dimanche 15 mai 2011

Films vus et non commentés depuis le 07/03/2011

Comme je me rends compte que je prends du retard dans mes comptes-rendus sur les films vus depuis 1 mois, voici un billet sur 5 d'entre eux, le prochain billet rendra compte de 5 autres. Je les ai tous assez appréciés et je vous conseille de les voir en salle ou en DVD si vous pouvez.

Le film étant chaudement recommandé sur la blogosphère (voir par exemple le billet d'Aifelle), je suis allée voir Tous les soleils du romancier Philippe Claudel et bien m'en a pris. Il s'agit d'une histoire sympathique qui se passe à Strasbourg où Alessandro, veuf, vit seul avec sa fille Irina, jeune adolescente plutôt bien dans sa peau. Il héberge depuis quelque temps son frère, Luigi, qui a fui l'Italie depuis l'arrivée de Berlusconi au pouvoir. Alessandro enseigne la musique baroque en université et chante dans une chorale. C'est un film qui finit bien. A voir quand vous êtes d'humeur morose.

Coup d'éclat de José Alcala avec une Catherine Frot comme je l'aime. Cette actrice est formidable dans le rôle de Fabienne, une femme flic (presque) au bout du rouleau entre ses problèmes d'alcool (elle boit pas mal de vin) et sa vieille mère qui la harcèle souvent. Fabienne, qui s'occupe plutôt des "sans-papiers", décide d'enquêter sur le suicide d'une jeune prostituée venue de l'est qui a laissé un petit garçon derrière elle. L'action se passe à Sète et dans ses environs. Le film donne l'occasion de voir Tcheky Karyo de plus en plus rare sur nos écrans (et c'est dommage). Le scénario tient la route même si la fin est un peu en suspens.

Animal Kingdom de David Michôd est un polar australien très noir qui se passe à Melbourne dans un quartier sans âme. Là vivent les Cody, une famille "ordinaire" composée de quelques hommes sous la domination de la mère, Janine, qui avec de grands sourire et beaucoup de gentillesse demande la "disparition" de quelqu'un quand elle sent que sa famille proche (ses fils) est menacée. Les garçons pillent des banques, tirent des coups de feu, tuent quand c'est nécessaire. Il se trouve qu'un "maillon faible" va entrer dans cette famille: le petit-fils, qui vient d'assister sans ciller à la mort de sa mère morte d'une overdose d'héroïne. Je ne suis pas prête d'oublier le personnage de Janine et la scène finale inattendue et violente.

Où va la nuit de Martin Provost avec Yolande Moreau en femme battue qui se venge (on la comprend!) de son mari violent qui a tué accidentellement une jeune fille en la renversant avec sa voiture. C'est un film qui possède de grandes qualités avec une Yolande Moreau attachante. Le bémol que je mettrais tient au personnage du fils, que je n'ai pas trouvé bien écrit. Il est crispant au possible. De son côté, le personnage du flic qui a deviné tout ce qui s'est passé n'est pas banal. Et il faut noter la présence notable, vers la fin du film, d'Edith Scob, même si son personnage m'a paru improbable. Et je pense qu'il y a clin d'oeil voulu au film Thelma et Louise de Ridley Scott, avec la scène des deux mains l'une sur l'autre dans la voiture en surplomb au bord du quai. Un film à voir.

Voir la mer de Patrice Leconte: 2 garçons, 1 fille, 3 possibilités. Clément et Nicolas doivent partir vers Saint-Jean-de-Luz voir leur mère. Clément, qui travaille dans un garage, vient d'être plaqué par sa copine. Thomas rencontre Prudence dans un bal. Celle-ci vient de quitter son amant plus âgée qu'elle. Elle décide d'accompagner les deux frères. On sent que Patrice Leconte a voulu se faire plaisir. C'est un film libre, assez drôle, parfois coquin: la fille qui couche avec les deux frères à tour de rôle, et le vieil amant qui les poursuit. C'est un film idéal à voir l'été.

