jeudi 18 octobre 2012

Dans la maison - François Ozon / Le magasin des suicides - Patrice Leconte

Voici deux films qui n'ont rien en commun l'un avec l'autre, que j'ai été voir tout dernièrement et dont je voulais parler.

D'abord Dans la maison de François Ozon encensé par la critique. Pour ma part, je m'attendais peut-être à autre chose par rapport au déroulement de cette histoire. Un élève, Claude Garcia, fraîchement arrivé dans un collège "pilote", écrit des dissertations sur la vie d'une famille (qu'il côtoie en donnant des cours de maths au fils de la famille). Il ménage le suspens en terminant chaque dissertation par "A suivre". Germain, le prof de français, lit cette prose à haute voix chez lui, sa femme étant une auditrice attentive. Responsable d'une galerie d'art contemporain, elle devine assez vite que Claude est peut-être dangereux voire pervers sous son visage d'ange. Germain, écrivain raté, s'attache plus au style des textes et trouve que Claude a du potentiel. Bien entendu, un grain de sable va tout faire exploser. J'ai noté le clin d'oeil du réalisateur à Fabrice Luchini (très bien) quand ce dernier est assommé dans une séquence par un gros exemplaire du Voyage au bout de la nuit de Céline (un des textes que Luchini a interprété sur scène). Kristin Scott Thomas et Emmanuelle Seigner sont aussi pas mal du tout. C'est l'arrière-plan de l'histoire qui est bancal avec des personnages caricaturaux, comme celui du père de famille épié par Claude. Pas mal mais pas génial à mon avis.

En revanche - et tant pis pour les mauvaises critiques lues et entendues - j'ai beaucoup apprécié Le magasin des suicides de Patrice Leconte. Adapté d'un roman de Jean Teulé que je n'ai pas encore lu, ce film d'animation nous fait rencontrer une famille pas banale, les Tuvache: Mishima, Lucrèce et leur trois enfants qui sont propriétaires d'un magasin où l'on trouve tout pour se suicider. Tout est fait "maison" ou presque. Parmi les trois enfants, le petit dernier fait figure de vilain petit canard car il est heureux de vivre et sourit tout le temps à la différence des deux autres. L'histoire est ponctuée de morceaux de musique et de chansons pas mal du tout (pour mes oreilles). J'ai passé un très bon moment et je n'ai pas boudé mon plaisir.

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vendredi 24 août 2012

A perdre la raison - Joachim Lafosse

Voici un film prenant et dérangeant. De nos jours, en Belgique, Murielle (Emilie Dequenne), une belle jeune femme professeur de français, tombe amoureuse de Mounir (Tahar Rahim), marocain d'origine et fils adoptif depuis plus de 20 ans du docteur Pinget (Niels Arestrup). Pendant 1H50, on assiste, la gorge nouée, au délabrement mental de Muriel qui sombre dans la dépression, entre un mari amoureux mais complètement dominé par son père adoptif et ce docteur, personnage au charisme certain mais terrifiant, qui s'est insinué dans la vie de ce couple (devenus parents de quatre enfants (3 filles et 1 garçon). Il vit avec eux dans une grande maison. Le docteur couve ce fils en le faisant travailler à son cabinet. Pinget est un homme insaisissable et toxique qui est capable de faire du chantage par l'argent et aussi du chantage affectif. On sent que Muriel étouffe entre ces deux hommes (dont on ignore quelles furent les relations avant que Muriel n'entre dans leur vie). Elle est prise dans un étau, toute volonté annhilée. Elle sait qu'elle ne va pas bien du tout et va commettre l'irréparable qui se déroule hors-champ. Le réalisateur nous fait très bien sentir ce malaise pendant tout le film. La séquence où Muriel s'effondre en pleurant sur le volant de sa voiture en écoutant "Femmes, je vous aime" de Julien Clerc est bouleversante. Emilie Dequenne a amplement mérité son prix d'interprétation féminine dans la section "Un certain regard" du festival de Cannes de cette année. Beau film mais assez éprouvant malgré tout.

