vendredi 29 juin 2018

Ocean's 8 - Gary Ross / Bécassine - Bruno Podalydès

Ocean's 8 de Gary Ross n'est certes pas le film de l'année, mais je ne me suis pas ennuyée lors de sa projection. J'ai lu que le scénario est paresseux, pas vraiment original et bourré d'invraisemblances, que la fin est prévisible, que les actrices principales ne sont pas à leur avantage, que certaines scènes sont peu ragoûtantes (celle où l'un des personnages vomit dans les toilettes): et, oui, je suis plutôt d'accord avec ces remarques. Mais comme je suis assez fan de Sandra Bullock, Cate Blanchett, Helena Bonham-Carter, je n'ai pas boudé mon plaisir. L'une des premières séquences, qui montre comment Sandra Bullock, tout juste sortie de prison après avoir purgé une peine de cinq ans pour vol, "achète" des produits de beauté et autres "babioles" dans des magasins de luxe new-yorkais sans débourser un dollar, m'a paru jubilatoire. Elle le fait avec un certain culot et beaucoup de classe. A voir un samedi soir ou quand il passera un dimanche soir à la télé.

C'est en visionnant la bande-annonce de Bécassine! de Bruno Podalydès (dont je n'ai pourtant pas trop apprécié les productions précédentes) que j'ai eu envie de voir ce long-métrage, qui est une libre adaptation des aventures de Bécassine, écrites par Jacqueline Rivière, Emile-Joseph-Porphyre Pinchon et Caumery et parues dans La Semaine de Suzette pour la première fois en février 1905. Bruno Podalydès en fait un personnage plein de poésie et de tendresse. C'est d'abord une petite fille ayant perdu une de ses dents de lait cachée sous son oreiller qui attend un cadeau de la petite souris. Bécassine (Emeline Bayart, étonnante), devenue une jeune femme simple (mais pas simplette), rêve de partir à Paris. Elle est soutenue dans son projet par son oncle Corentin (Michel Vuillermoz): c'est lui qui trouve au fond d'une armoire, la tenue verte et la coiffe qui rendront célèbre Bécassine. Peu après son départ, elle est engagée par la marquise de Grand Air (Karine Viard, très bien en marquise), qui vit dans un château avec quelques domestique et son homme d'affaires, Adelbert Proey-Minans), qui souhaiterait l'épouser. Bécassine devient la nounou de Loulotte, une petite fille que la marquise vient d'adopter par un concours de circonstances que l'on ne nous dévoile pas. Les années passent, Loulotte grandit et Bécassine se révèle une jeune femme pleine d'idées, qui voit le bon côté des choses malgré les revers de fortune de la marquise. Le rythme du film est parfois un peu lent, on se demande où Bruno Podalydès, qui joue un des rôles principaux, veut nous emmener. Certaines scènes sont féériques comme celle des ballons lumineux dans la nuit étoilée. Ne vous attendez pas à vous esclaffer, mais vous passerez un moment sympathique en compagnie de Bécassine. Un film idéal pour petits et grands.

Pour un autre avis (très négatif) sur ces deux films, lire le billet de Pascale.

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jeudi 24 mai 2018

Mini hommage à Philip Roth

J'ai appris hier matin (23 mai 2018) la disparition de ce grand monsieur de la littérature. Pour ma part, j'ai découvert tardivement l'oeuvre de Philip Roth (1933-2018). J'ai commencé  avec Pastorale Américaine (1999), puis J'ai épousé un communiste (2001) et enfin La tache (2002). Ces trois titres que j'ai lus lors de leur parution forment une trilogie très recommandable. J'ai aussi beaucoup apprécié Indignation (2010) et Nemesis (2012 - son dernier roman). J'ai encore une dizaine de romans de Philip Roth à découvrir. Son oeuvre est très bien traduite en français et elle est publiée aux Editions Gallimard. Philip Roth n'a pas été récompensé par le prix Nobel de littérature et c'est regrettable.

