mardi 7 octobre 2008

Qui comme Ulysse - Georges Flipo

Mon cher G. Flipo (j'ose cette familiarité), je viens de lire les nouvelles qui composent Qui comme Ulysse et je constate que tout ce que vous racontez n'est pas gai. Très bien écrites et structurées, elles se lisent avec plaisir pour le style mais avec tristesse et effroi pour ce que narrent certaines. Vous devriez envoyer vos doléances à Mme Anne Carrière car je n'ai pas compris le texte de présentation de la 4ème de couverture, il ne donne pas forcément envie de lire les nouvelles (il ne leur rend pas non plus hommage, elles sont beaucoup mieux). Pour ma part, il n'est pas facile d'en parler. Les 14 nouvelles sont toutes très différentes dans ce qu'elles racontent. Le voyage sous toutes ses formes et surtout les expériences (souvent tragiques) que les personnages en tirent, tel est le thème central de l'ensemble des nouvelles. La plupart des personnages ne font pas des voyages d'agrément. Ce ne sont pas non plus des voyages reposants, parfois ce sont des punitions, ou alors on peut les assimiler à des fuites de quelque chose. J'ai ressenti un certain désenchantement et l'âme humaine n'est pas toujours décrite sous son meilleur jour. Dans le dernier récit, "Rapace", le narrateur/écrivain "voyage" en faisant parler des gens, tire "la substantifique moelle" des pensées de chacun et s'en inspire pour écrire une oeuvre de création. Dans "la route de la soie", un peu comme Jules Verne, Joseph qui ne quitte pas son "chez-lui" pour rédiger son blog voyage entouré de tous ses guides "papier" provoque une certaine confusion chez les "globe-trotter". Pour ma part, lors de mon voyage en Argentine en 1999, j'ai eu le coup de foudre pour ce pays. Et j'ai donc bien apprécié les 4 nouvelles qui s'y situent ou qui mettent en situation des ressortissants de ce beau pays. Nous avons, par exemple, un romancier argentin exilé en France dans "Qui comme Ulysse", qui suite à une panne d'inspiration, se retrouve à faire des "empanadas" (spécialité argentine). "Nocturne" et "Un éléphant de Pattaya" (les deux se passent en Asie, en Inde et en Thaïlande) sont à mon avis les nouvelles les plus terribles du recueil, l'une sur le comportement humiliant des Occidentaux envers les autochtones, l'autre sur le tourisme sexuel (sans beaucoup de mauvaise conscience). Mon cher G. Flipo, je vous avais découvert grâce à votre blog, maintenant ce livre confirme votre talent d'écrivain qui sort des sentiers battus.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

