samedi 27 mai 2017

Quand sort la recluse - Fred Vargas

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Je me suis plongée avec plaisir dans le nouveau roman de Fred Vargas Quand sort la recluse (Editions Flammarion, 477 pages lues en deux jours), où il est question de l'araignée recluse (Loxosceles rufescens), très peureuse, qui se cache et dont la morsure non mortelle peut provoquer des nécroses, des femmes recluses du Moyen-Age et de nos jours (cela a existé), de pigeons et de pigeonniers, de ramiers, de chèvres (comme celle de M. Seguin), d'une famille de merles, d'un chat dormant sur une photocopieuse, d'une tête de murène pas très fraîche. Par là même, on a le plaisir de retrouver Jean-Baptiste Adamsberg, le commissaire béarnais qui est obligé de quitter l'Islande (où on l'avait laissé dans le roman précédent). Il revient dans les locaux de la brigade criminelle du XIIIème arrondissement de Paris pour résoudre une énigme: qui, du mari ou de l'amant putatif, est coupable d'avoir écrasé par deux fois avec un 4x4 une jeune femme de 37 ans, mariée au premier et peut-être maitresse du second? Grâce aux déductions d'Adamsberg, le crime est résolu en deux temps, trois mouvements. A partir de là, Adamsberg et son équipe, sauf son adjoint Danglard qui file un mauvais coton, vont enquêter sans autorisation sur la mort de quelques hommes de plus de 80 ans habitant dans la région de Nîmes. Ces vieillards sont morts d'une piqûre d'araignée appelée la recluse. Dès que la nécrose s'installe, la mort survient dans les trois jours. Convaincu qu'il s'agit de crimes et non d'accidents, Adamsberg nous fait partager ses proto-pensées (des pensées avant les pensées, ses bulles gazeuses). L'enquête n'aboutit par deux fois à rien. On est embarqué entre Nîmes, Rochefort, l'Ile de Ré et Lourdes avec quelques retour vers Paris. Je ne dirai rien de plus. Lisez-le d'autant plus que c'est très bien écrit.

Lire les billets enthousiastes de Brize, de Cathulu,

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mercredi 10 mai 2017

Dans une coque de noix - Ian McEwan / Alex - Pierre Lemaitre / Le promeneur d'Alep - Niroz Malek

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Quand j'ai vu qu'un nouveau roman de Ian McEwan était paru, je me suis empressée de lire le résumé et je l'ai acheté. Dans une coque de noix (Editions Gallimard, 212 pages) est une réécriture d'Hamlet de William Shakespeare. Sauf que le Hamlet de McEwan est un foetus dans le ventre de sa mère, enceinte d'au moins 8,5 mois. Le roman est écrit à la première personne. C'est le foetus qui est le narrateur. S'il ne voit pas encore, ce bébé à naître entend tout à travers le placenta, et quand le roman commence, on le sent inquiet car il a compris qu'un meurtre se prépare. Sa mère Trudy et son oncle Claude (amant de sa mère) se préparent à empoisonner son père John, un poète pas très recconu. John et Trudy sont en effet séparés et Claude a pris à la place dans le lit conjugal. Je ne vous dévoilerai pas comment le futur bébé va contribuer à l'arrestation des assassins. Le roman est plaisant même si ce n'est pas mon préféré de McEwan.

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Je passe à Alex de Pierre Lemaitre (Livre de Poche, 396 pages) dans lequel on retrouve le commandant Camille Verhoeven, terrassé par le chagrin depuis la mort de sa femme Irène dans Travail soigné. Alex, une jeune femme vient d'être enlevée. Enfermée dans une cage (une "fillette" comme au temps de Louis XI), dans un hangar désaffecté, on découvre rapidement qu'Alex est à la fois victime et bourreau. Je vous laisse découvrir comment elle arrive à s'échapper de sa cage et quels liens relient les victimes qu'Alex annihile à l'acide sulfurique. Le rythme est haletant et le final glaçant.

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Je termine par Le promeneur d'Alep de Niroz Malek (Le serpent à plumes, 156 pages) que j'avais repéré chez Miriam (je l'en remercie). Niroz Malek, né en 1946 et issu de la communauté yézidie, est syrien né de parents kurdes. Il vit à Alep en Syrie sous les bombes. Il ne veut pas quitter sa ville à laquelle il est très attaché. Le livre est composé d'une cinquantaine de courts chapitres d'une ou deux pages qui se rapportent à des moments rêvés (souvent des cauchemars) ou réels vécus par l'écrivain ou des proches. Entre les barrages, les barbelés, les maisons à moitié détruites, les bombardements, on continue d'aller au café du coin, on bavarde, on va au marché, on essaye d'aimer et on meurt beaucoup. J'ai été marquée par les chapitres comme "Une violence" (p.51) avec un parallèle entre la violence verbale écrite par un stylo et la violence des tirs de balles, ou "Les portes du jardin public" (p.145), où la grille de l'enceinte du jardin s'adresse à l'écrivain en lui disant "Vous n'allez pas trouver de quoi vous réjouir". Ce jardin public est devenu un cimetière. Un livre court mais intense où malgré tout j'ai trouvé une certaine légéreté grâce à l'écriture magnifique, pleine de poésie. De plus, la traduction est excellente. Je vous le conseille.

samedi 22 avril 2017

Nuit - Bernard Minier / Les fils d'Odin - Harald Gilbers

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Dans Nuit (Editions XO, 517 pages) de Bernard Minier, on retrouve le commandant Martin Servaz, dont on avait fait connaissance dans Glacé, qui va à nouveau affronter Julian Hirtmann, un Suisse psychopathe, ancien procureur et dont il est aussi question dans Le cercle. Nuit commence avec le meurtre d'une Norvégienne technicienne sur une plate-forme off-shore dont on retrouve le corps sans vie dans une église de Bergen. Kirsten Nigaard, de la police d'Oslo, est chargée de l'enquête, car son nom écrit sur un papier est retrouvé dans une poche du vêtement de la victime. De Bergen, Kirsten va arriver à un moment donné (presque deux mois plus tard) dans le bureau de Martin Servaz suite aux indices que la police norvégienne a trouvé. Parmi les indices, il y a des photos montrant Martin Servaz pris au téléobjectif ainsi qu'un prénom écrit au dos d'une de ces photos, "Gustav'. Entretemps, menant une enquête, Servaz aura été blessé grièvement par balle par le suspect qu'il poursuivait. Je ne sais pas si j'ai été assez claire, mais l'intrigue assez prenante est pleine de rebondissements menant à de fausses pistes. Le tout est orchestré par Julian Hirtmann qui s'est attaché à Gustav (un garçonnet de 5 ans, très gravement malade) dont il s'est occupé depuis la naissance. Je n'en dirai pas plus sur cette histoire qui m'a un peu moins convaincue que Glacé (j'ai trouvé pas mal d'invraisemblances), mais quand le roman se termine, on attend la suite. Il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu les romans précédents pour comprendre qui sont certains des personnages, quoique... Pour l'anecdote, le petit garçon s'appelle Gustav en l'honneur de Gustav Mahler, le musicien préféré de Servaz et Hirtmann. 

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Je passe maintenant au roman Les fils d'Odin d'Harald Gilbers (Grands détectives, 10/18, 547 pages haletantes). J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Richard Oppenheimer, ancien commissaire de la Kripo à Berlin, qui vit plus ou moins dans la clandestinité depuis l'arrivée d'Hitler au pouvoir. En effet, Oppenheimer, marié à une aryenne, Lisa, depuis plus de 20 ans, est juif. On l'avait laissé en mauvaise posture en juin 1944 dans Germania: il avait été déclaré mort. Fort heureusement, dans Les fils d'Odin, on le retrouve 6 mois plus tard. En janvier 1945, vivant dans un meublé sous une fausse identité, Oppenheimer est gardien de nuit dans une banque. La vie d'Oppenheimer ne tient qu'à un fil avec ses faux-papiers provisoires qu'il a obtenu grâce à son amie Hilde, une femme médecin de grande valeur et anti-nazie notoire. A son tour, Oppenheimer va aider Hilde. Cette femme est encore mariée à un médecin qui a pratiqué des "expériences" sur des cobayes à Auschwitz. Hilde se accusée du meurtre de son mari, Erich Hauser. Récemment revenu à Berin, le corps d'Hauser est retrouvé mutilé: la tête et les mains ont été coupées. Oppenheimer va mener son enquête entre le 30 janvier et le 12 mars 1945 dans Berlin en ruines bombardée jour et nuit par les Américains (le matin) et les Britanniques (l'après-midi). Plus que l'intrigue policière, j'ai trouvé très intéressante la description de la vie quotidienne des Berlinois privés de presque tout. Berlin où les trafics en tout genre continuent, ainsi que les dénonciations, et où la Gestapo règne toujours par la terreur. A la fin du roman, Hilde, condamnée à mort (mais pas pour la mort de son mari), a obtenu une semaine de sursis. J'espère que M. Gilbers compte écrire une suite et fin. Les fils d'Odin sont des illuminés se consacrant à un culte germanique autour du dieu Odin/Wotan. C'est très accessoire dans le roman.

vendredi 7 avril 2017

Plaidoyer (impossible) pour les socialistes - Bernard Maris

J'ai [Ta d loi du cine, "squatteur" chez Dasola] mis plus de deux ans à rédiger le présent billet. En fait, je viens tout juste de relire ce livre, Plaidoyer (impossible) pour les socialistes, acheté en janvier 2015 et terminé deux mois plus tard - sans que j'aie à l'époque réussi à rédiger quelque chose dessus. Il s'agit du 2ème livre de Bernard Maris que je chronique dans la série de mes "hommages" aux tués du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Bien évidemment, on pourra critiquer mon choix de parler ce mois-ci de ce livre-là. Il faut avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que Bernard Maris a publié ce livre il y a déjà 5 ans, en 2012 (imprimé en novembre, j'ignore quand il en avait commencé la rédaction). Il contient quelques rares allusions à Hollande Président, à Ayrault premier ministre, ou même à Benoit Hamon ministre délégué chargé de l'économie sociale et solidaire (par exemple, p.39: "étonnez-moi, Benoit"). Soyons conscients que, si Bernard Maris avait eu la chance de ne pas s'être fait assassiner, il aurait peut-être écrit autre chose aujourd'hui (ou pas). J'ignore évidemment ce que notre "Oncle Bernard" aurait bien pu dire sur les projets de nos candidats (primaires, secondaires, supérieurs...) aux élections présidentielles de 2017. Passons donc au livre tel que j'ai pu le lire.

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Plaidoyer (impossible) pour les socialistes ne perd pas son temps à chasser tel ou tel éléphant ou tel ou tel courant de notre Parti Socialiste contemporain. Il ne s'agit pas non plus de démolir une doctrine qui apparaîtrait figée par opposition à quelque autre parti politique. Quitte à enfoncer une porte ouverte, j'insisterai sur le fait que le titre mentionne bien "les" socialistes, mais ni "le parti socialiste" ni "le socialisme" (faire l'amalgame relèverait d'un abus de langage, si ce n'est même d'une mauvaise foi partisane). Cependant, dans le livre, Bernard Maris passe en revue (cartographie) toutes les fausses pistes où l'utopie du XIXème siècle s'est fourvoyée voire dévoyée: différents courants liés aux personnalités fondatrices au XIXe siècle, la SFIO (Jaurès est longuement cité), la IIème guerre mondiale (avant: Front Populaire et guerre d'Espagne; après: guerre d'Algérie...) jusqu'à ce qui est devenu en 1971 l'actuel Parti Socialiste: selon les éclairages qu'il donne, à certains moments de l'existence du parti, sous certains dirigeants, le Parti n'a pas vraiment été glorieux.