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Sinon, dans deux jours (le 26/08/12) se termine l'exposition Ahae dans le jardin des Tuileries (lire le billet enthousiaste d'Aifelle). Je m'y suis rendue et je vais être un peu rabat-joie. En effet, bien que l'exposition soit belle (encore qu'elle ne soit pas exceptionnnelle), bien présentée (il s'agit de quelques dizaines de photos parmi les 2 000 000 que l'artiste coréen a prises pendant 2 ans de sa fenêtre) et que l'entrée soit libre, j'ai constaté, dans la boutique attenante à l'expo, les prix exhorbitants pratiqués sur des produits dérivés entièrement consacrés à l'artiste. Il s'agit de livres (reliés), posters, post-it, tapis de souris, cartes postales, marque-pages, foulards (très beaux), chocolats d'une grande marque (que je connais et qui sont très bons). Je serais curieuse de savoir si les livres/catalogues à 240 euros se vendent bien. Je me suis néanmoins consolée avec les cartes de visite (voir la première photo ci-dessous) que l'on trouvait à l'entrée et à la sortie. En prêtant l'oreille à une question d'un visiteur (étranger) enthousiaste, l'expo "tourne" et elle devrait se trouver au Château de Versailles l'année prochaine.

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samedi 18 août 2012

Le prénom - Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte

Voici un billet que je publie en retard pour cause de 15 août prolongé sur quelques champs de bataille 14-18 autour de Verdun (peut-être en parlerai-je une autre fois). Après moult hésitations, je me suis décidée à aller voir la semaine dernière, plus de trois mois après sa sortie, la comédie Le prénom d'Alexandre de la Patellière et Matthieu Lamotte. Aifelle en avait dit beaucoup de bien en son temps. Cette pièce de théâtre adaptée au cinéma (on retrouve l'unité de temps, de lieu et d'action) a bien mérité son succès public. A Paris, lors d'un dîner en famille, Vincent Larcher (Patrick Bruel), qui va bientôt être papa d'un garçon, essaie de faire deviner quel prénom ont choisi sa douce et tendre et lui. De prime abord, cette devinette anodine va avoir des répercussions non négligeables, des propos aigre-doux vont s'échanger ainsi qu'une révélation vers la fin du dîner. Les cinq acteurs qui ont l'air de beaucoup s'amuser prennent plaisir à dire le texte. Du point de vue mise en scène, on sent que c'est du théâtre filmé quand il y a quelques silences entre deux répliques. Pour les retardataires qui ne l'ont pas encore vu, allez-y.

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mercredi 25 juillet 2012

Film vus et non commentés depuis le 29/05/12 (suite)

Voici trois films français que je ne conseillerais pas vraiment, à moins que vous ne sachiez pas trop quoi faire pendant vos vacances.

Mains armées de Pierre Jolivet, qui se passe entre Marseille et Paris, se suit sans déplaisir, mais l'histoire m'a paru un peu embrouillée avec la collusion entre services (banditisme et stupéfiants). Il y a de très méchants Serbes dont un qui tue un jeune flic, plus, parmi les "méchants", un flic pas très net, et, côté "gentils" deux flics, dont un père (Roschdy Zem) qui retrouve sa fille fliquette (Leïla Bekhti) après qu'il l'ait abandonné pratiquement à sa naissance, ne s'étant pas senti prêt pour être père. Faute de mieux.

Bowling de Marie-Castille Mention-Schaar, pour le plaisir de voir la région de Carhaix (Les Vieilles Charrues). Le scénario qui est tiré d'une idée (sic) manque de profondeur, de fantaisie, de quelque chose. La maternité de Carhaix est condamnée à la fermeture, et, pour ce faire, une DRH (Catherine Frot), envoyée de Paris, est chargée de mener à bien cette triste tâche. C'est sans compter que les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu et que le bowling qui est un vrai sport va jouer un rôle important. Même si le film nous montre la magnifique campagne bretonne vue du ciel, je le trouve dispensable à moins d'être une grande fan de Catherine Frot comme moi. C'est une idée de film avec une idée de scénario. Voir aussi le billet de Clara.

