se retrouver enceinte des oeuvres de Paul et accouchera d'un petit André en 1924 à Paris. Le fils du titre, c'est André, qui sera élevé par sa tante Hélène et son oncle Léon. J'ai aimé la construction du roman avec ses va-et-vient dans le temps. Et puis Marie-Hélène Lafon, c'est un style, une écriture fluide. Elle ne perd jamais son lecteur en route. Elle joue avec la ponctuation. On s'y habitue très vite.
"Les natifs de la Préfecture et de ses entours immédiats toisent volontiers les ressortissants des quatre cantons du haut pays, Allanche, Condat, Murat, Riom-ès-Montagnes, qu'ils appellent les gabatch, autrement dit les sauvages ; un mot craché, on l'écrit à peine et on le prononce à l'arrache, même si le pays bas ne saurait se départir tout à fait d'une sorte d'admiration sourde, mâtinée de crainte, pour les précieuses qualités d'endurance, de ténacité, voire d'opiniâtreté que l'on dit échues en rude partage aux sommaires indigènes du haut pays. Paul et Georges Lachalme échappaient en partie à ces étalonnages subtils, moins par leur extrace, on les savait peu ou prou fils d'aubergiste prospère, entiché de politique locale, et petits-fils de paysans, que par un charme qui n'avait pas de nom et leur tenait au corps." (p. 31).

Un roman dont j'ai savouré chaque ligne.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : , ,