La fée des grèves - Paul Féval
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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'essaie de nouveau, a posteriori, au sujet du thème "Contes de fée" du challenge Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes de Cléanthe (échéances: le 15 du mois!). Mon "pas de côté" risque de me faire mouiller les pieds... mais le titre choisi me permet de participer également aux challenges 2025 sera classique aussi! organisé par Nathalie et Littérature jeunesse 2025-2026 #1 de Pativore.
Paul Féval, La fée des grèves, Gründ, coll. Bibliothèque précieuse, 1954 (DL 1952), 252 pages
(première publication: 1850)
Nous sommes en 1450, période de la fin de ce Moyen-âge où les fées étaient fréquentes. Et, comme le laisse voir l'image de couverture, l'histoire contée se déroule dans la baie du Mont-Saint-Michel. Le contexte historique est globalement respecté par Paul Féval, sans être forcément très explicite (ce n'est sans doute pas le sujet principal). Nous sommes dans une période où le Roi de France tente de mettre la main sur le duché de Bretagne, cependant que les Anglais ne sont pas loin, même s'ils ont été en grande partie chassés du royaume. Le roman commence alors que le duc de Bretagne François Ier de Bretagne (1414-1450) se voit publiquement reprocher d'avoir suscité l'emprisonnement puis surtout la mort de l'un de ses frères cadets, Gilles de Bretagne (1420-1450), lors des funérailles organisées pour celui-ci. Le téméraire accusateur, Hue de Maurever, ancien écuyer de Gilles, réussit à s'éclipser après son défi. Mais la fée des grèves? Patience!
Bien des personnages gravitent autour de Hue et de François. Deux écuyers plus ou moins cousins (à la mode de Bretagne?), l'un de 20 ans et l'autre de 35, Aubry et Méloir. Un village d'une dizaine de maisons, dont le "paysan libre" qui en est le plus notable a deux enfants (Julien et Simonnette), anciens compagnons de jeu de Reine (16 ans), fille de Hue le proscrit. Jeannin, blondinet de 20 ans sans le sou, est amoureux de Simonnette. Lors de la "veillée de la Saint-Jean" (?) est évoquée la légende de la fée des grèves, capable d'exaucer tout voeu de qui ose l'attraper (chapitre V, p.33). Or il manque à Jeannin 50 écus (dont il n'a pas le premier liard) pour oser demander à ses parents la main de Simonnette. Quand passe la fée devant la maisonnette (p.74), il n'hésite pas à la courser jusque sur la grève...
p.35: "La Fée des Grèves allait jouer son rôle.
La Fée des Grèves! L'être étrange dont le nom revenait toujours dans les épopées rustiques, racontées au coin du foyer.
Le lutin dans les grands brouillards.
Le feu follet des nuits d'automne.
L'esprit qui danse parmi la poudre éblouissante des mirages de midi.
Le fantôme qui glisse sur les lises dans les ténèbres de minuit.
La Fée des Grèves! Avec son manteau d'azur et sa couronne d'étoiles!"
Je le rappelle, ce livre a été écrit en 1850. Or il contient quelques belles pages sur les risques d'ensevelissement dans la "tangue" de la baie du Mont Saint-Michel, à marée montante. De son côté, Victor Hugo a écrit, dans Les Misérables publié en 1867, des pages saisissantes sur le risque d'enlisement mortel en baie du Mont Saint-Michel, juste avant l'épisode du fontis que franchit Jean Valjean portant Marius. Mon niveau d'érudition ne me permet pas de savoir s'il avait lu Paul Féval ou bien si tous deux se référaient à une source antérieure... ou encore s'ils avaient fréquenté le Mont Saint-Michel et/ou eu vent de ce que pouvait transmettre la culture populaire à propos de sa baie...
Paul Féval (1816-1887) reste de nos jours surtout connu pour Le bossu (roman "de cape et d'épée" publié un peu plus tard, en 1857). Né à Rennes (père magistrat qui meurt en 1827, mère de noblesse bretonne), il est "monté" à Paris en 1837 et y a caressé l'espoir d'une carrière littéraire. Même si j'en possède désormais quelques autres (Le loup blanc, Le cavalier Fortune), je crois que La fée des grèves est le premier livre de lui que je m'étais offert (d'occasion, déjà! - 3,00 francs, à l'époque), il y a plus de 45 ans.
Pour les beaux yeux de Reine qui courait les grèves afin de ravitailler son père caché à Tombelène, les villageois rejoints par Aubry y soutiendront un siège épique contre des soudards menés par Méloir. Dans ce combat picaresque, un Frère Bruno (de l'abbaye du Mont) accomplit des prouesses dignes de Frère Tuck. Féérie? C'est une sorte de lunette d'approche (un tube garni de lentilles de verre - même si l'invention officielle en est postérieure d'un ou deux siècles pour le moins) qui permettra à Aubry de repérer Reine prisonnière de Méloir dans les sables mouvants et d'arriver à temps pour la sauver. Une fois François Ier (de Bretagne) mort, les deux couples pourront convoler. Mais quand j'ai dit cela, naturellement, je n'ai presque rien raconté des péripéties qui se succèdent sur 250 pages!
La fée des grèves demeure, à mon humble avis, plaisant à lire aujourd'hui. On est dans du "roman d'aventure médiévale", genre popularisé en Angleterre par Walter Scott à peine quelques décennies avant (Ivanhoé [1819], Quentin Durward [1823]). L'on sent que le titre s'inscrit aussi dans le "roman-feuilleton" et son tir à la ligne (dialogues percutants, descriptions, digressions). Je trouve fabuleux de songer que Paul Féval écrivait 400 ans après les événements qu'il raconte (même si on peut lui reprocher de ne pas souligner que Gilles avait été emprisonné pour complot avec les Anglais), alors que 175 ans nous séparent maintenant de sa rédaction, tellement "moderne" par rapport à la littérature d'Ancien Régime qui ne remontait guère qu'à 65 ans auparavant, une durée moindre que celle qui nous sépare aujourd'hui des débuts de notre Vème République (vertige de l'historien et/ou de l'amateur de littérature!).
Ce titre reste aujourd'hui trouvable dans plusieurs éditions plus ou moins récentes. La Maison Gründ avait une orientation "jeunesse", même si tous les titres de la "collection précieuse" n'étaient pas, dans la "liste interne", précédés de l'étoile indiquant qu'ils [pouvaient] être mis entre toutes les mains. J'ai découvert qu'il avait aussi existé une édition en "bibliothèque verte" Hachette datant, elle aussi, de 1952. Ne l'ayant jamais eu entre les mains, je n'en connais pas les illustrations. À noter enfin que, si le titre est, dans une autre Maison, aujourd'hui disponible tant en "neuf" qu'en numérique, on peut se demander si la personne qui a écrit la description du roman l'a lu ou non: elle se trompe de 90 ans par rapport à la date où se déroule l'histoire! Vite, un coup de baguette magique?
Quelques blogueuses en ayant parlé (liste non exhaustive): Claudialucia, Miriam, Camélia (nièce de Géraldine).