mardi 7 avril 2015

Temps glaciaires - Fred Vargas / De l'importance d'avoir sept ans - Alexander McCall Smith

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Je n'ai pas résisté longtemps à lire Temps glaciaires (490 pages), le nouveau roman de Fred Vargas: on en trouve des piles dans toutes les librairies. La nouveauté réside d'abord dans le fait que Fred Vargas a changé d'éditeur. C'est maintenant Flammarion qui l'édite, en gardant la même conception de visuel sur la couverture: une photo en noir et blanc entouré de noir. Je le dis tout de suite, j'ai été moins séduite que par L'armée furieuse. L'intrigue qui (à mon avis) traîne en longueur nous entraine sur un îlot islandais, où 10 ans auparavant un groupe de Français ont vécu un drame épouvantable. De nos jours, une enseignante à la retraite, Alice Gauthier (qui faisait partie du groupe de français en Islande), est découverte inanimée dans sa baignoire: elle s'est ouvert les veines. Elle faisait partie de l'"Association d'étude des écrits de Maximilien Robespierre" comme les deux ou trois autres personnes qui vont connaître aussi une mort tragique (suicide? Meurtre maquillé?). Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg et toute son équipe mènent l'enquête jusqu'en Islande. Par ailleurs, ils se plongent dans la période de la Terreur en 1794, époque trouble où Robespierre et ses partisans ont fait condamner Danton et Camille Desmoulins avant d'être eux-même guillotinés. C'est un roman qui aurait gagné à être resserré. J'ai trouvé les 100 dernières pages haletantes, les presque 400 pages précédentes nettement moins.

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Et maintenant, je passe au sixième tome de la série "44 Scotland street" d'Alexander McCall Smith, De l'importance d'avoir sept ans (Editions 10/18, 355 pages). Je suis fan de cette série depuis le premier. A Edimbourg, on retrouve Bertie Pollock qui a hâte d'avoir enfin sept ans, son petit frère Ulysse, sa maman Irène (toujours aussi horripilante) et son papa Stuart. Matthew et Elspeth apprennent qu'ils vont avoir des triplés (trois garçons!). Quant à Angus (flanqué de son chien Cyril), Domenica et Antonia, ils vont se rendre en Toscane, dans la région de Florence. Antonia va souffrir du "syndrome de Stendhal" devant tant de beauté. Le roman composé de courts chapitres se lit d'une traite. J'ai encore pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Bertie, petit garçon sérieux, poli et attachant qui mériterait d'avoir une autre maman qu'Irène, femme insupportable (je vous laisse découvrir pourquoi cette dernière disparaît momentanément du paysage écossais). Vivement la suite. Les six tomes peuvent se lirent indépendamment même si c'est mieux (selon moi) d'avoir lu les cinq romans précédents. Lire les billets ici, ici, ici et .

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lundi 30 mars 2015

Un hiver à Paris - Jean-Philippe Blondel / La tuerie d'octobre - Wessel Ebersohn

Avant de revenir sur mon voyage au Guatemala, voici un billet sur deux livres lus juste avant de partir et pendant mon voyage

Je commence par Un hiver à Paris de Jean-Philippe Blondel (Editions Buchet-Chastel, 260 pages). C'est le premier Blondel que je lis et j'ai été séduite par son écriture fluide. Je pense que l'écrivain écrit un récit en partie autobiographique. A son retour de vacances, Victor, un écrivain reconnu, reçoit un lettre d'un certain Patrick Lestaing qui le renvoie en 1984, soit trente ans en arrière, au temps où il était en khâgne dans un lycée parisien. C'était l'hiver et un drame épouvantable s'est déroulé presque sous ses yeux: le suicide d'un élève de sa classe, Matthieu, qui après une altercation avec un professeur, s'est jeté par dessus une balustrade. Victor narre ce qui s'ensuivit: sa volonté de vivre face à cette mort, la compétition entre élèves lors des concours, ses sentiments confus envers Paul Rialto, le meilleur élève de la classe, sa brève relation sentimentale avec une autre élève, Armelle. C'est un roman que je conseille.

