lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

 FilsduSoleil

Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

P1120228 (traduction Louis Postif, revue par Frédéric Klein)

Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).


dimanche 7 février 2021

Qui a tué l'écologie? - Fabrice Nicolino

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais dit que je pourrais facilement écrire un article en piochant dans mes stocks de bouquins achetés durant les six dernières annnées. Une petite phrase dans Charlie N°1488 du 27/01/2021 m'avait orienté vers une piste. Chroniquer (après l'avoir relu) mon "livre du jour", écrit par Fabrice Nicolino plusieurs années avant d'être blessé dans l'attentat contre Charlie Hebdo, s'est avéré plus ardu que je ne l'imaginais (j'ai déjà présenté plusieurs de ses bouquins).

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Qui a tué l'écologie? se présente comme un pamphlet, datant déjà de 2011, publié il y a dix ans aux éditions LLL (Les liens qui libèrent). Mon propre exemplaire a été imprimé en "poche" en février 2012 (collection Points, N°P2771, 307 pages). Cela reste un livre à lire, pour décryptage de pratiques (et) de manipulations toujours à l'oeuvre à l'heure actuelle. A l'époque, il visait (entre autres) la mascarade qu'avait constitué le "Grenelle de l'environnement" porté sur les fonts baptismaux par Nicolas Sarkozy, en septembre 2007. Cet ouvrage polémique, dur et désespérément pessimiste, déconstruit aussi Jean-Louis Borloo (et Brice Lalonde en passant, p.38), mais également NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet). Je vais tout de suite "tuer le suspense" du titre en disant qu'il s'essuie sérieusement les pieds sur les quatre ONG qui ont été les interlocuteurs de l'industrie lors du Grenelle, à savoir Greenpeace, le WWF France, FNE (la fédération France Nature Environnement), sans oublier la Fondation Nicolas Hulot - le bandeau rouge le dévoilait déjà! 

Fabrice Nicolino plante rapidement un décor historique en montrant que, depuis le XIXe siècle, la "protection de la nature" a été accaparée par des personnages qui, soit étaient en rapport proche avec les pouvoirs officiels, soit faisaient montre d'une certaine naïveté (niaiserie?) à son égard en en appelant à lui. J'ai ainsi eu la mémoire rafraîchie sur les circonstances de la protection de la forêt de Fontainebleau. Sous le Second Empire, les "milieux artistiques" s'étaient montrés plus efficaces que les officiels "protecteurs de la nature". A noter qu'aujourd'hui, sur Wikipedia, ni l'article "Autoroute A6" ni l'article "Forêt de Fontainebleau" ne s'épandent sur l'histoire de la construction de l'autoroute à travers cette forêt telle que racontée par Fabrice Nicolino (dans l'article sur la forêt [consulté le 7 février 2021], il est mentionnée qu'elle est "fragmentée", entre autres par l'A6 depuis 1964...).

Les chapitres 2 à 6 reprennent l'histoire des ONG citées ci-dessus, capables de s'attribuer indûment telle ou telle action a posteriori, de taire fort pudiquement la liste de leurs dirigeants successifs ou de leurs financeurs privés... Ainsi, Nicolino rappelait, dans le récent N° de Charlie que j'ai cité plus haut, qu'il avait mis la main, en préparant ce livre paru en 2011, sur un document listant, pour l'année 1987, les grands donateurs du WWF rassemblés dans le discret "Club des 1001" (où figuraient, entre autres, Robert McNamara ou Mobutu). Par ailleurs, la perméabilité entre un poste de Président ou de directeur général d'une telle ONG, une carrière de politicien-ne, voire un siège dans telle ou telle instance publique ou au service de l'industrie, est démontrée par des exemples, biographies à l'appui. 

Au-delà du seul exemple du Grenelle et des sujets qui y ont été, ou plutôt qui n'y ont pas été, abordés (ou des associations qui n'y ont pas été invitées), l'auteur traite la question de la désinformation et de l'escroquerie intellectuelle que représente l'apparition du vocable "développement durable", présenté comme la mise à jour du discours d'après-guerre de Truman, lorsqu'il s'agissait de défendre les intérêts américains, sous couleur d'aider au "développement" des pays du Sud en leur faisant miroiter le mode de vie américain et en leur prêtant les fonds pour acheter les produits de la (future) société de consommation. Il explique également la différence sémantique entre "environnement" et "écologie" (p.183): "L'environnement place l'homme au centre de la vie sur terre et s'intéresse à ce qui peut nuire à ses projets grandioses de bâtisseur. L'écologie considère, elle, l'équilibre des écosystèmes, dont dépend tout le reste, donc le sort de l'humanité".

Il est bien sûr difficile de mentionner l'intégralité des sujets abordés. J'ai relevé l'opacité du choix des personnes invitées à participer aux différentes Commissions (Fabrice Nicolino n'évoque pratiquement pas le rôle des "groupes de travail" qui devaient élaborer des propositions entre les "séances plénières" du Grenelle, un aspect souvent capital dans ce genre d'instance). Le poids, dans les décisions d'aménagement et d'infrastructures en France, des ingénieurs des Mines, des Ponts et chaussées, des Eaux et Forêts... qui regardent passer les ministres éphémères en s'investissant dans des projets à long terme (et pas vraiment au bénéfice des petits oiseaux, des abeilles ou des crapauds), est, lui, mis au jour. L'auteur insiste aussi, à plusieurs reprises, sur le scandale que peut constituer le développement des "biocarburants" (pour nos bagnoles) alors qu'un milliard d'êtres humains souffrent de malnutrition. 