Bernard Maris nous a donné un ouvrage de philosophie historique, une remise en perspective de ce qu'a pu jadis recouvrir le vocable de "socialisme" depuis les années 1830 où il était connoté différemment, en passant par les tendances diverses chez les socialistes de la seconde moitié du XIXème siècle, jusqu'à ce que nous connaissons, en France, sous le Président Hollande, ancien premier secrétaire du Parti socialiste. Il n'omet pas de décrire le cheminement familial ou personnel qui l'a amené jusqu'à sa rédaction. Il a fréquenté dès sa jeunesse la section SFIO de Muret (qui fait partie des dédicataires) et y a croisé des militants "historiques" auxquels il rend hommage pour la construction de sa "conscience politique". Il nous offre une lecture plutôt convaincante (désabusée?), tout le contraire d'un ouvrage barbant ou rébarbatif. C'est bien écrit, il faut tout lire (3 heures et demie... - pour moi), et c'est malaisé à résumer. L'ayant lu avec profit, je vais tâcher d'extraire quelques pépites de ce pactole et de les coudre bout-à-bout en quête de sens (si ça apparaît décousu, la faute n'incombera qu'à moi!).

Avant de parler du capitalisme en brossant à gros traits ses évolutions historiques, le prologue (p.12) commence par relever que "l'accumulation, l'enrichissement, les inégalités ne sont remises en cause par aucun dirigeant" (p.12). Bernard Maris parle bien des "dirigeants" (ceux qui exercent effectivement le pouvoir), et non des candidats... "L'homme socialiste est celui que le pouvoir indiffère" (p.183). Mais (p.176) "le peuple ne vote pas socialiste parce que le discours du progrès, du changement, de l'ouverture, de la mondialisation, de la transformation, du nouveau, de la prise de risque, de l'aventure sociale, de la mobilité, du changement (sic!), de la réforme ne l'a jamais intéressé. Il voit bien ce qu'il a à perdre dans le changement, pas ce qu'il a à gagner, car en général il n'a rien à gagner." Pourtant, "la limitation des fortunes reste un objectif socialiste" (p.202). "Pas de socialisme sans remise en cause de la propriété privée" (p.68). "Aujourd'hui, le "mur de l'argent" s'appelle "les marchés" et "Marx n'avait pas prévu que le capitalisme s'adapterait" (p.145). "Disons la vérité: non seulement le socialisme ne veut plus détruire le capitalisme, mais il a été contaminé par lui jusqu'aux os et souffre d'économisme, cette maladie grise. Il se croit obligé d'apporter quelque chose de plus efficace, de plus gestionnaire." (p.76). Résultat: on en est arrivé aux "travers du socialisme moderne: technocratique, statistique, étatique et non démocratique, globaliste, mondialiste, libre-échangiste, oubliant la morale au nom de l'efficacité et de la gestion, refusant le passé au nom du progrès et de la modernité" (p.141). Alors que parallèlement on a connu depuis 1945 "une explosion financière, tendance à l'individualisation, au narcissisme, à l'isolement et aux rapports dominants d'égalité monétaire permis par l'échange marchand" (p.15). "Les rêves finissent par s'évanouir, comme le socialisme" (p.103).

Certains "possibles" du socialisme ont été éliminés par le marxisme (dès le XIXème siècle: des socialismes utopiques contemporains du marxisme mais minoritaires face à lui). Maris n'omet cependant pas de rappeler que, "du point de vue des capitalistes, le communisme est une "hérésie", qui doit être combattue voire exterminée". Mais cela ne semble pas suffire à le rendre sympathique. Ah, si Jean Jaurès n'avait pas été assassiné, que n'aurait-il pu se passer? Jaurès, qui, d'un voyage en Algérie, avait ramené la conscience que la politique coloniale menée à l'époque en Algérie serait "le levain de l'extrémisme islamique" (p.129). Jaurès aussi qui, dès 1898, défend ce qui deviendra la Sécurité Sociale en 1945: occasion pour Maris d'introduire (p.135) la notion de "propriété sociale" qui dépasserait la propriété individuelle et (même) collective .

