lundi 1 août 2016

La mort se lève tôt / Un deuxième voeu - Ramon Diaz-Eterovic

J'ai été contente de trouver ces deux titres dans une bibliothèque ouverte assez récemment à Paris dans le Xème arrondissement.

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Ramon Diaz-Eterovic, né en 1956, est un écrivain chilien que je recommande pour ceux qui ne connaissent pas. Il a écrit une quinzaine de romans policiers mettant en scène le détective Heredia et son chat Simenon, mais seulement six d'entre eux ont été traduits en français à ce jour, et même pas dans l'ordre de leur parution, ce qui est bien dommage (c'est carrément un scandale). Après Les sept fils de Simenon, La couleur de la peau et L'Obscure mémoire des armes, voici donc La mort se lève tôt (280 pages) et Un deuxième voeu (250 pages). Ces deux romans sont publiés aux éditions Métailié, et comme dans les précédents, Ramon Diaz-Eterovic situe ses histoires dans la ville de Santiago de nos jours mais avec des rappels du temps de la dictature. J'ai retrouvé avec grand plaisir Heredia (spécialisé dans la recherche des personnes disparues) et Simenon.

Dans La mort se lève tôt, Heredia, à la demande de Dagoberto Solis, un ami policier retraité à qui on demande de reprendre du service, va enquêter sur la mort par overdose d'une amie journaliste dans un hôtel. Cette mort qui fait croire à un suicide est en réalité un meurtre maaquillé, tout comme celui d'un Américain peu de temps avant, ainsi que la mort suspecte d'un des cuisiniers travaillant dans ce même hôtel. Le célibataire endurci qu'est Heredia, tout en menant ses investigations en prenant son temps, rencontre une jeune femme, Griseta, qui s'installe chez lui. Son chat Simenon avec qui il converse très souvent voit d'un mauvais oeil l'arrivée de cette intruse. Heredia continue aussi de parier aux courses de chevaux grâce à son ami Anselmo qui tient un kiosque en bas de chez lui. Tous ces personnages donnent beaucoup d'humanité à l'histoire, qui a comme toile de fond la fabrication clandestine d'armes bactériologiques. Une intrigue un peu compliquée mais je conseille.

Tout comme je conseille Le deuxième voeu qui se passe quelques années après. Un certain Julio Servilo  demande à Heredia de retrouver son père âgé dont il n'a plus de nouvelles. Par ailleurs, Heredia reçoit un paquet dans lequel se trouve une lettre de Silvia Fujon, une femme décédée depuis six mois qui avait bien connu la mère du détective. Dans ce roman, on apprend en effet qu'Heredia a vécu dans un orphelinat dès l'âge de 5 ans. Il se souvient à peine de sa mère Mercedes et ne sait pas qui était son père. Le deuxième voeu (le titre du roman) fait référence au souhait de la mère d'Heredia, à savoir que Silvia puisse retrouver l'homme que Mercedes avait aimé. J'ai suivi avec intérêt les recherches qu'Heredia mène de front. Sa quête pour savoir qui était son père est touchante. Il va apprendre que son père était boxeur et s'appelait Buenaventura Dantès. Pour l'autre enquête, Heredia va affronter des hommes abjects qui s'enrichissent sur le dos des petits vieux laissés-pour-compte dans cette grande ville qu'est Santiago. Un très bon roman. Lire le billet de Noëlle.

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mercredi 13 avril 2016

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut / Tout va très bien Madame la comtesse - Francesco Muzzopappa

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Peut-être attendais-je trop de En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut, n'ayant lu que des articles élogieux. C'est une de mes collègues qui m'a prêté son exemplaire. Toujours est-il que les 157 pages du roman (Editions Finitude) m'ont laissé une impression mitigée. Je n'ai pas trouvé que l'histoire était fraîche, ou légère, ou poétique. Le récit alterne deux récits, celle du petit garçon et celle de son papa plus ancré dans une réalité pas très rose. L'auteur évoque les asiles psychiatriques, la schizophrénie, les "fous" qui déménagent de la tête, la bipolarité. L'histoire d'amour entre Georges et Renée ou Henriette ou Pauline (Georges n'appelle jamais sa femme par le même prénom plus de deux jours de suite) est belle mais triste. On se marie pour le meilleur et pour le pire. Ce couple aura connu le meilleur mais on est surtout témoins du pire, quand on lit le récit du père impuissant devant les excentricités de sa femme souffrant entre autres de troubles bi-polaires. J'ajouterai que je ne comprends pas comment on peut danser sur Mr Bojangles chanté par Nina Simone. Cette chanson triste comme la fin du roman donne plutôt envie de pleurer.

