mardi 9 mars 2010

La clé des mensonges - Jean-Bernard Pouy

Jean-Bernard Pouy, l'auteur des aventures du Poulpe, a reçu, pour La clé des mensonges, le Prix du polar 1989. C'est le premier roman que je lis de cet auteur et cela ne sera pas le dernier (j'en ai deux autres dans ma PAL). Paru en folio policier, La clé des mensonges est un roman assez court (180 pages), et haletant, puisque nous suivons deux personnes en cavale à leur corps défendant. Le roman alterne deux récits dans le temps, qui se rejoignent à un moment donné. Cela commence à la gare d'Austerlitz et se termine vers Carcans-Plages, dans la région de Bordeaux. L'histoire est narrée à la première personne par le maréchal des logis de gendarmerie Pierre Zapala, 55 ans, veuf et à 15 jours de la retraite. Il est chargé, avec son collègue Morzodec, d'escorter une jeune femme d'une vingtaine d'années, menottée. Elle est le témoin-clé dans une affaire criminelle, avec en toile de fond un trafic d'armes et d'oeuvres d'art. Dans le train, ils se font tirer dessus par on ne sait qui et Morzodec est tué. La cavale commence pour Zapala et la jeune femme, Alix. Ils sont poursuivis par des tueurs et des policiers. Alix avale une clé qu'elle avait à une chaîne autour du cou. Cet objet de convoitise ouvre un coffret renfermant quelque chose, mais quoi? Au bout du compte, cette partie de l'histoire nous est dévoilée par bribes à la page 120, mais cela demeure flou et reste seulement un prétexte. L'auteur préfère se concentrer sur les deux fugitifs aux rapports d'abord houleux et tendus mais qui finissent par se tolérer et s'entraider, car ils ne peuvent faire autrement. On voit une évolution dans leur relation qui devient un rapport père/fille. Je trouve que le titre "La grande illusion" conviendrait bien. On peut dire que Zapala n'aura jamais autant vécu que ces quelques jours. J'ai aimé ce style direct et ces phrases courtes. A découvrir.

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vendredi 5 mars 2010

The Ghost Writer - Roman Polanski

Brillantissime! C'est le terme qui me vient immédiatement à l'esprit après avoir vu The Ghost Writer, mercredi 3 mars 2010, le jour de sa sortie. Quelle maestria dans la mise en scène, qui se caractérise par sa fluidité, ai-je trouvé. Pour moi, Roman Polanski a amplement mérité sa récompense au dernier festival de Berlin. Quant aux acteurs, je commencerai d'abord par Ewan Mc Gregor qui a trouvé son meilleur rôle à ce jour. Olivia Williams avec ses airs de femme sage joue l'ambiguïté juste comme il faut. Pierce Brosnan interprète un ex-premier ministre très crédible. Tom Wilkinson est impeccable comme souvent. Même Eli Wallach, dans une scène, fait une prestation qui se remarque. Avec The Ghost Writer (adapté d'un roman de Robert Harris), Roman Polanski montre qu'il fait encore partie des très grands du métier. C'est le premier film que j'aime autant de ce réalisateur depuis... Chinatown (en 1974). Un "ghost writer" (un écrivain fantôme) est l'équivalent anglais de "nègre littéraire" en français. Celui qui est le héros de l'histoire (Ewan Mc Gregor) est chargé par un éditeur londonien de corriger ou de réécrire certains passages des mémoires d'un ex-Premier ministre anglais démissionnaire, Adam Lang, retiré aux Etats-Unis sur une île battue par les vents, au large de la Nouvelle-Angleterre. Le cadavre du "nègre" précédent, tombé d'un ferry, a été retrouvé sur le rivage près de la demeure d'Adam Lang. Pour 250000 dollars, le "nouveau nègre" emménage chez Adam Lang, qui est entouré de sa femme, Ruth, et de sa "garde rapprochée". A partir de ce moment-là, parce qu'il est un homme curieux, Le Nègre se retrouve en peu de temps amené à enquêter sur la mort de son prédécesseur, sur les débuts de Lang dans la politique, etc. L'atmosphère se fait de plus en pesante voire menaçante. Le Nègre est seul face aux autres, et doit affronter des situations qui mettent sa vie en danger. Il rencontre des gens et pose des questions. La dernière séquence, fulgurante, où tout se passe "hors champ", est inoubliable.

