Heidi jeune fille / Heidi et ses enfants - Charles Tritten
Encore une fois, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai pas réussi à finaliser à temps afin de le faire paraître pour la date que j'aurais souhaité (15 novembre...) le billet de ce jour. J'y présente deux vieux livres "jeunesse", dont les premiers propriétaires des volumes photographiés ci-dessous que j'ai trouvés d'occasion pour une bouchée de pain (oui, moins du prix d'une baguette "de tradition" pour les deux!) ont probablement des petits-enfants voire des arrière-petits-enfants aujourd'hui. Je devrais pouvoir les inscrire pour trois ou quatre challenges...
Heidi jeune fille, 152 pages
Heidi et ses enfants, 147 pages
Ces deux volumes sont parus chez Flammarion,
avec en date d'impression / dépôt légal "1er trim. 1958".
/image%2F1203477%2F20251117%2Fob_015126_heidi.jpg)
J'avais eu l'occasion, il y a un an, de lire (sans le chroniquer) le premier tome de la "saga" Heidi, disponible dans le "système de prêt de livres" de l'AMAP dont je fais partie. Ce livre (simplement titré Heidi en français, mais dont le titre original signifiait "L'apprentissage et les années de voyage de Heidi") a été publié en 1880 par l'autrice suisse alémanique Johanna Spyri (1827-1901). Elle a publié un second volume en 1881, titré Heidi grandit en français (signification du titre original: "Heidi peut utiliser ce qu'elle a appris"), que je n'ai pas lu.
Une cinquantaine d'années plus tard, le Suisse Charles Tritten (1908-1948, né et mort à Lausanne), qui fut l'un des traducteurs en français de Heidi, a écrit des suites à l'histoire. Bizarrement, les deux titres que je vous présente aujourd'hui, dans leurs éditions de 1958 présentées en page de garde comme "suite inédite de Heidi et Heidi grandit de J. Spyri, adaptation nouvelle", ne font aucune mention du nom de Charles Tritten. Question de droits? D'absence d'ayants-droits? Je ne sais pas. Ces deux volumes semblent avoir été publiés pour la première fois respectivement en 1936 et 1939.
Heidi jeune fille, le premier de ces deux volumes, pourrait s'appeler "Heidi au pensionnat" ou "en pensionnat". Le grand-père est toujours vivant dans son chalet d'alpage, et un vieux docteur semble être devenu le "parrain" de notre fillette des montagnes. Heidi débarque à Lausanne, "son violon serré sous le bras", alors que Claire, la jeune fille qu'avait connue la jeune montagnarde Heidi dans le premier tome, poursuit de son côté son voyage en train. Heidi doit passer une année à l'ancien pensionnat de Claire. Un pensionnat suisse? Il ne faut surtout pas s'imaginer un immense bâtiment sous la tutelle des autorités. C'est une "entreprise privée" tenue par une "vieille fille" qui organise son petit business (embauche d'enseignants...) pour "éduquer" (au moins autant qu'instruire?) des fillettes (sept, avec Heidi?) dont les parents ne s'occupent pas directement, pour diverses raisons (ils payent!). Cet univers m'a fait songer au roman Petite princesse (de Frances H. Burnett, édition originale en 1905) lu il y a bien longtemps en "Rouge & Or". Aujourd'hui, quand on pense "internat", on pense d'abord "réussite aux examens scolaires", "bonnes études" et "bonne préparation à l'enseignement supérieur" pour les "élèves". À l'époque, il s'agissait surtout de préparer les "pensionnaires" à être de futures bonnes épouses et mères! Bref, Heidi s'intègre, se fait des amies, et emmène la plus proche (Jamy) en vacances à la montagne! Retour chez les chèvres, avec un nouveau gamin chevrier à apprivoiser aussi, entre autres péripéties enfantines d'un monde suranné (monde de bisounours!). S'ensuit, p.88-89, une ellipse de quelques années, au bout desquelles Heidi est nommé institutrice, métier qu'elle a choisi, dans le village de son choix également. Héritière tant de son grand-père que de son parrain, elle n'a pas besoin, en fait, de travailler pour vivre, mais souhaite "s'occuper" semble-t-il... Heidi va devoir "apprivoiser" gamines et gamins pauvres, les peigner (et offrir de sa poche des peignes), apprendre aux filles à coudre pour réparer leurs guenilles (achat de mercerie...), loger un orphelin doué pour le dessin...
Dans le dernier chapitre (deux pages, "cinq ans plus tard"), il est temps de se marier (avec son amoureux d'enfance, Pierre)!
Avant Heidi et ses enfants, que je présente ci-dessous, semble prendre place un volume publié en 1938 et titré Au pays de Heidi, dont j'ignore le contenu.