vendredi 29 août 2008

La Dame sans terre - Andrea H. Japp

Je me suis retrouvée au temps de Philippe IV le Bel, en 1304,  grâce à la Dame sans terre d'Andrea H. Japp, publié en livre de poche, en 3 volumes (dont les sous-titres sont Les chemins de la bête, Le souffle de la rose et Le sang de grâce). Agnès de Souarcy, jeune veuve qui s'occupe d'un petit domaine dans le Perche, se trouve impliquée à son corps défendant dans une histoire mystérieuse où le Vatican, les Templiers, les Hospitaliers, l'Inquisition médiévale (différente de l'Inquisition espagnole plus sanglante) et un couvent proche jouent un rôle. Dans cette abbaye de femmes de Clairets se trouve une bibliothèque secrète (connue de la seule abbesse) qui contient des merveilles parfois dangereuses et des révélations cosmiques et astrologiques qui peuvent ébranler les fondements de l'Eglise. Agnès a une fille, Mathilde, 11 ans et demie (qui cherchera à lui nuire), ainsi qu'un fils, Clément, 10 ans, qu'elle a recueilli après que la mère (suivante d'Agnès) soit morte en couches. Agnès est harcelée par Eudes, son demi-frère et suzerain direct, à l'attitude incestueuse (c'est d'ailleurs lui qui la fait se retrouver dans une des prisons de l'inquisition dans l'attente d'être interrogée par le grand inquisiteur, Nicolas Florin). Pendant cette année-là, le pape Benoît XI vient de mourir au bout de 8 mois de pontificat (empoisonné par des dattes et des figues). La succession est ouverte. Le roi Philippe IV le Bel (avec l'avis de son conseiller Guillaume de Nogaret) désire donner son avis sur le successeur papal quitte à faire élire quelqu'un "à sa botte" (Ce sera d'ailleurs le cas avec Bernard de Got - devenu Clément V). Car il ne veut plus d'un pape comme Boniface VIII (prédécesseur de Benoît XI) qui souhaitait élever la puissance spirituelle au-dessus de la puissance temporelle, et prétendait disposer des trônes. Pendant ce temps, toujours à Rome, le camerlingue Honorius Benedetti (qui n'est pas étranger à la mort du défunt pontife), se croit chargé d'une mission divine. Pour ce faire, il se sert des talents de meurtrière et d'empoisonneuse ("enherbeuse" selon le terme médiéval) d'une femme à la beauté époustouflante, Aude de Neyrat (qui fut sa maîtresse), pour éliminer Agnès de Souarcy, et par la même occasion récupérer certains manuscrits de l'abbaye. Heureusement qu'Agnès a des alliés précieux: Artus, comte Authon, veuf, suzerain d'Eudes (et arrière-suzerain d'Agnès) qui tombe raide amoureux de cette dernière; Francesco Leone, chevalier hospitalier; et même Clément.
Pendant les trois volumes, on apprend à connaître les personnages et les liens qui les relient. J'ai beaucoup appris sur les poisons. Andrea H. Japp a dû prendre du plaisir à en parler, elle est toxicologue de formation. A la fin de chaque volume, une brève annexe historique (passionnante) parle de certains événements ou personnages évoqués tandis qu'un glossaire rappelle certains termes de poids et mesures. A la fin du 3ème volume s'ajoute une bibliographie des livres les plus souvent consultés. Les trois romans forment un tout indissociable et il faut les lire dans l'ordre. J'ai été tentée de lire cette trilogie car cela se passe à une époque passionnante de l'histoire de France que j'ai découverte avec les Rois Maudits de Maurice Druon et la série télé de Claude Barma. C'est le premier roman que je lis de cette auteure qui situe en général ses intrigues de nos jours. Son incursion dans le passé est une réussite.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,
jeudi 31 juillet 2008

Le sixième crime - Sébastien Fritsch

Titre découvert sur le blog de son auteur qui a visité le mien (et chroniqué par Florinette), Le Sixième crime m'a énormément fait penser, pour une partie de l'intrigue, à Les romans n'intéressent pas les voleurs d'Alain Rémond (billet du 15/01/08). Mais à l'envers. Jérôme Balbanic, inspecteur à la police judiciaire de Lyon, vient enquêter à Pensegarde, petit hameau dans la Drôme, sur une série de cinq meurtres. Il raconte à son unique habitant qu'après beaucoup de recherches, de recoupements et autres, lui et son équipe se sont rendus compte que le meurtrier s'était inspiré des cinq livres écrits par un certain Jacob Lieberman, entre 1956 et 1960. Cet auteur a disparu sans laisser de traces. L'unique habitant de Pensegarde est un écrivain coupé du mondé appelé Lex (tout court) et l'inspecteur pense que ce Lex, grand prosateur de talent, peut l'aider à trouver le meurtrier et surtout à empêcher un sixième crime. On peut deviner rapidement que Lex et Jacob sont une seule et même personne. Toute l'énigme policière tourne autour de nombres et de lettres. L'inspecteur est un personnage essentiel de l'histoire. Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue si ce n'est que le sixième crime n'est pas un crime de sang, et après tout, les cinq autres le sont-ils? Mon ami (qui a aussi lu le roman) m'a fait remarquer que ce hameau, qui est composé de plusieurs maisons vides et d'un seul habitant, serait un lieu idéal pour lui. Il pourrait changer de maison quand ça lui chante. Une personne viendrait s'occuper de l'entretien. Il n'y aurait pas de problème de voisinage. C'est une façon de voir que je ne partage pas. Le sixième crime aux éditions Pierregord (http://www.editionspierregord.com) se lit vite et avec plaisir (il fait 125 pages). Sébastien Fritsch semble un auteur prometteur à suivre.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,
samedi 21 juin 2008

