lundi 21 décembre 2015

Poison City (second tome) - Tetsuya Tsutsui

Ceci est un second billet signé ta d loi du cine, squatter chez dasola, sur cette "mini-série" manga dont le thème m'avait accroché (cf. ma chronique du T.1). Ce second tome étant finalement sorti le 10 décembre 2015 (et non le 3 comme prévu), je reste dans les temps par rapport au délai que j'avais annoncé!

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Nous avions laissé notre mangaka (auteur de manga) en pleine discussion avec un éditeur américain. Sans raconter tout ce qui se déroule dans ce dernier volume, glosons qu'il donne une vision plutôt déprimante de ce que risque de devenir la création artistique (nous sommes bien dans une oeuvre "d'anticipation" puisque l'action se déroule en 2019). Je suppose que, pour Tetsuya Tsutsui, la question est de savoir si nous nous nous trouvons dès aujourd'hui, ou non, dans l'emballement d'un processus devenu non-maîtrisable (point de non-retour dépassé, comme pour le réchauffement climatique - le rapprochement est de moi!). Ce 2019 ressemble quand même beaucoup à un monde insidieusement sous contrôle: jugement sans appel sur des éléments subjectifs et non plus objectifs, sur des intentions supposées à partir de simples images; des instances décideuses qui refusent toute remise en cause de leur fonctionnement; un auteur stigmatisé comme un véritable coucou; et accessoirement des serveurs internet, normalement accessibles à toute la population, qui "plantent" à un moment crucial. Peut-être malheureusement que, s'il n'y a pas de prise de consciences des lecteurs permettant que dès aujourd'hui le public reconnaisse que les changements mis en évidence dans Poison City représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines (japonaises ou autres), alors ce qui apparait comme exagérément pessimiste sera simplement prémonitoire. Rendez-vous en 2020 pour voir... 


mercredi 2 décembre 2015

Poison City (1er tome) - Tetsuya Tsutsui

Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me glisse entre deux de ses billets pour présenter un manga dont le 1er tome m'a accroché et amené à "essayer" la chroniquette ci-dessous. Le second volume doit paraître demain 3 décembre: je tâcherai de le lire et de le chroniquer à son tour avant la mi-décembre!

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Dresser la chronologie du "seinen manga" Poison City (éditions Ki-oon) n'est pas simple. Dessinateur et scénariste, Tetsuya Tsutsui a mis en abyme fiction, réalisme et réalité dans cette oeuvre qui s'intéresse au milieu du manga au Japon. Sur 400 propositions qu'y reçoit chaque année une Maison d'édition, seules une vingtaine aboutiront à la publication d'une oeuvre, d'abord en magazine, puis, si le succès s'installe, en albums brochés (dont les royalties constitueront le gros de la rémunération de l'auteur, peu payé pour les planches originales publiées en magazines). Et si les droits sont achetés pour une publication à l'étranger, cela peut constituer le jackpot. Pas de droit à l'erreur, donc. Tetsuya Tsutsui a souhaité attirer l'attention du lecteur sur le risque que la liberté artistique se voie brider par des considérations morales, avec des "experts" qui s'arrogeraient un jour le droit de décider ce qui peut être vendu au public ou non. En 2019 (c'est demain!), le Japon s'apprête à accueillir le monde pour les Jeux olympiques, avec souci d'image à la clé. Cinq ans plus tôt, dans l'univers fictionnel, Mikio Hibino, jeune assistant mangaka, s'apprête à publier ses premières propres planches dans le mensuel (fictif) Young Junk (jeune bric-à-brac ?). Juste avant la parution, souci pour lui et son éditeur: un fait divers risquant d'être lié à l'histoire qu'il a dessinée, il doit la corriger. L'univers du manga commence donc à s'autocensurer. Retour dans le présent (fictif): pour être visible en librairie, les mangas passent sous les fourches caudines d'une commission animée par un puritain, ancien Ministre de la culture. Sans son visa, l'oeuvre est classée comme "déconseillée" ou même "nocive pour la jeunesse"... "Dans la vraie vie", Tetsuya Tsutsui avait appris par hasard, en 2013, que son manga Manhole avait été classé en 2009 comme "oeuvre nocive pour la jeunesse" dans le département de Nagasaki. Prépublié à partir du 10 avril 2014 dans le magazine Jump Kai, Poison City doit être transféré à partir d'octobre 2014 sur internet. Le 3 juillet 2015, l'oeuvre est distinguée en France par l'association des critiques de bande dessinée. Tetsuya Tsutsui a calligraphié ses remerciements pour ses "lecteurs français qui ont toujours soutenu son travail" le 10 juillet. Poison City nous montre différents échanges entre l'auteur, son responsable éditorial, les patrons de la Maison d'édition: un décryptage passionnant des dessous réels (notamment économiques) de l'univers du manga, et des contraintes qui pèseront peut-être demain sur la créativité: il faudrait la mobilisation des fans pour que le report reste minoritaire. A la fin du T.1 de Poison City, un éditeur américain (et pourquoi pas français?! NDLR) arrivait pourtant avec une proposition alléchante. Le dernier chapitre du second tome a été livré au Japon le 9 octobre. Ici, on l'attend avec impatience: rappelons qu'en France, la loi du 16 juillet 1949 avait instauré une Commission de surveillance et de contrôle pour les publications destinées à la jeunesse. Et aux Etats-Unis, dans les années 1950, le psychiatre Fredric Wertham a été à l'origine de la faillite de la plupart des éditeurs de "comics" américains, suite à la publication d'un livre liant lecture de comics et délinquance juvénile. Ne laissons pas Anastasie réaffuter ses ciseaux...