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lundi 12 février 2018

Comment la France a tué ses villes - Olivier Razemon

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Voici un livre passionnant acheté dans une librairie indépendante à Paris (il y en a encore). Comment la France a tué ses villes d'Olivier Razemon (Edition Rue de l'Echiquier, 208 pages, parution décembre 2017) fait un constat alarmant d'un phénomène dont parlent peu les médias: la mort des centres des villes, la dévitalisation des préfectures ou sous-préfectures en France où les commerces de proximité disparaissent à grande vitesse au profit des grandes surfaces en périphérie. En plus des vitrines baissées, des immeubles mal entretenus tombent ruine car les habitants sont partis ailleurs. Avant les gens marchaient, maintenant ils prennent leur voiture pour faire leurs courses. Le journaliste fait un état des lieux en évoquant de nombreuses villes disséminées dans toute la France. Aucune région n'est épargnée. Il parle de Périgueux qui a perdu 10 000 habitants. Les villes s'appauvrissent au profit de leurs périphéries. A Saint-Etienne comme à Béziers, la déprise commerciale saute aux yeux. Il est aussi question de la difficulté de se garer dans les centre-villes. A Privas, capitale de l'Ardèche sans transports publics ni gare ferroviaire destinée aux passagers, les 11 000 habitants en 1975 ne sont plus que 8000 aujourd'hui. En revanche, la périphérie s'est étendue et les communes avoisinantes ont grossi. Selon les statistiques, la taxe d'habitation à Privas est dissuasive, elle est plus élevée que dans les communes voisines. Les magasins ferment au profit du centre commercial à trois kilomètres qui végète aussi car certains locaux ne trouvent pas preneur. En effet, les gens préfèrent aller à Valence faire leurs courses en voiture. A ce propos, Valence TGV est un monstre de béton peu avenant. Autour, il y a des bâtiments rectangulaires ou cylindriques, des bureaux, des hôtels, des banques ou des services administratifs. Les avenues sont longées de buissons, d'arbustes, de fossés végétalisés, de trottoirs et de pistes cyclables. Il s'agit d'un "Ecoparc". Ce morceau de ville ne vit qu'aux heures des bureaux et il y a peu de bus. "Les villes meurent? Qu'importe, on en construit de nouvelles, loin de celles qui existaient déjà mais selon des critères bien normés du développement durable et de la construction passive. Et on peut s'y fournir en bons produits bio.".
Les politiques commencent enfin à comprendre que la dévitalisation des villes moyennes n'a pas un phénomène conjoncturel. A l'Association "Villes de France", l'ancienne Fédération des maires des villes moyennes (FMVM) qui représente plus de 300 villes de plus de 15000 habitants, le sujet émerge. "Jusqu'à présent, nous avions tendance à attribuer la situation du commerce aux politiques menées par les municipalités. Or, les maires sont en train de s'apercevoir que c'est un phénomène global". "Des activités vont disparaître nécessairement, car le fonctionnement de l'économie a de moins en moins besoin d'un assise géographique. La généralisation de la connexion à domicile, la multiplication de smartphones, etc., dessinent la possibilité de l'ubiquité. Nul besoin de se rendre au guichet de la banque pour consulter son compte, d'aller au supermarché pour s'approvisionner en packs d'eau ou de lait, de passer à la librairie pour acheter un livre, de se rendre à la poste pour envoyer un document. Ce ne sont plus les gens qui bougent mais les marchandises".

L'avenue Saint-Ruf, la grande artère commerçante d'Avignon "extra-muros" dans sa partie la plus animée propose tout au plus une ou deux épiceries ou boulangeries, quelques rares cafés-tabacs, des banques et des pizzas rapidement préparées. Le commerce de bouche est en danger. "Il n'y a plus une seule poissonnerie ni une fromagerie dans tout Avignon" s'inquiète un habitant. Dans le Cher, 5 ou 6 boulangeries ferment chaque année. Après les "déserts médicaux", on voit apparaître les "déserts alimentaires". Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, on appelle "food deserts" les territoires dans lesquels une partie de la population ne peut se procurer de la nourriture de qualité (fruits et légumes) dans un périmètre parcourable à pied.

Les gouvernements font de la crise du logement leur priorité. La France aurait besoin de 500 000 logements neufs par an pendant 10 ans. Pourtant, dans les villes moyennes où vit plus d'un quart de la population, de nombreux logements sont vacants. La part des logements vacants évaluée à 8,3 % pour l'ensemble du pays en 2016 dépasse les 10% dans les départements de la "diagonale du vide", cette bande faiblement peuplée qui court de la Meuse aux Landes en passant par le Massif central et baptisée ainsi par les géographes. A l'échelle du pays, ce sont 2,93 millions de logements qui ne trouvaient pas preneur en 2016.

