samedi 12 mars 2016

La lumière de la nuit - Keigo Higashino / Vent de sang - Nele Neuhaus / Les yeux plus grands que le ventre - Jô Soares

P1020978   P1020982    P1020981

Après La maison où je suis mort autrefois, Le dévouement du suspect X et Un café maison, j'ai lu avec plaisir La lumière de la nuit de Keigo Higashino (Actes noir, Actes sud), un gros "pavé" de 660 pages. L'histoire se passe sur plus de 20 ans entre les années 1970 et 1990. Un prêteur sur gages est trouvé mort par un jeune garçon.La victime a été poignardée dans un immeuble en contruction dans un quartier de Tokyo. Sasagaki, un policier chargé de l'enquête, aura des soupçons envers un ou deux suspects, mais il mettra vingt ans (il sera retraité) pour établir la vérité qui laisse un goût amer. L'histoire s'attache surtout au destin de deux jeunes adolescents: une fille, Yukiho, dont la mère était proche du prêteur à gages, et Ryoji, le fils du prêteur sur gages. Yukiho et Ryoji se révèlent être des êtres dominateurs et prêts à tout pour arriver à leur fin. L'intrigue est bien menée mais on se perd un peu dans les noms japonais: il y a beaucoup de personnages et les noms se ressemblent, mais à part ça, c'est un roman recommandable qui aurait peut-être gagné à être un peu plus court.

Je passe à Vent de sang (Babel noir, 560 pages) de Nele Neuhaus, dont j'ai déjà chroniqué Flétrissure, Blanche-Neige doit mourir et Méchant loup. Dans Vent de sang (c'est celui que j'ai, pour le moment, le moins aimé de la série), on retrouve le commissaire Oliver Van Bodestein (à la vie privée chamboulée après sa séparation avec sa femme) et l'inspectrice Pia Kirchhoff. Dans la région de Francfort, ils sont chargés d'enquêter sur le meurtre d'un veilleur de nuit sur son lieu de travail: une société chargée prochainement de construire un parc d'éoliennes. Puis un dénommé Hirtreiter, ami du père d'Oliver, est tué de deux coups de carabine. Il ne voulait pas vendre son terrain qui aurait permis d'y implanter les éoliennes. On fait la connaissance de plusieurs suspects, tous plus antipathiques les uns que les autres, dont les motivations éthiques sont sujets à caution. Le roman où il est question du réchauffement climatique aurait aussi gagné à être plus court.

Je termine par Les yeux plus grands que le ventre de Jô Soares, dont la photo de couverture a attiré mon oeil. J'avais bien apprécié Meurtres à l'académie (non chroniqué) du même écrivain. L'histoire se passe à Rio de Janeiro en 1938. On connaît dès le début le coupable, mais cela n'empêche de savourer (si je puis dire) cette histoire de meurtres où sept femmes à la surchage pondérale avérée vont être victimes de leur gourmandise. Le tueur en série s'appelle Charon et il est directeur d'une entreprise de pompes funèbres appelée Styx. On apprend très vite pourquoi il choisit ses victimes au physique avantageux. Son modus operandi est original: il étouffe ses victimes en les gavant de mousse au chocolat ou d'autres gourmandises de ce type. Un commissaire aidé par Esteves, un ex-inspecteur de police Lisboète exilé au Brésil où il est devenu pâtissier enquêtent en compagnie de Diana, une jeune femme reporter photographe, et de Calixto, un mulâtre, adjoint du commissaire. Le roman est très plaisant à lire et le texte est entrecoupé de dessins et de reproductions de coupures de journaux.