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Je change de registre avec La tuerie d'octobre de Wessel Ebersohn (Rivages / Noir, 400 pages), qui se déroule en Afrique du sud en 2005, avec un retour dans le passé en 1985, le 22 octobre. En effet, à cette époque, Abigail Bukula a assisté à l'âge de 15 ans au massacre de ses parents, militant anti-apartheid. Le crime a été perpertré par des blancs. Vingt plus tard en 2005, Abigail, devenue juriste et fonctionnnaire du nouveau gouvernement, revoie Leon Lourens qui faisait partie du commando responsable du massacre. C'est lui qui lui avait sauvé la vie. Leon lui demande de l'aider car les autres membres du commandos ont été assassinés au fil des ans, toujours à la même date, le 22 octobre, étranglés avec une corde à piano. L'enquête est bien menée et on croise les personnages intéressants comme Yudel Gordon, juif et psychiatre des prisons, et Michael Bishop. Un polar honnête.

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mercredi 11 mars 2015

Une putain de catastrophe - David Carkeet

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Dans Une putain de catastrophe (410 pages, Editions Monsieur Toussaint Louverture) de David Carkeet, j'ai retrouvé avec plaisir Jeremy Cook, le linguiste que j'avais découvert dans Le linguiste était presque parfait. Les deux romans peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre. Jeremy n'a plus de travail, l'institut Wabash ayant fermé ses portes définitivement. Par hasard, il arrive à Saint-Louis (Missouri) pour passer un entretien d'embauche à l'agence Pillow (oreiller en VOSTF) dont le but est de venir aide aux couples mariés qui ont des problèmes de communication. Souffrant de "troubles linguistiques", ces couples se trouvent dans une impasse. Jeremy qui n'est pas très doué pour les relations humaines en général et conjugales en particulier est chargé de s'immiscer dans la vie du couple Wilson. Il va être observateur et conseiller en suivant le manuel "Pillow" (du nom de son rédacteur, Roy Pillow). Jeremy va devenir la "mouche du coche" auprès de Dan et Beth Wilson, un couple trentenaire, parents de Robbie, un garçonnet de 10 ans. Beth est enseignante, et Dan est devenu associé dans l'imprimerie de ses beaux-parents. Selon les termes du contrat, ils logent et nourrissent Jeremy.  Même si, au bout du compte, le travail de Jeremy n'est pas évident, il essaye de faire au mieux. Je vous laisse découvrir comment évolue l'histoire qui est plaisante, peut-être un peu trop "gentillette" à mon goût: cela manque de causticité, de folie. La "putain de catastrophe" du titre se réfère à une réplique dans le film Zorba le Grec, quand Alexis Zorba parle du mariage. 

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jeudi 5 mars 2015

Duane est dépressif - Larry McMurtry

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Je viens de finir la lecture d'un roman distrayant malgré son titre, Duane est dépressif, de Larry McMurtry (Editions Sonatines, 600 pages sympathiques - il se lit vite). Quand commence l'histoire, Duane Moore, 62 ans, un petit entrepreneur prospère dans le Texas, décide du jour au lendemain de laisser son pick-up au garage et de se déplacer à pied d'un point à un autre. Marié depuis 40 ans à Karla, il a quatre enfants et le double de petits-enfants. Duane m'a paru un brave type sous la plume de l'écrivain. Le fait qu'il ait décidé de marcher plutôt que prendre le pick-up alerte Karla qui décrète que son mari est dépressif. Celui-ci se rend compte que depuis 50 ans, il a mené une vie un peu vaine, voyant tout à travers les vitres de son pick-up. Sa famille compte trop sur lui et sur sa femme dès qu'il y a le moindre problème. En effet, ses enfants souffrent de différentes addictions. Ils vivent tous ensemble dans la grande maison familiale, endroit où survient au moins une catastrophe quotidienne. A partir de ce jour, il laisse à un de ses fils la direction de son entreprise. Duane emménage dans une cabane distante de 10 km de la maison (presque tous les jours, il parcourt cette distance à pied). Tout seul, il aime se mettre dans un transat pour regarder le ciel étoilé. Qui dit dépression, dit psy. Duane va aller consulter à pied (puis à bicyclette) une psychiatre, Honor Carmichael, une femme qui préfère les femmes. La vie de Duane va prendre un tournant. Je vous laisse découvrir les personnages hauts en couleur que Duane côtoie ainsi que les péripéties qui jalonnent le récit et dans lequel A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust joue un rôle non négligeable. Ce n'est pas le roman du siècle, mais j'ai beaucoup beaucoup aimé. Merci à Keisha qui l'a recommandé et m'a donné envie de le lire.

