vendredi 19 décembre 2014

Dora Bruder - Patrick Modiano / Orphelins de Dieu - Marc Biancarelli / Histoire de mes assassins - Tarun J Tejpal

Comme je prends du retard dans la rédaction de mes billets "livres", voici trois romans qui n'ont rien en commun mais que je tenais à chroniquer. Il y en a pour tous les goûts.

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Dora Bruder (150 pages, Gallimard) est le premier livre que j'aie lu de Patrick Modiano (tout arrive). Le fait qu'il ait eu le prix Nobel de littérature cette année y est certainement pour quelque chose. Dora Bruder n'est pas vraiment un roman, mais une enquête que Modiano a menée. Il s'est penché sur des annonces d'anciens journaux parus pendant l'Occupation à Paris. Une de ces annonces, datée de 1941, a attiré son attention: Monsieur et Madame Bruder recherchent leur fille Dora, 15 ans, née en 1926 à Paris. A partir de cette annonce, Patrick Modiano a construit son récit et fait des suppositions sur cette jeune fille juive et ses parents. Cela lui permet d'évoquer l'oppression, les lois anti-juives, les rafles pendant l'Occupation. Il en profite pour faire des allusions à sa propre enfance. L'écriture est fluide. Malgré les digressions, on ne perd pas le fil du récit. Un livre à lire. [Merci à K pour le lien vers le discours in extenso que Modiano a prononcé lors de la remise de son prix à Oslo.]

Je passe maintenant à Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli (Actes sud, 240 pages): l'action se passe en Corse pendant la première moitié du 19ème siècle. Vénérande, jeune fille courageuse au caractère bien trempé, demande à Ange Colomba, dit "L'Infernu", de venger son frère Charles-Marie, dit "Petit Charles". Ce dernier, un jeune berger, a été défiguré et a eu la langue coupée par des bandits, les Santa Lucia. L'Infernu lui-même, un homme usé et malade, a commis des horreurs dans sa jeunesse, c'était un homme sans foi ni loi. N'ayant plus rien à perdre (il va bientôt mourir), et peut-être pour se racheter, même si la grosse somme d'argent que lui propose Vénérande le décide tout à fait, L'Infernu part en compagnie de Vénérande à la poursuite des bourreaux de Petit Charles. Pendant leur voyage, L'Infernu raconte à Vénérande sa jeunesse tumultueuse et pas très recommandable. Ce "western" corse semble avoir beaucoup plu sur les blogs, ici et par exemple. Personnellement, je reconnais que c'est bien écrit, c'est une belle langue imagée, mais je ne peux pas dire que j'ai été passionnée par l'histoire. A vous de juger.

Je termine avec Histoire de mes assassins de Tarun J Tejpal (Buchet Chastel, 580 pages), un écrivain indien qui a écrit en anglais ce livre que j'ai emprunté en bibliothèque une première fois, fin juillet 2014. Il est resté six semaines sur une chaise sans que j'y touche. Je l'ai rendu en ayant une impression de frustrution, mais j'avais d'autres lectures en train. Début octobre, je reprends le roman en bibliothèque en me disant: "Je veux le lire". J'en avais entendu parler en bien depuis sa parution en 2009. Et enfin, je l'ai ouvert et je l'ai lu relativement vite. J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire de ces "presque" assassins d'un journaliste indien de New Delhi. Les histoires sont dures et on imagine des scènes insoutenables, mais le romancier a suffisamment de talent pour que je ne soit pas choquée par certaines descriptions. Il nous raconte surtout que ces hommes devenus délinquants, tueurs à gages, "dealers" de drogue ont d'abord été des enfants. L'un est musulman, un autre se défend au couteau, un autre encore a vécu parmi les serpents, un quatrième a été abandonné dans un train et a vécu plus de dix ans aux abords de la gare de New Delhi, sans oublier le cinquième qui pour venger ses soeurs violentées est devenu un tueur redoutable avec un marteau. On sait à la toute fin pourquoi et comment ils ont été réunis pour assassiner le journaliste (un double de l'écrivain?). Je suis contente d'avoir fini par lire ce roman qui m'a plu.