PS: merci à dasola pour les photos.
PS2: chronique du T. 2 le 21/12/2015.

mercredi 22 juillet 2015

Le combat ordinaire - Laurent Tuel

Voici encore un film intéressant à voir, sorti depuis une semaine: Le combat ordinaire de Laurent Tuel, qui a adapté le premier tome de la BD du même nom, dessinée et écrite par Manu Larcenet. Marco (Nicolas Duvauchelle), qui est sujet à des crises d'angoisse qui lui font parfois perdre connaissance, revient en France après une longue absence. Il a beaucoup photographié la guerre. Il voudrait photographier autre chose. Il retourne visiter ses parents en Bretagne près de Lorient. Son père qui a travaillé toutes sa vie sur les docks est maintenant retraité et en proie à des pertes de mémoire. Marco décide de photographier les dockers qui ont travaillé avec son père: il en fera un livre. Entretemps, Marco vit retiré en Dordogne dans un genre de grange aménagée. Il la partage avec un chat. Dans cette région, il va faire la connaissance d'un ancien d'Algérie dont on apprend qu'il a connu le père de Marco. Notre héros va surtout se transformer au contact d'Emilie, une jeune vétérinaire dont il tombe amoureux. Le film comporte quatre chapitres. La narration est limpide et j'ai trouvé que tous les acteurs étaient très bien. Un bon film. Lire le billet de Violette sur la BD ainsi que celui de manU.

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mardi 16 juin 2015

Jurassic World - Colin Trevorrow

Et voici, les dinosaures sont de retour, toutes grosses quenottes dehors. Ce film, Jurassic World (le 4ème de la franchise) réalisé par Colin Trevorrow et qui a été produit par Steven Spielberg est une suite avérée du premier Jurassic Park sorti en 1993. L'histoire se passe 20 ans après. Le parc Jurassic a réouvert au même endroit sous l'impulsion d'un laboratoire qui fait naître des animaux préhistoriques en les clonant ou en les créant de toutes pièces, comme l'Indominus Rex. Une grosse bête de 15 m de long, plus grande, plus forte, plus intelligente, plus dangereuse aussi, en un mot "meilleure". Mais les hommes ont oublié qu'on ne joue pas inpunément avec la nature. Dans ce parc visité par plus de 20 000 visiteurs, l'Indominus Rex s'évade de son parc de confinement (je vous laisse découvrir comment). Cet être hybride (mélange de raptor, tyrannosaure, seiche et grenouille) va semer la terreur, croquer quelques personnes au passage et provoquer le chaos. Heureusement qu'Owen Grady, employé du parc (il dresse les raptors) et Claire Dearing (c'est elle qui supervise tout ce qui se passe dans le parc) vont essayer d'affronter le monstre. Comme dans Jurassic Park, deux enfants sont essentiels à l'histoire. Là, il s'agit des deux neveux de Claire qui vont se retrouver face à face avec le monstre. Je n'en dit pas plus sur l'intrigue de ce film très bien fait (les effets spéciaux sont remarquables, on voit les progrès dans l'animation depuis 20 ans - je me suis précipité sur le DVD du 1er Jurassic Park avec mon ami dès notre retour du cinéma). J'ai eu souvent peur. La "French touch" est représentée par Omar Sy même si son rôle n'est pas très conséquent. Inutile de vous dire qu'une suite est envisageable. Le film remplit son contrat à nous distraire.

