vendredi 4 janvier 2019

Le retour de Mary Poppins - Rob Marshall

Déjà trois films à mon actif vus entre le 1er et le 2 janvier 2019.

Je commence par Le retour de Mary Poppins de Rob Marshall que, n'en déplaise à Pascale, j'ai bien apprécié et mon ami aussi. Je ne fais pas de comparaison avec la version de 1964 avec Julie Andrews. Dans cette nouvelle version qui est une sorte de suite, l'histoire se passe pendant la Grande Dépression de 1929 à Londres. Les enfants Banks de la première histoire ont grandi. Michael est devenu employé de banque tandis que sa soeur Jane est une idéaliste militante. La belle maison où vivent Banks et ses trois enfants (il est veuf depuis peu) est sur le point d'être saisie. Il a fait un prêt bancaire auprès de sa propre banque qu'il ne peut pas rembourser. C'est à ce moment là que Mary Poppins arrive du ciel (au sens propre et figuré) pour s'occuper des trois enfants, que j'ai trouvés ni moches ni insupportables. Il y a pas mal de moments chantés plutôt honorables. Et comme mon ami, j'ai trouvé que la séquence dansée des falotiers (les allumeurs de réverbères) était très réussie. Emilie Blunt (ravissante) qui interprète Mary Poppins tire son épingle du jeu même si elle n'est pas Julie Andrews. Il faut noter les apparitions d'Angela Lansbury (Arabesque) et Dick van Dyke qui jouait dans la première version (93 ans tous les deux!). Et je n'oublie pas Colin Firth dans le rôle du méchant banquier ni Meryl Streep dans le rôle Topsy Turvy, la cousine de Mary Poppins. Avec sa perruque et ses vêtements délirants, elle est méconnaissable. Je pense que Pascale va m'en vouloir d'aimer le film, tant pis!

La suite demain.

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jeudi 27 décembre 2018

L'Empereur de Paris - Jean-François Richet / Wildlife - Paul Dano

L'Empereur de Paris réalisé par Jean-François Richet raconte une période de la vie d'Eugène François Vidocq entre 1805 et 1810-11 où de bagnard avec des chaînes, il deviendra drapier puis indicateur de la police avant d'être nommé chef de la brigade de sûreté de Paris (c'est la conclusion du film). Première séquence qui ouvre le film: un gros rat grignote un biscuit. Il est tué brutalement avec un coup qui lui écrase la tête  Personnellement, j'ai sursauté. C'est Maillard (Denis Lavant), un odieux personnage qui fait la pluie et le beau temps dans un bagne flottant dans une cale de bateau, qui a tué ce rat. Pendant ce temps, des bagnards se battent pour s'occuper. François Vidocq allongé sur une planche avec des chaînes aux pieds fait tout pour se libérer. Quelques années après, s'étant évadé, il est devenu drapier. Sur un marché à Paris, il est reconnu par des policiers qui l'accusent d'un crime de sang. Vidocq se défend de l'avoir commis et dit qu'il peut arrêter les coupables. Connaissant presque toutes les fripouilles et criminels qui sévissent à Paris, il devient un indicateur de la police avec d'autres proscrits comme un duc et son fils. Bien évidemment, les criminels vont mettre sa tête à prix, dont Maillard qui a été libéré du bagne et un certain Nathanael de Wenger avec qui Vidocq s'est évadé du bagne flottant. A Paris, Vidocq va croiser quelques femmes dont Annette dont il va tomber amoureux et la baronne de Giverny, une aventurière. Fabrice Luchini dans le rôle de Fouché fait deux apparitions très remarquées. C'est lui qui a les meilleurs dialogues. Même si le film n'est pas exempt de défauts, j'ai passé un bon moment. Vincent Cassel n'est pas mal et j'ai attendu le générique de fin pour savoir qui jouait le rôle du duc. Je n'avais pas reconnu James Thierrée qui est très bien. A vous de juger. Lire les billets de Pascale (déçue), ffred (déçu aussi).