Le Montespan - Jean Teulé

Responsable de la bibliothèque loisirs de la société où je travaille, j'ai acheté parmi d'autres Le Montespan de Jean Teulé. Après Je, François Villon et Oh Verlaine, cette biographie romancée met en lumière un homme peu connu. Une fois de plus, c'est une lecture très agréable, mais qui laisse un sentiment de tristesse et de vies gâchées quand on l'a finie. Jean Teulé profite de ce récit romanesque pour nous brosser un portrait peu ragoûtant des moeurs de la Cour et du Paris de cette époque sur les très mauvaises odeurs, le manque d'hygiène, la saleté (le roi ne se lavait jamais), des dents gâtées et pourries, des excréments, etc. Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, Marquis de Montespan, gascon au sang chaud, a eu la très mauvaise idée (pour l'époque) d'être amoureux de sa femme et de le rester jusqu'au bout. Françoise de Rochechouart de Mortemart et Louis-Henri se rencontrent le 21 janvier 1663 dans un tribunal au Châtelet. L'un vient de perdre son frère, exécuté suite à un duel, et l'autre devait épouser un homme en fuite (s'il revient en France, il sera lui aussi exécuté). C'est le coup de foudre (pour lui tout au moins). Le 28 janvier 1663, ils se marient. Ils ont 22 ans tous les deux. Deux enfants, quatre années et des milliers de livres de dettes plus tard, Françoise devient demoiselle d'honneur de la reine Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, et puis la maîtresse du roi. Elle a été attirée et éblouie par les fastes de la cour. En effet, cela la change de ce qu'elle a connu avec son mari, car Louis-Henri, lui, n'est pas riche, et, de par son statut de noble, n'a pas le droit de travailler. Il a même fait des emprunts auprès de sa famille qu'il ne peut pas rembourser. Sa seule opportunité est de faire la guerre et de se montrer brave pour se faire remarquer par le roi. Les deux tentatives (en Lorraine et en Méditerranée) sont des échecs. C'est d'ailleurs à son retour de sa deuxième campagne qui s'est soldée par un naufrage, qu'il apprendra son infortune. Françoise qui se fait appeler Athénaïs restera à Versailles plus de 15 ans où elle donnera au roi au moins 9 enfants, tous plus débiles (au sens de faibles), contrefaits et tarés mentalement les uns que les autres, mais ils seront tous légitimés. En dehors d'un appartement à Paris, rue Saint-Benoît, Louis-Henri possède le château de Bonnefont qui tombe en ruines dans la région de Guyenne. C'est là qu'il se retire avec ses deux enfants, Marie-Christine et Louis-Antoine, en ayant appris son infortune. D'ailleurs, Marie-Christine mourra à 11 ans (elle semble être morte de chagrin de ne pas avoir revu sa mère). Et pourtant, être le mari d'une maîtresse royale aurait pu lui apporter la fortune. Que nenni! Bien au contraire, Louis-Henri refuse toutes les faveurs de l'homme qui lui a pris sa femme. Il ajoute à ses armoiries des cornes de cocu. Au cours d'une cérémonie funèbre, il enterre son amour, "1663-1667", dans un cercueil vide. Après le refus sur ses promesses de fortune, le roi est incommodé par l'attitude du bouillant marquis et il le menace de prison comme Nicolas Fouquet. Rien n'y fait. Un temps, le marquis s'exilera avec son fils à la cour du roi d'Espagne, ennemi du roi de France. Les années passent, Louis-Henri reste fidèle à sa femme et quand il écrit à sa femme ou à d'autres personnes, il ajoute cette phrase superbe après sa signature "Epoux séparé, quoique inséparable". En revanche il est dégoûté par l'attitude de son fils Louis-Antoine qui, en grandissant, devient un être antipathique au possible, méprisant son père. Ce Louis-Antoine devient Marquis d'Antin et le roi Louis lui donnera la chaussée à Paris qui porte son nom. Louis-Henri mourra à 51 ans en 1691 sans avoir voulu revoir sa femme, non pas pour la punir, mais parce qu'il ne voulait pas qu'elle le voit malade. Françoise lui survivra 16 ans, exilée au couvent après sa disgrâce. Elle mourut en 1707 et ses entrailles ont été la proie des chiens. Je finirai en disant qu'après avoir lu Jean Teulé, on a l'impression que vivre à la Cour au temps des rois de France n'était pas une sinécure.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,
mardi 17 juin 2008