Si donc vous voulez voir ce qu'est un film bien réalisé (même si je n'y connais rien en cette matière), courez voir The Ghost Writer. Vous passerez un moment de bonheur intense comme le public qui était dans la salle avec moi. Certains spectateurs ont applaudi à la fin. Je n'ai pas vu passer les 2H08 (pour la première fois depuis longtemps). C'est un film prenant, jubilatoire, ambigu, intriguant, ironique, passionnant, virevoltant, angoissant, "hitchcockien" dans le bon sens du terme (et j'en oublie). La musique d'Alexandre Desplat s'harmonise bien à l'ensemble. The Ghost Writer fait d'ores et déjà partie de mes films de l'année. Voir les excellentes critiques de Céline et Pascale.

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jeudi 7 janvier 2010

Les brumes du passé - Leonardo Padura

Les Brumes du passé de Leonardo Padura est un roman "noir" de 300 pages publié aux éditions Métailié (12 euros). C'est la première fois que je lis un roman de cet écrivain cubain né en 1955. Ses autres romans sont disponibles en poche (aux éditions Points Seuil). L'histoire se passe à Cuba en 2003, mais une enquête sur une chanteuse mystérieusement disparue, menée par un ex-flic, Mario Conde (cela fait 13 ans qu'il a quitté la police), nous fait revenir dans le passé, plus de 40 ans en arrière. C'était à l'époque de la fin de l'ère Batista en 1959, où Cuba vivait ses derniers moments d'opulence et d'insouciance (mais aussi de misère pour certains). Car les Etats-Unis avait fait main basse sur cette île des Caraïbes où l'argent coulait à flots entre les casinos, la prostitution et la drogue. C'est un roman où il est question de bibliophilie, de livres rares et sublimes publiés aux 18ème, 19ème et 20ème siècles, qui ont un rapport avec l'île de Cuba. C'est aussi une histoire avec une face A et une face B, comme les vieux 45 tours où sont gravées deux chansons: Quitte moi (dont un des vers est "Je serai dans ta vie, le meilleur des brumes du passé quand tu parviendras à m'oublier..."), et Tu te souviendras de moi. Ce sont deux "boléros" chantés par une jeune femme, Violeta del Rio (suicidée ou assassinée?) en 1960. C'est l'histoire d'un membre éminent d'une famille cubaine aisée, les Montes de Oca, qui n'aurait pas dû tomber amoureux. C'est enfin un roman qui parle de Cuba d'aujourd'hui où les gens ont tellement faim qu'ils vendent tout ce qu'ils peuvent, même des livres. Ils survivent grâce aux tickets de rationnement (mais pas une fois il n'est fait mention de Fidel Castro). Partout, c'est la débâcle, tout tombe en déliquescence: La Havane se meurt. J'ai été captivée par cette histoire bien écrite et qui m'a donné envie de partir visiter Cuba. A la fin de l'ouvrage sont énumérés les livres de la bibliothèque des Montes de Oca (c'est bien entendu une bibliothèque "idéale"). Je vous le recommande vivement.

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dimanche 27 décembre 2009

Un nommé Cable Hogue - Sam Peckinpah

Un nommé Cable Hogue de Sam Peckinpah est un western de 1970 que je ne connaissais pas; et grâce au DVD, cette lacune est réparée. C'est une histoire réjouissante (le titre en VO est "The Ballad of Cable Hogue") qui se passe au début du vingtième siècle quelque part aux Etats-Unis. Cable Hogue joué par Jason Robards se retrouve dépouillé par des comparses au milieu d'une région sans eau. C'est là que le miracle a lieu, Cable Hogue trouve justement une source et s'empresse de mettre un droit de préemption sur les deux acres de terrain alentour en l'achetant 2 dollars (c'est tout ce qu'il peut payer). La transaction se fait d'autant plus facilement que personne ne croit qu'il a trouvé de l'eau. A force de persuasion, il trouve un homme qui lui fait confiance et qui lui prête de l'argent, et pendant quelques années, Cable Hogue va s'enrichir en fournissant de l'eau aux diligences qui passent. Il vit aussi une jolie histoire avec une jeune femme "de petite vertu" (Stella Stevens) sans compter un pasteur "pas très catholique" (David Warner) qui devient son ami. Tout se termine quelques années plus tard avec "le progrès" en marche où l'automobile et la moto remplacent les chevaux, et d'ailleurs le pauvre Cable Hogue meurt écrasé par un des ces engins. Je ne m'attendais pas à un film aussi joyeux du réalisateur de la Horde sauvage (même si la fin est un peu triste). Il semble avoir lorgné sur le genre "Western spaghetti" de Sergio Leone (Jason Robards étant le "Vautour" d'Il était une fois dans l'Ouest). C'est une bonne surprise en ce qui me concerne.