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samedi 31 janvier 2015

Imitation game - Morten Tyldum

Voici encore un film que je vous recommande. Il est sorti le 28 janvier 2015.

J'ai voulu voir Imitation game pour plusieurs raisons: d'abord pour l'acteur principal, Benedict Cumberbatch, dont le talent s'affirme de plus en plus depuis la très bonne série télé anglaise, Sherlock. J'ai été aussi attirée par le personnage principal de l'histoire, Alan Turing, dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce que j'écoute, il y a un an, une émission de France Inter qui lui était consacrée, Rendez-vous avec X (tous les samedis à 13H30). Et en outre, fin 2013 et 2014, j’ai trouvée passionnante une série anglaise appelée Enquêtes codées qui se passe dans le début des années 50. Ce sont des jeunes femmes intelligentes, douées, ayant beaucoup de mémoire et un bon esprit d’analyse, qui mènent plusieurs enquêtes. Elles sont restées liées depuis la seconde guerre mondiale, époque où elles avaient été choisies avec d’autres pour travailler à Bletchley Park, principal site de décryptage du Royaume-Uni.

Alan Turing (1912-1954), mathématicien de génie, propose ses services dès 1940 pour percer le secret de la machine de cryptage allemande Enigma. Il va travailler dans l’enceinte de Bletchley Park. Il est aidé entre autres par un linguiste, un champion d’échec et même un agent du renseignement (il en a recruté deux dont une jeune femme, en leur faisant résoudre une grille de mots croisés en un minimum de temps), mais c’est lui qui a l’idée de mettre au point la machine qui doit percer le secret d’Enigma.

Il faut dire qu’à la fin du film, on ne sait pas trop comment marche la machine appelée « Christopher » que Turing a conçue. Mais ce qui est intéressant est qu’Imitation Game nous fait le portrait d’un homme tourmenté, ostracisé depuis l’enfance (dans un sous-titre, des gamins le traitent de "youpin"), qui a été condamné par la société parce qu’il était homosexuel. Il s’est suicidé à 41 ans après un dur traitement de castration chimique. Il fut tout simplement l’inventeur de l’ordinateur. Il a été gracié et réhabilité seulement fin 2013 par la Reine d’Angleterre.

Concernant le film proprement dit, il n’a rien d’exceptionnel, mais j’ai été embarquée par cette histoire. La distribution est irréprochable. Un bon moment de cinéma. Lire les billets d'Alex-6, Sentinelle et celui de Ffred (assez déçu). 

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jeudi 15 janvier 2015

Six films vus et non commentés depuis le 01/01/15

Vu la très triste actualité de ces derniers jours, j'ai pris du retard dans mes chroniques "cinéma".

Voici un billet sur six films. Je recommande surtout et avant tout le dernier, le film sud-coréen, Hard day, assez jubilatoire.

The Riot club de Lone Scherfig: cette histoire de jeunes Oxfordiens issus de milieux très aisés et capables d'actes inqualifiable ne m'a pas plu. Les personnages ont tous un état d'esprit détestable. Si ce sont eux qui incarnent la future élite de la nation anglaise, ce n'est pas brillant. Des jeunes universitaires font partie d'un club très fermé, "The Riot Club", créé au XVIIIème siècle. Ils sont 10. Sous leurs airs proprets, ce sont des jeunes hommes redoutables, buveurs, prenant de la drogue, louant les services de prostituées. Parce qu'ils ont beaucoup d'argent, ils se sentent inatteignables. Je ne conseille pas du tout ce film réalisé par Lone Scherfig (An éducation), qui m'a vraiment mise mal à l'aise.