Je vais aller un peu plus vite. L'auteur évoque l'aspect transports publics dans les villes moyennes, les emplois créés ou supprimés, le désenclavement des villes, la suppression de lignes ferroviaires, la puissance des super et hypermarchés qui sont de plus en plus nombreux, sur le fait que les voitures ont du mal à se garer en centre-ville (et donc les gens vont faire leur marché en périphérie).

On est tous responsables de la mort des villes. Heureusement, en conclusion, l'auteur fait 40 recommandations pour comprendre la crise urbaine et y remédier. Je vous laisse les découvrir. J'espère que je vous ai donné envie de lire cet essai.

Parmi les remerciements de l'auteur, il remercie les lecteurs qui commanderont et achèteront ce livre dans une librairie de leur quartier, plutôt que de le commander sur A..zon et d'attendre la livraison qu'effectuera un chauffeur de camionnette pressé et sous-payé.

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jeudi 8 février 2018

Trois jours avec ma tante - Yves Ravey

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Trois jours avec ma tante d'Yves Ravey (Editions de Minuit, 187 pages) est le récit à la première personne fait par Marcello Martini, qui, en 2015, se trouve contraint de quitter le Liberia (comté de Grand Bassa) pour retourner en France, auprès de sa tante Vicky. En effet, cette tante fortunée, qui finance de bonnes oeuvres et vit dans une maison de retraite assez chic, vient d'arrêter le virement mensuel assez conséquent qu'elle versait à Marcello depuis presque 20 ans (époque où Marcello a quitté précipitamment la France avec un passeport fabriqué à la hâte). Vicky en profite pour déshériter son neveu au profit de Rébecca, la fille de ce dernier (que lui ne reconnait pas comme étant sa fille). Marcello se donne trois jours pour renverser la situation, et en particulier avec pour objectif que sa tante lui établisse un dernier chèque avec beaucoup de zéros... Au fur et à mesure que le récit avance, on en apprend de belles sur Marcello, délateur, négrier d'enfants au Liberia (il est sur le point de perdre son agrément auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés): il a, 20 ans auparavant, en tant que secrétaire particulier de sa tante Vicky, détourné des fonds avec un complice qui a fait de la prison. Par ailleurs, l'ex-femme de Marcello et mère de Rébecca veille sur les intérêts de Vicky et surveille donc Marcello... Ce qui fait le sel de ce roman, c'est la manière neutre qu'a Ravey de décrire simplement les choses, les faits, et de faire des révélations au détour d'une phrase. Il ménage un suspense jusqu'au bout. Marcello est une fripouille mais comme c'est le narrateur, on arrive presque à avoir de la sympathie pour lui et pourtant... Un roman distrayant que j'ai aimé et qui se lit vite.

Lire les billets de Keisha, Athalie pas convaincue et Pierre D.

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dimanche 7 janvier 2018

Festival "Rendez-vous du carnet de voyage" - Michel Renaud

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) vais rendre hommage à l'une des personnes assassinées il y a trois ans dans les locaux de Charlie Hebdo, mais moins médiatisée, depuis, que l'équipe rédactionnelle proprement dite. Michel Renaud s'est retrouvé sous les balles des assassins par malchance, au mauvais endroit, au mauvais moment (il ramenait à Cabu des dessins originaux de celui-ci). Je ne savais pas trop par quel biais l'évoquer: cet homme d'écriture ne semble pas avoir publié de livre? Né en 1945, après un début de carrière comme journaliste, il a ensuite gagné sa vie à partir de 1982 comme Directeur de la communication de la mairie de Clermont-Ferrand. C'est dans cette ville qu'il a créé (en tant que Président fondateur, et avec trois autres membres) l'association Il faut aller voir (IFAV), déclarée le 16/12/1997, avec comme objet de faire partager une certaine approche du voyage fondée sur la recherche de l’authenticité, notamment par la manière de voyager. Elle "regroupe des personnes attachées à découvrir d’autres cultures et d’autres horizons. L’IFAV promeut une forme de voyage qui privilégie l’autonomie et l’indépendance, qui permet de s’éloigner du tourisme traditionnel au profit d’une approche très centrée sur l’Homme, la découverte et le respect des différences. (...) Depuis l’an 2000, l’association Il Faut Aller Voir organise une manifestation artistique et littéraire autour du carnet et du récit de voyage :" le Rendez-vous du Carnet de Voyage [je cite le site internet]. "L’objectif de la manifestation est d’ouvrir une fenêtre sur ce support particulier qu’est le carnet de voyage, de donner à voir les nouveautés du genre, mais également de récompenser les plus remarquables." J'avais vu passer dans Charlie Hebdo n°1321 du 15/11/2017 l'annonce de la 18e édition, du 17 au 19 novembre, avec notamment la mention du prix de l'écriture Michel-Renaud. L'événement a ainsi survécu à son fondateur. Les rédacteurs de la page wikipedia consacrée à Michel Renaud ont fait le choix (argumenté) de mettre en avant sa passion des voyages plutôt que ses professions de journaliste ou de communicant. Toujours dans Wikipedia, la définition du carnet de voyage comme "genre littéraire" parle de croquis, dessins ou photos accompagnés de textes dispersés dans la page. Lors du "Rendez-vous" annuel, ce sont donc différents événements qui ont lieu: expositions de carnets, rencontres, tables rondes, attribution de plusieurs Prix... Ainsi, en 2014, lors de la 15e édition, Cabu avait remporté le Prix spécial du jury, pour l'ensemble de ses carnets de voyage. Par ailleurs, un autre festival sur le thème des carnets de voyages a aussi été créé à Venise à partir de 2011, "Matite in Viaggio", avec la participation de Michel Renaud.