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lundi 8 décembre 2014

La jungle - Upton Sinclair / La jungle - Jérôme Equer

Les deux livres que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ne sont pas des contes pour enfants. Dans les deux cas, la jungle peut plutôt s'entendre dans le sens d'un univers impitoyable qui soumet les malheureux à ses lois.

J'ai hérité du roman La jungle d'Upton Sinclair (Le livre de Poche, trad. Anne Jayez et Gérard Dallez, 2011, 527 pages) qui est tombé des mains de dasola à sa 1ère tentative de lecture. Et je ne le regrette pas. C'est en 1906 qu'Upton Sinclair (1878-1968) a écrit The jungle, qui l'a rendu célèbre et/mais qui a fait scandale. L'ouvrier Jurgis Rudkus, fraîchement immigré de Lituanie (attiré par le mirage américain) avec toute sa parentèle, est embauché dans une usine des abattoirs de Chicago, où règne la main invisible du "trust de la viande". La famille sera broyée par le système du capitalisme sauvage étatsunien.

Extrait du livre (p.57): "Chacun d'entre eux était un être à part entière. Il y en avait des blancs, des noirs, des bruns, des (...), des vieux et des jeunes. Certains étaient efflanqués, d'autres monstrueusement gros. Mais ils jouissaient tous d'une individualité, d'une volonté propre; tous portaient un espoir, un désir dans le coeur. Ils étaient sûrs d'eux-mêmes et de leur importance. Ils étaient pleins de dignité. Ils avaient foi en eux-mêmes, ils s'étaient acquittés de leur devoir toute leur vie, sans se douter qu'une ombre noire planait au-dessus de leur tête et que, sur leur route, les attendait un terrible Destin. Et voilà qu'il s'abattait sur eux et les saisissait par les pattes".
Il s'agit des cochons à l'abattoir bien sûr, comme le seul mot que j'ai enlevé, "tâchetés", vous l'aurait déjà fait comprendre...

Pour ma part, cette oeuvre m'a fait penser à différents titres "sociaux" (pour ne pas dire socialisants) que j'ai pu déjà lire de Jack London, tout à fait contemporain (mort en 1916, son personnage est décrit vers la fin du livre). On pourrait, aussi, penser que "c'est du Zola" (expression devenue locution courante). Mais, là où Zola mettait en cause, sinon l'individu, du moins son "hérédité", La jungle décrit la pression du "système" capitaliste dans toute sa cruauté, conçu pour pressurer n'importe quelle famille innocente (trop!), en exploitant l'ouvrier strictement aussi longtemps qu'il peut être rentable, et pas une seconde de plus, puis en le jetant, une fois écrasé, à la rue (au sens propre!) sans aucun état d'âme. Ah, ces grands capitalistes américains, qui vivent comme des seigneurs, si seulement ils se contentaient d'être exigeants en terme d'horaires et grippe-sous en terme de salaires... Mais non! Ils mentent (pour attirer la malheureuse main-d'oeuvre, en nombre bien supérieur à leurs besoins, et ainsi formatable, taillable et corvéable à merci). Ils ne respectent même pas le semblant de loi dont s'énorgueillissent les Etats-Unis d'Amérique. Ils trichent dans la qualité de leurs produits finis, de manière immonde (au moins, dans Tintin en Amérique, la vache sur son tapis roulant paraît en bonne santé, et on ne voit pas ce que deviennent les déchets)... Dans ce genre d'usine, il y a des bas-fonds (et l'odeur qui va avec). "On utilise tout dans le cochon, sauf son cri" est une citation ironique dont on a oublié l'auteur. Ils corrompent. Ils achètent les élections...