Astérix et le domaine des dieux d'Alexandre Astier et Louis Clichy est une réussite, tant du point de vue animation que de l'histoire. Alexandre Astier qui a écrit le scénario a ajouté des personnages, des situations, qui ne nuisent pas à l'album d'origine, bien au contraire. On voit même comment le pauvre Obélix n'est plus que l'ombre de lui-même faute de sanglier. J'espère que les prochaines adaptations des albums seront aussi convaincantes.

Les pingouins de Madagascar d'Eric Darnell et Simon J. Smith est un dessin animé plaisant, avec quatre pingouins "dans le vent" qui vont tenter de sauver leur espèce menacée par une méchante pieuvre voulant les transformer en monstres qui feraient peur aux petits enfants. L'intrique m'a fait penser, en plus enfantin, à celle de Moi, moche et méchant 2. Pas impérissable.

L'affaire SK1 de Frédéric Tellier retrace la traque et le procès assez rapide du "serial-killer" français Guy Georges, qui a violé et étranglé plusieurs femmes sur une période de presque 10 ans dans l'est parisien, avant qu'il ne soit trahi par son ADN. L'acteur qui interprète Guy George convient bien: il a un visage innocent malgré ses actes. Face à lui, Raphaël Personnaz, dans le rôle de l'inspecteur qui arrive à le démasquer, est très bien. Nathalie Baye dans celui de l'avocate est crédible quand elle recherche l'homme derrière le monstre. Mais j'ai trouvé la partie "traque" plus intéressante que la partie "procès". Film honorable. Lire le billet de ffred.

Valentin, Valentin de Pascal Thomas: après ses adaptations plus ou moins réussies d'Agatha Christie, Pascal Thomas a choisi un roman de Ruth Rendell que je ne connais pas (La maison du lys tigré). Je ne peux pas dire que cela lui réussisse beaucoup mieux. Valentin Fontaine est plutôt joli garçon. Il vit tout seul dans un grand appartement dans un immeuble peuplé de personnages atypiques, dont pas mal de femmes, jeunes ou vieilles qui ont le béguin pour lui. Il entretient une relation fougueuse avec Claudia (Marie Gillain), une femme mariée légèrement nymphomane. Sans oublier que Valentin a une mère interprétée à merveille par l'inénarrable Arielle Dombasle. Le couple de gardiens de l'immeuble joue aussi un rôle non négligeable dans l'intrigue. Dès le départ, on sait que le pauvre Valentin est mort assassiné, et une grande partie de l'intrigue consiste à savoir par qui. Gentillet mais sans plus. Marie Gillain en nymphomane n'est pas très crédible. Géraldine Chaplin en "pochetronne" m'a fait de la peine.

Je termine par Hard Day de Seong-hoon Kim, recommandé de manière très justifiée par FredMJG. Ce film m'a beaucoup plu car il ne souffre d'aucun temps mort, on est souvent surpris par l'enchaînement des événements, et il y a beaucoup d'humour. Go (détective à la police criminelle) et ses collègues sont coupables de malversations. Ils sont sous le coup d'une enquête interne. La "dure journée" du titre, Go part en voiture à l'enterrement de sa maman. Il a pas mal bu et renverse un homme qui meurt sous ses yeux. Ni une, ni deux, Go embarque le cadavre dans son coffre de voiture, et c'est à ce moment-là que les ennuis commencent. Quelqu'un l'a vu. Je ne vous en dis pas plus, mais si vous allez le voir, vous ne le regretterez pas.

lundi 12 janvier 2015

Pandas dans la brume - Tignous

En 2010, Tignous a publié Pandas dans la brume, un album de 60 pages de BD (drugstore / Glénat). Le thème (prétexte), c'est qu'il ne reste plus, en 2010, que 1600 pandas en "liberté" en Chine. Il s'agit de gags d'une planche, très rarement sur deux planches ou avec deux voire trois planches qui se répondent. L'album était en vente au salon Marjolaine en 2011, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'y avais acheté (le stand où j'étais bénévole était voisin de celui du WWF) [voir dédicace].