Dans Heidi et ses enfant, la vie suisse semble présenter un côté rassurant, intemporel et immuable (l'auteur se plaçant dans la continuité de la saga, donc au commencement du XXe siècle, alors que ces volumes ont été écrits à l'approche de la Seconde guerre mondiale). Heidi est mariée et mère d'un garçon de 13 ans (Henry), d'une fille de 11 ans (Annette) et d'un garçon de 7 ans (Paul). Au début du livre, une lettre annonce la visite, depuis l'Amérique, de Jamy elle-même mariée et mère de famille (Georges, 12 ans, et Margareth-Rose, 10 ans).
Pour ma part, j'ai trouvé Heidi et ses enfants quelque peu dégoulinant de bons sentiments. Par exemple, j'avoue avoir rigolé en lisant, p.100, alors que les deux petites familles partent "en voyage" pour visiter la Suisse durant un mois: "- Ce sera un voyage d'agrément, commença Heidi, mais nous joindrons l'utile à l'agréable; je vous expliquerai et vous raconterai, en cours de route de nombreux points d'histoire et de géographie, dont vous vous souviendrez, j'espère. (...) - Pourrons-nous aussi herboriser? demandèrent Georges et Henry. - Cela va sans dire, confirmèrent ensemble les deux mères, heureuses de constater que les enfants s'intéressaient à des choses sérieuses."
J'ai relevé que si la guerre de 1914-1918 s'étend sur une grande partie du volume, il n'y est guère fait allusion autrement que par le fait que la famille américaine, venue passer quelque temps en Suisse en rendant visite à Heidi, ne peut quitter le pays que quatre ans plus tard. Jamy a dû faire un beau mariage: au début du livre, Margareth-Rose, de santé fragile (asthme) était accompagnée de sa nurse, elle-même suisse). Un chapitre de 14 pages commence par décrire la vie d'une famille pauvre et se conclut quand Jamy récompense le père de famille d'avoir repêché Georges tombé dans un torrent!
A plusieurs reprises encore, on a droit à des récits" plutôt qu'à des péripéties, quand Heidi raconte des légendes, ou des "hauts faits d'armes" suisses, ou encore une histoire dans l'histoire qui s'étend sur plusieurs dizaines de pages (64-98), pleine de bons sentiments: une jeune fille placée auprès d'un couple riche (baron et baronne...), Lucie, les quitte pour se marier, malgré leurs conseils, avec leur domestique. Elle est abandonnée avec sa fillette (Yvonne) lorsque celui-ci part chercher en Amérique la vie meilleure qu'il ne trouve pas en Europe puis cesse bientôt de donner des nouvelles. Le jour même où Yvonne cherche à trouver de l'argent en vendant des fleurs aux touristes, pour faire venir le docteur qui soignerait sa mère gravement malade, devinez sur qui elle tombe? Le vieux baron, désormais veuf. Le lien avec Heidi? C'est celle-ci qui, lors de deux veillées, conte cette belle histoire.
Enfin (p.146), "par une belle soirée de novembre, les cloches de Dörfi, celles de Mayenfeld, comme celles de toutes les villes et villages de Suisse et du monde ont sonné pour annoncer la fin de cette longue guerre"... et les Américains peuvent rentrer chez eux. "Nous ne vous disons pas Adieu, murmura Jamy, mais Au revoir... peut-être qu'un jour...".
Charles Tritten a encore écrit Heidi grand-mère (1941), que je n'ai jamais croisé non plus. Ci-dessous les "doubles pages" où la page de titre du premier ne mentionne pas le nom de Charles Tritten (la liste des titres Heidi est annoncée "Dans la même collection", sous Johanna Spiry). Le second est ambigu (en parlant toujours de "Suite inédite" tout en créditant Charles Tritten pour Heidi Jeune Fille). En tout cas, les textes disponibles en édition numérique via la "bibliothèque suisse romande" sous le nom de Charles Tritten (d'après les éditions originales) semblent bien être les mêmes que ceux de ces éditions Flammarion!
Même si je n'ai pas réussi à tenir le délai, j'inscris ce billet avec ces deux oeuvres pour le challenge Escapades en Europe – Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe, dont le thème pour novembre était "Suisse alémanique". Une fois de plus, j'effectuais un petit "pas de côté" puisqu'il s'agit de "suites" qui ne sont pas dues à l'autrice initiale (suisse alémanique), mais à un "continuateur" originaire, lui, du canton de Vaud (Suisse romande). Par contre, c'est sans conteste que ces deux volumes peuvent participer aux challenges Littérature jeunesse chez Pativore et 2025 sera classique aussi! organisé par Nathalie. À toutes fins utiles, je signalerai à celle-ci que le volume Heidi et ses enfants contient des allusions au déclenchement de la guerre de 1914 vécu en Suisse (famille américaine qui ne peut en repartir, mari de Heidi mobilisé...) et à la fin de celle-ci quatre ans plus tard (retour à la maison...). Mais je ne sais pas si cela peut suffire pour inscrire ce titre à ses "Pages de la Grande Guerre"!
/image%2F1203477%2F20251117%2Fob_665dbe_quatrelogos-2025.jpg)