Et si, au final, un vrai "programme socialiste", c'était d'arriver à faire en sorte (à mettre en place les conditions pour que) chacun dans la société se sente heureux d'être là où il est? "On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en partant" (p.187). Mettre en place, enfin, la [République] sociale, axée sur la fraternité. J'en conclus donc que l'étalon de mesure à utiliser ne devrait plus être économique, mais deviendrait un indice du bonheur, en quelque sorte. Brut, mondial, relatif... Il y a le choix! Et encore faudrait-il arriver à convaincre que le vrai but de l'humanité est que chacun soit heureux dans sa vie. Mais ceci est une autre histoire. Un autre plaidoyer?

En attendant, lisez donc vous-même celui-ci.

*** Je suis Charlie ***

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jeudi 30 mars 2017

Cadavre 19 - Belinda Bauer / Maiba - Russell Soaba / La baleine Thébaïde - Pierre Raufast

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Cadavre 19 de Belinda Bauer (Collection 10/18, 401 pages) m'a plu parce qu'il s'agit d'un polar pas trop violent malgré le fait qu'une grande partie de l'histoire se passe dans une salle d'autopsie. Patrick Fort, âgé de 18 ou 19 ans et atteint du syndrome d'Asperger, a décidé d'étudier l'anatomie. Il veut comprendre ce que c'est que la mort. Il veut obtenir des réponses à ses questions qu'il se pose depuis l'enfance, à l'époque où son père est mort accidentellement, renversé par une voiture. Avec d'autres étudiants, on lui attribue un cadavre à qui on donne un numéro: le 19. De tempérament curieux, Patrick va assez rapidement découvrir que la cause de la mort du n°19 n'est pas celle attendue. L'histoire prend son temps. Il y a quelques facilités dans les rebondissements de l'histoire mais le roman se lit agréablement.

Concernant Maiba de Russell Soaba (Editions Au vent des îles, Tahiti, 183 pages), c'est un roman écrit en 1979 mais publié en français en 2016 qui se passe dans les îles du bout du monde, en Papouasie Nouvelle-Guinée. Je trouve assez difficile de parler de ce roman où il n'y a pas vraiment d'histoire. M. Soaba (un écrivain Papou de 66 ans) évoque surtout les us et coutumes de ce pays en pleine mutation composé d'îles sur lesquelles on parle jusqu'à 800 langues. Maiba est une jeune Papoue qui vit à Makawana. Estropiée de naissance et orpheline à l'âge de 4 ans, son père était le chef du village, Maiba a été élevée par son oncle et sa tante. Il semble que "Maiba était de mauvais augure pour quiconque entrait en contact avec elle". J'avoue avoir beaucoup aimé les 80 premières pages et m'être un peu ennuyée aux 100 pages suivantes. Mais j'ai été contente de cette découverte d'un écrivain qui m'était totalement inconnu. Je remercie mon ami Ta d loi du cine pour cette suggestion.

Je termine avec La baleine Thébaïde (Alma Editeur, 213 pages) que, pour l'instant, j'ai peu vue chroniquée sur les blogs. Après La fractale des raviolis et La variante chilienne, Pierre Raufast a encore écrit un roman plaisant. Le fil conducteur de l'hstoire est une baleine bleue qui chante à une fréquence de 52 hertz alors que ses camarades chantent entre douze et vingt-cinq hertz. Tel Achab, Richeville, un jeune Français natif de Chantibrie diplômé d'une école de commerce, s'embarque sur un bateau pour une expédition scientifique à la recherche de cette baleine unique. Tout ne se passe pas comme il l'avait cru. La pauvre baleine que l'équipage a retrouvé est exterminée. Le roman est composé de courts chapitres avec une histoire tarabiscotée qui tient la route mais se termine mal (je ne dévoile rien). Et une fois encore, j'ai apprécié l'écriture de Raufast. Il y a des passages jubilatoires. "J'obtins le diplôme au bout de trois longues années. Un tiers voulait devenir banquier par amour de l'argent, Un autre tiers visait l'ENA pour la puissance. Le dernier tiers se rêvait consultant dans un des "big four" pour devenir riche et puissant. Je faisais partie du quatrième tiers, le tiers honteux: celui qui n'avait aucune ambition. Le renégat du commerce, l'apostat du management. Autant dire que j'étais aussi populaire qu'une reine Bothriomyrmex chez les fourmis Tapinoma" (p.23). Je conseille.