Au moment de la parution du livre, Jean-Louis Borloo (quelque peu démonétisé, en 2021) avait été évoqué comme possible Premier Ministre voire candidat à la Présidence de la République. Fabrice Nicolino se fait un malin plaisir de rappeler ses promesses de naguère autour de la Maison à 100 000 euros. Nicolas Hulot (qui n'avait pas encore été ministre, mais proche de plusieurs Présidents ou candidats), est égratigné ainsi que son "Comité de veille écologique" créé en 2000, et mis au niveau des écologistes qui se font toujours "avoir": "parler, parler, parler, quand (presque) rien d'autre n'a été fait, et ne surtout pas agir. Encore moins affronter" (p.124-125). Côté franco-français, je relèverai encore que Nicolino donne les références précises d'une citation de l'ultralibéral Denis Kessler (écrite dans Challenge, le 04/10/2007), que je vais recopier du livre [points de suspension entre crochets compris]: "C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception [...] Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance!". 

Bref, on ressort de la lecture de ce pamphlet, bourré de rappels utiles, un peu désabusé (au sens strict, c'est bien le but du livre), mais aussi avec la curiosité de se renseigner (internet est notre ami!) pour savoir ce qu'il en est, en 2021, de telle ou telle situation décrite, de tel ou tel avertissement émis, du non-respect des promesses passées, qui peuvent augurer du respect (à venir) de promesses faites cette année... Lisez-le donc.

PS1: les algorithmes qui gouvernent les moteurs de recherche ne font pas aujourd'hui remonter énormément de chroniques de cet ouvrage sur des blogs (j'ignore bien entendu ce qu'il en était en 2011). J'ai en tout cas trouvé trace, entre autres blogs plus ou moins professionnels, d'une chronique en avril 2017 sur le blog "Un jour un livre" de Jean-Michel Sady, bibiothécaire et écocitoyen très engagé (blog à l'abandon depuis 3 ans). Ou encore du blog de Laurent Samuel (à l'abandon depuis octobre 2015). Je rajouterais le "fantôme" d'une critique sur un blog qui s'appelait "ChezFab" en 2012 (mais il semble que l'article original ne soit plus en ligne et je ne suis pas certain que le nom de blog appartienne aujourd'hui à la même personne...). Le blog belge ExtraPaul en parle aussi. Citons encore le blog de Jean-Charles Houel (militant à Louviers) ou celui de Folfaeries. Et même ce qu'en disait F. Nicolino sur son propre blog à l'époque...

PS2: suite à la question de Miriam ci-dessous, je précise que ce "livre-coup de gueule" (dont certaines pages avaient été rédigées dès septembre 2010) reste valable pour tout ce qui touche l'éclairage des positions des uns et des autres (personnes morales ou personnes physiques) en rappelant les évolutions sur le temps long (plusieurs décennies parfois). Bien évidemment, il ne prend pas en compte ce qu'il s'est passé depuis sa parution, et c'est en ce sens que chacun doit faire l'effort de l'actualiser...

*** Je suis Charlie ***

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lundi 18 mai 2020

Ceux que nous avons abandonnés - Stuart Neville

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Après Les fantômes de Belfast, Collusion et Ratlines,  je viens de terminer Ceux que nous avons abandonnés, de Stuart Neville (Rivages/Noir, 359 pages poignantes), qui se passe encore à Belfast. Dès le début, en 2007. on sait que Ciaran et Thomas Devine, deux frères de 12 et 14 ans, ont commis l'irréparable. Ils avaient été recueillis chez un couple et leur fils. Ils ont massacré le père de cette famille. Sept plus tard, Ciaran sort d'un centre fermé. Son frère a été libéré deux ans plus tôt. Ciaran est un garçon fragile sous la coupe de son frère. Leur relation amour/haine est terrible. C'est lui qui a été considéré comme le bras armé de meurtre. Face à eux, on fait la connaissance de Paula Cunnigham, une agente de probation qui vit avec son chien Angus, et de Serena Flanagan, l'inspectrice qui s'était occupée de l'enquête à l'époque. Elle est mariée et mère de deux enfants. Inconsciemment, Serena s'est attachée à Ciaran, qui n'arrive pas à agir et à penser sans son frère. Après un nouveau meurtre, Flanagan soupçonne que les deux frères sont impliqués. Une histoire terrible très bien racontée par l'écrivain que je vous conseille de découvrir si vous ne le connaissez pas. Et un roman de moins "à lire" (prélevé dans ma PAL)!

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samedi 22 février 2020

L'opposition, Mitterrand vs Rocard - Georges Naudy

A l'heure où le débat politique et tout ce qui s'y rapporte ne volent pas bien haut (enfin, c'est mon opinion), je voulais vous inciter à aller voir une pièce de théâtre et un documentaire (1) qui se donnent en ce moment.

Le jour de la Saint-Valentin, mon ami Ta d loi du ciné m'a proposé d'aller au théâtre de l'Atelier à Paris pour voir L'opposition, Mitterrand vs Rocard qui se donne depuis le 24 janvier.Nous sommes à la fin de 1980, une nouvelle élection présidentielle se profile. Mitterrand est assis à son bureau, il lit La mort de Socrate de Lamartine, le téléphone sonne. On lui annonce que Michel Rocard vient le voir. "Ah oui, il se fait beaucoup remarquer mais il n'a rien de remarquable". Et voilà, le ton est donné. Pendant 1H25, on assiste à l'affrontement à fleuret moucheté entre François Mitterrand, premier secrétaire du Parti Socialiste, et Michel Rocard, inspecteur des finances aux idées plus à gauche que celles de Mitterrand. Qui sera le candidat socialiste à l'élection? Mitterrand se montre souvent cruel, il a la répartie brillante. Quand il est attaqué sur ses relations troubles pendant la deuxième guerre, il riposte avec brio. Lorsque Rocard repart à la fin, on sait qui a gagné la partie. Le texte de la pièce est composé de répliques authentiques des deux hommes. Rien que pour Philippe Magnan qui interprète Mitterrand, la pièce se laisse voir. Mais à la réflexion, je me demande, si Mitterrand et d'autres hommes politiques de l'époque étaient encore parmi nous, comment ils auraient composé avec les réseaux sociaux et Internet.