Lire les billets, positifs, d'Aifelle, de Keisha, de Tulisquoi, de Zazy, d'Ingannmic, d'Eva Shalev, de Noukette, de Laure et de Leiloona.

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Je passe à un roman qui n'a rien à voir mais qui m'a bien distraite pendant un voyage en train. Dans Tout va très bien Madame la Comtesse (Edition Autrement, 253 pages), nous faisons la connaissance de Maria Vittoria dal Pozzo della Cisterna, une comtesse italienne de 68 ans qui n'a pas la vie facile. Elle aime boire du vermouth et est friande de Gocciole (une marque de biscuits). Veuve et quasiment ruinée, elle vit seule dans un grand domaine hypothèqué et n'a plus à son service qu'Orlando, un majordorme qu'elle paie une misère. Il est aussi poète. La Comtesse est la mère d'un grand fils, Emanuele, beau comme un Dieu mais bête comme une huître, qui lui donne bien du souci. Elle apprend par les journaux "people" qu'il s'est entiché d'une "bimbo" pas farouche à qui il a offert un très beau bijou appartenant depuis longtemps à la famille de la Comtesse. Un concours de circonstances fait que la Comtesse croise un braqueur de banque qui est aussi menuisier, et un jeune désoeuvré. Ces deux rencontres fortuites lui permettent de mettre au point un plan afin de récupérer le bijou. Je vous laisse découvrir les nombreuses péripéties de cette histoire très amusante racontée à la première personne. Lire le billet d'Eimelle.

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vendredi 18 mars 2016

L'étrangleur de Pirita - Indrek Hargla

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Nous avions laissé Melchior l'Apothicaire en 1422 (ici) et nous le retrouvons dans L'étrangleur de Pirita (Editions Gaïa Polar, 383 pages) toujours à Tallin, neuf ans plus tard, en 1431 (entre mars et juin), entouré de sa femme Keterlyn et de ses jumeaux Melchior et Agatha qui ont presque atteint l'âge adulte. Melchior a désormais plus de 50 ans. Agatha est une jeune fille intelligente qui apprend plus vite que son frère les secrets de remèdes pour guérir. A une lieue de Tallin, Melchior est appelé dans le monastère des brigittines pour essayer d'identifier le mal dont souffre une des religieuses, Taleke, qui ne prononce plus que des borborygmes depuis plus de trois mois. Sur le chemin du monastère, Melchior déterre un cadavre qui été étranglé et a été à demi dévoré. Il semble être là depuis l'automne précédent. D'autres meurtres par strangulation vont suivre, dont la pauvre Taleke elle-même. Les bâtiments et en particulier la chapelle sont en construction depuis des années. Ce monastère pratique une certaine mixité puisqu'il y a des moines et des moniales qui cohabitent sans se cotoyer, et le monastère accueille des pélerins qui séjournent un temps plus ou moins long. Comme pour les trois autres romans, Hargla sait nous plonger dans le XVème siècle du nord de l'Europe (peu connu - en ce qui me concerne). Comme dans les romans précédents, il y a un avant-propos éclaiant. Pour résoudre ces meurtres, Melchior va se retrouver à déchiffrer des caractères runiques qui mettront sur la piste du meurtrier. Hargla sait rendre les personnages proches de nous ,et il est toujours précis dans ses descriptions, dont la fabrication de certains remèdes. Dans ce roman, Melchior va vivre une tragédie que je vous laisse découvrir, mais a priori, on devrait le retrouver dans un cinquième tome, enfin je l'espère. A nouveau, je vous conseille de lire les romans dans l'ordre. Des quatre romans, L'étrangleur de Pirita est presque mon préféré. Lire le billet de Sandrine.