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vendredi 6 février 2015

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe / Harriet - Elizabeth Jenkins

J'ai été très contente de relire Testament à l'anglaise de Jonathan Coe (Editions Folio, 678 pages), 16 ans après avoir découvert ce roman et l'écrivain par la même occasion. La lecture m'a autant enthousiasmée que dans mon souvenir. Je ne me rappelais plus du tout l'histoire, sauf le personnage de Dorothy Winshaw. Le récit a une construction à plusieurs niveaux. En 1990, une certaine Tabitha Winshaw demande à Michael Owen, un jeune écrivain peu connu, d'écrire une chronique sur la famille Winshaw, composée de personnages proches du pouvoir, très riches et surtout sans foi ni loi, cyniques, méchants (je ne trouve pas de qualificatifs assez fort pour les décrire). Michael Owen est lui-même un jeune homme mal dans sa peau, fuyant la foule. En effet, l'histoire est d'abord le récit de la vie de Michael depuis son enfance, avec quelques moments importants comme une séance de cinéma avec ses parents et sa rencontre, qui va le changer, en août 1990, avec Fiona, sa voisine de palier. Et puis, on a six chapitres écrits par Michael Owen qui évoque la vie des six derniers rejetons de la famille Winshaw à partir des années 60 jusqu'en 1990. On reste éberlués devant leur cynisme (même si j'ai trouvé que Jonathan Coe montrait une certaine compassion à leur égard). On se dit qu'heureusement, n'ayant pas d'héritiers, la dynastie Winshaw va s'éteindre (et de quelle façon!). On nous narre l'ascension d'Hilary, méprisant les autres et écrivant des articles méchants, se mêlant de politique intérieure et étrangère (souvent de manière approximative) avec une plume trempée dans le fiel. Son frère Roderick est un galériste et marchand d'art qui abuse de la naïveté de jeunes artistes féminines. Leur cousin Henry va devenir un membre conservateur du parlement et un fervent supporter de Margaret Thatcher qu'il a connue toute jeune. L'autre cousin, Thomas, est membre du conseil d'administration d'une banque d'affaires et obsédé par ses yeux. Bien entendu, c'est un voyeur invétéré épiant ses employées et des starlettes de cinéma. Je continue l'énumération avec Mark, un marchand d'armes qui fait affaire avec Saddam Hussain; et j'ai gardé pour la fin Dorothy, éleveuse de poulets aux hormones, adepte de l'élevage intensif de veaux et de cochons. En 30 pages, on assiste à un film d'horreur. Dorothy m'a fait penser au personnage de la fermière, Mrs Tweedy, dans Chicken Run de Nick Park (le créateur de Wallace et Gromit), mais en cent fois pire. Mon résumé peut paraître long mais le roman en vaut la peine. Il se lit malgré tout vite car la narration est sans temps mort. C'est un tour de force d'autant plus que le roman se termine en huit-clos saignant avec une énigme policière digne des Dix petits nègres d'Agatha Christie. Un roman que je recommande. Lire le billet de Maggie.

Je passe maintenant à Harriet d'Elizabeth Jenkins (1905-2010), paru pour la première fois en 1934 et édité en français en 2013 par les éditions Joëlle Losfeld (275 pages). Elizabeth Jenkins s'est inspirée d'un fait divers qui s'est passé entre 1875 et 1877 dans le Kent. Harriet Ogilvy, une jeune femme trentenaire, simple d'esprit mais très riche, va tomber dans les filets d'un coureur de dot, Lewis Oman. Après l'avoir enlevée, épousée, dépouillée de son argent et lui avoir fait un bébé, il va l'abandonner aux "bons soins" de son frère Patrick (homme violent et peintre raté) et de sa belle-soeur Elizabeth. Le couple va la laisser mourir de faim, la battre. Ils ne la considèrent pas comme un être humain. Pendant ce temps ,Lewis va vivre avec Alice, la soeur d'Elizabeth. Le récit épargne l'agonie de la pauvre Harriet mais on devine ce qu'elle aura souffert avant de mourir. Le récit reste relativement plat. L'histoire est terrible. Le roman est complétée par une postface intéressante écrite par Rachel Cook. Un roman à découvrir. Lire le billet de Clara.