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mardi 1 septembre 2009

Films vus et non commentés depuis le 21/07/2009

Avant de reprendre, j’espère, mes billets tous les deux jours, voici quelques mini-critiques de films que je n’avais pas encore chroniqués et que j'ai vu depuis mon billet précédent fin juillet 2009.

Public enemies de Michael Mann est un film que je ne conseille pas vraiment (à moins d'être fan du réalisateur): il consiste en une suite de fusillades tournées en caméra numérique sans profondeur de champ. Mon oeil ne s’est pas habitué pendant le film et cela donne une impression étrange. Dillinger, joué par un Johnny Depp légèrement empâté, s'évade de prison avec des complices. Tout le film repose sur la traque de Dillinger par Melvin Purvis (Christian Bale), agent du FBI. Marion Cotillard joue très bien les utilités mais ce n’est pas suffisant. C’est un film qui manque d’âme.

Victoria, les première années d'une reine du Canadien Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y.) constitue un beau livre d'images avec de belles toilettes, de beaux décors, et Emily Blunt est crédible dans le rôle de la jeune Victoria, mais l’ensemble reste un peu anecdoctique. On ne sait pas trop qui est qui et pourquoi. Il manque un contexte historique dans lequel on apprendrait pourquoi la jeune reine a été, par exemple, la cible d'attentat (ce que je ne savais pas). Le couple formé par Victoria et Albert (Rupert Friend tout droit sorti de Chéri) est très "glamour" et ravira les âmes romantiques.

Là-haut, dessin animé de Pete Docter et Bob Peterson, m'a plu pour les 10 premières minutes du film, qui narrent presque sans paroles la vie d'un couple, Carl et Ellie, du jour où ils se rencontrent jusqu'à la mort d'un des deux. Et pour la scène de l'envol de la maison grâce à des ballons gonflés à l'hélium. A part ça, le film m’a paru un peu niais comme certains personnages (le petit garçon tête à claques et le chien qui vient en aide à Carl).

Adieu Gary de Nassim Amaouche a été tourné dans la ville blanche du Teil en Ardèche (d’après ce qui est annoncé dans le générique de fin). Cette ville "fantôme" est un beau décor de cinéma très "western. C’est une tranche de vie de quelques personnes qui (sur)vivent dans cet endroit sinistré (plus d’industrie, plus d'emploi) perdu au milieu de nulle part. Parmi ceux-ci, un père ouvrier (à la retraite ou au chômage?) joué par Jean-Pierre Bacri, ses deux fils (l’un sortant juste de prison), son amie Maria (Dominique Reymond) qui accepte d'être cobaye pour tester des médicaments, le fils de cette dernière, José mutique, attendant son père Gary parti depuis des années. Le film dégage une atmosphère étrange, pas désagréable. Ce film permet de voir Yasmine Balmadi (un des deux fils) dans son dernier rôle. Il vient de disparaître tragiquement cet été. Je l’avais découvert dans Wild Side de Sébastien Lifshitz (2004).

Simon Konianski de Micha Wald donne l’occasion de voir Popeck dans un rôle émouvant de grand-père juif qui aimerait bien que son fils Simon (Jonathan Zaccaï, parfait dans le rôle d’un homme un peu immature) trouve une nouvelle compagne qui ne soit pas "goy" comme celle qui vient de le quitter. Ce grand-père meurt brusquement. Simon et son fils partent en Ukraine avec le frère et la soeur d'Ernest pour l'enterrer. Après moult péripéties, ils arriveront sur le pays natal d'Ernest, rescapé des camps de la mort. Le film est sympathique mais décousu avec une scène qui m’a semblée invraisemblable (le passage de la frontière pour arriver en Ukraine).

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mardi 23 juin 2009

Films vus et non commentés (suite du 01/06/2009)

Sans désormais plus mettre de fourchette de dates de vision, je continue à publier quelques billets de films vus et non commentés car je me rends compte que je vois plus de films que je n'arrive à écrire de billets (les précédents de la série sont ici). Et certains de ces films ne sont déjà plus à l'affiche et souvent sont sortis dans une ou deux salles à Paris. Je ne parle même pas de la province.

