Il s'appelait... le soldat inconnu - Arthur Ténor / Le royaume de Kensuké - Michael Morpurgo
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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réunis dans ce billet deux livres "jeunesse" qui me permettent de poursuivre mes participations au challenge Littérature jeunesse 2025-2026 de Pativore (les deux mentionnent "à partir de 10 ans"). Mais chacun peut participer à (au moins) un autre challenge...
* Michael Morpurgo, Le royaume de Kensuké, Gallimard Jeunesse,
coll. Folio junior N°1437, 2010 (DL 2007, trad. 2000, EO 1999), 157 pages
* Arthur Ténor, Il s'appelait... le soldat inconnu, Gallimard Jeunesse,
coll. Folio junior N°1313, 2005 (DL 2004), 148 pages
J'ai été étonné (et amusé en même temps) en ayant l'impression que les deux volumes, de format et épaisseur équivalents, ne semblaient pas peser le même poids. Vérification faite, Le soldat pèse un peu plus de 400 g, contre quelque 750 pour Le royaume. Je pense que cela est dû à la qualité du papier, liée au fait que le plus lourd (papier un peu glacé) contient nombre d'illustrations en couleurs cependant que l'autre ne contient que du texte. Mais je n'ai pas fait d'analyse plus approfondie pour vérifier ce qu'il en est de la politique de la collection en fonction des dates et/ou pour d'autres titres contemporains!
Je commence par Il s'appelait... le soldat inconnu. Cette fiction débute en 1896 dans une cour de ferme française, par l'attente de la naissance d'un premier-né. Le futur père au futur grand-père: "- Et si c'est une fille? - Et alors? réplique le tout-nouveau grand-père. Comme ça, elle ira pas à la guerre. Mais elle fera plein de marmots, et le bon Dieu sera content." L'ambiance est donnée (et, oui, on accouchait à domicile, à l'époque). Fin du deuxième chapitre p.15, le gamin (François) a 10 ans et tombe amoureux, le jour de la rentrée des classes. "Guerre des Bouses" avec d'autres garnements (qui rappelle évidemment La guerre des boutons de Pergaud), le chef des antagonistes se prénomme Alphonse. Chapitre 7, l'amoureuse de François, Lucie (qui se trouve être la fille de l'instituteur), revient de pension, cependant que lui, qui n'a pas eu l'occasion de poursuivre ses études au-delà du certificat d'études, est devenu apprenti menuisier (tout en continuant à aider à la ferme). Mai 1914, entre deux taquineries dans la grange à foin, les deux jeunes se demandent ce qu'ils feraient s'il y avait la guerre. "J'irais, évidemment!" répond François. "Alors j'irai aussi!", clame Lucie (p.45), avant de passer à la phase "lutte romaine". 1er août 1914, l'ordre de mobilisation générale est placardé. Les non-mobilisés volontaires pour s'engager doivent avoir 19 ans, semble-t-il. François appartient à la "classe 15" [ou la classe "16" qui devrait être appelée en 1915?]: pas sûr que la guerre dure jusque-là, pense-t-on. Le premier mort du village est un copain de François, Gustave (engagé volontaire). François est appelé en avril 1915, alors que Lucie est déjà aide-soignante dans un hôpital militaire de la région.
J'ai pris la peine de faire la vérification: en 1914, la mobilisation générale (près de 3,8 millions d'hommes) a concerné les hommes ayant déjà effectué leur service militaire de deux ans [les "3 ans" n'ont été votés qu'en 1913] à leurs 21 ans, et appartenant ensuite à la "réserve de l'armée d'active" jusqu'à leurs 34 ans. Quant aux engagements volontaires, la loi du 7 août 1913 (dite "loi des 3 ans") parlait dans son article 25 d'engagement dit de "devancement d'appel" à partir de 18 ans (je n'y ai pas trouvé mention d'"engagement pour la durée de la guerre"), contre un engagement de trois ans "normal" dans l'armée d'active. La loi de 1905 parlait, elle, de "18 ans accomplis" pour un engagement dans l'armée d'active. Le 6° de son article 50 prévoyait que "le mineur de moins de vingt ans doit être pourvu du consentement de ses père, mère ou tuteur". Un décret du 16 septembre 1914 du gouvernement replié à Bordeaux assouplit ces conditions (en cas d'empêchement du père, "notamment par le fait de guerre", de donner autorisation...), il semble avoir été ratifié début 1915, en même temps qu'une trentaine d'autres décrets identifiés alors comme "illégaux", par une loi votée par l'Assemblée nationale (vous avez dit "Union sacrée"?) [cf. débats au Sénat].
Bref, revenons à notre jeune héros. Trois mois de "classes" lui apprennent le maniement des armes avant le départ au front (fin juin 1915). Baptême du feu et première mort d'un copain (éclat d'obus) à côté de François: c'est moins glorieux que prévu, la guerre, en vrai. Il préfère faire prisonnier un Allemand de son âge que le laisser tuer.
Pendant ce temps, à l'arrière, à la ferme, les animaux (cochon, boeuf, vache, cheval...) ont été réquisitionnés, pour la nourriture ou pour le travail. Une lettre de François, très rassurante, arrive (en parallèle, Lucie en reçoit une autre, nettement plus désabusée, au bout de 10 jours en première ligne). Les tourtereaux se retrouvent (on ne sait pas trop la date) alors qu'ils sont de retour au village, l'une en convalescence (elle a pris une église-hôpital sur la tête - blessure légère), l'autre en permission pour 10 jours... Retour dans la grange à foin et conclusion probable. Mais direction Verdun pour François (p.116). Pendant qu'il tente en vain de sauver Alphonse, gazé, tout en se faisant blesser, son père a une attaque dans sa ferme... et je vais arrêter là (fin du chapitre 21, p.126). Il reste quatre chapitres, jusqu'au 11 novembre 1920.