Après s'être fait renvoyer pour la n-ième fois d'une usine (fermetures pour surproduction...), Jurgis abandonne égoïstement ce qui reste de sa famille pour partir vivre une vie de vagabond à la campagne. A son retour en ville pour l'hiver, il retrouve ses compagnons de prison. Il a écarté tout sentiment moral, aussi bien en faisant le "jaune" qu'en fricotant avec des agents électoraux véreux. On peut relever une rencontre digne des Lumières de la ville (film de Charlie Chaplin, où un millionnaire ivre se lie avec Charlot) entre Jurgis et un "fils à papa" saoûl, qui l'invite au Palais familial (au grand dam du majordome chargé de surveiller l'héritier en l'absence de ses parents): cela contribuera à lui ouvrir les yeux. Le relèvement de sa déchéance passera par le socialisme (à ne pas confondre avec le "Syndicat ouvrier" contrôlé en sous-main par le patronat! Mais le socialisme portant une utopie, celui des romans de London, celui encore de En un combat douteux de Steinbeck, qui se déroule durant la grande Dépression, quelques décennies plus tard).

Encore une fois, esprits délicats, s'abstenir de cette lecture: pas grand-chose ne nous est épargné des aspects les plus sordides de la vie des misérables (même si on a bien entendu écrit plus cru depuis 1906). Alors oui, on peut se dire que ça se passait il y a plus d'un siècle, que ça se passait sur un autre continent. Mais...?

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Sans transition, je vous présente l'autre titre de ce billet, La Jungle de Jérôme Equer. Ce second livre se parcourt d'autant plus vite qu'il s'agit, cette fois, d'un ouvrage de photos essentiellement (Jean-Paul Rocher éditeur, 105 pages). Ce que montrent les images en noir et blanc, c'est la vie quotidienne, là encore, de migrants... Mais elles ont été prises de nos jours, en Europe, à nos portes, à Calais pour être précis (le sous-titre du livre est "Calais, un déshonneur européen"). Le mirage qui en attire les sujets, c'est la Grande-Bretagne. Ils risquent leur vie pour l'atteindre (se faire écraser par un camion sur l'autoroute). Ce qui constitue la jungle du titre, ce sont leurs campements sauvages (de transit!) régulièrement démolis, et que ces hommes qui, eux, ne disparaîtront pas d'un simple coup de bulldozer, reconstruisent non moins régulièrement - eux ou leurs successeurs immédiats, s'ils ont enfin réussi à "passer". Les photos montrent leurs conditions d'existence, en attendant. Le livre date de 2011. Il porte en exergue une citation de la chanson African tour de Francis Cabrel (que je ne connaissais pas et que je viens d'écouter ): "Vous vous imaginez peut-être / Que j'ai fait tous ces kilomètres / Tout cet espoir, tout ce courage / Pour m'arrêter contre un grillage."

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jeudi 27 novembre 2014

Pas pleurer - Lydie Salvayre

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J'ai lu, en deux jours, Pas pleurer de Lydie Salvayre (Seuil, 276 pages), qui vient de recevoir le prix Goncourt 2014. Sous la forme d'un roman, l'écrivain évoque, par la voix de sa mère, l'Espagne de l'été 36 (avec la guerre civile sur le point d'éclater). Le 18 juillet 1936 (premier jour de la guerre civile), Montse, une jeune fille de 15 ans, née en 1921 et issue d'une famille pauvre, a enfin "ouvert sa gueule" après une remarque désobligeante d'un grand propriétaire terrien. Car à cette époque, des familles comme celle de Montse étaient maintenues dans la plus grande pauvreté par ces gros propriétaires terriens. C'est un récit à l'écriture vivante, chantante, martelante, répétitive, avec de temps en temps quelques phrases écrites en espagnol. Dans ce récit, on fait la connaissance de José (le frère de Montse) aux opinions d'extrême gauche, de Diego (militant communiste) qui deviendra le mari de Montse après qu'elle soit tombé enceinte (à 15 ans) d'un Français qu'elle n'a jamais revue. Lydie Salvayre règle son compte à l'église catholique espagnole qui a cautionné les tueries perpétrées par les sympathisants de Franco contre ceux, les républicains, qui aspiraient à un vent de liberté. Par la même occasion, Lydie Salvayre en profite aussi pour faire pas mal d'allusions à Georges Bernanos qui a été témoin des atrocités perpétrées par les franquistes dans l'île de Majorque où il séjournait (il en a fait un livre, Les grands cimetières sous la lune, un pamphlet anti-franquiste qui a eu pas mal d'échos en France). Georges Bernanos a été atterré par ce qu'il a vu et a constaté avec effroi que l'évêque de Majorque avait laissé faire. Il ne m'a pas paru évident de livrer des extraits de ce "roman". Je vous conseille seulement de le lire.