samedi 7 novembre 2015

Le fils de Saul - László Nemes

Grand prix du jury au dernier festival du film de Cannes en 2015, Le fils de Saul est suffocant. Le plan séquence d'ouverture juste avant que le titre du film apparaisse vous laisse pantois. Une image floue devient nette, quelques hommes apparaissent dont un en particulier, Saul Auslander, un Juif hongrois faisant partie d'un sonderkommando. La caméra suit Saul quand celui-ci arrive à la porte des chambres à gaz. Nous sommes en 1944 à Auschwitz-Birkenau. Il fait partie des hommes qui ont été choisis pour assister les SS dans la solution finale. Des hommes, femmes et enfants à qui on promet un repas sont entraînés vers une immense pièce pour prendre une douche. La porte métallique refermée, on entend des cris, les gens tapent sur la porte. Pendant ce temps-là, Saul et les autres prennent les vêtements qui sont fouillés: on récupère l'or ou tout ce qui est précieux. Le gaz ayant fait son oeuvre, les corps sont traînés par terre vers les fours crématoires. Cette séquence d'ouverture est marquante pour les bruitages: les cris des victimes, les vociférations des SS, le bruit de la porte métallique de la chambre à gaz et divers autres sons. On a du mal à respirer. Parmi la dernière fournée des victimes quand la porte est rouverte, un jeune garçon respire encore (pas pour longtemps). Saul croit reconnaître son fils. Il n'aura de cesse de trouver un rabbin pour que le garçon soit enterré selon le rite juif et non brûlé comme un vulgaire "stück" (pièce, morceau en allemand). C'est par ce terme qu'étaient désignés les Juifs. Ce mot est prononcé plusieurs fois. Le réalisateur a choisi de filmer caméra à l'épaule et de suivre Saul (Géza Röhrig, inoubliable) au plus près. Il ne le lâche pratiquement pas sauf au plan final. Tout ce qui se passe autour de Saul est souvent flouté ou hors champ, ou filmé de loin. Beaucoup de scènes éprouvantes nous sont épargnées. En revanche la bande son est suffisamment évocatrice pour se figurer ce que l'on ne voit pas. Les autres membres du sonderkommando se demandent pourquoi Saul s'occupe plus d'un mort que d'un vivant. Il répond que "nous sommes déjà morts". Tout est dit. J'espère que je vous donne envie de voir ce très grand film d'un réalisateur de 29 ans. Lire les billets de Chris, ffred et Alain.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : , ,
mardi 7 juillet 2015

Le trou - Jacques Becker / Valley of Love - Guillaume Nicloux / Le monde de Nathan - Morgan Matthews

J'aurais pu écrire un billet sur Valley of Love, de Guillaume Nicloux, avec Depardieu et Huppert, mais je n'ai pas grand-chose à en dire si ce n'est que Depardieu qui déborde de partout est touchant face à Huppert qui semble physiquement bien frêle. J'ai compris que dans la Vallée de la mort en Californie, il fait très très chaud. C'est un film qui parle de la difficulté de faire son deuil d'un être cher. Ici, il s'agit de faire celui du fils du couple formé par Depardieu et Huppert. J'ai été un peu perplexe sur le côté surnaturel vers la fin. Je mets en lien Tinalakiller et ffred qui parlent très bien de ce film.

J'aurais pu aussi écrire un billet sur Le Monde de Nathan (X + Y en VO) de Morgan Matthews, qui raconte l'histoire de Nathan, un jeune autiste surdoué en mathématiques. Il écrit des maths à longueur de journée et se sent très proche de son père. Malheureusement, ce dernier meurt dans un accident de voiture (Nathan était sur le siège passager). L'existence de Nathan est chamboulé car il tolère tout juste sa mère qu'il trouve nulle en maths. J'ai trouvé que Nathan n'était pas gentil avec sa mère. Cette dernière est une brave femme qui fait tout pour lui. Grâce à une olympiade internationale en mathématiques, Nathan va s'ouvrir aux autres et se lier d'amitié et certainement plus avec une jeune Chinoise. Le film m'avait été conseillé par une collègue que je remercie. J'ai moins été emballée qu'elle.