Sa veuve, Gala Renaud-Romanov, rencontrée en 1988 en URSS lors d'un de ses voyages, avait contesté l'usage fait par Charlie Hebdo des fonds disponibles après l'attentat. Je n'entrerai pas dans le débat stérile de prétendre juger ce que vaut, financièrement parlant, la vie d'un homme. Mais je signalerai l'existence d'un livre d'entretien de Gala Renaud-Romanov par Marc Alexis Roquejoffre (sic), Michel Renaud, besoin du monde. Dans cet ouvrage édité en novembre 2017 à compte d'auteur (et qui semble très peu présent sur la Toile - peu de photos de couverture disponibles), Gala raconte son histoire avec Michel et l'amour qu'il portait aux voyages, aux rencontres et aux personnes. Une interview avec le co-auteur (via sa société de production), publiée sur youtube depuis le 16 novembre 2017, en était, hier 6 janvier 2018, à 104 vues.

Livre_sur_MichelRenaud     Lien Youtube - interview

Texte et photos. 112 pages. 15 €. Sous réserve que j'arrive à me le procurer, peut-être pourrai-je en parler davantage un de ces mois?

*** Je suis Charlie ***

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samedi 16 décembre 2017

Un homme intègre - Mohammad Rasoulof

Voici un film iranien marquant. Il a reçu le prix dans la section d'"Un certain regard" au dernier festival de Cannes, et, par ailleurs, le réalisateur a eu son passeport confisqué, il ne peut plus sortir d'Iran et risque six ans de prison. Mohammad Rasoulof n'est pas tendre avec la société iranienne qui vit dans la corruption et les versements de pots-de-vin. Dans son film, dès que les gens ont un petit pouvoir, ils en profitent. Les fonctionnaires de justice et de police en prennent pour leur grade. Ainsi que les banquiers...

Après avoir quitté Téhéran, Reza et sa femme Hadis se sont installés dans le nord de l'Iran dans une grande maison avec plein de terrain autour. Reza élève des poissons rouges, tandis qu'Hadis, grande et belle femme ayant du caractère, dirige un collège de filles dans la ville voisine. Ils ont un petit garçon d'une dizaine d'années. Reza a du mal a joindre les deux bouts et n'arrive pas à rembourser son prêt pour la maison. Cette maison et le terrain sont convoités par une société de distribution d'eau appelée "La compagnie". Reza est un homme incorruptible qui n'accepte aucune compromission. Sa famille et lui vont le payer cher, entre menaces, chantage et courte incarcération. On lui propose de racheter la maison à la moitié de son prix. Acculé, Reza ne veut pas céder. J'ai craint pour sa vie et celle de sa famille au vu de ce qui arrive à ses poissons rouges. Et pourtant, peu à peu, assez subtilement, entraîné par les circonstances, Reza va passer du statut d'opprimé à celui de maître et d'oppresseur. Il va même en arriver au meurtre. Le film comporte de très belles scènes dont une digne des Oiseaux d'Hitchcock et une autre où une maison brûle dans un paysage hivernal (le contraste des couleurs entre le jaune du feu et le gris de l'hiver est magnifique). Les seuls moments de douceur du film sont celles entre Reza et son fils, et quand Reza se réfugie dans une grotte où il prend un bain d'eau chaude. Par ailleurs, je remercie Strum (lire son billet très complet, il raconte beaucoup de l'intrigue) de m'avoir éclairée sur ce que Reza fabrique avec des pastèques: il en fait de l'alcool de pastèque. Je ne savais pas que cela existait. Allez voir ce très bon film qui ne donne pas envie d'aller vivre en Iran, ou même de le visiter (et c'est une voyageuse qui parle).

