dimanche 15 janvier 2012

Flétrissure - Nele Neuhaus / Dernière caresse - Catherine Guillebaud

Voici deux romans que j'ai lus coup sur coup avec plaisir.

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Flétrissure de Nele Neuhaus (Actes sud actes noirs, 358 pages) est une sombre histoire pleine de meurtres et de fureur. En 2007, six personnes dont trois personnes très âgées sont assassinées en l'espace d'une semaine dans la région de Francfort en Allemagne. Le premier lien entre certains de ces meurtres est le nombre 16145 tracé avec du sang sur un mur. Les Kaltensee, grande famille richissime de la région, se trouvent impliqués. L'enquête menée tambour battant par le commissaire Oliver von Bodenstein et sa collègue Pia Kirchhoff nous fait remonter le temps jusqu'à la seconde guerre mondiale et en particulier à une date, le 16 janvier 1945, où 5 personnes furent exécutées. Les protagonistes sont nombreux. Le dénouement de l'histoire se situe en Pologne, dans l'ancienne Prusse orientale. Les nombreux rebondissements nous tiennent en haleine jusqu'au bout, mais le défaut que je trouve à ce roman, c'est qu'il comporte un peu trop de péripéties à mon goût, surtout vers la fin. C'est le premier roman traduit en français de cette auteure née en 1967, elle en a écrit d'autres.

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Dernière caresse de Catherine Guillebaud (Folio, 125 pages) nous présente Mastic des Feux mignons, setter anglais de 14 ans qui nous narre sa vie de chien avec "Elle", sa maîtresse qu'il a tendrement aimée dans une belle demeure entourée d'un parc. On est touché par ce chien qui sait que sa vie arrive à sa fin. D'ailleurs, Opium, le chat (du même âge que lui) sent que quelque chose ne va plus. Mastic est un chien bien élevé, tolérant envers les autres animaux même les chats qu'il trouve abrutis. Il a vécu avec deux compagnes dont Elsa, une setter comme lui. Il eut quelques ennuis avec les brebis du voisin mais tout rentra dans l'ordre. La fin est bien entendu bien triste mais pas larmoyante du tout. Catherine Guillebaud a su rendre son récit très léger et souvent drôle. Un petit roman que je vous recommande.

PS: mon ami me fait remarquer que c'est le 3ème livre, sur mon blog, où le narrateur est un chien!


mercredi 4 janvier 2012

Romans lus et non commentés depuis le 02/11/11

Voici trois romans que j'ai lus pendant les fêtes de fin d'année:

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D'abord, Une humeur de chien de Rebecca Hunt (Editions Denoël, 300 pages). C'est son premier roman qui nous fait revivre 7 jours dans la vie de Sir Winston Churchill, qui dicte en juillet 1964 (6 mois avant sa disparition à 90 ans en janvier 1965) à une jeune femme appelée Esther Hammerhans son discours d'adieu au Parlement. Le lien qui les relie se nomme Mr Chartwell (du nom de la demeure où vivait Winston Churchill), un grand chien noir qui se tient debout comme un homme et dont le métier est de déprimer les gens en général et Winston Churchill et Esther en particulier. Il ne faut pas oublier que Winston Churchill souffrit de dépression toute sa vie, il l'appelait "ce chien noir sur mon épaule" (black dog). C'est un roman léger sur un sujet un peu grave. Mr Chartwell bave, n'est pas un chien aimable. Il n'est content que quand il arrive à rendre moroses les gens par sa seule présence. J'ai trouvé le sujet abordé assez original. Rebecca Hunt est une jeune femme écrivain à suivre.

Maintenant deux romans policiers, l'un italien et l'autre français.

