dimanche 11 mai 2014

Quatre romans lus et non commentés depuis courant mars 2014 (suite)

Voici quatre romans que j'ai lus depuis ces trois derniers mois (dans la continuité de mon article du 14 avril 2014).

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Je commencerai par La bête de Kenneth Cook (Editions autrement). J'ai trouvé qu'il s'agissait d'une oeuvre un peu "fond de tiroir" parmi ce que j'ai lu du romancier disparu en 1987. Selon moi, la forme "nouvelle" aurait mieux convenu que celle du roman. Un père et son fils, dans le bush australien, essayent de chasser un énorme sanglier qui dévaste tout sur son passage. L'animal semble narguer les humains en général et ces deux hommes en particulier. Cette "bête" ne se laisse pas prendre et montre une sorte d'intelligence. Jusqu'au bout, on se demande qui va l'emporter. Je vous laisse le découvrir. De l'écrivain, préférez ses nouvelles ou d'autres romans.

 

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Ne deviens jamais vieux! de Daniel Friedman (Editions sonatine, 330 pages) avait eu de bonnes critiques dans la presse. Pour ma part, je suis restée sur ma faim en compagnie de Buck Schatz, un octogénaire (87 ans) ancien flic qui va de temps en temps prier à la synagogue. Il reprend du service flanqué de son petit-fils Tequila. Ils partent à la poursuite de lingots d'or cachés dans un coffre de banque. Ces lingots sont la possession d'un criminel nazi grabataire pensionnaire d'une maison de retraite. Buck et Tequila ne sont pas tout seuls à la poursuite du magot et les cadavres s'accumulent. Pour ce qui me concerne, ce livre ne m'a pas convaincue du tout. S'il y a de l'humour, cela m'a échappé. Et Buck ne m'a pas du tout attendrie.

 

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Le diable sur les épaules (Editions Pocket, 544 pages) de Christian Carayon se passe dans les années 20 dans la région du Tarn. Un jeune criminologue, Martial de la Boissière, est appelé en renfort par Camille, l'institutrice du villlage et amie d'enfance de Martial. Un, puis deux, puis trois crimes atroces sont commis à La Vitarelle. Les morts ont des liens. Les crimes ne sont pas commis au hasard. On découvre, en même temps que Martial, une sombre histoire familiale et un crime impuni qui remonte au tout début de la première guerre mondiale. Ce roman est aussi l'histoire de deux frères orphelins qui ont été recueillis par des fermiers mal dégrossis. Christian Carayon, pour son premier roman, fait preuve de talent en manageant le suspens. Le petit reproche que je ferais, c'est que j'ai trouvé le roman un petit peu long (surtout vers la fin). Mais très recommandable.

 

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Je termine avec Des noeuds d'acier (Editions Denoël, 260 pages) de Sandrine Collette. Après avoir lu moult billets élogieux, je me suis décidé à découvrir ce premier roman maîtrisé et haletant. Je l'ai dévoré en une soirée et le début de matinée du lendemain. Dès que l'on commence, on ne peut pas s'arrêter et on sort groggy (car on se dit que cela pourraît être un fait divers réel). Théo vient de purger une peine de 19 mois de prison pour avoir tabassé et réduit à l'état de légume son frère (ce dernier avait couché avec la femme de Théo). Etant parti se ressourcer dans un coin isolé en France, Théo va connaître l'enfer sur terre. En effet, capturé, enchaîné et réduit à l'état d'animal par deux frères septuagénaires (Basile et Joshua), Théo vit un cauchemar épouvantable. Jusqu'au bout, on attend que surgisse un deus ex machina car on a du mal à imaginer qu'il n'y ait personne pour lui porter secours. Sandrine Collette (dont un deuxième roman est paru) sait captiver son lectorat. Vraiment bien, je conseille. Lire les billets d'Aifelle, Sandrine, Valérie, Mon petit chapitre et Véronique