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mardi 7 mars 2017

La divine sieste de papa - Maryse et Georges Wolinski / J'hallucine! - Wolinski

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) récemment trouvé à acheter (d'occasion, forcément) La divine sieste de papa (éditions Messidor / La Farandole, 1981 [ça ne nous rajeunit pas]). Les parents de la jeune Elsa s'étaient partagés les rôles: Maryse Wolinski racontait (mêlant factuel et fictionnel), et Georges illustrait de dessins fleuris et pastels. Voici ce qu'on peut trouver sur le site internet de Maryse.

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Un album joliment tendre, dont on peut se demander si une réédition pourrait être envisageable, à l'intention d'un public enfantin? L'album est intemporel. Je suppose qu'Elsa aurait aussi son mot à dire sur la question. Il est clair que cet album est nettement moins "trash" que d'autres.

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Je n'ai pas (encore) l'album Tout est politique également paru chez Messidor en 1981, mais la main panière en couverture de ce dernier me fait penser que son contenu doit être nettement moins fleur bleue... Un tome 2 de La divine sieste de papa est paru en 1987 (je ne l'ai pas non plus - pas encore). Ensuite, pour ce qui peut concerner la "jeune" Elsa, évoquée (prétexte fictionnel à nouveau, je suppose?) dans J'hallucine! en 1991 en tant que post-ado, elle est même la dédicataire de cet album (que j'avais acheté en 1999).

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Selon la 4ème de couv (avec photo d'Elsa, que je n'ai pas mise ici), ce recueil rassemble des dessins et planches (je n'en ai pas repris non plus) réalisés pour le journal Phosphore entre 1987 et 1991.

*** Je suis Charlie ***

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mardi 28 février 2017

Le cas Malaussène 1 - Ils m'ont menti - Daniel Pennac

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Ca y est, je viens de terminer le premier tome de la nouvelle trilogie Malaussène, 18 ans après la parution du 6ème volume: Aux fruits de la passion en 1999.

Les 5 précédents avaient pour titre, pour ceux qui connaissent : Au bonheur des ogres (1985) La fée Carabine (1987), La Petite marchande de prose (1990), Monsieur Malaussène (1995), Des chrétiens et des maures (1996). C'est mon ami Ta d loi du cine qui me les avait fait connaître.

J'ai commencé (comme mon ami) par la fin, c'est-à-dire qu'il y a un répertoire à la fin du roman de tous les personnages vivants, fictifs ou morts qui apparaissent dans les romans précédents ou dans ce nouvel opus. Je vous conseille de faire de même car même si j'ai lu les romans de Pennac il y a environ dix ans, j'ai beaucoup oublié et une piqûre de rappel est bienvenue.

On retrouve la tribu Malaussène au complet, de Benjamin (directeur littéraire aux éditions du Talion et bouc-émissaire à l'occasion) et Julie à Verdun devenue Juge d'instruction. Cette dernière est mariée à un boulanger, ancien juge lui-même. On retrouve même Julius le chien (enfin c'est un descendant de la troisième génération).

Georges Lapietà, un affairiste bien connu sur la place de Paris, vient d'être enlevé. Le rapport avec la famille Malaussène est que Maracuja, née dans Aux fruits de la passion, est tombée amoureuse de "TUC" (Travaux d'Utilité Collective), le fils unique de Lapiétà. Les kidnappeurs demandent comme rançon la somme, au cent près, reçue peu de temps auparavant par Lapietà pour avoir fait licencier 8302 personnes de l'entreprise LAVA.

Je ne vous dévoilerai pas plus l'intrigue de ce roman moins drôle que les précédents, et je n'ai pas retrouvé la verve stylistique sauf dans certains passages. Cela n'empêche pas que j'attends la suite, Leur très grande faute, avec intérêt.