Lire le billet de Chez sentinelle et celui très intéressant de Christw.

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vendredi 26 septembre 2014

L'Ange gardien - Jérôme Leroy / Le détroit du loup - Olivier Truc

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Quand j'ai été chez ma libraire et que j'ai vu que ces deux romans étaient parus, je n'ai pas hésité une seconde à casser une fois de plus ma tirelire en ne tenant pas compte de ma PAL monstrueuse. J'ai d'ailleurs eu une remarque ironique de la part de mon ami à ce sujet.

Je commence par L'Ange gardien de Jérôme Leroy (320 pages, Edition Gallimard, Série noire) que j'ai lu en premier en moins de 24 heures. Je l'ai autant aimé que Le Bloc, le roman précédent de l'écrivain. L'Ange gardien se compose de trois parties dont les titres sont les noms des personnages principaux du roman:

- Berthet (le tueur à gages redoutable et sans état d'âme, la soixantaine, agent de l'Unité, une police parallèle). Devenu un témoin gênant, sa tête est mise à prix.
- Martin Joubert, qui s'appelait autrefois Denis Clément, ancien prof dans une ZEP à Roubaix, qui rédige maintenant des articles dans un journal d'extrême-droite même si ses idées sont plutôt de gauche. C'est lui que Berthet va choisir pour écrire son histoire avant qu'il ne soit trop tard.
- Kardiatou (Diop), une belle jeune femme noire issue d'un quartier défavorisé de Roubaix (justement), qui va devenir ministre et se présenter à une élection municipale face à une candidate d'extrême-droite, la fille du chef du "Bloc patriotique", dont on a fait connaissance dans Le Bloc.
Berthet veille sur elle depuis longtemps sans qu'elle le sache, il est son ange gardien.

C'est vraiment un roman agréable, le style coule tout seul. Jérôme Leroy est un très bon écrivain à découvrir, pour ceux qui ne le connaissent pas.

Je passe maintenant au roman Le Détroit du Loup d'Olivier Truc (Edition Métailié noir, 400 pages), dans lequel on retrouve Nina Nansen et Klemet (le Lapon), qui font partie de la brigade des rennes. Trois mois ont passé depuis la fin de l'histoire précédente. Nous sommes à la fin avril/début mai. Le temps d'ensoleillement augmente de jour en jour. Quand l'histoire s'achève le 12 mai, il dure 24 heures, il n'y a plus de coucher de soleil. La température extérieure atteint les 3 ou 4° maximum. C'est l'époque de la transhumance des rennes qui sont des bêtes craintives et assez envahissantes. Erik Steggo, un jeune Lapon marié depuis peu, tombe de sa barque et meurt noyé dans le détroit du Loup: un troupeau de rennes effrayés par quelque chose a provoqué des remous dans l'eau, et cela a entraîné la noyade du jeune homme tombé de sa barque. Nils Stormi, qui a du sang sami, est chargé de retrouver le corps. Nils exerce le métier hautement risqué de plongeur en grande profondeur pour l'industrie pétrolière. L'intrigue tourne en effet autour de la convoitise de riches industriels pour des terres occupées par les rennes. Le personnage de Klemet est devenu assez secondaire. En revanche, nous faisons la connaissance du père et de la mère de Nina. Cette dernière reprend contact avec eux à l'occasion d'une recherche dans le passé. Cela ne se passe pas très bien. Comme dans le roman précédent, il faut prendre le temps de s'acclimater à l'histoire touffue et aux nombreux personnages. C'est totalement dépaysant et j'attends le troisième tome en espérant qu'il soit peut-être un peu plus court. Lire le billet de Sylire.

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jeudi 11 septembre 2014

Deux romans (Présélection du prix FNAC 2014 [4 et 5/5]) et Prix du roman FNAC 2014.

Je voulais terminer avec les deux derniers romans que j'ai reçus dans le cadre du prix du roman FN*C 2014.

