Midnight Express - William Hayes
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Pour accéder au livre présenté ci-dessous, il a fallu que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) le fasse venir de la "Réserve centrale" des bibliothèques de la ville de Paris. Peut-être que certains ont déjà vu le film que l'ouvrage avait inspiré, ce n'est pas mon cas. Avec lui, je participe en tout cas au challenge "Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes" de Cléanthe, dont le thème de ce mois de janvier est "Istanbul".
Billy Hayes (avec collab. William Hoffer), Midnight express, France loisirs, 1988
(fin rédaction août 1976, EO 1977, trad. Danielle Michel-Chic, Presses de la cité 1986)
222 pages [âge de lecture: à partir de 16 ans?]
Cette "histoire vraie" se lit comme un polar, et c'en est plus ou moins un, d'ailleurs (une fois mon billet rédigé, je verrai si je peux l'inscrire à d'autres challenges!). Voici les premières lignes du chapitre 1 (sur 25): "L'aéroport international Yesilkoy est situé en pleine campagne, à une trentaine de kilomètres d'Istanbul, non loin de la côte". Le 7 octobre 1970, le narrateur à la première personne (William Hayes, né en avril 1947 s'y fait "attraper" avec, cachés sur lui, deux kilos de haschich (malchance!). Américain ou pas, en Turquie, les Turcs ne plaisantent pas avec le trafic de drogue: il se retrouve d'abord au commissariat de Sirkeci (près du port d'Istanbul), puis très vite en prison, à Sagmalcilar (à l'autre bout de la ville).
Dès la cellule commune du commissariat, il semble avoir la chance de sympathiser avec un "caÏd" local, attrapé, lui, avec 60 kilos. La première nuit qu'il y passe est l'occasion de méditer sur sa vie. William Hayes, né en avril 1947 selon Wikipedia consulté ce 15/01/2025), était un jeune homme de la classe moyenne américaine: père qui n'a pas fait d'études supérieures mais dont le salaire assure l'existence de la famille, mère vraisemblablement au foyer. Sa voie semble toute tracée par ses parents: lui ira à l'Université (catholique), aura ainsi un bon emploi, puis se mariera... Or nous sommes dans les années 1960, les études ennuient le gamin, peu motivé, qui ne les poursuit que pour conserver le sursis lui garantissant de ne pas partir au Viet-Nam (cependant que papa est choqué qu'il ne souhaite pas servir son pays!). Et puis la fumette..
Bref, le lendemain, on lui propose une liste d'avocats turcs, il en choisit un ayant fait ses études et même enseigné en Amérique. La première lettre qu'il envoie à ses parents pose un repère temporel (8 octobre 1970), les lettres envoyées et datées apparaîtront de loin en loin (souvent en début de chapitre) dans ce qui va devenir un séjour au long cours dans l'univers carcéral turc. Au chapitre 4, il arrive véritablement en prison (il n'a pas encore été jugé). On l'amène dans le quartier des étrangers (le kogus). Il commence à s'inquiéter quand il apprend qu'un noir américain a pris douze ans et demi pour avoir eu 100 g de haschich sur lui. Il apprendra vite la musique... Ayant frappé le memisir Emin (le prisonnier chargé du kogus) qui l'importunait, il va faire connaissance avec la bastonnade, appliquée (par une matraque en bois dur d'un mètre de long) notamment sous la plante des pieds... (ce sera, semble-t-il, la seule fois de son séjour).
Je manque sans doute d'empathie, mais j'avoue que le "héros" de cette autobiographie ne m'est jamais apparu comme sympathique. Les deux kilos de "came", achetés 200 dollars à Istanbul, auraient eu une valeur de 5000 dollars (1970) à New York. il ne voulait pas les revendre (dit-il), mais les consommer personnellement et avec ses amis. Le livre se garde bien de dire si c'était son premier "voyage" ou non. Lors de son procès (attendu durant des mois), il écope de quatre ans et deux mois pour possession de haschich. À propos de voyage, j'ai été intéressé par la découverte, au détour d'une page, de ce que signifiaient différents trains possible, dont l'express de minuit, l'omnibus légal, ou plus loin le train de transfert.
Les années passent, politique intérieure turque, politique intérieure américaine (Nixon) et géopolitique (lutte contre la production... d'opium) influencent les relations entre les deux pays (William étant au mauvais endroit au mauvais moment!). Le procureur turc a fait appel a minima, un nouveau procès porte la peine de notre Américain à perpétuité (pour trafic de drogue cette fois-ci), ramenée à 30 ans par le juge qui ne peut réduire davantage. Ses parents le soutiennent (sans approuver ni ce qu'il a fait, ni ses plans d'évasion), le financent... Nous avons le récit de sa vie quotidienne, de ses interactions avec co-détenus et gardiens., de ses espoirs (être extradé vers son pays par un gouvernement turc plus compréhensif...), des démarches de ses parents et ami(e)s...
Son "retour à la maison" interviendra en octobre 1975 (William cite p.181 une définition du [poète] Robert Frost: "la maison est l'endroit où l'on vous accepte toujours lorsque vous devez y aller"). L'une de ses premières démarches est de contacter plusieurs agents littéraires, directeurs de maisons d'éditions et producteurs de cinéma. Son "avance" pour le livre lui a permis de rembourser la seconde hypothèque prise par son père sur leur maison afin de lui apporter en prison nombre de billets de 100 dollars bien dissimulés... (un ex-co-détenu lui en a arnaqué une bonne partie).
Le livre, et surtout le film, je suppose, ont dû donner une mauvaise image de la Turquie à l'étranger (particulièrement en Amérique). De la même manière, je pense, qu'aujourd'hui l'opinion publique américaine touchant notre capitale est certainement davantage forgée par leur feuilleton Emily in Paris que par ce que peut dire ou faire Emmanuel à l'Elysée ou par les actions des millions de Parisiens ou même de Français!
Mr K, du blog cafard at home (Le Capharnaüm éclairé), avait parlé de ce livre en 2013.
Edit du 16/01/2026: j'inscris ce billet comme ma première contribution au challenge American Year (2025-2026, 3e édition) chez Belette2911.
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