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mardi 29 avril 2014

Les sentiers du désastre / Comment voler une banque - Donald Westlake

Voici deux romans policiers très amusants du grand Donald Westlake (1933-2008). Ils ne comportent aucune violence manifeste, et tout ne se termine pas forcément très bien pour les malfrats qui sont les héros récurrents de ces deux histoires et de quelques autres. En effet, j'ai fait la connaissance de John Dortmunder et de ses deux acolytes: Andy Kelp et Stan Murch, des gangsters non violents, cambrioleurs et escrocs "à la petite semaine", embarqués dans des "coups" fumants et fumeux qui partent en vrille. Les histoires très divertissantes se passent toujours à New-York ou dans sa région sur la côte Est des Etats-Unis.

 

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Dans Les sentiers du désastre (Rivages/noir, 380 pages), sur une idée de Chester Fallon, un copain d'Andy, Dortmunder et sa bande se font engager comme majordome, secrétaire, garde du corps et chauffeur auprès de Monroe Hall, un milliardaire malhonnête. Ce dernier possède une magnifique collections de voitures que guignent les quatre compères. Bien évidemment, rien ne se passe comme prévu et quand les voitures partent dans un musée, Dortmunder et les autres, bien que contrariés, ne perdent  pas leur sang-froid. Ils feront mieux la prochaine fois... C'est distrayant au possible.

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Je continue avec Comment voler une banque, toujours de Donald Westlake (Rivages/noir, 280 pages), où Victor (ancien agent du FBI et neveu d'Andy) émet l'idée originale de voler une banque. En l'occurrence, il s'agit d'une banque provisoire installée dans un mobile home pendant que la banque "en dur" est reconstruite. Dortmunder, Andy et Stan vont en effet voler la banque avec l'aide de Victor et d'un complice. May, l'amie de Dortmunder sera aussi de la partie. J'ai trouvé l'histoire hilarante et la fin d'anthologie: la banque coule au fond de la mer. M. Westlake avait vraiment beaucoup de talent.

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Avec mon ami, nous avons visionné tout récemment le film Les quatre malfrats réalisé par Peter Yates, qui date de 1972, avec Robert Redford dans le rôle de Dortmunder. C'est une adaptation de Pierre qui roule (The Hot Rock) parue aussi chez Rivages/Noir: Dortmunder & Co sont engagés pour voler un diamant dans un musée pour le compte d'un dignitaire africain. Que de péripéties avant que Dortmunder puisse récupérer le diamant qui, après avoir été volé, transite par une prison, un commissariat et enfin une banque. Tout à fait réjouissant aussi. Je recommande ce DVD.

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lundi 14 avril 2014

Quatre romans lus et non commentés depuis courant mars 2014

Ayant été assez occupée ces temps-ci, j'ai été assez flemmarde sur la rédaction d'un billet "livres". J'ai attendu, attendu, et pourtant j'ai pas mal lu depuis la mi-mars 2014.

 Je commencerai par Les chiens de Belfast (Editions du Seuil, 264 pages) de Sam Millar. Après Poussière tu seras, Sam Millar nous raconte une histoire très noire. Cela se passe à Belfast. Il y a peu de mention de lieux de cette ville, l'histoire pourrait se passer ailleurs. Suzy, une jeune femme, prend pour cibles quelques hommes. Elle leur fait subir des morts raffinées. Elle exerce une vengeance dont on connaîtra les motifs (qui remontent loin dans le temps) à la toute fin du roman. Face à elle, Karl Kane, un détective privé qui souffre d'hémorroïdes, entre en scène. Il devra aussi lutter contre certains flics "pourris". Ce roman est le premier d'une trilogie où l'on retrouvera Karl Kane. Je ne sais pas si je lirai les deux autres. Lire les billets de Cathe et de Claude Le Nocher

 