P1020066

J'en arrive au film de Jacques Becker (revu en DVD) dont j'avais déjà fait un billet (commenté seulement 3 fois) il y a plus de 7 ans et demi (je l'avais pratiquement oublié). Le trou, dont le tournage s'est terminé début 1960, fut le dernier du réalisateur qui mourut peu de temps après d'une crise cardiaque. Pendant les 2H12 passionnantes que dure le film qui ressemble à un documentaire, on fait la connaissance de cinq détenus dans une cellule spartiate dans la prison de la Santé à Paris. Nous sommes en 1947. Ils s'apprêtent à creuser un trou dans le plancher de leur cellule afin de s'évader. Parmi les cinq, quatre d'entre eux en détention préventive, se connaissent bien (ils risquent chacun une lourde peine). Quant au cinquième, Claude Gaspard, il vient d'être transféré dans leur cellule. Il est vite mis au parfum sur l'évasion et accepte de participer à l'opération. Aucune musique ne trouble l'action que l'on suit avec grand intérêt. C'est du grand cinéma avec une réalisation remarquable. Plus de la moitié du film se passe dans la cellule. On espère qu'ils vont arriver à s'évader. On admire les ressources de Roland (Jean Keraudy) pour arriver à ses fins, c'est du grand art. Il se sert de tout ce qu'il trouve pour fabriquer une clé passe-partout, scier un barreau, fabriquer un sablier, etc. Il ne perd jamais son sang-froid. Il n'y aucune violence. Le scénario est tiré d'un roman de José Giovanni qui a été co-détenu avec Jean Keraudy (pseudonyme de Roland Barbat). Cet homme, le cerveau du plan d'évasion dans le film, fut réellement impliqué dans la tentative d'évasion de 1947, et c'est lui qui introduit le film au tout début avant le générique. Un film à voir et à revoir.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
jeudi 25 juin 2015

Livres lus et non commentés depuis le 09/06/15

      P1020042

Le bourreau de Gaudí d'Aro Sáinz de la Maza (Actes noirs, 660 pages) a attiré mon attention quand Dominique en a fait un billet. Dans ce roman que j'ai trouvé un peu long, c'est surtout Barcelone et Gaudí qui sont les personnages principaux de l'histoire. Ca m'a donné envie de revoir la capitale catalane où j'ai séjourné trop brièvement. Milo Malart, un inspecteur de police qui a été mis à pied par mesure disciplinaire, est réintégré pour ses talents d'enquêteur. La police en a bien besoin. On lui adjoint Rebecca Mercader, une jeune fliquette formée aux méthodes américaines. En 2010, à un mois de la venue de Benoît XVI qui doit consacrer la Sagrada Familia, un homme est retrouvé pendu et carbonisé à un balcon de la casa Milà (la Pedrera), un des bâtiments emblématiques contruit par Gaudí. Un deuxième crime ne tarde pas à se produire: un notable barcelonais a été attaché et brulé vif dans le parc Guëll. Puis un journaliste de la télé subit le même sort; et enfin une juge d'instruction est enlevée et sequestrée. L'enquête piétine et le lecteur s'impatiente. Il y a pas mal de digressions en rapport avec la vie personnelle de Milo, ce qui ralentit le rythme de l'histoire. C'est tout de même un roman qui se lit bien. On découvre au fur et à mesure les motivations des assassins (il y en a deux), en apprenant que des crimes annexes se sont déroulés tous les 10 juin (jour de la mort de Gaudí) depuis plus de 20 ans. Je ne vous en dit pas plus. Le roman aurait gagné à faire 200 pages de moins.

 

P1020039     P1020037

Collusion de Stuart Neville (Rivages noir, 460 pages,) est la suite et fin des Fantômes de Belfast. On y retrouve Gerry Fegan, un ex-tueur de l'IRA, réfugié aux Etats-Unis. Apprenant qu'il est recherché par un homme qui lui en veut beaucoup, il revient à Belfast. Là, il croise la route de Jack Lennon, un policier catholique, qui, lui, espère retrouver sa fille Ellen âgée de six ans. La maman d'Ellen a des liens de famille avec ceux qui en veulent à Fegan. Par ailleurs, un tueur appelé "Le Voyageur" (on ne saura jamais son nom) est aux trousses de Fegan. Lennon et Fegan vont s'allier bien malgré eux contre des ennemis de tous bords: catholiques et protestants, flics et truands. Le récit est haletant avec la traque de Fegan par "Le Voyageur". C'est un roman qui se lit vite et qui confirme le talent de narrateur de Neville...