 

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L'hiver du commissaire Ricciardi de Maurizio de Giovanni (Rivages/Noir) se lit d'une traite. L'histoire se passe en 1931, à Naples, le Duce est au pouvoir. Le 25 mars de cette année-là, un ténor de très grand talent, Arnaldo Vezzi, est retrouvé assassiné dans sa loge juste avant d'entrer en scène. On le trouve la gorge tranchée par un fragment de miroir. Le jeune commissaire Luigi Alfredo Ricciardi, célibataire, maigre, le teint mat et de beaux yeux verts, issu d'une famille aisée (il pourrait vivre de ses rentes), est chargé de l'enquête. Il est aidé en cela par son adjoint Maione, marié, la cinquantaine, et par un prêtre, Don Pierino Fava, passionné d'opéra. C'est un roman plaisant que je vous conseille car on tombe sour le charme du commissaire qui est secrètement amoureux de sa voisine d'en face.

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L'hermine était pourpre de Pierre Borromée (Editions Fayard) vient de recevoir le Prix du Quai des Orfèvres 2012. Juliette Robin, la femme d'un avocat, est retrouvée sauvagement assassinée chez elle dans une petite ville de province de l'Est de la France où il ne se passe, en général, pas grand-chose de marquant. Le commissaire Baudry, passionné de vélo et natif du Sud-Ouest, enquête. Toute l'histoire se déroule dans le milieu des avocats, des bâtonniers, des juges et des procureurs. J'avoue que je n'avais pas trouvé le coupable, ne sachant pas le mobile. Le suspense est tenu jusqu'au bout. Une lecture agréable à effectuer dans le train (comme je l'ai fait).

mercredi 23 novembre 2011

Plus léger que l'air - Federico Jeanmaire

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Plus léger que l'air a été écrit par Federico Jeanmaire, écrivain argentin que je ne connaissais pas (c'est le premier roman de cet universitaire né en 1957). Publié aux Editions Joelle Losfeld (220 pages), c'est mon ami qui me l'a offert après avoir lu une bonne critique dans un journal hebdomadaire. Je le remercie de ce cadeau car c'est vraiment très bien. Ce long monologue d'une vieille femme de presque 94 ans émeut beaucoup. Elle parle à un jeune garçon de 14 ans, Santi, qu'elle maintient enfermé dans sa salle de bain après qu'il ait essayé de la voler. Pendant les quatre jours que dure l'histoire, cette vieille femme surnommée Faila, qui s'appelle en réalité Rafaela, fait la morale à Santi pour avoir agi de la sorte. Elle le menace, elle le materne, elle lui trouve mauvais caractère, elle le nourrit en lui passant sous la porte des escalopes panées, des crackers et des biscuits palmiers. Elle lui promet surtout de le libérer s'il écoute l'histoire de sa vie. Elle se met à lui parler de sa propre mère, Delia ou Delita, qu'elle n'a pas connue (elle avait 2 ans), morte dans des circonstances tragiques. Elle lui parle évidemment de sa propre vie, des deux hommes qu'elle a connus et qui l'ont bafouée - elle ne s'est jamais mariée. Je n'ai pas trouvé ce roman triste même si cela parle de la mort, de la vieillesse, de la solitude. La dernière phrase m'a plu: "Le désir de n'importe quelle femme est plus léger que l'air". Je vous laisse découvrir quel est l'autre élément qui est plus léger que l'air dans ce roman que je conseille vraiment parce qu'il se lit très bien et vite.

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mercredi 2 novembre 2011

Romans lus et non commentés

J'ai lu pas mal de romans policiers depuis l'été qui m'ont laissé plus ou moins de souvenirs. Mais ce furent des lectures agréables sur l'instant.

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Je commence par La bibliothèque du géographe de Jon Fasman (Points Seuil) qui est un roman intriguant mêlant passé et présent et qui nous présente des objets (fictifs) dotés de pouvoirs magiques et/ou alchimiques que des hommes sans scrupules essayent de s'approprier depuis des siècles. Le géographe du titre se réfère à al-Idrisi qui vécut au XIIème siècle et fut le cartographe du roi Roger II de Sicile. Parallèlement, Paul Tomm, un jeune journaliste, essaye d'élucider la mort inexpliquée d'un professeur d'histoire. Par ailleurs, le médecin légiste qui a pratiqué l'autopsie meurt peu après renversé par une voiture. Quand on arrive à la fin de l'histoire, on n'est pas très avancé. Toutes les clés ne nous sont pas données. Mais j'ai passé un excellent moment de lecture.