Sator (L'énigme du carré magique) - Alain Le Ninèze

Acheté par hasard (le titre m'a intrigué), Sator (l'énigme du carré magique) d'Alain Le Ninèze, publié aux Editions Actes Sud, est un roman historique passionnant de 220 pages que j'ai lu en quelques heures. Lucius Albinus, procurateur de Judée depuis 62 après JC, reçoit de son oncle Publius Balbus Bison, qui vit à Rome, une missive lui demandant de résoudre une énigme car sa vie est en jeu. Nous sommes sous le règne de Néron et de sa femme Poppée. Les chrétiens sont poursuivis et massacrés. Publius, de vieille noblesse romaine, s'est converti depuis peu. Sur dénonciation, sa demeure est fouillée par les soldats, qui trouvent un pictogramme que Publius a recopié après l'avoir vu à Pompéi. Ce carré magique (un des signes de reconnaissance pour les chrétiens) est le suivant:

S A T O R
A R E P O
T E N E T
O P E R A
R O T A S

Ce sont des mots latins qui se lisent de gauche à droite et de droite à gauche (sauf un). La première traduction qu'en fait Lucius est: Le semeur (Dieu) dirige les oeuvres (des hommes) et les rouages (de l'univers). Mais cette traduction est appromixative et ne satisfait pas Poppée qui se fait protectrice temporaire de Lucius (elle a de la sympathie pour ce qui vient de l'Orient en général et de la Judée en particulier). Le terme AREPO n'existant pas en latin, il n'est pas traduit; c'est pourquoi une partie du roman consiste justement à savoir ce que veut dire ce mot mystérieux, et comment il s'intègre dans la phrase. Les deux récits en décalé de Lucius et de Publius se passent entre 64 et 69. Lucius (démissionnaire de son poste en 67) va mener son enquête, et rencontrer les derniers témoins survivants qui ont assisté à l'arrestation, au jugement, à la mise à mort et à la résurrection du Christ. A Rome, Publius, devant les exactions de l'empereur fou, va comploter avec d'autres pour l'assassinat de Néron (qui va se consoler de la mort de Poppée avec Messaline). Il essaiera même de rencontrer Paul (enchaîné en prison) et Simon Pierre pour l'aider dans son entreprise. Et l'énigme du carré magique, me direz-vous? Une solution nous est dévoilée (pour le mot AREPO) qui est plausible. En annexe de l'ouvrage, il y a des documents photographiques montrant diverses versions du cryptogramme depuis celle du 1er siècle à Pompéi. En effet, selon la 4ème de couverture: "le cryptogramme évoqué dans le manuscrit d'Albinus a été exhumé des ruines de Pompei en 1936 et daté de 62 après JC. Connu depuis l'Antiquité par des inscriptions plus tardives découvertes en divers lieux du monde chrétien, ce mystérieux carré de lettres appelé "carré Sator", n'a jamais pu être déchiffré."

