lundi 25 décembre 2017

Makala - Emmanuel Gras / Le crime de l'Orient-Express - Kenneth Branagh / Coco - Lee Unkrich et Adrian Molina

Décidément la fin de l'année permet de voir des films passionnants. Voici d'abord un documentaire à ne pas manquer.

En République Démocratique du Congo, Kabwita  Kasongo vit pauvrement avec sa femme et ses jeunes enfants dans une cahute dans un village reculé. Le film commence quand Kabwita se met à abattre un arbre immense avec une simple hache à la force de ses muscles. Il y passe une journée entière. Le vent souffle. L'abattage de cet arbre m'a révoltée dès le début, avant que je comprenne à quoi il allait servir. Kabwita le débite, le met dans un grand four afin de le transformer en charbon de bois. Le soir venu, Kabwita parle avec sa femme qui s'occupe de la maison et de la cuisine. En l'occurence, elle fait griller un rat (vous avez bien lu) sur un brasier. C'est la seule viande qu'ils aient à manger. Kabwita rêve de construire une plus grande maison. Pour ce faire, il entasse le charbon de bois bien arrimé sur un simple vélo. A vue de nez, il y a plus de 100 kg de charbon sur ce vélo surchargé. Puis débute le périple de Kabwita qui va parcourir 50 km avec son chargement. Il marche en poussant le vélo. Le chemin caillouteux et empoussiéré monte et descend. Il manque plusieurs fois de se faire renverser. Le vélo va tomber au moins une fois. Des hommes vont l'aider à le redresser. Plus tard, arrivant aux abords à Kolwezi, il va être rançonner par des policiers. La caméra filme de loin cette altercartion. Sinon, le réalisateur filme au plus près des visages. Kabwita ne se laisse jamais abattre, il a beaucoup de courage et de dignité. La séquence finale dans un lieu de prière chrétien est étonnante. La force du film est qu'on oublie que Makala (charbon en swahili) est un documentaire. Il y a une dramaturgie et un vrai scénario. Du très grand cinéma. Chris le pense aussi. Aurore est en revanche plus interrogative.

Je passe rapidement sur Le crime de l'Orient-Express, deuxième adaptation au cinéma du roman d'Agatha Christie. Branagh qui interprète Hercule Poirot a un accent à couper au couteau. La scène du crime où l'on voit le corps de Ratchett alias Cassetti assassiné de 12 coups de couteau est filmée par le haut, comme si le wagon n'avait pas de toit. Parmi les suspects, Michelle Pfeiffer qui interprète Caroline Hubbard est bien, elle a un rôle plus étoffé que les autres. Et j'ai trouvé que Johnny Depp avait pris un coup de vieux. Sinon, c'est un film qui peut se voir.

Je termine avec le dessin animé Coco qui offre un festival de couleurs et de musique (et pas trop de chansons). J'étais partie pour voir Ferdinand (le taureau) et j'ai donc vu Coco avec un immense plaisir. Le film rencontre un succès mérité. J'ai été bluffée par l'animation. Au Mexique, au moment de la période du jour des morts, le jeune Miguel voudrait jouer de la musique. Malheureusement, sa famille, fabricants de chaussures depuis trois générations, a banni la musique et tout ce qui s'y rapporte depuis que l'arrière-arrière grand-père de Miguel, Ernesto de la Cruz, a quitté sa famille pour faire carrière comme guitariste. Ce jour des morts, tous les défunts de chaque famille sont célébrés. Les photos de chacun sont bien mis en évidence sur un autel dans un coin des maisons. La famille de Miguel ne déroge pas à la règle. Quand, à un moment donné Miguel s'empare d'une guitare et passe dans le royaume des morts, l'histoire prend de l'ampleur. Le scénario très bien écrit réserve plein de surprises dont un coup de théâtre. Je suis d'accord avec un des messages du film: les morts sont vraiment morts quand plus aucun vivant ne pense à eux. Un très bon film pour petits et grands.