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Nature morte de Louise Penny (Actes Sud Noirs) se passe dans la province de Québec au Canada. Près d'un village où elle habitait, une institutrice à la retraite, Jane Neal, 76 ans, est retrouvée morte à l'orée d'un bois. Il semble qu'elle ait été tuée d'une flèche tirée par un arc. Accident? Meurtre? L'inspecteur-chef Armand Gamache de la sûreté de Montréal, marié depuis 32 ans, est chargé de l'enquête. Jane Neal était aussi peintre à ses heures. Il semble qu'elle ait peint quelque chose qu'elle n'aurait pas dû. C'est un roman qui m'a quelque peu déçue car il manque de vrais rebondissements. Ce roman de 300 pages est un peu "plan plan". Je pense que 200 pages auraient suffi. C'est semble-t-il le premier volet des enquêtes de l'inspecteur Gamache. Attendons les tomes suivants.

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Seul demeure son parfum de Feng Hua (Picquier Poche) est un roman policier chinois dans lequel de nos jours, en Chine, un tueur étrangle ses victimes (des femmes) après leur avoir fait l'amour. Un jeune inspecteur, Pu Ke, aidé d'une jeune femme, Mi Duo, rencontrée à une fête chez des amis communs, mène une enquête sur plusieurs mois. Ces crimes ne sont pas les premiers perpertrés par le tueur. J'ai deviné assez vite de qui il s'agissait. Le plus dur pour Pu Ke est de découvrir le mobile. L'auteur prend son temps pour dérouler l'histoire. Il nous montre qu'il n'est pas aisé d'enquêter en Chine quand certaines personnes comme des cadres administratifs sont impliqués. Ils ne peuvent pas être interrogés facilement. C'est toute une affaire de hiérarchie et de préséance. Roman pas désagréable même s'il m'a paru un peu lent.

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La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino (Actes Sud Noirs) constitue un roman policier japonais à la limite du fantastique. Une jeune femme demande à son ancien petit ami de l'accompagner dans une demeure reculée et isolée à flanc de montagne. A la mort de son père, elle a reçu une clé à tête de lion qui semble ouvrir une porte de cette bâtisse, qui ressemble à un tombeau et où le temps s'est arrêté un jour à 11H10. Sayaka n'a aucun souvenir d'avant l'âge de 5 ans. Elle veut découvrir pourquoi. Cette maison permettra peut-être de lui faire recouvrir la mémoire et d'exorciser ses démons. En effet, elle a fait plusieurs tentatives de suicide et est séparée de sa petite fille qu'elle maltraite. Ce roman tient en haleine jusqu'à la fin. Lire le billet d'Ys.

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Le roman de Ken Bruen, Calibre (Série Noire Gallimard), se lit vite, mais l'auteur ne s'est cette fois-ci vraiment pas foulé. L'histoire qui se passe à Londres rappelle celle de Mort aux cons de Carl Ayerhold mais en nettemement moins drôle. Un tueur qui a comme roman de chevet Le démon dans ma peau de Jim Thompson tue des personnes qu'il considère mal élevées. Les flics qui se mettent à sa recherche ne valent pas mieux que lui. A vous de voir.

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mercredi 12 octobre 2011

Le dîner - Herman Koch

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Ayant lu quelques chroniques sur ce roman (Alex mot-à-mots par exemple), je me suis procuré ce roman vendu à 400 000 exemplaires aux Pays-Bas. C'est le premier roman d'Herman Koch publié en France (Editions Belfond).