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 5 juin 2008

Dans la main du Diable - Anne-Marie Garat

Grâce à Rosa (je la remercie) qui m'a fait parvenir Dans la main du Diable d'Anne-Marie Garat, je viens de passer quelques jours, dont le dernier week-end, immergée dans ce gros pavé de 1287 pages édité aux éditions de poche Babel / Actes Sud. A Paris, Gabrielle Demachy et sa tante Agota Kertész (d'origine hongroise toute les deux) viennent d'apprendre par le Ministère de la Guerre, en ce mois de septembre 1913, qu'Endre Luckàcz, cousin de l'une et fils de l'autre, est décédé en Birmanie. Une malle avec les affaires du jeune homme va leur être restituée. Chimiste de formation, Endre était parti en 1908 et n'avait jamais donné de nouvelles depuis. Comme Gabrielle veut en savoir plus sur la mort de ce cousin qu'elle aimait, et grâce à une information donnée par un certain Michel Terrier qui travaille au ministère, elle va devenir la gouvernante d'une petite Camille (Millie) de Galay, dont le père Pierre, spécialiste en maladies infectieuses, est celui qui a assisté à la mort d'Endre, et a pu récupérer un cahier d'une vingtaine de pages rédigées par Endre en hongrois, porteur d'un terrible secret. Gabrielle est une jeune femme déterminée d'une vingtaine d'années, jolie, intelligente et qui a appris à jouer du piano grâce à une amie polonaise, Dora Gombrowicz. Cette dernière est un personnage important du roman qui se déroule jusqu'en août 1914, au moment de la mobilisation générale. En effet, Dora se trouve avoir en sa possession deux ampoules dont le contenu peut anéantir une partie de la population parisienne. Quand Gabrielle commence son service, la famille de Galay nous est présentée: Mathilde née Bertin, la mère, dirige d'une main de fer à Paris la fabrique de biscuits Bertin-Galay, héritée de son père. Elle sait même s'adapter (grâce à un adjoint efficace) aux revendications de ses employées qui décide la grève. Le mari de Mathilde, Henri, est pratiquement toujours parti de par le monde en quête d'objets exotiques. Mathilde a quatre enfants dont elle ne s'est pas beaucoup occupée: Pierre (que j'ai déjà mentionné); Daniel, réalisateur de films muets qui partira aux Etats-Unis; Blanche, femme au foyer et mère possessive d'un garçon nommé Didier; et enfin Sophie, la petite dernière, enfant non désirée, et déjà mère, elle-même, de 3 enfants (elle en attend un 4ème) et dont le mari, Charles, notaire de son état, la trompe outrageusement tout en profitant de sa dot. Elle saura se venger à sa manière. Cette grande famille bourgeoise a une nombreuse domesticité dans la demeure du Mesnil à 20 km à l'ouest de Paris. De plus, Mathilde possède un grand appartement à la Chaussée d'Antin. Au fil de ce long roman qui prend son temps mais où je ne me suis pas ennuyée une seconde (il y a suffisamment de rebondissements pour que j'ai eu envie de continuer), Gabrielle croise le chemin d'un anarchiste Marcus, de Clarisse Zepwiller et de son frère Jean (compagnon de route d'Endre), d'un commissaire à la belle moustache, dénommé Louvain. On n'entend pas trop les rumeurs de la guerre prochaine, mais on a une évocation fouillée de cette période d'insouciance avant cette terrible guerre, dont l'Affaire Caillaux, les recherches à l'Institut Pasteur, la valse des ministères, Jaurès. On suit au jour le jour la vie de ces quelques personnes dont j'ai presque pensé qu'elles avaient véritablement existé. A part une incursion à Venise où Gabrielle va mettre sa vie en danger, tout le roman se passe à Paris et dans sa banlieue. Un journaliste nommé Max Jamais, du journal "Le Temps", portera à la connaissance du grand public le secret d'Endre. Le style de Garat est uni et fluide. C'est un très bon roman bien structuré. Elle ne perd jamais le fil, il n'y a pas de digression. Il ne faut surtout pas se décourager devant autant de pages écrites serrées. Cela en vaut vraiment la peine. Une suite qui se passe 20 ans après vient de paraître avec Camille (Millie) Galay comme personnage principal. Je le lirai certainement mais il faut que je me remette de celui-ci.

PS: pour celle ou celui qui serait intéressé(e) que je lui envoie ce livre (afin qu'elle ou il le lise), comme Rosa l'a fait pour moi, j'en serais ravie. Il suffit de me le faire savoir.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,
mercredi 21 mai 2008

Deux romans policiers français

Grâce à mon ami, j'ai fait l'acquisition de quelques romans policiers que j'ai décidé de chroniquer suite aux billets publiés sur le site de Claude le Nocher. Je trouve intéressant d'évoquer des auteurs français de polar peu connus du grand public. Tous ces romans en format de poche ne dépassent pas 9 euros. Voici les deux premiers publiés aux Editions Kraoken (http://www.krakoen.com).