(1) Note de Ta d loi du cine ("squatter" et secrétaire de rédaction chez dasola): absente de Paris, dasola m'a laissé les clés du blog. J'ai constaté qu'elle avait programmé dans un même billet une chronique théâtrale et une cinématographique. Hé bien non, il faudra attendre demain pour lire son billet "cinéma"...

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mardi 7 janvier 2020

Tout est pardonné - Charlie Hebdo 2015 (collectif)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis procuré récemment la "compilation annuelle" des dessins parus dans Charlie Hebdo en 2015, publiée aux éditions Les Echappés (dépôt légal octobre 2015). Ce sera donc le sujet de ma chronique anniversaire cette année. 

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Ce recueil de dessins ne comporte pas de texte, excepté la 4ème de couverture et deux pages en préface-hommage signées Riss, désormais le patron. On n'y trouvera pas de table des matières ni d'index. J'ai donc moi-même fait mes petits comptages pour quelques statistiques (gestion de données...). Je précise d'abord que les 5 dessinateurs assassinés ont chacun leur propre "chapitre", encadrés par un ou deux des 9 chapitres thématiques où se retrouvent les autres dessinateurs réguliers, d'avant ou d'après le 7 janvier, ainsi que ceux qui ont fourni occasionnellement quelques dessins (leurs noms figurent en 4ème de couv'). 

En prenant seulement en compte le nombre de dessins publiés, par ordre croissant, on trouve: Schwartz (1), Babouse (2), Dilem (2), Gros (2), Felix (4), Juin (6), Pétillon (6 - dont 4 de ceux que j'ai déjà cités ici -, ce qui représente la quasi-totalité de sa contribution), Willem (12), Wolinski (15 - presque tous consistant en une "bande" verticale), Foolz (22), Catherine (24), Honoré (43), Tignous (48), Coco (51), Charb (52), Cabu (35 ou 63, selon que l'ont tient compte ou non que 14 de ses contributions consistent en une bande verticale groupant 3 dessins), Luz (72), Riss (76).

De ces 184 pages et au moins 473 dessins (comme déjà dit, Cabu faisait des "bandes" que j'ai comptées pour 1, composées cependant de plusieurs vignettes), j'ai extrait, avec un peu de recul, quelques dessins des morts, mais aussi des vivants, pour une vision anachronique et universelle, même si on pourrait parfois la nommer macronique (non sans ironie), en 24 dessins (mais il en reste plein à découvrir aux lecteurs de l'ouvrage!). 

Ci-après, donc, ceux qui m'ont tapé dans l'oeil. J'ai choisi de mettre en avant, pour la plupart, des dessins intemporels, ou du moins qui, en 2020, ont conservé toutes les raisons du monde de faire écho à nos préoccupations actuelles. Ou, pour certains, parce qu'ils me parlaient à moi.

A tous seigneurs tous honneurs, voici une brochette de quelques Présidents. 

P1110294 p.40 (Luz)  P1110293 p.25 (Cabu)  P1110286 p.170 (Wolinski) P1110299 p.101 (Honoré)
  P1110296 p.59 (Charb)  P1110285 p.167 (Wolinski)
Bêêê, oui... (en 2015, il n'était encore "que" Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique).

Je regroupe ci-après quelques transports ou déplacements (par différents moyens)...

P1110298 p.80 (Riss)  P1110303 p.132 (Tignous)  P1110301 p.81 (Catherine)

  P1110295 p.52 (Charb)  P1110302 p.91 (Honoré)  P1110304 p.134 (Tigous)

L'album trouve moyen de se gausser discrètement de la mode du "Je suis..." (il y en a bien quatre dessins sur ce thème, encore, que je n'ai pas relevés). Mais qu'auraient bien pu dessiner les 5 dessinateurs assassinés s'ils avaient eu connaissance de ce "mot d'ordre"?
P1110292  p.16 (Coco)  P1110281 p.145 (Coco): évidemment, le rapprochement de ces deux dessins est hyper-facile, désolé. Il n'empêche que le second est excellent, et d'actualité pour bien longtemps encore, j'en ai peur...

Ceux qu'il reste, je vais me permettre de les regrouper sous l'intitulé "Pensées, monologues et dialogues".

P1110282 p.152 (Coco)  P1110288 p.177 (Riss)  P1110291 p.10 (Luz)

  P1110289 p.181 (Foolz)  P1110287 p.174 (Riss)  P1110283 p.153 (Coco) 

P1110284 p.154 (Riss)  P1110290 p.9 (Coco)  P1110297 p.69 (Riss)  P1110300 p.106 (coco)

Encore une fois, je précise que mon choix est subjectif. En reconsidérant globalement ma sélection faite dessin par dessin, je m'aperçois que j'accroche davantage aux dessins de Coco qu'à ceux (plus austères?) de Foolz. De ce dernier, j'ai eu du mal à en retenir ne fût-ce qu'un seul. Question de style de dessin, d'humour, de thème? Et, une fois de plus dans cet album, le dessin de presse est considéré comme assez "fort" pour se suffire à lui-même, sans informations complémentaires telles que date de publication ou phrase de mise en contexte. Vecteur d'humour comme "coup de poing dans la gueule", selon la célèbre formule de Cavanna, que l'on a pu retrouver dans un de ses textes, initialement paru dans Charlie Hebdo N°34 du 12 juillet 1971, et re-publié cet été 2019 (N°1411 du 7 août 2019 [p.7]).