Paris-Manhattan, le premier film de Sophie Lellouche. Cette comédie qui se passe dans un milieu huppé où la mère a des problèmes d'alcool ne m'a pas parlé du tout. On voit une Alice (Alice Tagkoni), jeune pharmacienne fan des films de Woody Allen (à qui elle fait la conversation quand elle est toute seule) vieillir de 15 ans sans prendre une ride. Ses parents cherchent désespéremant à la marier depuis qu'Alice s'est fait "piquer" l'homme de ses rêves sous le nez par sa soeur, avocate. Nous assistons à la rencontre improbable d'Alice avec Victor (Patrick Bruel) un installateur en système d'alarme. Son personnage conquiert sa belle en la faisant rencontrer fortuitement Woody Allen himself à l'hôtel Plaza Athénée. Tout cela ne va pas bien loin. Très dispensable (à mon avis).

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dimanche 1 juillet 2012

The Deep Blue Sea - Terence Davis / La part des anges - Kenneth Loach

Heureusement qu'il y a Rachel Weisz dans The Deep Blue Sea de Terence Davies car j'ai trouvé la musique assez insupportable (un peu solennelle à mon goût) surtout pendant les 5 premières minutes du film où le réalisateur filme une suite de plans sans paroles. Je me suis demandée si je ne m'étais pas trompée de film et si j'allais rester jusqu'au bout (c'est dire). L'histoire d'amour déchirante ne m'a pas émue une minute. C'est trop cérébral pour moi. Je n'ai rien ressenti devant le malheur de cette femme en proie à la passion et son amour vain. En revanche, j'aime bien quand Terence Davis fait chanter les gens dans les pubs. Là, il y a quelque chose qui se passe. Pour résumer l'histoire qui est l'adaptation d'une pièce de théâtre de Terence Ratigan: au début des années 50 à Londres, une femme mariée à un homme riche (qui refuse de divorcer) aime d'un amour fou un pilote de la Royal Air Force (qui a combattu pendant la seconde guerre mondiale) qui lui ne l'aime déjà plus. La seule raison d'aller voir ce film est donc pour moi Rachel Weisz qui interprète magnifiquement cette femme. Mais après tout, peut-être apprécierez-vous ce film autant que Ffred.

Pour rester dans le cinéma britannique, voici La part des anges de Kenneth Loach (le film était en compétition au festival de Cannes, cette année, où il a été récompensé du Prix du Jury). C'est un film certainement mineur dans la filmographie du réalisateur, mais on passe un bon moment en compagnie de quatre Ecossais, trois hommes et une jeune femme, chômeurs sans avenir, condamnés à plusieurs heures de travaux d'intérêt général (pour des délits plus ou moins graves). Entre Glasgow et Edimbourg, ils se retrouvent à visiter une distillerie de whisky, à faire des dégustations et à cotoyer des connaisseurs qui acceptent de payer une fortune pour un whisky parfait. Je vous laisse devenir ce qui va arriver. Moi qui n'y connais rien en cette matière, j'ai découvert que chaque whisky a un goût particulier, et comment on ouvre un fût en donnant des coups de masse autour du bouchon. Sinon, l'histoire se termine plutôt bien. Film sympathique. Voir le billet d'Alex.