Au final, si je peux me permettre d'ajouter ce que je n'ai vu mentionné nulle part, le sujet m'a rappelé celui du film russe Leviathan.

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samedi 11 novembre 2017

Bricks (film) / Les briques rouges (livre) - Quentin Ravelli

... Et hop, le squatteur débarque en l'absence de la propriétaire du blog!

Vendredi 20 octobre 2017, j'avais (ta d loi du cine) convaincu dasola de venir voir une projection de documentaire suivie d'un débat avec le réalisateur au cinéma Les Trois Luxembourg, au Quartier latin à Paris (que je fréquente beaucoup moins depuis que je ne suis plus étudiant...). Le film en question est titré Bricks. Le fait qu'on puisse encore le voir à Paris cette semaine (dans une unique salle, un seul jour, à une seule séance!) me pousse à finaliser le présent billet. j'y prends en compte le visionnage du film, le débat d'après (avec le réalisateur, Quentin Ravelli, sociologue et chargé de recherches au CNRS, et Marguerite Vappereau, aujourd'hui enseignante en cinéma à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne sauf erreur de ma part), mais aussi la lecture du matériel de promotion (notamment l'entretien de Quentin Ravelli avec Arnaud Hée du 13 janvier 2017 dans le dossier de presse) et enfin celle du livre Les briques rouges, disponible le soir de la séance (avec dédicace de l'auteur).

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Le film aurait pu, à mon avis, s'appeler "Casse-briques" (pour y réintroduire un jeu de mots signifiants). Quentin Ravelli nous a expliqué après la séance que "Ladrillo" (en espagnol) ou "Briques" (en français) n'aurait pas été assez "accrocheur" ou porteur de sens. Or, dans ce documentaire, le sens symbolique est important. Si l'on y visite à plusieurs reprises des usines de briques, si l'on voit agir ceux qui les fabriquent ou les vendent (dans la mesure du possible), elles servent surtout de fil rouge à une description sociologique de la crise immobilière en Espagne. Celle-ci est née de l'explosion d'une "bulle immobilière" qui reposait sur un mirage: faire miroiter à de pauvres gens l'espoir de s'acheter leur maison à crédit (prêts à taux variable). Conséquence: arrêt brutal des constructions de logement (de + de 600 000 en 2006 à moins de 30 000 en 2013 - officiellement), renchérissement des remboursements, insolvabilité, expulsions et pertes de logement... Pas grand-chose de nouveau depuis La jungle d'Upton Sinclair, si ce n'est l'émergence d'une nouvelle forme d'action collective, non-syndicale mais sous l'égide d'une "plateforme" (terme utilisé en Espagne pour désigner tout collectif de lutte). Le collectif aide les victimes de crédits à risque (manifestations de soutien au moment où sont prévues les expulsions, occupation d'agences bancaires afin de négocier le départ de l'appartement au paiement inachevé contre l'annulation de la dette restant à courir, aide au relogement par "squat" d'appartements vacants...). La crise immobilière a aussi provoqué des bouleversements électoraux, et nous suivons ainsi un maire qui s'efforce de revitaliser une "ville nouvelle" quelque peu fantômatique (sans argent, les "services publics" ont du mal à être mis en place), Valdeluz. Le film s'achève par une séquence artistique: des briques sont utilisées pour modeler des têtes géantes ensuite coulées en bronze.