Après une deuxième lecture, j'aurais pu en prendre bien d'autres... Afin de vous inciter à découvrir l'ouvrage, je vais vous en lister quelques-uns: Cabu p.30 (les dingues), Catherine p.148 (identité), Charb p.66 (attendez!), Dilem p.152 (non au menu unique), Gros p.152 (dépression), Honoré p.89 (Wauquiez regroupant), Luz p.8 ("sans déc', les mecs!"), Riss p.76 (22 mars) et p.81 (35 h), Tignous p.130 (des cons qui ont monté leur boite) et p.142 (richesse), Willem p.11 (dédicace) ou p.174 (société du spectacle), Wolinski p.172 (crèches laïques)... Mes excuses à ceux que je n'ai pas évoqués par un des 24 "visuels" ci-dessus (ce qui fait déjà beaucoup). Disons enfin, pour ménager la chèvre et le chou, qu'en tant que lecteur régulier de Charlie Hebdo depuis 5 ans, je suis bien obligé de remarquer qu'aucun dessin de Zorro le timide n'avait été repris dans l'album (même s'il n'est pas le seul absent).

A noter que je n'ai pas réussi à trouver des blogs ayant chroniqué cet album (mais seulement des sites "professionnels"). Peut-être les algorithmes ou l'intelligence artificielle des moteurs de recherche sont-ils perturbés par le fait que son titre corresponde au dessin de couverture du "numéro des survivants" (Charlie Hebdo N°1178) publié le 14 janvier 2015 (vu son tirage à 7 millions d'exemplaires, pas la peine de le rajouter ici). Je mentionnerai tout de même le dernier billet de Strip journal, qui présente plusieurs autres articles intéressants sur Charlie Hebdo (notamment la reprise d'un article du Monde analysant les thèmes de couvertures de l'hebdomadaire de 2005 à 2015).

Mon "apport personnel" va encore consister à insister sur l'amertume du titre choisi pour ce recueil. Moi, il me fait penser à la phrase qu'Alexandre Dumas fait dire à Louis XIV dans Le Vicomte de Bragelonne: "pardonner n'est pas oublier". Je terminerai en remarquant que mon exemplaire de l'album provient sans doute de la bibliothèque d'une personne à qui il avait été offert pour Noël 2015 - il y a à peine plus de 4 ans (on voit encore les restes de la "pastille" qui recouvrait le prix du livre neuf).

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*          *

Cinq ans après l'attentat, je vais me permettre un petit récapitulatif de mes hommages personnels à Charlie Hebdo et aux victimes du massacre. Si je les ai commencés presque immédiatement, j'ai mis un certain temps à trouver le rythme régulier (mensuel) auquel je me tiens depuis bientôt trois ans. Tous ne sont pas accessibles par l'Index des livres du Blog de dasola.

On peut considérer que la liste ci-dessous constitue un retour aux "années insouciantes" (de 2007 à 2011, les jours heureux?) où j'aidais incognito dasola à remettre sous les yeux des lecteurs de son blog des listes de billets qui n'avaient encore été commentés, jusqu'à ce que chacun ait eu au moins un commentaire... 

Pour me débarrasser de mes statistiques en une seule phrase: ce sont 83 personnes différentes qui ont fait chacune de 1 jusqu'à 24 commentaires sur un ou plusieurs des 47 billets ci-dessous, dont chacun a reçu depuis un maximum de 16 commentaires jusqu'à un seul (pour un nombre total de commentaires de 272, à ce jour).

Je ne sais pas trop dans quel ordre les présenter, ces bilets... Je vais essayer ci-dessous des entrées nominatives (entre parenthèse, les dates de publications des billets sur le blog).

== Les dessinateurs ou chroniqueurs qui sont morts durant le massacre ==

Cabu [assassiné]
Le grand Duduche (Tome 1) (18 janvier 2015)
Le grand Duduche "Il lui faudrait une bonne guerre" (Tome 2)
Le grand Duduche "Passe ton bac, après on verra!" (Tome 5)
Le grand Duduche "A bas la mode!" (Tome 7)
Le grand Duduche et la fille du proviseur (Tome 8)
Passe ton bac, après on verra (Le Grand Duduche - l'intégrale) (7 juillet 2018)
Le journal des présidents (7 mai 2017)
Vive les comédiens! (7 juin 2018)
Cabu / Gébé / Willem Les années 70 (7 novembre 2019)
Cabu : cf. Pierre Dac

Elsa Cayat [assassinée]
Un homme + une femme = quoi? (7 septembre 2016)
Noël, ça fait vraiment chier (7 décembre 2017)

Charb [assassiné]
Je suis très tolérant (7 août 2017)
Maurice et Patapon (7 mars 2016)
Petit traité d'intolérance et Nouveau petit traité d'intolérance (7 septembre 2018)
Police partout (7 mars 2018)

Charb
: cf. Michel Husson
Charb
: cf. aussi Patrick Pelloux

Honoré [assassiné]
Je hais les petites phrases (25 janvier 2015)
Petite anthologie du dessin politique (7 septembre 2017)

Bernard Maris [assassiné]
L'avenir du capitalisme (7 avril 2019)
Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (7 août 2019)
Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné? (7 novembre 2018)
Petits principes de langue de bois économique (17 février 2016)

Plaidoyer (impossible) pour les socialistes (7 avril 2017)