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Avec La confrérie des chasseurs de livres (Actes sud, 315 pages) de Raphaël Jérusalmy (lire le billet de Dominique qui m'avait donné envie de découvrir ce roman), l'écrivain nous invente une suite à la vie de François Villon, disparu (et donc présumé mort) le 5 janvier 1463 à l'âge de 31 ans. Louis XI cherche à affaiblir le pouvoir du Vatican et à renforcer le sien en faisant développer l'imprimerie en France. Cela permettrait la diffusion de textes et d'idées progressistes. Villon et son acolyte Colin sont chargés de convaincre un imprimeur allemand de s'installer en France. Puis Villon va traverser les mers jusqu'à Jérusalem et Saint Jean d'Acre afin d'acquérir des textes rares; il est fin lettré sous ses airs de voyou et il va se trouver confronté à une mystérieuse confrérie de chasseurs de livres qui essayent de cacher certains textes. Le rythme du roman est trépidant, on s'y perd un peu mais la lecture est agréable.

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Un notaire peu ordinaire d'Yves Ravey (Les éditions de Minuit, 100 pages) est un court roman glaçant dont la fin m'a surprise. Je ne m'attendais pas au retournement de situation final. Le narrateur qui est un témoin neutre de l'histoire (il ne prend pas part à l'action) nous raconte de manière détachée l'histoire de Freddy, le cousin de sa mère, sorti depuis peu de prison. Freddy avait été accusé de viol sur mineure. Madame Rebernak, la mère du narrateur, ne veut pas que Freddy s'installe trop près de chez elle. Elle craint pour sa fille Clémence. Elle se confie au notaire de la famille, Maître Montussaint, qui offre de l'aider à éloigner Freddy. J'ai beaucoup aimé le style minimaliste mais très évocateur du roman. Lire les billets de Keisha et de Sandrine.

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Je termine avec un roman léger et fondant, Le théorème du homard de Graeme Simsion (Editions NiL., 380 pages sympathiques). En Australie, à Melbourne, Don Tillman, qui vient d'avoir quarante ans et reste toujours célibataire, est un excellent professeur de génétique mais complètement "à côté de la plaque" pour la vie en société. C'est pourquoi il décide de mener à bien son "Projet Epouse" en établissant un questionnaire détaillé qui doit éliminer beaucoup de candidates potentielles. Don Tillman est un maniaque de l'exactitude, il ne fume pas, il mange du homard tous les mardis, etc. Sa vie réglée va se retrouver chamboulée quand il rencontre Rosie, une jeune étudiante, barmaid dans un bar gay la nuit. Rosie veut découvrir qui est son père et Don grâce à l'ADN et la génétique va l'aider dans son "Opération Père". C'est un roman charmant qui fait du bien. Je conseille, tout comme Leiloona et Syl.

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 Et très prochainement, la suite de mes lectures... [cf. billet du 11/05/2014]

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jeudi 20 mars 2014

I am Spartacus! - Kirk Douglas

[Attention, ce n'est pas un billet de Dasola, mais le 28e billet de ta d loi du ciné, «squatter» sur son blog.]

J'ai acheté et lu récemment I am Spartacus !, de Kirk Douglas (192 pages, éditions Capricci, 2013, traduction française Marie-Bathilde Burdeau, édition américaine 2012 par Bryna [la société de KD]). Kirk Douglas est aujourd’hui âgé de quatre-vingt-dix-sept ans (il est né en décembre 1916).

Plus d’un demi-siècle après, l’auteur/acteur/producteur s’est replongé dans l’aventure de ce film qui a duré près de 3 ans : 1ère découverte par lui du roman de Howard Fast, Spartacus, le 9 décembre 1957, sortie du film en octobre 1960. Mais il nous raconte également l’histoire de la Commission sur les activités anti-américaines (HUAC) qui a amené la création des «listes noires» à Hollywood prévoyant l’exclusion de tout sympathisant communiste (juste après l’inculpation des «10 de Hollywood»: scénaristes, auteurs et réalisateurs – dont Dalton Trumbo – qui ont finalement été condamnés à une peine de prison et une amende).