Des écrits sur la première page m'apprennent que la propriétaire précédente de ce volume était en CM2 quand elle l'a eu (l'a-t-elle lu?). D'autres blogueurs ont évoqué ce titre, entre autres L'amie des livres, Pimprenelle (dernier billet en 2016), Calypso. L'auteur lui-même possède un blog, et j'y ai trouvé intéressant qu'il y évoque un commentaire erroné sur l'un de ses autres titres.
[Edit du 13/11/2025: ... et même un épilogue inédit.]
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Ah, et saurez-vous comprendre pourquoi j'ai annoté mon exemplaire comme "publié 105 numéros trop tôt!"?
J'inscris bien entendu ce titre pour une participation au challenge Pages de la grande guerre (2025), dont se charge Nathalie depuis 2024.
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Poursuivons par Le royaume de Kensuke. Du même auteur (Michael Morpurgo), je me rappelle avoir lu il y a quelques années Le cheval de guerre (qui aurait aussi eu toute sa place dans le challenge repris par Nathalie).
Ici, le jeune personnage principal, anglais, se prénomme Michael (!). Il est né en juillet 1966, peu avant les "années Thatcher". Jusqu'à ses 11 ans, sa famille (père, mère, chienne [Stella Artois] et lui) vivait tranquillement, ses parents travaillant dans une briqueterie, avec comme loisir familial la pratique de la voile sur le lac local. Puis arrive la lettre de licenciement: ses deux parents perdent leur emploi. Misère... Le gamin trouve un job de distributeur de journaux... et le père quitte le foyer, voyant que son fils ramène davantage d'argent que lui à la maison, pour le Sud de l'Angleterre. Il les appelle au téléphone depuis Fareham, près de Southampton. Y vendant sa voiture, il y a acheté un voilier de 12 mètres (Peggy Sue), pour partir faire le tour du monde... en famille! C'est la mère qui skippera, après des semaines d'entraînement des deux parents par un vieux loup de mer et après avoir obtenu son diplôme. Levée de l'ancre le 10 septembre 1987 (p.19). De la p.27 à la p.40, nous avons droit à des extraits du "journal de bord" tenu par Michael: Afrique, Brésil, Australie, etc. Mais la veille de son 12e anniversaire (28 juillet 1988)...
... Il tombe à l'eau, en plein Pacifique et en pleine nuit, alors qu'il devait être seul à la barre, en essayant de ramener Stella Artois (qui ne portait pas son harnais de sécurité - et lui non plus du coup) tout en empêchant son ballon de foot fétiche de passer par dessus-bord, ballon qui va lui servir de bouée quelque temps, avant qu'il soit tiré de l'eau. Réveil p.46, par le hurlement de singes, sur une plage déserte. Pas d'eau, pas de nourriture. En bon naufragé, il se dirige vers une hauteur: c'est une île (p.50). Il trouve une grotte pour dormir. Le lendemain, Stella Artois découvre deux écuelles pleine d'eau, et une boite en fer-blanc emplie de tranches de poisson cru et de petites bananes. Le gamin a le bon réflexe de remercier à la cantonade. p.62, il arrive à allumer du feu... ce qui dérange le maître des lieux.
Celui qui a éteint son feu est un vieil homme, qui baragouine quelques mots pour lui interdire de faire du feu et de sortir de sa "moitié d'île": lui, Kensuké, "son île", fait-il comprendre. Le garçon va vite s'apercevoir qu'il est incapable trouver suffisamment de nourriture tout seul, et reste tributaire de celle qui lui est octroyée. "On" finit par lui offrir un tapis et un lit (il remercie à la cantonade). Il lui est déconseillé de nager dans la mer, toujours interdit de faire du feu pour alerter les bateaux passant au large... Quand Michael, par défi, va nager, il est attaqué par une physalie. Kensuké lui sauve (une fois de plus!) la vie.
Nous sommes p.93. À partir de là, les deux naufragés vont vivre ensemble et s'apprivoiser, Kensuké racontant sa vie, ouvrant Michael à sa "zénitude", à sa méticulosité et à son art (le gamin apprend à peindre, à pêcher...). En échange, Michael lui réapprend à parler anglais, lui parle du monde extérieur (cela m'a fait penser qu'en fait, on ne pouvait pas trop décréter qui était le vendredi de l'autre...). Kensuké, de son côté, lui explique pourquoi il souhaite mourir seul sur son île... et lui fait promettre d'attendre 10 ans après son sauvetage pour parler de lui à qui que ce soit. Je passe sur les diverses péripéties qui se déroulent jusqu'à la fin de l'ouvrage (la première page du livre annonçait que l'engagement avait été respecté).
Comme dit plus haut, le volume comporte plus d'une quinzaine de petites illustrations en couleur. On trouve encore facilement un certain nombre de blogs qui ont chroniqué ce "folio junior" plus récent que l'autre: Un livre un thé, Tous fans de lecture (dernier billet en 2022), Loudebergh, un très vieux billet (plus vieux que Bastien!) chez Enna, un autre presque aussi vieux chez Laël. En ont aussi parlé Tiphania, Arianne (dernier billet en 2014), lui ou l'autre des auteurs d'Elireblog, Virginie (liste sans doute non exhaustive!).
Enfin, c'est chez Baz'art que j'ai noté l'existence d'un dessin animé.
Ce livre de voile et de naufrage a toute sa place dans le challenge Book trip en mer (saison 2) de Fanja.
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