Tignous [assassiné]
Pandas dans la brume
(12 janvier 2015)
Le fric, c'est capital (7 juin 2017)
Murs Murs (7 juillet 2017)
Ni Dieu ni eux (7 février 2018)
Tignous et Gros : Comment rater ses vacances (7 août 2018)
Tignous et Paganelli : Le procès Colonna (7 février 2019)

Wolinski [assassiné]
Ca c'est moi quand j'étais jeune (27 janvier 2016)
J'hallucine! (7 mars 2017)
Scoopette (7 octobre 2017)

Maryse & Georges Wolinski : La divine sieste de papa (7 mars 2017)

Sans oublier les autres...
Festival "Rendez-vous du carnet de voyage" - Michel Renaud (7 janvier 2018)
Les victimes du massacre à Charlie Hebdo peu ou pas connues du public: Mustapha Ourrad / Franck Brinsolaro / Frédéric Boisseau / Ahmed Merabet (7 janvier 2019)

== Ceux qui ont (heureusement) survécu ==

Fabrice Nicolino [blessé]
Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture (7 septembre 2019)
Lettre à une petiote sur l'abominable histoire de la bouffe industrielle
Fabrice Nicolino & François Veillerette : Nous voulons des coquelicots (7 décembre 2018)

Riss [blessé]
Mémé, femme pratique (7 mars 2019)

Le procès Merah (7 juin 2019)

Philippe Lançon [blessé]
Le lambeau (7 octobre 2019)
 

== Autres collaborateurs de Charlie Hebdo [passés, présents, ...] ==

Catherine [Meurisse]
La légèreté (7 avril 2018)

Patrick Pelloux & Charb
J'aime pas la retraite (6 janvier 2016)

Pétillon
Pétillon et Charlie Hebdo (7 octobre 2018)

== Co-rédacteurs d'ouvrages [déjà listés ci-dessus - sauf exceptions] ==

Pierre Dac
Pensées (illustrées par Cabu)
(7 mai 2019)

Michel Husson & Charb
Le capitalisme en dix leçons (7 février 2017)

Maryse Wolinski
"Chérie, je vais à Charlie"
(7 décembre 2019)

Gébé : cf. Cabu

Gros : cf. Tignous

Dominique Paganelli : cf. Tignous

François Veillerette : cf. Fabrice Nicolino

Willem : cf. Cabu

== Divers autres articles (de types différents des précédents) ==

Mon tout premier billet à propos de Charlie, en appendice d'un billet sur le 8e anniversaire du blog de dasola (9 janvier 2015)

Un an de Charlie (11 janvier 2016)

Le street art et Charlie - Collectif / Marie Christian (7 novembre 2017)

Exposition : Cabu à la comédie française (salle Richelieu) (7 mai 2018)

Expositions en Normandie (Wolinski ou Vuillemin à l'honneur... et toujours Dubout!) (7 juillet 2019)

Je suis Charlie (moi aussi [dasola]) (16 janvier 2015)

Un dessin de Riss dans Charlie Hebdo (15 décembre 2018 [dasola])

Pour l'avenir, il me restera encore bien des oeuvres à présenter autour de Charlie, parues ou à paraître, des auteurs décédés ou de ceux bien vivants, dans des articles dont je n'ai sans doute pas encore idée aujourd'hui. 

*** Je suis Charlie ***

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samedi 28 décembre 2019

La vie secrète d'Euridice Gusmão - Karim Aïnoud / Brooklyn Affairs - Edward Norton

Retour après une pause forcée par manque d'Internet pendant deux jours (!), je n'ai pas pu faire de coms ni publier de billet comme prévu. Mais, grâce au fait que j'ai pu me déplacer en province, j'ai pu enfin voir deux films que je voulais absolument découvrir. Dans trois jours, je donnerai mon palmarès cinéma pour 2019.

Pour le moment, je commence par quelques mots sur le film brésilien La vie secrète d'Euridice Gusmão de Karim Aïnoud. J'ai trouvé que c'était un très beau mélo sans pathos. L'histoire se passe à partir de 1951 à Rio de Janeiro. Deux soeurs, Guida amoureuse d'un marin grec, et Euridice, qui rêve de passer le concours de pianiste à Vienne en Autriche, sont très unies. Leur père très autoritaire mène sa femme et ses filles à la baguette. Un soir, Guida part et ne revient pas. Elle a suivi son marin jusqu'en Grèce. Quelques mois après, elle revient enceinte chez ses parents. Le père tyrannique la renie. Pendant ce temps, Euridice s'est mariée, un petit peu contrainte. Ses rêves de devenir pianiste s'éloignent. Sa soeur lui manque. Elle la croit heureuse avec son marin. Son père ne lui dit rien à propos du retour de Guida. Pendant plusieurs années, Guida va écrire à sa soeur sans que cette dernière n'en sache rien. Je ne vous dirai rien de plus. Vous l'aurez compris, le film dénonce la tyrannie patriarcale envers les femmes à cette époque et qui perdure de nos jours. Le récit alterne entre le destin d'Euridice et celui de Guida. Il y a quelques scènes un peu crues qui, pour une fois, ne m'ont pas gênée. Les deux interprètes principales, Carol Duarte (Euridice) et Julia Stockler (Guida), sont formidables. Le film dure 2H19. Je n'ai pas vu le temps passer. Je vous le conseille absolument. Pour l'anecdote, pour la séance de 21h20 en VO à laquelle j'ai assisté, nous étions trois dans la salle, moi comprise. Lire les billets de Pascale et de Chris.