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mardi 7 février 2017

Le capitalisme en 10 leçons - texte de Michel Husson / dessins de Charb

Je (ta d loi du cine, "squatteur" chez dasola) profite de l'absence de la maîtresse des lieux pour glisser un article en hommage aux tués de Charlie Hebdo, enfin finalisé parmi ceux dont les projets traînent en version "brouillon" depuis des mois. Je précise que Michel Husson est, lui, bien vivant, heureusement!

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Michel Husson est un économiste critique, membre du conseil scientifique d'Attac. Il a notamment publié Les Casseurs de l'Etat social (La Découverte, 2003) et Un pur capitalisme (Page Deux, 2008). Charb, dessinateur, directeur de publication de Charlie Hebdo, a notamment illustré, de Daniel Bensaïd, Marx, mode d'emploi (Zones, 2008).

Le capitalisme en 10 leçons (sous-titré "Petit cours illustré d'économie hétérodoxe"): j'ai lu de la première à la dernière page ce livre ardu, bourré de notes et de références bibliographiques. J'y ai mis quelque temps, puisque je l'avais acheté lors de ma visite à Ardelaine (dans leur librairie), en août 2013 ("à 80% pour les dessins de Charb!", comme je l'avais noté à l'époque), mais ne m'étais pas précipité ensuite pour le lire. Les événements que l'on sait me l'ont fait reprendre en main en 2015. L'ouvrage est bien égayé par 79 dessins différents dessins de Charb, qui enjolivent (illustrent, ornent, agrémentent, désennuient, distraient dans la lecture... - ne rayez aucun de ces utiles synonymes!) le texte. 

Statisticien, économiste, militant, Michel Husson ne prend pas la voie de la simplification outrancière. Si je devais extraire une seule phrase des quelque 250 pages de ce livre pour le synthétiser, elle serait négative: "Son objectif [du capitalisme] n'est pas la satisfaction optimale des besoins humains, et la nécessité d'une adéquation à ces besoins est une contrainte que le système va chercher à déplacer" (p.83). Une argumentation solidement charpentée est étayée par force notes de bas de page, dont une vingtaine (j'ai compté) renvoient sur le site de Michel Husson (dont le "mode d'emploi" exprime sans ambiguïté "ceci n'est pas un blog"). Je me souviens avoir vu début 2015 le fameux dessin "D'où vient le capitalisme? Ca, j'en sais rien... Je sais juste que mes profits viennent de la sueur de ton front... Tocard...", sur fond noir, en page d'accueil dudit site (je n'avais pas fait de capture d'écran à l'époque). Bel hommage.

Charb avait précédemment illustré un livre d'un autre militant éminent de la LCR, Daniel Bensaïd (1946-2010), Marx mode d'emploi, éd. Zones, 2009. Ce titre a été réédité en 2014 en "poche" aux éditions La Découverte. Je ne l'ai pas lu, je ne l'ai pas. Il se trouve dans quelques bibliothèques municipales parisiennes (certains exemplaires sont à ce jour empruntés, d'autres en rayon). Je suppose que les dessins doivent aussi valoir le coup d'oeil...

Nos dessinateurs auraient dû bien s'amuser en cette année électorale. Du coup, j'ai essayé d'extraire quelques "citations" pertinentes.

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Bon, je vous quitte, il faut que j'envoie des candidatures pour des postes d'attaché parlementaire. Il paraît que ça paye bien.

*** Je suis Charlie ***

PS du 10/02/2017: Je (Dasola) suis rentrée du Japon. Voici les mêmes dessins pris par moi. Il semble que les photos soient plus réussies.