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vendredi 23 janvier 2015

Retour à Little Wing - Nickolas Butler / Le tabac Tresniek - Robert Seethaler

Voici deux romans très différent et dont l'un m'a bien davantage plu que l'autre.

Je commence par Retour à Little Wing (Editions Autrement, 440 pages) le premier roman de Nickolas Butler, celui qui a pas mal plu sur les blogs mais en ce qui me concerne ne m'a pas enthousiasmée plus que cela. Cinq copains d'enfance, Hank, Beth, Lee, Kip et Ronny, tous nés à Little Wing, une bourgade du Wisconsin du "Middle West américain", prennent la parole tour à tour et nous racontent un peu de leur vie présente et passée. Hank s'est marié avec Beth, ils s'occupent d'une ferme. Lee est devenu un chanteur à succès. Ronny ne peut plus faire de rodéo (suite à un accident). Quant à Kip, il est devenu un chef d'entreprise. Je n'ai pas trouvé que les personnages avaient beaucoup de relief, et les atermoiements de l'un d'entre eux sur l'infidélité avant le mariage m'ont ennuyée. Bof. Lire les billets plus ou moins positifs de Wens, Sandrine, Eva.

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Et voici maintenant Le tabac Tresniek, de l'écrivain autrichien Robert Seethaler (Edition Sabine Wespieser, 250 pages), qui nous renvoie à la fin de l'été 1937, à Vienne, en Autriche. Le jeune Franz Huchel, 18 ans, vient travailler dans la capitale de l'Autriche dans un tabac tenu par un vieux monsieur unijambiste, Otto Tresniek (il a perdu sa jambe lors de la première guerre mondiale). Ce tabac est un lieu où la bourgeoisie juive rencontre les classes populaires. C'est là que se rend régulièrement Sigmund Freud ("le docteur des fous"), rongé par son cancer de la mâchoire mais qui continue à fumer des havanes. C'est grâce à la lecture des journaux que Franz va faire son éducation politique. En revanche, il reste totalement désemparé (malgré les conseils de Freud) quand il rencontre Anezka, une jeune femme de Bohême dont il tombe éperdument amoureux au premier regard. En arrière-plan, la montée du nazisme (l'Anschluss entre l'Allemagne et l'Autriche aura lieu en mars 1938) va bouleverser la vie du tabac et de ses occupants. Sans vous révéler la fin (ça se termine mal), Franz va prouver son courage de manière assez culottée (comprenez ce que vous voulez). C'est un roman qui se lit bien, une lecture agréable.

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lundi 29 décembre 2014

L'embranchement de Mugby - Estelle Meyrand / Rodolphe (d'après Charles Dickens)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne connaissais même pas le nom de L'embranchement de Mugby parmi les oeuvres de Charles Dickens (comme tout le monde, quand j'entends "Conte de Noël" pour cet auteur, je pense à Scrooge, le vieil avare métamorphosé par des apparitions la veille de Noël [lu en bibliothèque verte dans mon jeune temps...]). 

Dans le décor sinistre d'une sorte de gare de banlieue, de nuit, un unique voyageur descend au bout d'un quai désert, chapeau melon, pardessus, cache-nez, sous une lumière blafarde (et des couleurs très froides). Seule petite lueur (timidement chaude): le "lampiste" de la gare, qui le recueille puis lui indique un hôtel. Le lendemain, ce voyageur avec bagages erre dans la (petite) ville, en s'interrogeant sur son passé et son avenir. Lui aussi est comme la ville bien entendu, à une croisée des chemins, entre la vie de patron (de Barbox Frères) sûr de lui qu'il a mis 20 ans à devenir, et ce qu'il va advenir du pauvre cocu ayant perdu femme et raison de vivre qu'il est désormais. Il croise un chien errant, et une jolie maison colorée, en sortie de la ville, où une jeune fille alitée lui fait signe d'entrer. C'est la fille du lampiste. Elle lui suggère d'explorer les 5 destinations possibles à partir de Mugby... Il fera ses choix au terme de ses voyages, plus ou moins remplis d'allégories et de surprises.