En résumé, le roman se passe pendant un dîner, où deux frères, Paul et Serge Lohman, accompagnés de leurs épouses, Claire et Babette, discutent de choses et d'autres et n'abordent pas le vrai sujet de fond sauf vers la fin. En effet, Michel, le fils de Claire et Paul (le narrateur), a commis un acte monstrueux avec la complicité de son cousin Rick, le fils de Babette et Serge (politicien et peut-être futur premier ministre des Pays-Bas). Cette tablée de personnes peu recommandables sous leur vernis de respectabilité m'a donné la nausée. Cet acte barbare au quotidien cautionné par des parents irresponsables me fait m'interroger sur ce que j'aurais fait à leur place. Je pense que je n'aurai pas couvert ces garçons de 16 ans qui ne se rendent pas compte de la gravité de leur acte. Ce serait aux parents de le leur expliquer et ils ne le font pas. Seul l'avenir de leur progéniture les préoccupe. Je ne vous dévoilerai pas l'acte que Michel et Rick ont commis si ce n'est qu'ils recommencent, d'une autre manière ailleurs. Par ailleurs le repas qui est servi ne m'a pas paru très appétissant.

Ce roman se lit bien, mais quant à ce qu'il raconte, je ne sais que penser. Voir aussi le billet d'Amanda.

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jeudi 6 octobre 2011

Crimes - Ferdinand von Schirach

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Crimes de Ferdinand Von Schirach (Editions Gallimard, 215 pages) rassemble 11 nouvelles d'un écrivain né à Münich qui est surtout avocat au barreau de Berlin. Je les ai trouvé passionnantes, parfois incroyables. Elles sont surtout bien écrites. Beaucoup sont tristes, violentes, en résumé humaines. Même s'il s'agit de nouvelles de fiction, il semble que Von Schirach se soit inspiré d'affaires dont il avait entendu parler en tant qu'avocat de la défense, car dans chacune d'elles, l'auteur/avocat se trouve être sollicité face à des "faits vrais".

Je vous évoquerai en premier "Les pommes" dans laquelle apparaît un homme, Fahner, un médecin généraliste qui tua après 50 ans de mariage, à coups de hache, sa femme Ingrid, sorte de tyran domestique. En guise de conclusion à son procès, Fahner déclare "J'ai aimé ma femme puis, pour finir, je l'ai tuée. Je l'aime encore. Je le lui avais promis, elle reste encore ma femme...".

Dans "Changement d'heure", un industriel accusé d'un meurtre sordide (il a massacré une jeune étudiante avec laquelle il couchait) sauve sa peau grâce à une histoire d'heure d'été qui passe à l'heure d'hiver. Ces 60 minutes lui permettent d'avoir un alibi. 

"L'amour" retrace l'histoire de Patrik qui aime tellement une jeune fille qu'il n'hésite pas à vouloir la tuer pour en manger un morceau.

En revanche, la dernière nouvelle, "L'Ethiopien", clôt l'ouvrage sur une note optimiste. C'est l'histoire d'un jeune garçon, Michalka, abandonné à la naissance, laid mais adroit de ses mains, qui affronte beaucoup d'obstacles et qui arrive à devenir un planteur de café en Ethiopie. Entretemps, il aura purgé une peine de prison pour vol.

Un recueil que je vous conseille.