Avec Wildlife (Une saison ardente), on change de registre. Il s'agit du premier film de l'acteur Paul Dano (There will be blood, Little Miss Sunshine) qui est aussi le co-scénariste avec sa compagne Zoë Kazan. Ils ont adapté un roman de Richard Ford. Il faut noter le soin apporté à la lumière, à l'image, au cadrage des plans. Dans les années 60, dans une petite ville perdue du Montana, Joe Brinson, un garçon de 14 ans, voit le couple formé par ses parents (Jerry et Jeannette) se déliter assez brusquement, lorsque Jerry après s'être fait viré de son travail d'un club de golf sans vraie raison, part combattre un immense feu de forêt pendant quelques semaines, laissant Jeannette désemparée. Joe est un garçon qui ne se plaint jamais, il est exemplaire en tout point. Il considère avec peine les trahisons ou acte de violence de ses parents. Je trouve que les parents de Joe ne le méritent pas. Le jeune acteur Ed Oxenbould est formidable, comme Jack Gyllenhaal et Carey Mulligan qui interprètent les parents. Un film à voir. Lire les billets de Pascale et ffred (encore eux).

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vendredi 21 décembre 2018

Didier, la cinquième roue du tracteur - Ravard et Rabaté

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Mon ami m'a offert Didier, La 5ème roue du tracteur (Editions Futuropolis, 79 pages), une BD très sympa même si certains dessins ne sont pas conseillés aux jeunes enfants. Didier, la quarantaine, un peu enveloppé, rêve du grand amour. Il s'occupe (pas très bien) d'une ferme avec sa soeur Soazic qui, elle, est une femme de caractère et souhaite "caser" son frère. Didier n'est pas un bon fermier mais il s'occupe avec amour de ses poires qui s'épanouissent à l'intérieur de bouteilles. Toute cette attention doit aboutir à la production de poires à l'eau-de-vie.

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Didier, un soir de beuverie, ramène Régis, un fermier qui vient de tout perdre: ferme, bétail et terre. Son domaine a été vendu aux enchères. Pas très confiant, Didier décide de s'inscrire sur un site de rencontres sur Internet. Soazic et Régis sont là pour l'aider à rendre son profil attirant. Par ailleurs, Soazic et Régis tombent dans les bras l'un de l'autre. Je vous laisse découvrir quelle sera l'issue de la rencontre entre Didier et "Coquinette", la femme qui répond à l'annonce. La tendresse qui se dégage des personnages m'a fait passer un bon moment de lecture, même si c'est différent des Petits ruisseaux (où Rabaté était au scénario ET au dessin).

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vendredi 9 novembre 2018

Habemus piratam - Pierre Raufast

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Grâce à Pierre Raufast j'ai passé un bon moment de lecture. Il y a beaucoup d'humour et une certaine férocité dans Habemus piratam (Alma Editeur, 225 pages jubilatoires et cybernétiques). A Chantebrie, une petite ville du Cantal, Francis, un prêtre, reçoit les confessions de vieilles dames qui trichent au scrabble. Un jour, un inconnu vient se confesser en disant qu'il va bientôt mourir. A la demande du Père Francis, il déroule jour après jour, l'un après l'autre les dix commandements qu'il a enfreints. Cet inconnu, un très bon informaticien spécialisé dans la sécurité informatique, est devenu un excellent hacker (un mercenaire numérique) se vendant au plus offrant pour une poignée de bitcoins. Dans de courts chapitres, on suit les pérégrinations de l'informaticien qui grâce à ses connaissances informatiques a privé Toulouse d'électricité pendant une nuit pour faire plaisir à un ami astronome, a volé un roman pas encore publié, a volé un Corot au Louvre, a influencé des élections présidentielles et siphonné les comptes d'un milliardaire qui en a lésé un autre. Ce chapitre sur le siphonnage des comptes  est juste à la moitié du roman. Il nous apprend comment voler les données numériques d'un ordinateur portable pas directement connecté à Internet. "Les données sortantes se font via satellite privé, des pare-feu de différentes marques en enfilade et des communications chiffrées de bout en bout avec des clés longues comme un jour sans pain" (p120). A la fin du roman, il y a un glossaire simplifié qui définit ce qu'est une DDOS, black hat, botnet, key logger, honeypot, buffer overflow, SSL (Secure sockets layer) etc. Pierre Raufast explique, en post scriptum, qu'après trois romans dans des univers fictifs (La fractale des raviolis, La variante chilienne et La baleine thébaïde), il a eu envie d'écrire une histoire proche de son métier. Il a consacré vingt ans de sa vie à l'informatique. Un roman que je vous recommande absolument.