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Cette bande dessinée m'a fait penser à l'univers du dessin animé L'illusionniste. J'en ai beaucoup apprécié le dessin et le traitement en couleurs directes (voir quelques planches sur le blog de CapOCapesDoc; Allie en parle aussi très bien). Elle est parue récemment (enfin, je trouve: en 2010, pour l'édition originale chez Delcourt), avec un scénario de Rodolphe (d'après le conte de Noël de Charles Dickens), et des dessins d'Estelle Meyrand. Ces deux auteurs avaient déjà collaboré 2 ans plus tôt sur Un conte de Noël. Je n'ai jamais croisé leur version, mais je pense que je prendrai la peine de la chercher en 2015.

P1050194 Tout à fait incidemment, le train sur la 4ème de couverture m'a fait penser au Transperceneige. Est-ce un clin d'oeil? C'est Lob qui avait conseillé à Rodolphe d'entrer en BD.
Merci à dasola pour les photos.

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dimanche 28 décembre 2014

Donald Westlake et son (anti)-héros John Dortmunder

Je voulais à nouveau rendre hommage à l'écrivain américain Donald Westlake, disparu le 31 décembre 2008 en nous laissant inconsolables car les (més)aventures de John Dortmunder & co sont terminées. En effet, parmi la trentaine de romans dont il est l'auteur, Westlake en a écrit pas moins de 13 (entre 1970 et 2009) mettant en scène John Dortmunder, un cambrioleur qui a beaucoup d'idées mais pas mal de déveine. Ses coups fumants deviennent rapidement des coups fumeux. Il a comme comparses Stan Murch (voleur de voitures), Andy Kelp, Tiny Bulcher et quelques autres qui apparaissent au gré des romans, dont la copine que se trouve Tiny, ou la maman de Stan Murch (cette dernière est chauffeur de taxi). Suite à mon billet précédent où j'en chroniquais deux, je voudrais évoquer quatre romans dans lesquels j'ai retrouvé pour mon plus grand plaisir Dortmunder. J'ai souvent ri de bon coeur tellement les situations bien décrites sont en général inextricables. 

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Il faut noter que les "victimes" de Dortmunder ne sont pas à plaindre. Ce sont la plupart du temps des personnages peu ou pas recommandables.

Dans Mauvaises nouvelles (Rivages/Seuil, 280 pages), Fitzroy Guilderpost, Irwin Gabel (deux personnages peu recommandables) et Petite Plume (dernière représentante d'une tribu indienne éteinte - paraît-il) engagent Dortmunder et Andy Kelp pour déterrer un corps qui pourrait prouver, grâce à l'ADN, que Petite Plume serait bénéficiaire de parts dans un casino situé sur une réserve indienne dans laquelle trois tribus ont le droit de cohabiter. Parmi les nombreuses péripéties, on apprend comment récupérer une mèche de cheveux pendant une tempête de neige ou comment une interversion de pierres tombales peut s'avérer délicate.

Dans Surveille tes arrières! (Rivages/Seuil, 280 pages), nous faisons la connaissance de Preston Fareweather et de son factotum, Alan Pinkleton. Preston est un milliardaire odieux qui s'est réfugié dans un club Med aux Caraïbes pour fuir quatre ex-femmes très en colère. C'est là qu'il fait la connaissance d'Arnie Allbright, un receleur et surtout un ami de Dortmunder. Bien entendu, Arnie informe John que l'appartement luxueux de Preston pourrait être visité et dévalisé. Justement, Dortmunder et les autres sont inquiets, leur lieu de rendez-vous favori, le OJ Bar & Grill sur Amsterdam Avenue à Manhattan, est menacé de fermeture après être tombé dans les mains de "vrais" méchants. Je vous laisse découvrir comment nos héros vont arriver à sortir de cette situation et comment le cambriolage devient un moment d'anthologie, d'autant plus que Fareweather revenu entretemps n'entend rien (il dort profondément) de ce qui se passe dans les pièces d'à côté.