Je passe au film américain Brooklyn Affairs d'Edward Norton qui interprète Lionel, le personnage principal atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. Il a des tics de langage incontrôlés qui peuvent lui faire dire des gros mots. Lionel travaille dans un cabinet de détectives dont le responsable Franck Minna (Bruce Willis) vient d'être abattu. Franck était le seul ami de Lionel, qui décide d'enquêter sur ce meurtre dont il ne comprend pas la cause. Nous sommes à Brooklyn dans les années 50. Les magouilles immobilières permettent à des hommes sans scrupules d'exproprier des gens (les personnes de couleur et les blancs pauvres) de maisons (qu'ils déclarent insalubres). Ils les rachètent pour une bouchée de pain pour mieux les revendre plus cher après les avoir transformées en appartements. J'ai beaucoup aimé l'ambiance, la reconstitution des années 50: vêtements, voitures. Et si vous aimez le jazz, on entend des morceaux magnifiquement interprétés dans un club de jazz enfumé. Un film que je vous recommande. L'année 2019 s'achève en beauté du point de vue cinématographique. Lire les billets de Pascale et Ffred.

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mercredi 4 décembre 2019

Hors normes - Olivier Nakache et Eric Toledano

Depuis le 23 octobre 2019, Hors normes, le film d'Olivier Nakache et Eric Toledano, attire des milliers de personnes, et c'est amplement justifié. La salle où j'étais hier soir était comble et des spectateurs ont applaudi à la fin. Hors normes raconte l'histoire de Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb), qui consacrent leur vie à d'autres, ceux dont personne ne s'occupe ni ne veut, des autistes sévères qui vivent pendant des années en milieu fermé. Nos deux héros ont créé en dehors de tout cadre légal des structures qui accueillent des dizaines de jeunes malades. Ils sont aidés par des jeunes, eux-même issus de quartiers difficiles. Bruno est toujours positif en clamant qu'"on va trouver une solution" dès qu'un problème survient: manque d'argent, de moyens et de logement. L'histoire s'attache plus particulièrement à Joseph, dont la mère, jouée par Hélène Vincent, est contente qu'une structure comme celle de Bruno existe. Joseph a la manie de tirer sur les sonnettes d'alarme dans le métro. Et puis il y a Valentin qui porte une protection sur la tête comme un boxeur car il se tape souvent la tête contre les murs. Le traitement du sujet est remarquable. Et pendant ce temps là, l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance) fait une inspection qui risque peut-être de leur mettre des bâtons dans les roues. On ne tombe jamais dans le larmoyant. C'est un film optimiste qui fait du bien.

Lire les billets de Géraldine, Pascale, Anne, Ffred et MissFujii.

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samedi 7 septembre 2019

Lettre à un paysan sur le vaste merdier ... / Lettre à une petiote sur l'abominable histoire ... - Fabrice Nicolino

Les titres des deux livres que je tiens à présenter aujourd'hui, dans le cadre de mes hommages aux victimes de l'attentat chez Charlie Hebdo, sont tellement longs que je n'ai pas pu les reporter intégralement dans celui de mon billet!

Après ma chronique, il y a quelques mois, d'un ouvrage récent de Fabrice Nicolino, blessé lors du massacre chez Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) présente aujourd'hui deux de ses livres, un peu plus anciens, Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture (2015), et Lettre à une petiote sur l'abominable histoire de la bouffe industrielle (2017), initialement parus aux éditions Les échappées, puis réédités deux ans plus tard en Poche chez Babel (Acte Sud) sous les N°1498 et 1614.

P1110227

Ces deux "Lettre..." forment un diptyque qui a bien son unité (à mon avis), pour les raisons que je vais évoquer plus loin. Rappelons aussi que Fabrice Nicolino est l'un des initiateurs de l'Appel "Nous voulons des coquelicots" pour l'interdiction de tous les pesticides de synthèse. On peut, c'est vrai, être agacé par la forme et le style des ouvrages (véhémence, exhortation systématique, en prenant à témoin le destinataire fictif de l'ouvrage), mais le fond est pertinent - désespérément. Que sera la France agricole en 2050 (demain, autrement dit)? Et, plus largement, le monde de l'alimentation / l'alimentation du monde?

Dans ce "... vaste merdier...", au prétexte (fictionnel) d'un courrier à un paysan né en 1924 à qui commenter les changements intervenus dans l'agriculture (en France) durant le XXème siècle, c'est bien entendu au lecteur "Monsieur/Madame tout.e le monde" que Fabrice Nicolino s'adresse.

Entre autres figures, l'auteur nous fait connaître (p.23 et suivantes) André ("Dédé") Pochon, qui, dès les années 50, pratiquait en Bretagne ce que l'on nomme aujourd'hui "l'engrais vert": l'enrichissement de la terre en azote par des plantes elles-mêmes (trèfle blanc), sans apport d'intrants extérieurs. J'ai apprécié la citation qu'il disait tenir de René Dumont: "Regardez bien votre vache, c'est un animal extraordinaire: elle a une barre de coupe à l'avant, et un épandeur [à fumier...] à l'arrière. Si vous flanquez cet animal dans le milieu d'un pré, elle fait le travail toute seule". [Ce ne sont pas des fermiers tenants du "Bio holistique" qui me diront le contraire, je suppose]. Oui... mais si la méthode à Dédé s'était développée, il n'y aurait plus, alors, d'achat d'intrants ni de machines! Dans un court chapitre (p.31 et suiv.), l'auteur nous présente ensuite en quelques pages les hommes qui ont mis en place, à partir des années 20, le lobby des pesticides en France (il y est longuement revenu dans Nous voulons des coquelicots).