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jeudi 10 mars 2011

L'homme qui aimait les chiens - Leonardo Padura

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Je viens d'arriver au bout des 667 pages de L'homme qui aimait les chiens (Editions Métailié), magnifique roman fleuve, passionnant grâce à son style ample et fluide, qui tient en haleine jusqu'au bout.
La photo sur la couverture représente Lev Davidovitch Bronstein, dit Leon Trotski (il aimait les chiens, en particulier les lévriers barzoïs). Mais au cours de l'histoire, on apprend qu'au moins deux autres personnages réels ou fictionnels aimaient aussi les chiens, dont "L'homme" du titre. Leonardo Padura redit en postface qu'il s'agit d'un roman. Mais il s'est emparé de l'Histoire (avec un grand H) pour nous raconter une histoire et nous faire revivre toute une époque de janvier 1929 jusqu'à nos jours, avec la guerre d'Espagne, la mainmise de Staline sur l'ex-URSS et les purges qui s'ensuivirent, et le destin plus ou moins dramatique de quelques hommes et femmes. Le roman enchevètre trois récits: d'abord, l'exil de Trotski et de sa famille de la Sibérie jusqu'au Mexique en passant par la France et la Norvège; puis l'itinéraire de Ramon Mercader (alias Jacques Mornard, alias Franck Jacson), d'origine catalane, endoctriné dès son plus jeune âge sous l'influence de sa mère Caridad, qui devint militant communiste - recruté par les services secrets soviétiques, on en fit un agent zélé persuadé que le "renégat" Trotski était l'homme à abattre: il l'assassina d'un coup de piolet dans le crâne le 22 août 1940 à Mexico; et enfin, nous suivons Ivan, écrivain cubain frustré, vétérinaire à ses heures, qui rencontra, un jour (en 1977) sur une plage cubaine, un homme accompagné de ses deux lévriers barzoïs. Il est dit plusieurs fois que les personnages du roman éprouvent de la peur: de mourir, de dire, d'agir, d'écrire. Le monde vivait dans la peur. C'est avant tout l'histoire d'un homme qui restera hanté jusqu'à sa mort par le cri que poussa sa victime quand il la tua, et d'une cicatrice à la main en forme de croissant. Après Les brumes du passé, je considère Leonardo Padura comme un très très grand romancier.

Voir les billets élogieux de Keisha, d'Ys, de Moustafette et d'Yv.

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dimanche 20 février 2011

A la recherche du temps perdu - Téléfilm - Nina Companeez

Adapter l'intégralité de A la recherche du temps perdu en 4 heures était un sacré challenge que la réalisatrice Nina Companeez a presque réussi. La diffusion sur deux soirées a eu lieu en début de mois (février 2011). Bien sûr, il y a des coupes sombres dans l'histoire. Du côté de chez Swann n'est presque pas traité. Mais on retrouve la galerie de personnages du roman. La voix off du narrateur est omniprésente et permet de faire écouter le texte de Proust, c'est un grand plaisir d'entendre l'imparfait du subjonctif. Il s'agit davantage d'une évocation de la Recherche... que d'une adaptation réelle (comme l'a bien dit Valclair). Mais Nina Companeez a réussi à nous raconter une histoire en continu, ce qui n'est pas forcément évident quand on lit les différents volumes (ce que j'ai fait pendant l'été 200o). Non seulement on se laisse bercer par les mots de Proust, mais encore on ne peut qu'admirer les décors, les costumes et les comédiens (fidèles à Nina Companeez): Didier Sandre, Valentine Varela, Dominique Blanc et beaucoup d'autres, dont Micha Lescot qui joue le narrateur. On a un peu de mal à s'habituer, au début: sa voix, sa stature. Et puis, on s'y fait. Je pense qu'il y aura une sortie en DVD, pour celles et ceux qui n'auront pas vu ces deux épisodes. Cela vaut la peine. Et j'espère que cela donnera envie aux uns et aux autres de (re)lire A la recherche du temps perdu.