Dans Pourquoi moi? (Rivages poche/Seuil, 310 pages), Dortmunder vient de vider le coffre d'un bijoutier. Parmi le butin se trouve un rubis tellement gros que Dortmunder pense qu'il s'agit d'une breloque sans valeur. Mais le "Brasier de Byzance" (c'est son nom), qui était dans un musée de Chicago, doit revenir dans son pays d'origine: la Turquie. En attendant, il avait été entreposé dans le coffre du petit bijoutier. Le pauvre Dortmunder qui ne regarde pas les infos et est allergique aux répondeurs téléphoniques comprend un peu tard qu'il a beaucoup d'ennnuis. Comment se débarrasser de ce rubis qu'il a malencontreusement passé à un doigt (il ne peut plus l'enlever)? Le FBI, la police New-Yorkaise, divers services secrets, et même des truands dérangés par l'hyper-activité policière sont lancés à la poursuite du rubis, et donc de Dortmunder. J'ai beaucoup ri.

Je termine avec Bonne conduite (Rivages poche/Seuil, 350 pages), où Dortmunder, qui vient de commettre un cambriolage dans un entrepôt à Manhattan, se retrouve sur le toit d'un couvent pour fuir la police. Le pauvre ne sait pas dans quoi il vient de mettre les pieds car les bonnes soeurs (qui ont fait voeu de silence sauf le jeudi) lui promettent de ne pas le dénoncer aux forces de l'ordre... moyennant quoi, elles lui demandent de libérer une des leurs, une jeune novice de 23 ans qui souhaite prononcer ses voeux définitifs. Le problème est qu'elle a été enlevée par son propre père (milliardaire), qui ne l'entend pas de cette oreille. La jeune femme est séquestrée au dernier étage d'un building appartenant au papa. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu, mais c'est dans ce roman que l'on fait la connaissance de J.-C. (Josephine Carol) Taylor, une femme de caractère, plutôt jolie, qui gère des affaires pas très légales et ne laisse pas Tiny (Bulcher) indifférent. Pour l'anecdote, Tiny (minuscule en anglais) est du genre armoire à glace qui vous étend un homme d'une simple chiquenaude. Une scène hilarante décrit la façon dont Dortmunder (tel un contorsionniste) s'introduit dans un lave-vaisselle pour se cacher.

Quatre romans à lire absolument, pour moi (comme pour mon ami).

Dans quelques semaines, je ne manquerai pas de chroniquer quatre autres romans avec Dortmunder - déjà acquis, pas encore lus.

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vendredi 19 décembre 2014

Dora Bruder - Patrick Modiano / Orphelins de Dieu - Marc Biancarelli / Histoire de mes assassins - Tarun J Tejpal

Comme je prends du retard dans la rédaction de mes billets "livres", voici trois romans qui n'ont rien en commun mais que je tenais à chroniquer. Il y en a pour tous les goûts.

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Dora Bruder (150 pages, Gallimard) est le premier livre que j'aie lu de Patrick Modiano (tout arrive). Le fait qu'il ait eu le prix Nobel de littérature cette année y est certainement pour quelque chose. Dora Bruder n'est pas vraiment un roman, mais une enquête que Modiano a menée. Il s'est penché sur des annonces d'anciens journaux parus pendant l'Occupation à Paris. Une de ces annonces, datée de 1941, a attiré son attention: Monsieur et Madame Bruder recherchent leur fille Dora, 15 ans, née en 1926 à Paris. A partir de cette annonce, Patrick Modiano a construit son récit et fait des suppositions sur cette jeune fille juive et ses parents. Cela lui permet d'évoquer l'oppression, les lois anti-juives, les rafles pendant l'Occupation. Il en profite pour faire des allusions à sa propre enfance. L'écriture est fluide. Malgré les digressions, on ne perd pas le fil du récit. Un livre à lire. [Merci à K pour le lien vers le discours in extenso que Modiano a prononcé lors de la remise de son prix à Oslo.]

Je passe maintenant à Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli (Actes sud, 240 pages): l'action se passe en Corse pendant la première moitié du 19ème siècle. Vénérande, jeune fille courageuse au caractère bien trempé, demande à Ange Colomba, dit "L'Infernu", de venger son frère Charles-Marie, dit "Petit Charles". Ce dernier, un jeune berger, a été défiguré et a eu la langue coupée par des bandits, les Santa Lucia. L'Infernu lui-même, un homme usé et malade, a commis des horreurs dans sa jeunesse, c'était un homme sans foi ni loi. N'ayant plus rien à perdre (il va bientôt mourir), et peut-être pour se racheter, même si la grosse somme d'argent que lui propose Vénérande le décide tout à fait, L'Infernu part en compagnie de Vénérande à la poursuite des bourreaux de Petit Charles. Pendant leur voyage, L'Infernu raconte à Vénérande sa jeunesse tumultueuse et pas très recommandable. Ce "western" corse semble avoir beaucoup plu sur les blogs, ici et par exemple. Personnellement, je reconnais que c'est bien écrit, c'est une belle langue imagée, mais je ne peux pas dire que j'ai été passionnée par l'histoire. A vous de juger.