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mardi 16 août 2011

Dolce Vita 1959-1979 - Simonetta Greggio

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Profitant de mon week-end prolongé loin des tentations de la vie parisienne, je viens de lire Dolce Vita 1959-1979 publié en 2010 (dont les critiques avaient parlé lors de la rentrée littéraire de l'année dernière). Dolce Vita 1959-1979 est écrit avec brio en français par une italienne, ancienne journaliste qui est déjà l'auteur de trois autres romans et d'un recueil de nouvelles (pas lus). La politique, le judiciaire, le Vatican, la franc-maçonnerie, les Brigades rouges, la mafia, la noblesse et la grande bourgeoisie ainsi que la "Jet Set" et le cinéma, l'assassinat de Pier Paolo Pasolini et celui d'Aldo Moro y sont évoqués tour à tour. L'auteur essaye de décrire les ramifications complexes qui relient les acteurs de cette "épopée grecque, une oeuvre de Shakespeare. Ecrite par un génie du mal avec le sens du comique. - Une oeuvre chorale, plutôt. Où chacun écrit son fragment de cadavre exquis." (p.353). J'ai lu Dolce Vita 1959-1979 en une journée parce que l'histoire (20 ans d'Italie) est passionnante même si Simonetta Greggio ne fait que survoler cette période foisonnante, tragique et complexe. J'ai aussi retenu qu'en Italie, il est plus dangereux de poser des questions que d'y répondre. Le fil conducteur de ce roman est la conversation (à l'automne 2010) entre le Prince Emanuele Valfonda et son confesseur, le jésuite Saverio (les deux seuls personnages fictifs du récit, inspirés de personnages réels). Tous les autres protagonistes du roman sont réels. La "Dolce Vita" du titre se rapporte bien sûr au film de Federico Fellini qui est évoqué au début du roman et au scandale qu'il a suscité de la part de l'Eglise en particulier. Si vous le trouvez en bibliothèque, je vous conseille vraiment ce roman de 400 pages publié aux éditions Stock. Voir le billet d'Alienor.

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dimanche 24 avril 2011

Le tailleur gris - Andrea Camilleri

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Sous ce titre anodin, Le tailleur gris, se cache un roman (Points Seuil noir) d'une grande noirceur et dont la fin m'a paru insoutenable. C'est un roman anxiogène au possible (il s'agit du premier roman d'Andrea Camilleri que je lis). En Sicile, à Palerme, un banquier vit sa première journée de retraité. Père et bientôt grand-père, il est marié depuis 10 ans avec Adèle, de 25 ans sa cadette. C'est elle qui porte un tailleur gris pour certaines occasions ou pour un changement dans sa vie. Adèle trompe son mari, car c'est une femme qui a un grand appétit sexuel tout en bannissant son mari du lit conjugal depuis 3 ans (sauf quand elle est d'humeur câline). Une semaine après sa mise à la retraite, cet homme (auquel l'auteur n'a pas donné de nom ou de prénom) apprend qu'il est très gravement malade. Adèle devient son infirmière (elle apprend à faire des piqûres) et peut-être son bourreau. Ce que j'ai trouvé particulièrement éprouvant, c'est que l'on devine ce qui va arriver. Pendant les 170 pages, le style de l'auteur reste neutre: c'est terrifiant. Je pense que je lirai un autre roman d'Andrea Camillero avec une enquête du commissaire Montalbano. Toujours est-il que je vous conseille Le tailleur gris - que l'on pourrait peut-être sous-titrer La veuve noire.

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mercredi 6 avril 2011

La septième vague - Daniel Glattauer

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Aujourd'hui, 6 avril 2011, paraît la suite, en français. De quoi, me direz-vous? Mais de Quand souffle le vent du nord, bien évidemment. La septième vague, que j'ai reçu en avant-première (merci les Editions Grasset) et dans lequel on retrouve Leo Leike et Emmi Rothner, reprend trois semaines après la fin du premier volume, et puis 3 mois plus tard. Je ne dévoilerai pas l'intrigue, si ce n'est que Leo est revenu de Boston, qu'Emmi et lui se rencontrent en vrai (je ne vous dirai rien sur ce qui se passe entre eux). Je ne dévoilerai pas davantage l'évolution de la relation d'Emmi et de Bernhard, ni la relation entre Leo et Pam rencontrée à Boston. Je vous dirai que les échanges de mails sont parfois très longs, qu'il y a des jolis moments de rhétorique à fleuret moucheté (comme pp.83-84):
"... Réponse (de Leo): Oui, mais (...). Non, pas de mais. Oui!
Réponse d'Emmi:... Puis-je faire une analyse? D'abord le "oui" de l'accord apparemment résolu. Puis la virgule de l'ajout à venir. Puis le "mais" de la restriction annoncée. Puis la ronde parenthèse de l'art typographique. Puis les points de suspension de la mystérieuse hésitation. Puis assez de discipline pour fermer la parenthèse et remballer le trouble anonyme. Puis un point conformiste, pour maintenir un ordre apparent dans le chaos interne. Puis soudain le "non" entêté du refus apparemment résolu. Encore la virgule de l'addition imminente. Puis le "pas" du rejet sans compromission. Puis un autre "mais", résolutoire celui-là, un "mais" qui n'est là que pour montrer qu'il n'y en a plus. Tous les doutes sont sous-entendus. Aucun doute n'est exprimé. Tous les doutes sont balayés. A la fin, se dresse un courageux "Oui", accompagné d'un point d'exclamation entêté..."
Sinon, le ton du roman m'a paru plus grave (je n'ai pas souri comme pour le premier). Leo et Emmi, 37 et 35 ans, ont mûri. Leurs sentiments ont évolué, surtout ceux de Leo qui se rend compte que Emmi est tout pour lui (mais chut, pas un mot de plus). Je vous laisse aussi découvrir la signification du titre "La septième vague". Mon ami, qui n'a pas pu s'empêcher de lire les dernières pages du roman (qu'il va dévorer incessamment sous peu) m'a dit qu'il imaginait bien qu'il pourrait y avoir une suite. Eh bien, je ne suis pas d'accord avec lui. Le roman s'achève naturellement et ce qui doit arriver à Emmi et Leo ne nous regarde plus.