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mercredi 2 février 2011

Pandore au Congo - Albert Sanchez Pinol

Pandore

J'ai acheté ce roman, attirée par le titre et la jolie couverture de l'édition de poche Babel. [C'est la première fois que je mets une couverture de livre dans un billet, j'ai décidé de le faire de temps en temps pour égayer mon blog]. Le résumé en 4ème de couverture a fini de me convaincre. Il s'agit du premier roman que je lis de cet écrivain. Pendant 450 pages, je me suis retrouvée en 1912-1914 entre le Congo et Londres. Tommy Thomson, jeune plumitif, nègre d'un nègre d'un nègre, se trouve engagé par un avocat londonien pour écrire l'histoire d'un de ses clients, Marcus Garvey, un gitan à la peau mate, détenu en prison en attente de jugement (il risque la pendaison). Il est accusé d'avoir assassiné les deux fils d'un duc anglais lors d'un voyage au Congo. Une partie du récit nous fait revivre ce périple où ces colons blancs (à la recherche d'or et de diamants) sont décrits sous leurs plus mauvais jours dans leur attitude envers les populations noires traitées comme des esclaves. Heureusement qu'un peuple souterrain, les Tectons (êtres à la peau très blanche, mesurant presque deux mètres et avec six doigts à chaque main), surgit de la terre. Nous sommes projetés dans de la pure science-fiction mais on y croit. Une Tectonne, Amgam, devient un personnage important de l'histoire. L'autre partie du récit narre le début de la guerre de 14-18, où Tommy Thomson est enrôlé à son corps défendant pendant un temps avant d'être démobilisé. Une galerie de personnages étonnants (dont une tortue sans carapace au doux nom de Marie-Antoinette) gravitent autour de lui dans la pension de famille où il a élu domicile. Sans dévoiler toute l'histoire qui tient en haleine jusqu'à la dernière page, je dirais qu'un scénario évoqué au début du roman (p.14), intitulé "Pandore au Congo", représente un résumé de tout ce qui s'ensuit. J'ai beaucoup apprécié l'écriture/la traduction de ce roman que je qualifierais d'exotique, et à l'histoire très originale.

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lundi 27 décembre 2010

Le narcisse noir (Black Narcissus) - Michael Powell & Emeric Pressburger

Ressorti le 15 décembre dernier dans trois salles à Paris en version restaurée, Le narcisse noir de Michael Powell et Emeric Pressburger (1947) était un film que je n'avais jamais vu (cet oubli est enfin réparé). Pendant 100 minutes, on admire une image en technicolor qui a fait date. Cinq religieuses, qui doivent renouveler leurs voeux tous les ans, sont envoyées dans un ancien harem situé sur les contreforts de l'Himalaya pour le transformer en dispensaire. Un certain Mr Dean, vivant sur place depuis des années, prédit qu'elles ne resteront pas longtemps (juste avant la saison des pluies) tout comme les religieux venus avant elles. Ce lieu où souffle un vent incessant fait naître des tensions où le corps et l'esprit sont mis à rude épreuve. Le film est l'occasion de voir Deborah Kerr, David Farrar et Jean Simmons dans un petit rôle muet, et aussi une actrice dont le visage ne me disait rien: Kathleen Byron (Soeur Ruth), dont le visage ravagé par la colère et la jalousie vous hante longtemps. On devine assez vite que l'endroit (un à-pic vertigineux) où se trouve la cloche que les soeurs font sonner régulièrement va jouer un rôle tragique. Le film considéré comme un chef d'oeuvre à juste titre déroule une histoire où tous les plans sont importants et d'où se dégage une atmosphère pareille au parfum envoûtant du narcisse noir. Du grand art. Deborah Kerr avec sa belle voix rauque, et face à elle David Farrar en short et chemise ouverte (la virilité personnifiée), ont trouvé un de leurs meilleurs rôles. A voir absolument.