Jerichow de Christian Petzold est une libre adaptation du Facteur sonne toujours deux fois de James Cain, déjà plusieurs adapté au cinéma avec bonheur. Ici, dans ce film allemand, le mari est plus présent et certainement plus retors que dans les adaptations que l'on connaît déjà. Sa fin est tragique mais pas pour les mêmes raisons.

Harvey Milk de Gus Van Sant: un "biopic" honorable et pourtant l'affiche ne donne pas envie. Sean Penn est bien (Oscar mérité) mais les autres acteurs aussi. Je n'avais jamais entendu parlé d'Harvey Milk, cette erreur est réparée. Ce film me réconcilie avec Gus Van Sant après un Paranoïd park soporifique à souhait (cf. mon billet du 21/11/07). Dans Harvey Milk, je trouve qu'il arrive bien à rendre l'atmosphère de la fin de ces années qui furent plutôt insouciantes indépendamment de ce qui arrive à Mr Milk.

La Fenêtre de Carlos Sorin: le réalisateur de Bonbon el perro (mon billet du 11/08/08) et Historias minimas (deux oeuvres que je préfère de beaucoup) a tourné un film au ton très différent des deux cités. D'abord, c'est un film avec un lieu unique: une grande demeure un peu décrépite et un champ tout autour. Un vieil homme très malade est alité. Il entr'aperçoit l'extérieur par la fenêtre. Il attend son fils, musicien qui arrive d'Europe avec une jeune femme dont la seule obsession est qu'il n'y a pas de réseau pour son téléphone portable.
En effet, nous sommes en Argentine au milieu de nulle part. Les gens communiquent par radio pour appeler le médecin, par exemple. Le seul endroit où l'amie du fils arrive à recevoir un appel, c'est justement dans la chambre du vieillard, agonisant après être sorti tout seul en ayant échappé à l'attention des deux dames qui s'occupent de lui. C'est un film minimaliste qui dure 1h15.

Les beaux gosses de Riad Sattouf est, pour moi, une suite de scènes sympathiques où l'on peut sourire, mais pas plus. Comme je n'ai pas connu la mixité au collège, cela ne me parle pas. Les deux héros de l'histoire sont Hervé (d'après le chanteur Hervé Vilar), qui vit avec sa mère crispante au plus haut point en femme divorcée dépressive, et Camel dont on ne sait pas grand-chose. Cela se passe à Rennes au Collège Eric Tabarly (je ne sais pas s'il existe en vrai). On entend de temps en temps les mouettes. L'obsession d'Hervé et Camel, ce sont les filles, mais ils sont maladroits comme tout et ils n'ont que des catalogues de lingerie pour servir leur fantasme. Une jeune fille, Aurore, sent qu'Hervé est un garçon sensible. Elle le drague, elle l'embrasse. Il voudrait aller plus loin, elle n'est pas prête. Le film se termine en points de suspension.

samedi 25 avril 2009

Bartleby (le scribe) - Lecture-spectacle avec Daniel Pennac

Daniel Pennac sur scène, je ne voulais pas manquer cet événement. Depuis deux ou trois mois, l'écrivain Daniel Pennac fait une lecture de Bartleby, la nouvelle la plus connue d'Herman Melville. Cela se passe dans un petit théâtre parisien: La Pépinière théâtre (environ 150 à 200 places). Le spectacle s'est d'abord donné à 19h. Désormais, en raison de son succès, il se joue à 21h00. On a le plaisir, pendant 1 heure 15, d'écouter Daniel Pennac, qui s'assoit sur des dossiers (papier) empilés en guise de chaises (il y en a 4), aux quatre coins d'un plateau presque nu entouré d'une grande tenture blanche au sol et au mur. La représentation est ponctuée d'une très belle musique de Benjamin Britten. C'est aussi une pause pour Pennac. Tout au long du spectacle, Pennac visite tour à tour chacune des "chaises" et s'y tient avec les jambes croisées. Il a un carnet de notes (le livre?) entre les mains et il alterne la lecture pure et la récitation. Il nous captive dès le début. Après vérification, il semble que ce n'est pas le texte intégral qui est lu, mais l'essentiel y est. Cela m'a permis une bonne révision du texte qui est intemporel. On n'écoute pas un texte comme on le lit. Après les applaudissements, Daniel Pennac nous a lu en "bonus" un extrait du livre de Job dont s'est inspiré Herman Melville pour un passage de Bartleby. J'ai assisté (avec mon ami) à un très bon moment de théâtre.