Ceci étant, je vous souhaite un joyeux Noël!


vendredi 15 avril 2016

Mandarines - Zaza Urushadze

Si vous en avez l'occasion et que le film soit projeté par chez vous, allez voir Mandarines, un film estonien tourné par un réalisateur d'origine georgienne. L'histoire se passe dans les années 90 dans une vallée d'Abkhazie, dans le Caucase, où vit une minorité estonienne. Ivo, un vieux menuisier estonien, fabrique des cageots pour une dernière récolte de mandarines qu'a fait pousser son voisin Margus. La guerre civile est proche. Un soldat tchétchène et un Georgien en train de combattre dans des camps opposés sont gravement blessés, pas loin de chez Ivo qui les recueille et les soigne. Le Tchétchène se jure de tuer le Georgien dès qu'il sera sur pied. Le facteur humain et les éléments extérieurs font que ces deux hommes vont s'unir. Ce huis-clos à quatre personnages est prenant avec quatre comédiens excellents. Le film qui date de 2013 était en lice pour l'Oscar du meilleur film étranger en 2015. C'est peut-être pour cela qu'il est sorti en France: tant mieux!

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dimanche 14 septembre 2014

Gemma Bovery - Anne Fontaine / Mademoiselle Julie - Liv Ullmann

Pour la projection de Gemma Bovery en avant-première, on était une vingtaine dans la salle de 200 places. Pour Mademoiselle Julie, on était sept pour une contenance aussi de 200 places. Le point commun entre ces deux films, à part le fait qu'ils sont adaptés plus ou moins librement d'oeuvres littéraire et théâtrale très connues où les héroïnes ont des destins tragiques, et qu'ils sont réalisés par des femmes, est que je les ai vus dans le même complexe cinématographique au nord de Paris. Depuis son inauguration voici presque un an, je constate avec inquiétude, quand j'y vais, que les spectateurs manquent à l'appel. Je sais que ce complexe n'est pas très bien desservi par les transports en commun; en particulier, il n'y a pas de station de métro proche (mais il y a le tramway). Personnellement, j'y vais à pied, habitant à un quart d'heure de là. J'espère que ces salles vont voir leur fréquentation augmentée d'ici un ou deux ans. En effet, des milliers de logements sont en cours de construction dans cette partie nord de Paris (boulevard Mac Donald); de plus, une passerelle est en train d'être construite au dessus du périphérique pour relier cette partie de Paris à la ville d'Aubervilliers.

Pour en revenir à Gemma Bovery d'Anne Fontaine, le film est une adaptation du roman graphique de l'Anglaise Posy Simmonds qui s'est elle-même inspirée de Madame Bovary, le roman de Gustave Flaubert. Martin Joubert (Fabrice Luchini), marié et père d'un grand adolescent, est un ex-bobo parisien qui rédigeait des notules dans l'édition. Depuis quelques années, il a repris la boulangerie de son père dans une petite ville de Normandie. Il faut le voir pétrir sa pâte.  Cela n'empêche pas Martin d'avoir garder sa passion pour les beaux textes en général et pour Madame Bovary en particulier. Et il n'en revient pas quand il apprend le nom des nouveaux occupants de la maison voisine de la sienne: Gemma et Charly Bovery, un jeune couple d'Anglais. Gemma est une jeune femme rayonnante qui semble s'ennuyer, Charly n'est pas médecin mais il fait de fréquents déplacements à Londres, il vend du vin et accessoirement, restaure des objets. Joubert, qui est le narrateur du film et dont l'imagination n'a pas de limites, a l'impression que Gemma va connaître le triste destin de l'héroïne de Flaubert. Il n'a de cesse d'essayer de faire changer les choses mais en vain. Il assiste même de loin à la liaison entre Gemma et Rodolphe (pardon, Hervé dans le film, un jeune bellâtre). La réussite du film tient beaucoup au charme déployé par Gemma Arterton et j'ai trouvé Luchini vraiment très bien. Cela m'a presque donné envie de lire le roman de Gustave Flaubert (je ne l'ai jamais terminé) et pourquoi pas Anna Karénine (ceux qui verront le film que je recommande sauront pourquoi). Lire les billets de Cathulu ou Cachou.

Maintenant, je passe à Mademoiselle Julie de Liv Ullman qui a aussi écrit l'adaptation d'après la pièce (écrite en 1888) d'August Strindberg. Le film dure 2H10 et c'est son gros défaut. La pièce d'origine est courte et représente en général 1H30 de représentation sur scène. Le film m'a paru long, très long malgré les trois acteurs (Jessica Chastain, Colin Farrell et Emily Norton) qui sont formidables. La réalisatrice a à peu près respecté l'unité de lieu (un grand domaine), de temps (la nuit de la Saint-Jean) et d'action, le jeu de séduction entre Mademoiselle Julie, fille de baron, et Jean (John), le domestique, avec comme témoin Kristin (Kathleen) la cuisinière. Je trouve que c'est une oeuvre qui est intéressante mais qui a vieilli de par son sujet: une jeune femme de la "haute" qui veut séduire quelqu'un qui est d'une classe sociale inférieure, tout en le méprisant (comme elle méprise les représentants de la gent masculine). Ella agit envers lui avec condescendance. De même Jean et Kristin éprouvent un certain mépris envers Mademoiselle Julie qui a osé s'abaisser à leur niveau. La réalisatrice a ajouté des choses: on voit Mademoiselle Julie enfant dans le préambule, la musique est très présente et meuble les temps d'arrêt, cela n'ajoute rien. Dommage. Lisez plutôt la pièce. [Pour ce film, voir le billet d'Alex_6].