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vendredi 15 octobre 2010

Elle s'appelait Sarah - Gilles Paquet-Brenner

J'ai vu ce très beau film mardi 12 octobre, la veille de sa sortie, en avant-première. A l'issue de la projection, le réalisateur, la romancière et la jeune fille qui interprète Sarah jeune ont répondu à des questions. Je n'ai rien à en dire de spécial, si ce n'est que beaucoup de spectateurs avaient lu le roman.

Le film est une adaptation du roman qui porte le même titre, Elle s'appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay. Je ne l'ai pas lu mais j'en ai entendu et lu du bien (et parfois du moins bien) autour de moi et sur les blogs. Sarah vit avec son petit frère Michel et ses parents, juifs polonais, dans un appartement dans le quartier du Marais à Paris Nous sommes le 16 juillet 1942. Sarah et ses parents sont arrêtés. Michel, caché dans un placard fermé à clé (grâce à la présence d'esprit de Sarah), échappe à la rafle qui mènera les parents directement à la chambre à gaz à Auschwitz. En 2009, Julia Armond, une journaliste américaine installée en France depuis plus de 20 ans, fait une enquête sur la rafle du Vel d'hiv. Par un concours de circonstances liées à sa belle-famille, elle découvre l'existence de Sarah et cherche à savoir ce qu'elle est devenue elle ainsi que son frère. Le film alterne les deux époques habilement. L'histoire, très émouvante, ne sombre pas dans le larmoyant et les effets faciles. Les acteurs y sont pour beaucoup, Kristin Scott Thomas en tête. La jeune Mélusine Mayance qui joue Sarah est une révélation. C'est une film de facture classique et modeste. Je ne comparerai pas ce film avec celui de Roselyne Bosch La rafle (que je n'ai pas vu). J'espère que le public sera au rendez-vous car le film évoque une page très sombre de notre histoire où la police française n'a pas eu le beau rôle. Seul un gendarme montre de la compassion pour Sarah et une camarade (je vous laisse découvrir ce qu'il fait).
Pendant le débat, Tatiana de Rosnay nous a dit qu'elle n'avait jamais entendu parler du camp de Beaune-La Rolande dans le Loiret (jusqu'à ce qu'elle fasse des recherches pour son roman). J'ai été assez étonnée car ce camp d'internement est presque aussi tristement célèbre que celui de Drancy et de Pithiviers. C'est là qu'ont été emmenés les Juifs pris dans la rafle du Vel d'Hiv avant leur transfert pour Auschwitz en 1942.

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samedi 2 octobre 2010

Debout! - Grégory Perrin

Reprise d'une "note de lecture" que je [ta d loi du cine, squatter] avais rédigée en mai 2007 sur une autobiographie qui venait de paraître.
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Grégory Perrin, Debout ! Mon combat pour la vie, éditions Danger Public (imprimé en avril 2007, en librairie le 10/05/2007).

Grégory Perrin est né le 22 novembre 1972. Sa vie a basculé le 3 juin 1990 (il n’avait pas 18 ans), lors d’un accident de moto (sans intervention de tiers) qui l’a laissé tétraplégique. Aujourd’hui (mai 2007, presque 18 ans plus tard), il est candidat aux Législatives sous les couleurs du Mouvement Démocrate de François Bayrou. Cette dernière information ne figure pas dans le livre-témoignage qu’il vient de publier, mais sur son blog, http://www.gregoryperrin.com [en maintenance au 02/10/2010], où une interview publiée dans le Journal du dimanche le 28/05/2007 cite Philippe Moreau [fondateur des éditions Danger public] comme «ami et Directeur de campagne» (http://www.rtl2007.fr/actualite/0/il-veut-etre-elu-dans-fauteuil-7114.html) [lien qui ne fonctionne plus au 02/10/2010].