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Je me permets de citer les Directeur Général et Président (de l'époque) de WWF France ("lettrés" par Tignous en page finale): "Quand Tignous nous a proposé d'associer le WWF à son projet, nous avons tout de suite été séduits par cette idée aussi originale qu'insolite. Le WWF est une organisation scientifique caractérisée par son sérieux, traitant de sujets environnementaux (...). Mais face aux crises que nous traversons, l'humour peut parfois être un bien meilleur porte-parole. Brillant, percutant, provocateur, grinçant, insolent, choquant... Un humour décoiffant qui offre un bel hommage à nos derniers pandas. Tignous est leur ami."

Je ne vous scanne aucune planche dans le présent article. J'espère vous donner envie d'acheter l'album. Lisez-le (s'il vous plaît). Mais je vais en décrire trois, bien provocatrices.

Terre d'accueil (p.24): un panda amène une enveloppe à un autre.
"- Tiens, t'as du courrier!"
"- Ah! ... Ca vient de France!... ... ce doit être la réponse à ma demande de droit d'asile!... ... Les salauds... Regarde-moi ça!"
Monsieur, La Bambouseraie d'Anduze ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

Jeûne (p.15): deux pandas, assis dans une bambouseraie, du bambou dans les griffes:
"- Le panda passe 14 heures par jour à bouffer", rigole l'un.
"- Qu'est-ce qu'on se ferait chier si on faisait ramadan!", rétorque l'autre.

Danger (p.36): deux pandas discutant, de dos:
"- On ne pense qu'à nous. ... Mais il y a bien d'autres espèces en voie de disparition.
"- Y a l'orang outan (...) le tapir... [longue énumération à deux voix] (...) - Le tigre - Le tapir - déjà dit!"
de face, un panda hilare à un panda courroucé:
"- ... les profs de l'enseignement public!"

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 19 décembre 2014

Dora Bruder - Patrick Modiano / Orphelins de Dieu - Marc Biancarelli / Histoire de mes assassins - Tarun J Tejpal

Comme je prends du retard dans la rédaction de mes billets "livres", voici trois romans qui n'ont rien en commun mais que je tenais à chroniquer. Il y en a pour tous les goûts.

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Dora Bruder (150 pages, Gallimard) est le premier livre que j'aie lu de Patrick Modiano (tout arrive). Le fait qu'il ait eu le prix Nobel de littérature cette année y est certainement pour quelque chose. Dora Bruder n'est pas vraiment un roman, mais une enquête que Modiano a menée. Il s'est penché sur des annonces d'anciens journaux parus pendant l'Occupation à Paris. Une de ces annonces, datée de 1941, a attiré son attention: Monsieur et Madame Bruder recherchent leur fille Dora, 15 ans, née en 1926 à Paris. A partir de cette annonce, Patrick Modiano a construit son récit et fait des suppositions sur cette jeune fille juive et ses parents. Cela lui permet d'évoquer l'oppression, les lois anti-juives, les rafles pendant l'Occupation. Il en profite pour faire des allusions à sa propre enfance. L'écriture est fluide. Malgré les digressions, on ne perd pas le fil du récit. Un livre à lire. [Merci à K pour le lien vers le discours in extenso que Modiano a prononcé lors de la remise de son prix à Oslo.]

Je passe maintenant à Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli (Actes sud, 240 pages): l'action se passe en Corse pendant la première moitié du 19ème siècle. Vénérande, jeune fille courageuse au caractère bien trempé, demande à Ange Colomba, dit "L'Infernu", de venger son frère Charles-Marie, dit "Petit Charles". Ce dernier, un jeune berger, a été défiguré et a eu la langue coupée par des bandits, les Santa Lucia. L'Infernu lui-même, un homme usé et malade, a commis des horreurs dans sa jeunesse, c'était un homme sans foi ni loi. N'ayant plus rien à perdre (il va bientôt mourir), et peut-être pour se racheter, même si la grosse somme d'argent que lui propose Vénérande le décide tout à fait, L'Infernu part en compagnie de Vénérande à la poursuite des bourreaux de Petit Charles. Pendant leur voyage, L'Infernu raconte à Vénérande sa jeunesse tumultueuse et pas très recommandable. Ce "western" corse semble avoir beaucoup plu sur les blogs, ici et par exemple. Personnellement, je reconnais que c'est bien écrit, c'est une belle langue imagée, mais je ne peux pas dire que j'ai été passionnée par l'histoire. A vous de juger.