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vendredi 29 juin 2018

Ocean's 8 - Gary Ross / Bécassine - Bruno Podalydès

Ocean's 8 de Gary Ross n'est certes pas le film de l'année, mais je ne me suis pas ennuyée lors de sa projection. J'ai lu que le scénario est paresseux, pas vraiment original et bourré d'invraisemblances, que la fin est prévisible, que les actrices principales ne sont pas à leur avantage, que certaines scènes sont peu ragoûtantes (celle où l'un des personnages vomit dans les toilettes): et, oui, je suis plutôt d'accord avec ces remarques. Mais comme je suis assez fan de Sandra Bullock, Cate Blanchett, Helena Bonham-Carter, je n'ai pas boudé mon plaisir. L'une des premières séquences, qui montre comment Sandra Bullock, tout juste sortie de prison après avoir purgé une peine de cinq ans pour vol, "achète" des produits de beauté et autres "babioles" dans des magasins de luxe new-yorkais sans débourser un dollar, m'a paru jubilatoire. Elle le fait avec un certain culot et beaucoup de classe. A voir un samedi soir ou quand il passera un dimanche soir à la télé.

C'est en visionnant la bande-annonce de Bécassine! de Bruno Podalydès (dont je n'ai pourtant pas trop apprécié les productions précédentes) que j'ai eu envie de voir ce long-métrage, qui est une libre adaptation des aventures de Bécassine, écrites par Jacqueline Rivière, Emile-Joseph-Porphyre Pinchon et Caumery et parues dans La Semaine de Suzette pour la première fois en février 1905. Bruno Podalydès en fait un personnage plein de poésie et de tendresse. C'est d'abord une petite fille ayant perdu une de ses dents de lait cachée sous son oreiller qui attend un cadeau de la petite souris. Bécassine (Emeline Bayart, étonnante), devenue une jeune femme simple (mais pas simplette), rêve de partir à Paris. Elle est soutenue dans son projet par son oncle Corentin (Michel Vuillermoz): c'est lui qui trouve au fond d'une armoire, la tenue verte et la coiffe qui rendront célèbre Bécassine. Peu après son départ, elle est engagée par la marquise de Grand Air (Karine Viard, très bien en marquise), qui vit dans un château avec quelques domestique et son homme d'affaires, Adelbert Proey-Minans), qui souhaiterait l'épouser. Bécassine devient la nounou de Loulotte, une petite fille que la marquise vient d'adopter par un concours de circonstances que l'on ne nous dévoile pas. Les années passent, Loulotte grandit et Bécassine se révèle une jeune femme pleine d'idées, qui voit le bon côté des choses malgré les revers de fortune de la marquise. Le rythme du film est parfois un peu lent, on se demande où Bruno Podalydès, qui joue un des rôles principaux, veut nous emmener. Certaines scènes sont féériques comme celle des ballons lumineux dans la nuit étoilée. Ne vous attendez pas à vous esclaffer, mais vous passerez un moment sympathique en compagnie de Bécassine. Un film idéal pour petits et grands.

Pour un autre avis (très négatif) sur ces deux films, lire le billet de Pascale.

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jeudi 24 mai 2018

Mini hommage à Philip Roth

J'ai appris hier matin (23 mai 2018) la disparition de ce grand monsieur de la littérature. Pour ma part, j'ai découvert tardivement l'oeuvre de Philip Roth (1933-2018). J'ai commencé  avec Pastorale Américaine (1999), puis J'ai épousé un communiste (2001) et enfin La tache (2002). Ces trois titres que j'ai lus lors de leur parution forment une trilogie très recommandable. J'ai aussi beaucoup apprécié Indignation (2010) et Nemesis (2012 - son dernier roman). J'ai encore une dizaine de romans de Philip Roth à découvrir. Son oeuvre est très bien traduite en français et elle est publiée aux Editions Gallimard. Philip Roth n'a pas été récompensé par le prix Nobel de littérature et c'est regrettable.

