Meurtre sur le Grandvaux - Bernard Clavel / Le pays où l'on n'arrive jamais - André Dhôtel
Les deux bouquins que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) chronique aujourd'hui ont quelques points communs. Ce sont tous deux des éditions J'ai lu (avec illustrations de couvertures signées Denise Antonini!), et tous deux parlent de voyages. Ils ont aussi été écrits par des écrivains dits "populaires"... et marquent peut-être tous deux que cette popularité est volatile au fil des décennies qui s'écoulent après le décès des auteurs. Dernier point: je les ai "chinés" (à quelques semaines d'intervalle, et dans deux bouquineries différentes) avec l'idée de les verser à la "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi.
André Dhôtel, Le pays où l'on n'arrive jamais, J'ai lu N°81, 1994
("1er DL dans la collection 1975" [? J'ai ...pas compris, puisque la parution du N°61 de cette collection J'ai lu remonte à 1959!], copyright 1955), 249 pages
Bernard Clavel, Meurtre sur le Grandvaux, J'ai lu N°3605, 1994
(EO Albin Michel 1991), 188 pages
Meurtre sur le Grandvaux ressort à la fois du roman noir et du roman "du terroir" (à la française). Il se déroule dans le Haut Jura, dans les années 1840. À l'époque, la population (rurale notamment) était en majorité sédentaire, les communautés étant organisées en autosubsistance. La "mondialisation" (commerce à longue distance) était pratiquée, par voie terrestre, par les "rouliers", un peu l'équivalent de nos "routiers" contemporains (qui conduisent des camions). Le "roulier", courageux conducteur de chariots, pouvait passer des mois voire des années loin de chez lui, tout en ayant en charge la commercialisation des produits qu'il transporte au loin. Ambroise Reverchon est l'un d'eux, dur, bon manager de ses intérêts, et capable de faire face aux dangers sur la route. Quand il revient à la ferme familiale, c'est pour apprendre que sa femme est morte et sa fille enceinte... des oeuvres d'un homme, dit-elle, qui préfère prendre la fuite que l'épouser. Papa va prendre les choses en main... Finalement, le (futur) gendre est plutôt brave gars: orphelin de père à 3 ans, il va se laisser conduire par le roulier. Mais c'est toujours le père qui mène sa maisonnée à la trique (au fouet, plutôt!). Il va être amené en toute logique jusqu'à ce que l'on pourrait hâtivement qualifier de "crime d'honneur", mais qui, à mon avis, n'entre pas dans la même logique culturelle. Un premier meurtre non prémédité l'amène à un autre, de sang-froid cette fois-ci.
J'ai appris en lisant cette oeuvre l'existence du métier de "boisselier", un genre de sous-tonnelier spécialisé dans les récipients cylindriques en bois, très utilisés dans nos campagnes (avant l'utilisation à grande échelle de la tôle galvanisée, puis du plastique).
Je vous mets un extrait (p.82).
"- Ton père, je peux te dire que c'est un fameux bonhomme! Quand je pense de quelle façon on s'est connus!
Elle se met à rire.
- Y peut être rudement dur, tu sais.
- Ca, pour le savoir, je l'sais! Sacrebleu oui, que je l'sais... Mais c'est un homme de justice. Et qui fera jamais l'ombre d'une crasse à personne. Jamais! Seulement, celui qui le cherche, il est sûr de le trouver. C'est tout. Et c'est très bien de la sorte!"
Et un autre, sur le "métier" du roulage et ses secrets, transmis de père en fils (p.77).
"Ambroise se remet à parler comme s'il poursuivait un récit jamais interrompu.
- Ce temps-là, je peux te garantir que j'ai connu bien pire, justement quand je suis revenu de Nijni-Novgorod. J'avais plus qu'une seule voiture. Je dirais pas que j'avais gagné des mille et des cents, mais enfin, je m'en sortais pas mal. Puis je ramenais des épices que je comptais bien revendre en route. Les épices, si on sait s'y prendre, c'est presque toujours de bon profit... Dans notre métier, le secret, c'est de jamais rouler à vide. Dès que t'as fait de la place, faut que tu trouves de quoi charger. Et toujours ce qui peut se revendre mieux, plus loin."
J'ai trouvé quelques blogs qui en avaient parlé: Thomas en a dit deux mots l'an dernier. CJB est nettement plus intéressant. Voir aussi Sab. Et Picardine (dernier billet en 2011). Pour ma part, j'avais déjà présenté sur ce blog l'an dernier un autre roman de Bernard Clavel, qui parlait de transport maritime (Cargo pour l'enfer).