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samedi 12 mars 2016

La lumière de la nuit - Keigo Higashino / Vent de sang - Nele Neuhaus / Les yeux plus grands que le ventre - Jô Soares

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Après La maison où je suis mort autrefois, Le dévouement du suspect X et Un café maison, j'ai lu avec plaisir La lumière de la nuit de Keigo Higashino (Actes noir, Actes sud), un gros "pavé" de 660 pages. L'histoire se passe sur plus de 20 ans entre les années 1970 et 1990. Un prêteur sur gages est trouvé mort par un jeune garçon.La victime a été poignardée dans un immeuble en contruction dans un quartier de Tokyo. Sasagaki, un policier chargé de l'enquête, aura des soupçons envers un ou deux suspects, mais il mettra vingt ans (il sera retraité) pour établir la vérité qui laisse un goût amer. L'histoire s'attache surtout au destin de deux jeunes adolescents: une fille, Yukiho, dont la mère était proche du prêteur à gages, et Ryoji, le fils du prêteur sur gages. Yukiho et Ryoji se révèlent être des êtres dominateurs et prêts à tout pour arriver à leur fin. L'intrigue est bien menée mais on se perd un peu dans les noms japonais: il y a beaucoup de personnages et les noms se ressemblent, mais à part ça, c'est un roman recommandable qui aurait peut-être gagné à être un peu plus court.

Je passe à Vent de sang (Babel noir, 560 pages) de Nele Neuhaus, dont j'ai déjà chroniqué Flétrissure, Blanche-Neige doit mourir et Méchant loup. Dans Vent de sang (c'est celui que j'ai, pour le moment, le moins aimé de la série), on retrouve le commissaire Oliver Van Bodestein (à la vie privée chamboulée après sa séparation avec sa femme) et l'inspectrice Pia Kirchhoff. Dans la région de Francfort, ils sont chargés d'enquêter sur le meurtre d'un veilleur de nuit sur son lieu de travail: une société chargée prochainement de construire un parc d'éoliennes. Puis un dénommé Hirtreiter, ami du père d'Oliver, est tué de deux coups de carabine. Il ne voulait pas vendre son terrain qui aurait permis d'y implanter les éoliennes. On fait la connaissance de plusieurs suspects, tous plus antipathiques les uns que les autres, dont les motivations éthiques sont sujets à caution. Le roman où il est question du réchauffement climatique aurait aussi gagné à être plus court.

Je termine par Les yeux plus grands que le ventre de Jô Soares, dont la photo de couverture a attiré mon oeil. J'avais bien apprécié Meurtres à l'académie (non chroniqué) du même écrivain. L'histoire se passe à Rio de Janeiro en 1938. On connaît dès le début le coupable, mais cela n'empêche de savourer (si je puis dire) cette histoire de meurtres où sept femmes à la surchage pondérale avérée vont être victimes de leur gourmandise. Le tueur en série s'appelle Charon et il est directeur d'une entreprise de pompes funèbres appelée Styx. On apprend très vite pourquoi il choisit ses victimes au physique avantageux. Son modus operandi est original: il étouffe ses victimes en les gavant de mousse au chocolat ou d'autres gourmandises de ce type. Un commissaire aidé par Esteves, un ex-inspecteur de police Lisboète exilé au Brésil où il est devenu pâtissier enquêtent en compagnie de Diana, une jeune femme reporter photographe, et de Calixto, un mulâtre, adjoint du commissaire. Le roman est très plaisant à lire et le texte est entrecoupé de dessins et de reproductions de coupures de journaux.

mercredi 10 février 2016

Suburra - Carlo Bonini / Giancarlo de Cataldo

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Après l'adaptation filmique qui m'avait beaucoup plu, voici Suburra -le roman- de Carlo Bonini et Giancarlo de Cataldo (Edtions Metailié noir, 470 pages haletantes) qui m'a emballée. Je l'ai lu pratiquement d'une traite. On retrouve les "bandits"à Rome avec parmi eux Numéro 8, le maître d'Ostie, Samouraï et quelques autres, dont la bande des gitans dirigée par Rocco Anacleti. On retrouve Sabrina, une pute dégourdie, Morgana, la petite amie de Numéro 8, camée jusqu'aux yeux. Nous faisons connaissance de Farideh, la fille d'un ébéniste gravement blessé par les hommes de main d'Anacleti, et surtout d'Alice, une jeune femme déterminée administratrice d'un blog "laveritesurrome.blogspot.com" qui milite contre la Mafia romaine, cette mafia qui veut qu'Ostie et les bords de mer soient bétonnés pour des projets immobiliers juteux. On revoit aussi le député Malgradi, celui qui est une des causes de la guerre entre clans mafieux. Et il ne faut pas oublier les serviteurs de l'Etat, incarnés par des procureurs et quelques policiers intègres comme le lieutenant-colonel Marco Malatesta, ancien disciple de Samouraï. Malgré ces nombreux personnages, le lecteur n'est pas perdu en route, grâce à la construction précise du récit qui racontent plusieurs histoires pour n'en faire qu'une.