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mercredi 1 octobre 2008

Séraphine - Martin Provost

J'ai eu l'occasion de voir Séraphine (sorti aujourd'hui, 1er octobre) en avant-première (avant-hier) en présence des producteurs, du réalisateur et de quelques actrices dont Yolande Moreau qui tient le rôle principal avec brio. A part que Yolande Moreau a répondu au présentateur qui lui demandait ce qui l'avait attirée vers ce rôle, que c'est le fait qu'elle ne connaissait pas du tout Séraphine de Senlis, pas plus sans doute que la majorité des spectateurs dans cette salle a-t-elle ajouté, je signalerai qu'il n'y a pas eu la moindre séance de questions/réponses avec la salle. C'est un peu dommage, vu que l'équipe semblait bien représentée. A se demander pourquoi ils prennent la peine de venir: y a-t-il ensuite un "after" auquel le public n'est pas convié? Bref.
L'histoire commence à Senlis en 1914, et nous faisons la connaissance de Séraphine Louis, elle a presque 50 ans. Femme un peu fruste, elle fait des ménages chez les autres où on lui parle plus ou moins bien. On suppose qu'elle a dû vivre et travailler dans un couvent dans sa jeunesse. C'est d'ailleurs une apparition de la Vierge à l'église qui l'a incitée à peindre. Elle crée elle-même ses couleurs et ses liants (de la cire de cierges d'église). Tout le début du film m'a semblé lent. Il y a plusieurs séquences où l'on voit Séraphine aller d'une maison de maître à l'autre (elle semble avoir plusieurs employeurs). Elle est aussi lavandière mais surtout elle prend le temps de regarder la nature, particulièrement les arbres. Elle y grimpe dessus et respire, s'enivre des odeurs. Cela offre l'occasion de très beaux plans d'arbres. Séraphine marche souvent les pieds nus et elle peint la nuit dans son petit studio insalubre. C'est un collectionneur allemand, Wilhelm Uhde, qui remarque son talent. Il fait sa connaissance parce qu'il loge avec sa soeur chez des employeurs de Séraphine (vérification faite dans le Robert des noms propres, Uhde et elle se seraient connus en 1912?). Il lui conseille de travailler encore et toujours. La guerre déclarée, Uhde s'enfuit en Suisse laissant Séraphine désemparée. On la retrouve en 1927, vieillie et moins vaillante pour les durs labeurs du ménage mais son talent de peintre s'est affirmé (selon Uhde qui l'a retrouvée). Ses tableaux sont devenus de plus en plus grands et surtout colorés. Allez voir le film pour voir ce que représentent les peintures. Personnellement, je les trouve très belles avec un côté presque féérique. Mais, pyschologiquement, Séraphine semble un peu dérangée, l'argent qu'Uhde lui verse n'arrange rien. Elle meurt dans un asile d'aliénés en 1942. Séraphine Louis est connue sous le pseudonyme de Séraphine de Senlis. En ce qui concerne le film lui-même, à part quelques beaux plans (Senlis est une ville très photogénique), les arbres et la présentation des tableaux par Séraphine, la mise en scène est un peu sage, tout cela manque de fièvre alors que Yolande Moreau irradie et est "habitée" par son personnage. C'est peut-être ce qui fait que je ne considère pas ce film comme une totale réussite. 

PS: en liaison (évidemment!) avec la sortie du film, le Musée Maillol à Paris (61 rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement) organise une exposition sur Séraphine de Senlis, du 1er octobre 2008 au 5 janvier 2009.
Cf. http://www.museemaillol.com.
PS2:
l'exposition [chroniquée le 01/01/2009] est prolongée jusqu'au 30 mars 2009.