Dans le 1er volume des mémoires de Kirk Douglas (Le fils du chiffonnier, publié en 1988, et que j’avais acheté en «poche» en 1994), la partie concernant Spartacus occupe 40 pages (sur 640). Après y avoir habillé Stanley Kubrick pour l'hiver, il termine le chapitre consacré à cette oeuvre en remarquant que faire le film Spartacus a occupé 3 ans de sa vie... davantage de temps que n'en passa le véritable Spartacus à affronter Rome. La «monographie 2012» est beaucoup plus détaillée et documentée. Kirk Douglas nous fait toucher du doigt la difficulté qu’il a eue à mener à bien ce projet. Acteur célèbre, ayant créé sa propre maison de production, bien introduit dans le milieu, il lui a fallu cependant trouver un scénariste (à partir du constat définitif que l’auteur d’un roman est toujours incapable d’en faire lui-même un film); des acteurs (en leur faisant lire à chacun un projet de scénario «personnalisé» pour le convaincre); un réalisateur… et finalement passer sous les fourches caudines de la censure, la « final cut » revenant à Universal Pictures (co-producteur et distributeur).

I am Spartacus nous décrit en détail l'accueil et le "vécu" du film. Kirk Douglas raconte ainsi "par le menu" (comment l'a-t-il appris?) le visionnage par Kennedy du film Spartacus en 1962 (il n'était pas si évident que cela, pour le Président des Etats-Unis, d'aller "incognito" voir un film au cinéma). Au final, c'est seulement en 1991 que la fameuse scène "des huitres et des escargots" a été réintégrée dans le film, du vivant donc de Stanley Kubrick (qui, malgré tout, a toujours plus ou moins désavoué ce film qui ne lui était pas "personnel").

Pour ma part, la première fois que j’ai vu Spartacus au cinéma, c’est mon père qui m’y avait emmené, je m’en souviens parce que c’était le soir de la première élection de Mitterrand comme Président de la République. Je n’avais pas encore le droit de vote. En sortant de la séance, on a demandé qui était le vainqueur… C’était (donc) le 10 mai 1981. Ca ne nous rajeunit pas.

Je terminerai en signalant avoir pu apprécier une citation du film Spartacus dans le récent dessin animé Mr Peabody & Sherman: je me demande ce qu'en a pensé Kirk? Je suppose que toutes les autorisations nécessaires avaient été demandées... Est-ce qu'il a fallu payer des droits aussi? Ca sera peut-être évoqué dans le prochain bouquin de KD... Pour son centenaire!

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mardi 4 mars 2014

Trois romans policiers lus et non commentés depuis début février 2014

J'aime beaucoup lire des romans policiers très différents et écrits par des écrivains de toutes origines. Je dois dire qu'en ce moment, j'en lis pas mal.

 

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Je commencerai donc par le lauréat du prix du Quai des orfèvres 2014 (le gagnant reçoit comme prix un chèque de 777 euros, montant inchangé depuis plusieurs années, et les éditions Fayard publient le roman récompensé). Le sang de la trahison (430 pages) d'Hervé Jourdain (de son métier capitaine de police au sein de la brigade criminelle) se passe au sein du "36" (quai des Orfèvres) à Paris, sur l'île de la Cité. Quelques magistrats et journalistes sont assassinés avec un vieux pistolet. Sur eux, l'assassin a laissé des morceaux de sucre, des cartes postales (représentant des vues de Paris) ou des romans policiers (comme ceux écrits par Gaboriau ou Simenon) et encore des recueils de poèmes. Zoé Dechaume, jeune "brigadier" qui vient d'être nommée à la brigade criminelle, enquête avec l'inspecteur Bonnot et le capitaine Desgranges. L'histoire est rondement menée. Ce n'est pas trop mal écrit même si ce n'est pas de la grande littérature. Pour faire plus authentique, Hervé Jourdain utilise des termes d'argot de la police. Je ne trouve pas que cela rajoute grand-chose. Roman idéal à lire dans les transports.