Mais d'abord, pour ceux qui l'ignorent encore, c'est un premier roman écrit par un jeune Anglais qui a été récompensé: Le complexe d'Eden Bellwether de Benjamin Wood (Edition Zulma). Je compte le lire dès que possible. La cérémonie de remise du prix s'est déroulée comme l'année dernière dans une salle tout en haut du théâtre du Châtelet. C'est la lauréate de l'année dernière, Julie Bonnie, qui a annoncé le roman primé. L'écrivain a remercié l'asssistance en parlant français avec un charmant accent. Ci-après quelques photos. Personnellement, je ne suis pas restée longtemps, incommodée par le brouhaha et la chaleur - juste le temps de récupérer le bouquin...

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Je reviens donc sur les deux romans que je n'avais pas encore chroniqués et dont je n'ai pas beaucoup entendu parler dans les chroniques littéraires récentes.

Je commence par Les Révolutions de Jacques Koskas d'Olivier Guez (Editions Belfond, 330 pages), qui est un journaliste de profession: cela se sent dans sa façon d'écrire. C'est son premier roman. Cela ne m'a pas déplu mais le roman n'a pas vraiment de style. J'avoue n'avoir pas été passionnée plus que cela par la vie et le destin de Jacques Koskas, issu d'une famille juive sépharade. Entre 2003 et 2008, Jacques mène une vie de dilettante loin des préceptes enseignés par son milieu. Il papillonne de Paris aux Etats-Unis en passant par l'Autriche et l'Ukraine, je vous laisse découvrir les péripéties qu'il traverse. Et à la toute fin du roman, d'un coup de plume, il se retrouve en Israël à mener une vie plus sage et conforme à une certaine morale religieuse en étudiant dans une yeshiva. L'épilogue m'a laissée songeuse.

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Et je termine donc avec Le jour où tu m'as quittée de Vanessa Schneider (Editions Stock, 200 pages) dont j'ai bien apprécié la prose et le traitement modeste de l'histoire (dans le bon sens du terme). C'est écrit simplement à la première personne. Une jeune femme, divorcée et mère de deux enfants, vient de se faire quitter par son amant. Il y a de la tristesse, des interrogations mais pas trop d'amertume car finalement la vie continue. Si vous le trouvez en bibliothèque, pourquoi pas?

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samedi 6 septembre 2014

Police - Jo Nesbo / Le collier rouge - Jean-Christophe Rufin

Voici deux romans n'ayant rien en commun, mais je les ai lus l'un après l'autre.

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Le premier, Police, est un "pavé" de presque 600 pages (Editions Gallimard). Jo Nesbo a pris l'habitude de faire long mais on ne s'ennuie pas. Comme les volumes précédents, il se lit d'une traite. Pour mon plus grand plaisir, j'ai retrouvé Harry Hole que je croyais mort (lire Fantôme). A Oslo (Norvège), ayant été démis de ses fonctions de policier, Hole donne des cours à l'académie de police. Cela ne l'empêche pas de participer à une enquête. En effet, quelques membres de la police sont assassinés sur les lieux de crimes non résolus. Côté vie privée, Harry essaye d'avoir une vie plus stable en s'apprêtant à épouser Rachel Fauke, sa compagne avec qui il a vécu de manière épisodique (voir les romans précédents). Harry est toujours épaulé par des ex-collègues qui lui sont restés fidèlès, tandis que Mickael Bellman, le tout nouveau directeur de la police, toujours aussi antipathique (lire les tomes précédents), va se trouver dans le viseur du tueur (si je puis m'exprimer ainsi). Le seul indice que je vous indiquerai sur le meurtrier des policiers c'est qu'il fait lui-même partie des forces de police. Quand le roman se termine, on devine aisément qu'il y aura une suite (le suspense est insoutenable). Pour mieux apprécier Police, je vous conseille d'avoir lu le tome précédent, Fantôme. Lire le billet d'Ingannmic.

