Le brave soldat Chvéïk - Jaroslav Hasek
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Le sujet de ce mois de mars, pour le challenge Escapades en Europe - Voyages dans les littératures européennes organisé par Cléanthe, porte sur Le beau Danube bleu – Focus sur la Mitteleuropa. Si la seconde partie de l'intitulé ne pose pas question, il m'a fallu (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) faire non seulement un "pas de côté", mais carrément le grand écart pour raccrocher au Danube ma relecture de ce mois...
Jaroslav Hasek, Le brave soldat Chvéïk, trad. par Henry Horejsi, Gallimard, 1932 (EO 1921)
* Folio N°676, 1992 pour mon exemplaire (DL 1975), 364 pages
* Le livre de poche N°1050, 1969 (DL 1963), 249 pages
J'ai acheté l'un des deux livres ci-dessus il y a près de 30 ans, et l'autre édition il y a quelques mois en vue de la verser dans telle ou telle des "bilbliothèques partagées de hall d'immeuble" que je fréquente (avec un succès mitigé - je me demande si la seule "sortie temporaire" que j'ai cru remarquer n'était pas due à un simple glissement derrière le rayonnage...). Saurez-vous deviner laquelle est laquelle? Dans les deux cas, il s'agit bien du même texte (de la même traduction) même si l'une des deux éditions (celle en Folio) a des caractères plus gros que l'autre...
Né à Prague en 1883 (comme Kafka, tiens!), Jaroslav Hašek est décédé un an avant ce dernier, en 1923, à Lipnice nad Sázavou dans la Tchécoslovaquie de l'époque (aujourd'hui en Tchéquie). Il a lui-même effectué une partie de la guerre de 1914-1918 mobilisé dans l'armée autrichienne. Voilà pour les liens avec le Danube (même si l'actuelle Tchéquie n'est pas baignée par ce fleuve, elle a fait jadis partie d'ensembles plus vastes!)... Le brave soldat Chvéïk reste l'oeuvre de Hašek la plus célèbre, et a connu quelques suites que seule la mort de l'auteur a interrompues (il prévoyait six livres). Si je connaissais ce titre-là (premier de la saga) depuis quelques décennies, je n'ai encore jamais lu les Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk ni les Dernières aventures du brave soldat Chvéïk. Au moins l'un des deux livres semble disponible dans les bibliothèques parisiennes, je verrai si je le croise en 2026... Mais qui est ce brave soldat?
Au début de l'histoire, fin juin 1914, Chvéïk n'est encore qu'un civil (qui a réussi à se faire réformer du service militaire après avoir été déclaré "complètement idiot" par la commission médicale de l'armée impériale d'Autriche-Hongrie). Son activité? Revendeur de chiens... Apparemment, à cette époque, les innocentes conversations que pouvaient tenir clients et patrons de troquets de Prague pouvaient facilement être prises à mal par des agents provocateurs de la police en quête de "mauvais sujets". Arrêté, Chvéïk va devoir jouer d'un mélange d'innocence et de roublardise pour écoeurer ses interrogateurs, de commissariat en asile d'aliénés, avant d'être renvoyé dans ses foyers. Convoqué de nouveau, après les premières défaites autrichiennes dans la guerre, devant la commission médicale chargée de statuer sur ses capacités à être versé dans la Réserve de l'armée, le voici cette fois-ci pris pour un simulateur... et mis en prison. Là, il a la chance de "taper dans l'oeil" d'un aumônier militaire quelque peu particulier, qui s'arrange pour se le faire affecter comme ordonnance. Tout se passe à peu près bien (que d'aventures!) jusqu'à ce que cet aumônier le perde malencontreusement aux cartes, au profit d'un certain lieutenant Lucas. Ce que je dis en deux phrases occupe des dizaines de pages savoureuses, bien entendu.
Le caractère "intemporel" du personnage de Chvéïk, qui s'avère un bon valet de comédie, fait pour nous, lecteurs d'un siècle plus tard auxquels échappent peut-être certaines des fines allusions ou des faits de société, le sel de cette lecture. Ce qui apparaît à ses infortunés interlocuteurs comme du non-sens verbal n'atteste-t-il pas plutôt d'un solide bon sens à toute épreuve? Chvéïk noie le poisson, de pied ferme, en répondant systématiquement à côté de la question posée par des anecdotes n'ayant souvent ni queue ni tête mais qu'il présente comme tirées de son expérience personnelle.
L'aumônier puis le lieutenant apparaissent aussi comme des "types" truculents. La visite du mari venu reprendre l'épouse qui s'était invitée chez l'amant (p.305-326) constitue une scène d'anthologie. Nous sommes entre personnes du beau monde. Je ne vous dirai pas comment le mari a su où était l'épouse. Mais ce qui conduira lieutenant et ordonnance à leur perte (ou en tout cas sur le front et non plus tranquillement "à l'arrière"), c'est un chien volé - soit le secteur d'activité de Chvéïk dans le civil. Le fait d'appâter les toutous avec du "saucisson de cheval" m'a rappelé qu'à l'époque, la traction de véhicules était encore souvent hippomobile.
Cette relecture m'a en tout cas donné l'impression que Jaroslav Hasek a parfois dû être plagié, presque mot pour mot, par d'autres auteurs: j'ai de vagues souvenirs - eux aussi fort lointains - de personnages de soldats allemands qui jouent les niais face à des médecins voire à des officiers ou sous-officiers et font "tourner en bourrique" des spécialistes en santé mentale (Sven Hassel? H. H. Kirst?). Mais lui-même avait-il lu la scène des Trois mousquetaires où Athos joue aux dés son valet Grimaud?
Je n'ai pu trouver, en faisant des recherches, que quelques blogs ayant parlé du Brave soldat Chvéïk: je l'ai trouvé cité sur Littérature des 5 continents et chez Crémieu-Alcan (blog Les 100 livres). Si j'en trouve d'autres, je ne m'interdis pas de les rajouter!
Edit du 17/03/2026: c'est seulement aujourd'hui que j'ai pris conscience que Le brave soldat Chvéïk pouvait aussi s'inscrire aux deux challenges organisés par Nathalie, Pages de la grande guerre 2026 et 2026 sera classique aussi!
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