Ce livre, Grégory Perrin, que l’on peut, à mon avis, qualifier de «battant», revendique (p. 21) l’avoir écrit «pour aider ceux qui [le] suivraient» (d’autres tétraplégiques, qui se retrouveraient, comme lui, dans les voies balisées d’une prise en charge déresponsabilisante dont il n’a eu de cesse de vouloir sortir). J’ai trouvé pertinente son analyse (p. 162) du cas de Philippe Streiff (ancien champion de F1, qui a voulu se redonner la possibilité de conduire une voiture - sa motivation personnelle). Grégory, lui, a voulu «gagner de l’argent» (mon jugement est un peu abrupt, je le reconnais). Sa personnalité d’origine n’est pas forcément attachante, même s’il est aujourd’hui capable de prendre du recul sur son propre regard sur les personnes handicapées «avant de faire partie du lot» (p. 63).

Au départ, j’avoue avoir dû me forcer à lire la description détaillée de son accident et de ses suites immédiates (pp.24-36). Elle est à déconseiller aux âmes sensibles. Pour comprendre ce qu’est l’escarre si redoutée, j’ai consulté http://www.escarre.fr. Comme il l’expose abruptement (p.16), «une personne tétraplégique, c’est quelqu’un dont les quatre membres, les deux bras et les deux jambes, sont paralysées». Et la simple idée de passer en quelques instants d’un état «normal» à celui-ci est difficile à supporter. Il rend d’ailleurs hommage à un «vieux sage», qu’il a rencontré une seule fois, déterminante: le déclic pour comprendre que «ton corps est mort, oui, mais pas ta tête» (p.86).

J’avais en tête moi-même, au vu de la 4ème de couverture, le cas de Patrick Segal (L’Homme qui marchait dans sa tête), qui a été «délégué interministériel»; mais, vérification faite, il était «seulement» paraplégique. Ou le personnage de Dalton Trumbo, Johnny [s’en va-t-en guerre]. Mais celui-ci gît dans un lit, pratiquement coupé du monde extérieur. Entre les deux, et en luttant à chaque étape, Grégory a passé son Bac (ce qui n’était pas évident au départ), effectué des études supérieurs jusqu’au DESS (Bac+5 professionnalisant), et travaille comme cadre supérieur dans la finance (trader en bourse). Un beau parcours, qui lui a demandé une énergie exceptionnelle et l’accompagnement fidèle de son réseau familial (son père décédé en octobre 1992, sa mère, son frère – également accidenté peu de temps après lui, mais vite rétabli –, ses oncle et tante…).

Le point sur lequel il insiste le plus est la complexité des relations avec les professionnels de santé: qu’il s’agisse de la période de convalescence/rééducation, ou des soins «de tous les jours» dont il a besoin à vie. Cela apparaît comme un combat permanent pour adapter le système à son cas, et éviter de devenir un assisté (que l’on lève à 10 h, et que l’on couche à 19 ou 20 h, et qui passe ses journées à s’hébéter devant un poste de télévision) – ce qu’il donne comme un cas trop fréquent? (p.287). Lui, pour avoir les mêmes horaires qu’un salarié valide (contestation, au passage, du concept de «mi-temps thérapeutique», p. 257), c’est-à-dire les horaires d’une vie (sociale) qui «commence à 7 h et se termine à 23 h» (soit 18 heures/jour en fauteuil roulant), doit mobiliser un infirmier, un chauffeur… tôt le matin et tard le soir.

Les effets pervers du système des cabinets d’infirmiers libéraux (système de points par rapport à la Sécurité Sociale; sectorisation; horaires inadaptés à ses propres besoins) sont bien exposés (p.202). Mais je n’ai pas l’impression qu’il aille dans le sens d’une analyse «politique», «syndicale» ou «altruiste» de la chose: dans le public (en hôpital), ou dans le privé sous statut salarié (en clinique), le salaire est garanti, et les contraintes horaires font donc partie du «jeu». Les professions libérales, elles, sont libres de s’organiser à leur convenance par rapport à leurs propres besoins de niveau de vie… Pourquoi s’imposeraient-elles des conditions de travail fastidieuses (de nuit) si elles peuvent gagner leur vie plus agréablement? C’est aussi cela, le libéralisme…

