Charlie Débat : Festival d'Angoulême
Il est assez rare que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) choisisse, pour mes "hommages du 7", de mettre en avant l'un des articles parus récemment dans Charlie Hebdo (je l'avais déjà fait ici et là). Celui que je vous présente pour ce mois de février a retenu mon attention il y a quelques jours. Il est paru dans le N°1749 du 28 janvier 2026 (pp.14-15).
En cette année 2026, le Festival international de BD d'Angoulême, une institution depuis plusieurs décennies (1ère édition en 1974!), a été annulé tardivement, en décembre 2025, alors qu'il devait avoir lieu en janvier 2026, comme chaque année (plus précisément, sa 53e édition aurait dû se dérouler du 28 janvier [journée professionnelle] au 1er février 2026).
Pour parler à cette occasion du Festival d'Angoulême en particulier mais aussi, beaucoup plus largement, de l'état de la bande dessinée aujourd'hui, Charlie a réuni quelques anciens lauréats du "Grand Prix" (Boucq, Schuitten, Cestac, Vuillemin) ainsi que des membres (dessinateurs ou non) de l'équipe du journal, pour un débat "en chambre" de quelques dizaines de minutes. Ces échanges ont été transcrits sous forme d'article de journal.
Je ne vais pas le résumer ni le paraphraser intégralement, en voici l'adresse en ligne sur le site du journal. Mêlant les moments d'ironie et les constats sérieux (ils savent de quoi ils parlent!), il est précisé au fil des échanges que, ces dernières années, au lieu de contribuer à "mettre en avant" des démarches artistiques originales et la diversité possible de la bande dessinée tant "franco-belge" qu'étrangère, "Angoulême" avait fini par n'être plus qu'une foire où, pour une trentaine d'euros, le visiteur avait le droit d'acheter des livres, de se les faire dédicacer, et de visiter des expositions pas très originales... Une perte d'âme (c'était mieux avant?), cependant que les auteurs, eux, n'étaient pas rémunérés pour ces séances de dédicaces.
Plus largement, l'univers de la BD s'uniformise (les jeunes dessinateurs s'inspirent pour la plupart du "style manga", avec de gros yeux, ou des "styles d'autant plus impersonnels qu'ils ne dessinent, colorient ou lettrent plus forcément sur papier, mais sur tablette...), il n'y a plus de "création" ou de "BD d'auteur". Le "roman graphique" n'est pas forcément apprécié par tel ou tel présent autour de la table (le dessin n'ouvre pas la porte d'un univers original).
Il est aussi question du "fonctionnement" des manga au Japon, des pages produites "à la chaîne" en atelier, avec une sorte de"coach" qui donne son avis sur le scénario, les dessins... Les présents échangent un peu sur le fait que Franquin ou Hergé avaient des collaborateurs, que les "héros" aujourd'hui "locomotives" pour des Maisons d'édition ont survécu à leurs créateurs (Astérix, Lucky Luke, Blake et Mortimer...).
Constat est fait que l'uniformisation du "produit" bande dessinée a certainement un lien avec la disparition des journaux qui pré-publiaient les planches (et faisaient vivre les auteurs) avant qu'elles sortent éventuellement en album. Aujourd'hui, la BD est calibrée pour la publication directe en album (même à quelques centaines d'exemplaires). Et il faut que le "sujet" soit "à la mode", sinon la presse ne va pas en parler faute de distinguer cet album parmi les milliers qui paraissent...
Les échanges sont vivants et les interventions pertinentes. J'attendais en vain, à la lecture de l'article, quelques mots sur le dessin de presse (et ses spécificités). En visionnant la captation de l'échange lui-même (23 minutes, accessibles aussi sur le site de Charlie), j'ai vu que Riss en parle tout à la fin, pour signaler que leur choix est fait par des journalistes, et que du coup la question qui est posée pour chaque dessin est "qu'est-ce que veut dire ce dessin?", avant même de tenir compte du "style personnel" de chaque dessinateur, de son approche artistique ou provocatrice. En tout cas, j'ai constaté que, même "réécrit", l'article est très fidèle à la teneur des échanges verbaux. Je vous invite à faire vous-même la comparaison!
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PS: je voulais rajouter un mot concernant un autre titre de presse (qui n'est pas étranger à Charlie Hebdo puisqu'il a accueilli à deux reprises sa rédaction après des catastrophes). Libération a consacré son numéro du vendredi 30 janvier 2026 (N°13851) à la bande dessinée, avec en première page "Le Libé tout en BD" et en p.4-5 un grand article titré "Et demain? 15 auteurs et autrices imaginent leur fête rêvée de la BD". Luz (ancien dessinateur de Charlie) y figure. Mais, vérification faite, parmi ces 15 "auteurs et autrices", le seul autre homme à part lui est "Serge Ewenczyk, éditeur". J'avoue que cela m'a fait rigoler (je ne vais pas dire "ricaner", quand même), indépendamment du contenu des interventions. "Auteurs et autrices"? Tout le monde connaît le célèbre pâté d'alouette et de cheval (moitié-moitié): une alouette, un cheval...
*** Je suis Charlie ***