 

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Maintenant, je passe à Une canaille et demie (Edition Liana Levi, 220 pages) de Iain Levinson. C'est le quatrième roman que je lis de cet auteur. L'histoire se passe dans l'est des Etats-Unis, Dixon, fraîchement libéré de prison, braque une banque avec quelques comparses. Rien ne se passe comme prévu (surtout pour le lecteur), car Dixon en cavale va retenir plus ou moins en otage un universitaire, Elias White, très porté sur les jeunes filles et et qui ne cache pas ses sympathie pour le Troisième Reich. Un troisième personnage apparaît, une femme, Denise Lupo, agent du FBI qui en a plus qu'assez du machisme au sein du bureau. L'avancement qu'elle peut espérer se fait attendre car elle est une femme. Je ne vous en dirais pas plus sur ce roman qui ne se termine pas du tout de la façon que j'avais imaginé. Je conseille.

 

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Après L'hiver du commissaire Ricciardi, nous retrouvons le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi dans Le printemps du commissaire Ricciardi (Rivages noir, 420 pages), enquêtant toujours à Naples en avril 1931 (quelques semaines après l'histoire précédente). Avec son adjoint, le brigadier Raffaele Maione, il enquête sur la mort de Carmela Calie, une usurière qui est aussi cartomancienne, sauvagement assassinée. Le commissaire, lui-même, a un don pour voir les morts, surtout les décédés de morts violentes. Dans ce roman, j'avoue avoir été un peu perdue au début avec la grande quantité de personnages, suspects potentiels. Maurizio de Giovanni passe très vite d'un personnage à l'autre, à chaque paragraphe. Ce sont tous des suspects potentiels avec des mobiles. Il faut vraiment attendre la toute fin pour découvrir le coupable qui est un être perturbé. Comme dans L'hiver..., le monde du théâtre et les acteurs sont des éléments essentiels dans l'histoire. J'espère que Maurizio de Giovanni ne s'arrêtera pas là.


vendredi 14 février 2014

Quattrocento - Stephen Greenblatt

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C'est grâce à Dominique (que je remercie) que j'ai eu envie de lire Quattrocento de Stephen Greenblatt (Edition Flammarion, 288 pages + 40 pages de notes et 10 pages d'index en fin de volume). Stephen Greenblatt, un universitaire américain, est un spécialiste de Shakespeare. Il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un genre d'essai universitaire très accessible pour le grand public qui nous raconte comment un texte, De la nature de Lucrèce (écrivain de l'Antiquité qui vécut peut-être entre -98 et -55 av J.-C.), a été un des facteurs du début de la période de la Renaissance. Il nous brosse surtout le portrait d'un homme, Le Pogge (Poggio Bracciolini), un italien (1380-1459) qui fut secrétaire apostolique auprès d'un Pape. Scribe hautement qualifié célèbre pour sa belle écriture, il savait déchiffrer les parchemins (particulièrement en vélin) qui lui passaient entre les mains, et il les recopiait et les diffusait (c'était sa manière de gagner sa vie). Très bon latiniste, il était aussi un chasseur de manuscrits. C'est en Allemagne, en janvier 1417, dans l'abbaye de Fulda, que Le Pogge découvrira le texte De la nature que l'on croyait disparu (il avait été composé 1400 ans plus tôt). Ce poème de 7400 hexamètres évoque des méditations philosophiques sur la mort, la religion, le plaisir et surtout l'athéisme (l'indifférence à l'égard des dieux). Dans une période, le XVème siècle, où les tribunaux de l'Inquisition étaient encore en activité, le livre de Lucrèce était dérangeant. Le texte développe des idées plus subversives encore (pour l'époque jusqu'à nos jours), comme le fait que "...l'Univers est composé de particules (atomes) élémentaires de matière (humains et animaux compris), que l'Univers n'a pas de concepteur ni de créateur. Les particules n'ont pas été fabriquées et ne peuvent être détruites. L'ordre et le désordre du monde ne sont pas le produit d'un plan divin. La providence est le fruit de l'imagination, etc ..."(pages 204 à 222). Dans ce chaptitre, Greenblatt a établi une liste exhaustive des grandes idées de De la nature (De rerum natura). Puis l'auteur revient sur le personnage du Pogge, mort à 79 ans, père de 18 enfants, qui vécut un temps en Angleterre sans faire de découvertes de manuscrits aussi marquantes. Enfin, Stephen Greenblatt parle de la postérité du texte de Lucrèce, qui influença des hommes comme Montaigne, Molière, Giordano Bruno, Botticelli, Machiavel, peut-être Spinoza, Galilée et Thomas Jefferson, l'un des auteurs de la Déclaration d'indépendance américaine où il est fait mention "La poursuite du bonheur" comme dans le texte de Lucrèce. J'ai trouvé ce livre bien documenté, argumenté, en un mot idéal pour un lectorat américain (si j'ose dire). Je dirais que c'est un peu scolaire mais pas désagréable.