 

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Maintenant, je passe au roman Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin (Editions Gallimard, 160 pages). Une grande partie de l'histoire est révélée par le bandeau autour du livre, cela ne m'a pas empêchée d'avoir du plaisir à lire ce roman bien écrit et dont l'histoire m'a touchée. L'écrivain s'est inspiré d'une événement réel qu'on lui a raconté. Pendant l'été 1919, Morlac, un héros de la grande guerre sur le front d'Orient, est emprisonné dans une prison déserte et il attend son jugement qui doit être prononcé par Lantier, un juge. Celui-ci, issu de l'aristocratie, est un homme pétri de certitudes mais non dénué d'humanité. Pendant qu'il procède à l'interrogatoire de Morlac, à l'extérieur de la prison, un chien appelé "Guillaume" (comme le Kaiser) n'arrête pas d'aboyer. Il a a été au front pendant toute la guerre au côté de Morlac. Et dans une ferme aux alentours dans ce Berry écrasé par la chaleur, une femme et son petit garçon Joseph attendent quelqu'un. Avec ce roman qui se lit vite et bien, Rufin évoque les horreurs et les absurdités de la guerre de 14-18 en peu de mots. Je conseille.

Lire les billets de Clara et Argali.

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mercredi 6 août 2014

Hôpital psychiatrique - Raymond Castells / Roman américain - Antoine Bello

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Hôpital psychiatrique de Raymond Castells (Editions Rivages Noir, 600 pages) a comme toile de fond le quotidien et les conditions effroyables dans lesquelles vivaient des centaines de personnes dans un hôpital psychiatrique entre 1937 et 1942 dans la région de Toulouse. En février 1937, le personnage principal de l'histoire, Louis Dantezzi, 17 ans, est accusé d'avoir massacré toute sa famille et, par ordre d'un juge, interné de cet établissement. Louis est un jeune homme costaud, intelligent, lettré (admirateur de Dumas) et qui sait se défendre. Et tout le monde est contre à lui, à commencer par les gendarmes qui l'ont amené à l'institut. Les gardes et quelques détenus lui font subir un bizutage brutal. Je n'oublie pas le directeur de l'établissement, être ignoble à tout point de vue. Mais Louis survit, et, grâce à son intelligence et ses bonnes relations avec le médecin aliéniste, on suit son ascension au sein de l'établissement (il va en devenir l'économe). Sa rencontre avec Louise, une jeune internée, va bouleverser sa vie. Tel Edmond Dantès, Louis compte s'évader avec sa belle et la fortune que le directeur a détournée. Avec ce roman, Raymond Castells, psychologue clinicien de formation, brosse un portrait épouvantable sur les traitements infligés aux "fous" sans oublier que beaucoup sont morts de faim pendant la deuxième guerre mondiale (comme Camille Claudel et Séraphine de Meaux). C'est un livre qui se lit très bien. Il n'y a rien d'insoutenable malgré certaines descriptions. Je conseille vraiment ce roman policier. Lire le billet de dominique.


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Maintenant, je passe à Roman américain d'Antoine Bello (Gallimard, 280 pages). C'est un livre très agréable à lire malgré le sujet qui peut paraître rébarbatif: le marché du "Life settlement", c'est-à-dire la revente à des tiers des assurances-vie en cours de constitution. Cela se passe aux Etats-Unis de nos jours (ce n'est pas encore possible en France... du moins pour le moment). Pendant sept semaines, un journaliste, Vlad Eisinger publie sept articles se rapportant à ce phénomène. Il a pris comme exemple quelques individus habitant une petite ville de Floride, Destin Terrace. Dans cette petite ville vit aussi Dan Siver, écrivain raté et observateur de ce qui se passe. Il échange des mails avec Vlad et on a droit à des extraits de son journal. Ce roman reste ludique et léger mais un brin cynique quand est évoquée la "maturité" d'un contrat (quand l'assuré vient de décéder). Cela parle surtout des sommes d'argent colossales qui sont en jeu, des tables de mortalité, du fait qu'une entreprise peut prendre une assurance-vie sur un de ses employés sans que ce dernier en soit informé et de beaucoup d'autres choses. Mais après tout, ce n'est qu'un roman (très instructif au demeurant).

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jeudi 31 juillet 2014

Expo 58 - Jonathan Coe / Ils désertent - Thierry Beinstingel

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 Voici deux romans que je conseille même si j'ai trouvé que le roman de Jonathan Coe n'était pas le meilleur de l'écrivain.