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lundi 2 avril 2012

Le diable dans la ville blanche - Erik Larson

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Après avoir lu plusieurs billets plutôt flatteurs (Keisha par exemple, Clara, Ys ou Neph) sur cet ouvrage, je me suis procuré d'occasion très récemment Le diable dans la ville blanche d'Erik Larson (Edtion Le Cherche Midi). Pendant le temps d'un un week-end, je me suis transportée pendant plus de 600 pages en 1892-1893 à Chicago, à l'occasion de l'Exposition universelle de Chicago, ville qui est devenue pendant 6 mois la capitale du monde. A la même époque, dans cette ville et plus tard dans d'autres endroits des Etats-Unis, a sévi Herman Webster Mudgett, qui s'est fait connaître sous le nom de H. H. Holmes, un des plus grands tueurs en série de l'histoire: il aurait 29 victimes à son actif. Après l'exposition universelle de 1889 à Paris qui est restée dans les mémoires (la Tour Eiffel), Chicago sur le lac Michigan, qui avait presque été entièrement détruite en 1871 par un incendie, voulait rivaliser avec les villes de l'est (New-York, Washington). C'est grâce à Danie Burnham, très grand architecte, que le pari a été gagné. Chicago, une ville à l'apparence noire et crasseuse, peu sûre, qui vivait beaucoup des abattoirs, est devenue une ville resplendissante (les bâtiments de l'expo contruits pour l'occasion ont été peints en blanc). Eric Larson, qui est journaliste, a fait un travail impressionnant de recherche pour nous évoquer cette période. J'ai été autant passionnée par la partie "création de l'exposition", avec tous les aléas plus ou moins graves qui sont apparus, que par les actes barbares commis par H. H. Holmes, homme séduisant au regard magnétique qui fut autant un escroc qu'un assassin. Un livre que je vous recommande.

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samedi 24 mars 2012

Le livre de Johannes - Jorgen Brekke / Le bloc - Jérôme Leroy / Un vrai jeu d'enfant - François-Xavier Dillard

Voici trois romans policiers qui m'ont plu.

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Je commence par Le livre de Johannes de Jorgen Brekke (Editions Balland). C'est le premier roman d'un écrivain norvégien qui semble prometteur. Deux crimes avec le même mode opératoire (la victime est écorchée vive et décapitée et sa peau est subtilisée) sont commis, l'un dans le Musée Edgar Poe à Richmond en Virginie (USA), l'autre, dans une chambre forte de bibliothèque à Trondheim en Norvège, lieu où se trouve le fameux "Livre de Johannes" dont la reliure est en peau humaine (datant de 500 ans). Deux enquêtes sont menées en parallèle, l'une par Felicia Stone, une jeune enquêtrice américaine à Richmond, l'autre par Odd Singsaker, un inspecteur norvégien qui revient de congé de maladie (il a été opéré d'une tumeur au cerveau). De plus, le romancier qui connaît déjà les ficelles pour tenir son lecteur en haleine nous fait remonter le temps en 1528 en Europe pour nous faire connaître l'un des premiers tueurs en série, un moine mendiant auteur du "Livre de Johannes". Tout ceci est bien entendu de la pure fiction mais je vous recommande ce roman de 472 pages.

Voici maintenant deux romans recommandés, le premier par Le canard enchaîné (journal satirique paraissant le mercredi, lu par mon ami ["La liberté de la presse ne s'use que quand on ne s'en sert pas"]) et le deuxième par Direct Matin (oui, je sais, cela n'a rien à voir) (1). C'est mon ami qui m'a offert les deux livres et je l'en remercie.

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D'abord, Le bloc de Jérôme Leroy (Gallimard Série noire), que je recommande pour sa qualité d'écriture. Même si on connaît la fin de l'histoire dès le début, l'histoire est haletante. Deux narrateurs, Antoine Maynard et Stanko, prennent la parole alternativement. Tout deux appartiennent au Bloc Patriotique (suivez mon regard...). Fascistes, racistes, ils sont aussi humains. Ils nous racontent comment ils en sont arrivés à appartenir à ce parti de la droite extrême. Le premier est tombé amoureux de la fille du leader du parti, l'autre s'est retrouvé, faute de mieux, chef du service d'ordre du Bloc. L'un des deux va mourir, on va se débarrasser de lui. Il le sait. Il attend la mort avec stoïcisme. Je le répète, c'est très bien écrit et on s'attache aux personnages, surtout à Stanko (celui qui va mourir). Qu'il ait tort ou raison, il a ses opinions et il s'y tient. Le romancier que je ne connais pas a vraiment beaucoup de talent.