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lundi 12 février 2018

Comment la France a tué ses villes - Olivier Razemon

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Voici un livre passionnant acheté dans une librairie indépendante à Paris (il y en a encore). Comment la France a tué ses villes d'Olivier Razemon (Edition Rue de l'Echiquier, 208 pages, parution décembre 2017) fait un constat alarmant d'un phénomène dont parlent peu les médias: la mort des centres des villes, la dévitalisation des préfectures ou sous-préfectures en France où les commerces de proximité disparaissent à grande vitesse au profit des grandes surfaces en périphérie. En plus des vitrines baissées, des immeubles mal entretenus tombent ruine car les habitants sont partis ailleurs. Avant les gens marchaient, maintenant ils prennent leur voiture pour faire leurs courses. Le journaliste fait un état des lieux en évoquant de nombreuses villes disséminées dans toute la France. Aucune région n'est épargnée. Il parle de Périgueux qui a perdu 10 000 habitants. Les villes s'appauvrissent au profit de leurs périphéries. A Saint-Etienne comme à Béziers, la déprise commerciale saute aux yeux. Il est aussi question de la difficulté de se garer dans les centre-villes. A Privas, capitale de l'Ardèche sans transports publics ni gare ferroviaire destinée aux passagers, les 11 000 habitants en 1975 ne sont plus que 8000 aujourd'hui. En revanche, la périphérie s'est étendue et les communes avoisinantes ont grossi. Selon les statistiques, la taxe d'habitation à Privas est dissuasive, elle est plus élevée que dans les communes voisines. Les magasins ferment au profit du centre commercial à trois kilomètres qui végète aussi car certains locaux ne trouvent pas preneur. En effet, les gens préfèrent aller à Valence faire leurs courses en voiture. A ce propos, Valence TGV est un monstre de béton peu avenant. Autour, il y a des bâtiments rectangulaires ou cylindriques, des bureaux, des hôtels, des banques ou des services administratifs. Les avenues sont longées de buissons, d'arbustes, de fossés végétalisés, de trottoirs et de pistes cyclables. Il s'agit d'un "Ecoparc". Ce morceau de ville ne vit qu'aux heures des bureaux et il y a peu de bus. "Les villes meurent? Qu'importe, on en construit de nouvelles, loin de celles qui existaient déjà mais selon des critères bien normés du développement durable et de la construction passive. Et on peut s'y fournir en bons produits bio.".
Les politiques commencent enfin à comprendre que la dévitalisation des villes moyennes n'a pas un phénomène conjoncturel. A l'Association "Villes de France", l'ancienne Fédération des maires des villes moyennes (FMVM) qui représente plus de 300 villes de plus de 15000 habitants, le sujet émerge. "Jusqu'à présent, nous avions tendance à attribuer la situation du commerce aux politiques menées par les municipalités. Or, les maires sont en train de s'apercevoir que c'est un phénomène global". "Des activités vont disparaître nécessairement, car le fonctionnement de l'économie a de moins en moins besoin d'un assise géographique. La généralisation de la connexion à domicile, la multiplication de smartphones, etc., dessinent la possibilité de l'ubiquité. Nul besoin de se rendre au guichet de la banque pour consulter son compte, d'aller au supermarché pour s'approvisionner en packs d'eau ou de lait, de passer à la librairie pour acheter un livre, de se rendre à la poste pour envoyer un document. Ce ne sont plus les gens qui bougent mais les marchandises".

L'avenue Saint-Ruf, la grande artère commerçante d'Avignon "extra-muros" dans sa partie la plus animée propose tout au plus une ou deux épiceries ou boulangeries, quelques rares cafés-tabacs, des banques et des pizzas rapidement préparées. Le commerce de bouche est en danger. "Il n'y a plus une seule poissonnerie ni une fromagerie dans tout Avignon" s'inquiète un habitant. Dans le Cher, 5 ou 6 boulangeries ferment chaque année. Après les "déserts médicaux", on voit apparaître les "déserts alimentaires". Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, on appelle "food deserts" les territoires dans lesquels une partie de la population ne peut se procurer de la nourriture de qualité (fruits et légumes) dans un périmètre parcourable à pied.

Les gouvernements font de la crise du logement leur priorité. La France aurait besoin de 500 000 logements neufs par an pendant 10 ans. Pourtant, dans les villes moyennes où vit plus d'un quart de la population, de nombreux logements sont vacants. La part des logements vacants évaluée à 8,3 % pour l'ensemble du pays en 2016 dépasse les 10% dans les départements de la "diagonale du vide", cette bande faiblement peuplée qui court de la Meuse aux Landes en passant par le Massif central et baptisée ainsi par les géographes. A l'échelle du pays, ce sont 2,93 millions de logements qui ne trouvaient pas preneur en 2016.

Je vais aller un peu plus vite. L'auteur évoque l'aspect transports publics dans les villes moyennes, les emplois créés ou supprimés, le désenclavement des villes, la suppression de lignes ferroviaires, la puissance des super et hypermarchés qui sont de plus en plus nombreux, sur le fait que les voitures ont du mal à se garer en centre-ville (et donc les gens vont faire leur marché en périphérie).

On est tous responsables de la mort des villes. Heureusement, en conclusion, l'auteur fait 40 recommandations pour comprendre la crise urbaine et y remédier. Je vous laisse les découvrir. J'espère que je vous ai donné envie de lire cet essai.