S’il est élu, Grégory sera-t-il un militant «pro-handicapés», se battant spécifiquement sur cette cause, ou bien un député qui voudra être, le plus possible, confondu avec les valides (et s’intéresser à tous les sujets sans exclusive)? Les quelques lignes au dos de son tract de campagne semblent un peu floues. J’ai personnellement le souvenir d’avoir entendu, à au moins deux reprises (dans deux réunions différentes) une même élue de Paris citer une anecdote. Il y a des années, un handicapé moteur lui avait demandé «pourquoi ne suis-je pas un citoyen?», avant de lui expliquer qu’il ne pouvait «physiquement» pas voter, faute d’accessibilité des bureaux de vote (elle embrayait ensuite sur les immenses progrès accomplis à Paris à ce sujet). Mais je serai bien incapable de dire, faute d’avoir retenu son nom, s’il s’agit de Pénélope Komitès (citée p.269) ou d’une autre élue.

En conclusion, ce livre n’est pas plus «tendre» que son auteur, que l’on peut qualifier de «dur» - au sens laudatif. Les temps d’humour sont rares. L’on peut sourire du «gag» des malheureux Américains obèses en fauteuils roulants, croisés à DisneyWorld, et «seulement» harassés par la chaleur de la Floride (p. 193). Pour le reste, l’auteur, du haut de sa forte personnalité, et très fier de s’en être sorti, et de s’assumer, seul, dit plutôt «faites comme moi!». Il ne me semble pas prêt à militer, dans un cadre collectif, pour développer l’assistanat de ceux qui n’auraient pas la capacité de se prendre en charge seuls. Je le trouve donc plus «libéral» qu’homme «de gauche» ou «solidaire». Ce qui, pour un trader, est relativement normal, tous comptes faits.

PS du 02/10/2010: en effectuant des recherches pour voir si des blogs avaient parlé du livre de Grégory Perrin, j'ai trouvé une bien triste nouvelle ici (1). J'espère que mon billet contribuera à ce que le courageux "combat pour la vie" de Grégory Perrin ne soit pas oublié.

(1) Merci à son auteur de m'avoir signalé le changement de lien pour cet article (passage de t*p*pad à n*m*r*blog).

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samedi 31 juillet 2010

Films vus et non commentés depuis le 01/07/2010

Comme je l'avais écrit, je mets mon blog en vacances estivales jusqu'au 16 août inclus.

Mais juste avant, voici un billet sur 5 films qui méritent toute votre attention.

Le premier qui l'a dit de Ferzan Ozpetek est un film sympathique avec beaucoup de chansons de variété italienne entraînantes. Mais j'ai trouvé le scénario est un peu maladroit avec des personnages dont on ne sait pas trop quel est leur rôle (comme la charmante brunette), et je n'ai pas compris tous les flash-back. Chez les Cantone, fabricants de pâtes des Pouilles dans le sud de l'Italie, deux frères, Tommaso (qui veut devenir écrivain et qui vit à Rome) et Antonio (le frère aîné et héritier putatif de la fabrique), s'apprêtent, sans s'être concertés, à révéler leur homosexualité lors d'un repas familial. Après sa déclaration, Antonio est banni par son père. Tommaso, pris de court, n'a rien révélé et devient, de ce fait, l'éventuel successeur de son père qui a du mal à accepter ce qu'il vient d'entendre. Dans cette région d'hommes machos et virils, l'homosexualité est inconcevable. L'histoire tourne autour de cette famille où les femmes sont très présentes. En particulier, la grand-mère diabétique, la tante un peu nymphomane et fantasque ou bien la mère de Tommaso et Antonio qui sait très bien qu'elle est trompée par son mari. On assiste à plusieurs scènes très drôles avec des amis de Tommaso qui viennent de Rome, essayant de ne pas montrer qu'ils sont homosexuels.