..., talent que l'on retrouve dans Ratlines (Rivages/Thriller, 390 pages) qui se passe en 1963 à Dublin. 18 ans ont passé depuis la fin de la seconde guerre mondiale, mais on apprend par ce roman que d'anciens nazis ont trouvé refuge en Irlande (pays resté neutre mais plutôt en faveur des alliés pendant le conflit). Neville a choisi de prendre des personnes ayant existé pour narrer cette histoire d'exfiltration d'anciens nazis où tous les coups sont permis. Albert Ryan, un lieutenant qui travaille dans le renseignement, est chargé par le ministre de la justice de l'époque, Charles Haughey (1925-2006), d'enquêter sur l'assassinat d'un de ces anciens nazis vivant sur le sol irlandais. Il va se retrouver à affronter Otto Skorzeny (1908-1975), une fripouille qui a été un proche d'Hitler et qui a aidé à l'évasion de Mussolini en 1943. La mission de Ryan est très risquée. Je ne vous dirai pas comment il s'en sort, d'autant plus qu'un agent du Mossad s'en mêle. Un roman qui m'a plu.

vendredi 10 avril 2015

Profanation - Mikkel Nørgaard / Jamais de la vie - Pierre Jolivet

Le réalisateur danois Mikkel Nørgaard a réalisé des épisodes de la série Borgen. Mercredi 8 avril 2015 est sorti son film Profanation (le deuxième volet des enquêtes du département V). Je n'ai toujours pas compris pourquoi Miséricorde (le premier volet des enquêtes du département V écrit par Jussi Adler-Olsen), réalisé en 2013 par le même réalisateur, n'a pas pu être diffusé sur grand écran, ce film précédent est pour le moment disponible en vidéo à la demande depuis fin mars 2015. Je n'ai pas encore lu le roman Profanation (le film m'a donné envie de le faire assez vite), mais il faut noter la violence de l'histoire (comme dans Miséricorde). L'inspecteur Carl Mørck et son assistant Assad se chargent de rouvrir de vieilles enquêtes non résolues. Suite au suicide d'un policier qui est hanté depuis 20 ans par un double homicide commis sur un frère et une soeur suivi peu après par le viol d'une jeune étudiante, Mørck, Assad et une secrétaire nouvellement arrivée nommée Rose vont affronter deux notables danois puissants dangereux et sans scrupules. La police va être aidée par une femme portée disparue depuis 20 ans. J'ai trouvé le film bien fait, le suspense tient en haleine avec une fin violente: très regardable, mais les personnes sensibles peuvent être heurtées.

Je passe à Jamais de la vie, le nouveau film de Pierre Jolivet, avec Olivier Gourmet, impeccable comme d'habitude. Franck (Olivier Gourmet), ancien syndicaliste au chômage pendant 10 ans, occupe depuis peu un poste de gardien nuit en CDD (qui peut se transformer en CDI) dans un centre commercial de banlieue. Il vit seul dans une cité HLM. N'ayant aucune vie sociale, il se rend régulièrement dans une antenne de Pôle Emploi où il se lie d'amitié avec Mylène qui essaye de lui trouver un emploi selon son âge et ses compétences. Elle-même a du mal à joindre les deux bouts en élevant seule ses deux enfants. Depuis quelque temps, Franck repère un 4x4 qui rôde souvent aux alentours du centre commercial. Il pressent qu'un "casse" se prépare. J'ai été frappée par la pesanteur et la tristesse qui émanent du film (les décors y sont pour beaucoup). Il y a pourtant de beaux moments comme le plan du vol de centaines de martinets noirs dans le ciel. J'ai noté qu'il y avait beaucoup d'échanges entre deux personnages: Franck et sa soeur, Franck et son beau-frère, Franck et son patron, Franck et son collègue Ketu, Franck et Mylène, Franck et un jeune dealer, etc. A part une séquence dans laquelle Franck se rend dans un grand restaurant et où il ne se passe rien, le film vaut la peine d'être vu rien que pour Olivier Gourmet. Lire le billet d'Alex-6.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

dimanche 15 février 2015

Méchant loup - Nele Neuhaus / Les Nuits de Reykjavik - Arnaldur IIndriðason

 P1000655   P1000656

Voici deux romans policiers que je vous recommande.