 

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Puis Un vrai jeu d'enfant de François Xavier Dillard (Fleuve noir), qui a composé son roman en courts chapitres où 5 ou 6 narrateurs, héros de cette navrante histoire, prennent la parole à tour de rôle. Quand je dis "navrante", ce n'est pas ce que je n'aime pas, bien au contraire. Il s'agit d'un transport de bijoux qui ne tourne pas comme prévu. A Paris, pour un bijoutier de la Place Vendôme, Emma, étudiante fauchée, accepte moyennant rémunération de transporter des bijoux valant plusieurs millions d'euros dans un sac à dos. Elle doit les porter chez un photographe. Le problème est que pas mal de personnes sont au courant, dont un flic (Marc) et quelques malfrats dont François. Il y a aussi un garde du corps. L'histoire se déroule entre la place Vendôme, la Concorde et la Madeleine et aussi sur la ligne 14 du métro, pour se terminer dans une "planque" du Vexin. Pour un premier roman, le romancier est prometteur.

(1) Pan sur mon bec! Suite à un gentil message de M. Dillard qui me remerciait du billet et était intéressé par l'article du Canard dont je disais qu'il plébiscitait le roman, je me suis aperçue (après de vaines recherches) que mon ami m'avait induite en erreur sur le journal qui avait publié l'article. Je présente toutes mes excuses au romancier, j'espère qu'il ne m'en tiendra pas rigueur.

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dimanche 5 février 2012

Un homme de tempérament - David Lodge

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Je suis arrivée au bout des 700 pages de cette biographie romancée de H. G. Wells (1866-1946) parue aux Editions Rivages. On connait Herbert George Wells comme écrivain de romans d'anticipation ou fantastiques (La guerre des mondes, La machine à explorer le temps, L'homme invisible, L'île du Dr Moreau, etc.). Il a aussi écrit pas mal de romans de moeurs dans lesquels il s'inspire de sa vie et ou des personnes qui l'entourent. Grâce à ses romans et à ses articles journalistiques, Wells a bien vécu de sa plume. Mais David Lodge s'est surtout focalisé sur H. G Wells, grand séducteur (un "chaud-lapin"?), aimant le sexe qu'il considérait comme un sport pour exercer son corps plutôt que son esprit. Il connut des dizaines et des dizaines de femmes (du point de vue biblique), qui le plus souvent étaient moitié plus jeunes que lui. Ces relations étaient pour la plupart du temps des "passades" (en français dans le texte), mais pour certaines, ce fut de longues liaisons qui se terminaient plus ou moins bien. Rosamund Bland, Amber Reeves, Rebecca West (de 26 ans sa cadette), Elisabeth Von Arnim et quelques autres sont passées entre les bras du grand homme successivement ou simultanément. Marié et père de deux garçons, Wells prônait l'Amour Libre. Sa femme Amy Catherine (Jane - morte en 1927 mais dont il n'a jamais voulu divorcer) acceptait ces liaisons, souvent scandaleuses pour l'époque et qui auraient pu compromettre sa carrière littéraire. Le roman se présente pour partie comme une longue interview imaginaire de Wells quelques mois avant sa mort. Né dans le sud de Londres dans une famille pauvre de la moyenne bourgeoisie, Wells va parvenir à force de détermination et d'intelligence à faire des études littéraires et scientifiques. Sa mère rêvait qu'il devienne drapier, il deviendra célèbre et riche grâce à son talent d'écrivain. Adepte des idées socialistes qui prônaient une meilleure répartition des richesses, il adhéra à la Société fabienne (de centre gauche et à l'origine de la création du Parti travailliste) qu'il quitta par la suite. Il a cotoyé George Bernard Shaw, Joseph Conrad, Henry James, parmi les écrivains les plus connus. Il a aussi rencontré Lénine et Staline et Maxime Gorki grâce à qui il connut Moura Budberg, sa dernière maîtresse qui ne voulut jamais se marier avec lui. J'avoue que j'ai découvert un sacré personnage à la vie bien remplie. Je connais peu son oeuvre (sauf les titres cités). David Lodge nous résume quelques ouvrages. Je ne suis pas sûre d'avoir envie de les lire, ils me paraissent un peu datés. Contrairement aux oeuvres de pure fiction de David Lodge, Un homme de tempérament n'est pas humoristique du tout. Je n'arrive pas à savoir ce que Lodge pense de Wells. A vous de vous faire une opinion. Un roman que j'ai trouvé agréable à lire malgré sa longueur.