Le film argentin Lluvia de Paula Hernandez se passe à Buenos Aires sous la pluie: il tombe des trombes d'eau pendant presque tout le film. Nous faisons tout de suite la connaissance d'Alma dans sa voiture, coincée dans un embouteillage. Survient Roberto, trempé et en bras de chemise, qui semble fuir quelque chose. Il s'invite dans la voiture d'Alma. Au fur et à mesure que le film se déroule, on apprend ce qui est arrivé à Roberto, qui est Alma et pourquoi elle ne répond pas à l'appel téléphonique d'un certain Andrès. J'ai trouvé ce film magnifique grâce à  la prestation des deux acteurs, Valérie Bertucelli et Ernesto Alterio. Un film que je vous conseille absolument.

Yo tambien, d'Alvaro Pastor et Antonio Naharro, est un film espagnol sur un sujet pas facile et traité avec beaucoup de pudeur mais c'est sur le fil. On peut se sentir mal à l'aise. Daniel commence un nouveau travail dans une association. Il tombe amoureux dès le premier regard de Laura, une blonde au physique avenant (mais une femme blessée incapable d'aimer). Daniel a fait des études universitaires, c'est un homme sensible de 34 ans; mais Daniel est trisomique de la tête au pied (comme il dit). Je conseille ce film pour sa délicatesse.

L'italien d'Olivier Baroux vaut la peine d'être vu pour Kad Merad qui m'a convaincue en arabe se faisant passer pour un Italien depuis des années car comme il est dit sur l'affiche, "Qu'on s'appelle Mourad ou Dino, on est tous égaux... surtout quand on s'appelle Dino". Mourad travaille chez un concessionnaire de voitures de luxe à Nice. Son patron, qui doit partir à la retraite, pense à lui pour lui succéder mais rien ne se passe comme prévu, surtout que Mourad a un rival pour le poste. En effet, la famille de Mourad habite Marseille, le père a une attaque cardiaque qui l'affaiblit. Il charge son fils de prendre sa place pour "superviser" le Ramadan qui vient juste de commencer. Mourad ne connait rien ou presque à l'Islam. Tout ce qui s'ensuit permet à Mourad de se remettre en question, de revenir à ses racines, etc. Film plaisant.

Enfin, j'évoquerai Donne-moi ta main d'Anand Tucker qui sort le 11 août prochain. Je l'ai vu lors d'une avant-première. L'histoire se passe en Irlande pour la grande partie mais tout commence aux Etats-Unis où une jeune bostonienne, Anna, vit depuis plusieurs années avec Jérémy, un Irlandais. Ils sont beaux (surtout elle) et riches, mais elle désespère qu'il lui offre une bague de fiançailles. Elle profite de l'occasion qu'il séjourne en Irlande, une année bissextile, pour le rejoindre afin de faire elle-même sa demande, le 29 février, comme une tradition locale l'autorise. L'avion est détourné pour cause d'intempéries vers le Pays de Galles. Qu'à cela ne tienne, le compte à rebours commence pour Anna qui veut rejoindre Dublin à tout prix à la date fatidique. Le film vaut pour la prestation de la gracieuse Amy Adams, les paysages irlandais sous la pluie et pour Matthew Goode (l'Irlandais de rencontre qui aide Anna pour atteindre son but) qui n'est pas mal du tout. Film très très sympathique, idéal pour l'été.