Vice repetita d'Hervé Sard est un roman qui se lit très vite. Le roman commence et se termine en 2050. Un crime horrible est commis en 2004 dans la Forêt de la Vallée de chevreuse. On ne fait la connaissance du vrai meurtrier (qui écrira une confession sur son lit de mort) que 46 plus tard. Cet assassin a commis le crime parfait puisque c'est un faux coupable qui paie (lourdement) à sa place. La psychologie des personnages est un peu sommaire et l'intrigue se résoud grâce aux analyses ADN qui donnent des résultats (mais les apparences sont parfois trompeuses). Petit indice: il y a un troisième homme. Roman qui sans être inoubliable est d'une lecture agréable avec des petits chapitres. Cela m'a donné envie de lire le deuxième roman d'Hervé Sard, Mat à mort (également aux Editions Krakoen), très bien aussi.

Dans Les vieilles décences de Max Obione, Maurice Cintray (Mau ou le Mat) et Raymond Japhet (Raja), respectivement inspecteur et juge, tous les deux à la retraite, partent en Beauce dans la voiture de Maurice, une magnifique Panhard, afin de s'adonner au plaisir de la pêche. En guise de poisson, c'est un macchabée plus très frais que Maurice attrape. La victime a été égorgée. L'identité du mort est révélée grâce à un article de journal qui ne parle que d'une simple noyade par hydrocution. D'ailleurs, le pauvre journaliste qui a rédigé l'article ne fait pas de vieux os, il est renversé "accidentellement" par une voiture, à moins qu'il ne se soit suicidé? Mau et Raja mènent l'enquête et font justice eux-mêmes grâce à des méthodes peu orthodoxes mais qui donnent des résultats qui font du bruit. Des notables céréaliers, des gradés de la maréchaussée et même un instituteur écolo sont impliqués dans cette sombre affaire où les OGM jouent un rôle essentiel. Ce roman très bien structuré est agréable à lire grâce à un style enlevé et quelques expressions savoureuses. On retrouve les deux compères dans un autre roman, Le jeu du lézard.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 23 avril 2008

Les années - Annie Ernaux

Les années (Editions Gallimard) est le premier livre que je lis d'Annie Ernaux. Il est classé en tête des différents palmarès des ventes depuis quelques semaines (c'est amplement mérité). Les années n'est pas un roman, mais un récit chronologique de 240 pages dans lequel une narratrice parle de son enfance, de son adolescence et de sa maturité, illustrées par des photos d'une femme, née en 1940. Annie Ernaux, qui est très probablement la femme sur les photos (on s'en rend compte au détour d'un paragraphe), brosse un portrait par des mots, des images et des situations de ce que fut la France de l'après-guerre jusqu'à nos jours. Ces photos, toutes situées et datées au dos, sont des instantanés dans la marche du temps qui passe, avec chaque fois une brève description de ce qu'elles représentent. C'est un livre sur la mémoire et les souvenirs, sur plus de 60 ans, sur cette société française qui a beaucoup changé et qui efface au fur et à mesure son passé immédiat. On ne vit plus que dans l'instant. Annie Ernaux raconte notamment les années Mitterrand, la société de consommation, les années De Gaulle, Mai 68, la pilule, la loi sur l'avortement, les colonies de vacances, Internet et le téléphone portable, les supermarchés, les banlieues et la langue des jeunes, le 11 septembre, le sida, l'Iran, Bush, les otages au Liban, etc. A mesure que l'on avance dans la lecture, je me suis rendu compte que vous, moi et tous les autres, de confession, de milieu socio-professionnel et politique différents, tous se retrouvent dans ce livre d'Annie Ernaux. Comme on dit maintenant, c'est un livre "qui me parle". C'est la madeleine de Proust à l'échelle d'un pays et d'une époque et d'au moins trois générations. Remarquable! Ce n'est pas un livre qui se lit très vite car le récit est concentré, mais quel plaisir de lecture. Il serait intéressant de savoir si ce livre sera étudié dans 50 ans comme témoignage d'une époque.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : ,
samedi 19 avril 2008