Dans Méchant loup (que Dominique a beaucoup apprécié) de Nele Neuhaus (Actes noirs, 400 pages), on retrouve le duo de policiers opérant à Francfort, Pia Kirchhoff et Oliver Von Bodenstein, menant une double enquête: d'un côté une jeune femme retrouvée morte noyée dans le Main, et de l'autre, quinze jours plus tard, l'agression sauvage d'une animatrice et productrice télé qui n'a pas que des amis (c'est une femme redoutable et surtout sans état d'âme). L'histoire se déroule sur une période d'environ un mois, au début de l'été. Les policiers avancent difficilement dans la résolution de ces deux drames qui sont reliés par une épouvantable histoire de pédophilie, dans laquelle trempent de nombreux notables de la province de Hesse. Mme Neuhaus ne fait pas toujours dans la dentelle (c'est du "brutal") mais elle sait maintenir le suspens jusqu'au bout. C'est presque aussi bien que Blanche-Neige doit mourir.

Dans Les nuits de Reykjavik d'Arnaldur Indriðason (Edition Métailié noir, 260 pages), j'ai été très contente de retrouver Erlendur tout jeune. Policier de 28 ans, il n'est pas encore marié (mais cela ne saurait tarder). Avec deux collègues, il "fait" les nuits comme simple policier de proximité en parcourant en voiture les rues de Reykjavik. Ils interviennent dans des incidents domestiques. Cela n'empêche pas Erlendur, qui est un homme obstiné ne "lâchant" rien, de mener, pendant son temps libre, une enquête sur la mort d'un clochard, Hannibal, avec qui il s'était un peu lié. En effet, Hannibal est retrouvé noyé dans une tourbière. Cette mort est peut-être liée à la disparition d'une jeune femme survenue à peu près en même temps. Erlandur interroge beaucoup, il reste toujours calme. Dans ce roman apparaissent les traits de caractère du commissaire qu'il est devenu dans les romans déjà parus. Et on se rend compte que les cas de disparitions le touchent beaucoup. Un bon roman "préquelle". Lire les billets de Cathulu et Clara.

samedi 6 septembre 2014

Police - Jo Nesbo / Le collier rouge - Jean-Christophe Rufin

Voici deux romans n'ayant rien en commun, mais je les ai lus l'un après l'autre.

P1040976

Le premier, Police, est un "pavé" de presque 600 pages (Editions Gallimard). Jo Nesbo a pris l'habitude de faire long mais on ne s'ennuie pas. Comme les volumes précédents, il se lit d'une traite. Pour mon plus grand plaisir, j'ai retrouvé Harry Hole que je croyais mort (lire Fantôme). A Oslo (Norvège), ayant été démis de ses fonctions de policier, Hole donne des cours à l'académie de police. Cela ne l'empêche pas de participer à une enquête. En effet, quelques membres de la police sont assassinés sur les lieux de crimes non résolus. Côté vie privée, Harry essaye d'avoir une vie plus stable en s'apprêtant à épouser Rachel Fauke, sa compagne avec qui il a vécu de manière épisodique (voir les romans précédents). Harry est toujours épaulé par des ex-collègues qui lui sont restés fidèlès, tandis que Mickael Bellman, le tout nouveau directeur de la police, toujours aussi antipathique (lire les tomes précédents), va se trouver dans le viseur du tueur (si je puis m'exprimer ainsi). Le seul indice que je vous indiquerai sur le meurtrier des policiers c'est qu'il fait lui-même partie des forces de police. Quand le roman se termine, on devine aisément qu'il y aura une suite (le suspense est insoutenable). Pour mieux apprécier Police, je vous conseille d'avoir lu le tome précédent, Fantôme. Lire le billet d'Ingannmic.