dimanche 27 juin 2010

A 5 heures de Paris - Leonid Prudovsky

Yigal, un Israélien, la quarantaine, chauffeur de taxi divorcé à Tel Aviv, tombe amoureux de Lena, immigré de fraîche date de Russie, le professeur de musique de son fils (qui d'ailleurs n'émet pas un son pendant les cours de chorale). Lena est mariée avec Grisha, un urologue qui vient de recevoir son autorisation pour émigrer au Canada afin d'exercer. Très vite, Lena ressent quelque chose pour Yigal, cet homme qui a peur de prendre l'avion et est indécis face à sa vie professionnelle. Lena ne sait pas comment agir entre son mari qui l'aime profondément et Yigal. C'est une histoire déchirante mais qui ne tombe pas dans le mélo, et qui peut faire penser à du théâtre de Tchékov (le réalisateur est d'origine russe). Le film qui est découpé en trois parties: "Yigal", "Lena" et "Yigal & Lena", comporte des scènes de comédie assez savoureuses comme celles où un passager est pris en charge par Yigal par deux fois. La première fois, arrivé à destination, le passager lui fait croire qu'il va aller chercher l'argent de la course. Il laisse en plan Yigal qui continue à faire tourner le compteur. La deuxième fois, Yigal a une réaction inattendue qui laisse le passager perplexe. Je pourrais ajouter que l'on entend beaucoup de chansons de Joe Dassin et une d'Alain Barrière qui résume très bien l'histoire de Yigal et Lena: Elle était si jolie. Elle est très plaisante à écouter. Je vous conseille vraiment ce film léger et grave à la fois.

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vendredi 11 juin 2010

Policier, adjectif - Corneliu Porumboiu

Et voici encore un film à ne pas manquer s'il passe par chez vous. Il s'agit de Policier, adjectif d'un réalisateur roumain qui a déjà été l'auteur de 2h38, à l'est de Bucarest en 2006 (que je n'ai pas vu). Pendant près de 2 heures, cette fiction qui s'apparente presque à un documentaire suit un jeune policier, Cristi, dans son quotidien avec ses collègues, un jeune indic, ses demandes pour faire avancer son enquête, ses filatures et ses attentes. On lit ses rapports écrits (circonstanciés) en temps réel; on le suit chez lui, pendant une soirée avec sa jeune femme qui est institutrice. C'est l'occasion d'assister à l'une des deux longues scènes marquantes du film, pendant laquelle l'épouse de Cristi, Anca, écoute une chanteuse qui chante à tue-tête, sur un site internet, une chanson répétitive un peu mièvre. Elle en fait, par la suite, une explication de texte à son mari. La mission qui occupe tout le temps de Cristi est de surveiller un jeune qui offre du haschisch à deux autres camarades de lycée. Ce délit est puni par la loi en Roumanie. Cristi trouve que les agissements du jeune homme sont relativement anodins et qu'il ne mérite pas d'aller en prison. Ce n'est pas l'avis de son chef hiérarchique qui veut organiser un "flagrant délit". La caméra ne perd jamais de vue Cristi qui est de tous les plans sauf la dernière grande séquence qui est la deuxième longue scène notable dans laquelle son chef, le commandant de police, lui explique le sens des mots "loi", "conscience" et policier" à l'aide d'un dictionnaire de lexicologie roumaine. C'est un film tour à tour silencieux, bavard ou bruyant. J'ai été passionnée de bout en bout par cette histoire où il ne se passe pas grand-chose mais où je n'ai pas vu le temps passer.

Quelques remarques pour terminer: je me rends compte que je vais de plus en plus volontiers voir ce genre de films de qualité qui font réfléchir ou qui m'apprennent quelque chose, où l'on n'a pas l'impression de perdre son temps, où il n'y a pas de violence gratuite ou de vulgarité. Ce cinéma permet de faire connaissance avec d'autres cultures. Il n'a guère d'écho dans la presse, sort souvent en catimini à Paris, je ne sais pas trop quel en est le taux de sortie en province... Moi qui appréciais beaucoup le cinéma américain, je suis perplexe voire inquiète sur les sorties des semaines à venir dans les salles: peut-être est-ce moi qui me lasse, mais je n'ai pas l'impression qu'il y ait beaucoup de sorties intéressantes prévues avant un certain temps? Qu'en pensez-vous? Les tout derniers films américains que j'ai vus (et que je déconseille - je ne les ai pas [encore] commentés) sont L'élite de Brooklyn d'Antoine Fuqua (il y en a marre de tout ce sang qui gicle: j'ai failli partir avant la fin même si les comédiens ne sont pourtant pas en cause), et Crazy night de Shawn Levy (nul, pas drôle, consternant de bêtise).

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