Je termine avec Histoire de mes assassins de Tarun J Tejpal (Buchet Chastel, 580 pages), un écrivain indien qui a écrit en anglais ce livre que j'ai emprunté en bibliothèque une première fois, fin juillet 2014. Il est resté six semaines sur une chaise sans que j'y touche. Je l'ai rendu en ayant une impression de frustrution, mais j'avais d'autres lectures en train. Début octobre, je reprends le roman en bibliothèque en me disant: "Je veux le lire". J'en avais entendu parler en bien depuis sa parution en 2009. Et enfin, je l'ai ouvert et je l'ai lu relativement vite. J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire de ces "presque" assassins d'un journaliste indien de New Delhi. Les histoires sont dures et on imagine des scènes insoutenables, mais le romancier a suffisamment de talent pour que je ne soit pas choquée par certaines descriptions. Il nous raconte surtout que ces hommes devenus délinquants, tueurs à gages, "dealers" de drogue ont d'abord été des enfants. L'un est musulman, un autre se défend au couteau, un autre encore a vécu parmi les serpents, un quatrième a été abandonné dans un train et a vécu plus de dix ans aux abords de la gare de New Delhi, sans oublier le cinquième qui pour venger ses soeurs violentées est devenu un tueur redoutable avec un marteau. On sait à la toute fin pourquoi et comment ils ont été réunis pour assassiner le journaliste (un double de l'écrivain?). Je suis contente d'avoir fini par lire ce roman qui m'a plu.

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dimanche 16 novembre 2014

Silex and the City - 5. Vigiprimate - Jul / Le perroquet des Batignolles (T.2): La ronde des canards - Boujut, Tardi et Stanilas

Voici deux BD que j'attendais avec une certaine impatience, le 5ème tome de Silex and the City et la suite (et pas encore fin) du Perroquet des Batignolles.

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Je commence donc par Silex and the City - 5. Vigiprimate de Jul (Editions Dargaud) où l'on retrouve, comme dans les quatre précédents (il paraît un tome par an), la famille Dot Com en -40 000 avant J.-C. Dans cet album, URL (le garçon) et Web (la fille) décident de quitter le "nid familial" et la vallée. URL part travailler dans une ONG dans le Maghreb paléolithique tandis que Web a gagné à la loterie sa "Darwin card" qui lui permet de partir aux USA (dans le néolithique) pour travailler. Elle rêve de faire du cinéma. Quant aux parents, Spam et Blog, ils décident de faire un voyage en amoureux au Maroc. Pendant sa mission, URL est enlevé par des terroristes. Je vous laisse découvrir comment il sera libéré avec d'autres otages grâce à Web. Une fois de plus, Jul fait une transposition de notre monde actuel dans la préhistoire avec beaucoup d'humour. C'est vraiment un album dans l'air du temps. J'attends bien entendu la suite.

Lire les billets sur les tomes précédents ici, ici et .

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Je continue avec Le perroquet des Batignolles - La ronde des canards de (Michel) Boujut, Tardi et Stanislas (Editions Dargaud). Je ferais remarquer qu'il y a eu un intervalle de trois ans entre la parution du premier album et celui-ci: c'est long. D'autant plus que cinq albums en tout sont prévus (d'après mes renseignements). J'espère que l'intervalle sera moins long avant le prochain. Je rappelle que cette BD est une adaptation d'un feuilleton radiophonique diffusé sur France Inter en 1997.