Je commence donc par Expo 58 de Jonathan Coe (Editions Gallimard, 300 pages), que j'ai lu il y a déjà plus d'un mois. J'ai trouvé que l'histoire qui s'étire en longueur n'était pas spécialement passionnante (il ne se passe pas grand-choses), et cela manque de nerf (quoi qu'en dise la 4ème de couverture); et pourtant cela avait tout pour me plaire: l'évocation de la foire-exposition universelle de Bruxelles en 1958 (entre avril et octobre de cette année-là), sur fond de guerre froide avec un zeste d'espionnage, peut-être une histoire d'adulturère, surtout des personnages qui sortent de l'ordinaire. Thomas Foley, marié à Sylvia et père d'une petite fille depuis peu, travaille au ministère à l'information à Londres. Il vient de rédiger avec brio le texte d'une brochure vantant les mérites du Royaume-Uni. Cette brochure est destinée à être vendue dans le pavillon britannique au sein de la foire-exposition. De plus, étant belge par sa mère et ayant eu un père qui a tenu un pub pendant 20 ans, Thomas est choisi par ses supérieurs pour superviser la gestion du pub Britannia qui doit être un des bâtiments vedettes de la foire-exposition. Thomas s'installe pour six mois à Bruxelles en laissant sa famille derrière lui. Arrivé sur place, il croise quelques jolies jeunes femmes, un journaliste russe et deux compères, Wayne et Radford (très Dupont et Dupond mais nettement moins sympathiques). L'histoire s'accélère vers la fin, mais cela n'a pas suffi à mon bonheur. Lire le billet nettement plus positif de veranne.

Je recommande en revanche haut et fort (en remerciant Aifelle) un livre que j'ai emprunté à la bibliothèque, Ils désertent de Thierry Beinstingel (Fayard, 250 pages lues d'une traite en une journée). Dans cette oeuvre décomposée en chapitres courts, le narrateur s'adresse alternativement à deux personnes. Il emploie le "Tu" quand il s'agit de la jeune femme diplômée de commerce et "Vous" quand il s'agit de l'"ancêtre", un homme de 58 ans, VRP en papier peint que sa boîte voudrait virer. Cette même entreprise vient d'embaucher la jeune femme comme directrice des ventes et lui demande de licencier l'"ancêtre" qu'elle ne connaît même pas. Lui est un passionné de Rimbaud (sa correspondance plus que ses poèmes), tandis qu'elle apprécie quelques oeuvres d'Hannah Arendt dont La condition de l'homme moderne. Quand il va voir ses clients fidèles depuis 40 ans, il sort ses échantillons reliés comme un beau livre. La jeune femme ("la petite sportive" comme l'"ancêtre" la surnomme) a des doutes sur la mission qu'on lui confie. Je vous laisse apprécier cette histoire touchante et dont la fin m'a plu. Je n'avais jamais découvert cet écrivain, c'était un tort.

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lundi 28 juillet 2014

Les grandes séries américaines des origines à la fin des années 70 - Alain Carrazé et Christophe Petit

Après avoir trouvé dans une librairie d'occasion un ouvrage intitulé Les grandes séries américaines des origines à 1970 (Huitième art éditions, 200 pages) qui rappelle quelques séries américaines bien connues des origines aux années 70, je confesse que Mannix, Les Mystères de l'ouest, L'homme de fer (dans son fauteuil roulant), Mission impossible (et la disquette qui s’autodétruit), Le Fugitif, Les Envahisseurs (avec le petit doigt raide, et qui se dissolvent quand ils meurent), Kojak (crâne chauve et sucette), Cannon, Les Incorruptibles, Bonanza, Daktari (avec le lion Clarence et la guenon Judy), Ma sorcière bien aimée (j’adore le générique), Au nom de la loi (qui a fait connaître Steve McQueen) ont fait partie de mes bons souvenirs télévisuels de mon adolescence. Je pourrais aussi citer d’autres séries de la même époque comme Les Monroe, Les Bannis, Peyton Place, La grande vallée et quelques autres. J'ai eu le plaisir de revoir en DVD certaines séries comme Hawaï Police d'état ou Perry Mason.