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samedi 31 décembre 2016

La Montagne rouge - Olivier Truc

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Pour une fois, je ne vais pas être gentille avec un écrivain. Monsieur Truc, pour votre prochain roman, relisez ou faites relire votre manuscrit. Dans La Montagne rouge (Editions Métailié, 498 pages), le troisième opus avec la police des rennes, j'ai relevé des redites dans un même paragraphe. La faute de français "mettre à jour" (actualiser) au lieu de "mettre au jour" quand on découvre quelque chose (un squelette par exemple) revient très souvent, je l'ai notée au moins dix fois dans le texte. J'ai aussi été agacée par le fait qu'Olivier Truc narre plusieurs histoires en parallèle qui n'ont pas beaucoup à voir les unes avec les autres. L'histoire annexe avec l'antiquaire qui collectionne les crânes avec l'aide d'un groupe de femmes marchant avec des cannes nordiques pourrait faire l'objet d'un roman à part entière. Ces différentes histoires se passent entre le 14 septembre et le 20 octobre en pays Sami, côté Suède. Sous une pluie diluvienne, dans l'enclos à rennes sur la Montagne rouge où les Samis procèdent à l'abattage des rennes, un squelette sans tête est mis à au jour. Ce squelette qui date du XVIIème se retrouve au centre d'un procès se déroulant à la Cour suprême de Stockholm: lesquels, des éleveurs sami ou des forestiers suédois, étaient là (la région de la Montagne rouge) les premiers et sont donc propriétaires des terres? Klemet et Nina vont mener l'enquête pour retrouver le crâne: Sami ou Scandinave? J'ai trouvé la lecture de ce roman laborieuse malgré la présence de Klemet et Nina. Olivier Truc aborde pas mal de sujets (sur l'anthropologie raciale en particulier) sans les appronfondir, et cela nuit à la narration. Dommage car j'avais beaucoup aimé Le dernier Lapon, un peu moins Le détroit du Loup (déjà trop long).

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dimanche 4 décembre 2016

Maggy Garrisson (cycle) - Stéphane Oiry & Lewis Trondheim

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Je ne chronique pas souvent de bandes dessinées, mais je voulais évoquer les trois tomes "Maggy Garrisson" parus entre 2014 et 2016 aux Editions Dupuis. C'est une BD assez sympa qui a beaucoup plu à mon ami. Il a particulièrement aimé une réplique dans l'avant-dernière vignette du premier tome quand le nouveau petit ami de Maggy lui demande ce qu'elle va faire de l'argent qu'ils ont récupéré: Maggy amoureuse répond "Je vais t'acheter une laisse en or".

A Londres, de nos jours, Maggy est une jeune femme un peu replète qui vient de retrouver après deux ans de chômage un travail de secrétaire chez Mr Wight, un détective privé au bout du rouleau et passablement alcoolique. Dans Fais un sourire, Maggy, dès son arrivée, Maggy, qui est intelligente et astucieuse, retrouve le canari d'une voisine, puis une balle de cricket signée qui a été volée au patron d'un pub. Pendant ce temps-là, le nouveau patron de Maggy est à l'hôpital, car il a été agressé à cause du contenu de son portefeuille (il possède trois tickets très convoités). Maggy essaye de faire la lumière sur cette agression, ce qui l'emmenera jusqu'à Brighton. Sheena, une fliquette, devient son amie, et Alex (celui que Maggy veut mettre en laisse à la fin) son petit ami.

Dans le deuxième tome (L'homme qui est entré dans mon lit), on réalise que Sheena en veut à l'argent amassé par Maggy dans le premier. Lors d'un intermède, Maggy rend visite à sa mère avec qui elle ne s'entend pas du tout. Les ennuis s'accumulent pour Alex qui doit ruser avec les faits. Pendant ce temps-là, Maggy continue à seconder Mr Wight dans ses enquêtes.

Dans Je ne voulais pas que ça finisse comme ça (le troisième tome), Maggy et Mr Wight sont chargés de "coincer" une entreprise de pompes funèbre qui a profané un cadavre en lui volant neuf dents en or. Maggy toute seule fait tout ce qu'elle peut pour rendre à ses propriétaire un album trouvé dans un conteneur. Quand le tome trois s'achève, on peut espérer qu'il y aura une suite, d'autant plus que j'aime beaucoup le personnage de Maggy.

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