Une fois la lumière revenue, le documentariste a livré quelques éléments, partie en monologue et partie en réponse aux questions du public (clairsemé): 5 ans de travail  (depuis 2012) pour ce projet, avec d'abord de longs repérages et quelques images en "équipe légère", puis une accélération pour l'essentiel du tournage en quelques mois en 2015, dans de bonnes conditions techniques une fois le plan de financement bouclé, 200 heures de rushes pour 1H23 de plans montés, des "angles" à choisir en fonction de ce qui avait pu être capté "sur le vif"... J'en ai retenu les impondérables techniques (micro qui ne fonctionnaient pas pour des scènes de foule), des choix assumés par le réalisateur (qui aurait sûrement pu faire tel ou tel film "différent"). Dans le livre, il est fait plusieurs fois référence au DVD et aux "bonus" qu'il contiendra. Mais Les briques rouges peut évidemment donner à "décrypter" davantage de statistiques et d'explications que le film, tant sur le "matériau" brique que sur la construction ou le secteur économique que représente l'immobilier.

Pour ma part, j'ai posé quelques questions: le lien imaginable entre le "phalanstère" du XIXe siècle dans la même région, dont il est fugitivement question dans le film, et l'utopie sociale d'un Godin et de son "Familistère de Guise" (en France); l'attitude des "militants" de la plateforme face à la démarche de ce film; et la place des "bruits" de ces usines de fabrication de briques.

En ce qui concerne le phalanstère, il se rattachait plutôt au genre des cités ouvrières construites via un paternalisme patronal d'inspiration chrétienne. Aucun rapport avec un mouvement de type coopératif ou socialiste. D'autre part, la plateforme pour les victimes du crédit avait fort bien compris l'importance des vidéos en ligne pour promouvoir leur cause, et l'équipe de Bricks n'était donc pas seule à filmer les scènes fortes que l'on peut y découvrir. Au contraire, "mettre en scène" les parties plus intimistes n'a pas été simple, entre l'immigrée équatorienne qui pouvait avoir tendance à "surjouer" pour faire plaisir au documentariste, les ouvriers qui n'avaient pas prévu de déjeuner ensemble le jour où la scène figurait sur le plan de tournage, ou le maire hors d'état de témoigner... et a nécessité des choix du réalisateur, privilégiant ici le réalisme sur l'émotion.

Spontanément, les scènes dans l'usine de briques, puis le fait que le réalisateur ait parlé du "bruitage" (briques achetées chez LeroyMerlin et martyrisées pour en tirer des sons crissants pour la BO) m'avaient fait penser au documentaire C'est quoi ce travail? que j'avais chroniqué il y a 2 ans. Lorsque j'ai donc posé une question en ce sens, c'est cette fois l'enseignante en cinéma qui a répondu, pour préciser et recadrer, en disant que l'angle principal dans Bricks n'était pas "musical", mais avait plutôt choisi le produit "brique" (produit originellement dans l'usine) comme fil rouge et comme symbole de construction-déconstruction d'une bulle spéculative immobilière (je surinterprète sa réponse).

De tout ce qui a encore été dit, je retiendrais seulement que les policiers pouvaient se montrer compréhensifs lors des procédures d'expulsion, car eux aussi ont parfois des crédits sur le dos... Le public était ensuite convié à prendre un verre, mais dasola et moi en sommes restés là.

Pour dire quelques mots sur Les briques rouges (sous-titre "Logement, dettes et luttes sociales en Espagne", éditions Amsterdam, août 2017, 192 pages), que j'ai lu en quelques jours, je dirais qu'il complète bien le film, sans le paraphraser. Il comporte 13 chapitres, une trentaine de pages de notes et 7 pages de bibliographie.

Voir aussi le billet sur le blog Persistence rétinienne.

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lundi 9 octobre 2017

Jean Rochefort (1930-2017)

Le cinéma français a perdu un acteur qui avait beaucoup d'élégance. Jean Rochefort nous a quitté et il nous manque déjà. J'avais revu tout récemment en DVD Un éléphant ça trompe énormément (1976) et Nous irons tous au paradis (1977) que je vous conseille. Ce passionné d'équitation fut un grand monsieur du cinéma et du théâtre. Je suis trop jeune pour l'avoir vu dans les pièces d'Harold Pinter comme l'Amant, C'était hier et La Collection où il donnait la réplique à Delphine Seyrig. Je l'avais beaucoup aimé dans Ridicule de Patrice Leconte, Que la fête commence de Bertrand Tavernier, Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, Cible émouvante de Pierre Salvadori.