L’ouvrage, qui n’est plus disponible sauf d’occasion, date de 1994. Il se décompose en 28 chapitres évoquant chacun une série. Illustrés par beaucoup de photos, les chapitres sont rédigés par différents rédacteurs dont l’écrivain Martin Winkler. Ce dernier a rédigé les chapitres concernant Zorro, Max La menace (jamais vu) Les mystères de l’ouest, La Quatrième dimension, Au-delà du réel, Mission impossible et Agents très spéciaux (avec Robert Vaughn et David Mc Callum: une série que j’aime beaucoup). A la fin de chaque chapitre, on trouve la fiche technique, la diffusion en France et les titres des épisodes. Le livre est vraiment très bien fait. Cela ne m'empêche pas de bien apprécier les séries toutes récentes comme Murdoch, Miss Fisher, Fringe, House of cards, Mad men ou NCIS.

Et vous, quelles ont été ou quelles sont vos séries préférées ?

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samedi 19 juillet 2014

Les fantômes de Belfast - Stuart Neville / L'énigme de Saint-Olav - Indrek Hargla / Le cercle - Bernard Minier

 

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Voici trois romans lus récemment qui n'ont pas de rapport entre eux (si ce n'est que ce sont des romans policiers) et qui m'ont procuré d'agréables moments de lecture.

Je commencerai par celui que j'ai préféré des trois: Les fantômes de Belfast de Stuart Neville (Rivages Noir, 423 pages qui se lisent d'une traite). A Belfast, Gerry Fegan, un ex-tueur de l'IRA, est hanté par les fantômes de 12 personnes  qu'il surnomme les "12 suiveurs". Il les a assassinées plusieurs années auparavant. C'étaient des meurtres commandités. Venant de sortir de prison, il commence à éliminer ceux qu'il juge responsable de ces morts. Petit à petit, les fantômes cessent de le harceler tandis que Gerry supprime des êtres peu recommandables. L'histoire est bien menée et tant pis si l'on juge que Gerry ne devait pas se faire justice lui-même. C'est un personnage que l'on n'oublie pas. Stuart Neville est un écrivain à suivre car Les fantômes de Belfast est son premier roman.

Je continue avec un roman policier estonien. C'est le premier d'une série. Dans L'énigme de Saint Olav - Melchior l'Apothicaire, livre 1 (Babel noir, 420 pages intrigantes), Indrek Hargla situe son intrigue entre le 15 et le 22 mai 1409 à Tallinn en Estonie. Cette ville était partagée entre ville basse et ville haute où se situait la forteresse de l'ordre des chevaliers teutoniques. Le bailli de la ville demande à Melchior Wakenstede, l'apothicaire, de l'aider à découvrir qui a décapité un ancien commandeur de l'ordre Teutonique de Gotland. Dans la bouche du mort, l'assassin a placé une vieille pièce de monnaie. Trois autres morts suspectes vont suivre dont deux empoisonnements. Il est question de position des pions dans un jeu d'échecs, de brasseur de bière, de la guilde des Maîtres Chanteurs de Nuremberg et de bâtisseurs d'églises. L'arrière-plan historique n'est pas forcément très simple car assez méconnu, mais cela ne m'a pas empêché de bien apprécier ce roman que je vous conseille.

Je terminerai avec Le cercle de Bernard Minier (Pocket, 780 pages) où l'on retrouve le commandant Servaz (dont on avait fait connaisance dans Glacé).  Dans la région de Toulouse à Marsac, Hugo, un étudiant, est retrouvé dans la maison où l'on découvre le corps d'une prof. Elle a été ligotée et laissée sans vie dans sa baignoire. Servaz est chargé de l'enquête par sa hiérarchie et surtout par Marianne, la mère d'Hugo. Ce dernier apparaît être le principal suspect. D'autres morts vont suivre. Les victimes ont un lien commun. J'ai trouvé que 780 pages, c'était un peu long. Il y a pas mal de digressions, de sous intrigues. J'ai préféré Glacé.