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lundi 30 janvier 2012

Films vus et non commentés depuis le 01/01/12

Avant de reparler livres, je voulais évoquer cinq films vus au mois de janvier 2012.

Je commencerai par L'Irlandais de John Michael McDonagh (le frère de Martin McDonagh, réalisateur de Bons baisers de Bruges). Ce film vaut éventuellement d'être vu pour Brendon Gleeason qui interprète un des deux seuls flics intègres du Connemara, région du sud de l'Irlande où se déroule l'histoire. Des trafiquants de drogue venant des Etats-Unis règlent leurs comptes. L'une des notes originales de l'histoire est qu'ils sont poursuivis par un flic noir (Don Cheadle) qui détonne dans ce décor où les personnages parlent le gaélique. La fusillade finale dans un port n'est pas mal du tout. Sinon, c'est un film éventuellement évitable si vous payez la place plein tarif. Pour les autres, pourquoi pas?

Une nuit de Philippe Lefebvre nous donne l'occasion de voir Paris la nuit, un Paris des noctambules, des boîtes de nuit, des cabarets, des clubs échangistes et j'en passe. On suit pendant une nuit Simon Weiss (Roschdy Zem, très bien), de la brigade des moeurs, qui connaît bien ce milieu qu'il côtoie régulièrement. Accompagné d'une femme sous-brigadier (Sara Forestier) qui lui sert de chauffeur, il va d'un endroit à un autre, retrouve les mêmes personnages plus ou moins louches. On devine que Simon trempe dans certains trafics, il négocie, s'arrange avec la légalité. Il se salit les mains. Pendant ce temps-là, la sous-brigadière, Laurence Deray, observe... C'est un film qui respecte l'unité de temps, de lieu et d'action. Il y a quelques invraisemblances quand Simon croise certains personnages simultanément ou presque dans plusieurs endroits à la fois. Ceci mis à part, c'est un film agréable qui se suit sans déplaisir.  

Parlez-moi de vous de Pierre Pinaud n'est pas une comédie. C'est une histoire triste d'une jeune femme, Mélina, une "voix". Animatrice à la radio, la nuit, elle résoud les problèmes affectifs d'auditeurs, ce qu'elle est incapable de faire pour elle-même. Car Melina/Claire Martin est une femme seule qui dort souvent dans un placard de son bel appartement cossu. Elle a de gros problèmes relationnels, elle fuit les autres. Karine Viard est très crédible dans le rôle de Mélina. Elle porte le film que j'ai vu comme un hommage à Macha Béranger qui fut la voix nocturne de France Inter pendant des années. Film à voir mais sans plus.

Malveillance de Jaume Balaguerò est un film "flippant" bien que l'histoire débute de façon anodine. César, aux tendances suicidaires, vient d'être engagé comme gardien d'un immeuble barcelonais. Il rend des menus services à ses occupants dont une en particulier, Clara, qu'il observe, épie de jour comme de nuit en s'introduisant chez elle subrepticement. Car, étant le gardien, il a les clés des appartements. Le titre espagnol "Mientres duermes" (Pendant que tu dors) dévoile bien une partie de l'intrigue. C'est un film que je déconseille aux âmes sensibles (surtout si vous n'aimez pas les cafards). Personnellement, j'ai bien aimé ce film où Luis Tosar interprète un rôle que l'on n'oublie pas de sitôt.

Je terminerai par Sherlock Holmes II - jeux d'ombres de Guy Ritchie où l'on prend les mêmes (Robert Downey Jr et Jude Law dans les rôles de Holmes et de Watson) et l'on recommence. C'est toujours le même réalisateur. On ajoute Noomi Rapace qui joue une diseuse de bonne aventure, et le dangereux Professeur Moriarty qui fait dans la fabrication d'armes de destruction massive (nous sommes en 1898). Je n'oublie pas Mycroft (le frère de Sherlock) interprété par l'irrésistible Stephen Fry. A part ça, j'avoue que j'ai moins aimé ce deuxième volet auquel je n'ai pas compris grand-chose. C'est trépidant avec beaucoup d'effets spéciaux mais vous pouvez vous dispenser d'y aller.