La cote 512 - Thierry Bourcy

La cote 512 de Thierry Bourcy (Folio Policier) est un roman de 250 pages qui a l'originalité de se passer dans les tranchées de la guerre 14-18. C'est le premier des quatre volets des enquêtes déjà parues du soldat Célestin Louise, inspecteur de police dans le civil. Dans La cote 512, Célestin reçoit son ordre de mobilisation dès la déclaration de guerre en septembre 1914. Au cours de ses enquêtes à Paris, il était très doué pour trouver et appréhender les cambrioleurs. Célibataire sans enfant, il rencontre peut-être l'âme soeur la veille de son départ sur le front. Il est affecté au 134ème régiment d'infanterie où il retrouve La Guimauve, le dernier cambrioleur qu'il avait appréhendé et relâché immédiatement. Ce régiment est commandé par le lieutenant Paul de Mérange. Au cours de la première offensive, de Mérange est tué, le problème est qu'il a été atteint dans le dos par une balle tirée par un fusil français. Célestin, persuadé que le lieutenant a été assassiné, décide de mener l'enquête. Celle-ci le conduira à connaître la famille du lieutenant, sa femme et son frère qui sont les personnages centraux de cette affaire de crime passionnel prémédité. Thierry Bourcy évoque en arrière-plan, comme dans le film Joyeux Noël, la fraternisation entre les deux camps ennemis, à la Noël 1914. Il fait aussi une description de ce qui va être la guerre des tranchées pendant 4 ans. Cela m'a rappelé les images du film de Jean-Pierre Jeunet, Un long dimanche de fiançailles. Roman honnête mais sans plus car l'intrigue est un peu superficielle. J'en verrais bien une adaptation au cinéma. J'attendrai la parution en édition de poche des 3 volets suivants dont le dernier Les traîtres vient juste de paraître aux Editions Nouveau Monde.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,
mercredi 9 avril 2008

Le village de l'Allemand - Boualem Sansal

Le village de l'Allemand de Boualem Sansal (Editions Gallimard) vient d'être récompensé du prix RTL - Magazine Lire. Je voudrais convaincre tou(te)s les lecteurs et lectrices d'acheter ou d'emprunter ce magnifique roman, inspiré d'une histoire vraie. Je l'ai lu d'une traite et j'en suis sortie émue. Très bien écrite, la structure de l'histoire se résume dans le sous-titre: le journal des Frères Shiller, Malrich et Rachel dont on lit les journaux en alternance. L'histoire commence en octobre 1996, Rachel (contraction de Rachid et Helmut) Schiller s'est suicidé au gaz, 6 mois auparavant. Son frère cadet Malrich (contraction de Malek et Ulrich) veut savoir pourquoi. Autant Rachel a fait de brillantes études, a trouvé un travail bien rémunéré et s'est marié, autant Malrich, de 14 ans son cadet, vit dans une banlieue "difficile", n'étudie pas vraiment et n'a pas de but dans la vie. Le père, Hans, né Allemand en 1918, ingénieur chimiste devenu SS, a été l'un des maillons de l'extermination des Juifs d'un camp d'extermination à l'autre. Après la guerre, grâce à des appuis, Hans se retrouve en Egypte pour arriver enfin en Algérie où il s'installe au début des années 60. Il devient Algérien sous le nom de Hassan Hans, se convertit à l'islam, se marie et a ses deux fils qu'il envoie en France parce qu'on y vit mieux. Hans est assassiné le 24 avril 1994 avec sa femme Aïcha, nous sommes en pleine période de terrorisme islamique en Algérie, c'est une guerre sans nom. Rachel qui a appris ce drame par la télé, sans en parler à son frère, décide de savoir ce qui s'est passé. S'étant rendu en Algérie, Rachel récupère une vieille valise dans laquelle des documents mettent en lumière le terrible passé de Hans Schiller. Désespéré, Rachel abandonne sa vie rangée (travail, épouse, etc), pour mener une enquête qui le mènera jusqu'à Auschwitz. Il se met à écrire son journal, qu'il lègue à son frère après sa mort. Malrich est bouleversé à son tour par ce qu'il lit. Au fil de l'histoire, il y a aussi des descriptions qui montrent la dure réalité algérienne et l'oppression qui y règne et la vie des Algériens dans les banlieues françaises. Boualem Sansal fait certains raccourcis abrupts avec l'Allemagne nazie. En tout état de cause, j'affirme que Le village de l'Allemand est un des grands livres de l'année.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,