Les piliers de la terre - Ken Follett
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C'est avec en tête déjà l'idée de mon challenge Les épais de l'été (3e édition) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais offert ce gros livre, premier tome paru d'une vaste saga, il y a quelques mois. J'inscris donc le présent billet non seulement aux épais de l'été 2025, mais aussi aux pavés de l'été 2025 de Sibylline et à la saison Eté des pavés "quatre saisons" chez Moka.
Ken Follet, Les piliers de la terre, Le livre de poche N°4305, 1050 pages
2016 (1ère éd. 1992, trad. Jean Rosenthal 1990, EO 1989)
De cet épais ouvrage, on peut dire qu'il dépeint une fresque monumentale, de laquelle il est possible de parler sous de nombreux angles. Pour moi, c'est d'abord une histoire de famille(s) et de fratries plus ou moins recomposées, qui se soutiennent ou qui s'affrontent, avec des liens d'amour ou de haine, de violences ponctuelles dont les conséquences se font encore sentir des décennies plus tard... Et pourquoi? Le mystère qui relie un certain nombre des personnages n'est dévoilé qu'à la fin du livre par l'un des derniers protagonistes survivants. Le prologue se déroule en 1123 et le livre s'achève en l'an 1174, sous le règne d'Henri II, roi d'Angleterre.
Si j'essaye d'en dire quelques mots: rien à voir avec Blake et Mortimer, mais deux jeunes frères, élevés par des moines, deviendront, l'un (Francis) un prélat conseiller des prétendants à la couronne d'Angleterre, l'autre (Philip) le puissant prieur du prieuré (fictif) de Kingsbridge, dont la cathédrale est ruinée au début du récit, cathédrale dont la (re)construction va occuper la majeure partie du livre. Le premier "maître bâtisseur" [= maître d'oeuvre] (Tom) a plusieurs enfants, légitimes, caché ou adoptif. L'antagoniste principal (William) violera la future épouse [bah non, je vous dis pas son prénom - pas si bête!] du fils adoptif (Jack - vous suivez?) qui continuera l'oeuvre dans le style gothique, mais son frère à elle tuera son mari légitime (Alfred) qui allait la violer derechef (vous suivez itou?) [bon, il aura fallu lire plus de 900 pages avant ça... Vous voyez bien que je ne vous raconte pas tout!].
Ce livre prend le parti de présenter l'Eglise comme l'un des tenants des pouvoirs médiévaux, en insistant bien davantage sur ce "pouvoir" que sur le besoin "spirituel" de la religion. Le comte local, le prieur, l'évêque, le roi même, sont des gestionnaires, des "meneurs d'hommes", managers d'entreprises, comme on dirait aujourd'hui, et comme ces "profils" particuliers de "leaders" (à compétences au-dessus de la moyenne, que la naissance, ou le hasard, permettent d'amener à éclosion) le seraient certainement devenus aux XIXe, XXe ou XXIe siècles.
Pour construire des destins de futurs "cadres", on peut donc s'interroger sur la part d'inné ou d'acquis (au-delà de la seule couleur de cheveux ou des traits du visage), sur la part de l'éducation, au sein d'une famille aimante ou pas... (même si le "projet" de Follett n'était sans doute pas le même que celui des Rougon-Macquart de Zola). Je crois que c'est Françoise Dolto qui disait quelque chose comme: "faites comme vous voulez pour élever vos enfants, quoi que vous fassiez, vous ferez mal".
Petit "bémol" adoucissant (affadissant?) peut-être un peu trop ce monde (réaliste) de brutes, j'ai trouvé que la "quête" d'Aliéna sur les chemins de Compostelle, son nourrisson sur les bras (pp.724-757), faisait quelque peu "Bibliothèque verte" ("livre pour la jeunesse" - bon, pas bibliothèque rose quand même): dans ce monde médiéval décrit comme fortement violent, il ne lui arrive rien de fâcheux, aucune mauvaise rencontre... Est-ce que seuls les Anglais étaient "barbares"?
Et pour finir, cet épais livre culmine (c'est ce que je me suis dit, du moins) en une magnifique parabole du combat jamais achevé entre dictatures et démocraties, avec un meurtre universellement connu, "[un] crime qui ne sera jamais, jamais oublié!" (p.1037).
Enna l'avait chroniqué pour les Epais 2024, Wakanda [Andrea, dernier billet en 2024] pour le Pavé 2014 (chez Brize). Plus loin de nous, le blog Hugin & Mugin l'avait chroniqué en 2008, Galleane en 2010, Oth67, Paco et Akialam en 2011, Lady of the blog en 2012. Ma toute petite culture en 2022 (dernier billet en 2023), Nanne (goût de lire) en 2021 (dernier billet en 2022), Yuko en 2018 (dernier billet en 2021)... [liste non exhaustive]
Je blaguais avec Blake et Mortimer en début de billet: plus sérieusement, signalons tout de même qu'est en cours de parution une adaptation en bande dessinée dont j'ai lu les deux premiers tomes parus (ça a d'ailleurs été mon premier contact avec l'oeuvre). Au final, Les piliers de la terre constituait donc le premier gros volume de Ken Follett que je lisais, je pense que ce ne sera pas le dernier.