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vendredi 30 décembre 2011

Welcome in Vienna (trilogie) - Axel Corti / Le tableau - Jean-François Laguionie

Avant la fin de cette année 2011 (et avant mon palmarès cinéma), je voulais ne pas oublier de parler d'un événement cinématographique sorti le 30 novembre 2011 dans deux salles à Paris. Il s'agit de trois films (en noir et blanc, image format télé) d'Axel Corti (1933-1993) dont les deux premiers volets étaient restés jusqu'à présent inédits en France.

L'oeuvre Welcome in Vienna (Wohin und Zurück) se compose donc de trois films écrits par le scénariste Georg Stefan Troller, qui confirme dans le dossier de presse que cette suite d'histoires est autobiographique à 70 ou 80%. Il est né en 1921 et vit à Paris depuis 1949.

Dieu ne croit plus en nous (1982, inédit en France) commence à Vienne en 1938. Après la "Nuit de cristal" et le meurtre de son père, Ferry Tobler, un adolescent juif, fuit l'Autriche. Echoué à Prague, il continue sa fuite vers la France en compagnie d'un soldat allemand anti-nazi échappé de Dachau et d'une Tchèque chargée d'aider les réfugiés. Sans papiers, ils sont arrêtés et internés par les Français. Arrivant à s'échapper, ils parviennent à Marseille dans l'espoir de s'embarquer pour les Etats-Unis.

Dans Santa Fé (1986, inédit en France), l'action se passe à New-York en 1940. Un bateau, Le Tonka, arrive avec, à son bord, des réfugiés dont Ferry Tobler qui se noie accidentellement en cherchant à sauver une jeune femme mutique qui voulait échapper au contrôle des services d'immigration. On suit surtout le parcours de Freddy Wolff, jeune émigrant juif autrichien qui rêve du Far-West mais qui se retrouve isolé dans sa vie d'immigré même s'il trouve un peu d'entraide au sein de sa communauté. Il trouve même un travail de vendeur dans un "delicatessen". Mais dès l'entrée en guerre des Etats-Unis fin 1941, lui et ses semblables sont assimilés à l'ennemi allemand. Il s'engage dans l'armée américaine pour regagner l'Europe. Pour moi, des trois films, c'est celui que je préfère, peut-être parce que l'histoire se passe à New-York et que le réalisateur prend son temps pour nous rendre les personnages attachants.

Enfin, Welcome in Vienna (1986, et que j'avais vu à l'époque) se déroule en 1944 dans une Europe dévastée et à reconstruire. Freddy Wolff et George Adler, intellectuel de gauche berlinois, découvrent les horreurs nazies et l'antisémitisme qui règne jusque dans leurs rangs. Ils assistent à la reddition d'un colonel nazi qui offre son aide à l'U.S. Army, laquelle l'accepte bien volontiers, tout cela pour combattre le communisme. Dans Vienne, Freddy trouve les restes de son passé familial, la maison de ses parents en ruines. Dans le chaos où est plongée l'Autriche, Freddy est écoeuré en voyant un ancien nazi devenir roi du marché noir. La corruption et l'arrivisme règnent partout mais cela n'empêche pas Freddy de rester dans ce pays qu'il aime. Aussi étrange que cela puisse être, j'ai trouvé cette partie (que j'avais appréciée à l'époque) la moins réussie, un peu trop touffue.

En tout cas, si vous en avez l'occasion, je vous conseille de voir, comme moi, cette trilogie dans l'ordre. Elle a rencontré un beau succès d'estime et c'est mérité.

Sinon, comme dernier film à voir absolument en cette fin d'année, et déjà chaudement conseillé par Aifelle, allez voir Le tableau de Jean-François Laguionie (sorti le 23 novembre 2011). C'est une merveille d'animation qui ravira les grands et peut-être les plus jeunes. Dans ce très beau film (graphiquement et visuellement), vous n'oublierez pas les toupins, les pafinis et les reufs. Vous essaierez de deviner les peintres et les tableaux qui sont évoqués. Cela fait plaisir, des films d'animation intelligents et sensibles.

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