Simone dit aussi beaucoup de bien de ce roman que je vous recommande. Je l'ai d'ailleurs préféré à Romanzo Criminale du même de Cataldo.

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mercredi 20 janvier 2016

Automobile club d'Egypte - Alaa El Aswany / Dégât des eaux - radiateur

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Après Immeuble Yacoubian qui m'avait beaucoup plu, Automobile Club d'Egypte (Editions Babel, 639 pages) confirme le formidable talent de conteur d'Alaa El Aswany. A la toute fin des années 40, l'Egypte est sous occupation britannique. Les Egyptiens sont presque considérés comme des citoyens de seconde zone, surtout les Nubiens et les Egyptiens de Haute Egypte. Le roi Farouk, roi d'Egypte et du Soudan, un être obèse et libidineux, se rend régulièrement à l'Automobile Club du Caire où il peut s'adonner au poker en compagnie de sa maîtresse. Dans ce lieu, El Kwo, un Nubien du Soudan, âgé d'une soixantaine d'année et chambellan du roi, règne en maître en tyrannisant les employés et serveurs. Il les maltraite et les fait battre. Parmi ces employés, nous faisons la connaissance d'Abdelaziz Haman, la cinquantaine, issue d'une riche famille. Ruiné suite à de mauvaises affaires, il devient serviteur pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses quatre enfants: trois garçons, Saïd, Kamel et Mahmoud, et une fille, Saliha. Ils sont presque adultes. Saliha et Kamel font des études. L'histoire aux nombreuses péripéties sait tenir le lecteur en haleine. Les sentiments et les idées de Kamel et Saliha s'immiscent à bon escient dans le récit, ce qui rend le texte très vivant. J'espère que ce billet vous donnera envie de lire ce roman. 

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Sinon, avant-hier soir, à cause d'un robinet de purge de radiateur mal revissé, j'ai eu la très désagréable surprise de constater le soir, quand je suis revenue du travail, que dans une des pièces de mon appartement où se trouvent mes livre, il y avait une inondation provoquée par un mince filet d'eau. Ce sont les piles de livres qui sont par terre (faute de place sur les étagères) qui ont souffert. Je vous laisse imaginer l'étendue du désastre. Tels des buvards, les livres du bas de chaque pile ont absorbé l'eau. Leur poids a doublé. Je pense qu'il faudra des semaines pour qu'ils sèchent et certains iront vraisemblablement à la poubelle (au grand dam de mon statisticien qui aime les livres qui ont vécu).

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lundi 21 décembre 2015

Poison City (second tome) - Tetsuya Tsutsui

Ceci est un second billet signé ta d loi du cine, squatter chez dasola, sur cette "mini-série" manga dont le thème m'avait accroché (cf. ma chronique du T.1). Ce second tome étant finalement sorti le 10 décembre 2015 (et non le 3 comme prévu), je reste dans les temps par rapport au délai que j'avais annoncé!

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Nous avions laissé notre mangaka (auteur de manga) en pleine discussion avec un éditeur américain. Sans raconter tout ce qui se déroule dans ce dernier volume, glosons qu'il donne une vision plutôt déprimante de ce que risque de devenir la création artistique (nous sommes bien dans une oeuvre "d'anticipation" puisque l'action se déroule en 2019). Je suppose que, pour Tetsuya Tsutsui, la question est de savoir si nous nous nous trouvons dès aujourd'hui, ou non, dans l'emballement d'un processus devenu non-maîtrisable (point de non-retour dépassé, comme pour le réchauffement climatique - le rapprochement est de moi!). Ce 2019 ressemble quand même beaucoup à un monde insidieusement sous contrôle: jugement sans appel sur des éléments subjectifs et non plus objectifs, sur des intentions supposées à partir de simples images; des instances décideuses qui refusent toute remise en cause de leur fonctionnement; un auteur stigmatisé comme un véritable coucou; et accessoirement des serveurs internet, normalement accessibles à toute la population, qui "plantent" à un moment crucial. Peut-être malheureusement que, s'il n'y a pas de prise de consciences des lecteurs permettant que dès aujourd'hui le public reconnaisse que les changements mis en évidence dans Poison City représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines (japonaises ou autres), alors ce qui apparait comme exagérément pessimiste sera simplement prémonitoire. Rendez-vous en 2020 pour voir... 