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dimanche 2 février 2014

Opération Sweet Tooth - Ian McEwan

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Opération Sweet Tooth (Gallimard, 437 pages), le nouveau roman de Ian McEwan (Solaire) a été pour moi un vrai bonheur de lecture. Avec beaucoup de talent, Ian McEwan (65 ans) se met dans la peau d'une jeune fille de 23 ans, Serena Frome (prononcer "Frume"), très jolie jeune femme un peu naïve, fille d'un évêque anglican. La conscience politique de Serena est née après sa lecture de L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne. Au début des années 70, elle va devenir un agent du MI5 (l'équivalent de la DCRI en France de nos jours). Dans cette période troublée de "guerre froide" avec le bloc soviétique (les tensions est-ouest étaient loin d'être terminées), auxquels s'ajoutent les problèmes avec l'Irlande du nord et les menaces venant du Moyen-Orient, Serena (comme d'autres jeunes femmes) va être chargée d'une mission dans le cadre de l'opération "Sweet Tooth". Pour elle, il s'agit d'infiltrer l'univers de Tom Haley, un jeune homme aspirant écrivain qui prépare un doctorat en littérature. A cette époque, le gouvernement voulait tester les opinions politiques d'écrivains au travers de leurs écrits et voir s'ils étaient bien anticommunistes. Serena a été recrutée suite à une aventure sentimentale malheureuse qu'elle a vécue avec Tony Canning, un espion britannique marié et nettement plus âgé qu'elle. Etant au bas de l'échelle au MI5, elle doit faire ses preuves. Ce beau roman d'amour est plein de faux-semblant où le dindon de la farce n'est pas celui que l'on croit. C'est un roman sur la création littéraire, sur l'écriture, sur les liens entre fiction et réalité. Il semble que l'histoire est tirée de faits réels. En 1972, Ian McEwan était un jeune écrivain qui pourrait avoir ressemblé à Tom Haley? Je conseille vraiment ce roman.

Lire le billet enthousiaste de Clara.

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lundi 27 janvier 2014

Sur ta tombe - Ken Bruen / Le Démon - Ken Bruen

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Sur ta tombe de Ken Bruen (Editions Fayard, 300 pages) est la neuvième enquête de notre détective privé irlandais préféré de Galway. Et une fois de plus, c'est une réussite. On retrouve donc Jack Taylor plus amoché que jamais (sourd d'une oreille et la patte folle). Dans cette histoire, il va perdre deux doigts de la main droite. Un jour, comme deux autres personnes qui lui sont proches, il reçoit par la poste une petite stèle miniature (un avertissement menaçant). De là, il va affronter une bande de quatre néonazis (dont une jeune fille) qui se débarrassent des "inutiles" (des handicapés physiques et mentaux, des homosexuels, etc.). En même temps et d'un claquement de doigt, il retrouve la trace d'un ecclésiastique trésorier d'une association catholique qui était parti avec tout l'argent de ladite association. Jack boit toujours autant mais il a bon coeur. Il n'hésite pas à dépanner quelques déshérités et il garde toujours quelques amis proches qui l'aide. Mais sa vie privée reste un naufrage. Lire le billet très détaillé de Claude Le Nocher. J'attends la dixième enquête. Un petit mot de la traduction, ce n'est plus Pierre Bondil qui en a la charge depuis que Gallimard ne publie plus les romans de Ken Bruen. Ce traducteur a été remplacé par deux traductrices et ce n'est pas mal du tout.