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jeudi 29 mai 2008

Disparition de Sydney Pollack

J'ai appris avec tristesse le décès lundi 26 mai 2008 de Sydney Pollack (né le 1er juillet 1934) à l'âge de 73 ans. Grand monsieur du cinéma américain, tour à tour et en même temps réalisateur (presque 20 films), producteur et même acteur (chez Kubrick, Danièle Thompson, et tout récemment dans Michael Clayton [cf. mon billet du 28/10/2007]). Qui n'a pas été ému devant Out of Africa (1985) avec le couple Streep/Redford? Out of Africa a d'ailleurs reçu l'Oscar du meilleur film, et Pollack celui du meilleur réalisateur. S'il a dirigé quelques grands acteurs, son acteur fétiche reste Robert Redford dans sept films dont Propriété interdite (1966) (avec Natalie Wood), Jeremiah Johnson (1972), Les trois jours du condor (1975) (avec Faye Dunaway, Nos plus belles années  (The way we were) (1973) (avec Barbra Streisand), Le cavalier électrique (1979) (avec Jane Fonda) et Havana (1990) (avec Lena Olin). Je retiendrai bien évidemment Bobby Deerfield (1977) avec Al Pacino et Marthe Keller, On achève bien les chevaux (1969) (avec Jane Fonda) et bien sûr Tootsie (1982) (avec Dustin Hoffman), et enfin, plus récemment, La firme (1993) avec Tom Cruise. Tous ces films, je les ai vus sur grand ou petit écrans et je les ai aimés. Je me rappelle les queues devant les cinéma quand Out of Africa est sorti: impressionnant. En 1975 (j'avais 13 ans), c'était la première fois que je voyais un film à suspense comme Les trois jours du condor avec le beau Robert Redford, c'était haletant, du grand cinéma sans effets spéciaux particuliers. Les trois derniers films de Pollack, Sabrina (1995), L'ombre d'un soupçon (Random Hearts) (1999) (les deux avec Harrison Ford) et L'Interprète (The Interpreter) (2005) (avec Sean Penn et Nicole Kidman), ont été des échecs publics et critiques. La plupart des autres films cités sont devenus des classiques du cinéma. Sydney Pollack savait raconter des histoires, il a formé des couples qui faisaient rêver même si les idylles finissaient rarement bien. Il faisait du cinéma populaire avec un grand respect pour le public. Je sais que beaucoup de spectateurs ont pleuré à la fin de Nos plus belles années ou d'Out of Africa (sans compter l'augmentation des ventes des livres de Karen Blixen). Il savait mettre en valeur les acteurs (et quels acteurs!). Assez récemment, il s'était associé à Anthony Minghella (disparu aussi cette année) pour créer une maison de production qui a financé notamment deux films de George Clooney (Michael Clayton et Jeux de dupes [Leatherheads]). La disparition de Sydney Pollack est une grande perte pour le cinéma américain.

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mardi 27 mai 2008

Le violon du diable - Lincoln Child & Douglas Preston

Lincoln Child et Douglas Preston sont deux auteurs américains qui écrivent en solo (par exemple, Le codex pour Douglas Preston et Deep Storm [sic, pour la traduction française] pour Lincoln Child). En France et ailleurs, ils connaissent le succès et la notoriété en écrivant à quatre mains et ce pour notre plus grand plaisir. Quand vous prenez Le violon du diable (deuxième livre d'eux que je lis, après La chambre des curiosités), vous ne le lâchez plus. Et pourtant, il fait presque 700 pages en édition de poche J'ai lu. Dans la banlieue de New York, un homme, critique d'art, est retrouvé par sa femme de ménage. Son corps s'est carbonisé de l'intérieur. La veille, il avait invité 4 personnes mais il semblait inquiet. Le FBI, en la personne d'Aloysius Pendergast, homme érudit et mystérieux (déjà présent dans La Chambre des curiosités, puis que l'on retrouve dans au moins 4 autres romans du duo), mène l'enquête avec un policier appelé Vincent d'Agosta. Celui-ci est redevenu sergent suite à une sombre histoire, après avoir été inspecteur. L'enquête les mènera jusqu'à Florence après que deux autres personnes aient été assassinées de la même effroyable manière. Un violon surnommé "Stormcloud" fabriqué par Stradivarius et un soi-disant pacte avec le diable sont les motifs de ces morts suspectes. Mais je dirais que Satan n'a rien à voir dans l'histoire, et un humain du 21ème siècle est le seul responsable. Même si on peut deviner assez vite qui est le "méchant", cela n'empêche qu'il faut attendre les 60 dernières pages pour que les pièces du puzzle se mettent en place et que l'on ait les dessous de l'intrigue. A la fin, on craint pour la vie de Pendergast, mais pas d'inquiétude, puisque d'autres aventures l'attendent.

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