Le chapitre commençant p.39 démythifie l'élevage, avec les études scientifiques menées pour diminuer la taille (donc le coût) de la ration alimentaire des animaux d'élevage, tout en sélectionnant des lignées qui grandissent plus vite (en assimilant mieux ladite ration, "optimisée"). J'ai apprécié page 43 le rappel de l'émission TV "Euréka" du 2 décembre 1970 (je n'étais pas devant la télé, à l'époque), où les téléspectateurs avaient pu voir une "vache à hublot" de l'INRA, des décennies avant que des images filmées par l'association L214 nous en indignent, en juin 2019. Autre temps, autres moeurs, et une "mise en prespective" intéressante, du coup. L'auteur rappelle (p.55) que, au début des années 1960, la viande représente un chiffre d'affaires bien plus élevé que les plus grandes entreprises françaises, comme EDF, la sidérurgie ou la SNCF.

Fabrice Nicolino met aussi à l'honneur, p.64, un certain Georges Lebreuilly, petit paysan, irréductible adversaire du remembrement depuis 1983 dans sa commune de Geffosses (jusqu'à faire élever, en 1994, dans la commune dont il était devenu maire, un monument national à la nature et aux victimes du remembrement).

Je vais encore picorer (p.72) l'exemple de l'impasse de la révolution verte en Inde, où les semences productives tant vantées par la "propagande" de la FAO (Food and Agriculture Organization / Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation) ont été le "cheval de Troie" pour introduire motorisation, irrigation massive, engrais et pesticides. Résultat: nappes phréatiques en baisse sévère, eaux de surface polluées, et sols qui, épuisés par le matraquage chimique, ont perdu pour très longtemps leur fertilité naturelle. Or, les terres agricoles sont la seule véritable richesse qui compte (ou qui devrait compter). La preuve? Elle se fait accaparer.

Vers la fin de l'ouvrage (p.93), Nicolino souhaite nous empêcher d'oublier que les entreprises qui contrôlent la majorité des semences nécessaires pour nourrir l'humanité ont imaginé de développer des variétés, surnommées "terminator", qui ne puissent absolument pas être re-semées (d'où obligation de racheter les semences chaque année): ce serait la fin de l'histoire millénaire de l'agriculture. Les dernières pages posent la question de la réversibilité des orientations prises depuis des décennies. Le livre se termine par "Un autre monde reste à construire". Celui d'une agriculture alternative. Ma dernière citation (p.97): "il n'est pas interdit d'imaginer une France de 2050 qui compterait un, deux ou trois millions de paysans en plus de ceux qui croupissent dans les hangars industriels ou les fermes concentrationnaires pour animaux-esclaves. Ce qui a été fait peut-il être défait? (...) La destruction des paysans a été un moment absurde de l'histoire que personne n'a interrogé. Pour les besoins d'un projet industriel immoral, on a vidé des milliers de villages et rempli les banlieues de millions de prolétaires, dont beaucoup sont devenus des chômeurs perpétuels. Ce n'est pas une vie. (...) Il est encore possible d'imaginer autre chose."

Je passe maintenant à la Lettre à une petiote sur l'abominable histoire de la bouffe industrielle. Cette fois-ci, point de prise à partie d'un vieillard ayant traversé le XXème siècle, le livre est "adressé" à une fillette de 3 ans. Il commence fort (p.7): "pour bien comprendre, il te faudra manger beaucoup de soupe, en priant le Bon Dieu et ses saints qu'elle ne soit pas farcie aux pesticides et aux perturbateurs endocriniens". Le parti pris se veut donc à la fois pédagogique et d'avertissement. Il s'agit d'expliquer comment s'est mise en place une industrie de l'ultra-transformation des aliments.

Après avoir brossé le portrait rapide de nos ancêtres plus ou moins lointains et plus ou moins omnivores, Fabrice Nicolino rappelle qu'aujourd'hui 12 plantes seulement assurent les repas de base des trois quart de la population [humaine] de la terre, et qu'à eux seul blé, riz et maïs nourrissent la moitié de ce monde. Il décrit ensuite, en quelques pages, l'invention, au XIXème siècle, des techniques de conservation des aliments que sont apertisation et réfrigération - techniques plus artisanales qu'industrielles, à l'origine. L'industrialisation semble avoir émergé dans les abattoirs de Chicago, dans la seconde moitié du XIXème siècle (l'auteur cite à ce propos La jungle d'Upton Sinclair, que j'ai naguère chroniqué moi-même ici). Il explique ainsi la puissance des sociétés, brassant des milliards de dollars, constituées à partir de l'industrie de la viande, après la 1ère guerre mondiale.

Il fait ensuite défiler en quelques pages l'histoire de Bayer, société allemande qui vient de finir par avaler Monsanto, laquelle, comme on sait, a empoisonné en toute connaissance de cause depuis des décennies bon nombre d'êtres humains à coup de pyralène, de dioxines et autres glyphosate "bon pour l'environnement". Il en profite pour expliquer le lien entre la chimie de synthèse et l'alimentation (p.31): "citons pêle-mêle les colorants, les exhausteurs de goût, les édulcorants, les conservateurs, les antioxydants, les antibiotiques, les emballages, les émulsifiants, les antiagglomérants, les régulateurs d'acidité, les épaississants, les gélifiants, les stabilisants, les humectants, les séquestrants, les agents de texture, les agents de rétention d'eau et d'humidité, les agents levants, les liants, les anticoagulants, les antimoussants, les nébulisants, les agents d'enrobage, etc., etc. etc. Ces trois etc. pour te dire qu'il n'y a pratiquement plus de limites à l'invasion de la chimie dans la nourriture".