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mardi 24 mai 2011

Le polygame solitaire - Brady Udall

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Ce roman de Brady Udall (auteur de Le destin miraculeux d'Edgar Mint) dont le titre Le polygame solitaire (Editions Albin Michel, 735 pages) m'a intriguée, se passe dans les années 70 (avec des retours en arrière) parmi les Mormons (dans les états de l'Utah et du Nevada). Brady Udall nous parle plus précisément de la famille Richards, où Golden, 45 ans, l'homme de la famille, a 4 épouses et 28 enfants dont une fille, Glory, déjà décédée avant que le roman ne commence, et un garçon, qui décédera avant la fin du roman. On peut résumer en partie cette histoire en reprenant la première phrase du roman: "... c'est l'histoire d'un polygame qui a une liaison...". C'est aussi l'histoire d'un petit garçon, Rusty, qui aimerait bien que l'on s'occupe dzvantage de lui. C'est aussi l'évocation des essais nucléaires qui ont eu lieu dans cette partie de l'Amérique dans les années 50 et qui ont provoqué des dommages irréparables sur les individus. Et la polygamie, me demanderez-vous? Et bien, j'ai l'impression que tant les adultes que les enfants ne vivent pas toujours très bien cette condition particulière avec un père pas souvent présent. Ces enfants de polygames "polyg" sont montrés du doigt par les autres. Dans le roman, Brady Udall nous décrit comment Golden est devenu Mormon (un concours de circonstances) et le fait qu'il n'a pas choisi non plus les femmes qu'il a épousées: Berverly, Rose, Nola (ces deux dernières sont soeurs) et Trish, l'Eglise les lui ayant imposées. L'amour ne rentre pas vraiment en ligne de compte mais la tendresse semble présente. Cette religion, née au début du XIXème siècle, a des règles strictes. C'est pourquoi, quand Golden rencontre Houila (je vous laisse découvrir comment et ce qui s'ensuit), sa vie est chamboulée même si cette liaison reste platonique. Golden est entrepreneur du bâtiment, mais il a du mal à joindre les deux bouts, et il a surtout du mal à régler sa vie de famille. Les épouses plurales et leurs enfants respectifs logent dans des maisons séparés. Il y a des tensions, des jalousies. Rien n'est simple. Je dirais que j'ai beaucoup apprécié certains passages dont ceux concernant Rusty, 11 ans, l'un des fils de Rose. Comme l'a écrit le Washington Post, Brady Udall a l'art de faire parler et penser les enfants. Le début du roman (l'enfance de Golden) m'a aussi beaucoup plu. Quant au reste, même si je ne suis pas aussi enthousiaste que certaines blogueuses (Keisha ou Clara par exemple) parce que j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs, j'ai pris du plaisir en compagnie de cette famille atypique. Je confirme que ce n'est pas du tout une apologie de la polygamie, bien au contraire.