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Dans la foulée, j'ai lu le roman précédent de Ken Bruen, Le Démon (Fayard noir, 350 pages). Il s'agit cette fois de la huitième enquête de Jack Taylor. Sur le point de quitter l'Irlande pour les USA, Jack Taylor est obligé (pour une obscure raison) de faire demi-tour. Dès l'aéroport, il croise le chemin d'un certain Monsieur K (Kurt) qui est un être malfaisant, suppôt de Satan. On apprend assez vite qu'il en veut à Jack (mais sans qu'on sache exactement pourquoi). A Galway, ce monsieur K sème la mort sur son passage, en particulier parmi des personnes que Jack a approchées pour une raison ou une autre. J'ai oublié de dire que Jack Taylor est le narrateur de ses histoires où la Guiness et le whisky coulent à flot. La plupart du temps, quand il n'est pas chez lui à lire des romans (surtout des polars), Jack fréquente les pubs et les églises, mais pas pour les mêmes raisons. Une fois de plus, j'ai lu le roman d'une traite. Bruen a un style bien à lui qui me convient bien.

Bien évidemment, je conseille ces deux romans tout comme les sept précédents.

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mercredi 2 octobre 2013

Le linguiste était presque parfait - David Carkeet / D'acier - Silvia Avallone

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Sous ce titre, Le Linguiste était presque parfait de David Carkeet (romancier américain né en 1946), se cache un roman plein d'humour qui se passe aux Etats-Unis dans un institut où des linguistes (dont un dénommé Jeremy Cook - le personnage principal de l'histoire) étudient le langage de bambins âgés de 9 mois à 4 ans. Deux meurtres sont commis au sein de cet institut: un journaliste, et un des linguistes (Arthur Stiph), qui avait rendez-vous avec un "contre-ami" la nuit où il a été tué. C'est grâce à un "mboui" (une locution énigmatique dite par un petit garçon de 16 mois) que le meurtrier sera démasqué après que tout le monde ait soupçonné tout le monde. Pour ceux qui connaissent la langue anglaise, les patronymes de certains personnages sont signifiants: Stiph (Stiff - raide), Wach (Watch - montre), Jeremy Cook (cuisinier) qui est le principal suspect du lieutenant de police Leaf (feuille), etc. J'ai trouvé très plaisant ce roman qui date de 1980 (Editions Monsieur Toussaint Louverture, 286 pages). On retrouve Jeremy Cook dans deux autres romans pas encore traduits en français.

 

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Avec D'acier de Silvia Avallone (Editions J'ai lu, 400 pages), on fait la connaissance de deux adolescentes de presque 14 ans (quand l'histoire commence), Anna et Francesca, qui vivent avec leurs familles à Piombino, triste ville industrielle de Toscane, face à l'île d'Elbe. L'histoire sur passe entre l'été 2001 et l'été 2002. Francesca et Anna sont amies d'enfance et vivent dans le même immeuble. Inséparables, elles sont jolies comme tout et commencent à attirer les regards concupiscents de la gent masculine alentour. Le père d'Anna est un trafiquant "à la petite semaine", quant au père de Francesca il bat sa femme et sa fille. Pendant ces douze mois, elles vont connaître plusieurs épreuves et entrer de plain-pied dans le monde des adultes. Ce n'est pas de la grande littérature, mais ça se lit agréablement.

