Deux procureurs - Sergei Loznitsa
J'ai vu hier soir la projection d'un film dont je suis sortie sonnée et je n'étais pas la seule à avoir cette impression dans la salle. Deux procureurs de l'Ukrainien Serguei Loznitsa (Une femme douce) est filmé dans un format carré pour l'image, avec des couleurs qui tirent sur le jaune, le gris et l'ocre avec un peu de rouge. Le film est composé de plusieurs séquences marquantes, dont celle qui se passe en prison avec des montées et des descentes d'escaliers qui aboutissent à des sas, des grilles et des portes massives qui se déverrouillent ou se verrouillent. Des gardiens mutiques avec des visages fermés font peser une menace latente. La séquence suivante, toujours en prison, où Kornev, un jeune procureur diplômé depuis trois mois, rencontre le prisonnier Stepniak, un vieux Bolchévique, celui à cause duquel Kornev va sceller son destin. Il faut que je pose le cadre: nous sommes à Briansk, en Russie, en 1937, en pleine terreur stalinienne. Des milliers d'individus croupissent en prison de manière arbitraire et beaucoup sont torturés sans de vrais motifs. Kornev est un homme idéaliste et certainement naïf quand il va plaider la cause de Stepniak auprès du procureur général Vychinsky à Moscou, après un voyage en train où un mutilé de guerre n'arrête pas de parler dans un wagon surpeuplé. Kornev est un jeune homme patient qui attend des heures que le procureur le reçoive. Et le spectateur attend avec lui. On peut noter que le bureau du procureur général ou plutôt son immense salon/salle à manger donne beaucoup de solennité à l'entretien. Il y a de la distance dans la manière de filmer et c'est ce qui donne force au propos. Le scénario est adapté d'un livre de Gueorguy Demidov, qui a connu le goulag pendant plusieurs années. Il faut noter l'interprétation assez extraordinaire de tous les acteurs qui n'ont font jamais trop. Un très très grand film que vous devez voir s'il passe par chez vous. Lire les billets de Miriam et Pascale.