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mardi 8 août 2017

La planète des singes: Suprématie - Matt Reeves

Mercredi 2 août 2017 est sorti La planète des singes - Suprématie et ce film est très réussi. Il s'agit de la suite de La planète des singes - Les origines et La planète des singes - L'affrontement. L'histoire commence quand César, le chimpanzé qui parle, et sa tribu réfugiés dans une forêt, repoussent une énième attaque des hommes. Malheureusement, une nuit, un colonel arrive à tuer la femme et le fils de César abrités dans une grotte. Fou de chagrin, César accompagnés de trois compagnons dont l'orang-outan Maurice partent à la poursuite de ce colonel fou digne du colonel Kurtz dans Apocalypse Now. Il faut noter les nombreuses références à des films comme La grande évasion, Full Metal Jacket ou Les dix commandements. Il y a plusieurs références bibliques et christiques dans le film. Ce long-métrage aux effets spéciaux remarquables (on oublie que ce sont des hommes qui interprètent les singes), fait passer un très bon moment. J'ai beaucoup aimé le personnage de la petite fille recueillis par les primates ainsi que "Bad ape" (méchant singe), un bonobo aux yeux globuleux qui m'a fait penser au Golum dans Le seigneur des anneaux. Je retiens la belle scène d'avalanche où les singes se réfugient dans les arbres alors que les hommes sont ensevelis sous la neige. Enfin, parmi les références cinématographiques, la séquence finale dans ce paysage désolé avec un arbre, j'ai pensé aux premères scènes de 2001, Odyssée de l'espace, c'est dire. Un des bons films de l'année. Lire les billets de Pascale et ffred.

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jeudi 29 juin 2017

Le bureau des légendes (série - trois saisons)

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Avec mon ami, Ta d loi du cine, nous venons de visionner la troisième saison du Bureau des légendes, série produite et diffusée par Canal+ depuis 2015.

L'année dernière, nous avions vu les deux premières saisons à la suite (en DVD). Nous avons été tout de suite captivés par les différentes histoires de ces agents de la DGSE (la Direction Générale des Services Extérieurs français).

Eric Rochant qui est à l'origine du projet prouve que les Français n'ont pas à rougir des séries américaines, britanniques ou scandinaves. A noter que le "making-off" de la 2ème saison (en DVD) montre "la journée d'un showrunner" (auteur-producteur selon la traduction québéquoise).

Chaque saison se compose de 10 épisodes et à la fin de chacune, on laisse le téléspectateur dans l'attente impatiente de la saison suivante.
On se familiarise vite avec les personnages récurrents de la série dont quelques clandestins (clandés) qui vivent sous légende (avec une identité fabriquée de toute pièce), parfois pendant des années. Chargés de récupérer des renseignements ou de recruter des personnes susceptibles d'en donner, ces clandestins, comme les membres du bureau situé à Paris, s'appellent par leur surnom: Malotru, Moule à gaufre, Phénomène, ou même la Mule. Au sein même du bureau, les renseignements sont compartimentés, chacun a le droit ou non "d'en connaître".

Dans la première saison, Guillaume Debailly dit Malotru (Matthieu Kassovitz) revient d'une mission de six ans en Syrie. A Paris, la jeune Marina Loiseau dite Phénomène (Sara Giraudeau) débute dans le métier si je puis dire. Elle surmonte un bizutage assez violent. Sa légende va faire d'elle une sismologue et elle part en Iran. En Algérie, un des clandestins a disparu en mission.

Dans la deuxième saison, Phénomène infiltre la jeunesse dorée iranienne (ça existe) pour se rapprocher d'un jeune homme qui va la mettre en péril. On apprend que Malotru est aussi un agent de la CIA; Cyclone est revenu en France et essaye de trouver la famille d'un Français, bourreau de Daech.
Cela nous permet de suivre comment travaillent les membres du bureau dont Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin) et Marie-Jeanne Duthilleul (Florence Loiret-Caille).

Dans la troisième saison, Malotru est prisonnier d'hommes de Daech. La DGSE fait (presque) tout pour le faire libérer. Il faudra attendre le 10ème épisode pour y arriver. Quant à Marina, qui a vécu une aventure traumatisante dans la deuxième saison, elle a du mal à s'en remettre. Mais sa légende de sismologue tient toujours et elle est recrutée par un agent du Mossad qui se fait passer pour un agent de la DGSE (vous me suivez?). Il veut qu'elle parte à Bakou. Cette troisième saison est haletante, peut-être plus que les deux premières.

Si vous voulez voir cette série, il faut commencer par le début. J'attends la quatrième saison (en cours d'écriture) avec impatience, même s'il manquera un personnage essentiel. Je ne vous en dis pas plus.

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