Je remercie à nouveau les Editions Grasset qui ont pensé à moi. Et je vais faire de ce roman un livre voyageur. Merci à celles et ceux qui le souhaitent le recevoir de m'envoyer un mail.
Sinon, la déferlante a commencé: voir les billets de Clara et Cathulu entre autres.

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jeudi 10 mars 2011

L'homme qui aimait les chiens - Leonardo Padura

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Je viens d'arriver au bout des 667 pages de L'homme qui aimait les chiens (Editions Métailié), magnifique roman fleuve, passionnant grâce à son style ample et fluide, qui tient en haleine jusqu'au bout.
La photo sur la couverture représente Lev Davidovitch Bronstein, dit Leon Trotski (il aimait les chiens, en particulier les lévriers barzoïs). Mais au cours de l'histoire, on apprend qu'au moins deux autres personnages réels ou fictionnels aimaient aussi les chiens, dont "L'homme" du titre. Leonardo Padura redit en postface qu'il s'agit d'un roman. Mais il s'est emparé de l'Histoire (avec un grand H) pour nous raconter une histoire et nous faire revivre toute une époque de janvier 1929 jusqu'à nos jours, avec la guerre d'Espagne, la mainmise de Staline sur l'ex-URSS et les purges qui s'ensuivirent, et le destin plus ou moins dramatique de quelques hommes et femmes. Le roman enchevètre trois récits: d'abord, l'exil de Trotski et de sa famille de la Sibérie jusqu'au Mexique en passant par la France et la Norvège; puis l'itinéraire de Ramon Mercader (alias Jacques Mornard, alias Franck Jacson), d'origine catalane, endoctriné dès son plus jeune âge sous l'influence de sa mère Caridad, qui devint militant communiste - recruté par les services secrets soviétiques, on en fit un agent zélé persuadé que le "renégat" Trotski était l'homme à abattre: il l'assassina d'un coup de piolet dans le crâne le 22 août 1940 à Mexico; et enfin, nous suivons Ivan, écrivain cubain frustré, vétérinaire à ses heures, qui rencontra, un jour (en 1977) sur une plage cubaine, un homme accompagné de ses deux lévriers barzoïs. Il est dit plusieurs fois que les personnages du roman éprouvent de la peur: de mourir, de dire, d'agir, d'écrire. Le monde vivait dans la peur. C'est avant tout l'histoire d'un homme qui restera hanté jusqu'à sa mort par le cri que poussa sa victime quand il la tua, et d'une cicatrice à la main en forme de croissant. Après Les brumes du passé, je considère Leonardo Padura comme un très très grand romancier.

Voir les billets élogieux de Keisha, d'Ys, de Moustafette et d'Yv.

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