Nous retrouvons Oscar Moulinet, preneur de son à Radio France, dans sa quête de canards en or où sont dissimulés des bouts de bandes magnétiques. Ces bandes mises bout à bout délivrent un message énigmatique énoncé par Emil Schmutz, vendeur de faux tableaux. Le mystère s'épaissit. Le perroquet fait quelques apparitions indirectes. Il est pas mal question du quartier des Batignolles, de cinéma, de Lyon et de l'institut Lumière, du Louvre et du Radeau de la Méduse. C'est un album très coloré. A la fin de l'épisode, on n'est pas très avancé sur l'énigme et beaucoup de nouvelles questions se posent. Vivement la suite (dans pas trop longtemps, donc, j'espère).

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vendredi 26 septembre 2014

L'Ange gardien - Jérôme Leroy / Le détroit du loup - Olivier Truc

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Quand j'ai été chez ma libraire et que j'ai vu que ces deux romans étaient parus, je n'ai pas hésité une seconde à casser une fois de plus ma tirelire en ne tenant pas compte de ma PAL monstrueuse. J'ai d'ailleurs eu une remarque ironique de la part de mon ami à ce sujet.

Je commence par L'Ange gardien de Jérôme Leroy (320 pages, Edition Gallimard, Série noire) que j'ai lu en premier en moins de 24 heures. Je l'ai autant aimé que Le Bloc, le roman précédent de l'écrivain. L'Ange gardien se compose de trois parties dont les titres sont les noms des personnages principaux du roman:

- Berthet (le tueur à gages redoutable et sans état d'âme, la soixantaine, agent de l'Unité, une police parallèle). Devenu un témoin gênant, sa tête est mise à prix.
- Martin Joubert, qui s'appelait autrefois Denis Clément, ancien prof dans une ZEP à Roubaix, qui rédige maintenant des articles dans un journal d'extrême-droite même si ses idées sont plutôt de gauche. C'est lui que Berthet va choisir pour écrire son histoire avant qu'il ne soit trop tard.
- Kardiatou (Diop), une belle jeune femme noire issue d'un quartier défavorisé de Roubaix (justement), qui va devenir ministre et se présenter à une élection municipale face à une candidate d'extrême-droite, la fille du chef du "Bloc patriotique", dont on a fait connaissance dans Le Bloc.
Berthet veille sur elle depuis longtemps sans qu'elle le sache, il est son ange gardien.

C'est vraiment un roman agréable, le style coule tout seul. Jérôme Leroy est un très bon écrivain à découvrir, pour ceux qui ne le connaissent pas.

Je passe maintenant au roman Le Détroit du Loup d'Olivier Truc (Edition Métailié noir, 400 pages), dans lequel on retrouve Nina Nansen et Klemet (le Lapon), qui font partie de la brigade des rennes. Trois mois ont passé depuis la fin de l'histoire précédente. Nous sommes à la fin avril/début mai. Le temps d'ensoleillement augmente de jour en jour. Quand l'histoire s'achève le 12 mai, il dure 24 heures, il n'y a plus de coucher de soleil. La température extérieure atteint les 3 ou 4° maximum. C'est l'époque de la transhumance des rennes qui sont des bêtes craintives et assez envahissantes. Erik Steggo, un jeune Lapon marié depuis peu, tombe de sa barque et meurt noyé dans le détroit du Loup: un troupeau de rennes effrayés par quelque chose a provoqué des remous dans l'eau, et cela a entraîné la noyade du jeune homme tombé de sa barque. Nils Stormi, qui a du sang sami, est chargé de retrouver le corps. Nils exerce le métier hautement risqué de plongeur en grande profondeur pour l'industrie pétrolière. L'intrigue tourne en effet autour de la convoitise de riches industriels pour des terres occupées par les rennes. Le personnage de Klemet est devenu assez secondaire. En revanche, nous faisons la connaissance du père et de la mère de Nina. Cette dernière reprend contact avec eux à l'occasion d'une recherche dans le passé. Cela ne se passe pas très bien. Comme dans le roman précédent, il faut prendre le temps de s'acclimater à l'histoire touffue et aux nombreux personnages. C'est totalement dépaysant et j'attends le troisième tome en espérant qu'il soit peut-être un peu plus court. Lire le billet de Sylire.

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