Parmi les remerciements de l'auteur, il remercie les lecteurs qui commanderont et achèteront ce livre dans une librairie de leur quartier, plutôt que de le commander sur A..zon et d'attendre la livraison qu'effectuera un chauffeur de camionnette pressé et sous-payé.

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jeudi 8 février 2018

Trois jours avec ma tante - Yves Ravey

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Trois jours avec ma tante d'Yves Ravey (Editions de Minuit, 187 pages) est le récit à la première personne fait par Marcello Martini, qui, en 2015, se trouve contraint de quitter le Liberia (comté de Grand Bassa) pour retourner en France, auprès de sa tante Vicky. En effet, cette tante fortunée, qui finance de bonnes oeuvres et vit dans une maison de retraite assez chic, vient d'arrêter le virement mensuel assez conséquent qu'elle versait à Marcello depuis presque 20 ans (époque où Marcello a quitté précipitamment la France avec un passeport fabriqué à la hâte). Vicky en profite pour déshériter son neveu au profit de Rébecca, la fille de ce dernier (que lui ne reconnait pas comme étant sa fille). Marcello se donne trois jours pour renverser la situation, et en particulier avec pour objectif que sa tante lui établisse un dernier chèque avec beaucoup de zéros... Au fur et à mesure que le récit avance, on en apprend de belles sur Marcello, délateur, négrier d'enfants au Liberia (il est sur le point de perdre son agrément auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés): il a, 20 ans auparavant, en tant que secrétaire particulier de sa tante Vicky, détourné des fonds avec un complice qui a fait de la prison. Par ailleurs, l'ex-femme de Marcello et mère de Rébecca veille sur les intérêts de Vicky et surveille donc Marcello... Ce qui fait le sel de ce roman, c'est la manière neutre qu'a Ravey de décrire simplement les choses, les faits, et de faire des révélations au détour d'une phrase. Il ménage un suspense jusqu'au bout. Marcello est une fripouille mais comme c'est le narrateur, on arrive presque à avoir de la sympathie pour lui et pourtant... Un roman distrayant que j'ai aimé et qui se lit vite.

Lire les billets de Keisha, Athalie pas convaincue et Pierre D.

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dimanche 7 janvier 2018

Festival "Rendez-vous du carnet de voyage" - Michel Renaud

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) vais rendre hommage à l'une des personnes assassinées il y a trois ans dans les locaux de Charlie Hebdo, mais moins médiatisée, depuis, que l'équipe rédactionnelle proprement dite. Michel Renaud s'est retrouvé sous les balles des assassins par malchance, au mauvais endroit, au mauvais moment (il ramenait à Cabu des dessins originaux de celui-ci). Je ne savais pas trop par quel biais l'évoquer: cet homme d'écriture ne semble pas avoir publié de livre? Né en 1945, après un début de carrière comme journaliste, il a ensuite gagné sa vie à partir de 1982 comme Directeur de la communication de la mairie de Clermont-Ferrand. C'est dans cette ville qu'il a créé (en tant que Président fondateur, et avec trois autres membres) l'association Il faut aller voir (IFAV), déclarée le 16/12/1997, avec comme objet de faire partager une certaine approche du voyage fondée sur la recherche de l’authenticité, notamment par la manière de voyager. Elle "regroupe des personnes attachées à découvrir d’autres cultures et d’autres horizons. L’IFAV promeut une forme de voyage qui privilégie l’autonomie et l’indépendance, qui permet de s’éloigner du tourisme traditionnel au profit d’une approche très centrée sur l’Homme, la découverte et le respect des différences. (...) Depuis l’an 2000, l’association Il Faut Aller Voir organise une manifestation artistique et littéraire autour du carnet et du récit de voyage :" le Rendez-vous du Carnet de Voyage [je cite le site internet]. "L’objectif de la manifestation est d’ouvrir une fenêtre sur ce support particulier qu’est le carnet de voyage, de donner à voir les nouveautés du genre, mais également de récompenser les plus remarquables." J'avais vu passer dans Charlie Hebdo n°1321 du 15/11/2017 l'annonce de la 18e édition, du 17 au 19 novembre, avec notamment la mention du prix de l'écriture Michel-Renaud. L'événement a ainsi survécu à son fondateur. Les rédacteurs de la page wikipedia consacrée à Michel Renaud ont fait le choix (argumenté) de mettre en avant sa passion des voyages plutôt que ses professions de journaliste ou de communicant. Toujours dans Wikipedia, la définition du carnet de voyage comme "genre littéraire" parle de croquis, dessins ou photos accompagnés de textes dispersés dans la page. Lors du "Rendez-vous" annuel, ce sont donc différents événements qui ont lieu: expositions de carnets, rencontres, tables rondes, attribution de plusieurs Prix... Ainsi, en 2014, lors de la 15e édition, Cabu avait remporté le Prix spécial du jury, pour l'ensemble de ses carnets de voyage. Par ailleurs, un autre festival sur le thème des carnets de voyages a aussi été créé à Venise à partir de 2011, "Matite in Viaggio", avec la participation de Michel Renaud.