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vendredi 5 novembre 2010

Harold - Louis-Stéphane Ulysse

J'ai acheté, parmi d'autres, ce livre pour la bibliothèque dont je m'occupe, et j'en ai profité pour le lire. J'avais vu quelques critiques positives. J'ai été d'abord attirée par la couverture de ce roman, Harold (Edition Le serpent à plumes), qui représente Tippi Heddren et un corbeau dans ses bras. Tippi Hedren, pour ceux qui ne le savent pas, fut l'inoubliable actrice des Oiseaux (1963) et de Marnie (1964) d'Alfred Hitchcock. Quant à Harold, c'est le prénom d'un corbeau venu aux Etats-Unis avec son maître, Lazlo, en provenance de Hongrie en 1957. Sur place, et après quelques péripéties dont je ne dirai rien, Harold se retrouve chez un éleveur d'oiseaux, Chase, et c'est comme cela qu'il finit par arriver sur le tournage des Oiseaux. Harold permet à Louis-Stéphane Ulysse, que je ne connaissais pas (c'est pourtant son 8ème roman), d'évoquer le Hollywood du début des années 60, et en particulier le tournage du film Les oiseaux, pendant lequel "Hitch" éprouve des sentiments ambigus pour Tippi peu enthousiaste. Il veut en faire sa muse, mais on sent qu'elle le craint. Tippi (objet de désir) fascine tout le monde sur le plateau, en particulier Harold et Chase. D'autres personnages apparaissent, tels Lew Wasserman (patron des studios Universal à l'époque), Peter Lorre, Sean Connery, les redoutables frères Gianelli, Mickey Cohen, et bien d'autres. Car en arrière-plan, Louis-Stéphane Ulysse décrit les liens qui unissaient Hollywood et le monde de la pègre. Il fait aussi un aparté sur Abraham Zapruder, celui qui a filmé l'assassinat de Kennedy en 1963, et la fameuse image 313 manquante. Il est même fait mention d'un "snuff-movie" dont la doublure lumière de Tippi Hedren dans les Oiseaux, Eva Beaumont, fut la tragique héroïne. Et Harold, me direz-vous? Que devient-il après le tournage? Il reste dans l'ombre de Tippi. Il devient son ange-gardien, mais attention, Harold est jaloux et il peut être dangereux. Harold, roman foisonnant, se lit d'une traite grâce à ses chapitres courts. Il m'a donné envie de revoir le film Les oiseaux. Il est à noter qu'après Marnie, Tippi Hedren n'a plus jamais tourné de films marquants, et qu'Alfred Hitchcock (mort en 1980) ne tourna plus que 4 films, et il ne fut plus tout à fait le même.

PS: Pour celles et ceux qui passent par Paris, dans les prochains jours, je viens d'apprendre que Louis-Stéphane Ulysse dédicacera son roman à la Librairie Ciné reflet, le mardi 9 novembre 2010 à partir de 18h30.

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samedi 29 mars 2008

Astérix - Goscinny et Uderzo

En dehors de Tintin (hors catégorie), un de mes grands plaisirs de lecture de BD est Astérix en attendant de faire un billet sur Blake et Mortimer. Si je devais présenter cette BD à quelqu'un en ignorant tout, je dirais que Astérix, c'est surtout le génie des textes de Goscinny (décédé il y a 30 ans) complétés par les illustrations d'Uderzo. Astérix est inséparable de son ami Obélix (qui "n'est pas gros mais seulement enveloppé"). Ils vivent dans un village (dont on ne connaît pas le nom) en Armorique. Nous sommes en 50 avant JC. Toute la Gaule est envahie par les Romains. Obélix est tailleur et livreur de menhirs, il aime manger le sanglier et puis surtout, il adore donner des baffes aux Romains. Astérix est un guerrier qui n'a pas de métier précis. Les autres villageois qui apparaissent dans presque tous les albums sont: Panoramix le druide, et sa potion magique; Assurancetourix, le barde qui chante faux; Abraracourcix, le chef; et j'ajouterai Cétautomatix, le maréchal-ferrand; Bonemine, la femme du chef; Ordralfabétix, le marchand de poissons (qui ne sont pas toujours très frais) et Agecanonix, l'ancêtre du village. Ce village est le seul qui résiste à l'envahisseur, et pourtant il est cerné par 4 camps romains: Aquarium, Petibonum, Laudanum et Babaorum. Chaque album permet à Astérix et Obélix de montrer leur bravoure, leur force et leur débrouillardise dans différentes contrées, même en Egypte où ils rencontrent Cléopatre (qui a un fort joli nez). Leur mission accomplie, à chaque fin d'album, tout le village se réunit pour manger du sanglier et boire un petit coup. Seul le barde Assurancetourix n'y a pas droit (il chante trop faux). Les albums sont tous excellents et très drôles (Astérix et Cléopatre, Astérix Légionnaire, Gladiateur, aux jeux Olympiques, Le bouclier Arverne, Astérix chez les Bretons, chez les Helvètes, etc.). Depuis le décès de Goscinny, Uderzo écrit les textes et dessine les images. Je suis désolée de le dire, mais Uderzo est meilleur dessinateur qu'auteur. Les albums parus depuis le décès de Goscinny sont nettement en deçà, à part, peut-être, Le fils d'Astérix et Astérix et la Traviata.

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