Dans les chapitres suivants, à travers quelques exemples (Nestlé, Unilever, Pepsi...), ce sont les "Empires" de l'industrie alimentaire qui sont "déconstruits" par l'auteur: quels que soient les "affichages" à but publicitaires, "tel le scorpion de la fable, qui pique mortellement la gentille grenouille qui lui fait traverser la rivière, la transnationale fait du fric. Car c'est sa vraie nature" (p.49), "Une dizaine de groupes se partagent le marché mondial, car ils possèdent des centaines de marques qui donnent l'illusion de la liberté, le mirage du choix". "Il n'existe pas de puissance industrielle supérieure à celle du lobby agroalimentaire" (p.63). L'ANIA (Association nationale des industries alimentaires) sait rappeler chaque fois que nécessaire son poids en tête des secteurs industriels français (avec par exemple un chiffre d'affaires de 172 milliards d'euros en 2016).

Le moteur (pour ne pas dire l'aliment!) de cette industrie est le souci de vendre toujours plus de produits, en commençant par les fabriquer, avec un coût de revient toujours moindre, tout en s'abstenant d'empoisonner le client-consommateur trop vite ou de manière trop visible, ou en tout cas illégalement. Pour cela, il suffit à cette industrie de respecter les normes, règlements et législations qu'elle contribue elle-même à définir. En se donnant ainsi des obligations de moyens, tout devrait se passer dans le meilleur des mondes industriels possibles? Et bien, non. Ces aliments normés... n'améliorent pas notre santé, au final. Ils ont plutôt pour effet de la détériorer sur le long terme, en nous poussant aux abus. Et que je te fais avaler du sel, du sucre et du gras...

Dans un chapitre titré "Sur le chemin de la mauvaise direction", quelques pages sont bien sûr consacrés aussi aux illusions provoquées par la "révolution verte" (à coup d'engrais et de variétés "à haut rendement" - au détriment des nappes phréatiques!) après la Seconde guerre mondiale, ou, désormais (depuis les années 1980), aux OGM, "cette belle invention au service des marchands" (p.81). Le dernier chapitre (p.97), titré "Et pourtant, il y a plus d'une autre voie" sème encore en quelques pages de menues graînes d'espoir... que je vous laisse découvrir.

Car, bien sûr, l'auteur met dans ses livres davantage de verve qu'il n'en transparaît dans mes quelques lignes de résumé. Je vous invite donc à dévorer vous-même ces deux ouvrages. Chacun des livres de Fabrice Nicolino (je ne m'interdis nullement d'en évoquer quelques autres ultérieurement) peut figurer dans toute "BibliAMAP" qui se respecte! Je terminerai en disant qu'on peut voir une courte interview de Fabrice Nicolino à l'occasion de la sortie de l'un des livres ici.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 6 septembre 2019

Le couteau - Jo Nesbo

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Après La Soif, je craignais un peu de ne pas revoir Harry Hole, le grand inspecteur de police norvégien, grand et maigre avec un majeur en moins et une balafre. C'est pourquoi, dès que j'ai appris que Le couteau (601 pages, Série noire Gallimaard) avait paru, je me suis précipitée pour l'acheter toutes affaires cessantes. Harry a réintégré la police criminelle d'Oslo pour s'occuper de vieilles affaires, dont celle impliquant Svein Finne, un violeur multirécidiviste presque octogénaire, qui vient d'être libéré après plusieurs années de prison. C'est Harry qui l'avait arrêté. Svein voulait que ses victimes tombent enceintes de ses oeuvres. Harry qui a maintenant 50 ans ne vit plus avec Rakel qui l'a mis à la porte. On saura la raison vers la fin. Un matin il se réveille avec du sang sur les mains et il apprend que Rakel a été assassinée de plusieurs coups de couteau. A un moment donné il devient suspect. Lui-même se pose des questions car il ne se rappelle de rien. Accablé de chagrin, il va néanmoins mener son enquête. Il va même soupçonner Svein. Je ne vous en dirai pas plus. Malgré sa longueur, le roman se lit bien. Il y a pas mal de rebondissements avant qu'Harry trouve l'assassin. Je n'avais pas trouvé le coupable. Un bon cru.

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samedi 13 juillet 2019

Acusada - Gonzalo Tobal / Rojo - Benjamín Naishtat

J'ai vu le même soir deux films argentins, Acusada et Rojo. J'ai eu envie de voir Acusada quand j'ai visionné sa bande-annonce. Une jeune femme, Dolorès Dreier, attend depuis deux ans d'être jugée pour avoir (peut-être) tué une de ses amies qui les avait filmés, elle et son copain, en train d'avoir des rapports intimes avant de diffuser largement la vidéo sur les réseaux sociaux. Issue d'une famille aisée, Dolorès vit avec ses parents et son petit frère. Son père a cédé à un avocat de ses amis l'hacienda familiale, afin qu'il défende Dolorès. J'ai tout de suite été gênée, pour ne pas dire plus, par la musique envahissante que l'on entend du début à la fin du film. L'intrigue est bien menée mais je suis restée insatisfaite par la fin, qui laisse plein de points d'interrogation.

Je passe à Rojo qui se passe juste avant le coup d'état militaire de 1976. Je m'attendais à voir un "polar" et il n'en est pas vraiment un. Un avocat attend sa femme dans un restaurant. Un homme passablement impatient se met à l'apostropher. Très calmement, Claudio se lève et lui laisse la place. Plus tard l'homme énervé se tire une balle dans la tête devant Claudio et sa femme. Plutôt que d'amener l'homme agonisant à l'hôpital, Claudio l'emmène quelque part dans un lieu désertique de la pampa argentine et le laisse mourir. La vie de Claudio reprend son cours jusqu'à ce qu'il apprenne qui est l'homme mort. J'ai trouvé le scénario décousu, on passe du coq à l'âne. Je me suis un peu ennuyée. Je m'attendais vraiment à autre chose.

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