Je termine avec Histoire de mes assassins de Tarun J Tejpal (Buchet Chastel, 580 pages), un écrivain indien qui a écrit en anglais ce livre que j'ai emprunté en bibliothèque une première fois, fin juillet 2014. Il est resté six semaines sur une chaise sans que j'y touche. Je l'ai rendu en ayant une impression de frustrution, mais j'avais d'autres lectures en train. Début octobre, je reprends le roman en bibliothèque en me disant: "Je veux le lire". J'en avais entendu parler en bien depuis sa parution en 2009. Et enfin, je l'ai ouvert et je l'ai lu relativement vite. J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire de ces "presque" assassins d'un journaliste indien de New Delhi. Les histoires sont dures et on imagine des scènes insoutenables, mais le romancier a suffisamment de talent pour que je ne soit pas choquée par certaines descriptions. Il nous raconte surtout que ces hommes devenus délinquants, tueurs à gages, "dealers" de drogue ont d'abord été des enfants. L'un est musulman, un autre se défend au couteau, un autre encore a vécu parmi les serpents, un quatrième a été abandonné dans un train et a vécu plus de dix ans aux abords de la gare de New Delhi, sans oublier le cinquième qui pour venger ses soeurs violentées est devenu un tueur redoutable avec un marteau. On sait à la toute fin pourquoi et comment ils ont été réunis pour assassiner le journaliste (un double de l'écrivain?). Je suis contente d'avoir fini par lire ce roman qui m'a plu.

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lundi 8 décembre 2014

La jungle - Upton Sinclair / La jungle - Jérôme Equer

Les deux livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ne sont pas des contes pour enfants. Dans les deux cas, la jungle peut plutôt s'entendre dans le sens d'un univers impitoyable qui soumet les malheureux à ses lois.

J'ai hérité du roman La jungle d'Upton Sinclair (Le livre de Poche, trad. Anne Jayez et Gérard Dallez, 2011, 527 pages) qui est tombé des mains de dasola à sa 1ère tentative de lecture. Et je ne le regrette pas. C'est en 1906 qu'Upton Sinclair (1878-1968) a écrit The jungle, qui l'a rendu célèbre et/mais qui a fait scandale. L'ouvrier Jurgis Rudkus, fraîchement immigré de Lituanie (attiré par le mirage américain) avec toute sa parentèle, est embauché dans une usine des abattoirs de Chicago, où règne la main invisible du "trust de la viande". La famille sera broyée par le système du capitalisme sauvage étatsunien.

Extrait du livre (p.57): "Chacun d'entre eux était un être à part entière. Il y en avait des blancs, des noirs, des bruns, des (...), des vieux et des jeunes. Certains étaient efflanqués, d'autres monstrueusement gros. Mais ils jouissaient tous d'une individualité, d'une volonté propre; tous portaient un espoir, un désir dans le coeur. Ils étaient sûrs d'eux-mêmes et de leur importance. Ils étaient pleins de dignité. Ils avaient foi en eux-mêmes, ils s'étaient acquittés de leur devoir toute leur vie, sans se douter qu'une ombre noire planait au-dessus de leur tête et que, sur leur route, les attendait un terrible Destin. Et voilà qu'il s'abattait sur eux et les saisissait par les pattes".
Il s'agit des cochons à l'abattoir bien sûr, comme le seul mot que j'ai enlevé, "tâchetés", vous l'aurait déjà fait comprendre...