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lundi 26 août 2013

La fabrique de crimes - Paul Féval / Tu peux crever! - Howard Fast

En ce dimanche pluvieux de 25 août 2013 pré-rentrée, je [ta d loi du cine] viens de m'avaler successivement ces deux livres, chinés cette semaine pour 2 euros chacun à Bécherel, village breton comportant une douzaine de libraires d'occasion (première cité du livre en France). Hé bien, c'est une expérience extraordinaire, et que je souhaite partager avec les lectrices et lecteurs de ce blog sur lequel il m'arrive parfois de squatter (au grand dam de ses statistiques de commentaires). En fait, je ne parlerai même que tout à fait accessoirement de l'intrigue de chacun des bouquins.

Quand, par la lecture du premier titre évoqué, vous vous êtes bien surexcité vos neurones jusqu'au paroxysme, et avant la "descente", plongez-vous donc (ou replongez-vous) ensuite dans un ce ces polars à l'ancienne (2ème moitié du XXème siècle), avec un héros ou une héroïne (honni soit qui mal y pense!) improbable mais "identifiant(e)" et pétillant(e) d'intelligence, une intrigue réglée comme du papier à musique (invraisemblable bien que plausible, si vous voyez ce que je veux dire), et beaucoup de dialogues "ping-pong". Je pense par exemple à Compartiment tueur (Sébastien Japrisot), ou même aux Agatha Christie avec Tuppence et Tommy, ou encore à du William Irish (que je découvrais il y a plus de 30 ans via le recueil de nouvelles Du crépuscule à l'aube - mais ceci est une autre histoire), ou tout autre choix de revisite répondant aux critères ci-dessus. Et savourez votre nouvelle "grille de lecture".

Pour commencer, sachez que dans La fabrique de crimes rédigé en 1866, Paul Féval (1816-1879) parodie ouvertement le roman feuilleton dont il a été l'un des maîtres incontestés. Au prétexte des aventures d'Elvire et de Fandango, on trouve, à l'excès, tous les rebondissements rocambolesques (Ponçon du Terrail), quelques développements d'ambiance misérabiliste (Hugo), des scènes épiques auprès desquelles les dumasiennes font pâle figure (encore que, dans Le Capitaine Pamphile...). A chaque page et même parfois plus souvent, un coq-à-l'âne jette aux oubliettes l'action en cours pour des péripéties plus incroyables encore, jusqu'à la chute finale de cette pochade, chute par laquelle je vous interdis de commencer (non mais!). Accroché(e) jusqu'au bout, vous serez alors dans l'état d'esprit adéquat afin de savourer votre livre suivant.

Pour ne rien vous cacher (et même si bien d'autres titres peuvent faire l'affaire), Tu peux crever! (titre en français) fait partie de la série d'une douzaine de romans policiers avec comme titre un prénom féminin rédigés par Howard Fast sous le pseudonyme de E.V. Cunningham, à une époque où il figurait sur la liste noire du maccarthysme. Shirley, l'héroïne éponyme (dans la version anglaise), est une secrétaire de 20 ans qui attend plus ou moins le prince charmant. Mais, intelligente comme elle est, elle le démasque rapidement, à peine a-t-il achevé de se présenter. Là, il sort un flingue... avant qu'ils se sauvent par les toits. La fille n'a pas sa langue dans sa poche et fait tourner ces messieurs de la jaquette en bourrique en les ridiculisant (le roman est daté...). Mais tout est bien qui finit mieux, et, après moult aventures, elle renonce à son cri de guerre (j'aimerais assez connaître l'expression anglaise qui a inspiré le titre français de 1965!) pour finir par dire d'accord à son brave chef de service. Mais ça n'en fait pas une harlequinade pour autant (ce n'est pas de la chick lit non plus - à mon avis), il y a eu des morts.

Voilà, j'aimerais bien connaître, maintenant, d'autres récits de "voyages" causés par la lecture à la queue leu leu de livres ayant une influence sur l'humeur et l'état d'esprit... Pas besoin de recourir à des substances illicites, on peut se droguer avec des bouquins (outre l'addiction), si, si!


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La fabrique de crimes, Paul Féval, Ouest France, Coll. La crème du crime, 125 pages.

Tu peux crever! (Shirley), Howard Fast (E.V. Cunnigham), Folio Policier, 248 pages.

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