Je ne veux plus y aller maman - Antonio Fischetti
C'est en février 2025 que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) commandé le DVD du film que j'évoque aujourd'hui. Celui-ci n'est passé en salle en IdF que très brièvement. Je l'avais vu annoncé dans Charlie Hebdo (qui évoquait également des séances commentées dans certains cinémas de province notamment). Il m'a fallu du temps pour arriver à en tirer une chronique.
Antonio Fischetti, Je ne veux plus y aller maman, 2024, 110 minutes
J'avais donc contacté par mail Les films de la Boussole (producteur), qui avaient répercuté mon mail à Aktis cinéma (distributeur), qui m'a indiqué que le DVD était disponible à la commande via Helloasso, par lequel je suis passé pour le recevoir chez moi. Je ne sais pas si on peut désormais se le procurer autrement ou non.
C'était près de 10 ans après le massacre d'une grande partie de la rédaction de Charlie Hebdo (dessinateurs et chroniqueurs), dont Elsa Cayat, qu'Antonio Fischetti a été amené à reprendre des "rushes" filmés longtemps auparavant, pour en tirer ce film, à la fois documentaire, hommage et introspection. Lui-même travaille à Charlie depuis 1997. Il y a une vingtaine d'années, il avait eu un projet de film pour interroger son propre rapport à la prostitution, ce qui l'avait amené à rencontrer Elsa Cayat (j'avais évoqué en mai 2020 le livre-entretien qui en était résulté).
Le film commence par un trajet à moto en "caméra subjective", accompagné de voix "off". Il y aura bien d'autres déplacements et trajets à moto d'Antonio Fischetti dans son film, fragmenté et kaléidoscopique. Certains de ces "fragments" dévoilent le contenu d'une dizaine de cassettes VHS d'échanges avec la psychanalyste Elsa Cayat, qui avait donc accepté, 20 ans avant, sa proposition pour un projet un peu fou de film (bien avant qu'elle devienne collaboratrice de Charlie et la seule femme assassinée le 7 janvier 2015). On y aperçoit aussi son "héroïne, la prostituée "Momo" (aujourd'hui décédée). Le lien avec la psychanalyse demeure essentiel: les différents entretiens (séances?) avec Yann Diener, qui tient aujourd'hui la rubrique psy dans Charlie, reviennent à plusieurs reprises. Du coup, une des interrogations semble être la raison de la participation à Charlie: peut-elle être vue comme une démarche "psychanalytique"? Elle est faite en tout cas d'exigence et de remise en cause, pour être sur d'avoir quelque chose de pertinent à dire (comme le dit une des interventions): "il faut accepter que, quand on dessine ou quand on rédige dans Charlie, on montre un peu son cul à tous les passants".
Ce que j'ai perçu entre les images, les voix off et les entretiens, c'est qu'Antonio Fischetti a longtemps été obsédé par le hasard d'avoir échappé au massacre parce qu'il était à l'enterrement de la soeur de sa mère d'une part, et par le fait que c'était lui qui avait amené Elsa Cayat à travailler à Charlie, d'autre part. Quand il a commencé à travailler sur ce documentaire, il a recouru à un financement participatif avec près d'un millier de donateurs ("je ne sais pas où je vais aller avec ce film, mais est-ce que vous voulez m'accompagner?").
Je dirais que le fond du film représente, à côté de cette introspection personnelle, un beau travail de mémoire incluant des opérations-hommages: demander au dessinateur Foolz de rajouter Elsa qui manquait sur une fresque de rue, filmer les autocollants que la fille d'Honoré colle pour que continuent à vivre les dessins de son père... Des sortes de "pèlerinages" vers les différents locaux qu'a connus le journal. Ainsi, il retourne avec l'ancienne attachée de presse de Charlie vers ceux de la rue Turbigo (ils croisent le patron du troquet où l'équipe déjeunait). On voit ses soeurs, qui ramenaient l'hebdomadaire d'humour contestataire à la maison au début des années 70, quand elles étaient en fac et que lui-même avait une dizaine d'années (il le lisait en mangeant ses tartines de goûter). Il évoque Cavanna et leurs origines "ritales" communes. Il va voir chez lui Willem, dernier survivant de l'équipe mythique, "dernier pont vers [son] enfance" (AF a pris conscience qu'il a aujourd'hui passé l'âge qu'avaient les dessinateurs qu'il découvrait dans son enfance...). Il se rappelle que, dans sa jeunesse, il était fasciné par les images "transgressives" de Charlie liées au sexe. Plus tard, la criminalisation est venue par Mahomet...
La forme de Je ne veux plus y aller maman pourra en désorienter certains (c'est sans doute fait exprès). Ce "film-concept", j'ai voulu le voir, mais je trouve difficile d'en parler à qui ne l'a pas vu. Je n'ai pas pu visionner les bonus qui ne semblent pas fonctionner avec mon lecteur de DVD (à moins qu'il faille être connecté d'une manière ou d'une autre?). Je me sens en tout cas tout à fait en accord avec ce qu'AF dit dans le petit livret qui accompagne le film: "être Charlie, c'est brandir le droit républicain d'être athée et de blasphémer".
*** Je suis Charlie ***