Pour ma part, cette oeuvre m'a fait penser à différents titres "sociaux" (pour ne pas dire socialisants) que j'ai pu déjà lire de Jack London, tout à fait contemporain (mort en 1916, son personnage est décrit vers la fin du livre). On pourrait, aussi, penser que "c'est du Zola" (expression devenue locution courante). Mais, là où Zola mettait en cause, sinon l'individu, du moins son "hérédité", La jungle décrit la pression du "système" capitaliste dans toute sa cruauté, conçu pour pressurer n'importe quelle famille innocente (trop!), en exploitant l'ouvrier strictement aussi longtemps qu'il peut être rentable, et pas une seconde de plus, puis en le jetant, une fois écrasé, à la rue (au sens propre!) sans aucun état d'âme. Ah, ces grands capitalistes américains, qui vivent comme des seigneurs, si seulement ils se contentaient d'être exigeants en terme d'horaires et grippe-sous en terme de salaires... Mais non! Ils mentent (pour attirer la malheureuse main-d'oeuvre, en nombre bien supérieur à leurs besoins, et ainsi formatable, taillable et corvéable à merci). Ils ne respectent même pas le semblant de loi dont s'énorgueillissent les Etats-Unis d'Amérique. Ils trichent dans la qualité de leurs produits finis, de manière immonde (au moins, dans Tintin en Amérique, la vache sur son tapis roulant paraît en bonne santé, et on ne voit pas ce que deviennent les déchets)... Dans ce genre d'usine, il y a des bas-fonds (et l'odeur qui va avec). "On utilise tout dans le cochon, sauf son cri" est une citation ironique dont on a oublié l'auteur. Ils corrompent. Ils achètent les élections...

Après s'être fait renvoyer pour la n-ième fois d'une usine (fermetures pour surproduction...), Jurgis abandonne égoïstement ce qui reste de sa famille pour partir vivre une vie de vagabond à la campagne. A son retour en ville pour l'hiver, il retrouve ses compagnons de prison. Il a écarté tout sentiment moral, aussi bien en faisant le "jaune" qu'en fricotant avec des agents électoraux véreux. On peut relever une rencontre digne des Lumières de la ville (film de Charlie Chaplin, où un millionnaire ivre se lie avec Charlot) entre Jurgis et un "fils à papa" saoûl, qui l'invite au Palais familial (au grand dam du majordome chargé de surveiller l'héritier en l'absence de ses parents): cela contribuera à lui ouvrir les yeux. Le relèvement de sa déchéance passera par le socialisme (à ne pas confondre avec le "Syndicat ouvrier" contrôlé en sous-main par le patronat! Mais le socialisme portant une utopie, celui des romans de London, celui encore de En un combat douteux de Steinbeck, qui se déroule durant la grande Dépression, quelques décennies plus tard).

Encore une fois, esprits délicats, s'abstenir de cette lecture: pas grand-chose ne nous est épargné des aspects les plus sordides de la vie des misérables (même si on a bien entendu écrit plus cru depuis 1906). Alors oui, on peut se dire que ça se passait il y a plus d'un siècle, que ça se passait sur un autre continent. Mais...?

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Sans transition, je vous présente l'autre titre de ce billet, La Jungle de Jérôme Equer. Ce second livre se parcourt d'autant plus vite qu'il s'agit, cette fois, d'un ouvrage de photos essentiellement (Jean-Paul Rocher éditeur, 105 pages). Ce que montrent les images en noir et blanc, c'est la vie quotidienne, là encore, de migrants... Mais elles ont été prises de nos jours, en Europe, à nos portes, à Calais pour être précis (le sous-titre du livre est "Calais, un déshonneur européen"). Le mirage qui en attire les sujets, c'est la Grande-Bretagne. Ils risquent leur vie pour l'atteindre (se faire écraser par un camion sur l'autoroute). Ce qui constitue la jungle du titre, ce sont leurs campements sauvages (de transit!) régulièrement démolis, et que ces hommes qui, eux, ne disparaîtront pas d'un simple coup de bulldozer, reconstruisent non moins régulièrement - eux ou leurs successeurs immédiats, s'ils ont enfin réussi à "passer". Les photos montrent leurs conditions d'existence, en attendant. Le livre date de 2011. Il porte en exergue une citation de la chanson African tour de Francis Cabrel (que je ne connaissais pas et que je viens d'écouter ): "Vous vous imaginez peut-être / Que j'ai fait tous ces kilomètres / Tout cet espoir, tout ce courage / Pour m'arrêter contre un grillage."

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