 

P1040977

Maintenant, je passe au roman Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin (Editions Gallimard, 160 pages). Une grande partie de l'histoire est révélée par le bandeau autour du livre, cela ne m'a pas empêchée d'avoir du plaisir à lire ce roman bien écrit et dont l'histoire m'a touchée. L'écrivain s'est inspiré d'une événement réel qu'on lui a raconté. Pendant l'été 1919, Morlac, un héros de la grande guerre sur le front d'Orient, est emprisonné dans une prison déserte et il attend son jugement qui doit être prononcé par Lantier, un juge. Celui-ci, issu de l'aristocratie, est un homme pétri de certitudes mais non dénué d'humanité. Pendant qu'il procède à l'interrogatoire de Morlac, à l'extérieur de la prison, un chien appelé "Guillaume" (comme le Kaiser) n'arrête pas d'aboyer. Il a a été au front pendant toute la guerre au côté de Morlac. Et dans une ferme aux alentours dans ce Berry écrasé par la chaleur, une femme et son petit garçon Joseph attendent quelqu'un. Avec ce roman qui se lit vite et bien, Rufin évoque les horreurs et les absurdités de la guerre de 14-18 en peu de mots. Je conseille.

Lire les billets de Clara et Argali.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
samedi 19 juillet 2014

Les fantômes de Belfast - Stuart Neville / L'énigme de Saint-Olav - Indrek Hargla / Le cercle - Bernard Minier

 

P1040946     P1040950   P1040948

Voici trois romans lus récemment qui n'ont pas de rapport entre eux (si ce n'est que ce sont des romans policiers) et qui m'ont procuré d'agréables moments de lecture.

Je commencerai par celui que j'ai préféré des trois: Les fantômes de Belfast de Stuart Neville (Rivages Noir, 423 pages qui se lisent d'une traite). A Belfast, Gerry Fegan, un ex-tueur de l'IRA, est hanté par les fantômes de 12 personnes  qu'il surnomme les "12 suiveurs". Il les a assassinées plusieurs années auparavant. C'étaient des meurtres commandités. Venant de sortir de prison, il commence à éliminer ceux qu'il juge responsable de ces morts. Petit à petit, les fantômes cessent de le harceler tandis que Gerry supprime des êtres peu recommandables. L'histoire est bien menée et tant pis si l'on juge que Gerry ne devait pas se faire justice lui-même. C'est un personnage que l'on n'oublie pas. Stuart Neville est un écrivain à suivre car Les fantômes de Belfast est son premier roman.

Je continue avec un roman policier estonien. C'est le premier d'une série. Dans L'énigme de Saint Olav - Melchior l'Apothicaire, livre 1 (Babel noir, 420 pages intrigantes), Indrek Hargla situe son intrigue entre le 15 et le 22 mai 1409 à Tallinn en Estonie. Cette ville était partagée entre ville basse et ville haute où se situait la forteresse de l'ordre des chevaliers teutoniques. Le bailli de la ville demande à Melchior Wakenstede, l'apothicaire, de l'aider à découvrir qui a décapité un ancien commandeur de l'ordre Teutonique de Gotland. Dans la bouche du mort, l'assassin a placé une vieille pièce de monnaie. Trois autres morts suspectes vont suivre dont deux empoisonnements. Il est question de position des pions dans un jeu d'échecs, de brasseur de bière, de la guilde des Maîtres Chanteurs de Nuremberg et de bâtisseurs d'églises. L'arrière-plan historique n'est pas forcément très simple car assez méconnu, mais cela ne m'a pas empêché de bien apprécier ce roman que je vous conseille.