vendredi 4 décembre 2015

Epilogue meurtrier - Petros Markaris

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Avec Epilogue meurtrier (Editions du Seuil, 280 pages), Petros Markaris m'a fait plaisir. En effet, ce roman est une suite (et une fin?) à sa trilogie Liquidations à la grecque, Le justicier d'Athènes, Pain, éducation, liberté, trois romans hautement recommandables. Dans Epilogue meurtrier, nous sommes en 2014. La crise grecque bat son plein si je puis dire. A Athènes, l'essence se fait rare, les gens circulent tant bien que mal en transports en commun. Quand le roman commence, la fille du commissaire Charritos vient d'être admise à l'hôpital après avoir été agressée violemment à la sortie du tribunal. Elle est avocate et plaide pour les populations immigrées. Pendant qu'elle se remet de ses blessures, Charritos apprend que sa fille a été attaquée par des membres sympathisants du parti politique d'extrême-droite "Aube dorée". Il est fait mention que ce groupe gangrène une partie de l'administration grecque dont la police. Petros Markaris établit un constat inquiétant sur le racisme envers les non-grecs depuis le début de la crise. Charritos doit aussi s'occuper d'une mort par pendaison. Ce suicide entraîne une vague de meurtres, quatre au total dont un directeur d'école privée et un affairiste ayant de l'entregent qui servait d'intermédiaire entre l'administration grecque et des entrepreneurs. Les crimes ont été commis avec un vieux Smith & Wesson et c'est tout un groupe qui revendique ces assassinats: "les Grecs des années 50". Je vous laisse découvrir qui ils sont. Un roman que j'ai aimé parce que Markaris sait rendre ses personnages proches de nous. J'espère qu'il y aura un cinquième tome à cette "trilogie". Lire les billet de Claude le Nocher et de Jean-Marc Laherrère (actu du noir).

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mercredi 2 décembre 2015

Poison City (1er tome) - Tetsuya Tsutsui

Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me glisse entre deux de ses billets pour présenter un manga dont le 1er tome m'a accroché et amené à "essayer" la chroniquette ci-dessous. Le second volume doit paraître demain 3 décembre: je tâcherai de le lire et de le chroniquer à son tour avant la mi-décembre!

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Dresser la chronologie du "seinen manga" Poison City (éditions Ki-oon) n'est pas simple. Dessinateur et scénariste, Tetsuya Tsutsui a mis en abyme fiction, réalisme et réalité dans cette oeuvre qui s'intéresse au milieu du manga au Japon. Sur 400 propositions qu'y reçoit chaque année une Maison d'édition, seules une vingtaine aboutiront à la publication d'une oeuvre, d'abord en magazine, puis, si le succès s'installe, en albums brochés (dont les royalties constitueront le gros de la rémunération de l'auteur, peu payé pour les planches originales publiées en magazines). Et si les droits sont achetés pour une publication à l'étranger, cela peut constituer le jackpot. Pas de droit à l'erreur, donc. Tetsuya Tsutsui a souhaité attirer l'attention du lecteur sur le risque que la liberté artistique se voie brider par des considérations morales, avec des "experts" qui s'arrogeraient un jour le droit de décider ce qui peut être vendu au public ou non. En 2019 (c'est demain!), le Japon s'apprête à accueillir le monde pour les Jeux olympiques, avec souci d'image à la clé. Cinq ans plus tôt, dans l'univers fictionnel, Mikio Hibino, jeune assistant mangaka, s'apprête à publier ses premières propres planches dans le mensuel (fictif) Young Junk (jeune bric-à-brac ?). Juste avant la parution, souci pour lui et son éditeur: un fait divers risquant d'être lié à l'histoire qu'il a dessinée, il doit la corriger. L'univers du manga commence donc à s'autocensurer. Retour dans le présent (fictif): pour être visible en librairie, les mangas passent sous les fourches caudines d'une commission animée par un puritain, ancien Ministre de la culture. Sans son visa, l'oeuvre est classée comme "déconseillée" ou même "nocive pour la jeunesse"... "Dans la vraie vie", Tetsuya Tsutsui avait appris par hasard, en 2013, que son manga Manhole avait été classé en 2009 comme "oeuvre nocive pour la jeunesse" dans le département de Nagasaki. Prépublié à partir du 10 avril 2014 dans le magazine Jump Kai, Poison City doit être transféré à partir d'octobre 2014 sur internet. Le 3 juillet 2015, l'oeuvre est distinguée en France par l'association des critiques de bande dessinée. Tetsuya Tsutsui a calligraphié ses remerciements pour ses "lecteurs français qui ont toujours soutenu son travail" le 10 juillet. Poison City nous montre différents échanges entre l'auteur, son responsable éditorial, les patrons de la Maison d'édition: un décryptage passionnant des dessous réels (notamment économiques) de l'univers du manga, et des contraintes qui pèseront peut-être demain sur la créativité: il faudrait la mobilisation des fans pour que le report reste minoritaire. A la fin du T.1 de Poison City, un éditeur américain (et pourquoi pas français?! NDLR) arrivait pourtant avec une proposition alléchante. Le dernier chapitre du second tome a été livré au Japon le 9 octobre. Ici, on l'attend avec impatience: rappelons qu'en France, la loi du 16 juillet 1949 avait instauré une Commission de surveillance et de contrôle pour les publications destinées à la jeunesse. Et aux Etats-Unis, dans les années 1950, le psychiatre Fredric Wertham a été à l'origine de la faillite de la plupart des éditeurs de "comics" américains, suite à la publication d'un livre liant lecture de comics et délinquance juvénile. Ne laissons pas Anastasie réaffuter ses ciseaux...