Sa veuve, Gala Renaud-Romanov, rencontrée en 1988 en URSS lors d'un de ses voyages, avait contesté l'usage fait par Charlie Hebdo des fonds disponibles après l'attentat. Je n'entrerai pas dans le débat stérile de prétendre juger ce que vaut, financièrement parlant, la vie d'un homme. Mais je signalerai l'existence d'un livre d'entretien de Gala Renaud-Romanov par Marc Alexis Roquejoffre (sic), Michel Renaud, besoin du monde. Dans cet ouvrage édité en novembre 2017 à compte d'auteur (et qui semble très peu présent sur la Toile - peu de photos de couverture disponibles), Gala raconte son histoire avec Michel et l'amour qu'il portait aux voyages, aux rencontres et aux personnes. Une interview avec le co-auteur (via sa société de production), publiée sur youtube depuis le 16 novembre 2017, en était, hier 6 janvier 2018, à 104 vues.

Livre_sur_MichelRenaud     Lien Youtube - interview

Texte et photos. 112 pages. 15 €. Sous réserve que j'arrive à me le procurer, peut-être pourrai-je en parler davantage un de ces mois?

*** Je suis Charlie ***

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samedi 16 décembre 2017

Un homme intègre - Mohammad Rasoulof

Voici un film iranien marquant. Il a reçu le prix dans la section d'"Un certain regard" au dernier festival de Cannes, et, par ailleurs, le réalisateur a eu son passeport confisqué, il ne peut plus sortir d'Iran et risque six ans de prison. Mohammad Rasoulof n'est pas tendre avec la société iranienne qui vit dans la corruption et les versements de pots-de-vin. Dans son film, dès que les gens ont un petit pouvoir, ils en profitent. Les fonctionnaires de justice et de police en prennent pour leur grade. Ainsi que les banquiers...

Après avoir quitté Téhéran, Reza et sa femme Hadis se sont installés dans le nord de l'Iran dans une grande maison avec plein de terrain autour. Reza élève des poissons rouges, tandis qu'Hadis, grande et belle femme ayant du caractère, dirige un collège de filles dans la ville voisine. Ils ont un petit garçon d'une dizaine d'années. Reza a du mal a joindre les deux bouts et n'arrive pas à rembourser son prêt pour la maison. Cette maison et le terrain sont convoités par une société de distribution d'eau appelée "La compagnie". Reza est un homme incorruptible qui n'accepte aucune compromission. Sa famille et lui vont le payer cher, entre menaces, chantage et courte incarcération. On lui propose de racheter la maison à la moitié de son prix. Acculé, Reza ne veut pas céder. J'ai craint pour sa vie et celle de sa famille au vu de ce qui arrive à ses poissons rouges. Et pourtant, peu à peu, assez subtilement, entraîné par les circonstances, Reza va passer du statut d'opprimé à celui de maître et d'oppresseur. Il va même en arriver au meurtre. Le film comporte de très belles scènes dont une digne des Oiseaux d'Hitchcock et une autre où une maison brûle dans un paysage hivernal (le contraste des couleurs entre le jaune du feu et le gris de l'hiver est magnifique). Les seuls moments de douceur du film sont celles entre Reza et son fils, et quand Reza se réfugie dans une grotte où il prend un bain d'eau chaude. Par ailleurs, je remercie Strum (lire son billet très complet, il raconte beaucoup de l'intrigue) de m'avoir éclairée sur ce que Reza fabrique avec des pastèques: il en fait de l'alcool de pastèque. Je ne savais pas que cela existait. Allez voir ce très bon film qui ne donne pas envie d'aller vivre en Iran, ou même de le visiter (et c'est une voyageuse qui parle).

Au final, si je peux me permettre d'ajouter ce que je n'ai vu mentionné nulle part, le sujet m'a rappelé celui du film russe Leviathan.

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