Je terminerai avec Le cercle de Bernard Minier (Pocket, 780 pages) où l'on retrouve le commandant Servaz (dont on avait fait connaisance dans Glacé).  Dans la région de Toulouse à Marsac, Hugo, un étudiant, est retrouvé dans la maison où l'on découvre le corps d'une prof. Elle a été ligotée et laissée sans vie dans sa baignoire. Servaz est chargé de l'enquête par sa hiérarchie et surtout par Marianne, la mère d'Hugo. Ce dernier apparaît être le principal suspect. D'autres morts vont suivre. Les victimes ont un lien commun. J'ai trouvé que 780 pages, c'était un peu long. Il y a pas mal de digressions, de sous intrigues. J'ai préféré Glacé.

samedi 18 janvier 2014

Mère et fils - Călin Peter Netzer

Le film roumain Mère et fils est le troisième long-métrage du réalisateur Călin Peter Netzer. Sorti cette semaine (mercredi 15 janvier 2014) dans plusieurs salles à Paris, le film brosse le portrait d'une mère qui essaye coûte que coûte d'épargner la prison à son fils. Cornelia, une architecte qui crée aussi des scénographies, apprend que son fils unique Barbu, la trentaine, vient de renverser et de tuer avec sa voiture un jeune garçon de 14 ans. Les relations de cette mère à la forte personnalité avec son fils sont houleuses. Cornelia étouffe son fils de son affection. Elle le veut tout à elle et le défend coûte que coûte. Je vous laisse découvrir les manoeuvres qu'elle entreprend pour arriver à ses fins. Le réalisateur prend le parti de suivre Cornelia. L'actrice Luminita Gheorghiu (vraiment très bien) est de tous les plans. En revanche, Barbu est un homme qui ne m'a pas paru sympathique. C'est un "pauvre" type qui n'est pas à la hauteur de la situation, preuve en est sa relation avec sa compagne. La façon qu'a le réalisateur de filmer allant d'un personnage à l'autre peut sembler un peu fastidieuse mais cela donne une certaine force à l'ensemble. C'est un film que je conseille. Mère et fils a reçu l'Ours d'or au dernier festival du film de Berlin en 2013.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,
lundi 18 novembre 2013

Blanche-Neige doit mourir - Nele Neuhaus / L'obscure mémoire des armes - Ramon Diaz-Eterovic

Voici deux romans que je vous recommande vivement.

 P1040579

D'abord Blanche-Neige doit mourir (Collection Actes Noir - Actes Sud, 390 pages) de Nele Neuhaus (Flétrissure), dans lequel on retrouve l'inspectrice Pia Kirchhoff et le commissaire Oliver von Bodenstein, qui officient dans une petite ville près de Francfort en Allemagne. Ils sont appelés pour enquêter suite à la découverte d'un squelette féminin dans une cuve de carburant d'un aéroport désaffecté. Simultanément, Tobias Sartorius, 30 ans, vient de sortir de prison après dix ans de détention pour avoir été reconnu coupable du meurtre de deux jeunes filles dont on n'a jamais retrouvé les corps. Je pense que vous allez deviner le rapport entre le squelette et Tobias, mais ce n'est que le début d'une enquête pleine de rebondissements qui se passe dans un village où tous les habitants en ont lourd sur la conscience. Il y a une sorte d'omerta sur ce qui s'est passé 11 ans auparavant. Trois familles dont celle de Tobias ont été anéanties. On devine en partie qui sont les "méchants" de l'histoire bien avant la fin jusqu'au coup de théâtre final. J'ai trouvé le récit haletant.

 

P1040578

Avec L'obscure mémoire des armes (Métailié noir, 280 pages) de Ramon Diaz-Eterovic (La couleur de la peau), nous voici de retour au Chili à Santiago en compagnie d'Heredia et de son chat Simenon. Quand le roman commence, Heredia s'ennuie, on fait très peu appel à lui. Il a juste de quoi payer quelques factures et nourrir son chat, jusqu'au moment où Griseta, l'amante d'Heredia, lui demande d'aider une amie: en effet, le frère de cette dernière a été abattu en sortant de son travail. L'enquête officielle a été bâclée et déclarée close. En acceptant cette affaire, Heredia se retrouve à remonter dans le temps à l'époque de la dictature de Pinochet et des tortionnaires qui ont sévi à cette époque... Ramon Diaz-Eterovic est un bon conteur. Il n'ennuie jamais le lecteur. On suit les déambulations d'Heredia dans Santiago avec intérêt. C'est un bonheur de lecture.