Dans une autre des bouquineries que je fréquente, j’ai fini par craquer pour un titre que je connais depuis des décennies pour le voir dans des listes de collections en fin d’ouvrage, Le pays où l'on n'arrive jamais. Ici, je l’ai donc acheté non pas dans une édition Jeunesse, mais en J’ai Lu. Si je connaissais le titre, je ne savais rien sur son contenu ni même sur l’auteur.
Je dirais que j'ai lu ce livre comme un conte, qui fait bien entendu songer au livre d’Alain-Fournier Le grand Meaulnes, mais aussi à des livres jeunesse du XIXe siècle (Sans famille d’Hector Malo) ou contemporains de son écriture (dans les années 1950), comme La villa des grillons de Léonce Bourliaguet…
Il s'agit d'une histoire de voyages (mais aussi de "gens du voyage"), avec un côté merveilleux, des coïncidences incroyables, un cheval quasiment magique, des rencontres plus ou moins imprévisibles au départ, l’absence de contingences matérielles, la puissance de l’intuition irrationnelle qui guide bien des actions de nos jeunes héros… Mais un merveilleux qui n’a pas besoin de faire appel aux sorciers, zombies, elfes, vampires, loup-garous, dragons ou autres monstre imaginaires. On se laisse capter par le merveilleux de l’irréel où l’on pouvait encore parcourir un pays avec une carriole à cheval de ville en ville par les chemins creux en gagnant sa vie durant le voyage. Pour essayer de résumer l'intrigue en quelques mots, je dirai qu'un jeune garçon, élevé par sa tante parce que ses parents voyagent par monts et par vaux, fait la rencontre d'un gamin mystérieux, manifestement en fugue puisque recherché. Il va l'aider à aller jusqu'au bout de sa quête, et y retrouver ses propres racines. L'action se passe en bonne partie dans les Ardennes, à proximité de la frontière avec la Belgique.
En prenant un peu de recul, je me suis dit qu'on pouvait avoir l’impression que ce livre a été construit en brodant, en développant une série de rêves dont les séquences se succèdent.
André Dhôtel, né en 1900, est mort en 1991. J'ai du mal à comprendre pourquoi seul ce titre semble encore connu et le plus ré-édité de nos jours...? Bon, en vérifiant, je vois que certains de ses dizaines de titres semblent avoir bénéficié d'éditions au XXIe siècle. Mais je n'ai pas l'impression de les avoir souvent croisés. Son fils François veille pourtant à la mémoire de l'oeuvre de son père en s'assurant que ses manuscrits, correspondance et autres papiers personnels soient mis à disposition des chercheurs.
J'ai aussi trouvé un certain nombre de blogs qui avaient parlé de cet ouvrage il y a plus ou moins longtemps: Violette, La jument verte (dernier billet en mai 2023), Ellettres, Michel Santo, Karelia (dernier billet janvier 2021), Nadège (dernier billet juin 2021), l'ancien blog (canalblog) de A propos de livres.
Ce titre peut en tout cas être inscrit au challenge 2025 sera classique aussi organisé par Nathalie.
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Cela fait quelque temps que je souhaitais parler ici de cette "bibliothèque partagée" que j'ai mise en place en bas de chez moi.
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Pour dire quelques mots de l'histoire: l'idée m'en trottait dans la tête depuis quelques années. Ayant été assister à l'AG de copropriété en décembre 2024 (alors que je me contentais de donner pouvoir depuis quelque temps), j'ai pris la parole lors des "questions diverses" pour dire que j'avais envie de mettre en place ce que je connaissais dans plusieurs immeubles que je fréquente... Les réactions ont été contrastées. Deux jeunes femmes (propriétaires plutôt récentes) étaient enthousiastes, les propriétaires les plus anciens étant indifférents ou dubitatifs... J'ai dû m'engager sur un meuble de petite taille (discret), qui n'attire pas les regards des passants mal intentionnés, garantir que ça ne servirait pas de "poubelle" pour mettre seulement du rebut... J'ai commencé par (me) constituer un "fonds" avec des livres que je connaissais (ou du moins d'auteurs dont j'avais lu d'autres ouvrages - sauf exceptions!). Puis j'ai eu la chance de trouver dans un "box" qui devait être rendu à son propriétaire un joli petit meuble auquel je n'ai eu qu'à rajouter quelques étagères! Depuis deux semaines, 15 des 50 titres initialement déposés sont partis voire même repartis, j'en ai ré-injecté près d'une dizaine... Et ai eu le plaisir d'en voir arriver une demi-douzaine d'autres, déposés par d'autres résidents! Je finirai en signalant que 50 nuances de Grey (qui m'est tombé des mains!) n'a toujours pas trouvé preneur... ou preneuse!