PS: merci à dasola pour les photos.
PS2: chronique du T. 2 le 21/12/2015.

dimanche 22 novembre 2015

Une vie entière - Robert Seethaler / La variante chilienne - Pierre Raufast

 

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Après Le tabac Tresniek qui m'avait plu, j'ai lu avec grand plaisir le nouveau roman de l'Autrichien Robert Seethaler, Une vie entière (Edition Sabine Wespieser, 150 pages). Cette "vie entière" est celle d'Andreas Egger, né à la toute fin du du XIXème siècle, qui mourra à 79 ans sans avoir quitté les alpages autrichiens, sauf pendant dix ans entre 1942 et 1952. Andreas est un orphelin élevé durement par un oncle qui n'arrête pas de lui donner des coups avec une baguette de coudrier pendant toute son enfance. Il en deviendra boiteux. A l'âge adulte, sa faiblesse dans les jambes sera compensée par sa force dans les bras. Il mène une vie simple. Exerçant plusieurs activités agricoles, il économise et acquiert une cabane sur un lopin de terre à cinq cents mètres d'altitude, pas loin d'une forêt. Il tombe amoureux de Marie, la jeune employée de l'auberge du village. Marié puis veuf à cause d'une avalanche, il s'enrôle en 1942 dans l'armée allemande. Il part dans le Caucase où il sera fait prisonnier. Revenu en 1952, Andreas continuera sa petite vie en étant guide de montagne. L'existence d'Andréas ne fut pas exaltante mais Robert Seethaler, avec un style sobre, nous la rend passionnante. On est touché par Andréas qui s'est contenté de peu de chose et a connu des malheurs sans se révolter. Un beau roman que je vous conseille. Lire les billets du Petit carré jaune et de Cannibales lecteurs.

La variante chilienne (Alma Editeur, 260 pages) est le deuxième roman que je lis de Pierre Raufast, après La Fractale des raviolis. L'histoire est celle de Florin, un homme, âgé de 60 ans, qui, à la suite d'un accident à la tête à l'âge de treize ans, n'éprouve plus de sentiment, d'émotions. Et ses souvenirs s'arrêtent à l'accident. Comme il oublie désormais tout au fur et à mesure, il collectionne des cailloux tous différents qui lui servent de pense-bêtes. Grâce à eux, il se remémore certains épisodes de sa vie qu'il raconte à Pascal, un professeur de lettres de 57 ans, et à Margaux, une des élèves de Pascal en villégiature dans une maison voisine. Enfant, Florin grand fumeur de pipes, a vécu dans un village où il a plu pendant 13 ans (!) sans discontinuer. Il se rappelle une partie de capateros (jeux de cartes appris au chili avec une variante) qui se jouait à quatre. Il en profite pour narrer l'histoire de ses partenaires, dont un surnommé "l'érudit" qui avait appris 14 langues mortes. Pascal et Margaux racontent aussi un peu leurs vies. Margaux se sent responsable de la mort de sa mère noyée dans une piscine. Un épisode marquant de la vie de Florin est celui où il a travaillé en tant que fossoyeur dans un cimetière. Cela lui a fait cotoyer des individus peu recommandables. Tout le roman est construit de cette façon, des histoires pas reliées entre elles mais dont le fil conducteur est Florin. C'est un roman qui se lit vite et pratiquement d'une traite car on veut connaître la suite à chaque fin de chapitre. Pierre Raufast démontre qu'il a un grand sens de la narration. C'est vif et léger. Lire les billets de Keisha, Noukette et Philisine cave.

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