Salut au Grand Sud - Isabelle Autissier et Erik Orsenna
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Après quelques semaines où j'ai quelque peu délaissé mes activités bloguesques, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) les reprends grâce au démarrage de la troisième saison du challenge Book trip en mer proposé par Fanja (de mai à septembre de cette année 2026). Il y a seulement deux jours que l'ouvrage ci-dessous est tombé sous mes yeux puis entre mes mains. Je n'avais même pas encore lu le billet annonçant le début officiel de ce BTEM 3.
Isabelle Autissier et Erik Orsenna, Salut au Grand Sud, Editions Stock, 2006, 264 pages
L'écriture de ce récit à deux voix commence par éveiller la curiosité par l'association des deux noms de ses auteurs. La quatrième de couv' confirme qu'il s'inscrit en plein dans le thème:
"(...)
Antarctique.
Qui ne voudrait partir un jour là-bas sur la trace des plus vaillants explorateurs? Qui ne rêverait de saluer le Grand Sud pour tenter de comprendre un peu mieux la mécanique géante de la planète?
Le 8 janvier 2006, sur le fier voilier Ada, nous avons d'Ushuaia levé l'ancre. Cap au 180. Deux mois plus tard, nous sommes revenus. Nous allons tout vous raconter".
I.A. et E.O.
Isabelle Autissier et Erik Orsenna font aujourd'hui tous deux partie des Ecrivains de marine (association dont j'ai déjà parlé ici), mais l'ouvrage publié en septembre 2006 n'en fait aucune mention. Je n'ai pas réussi à dénicher la date exacte où Erik Orsenna a rejoint ce cénacle: dès sa fondation en 2003 par Jean-François Deniau [1928-2007], ou après? En tout cas, il en faisait déjà partie sauf erreur de ma part lors de la publication de son Portrait du Gulf Stream en 2005. Quant à Isabelle Autissier, elle semble être devenue "écrivain de marine" (cooptée par les membres avant d'être officiellement adoubée par la Marine nationale?) en 2006, si j'ai bien compris. Mais passons au livre lui-même.
Divisé en quatre parties principales et en une quarantaine de chapitres, il mêle 11 de ceux-ci titrés "Journal d'Erik" ou "Journal d'Isabelle" (soulignés d'une typographie particulière) à un texte plus linéaire et dont on ne sait comment il a été rédigé, "à quatre mains" en tout ou partie, ou non. En ce qui concerne l'aventure elle-même, c'est Isabelle Autissier qui en a été à l'initiative, en achetant le voilier Ada (adapté aux conditions de navigation dans l'Antarctique), qu'elle avait croisé en 2002. Pour vivre son envie de naviguer dans ces lieux tout en "fréquentant la science", il lui fallait des compagnons pour partager cette utopie. "Erik fut le premier". Erik Orsenna, pour sa part, n'avait jamais dépassé, en bateau, la Terre de feu. "Lorsque Isabelle m'a proposé: "veux-tu aller en Antarctique?", ma réponse était prête depuis l'enfance".
p.39 et suivantes, Isabelle explique pourquoi elle attribue le sexe féminin à ce bateau qu'elle s'est offert, l'Ada, capable de naviguer dans ces conditions extrêmes tout en (sup)portant un équipage de six personnes et leur matériel. Un ornithologue (Fabrice), Joël, documentariste, et quatre vrais marins capables de prendre seuls le quart quand nécessaire: Agnès (1,50 m et 45 kg toute mouillée, multicompétente); Olivier (ancien officier de la marine marchande, qui gère un chantier de construction de yachts), Isabelle et Erik (peut-être plus écrivain que marin?). En tout cas, trois marins avaient déjà fait leurs preuves dans ces eaux particulières en connaissant ses "facéties climatiques". Et "souder un équipage autour d'un but est le b-a-ba du management, comme on dit de nos jours".
Isabelle rend p.59-64 hommage à Pierre Lasnier, météorologue, routeur fort connu dans le milieu de la course au large. J'ai vu que, aujourd'hui âgé de 77 ans, il avait mis fin aux activités de sa société Meteomer en 2017 après un tiers de siècle d'activité. Le livre évoque aussi le "milieu" de ces marins de l'extrême qui fréquentent ces eaux, leurs bars et autres lieux de rencontre, le genre de conversation qu'ils tiennent lorsque deux voiliers se rencontrent ("ton [franchissement du Détroit de] Drake, il s'est passé / il se présente comment?"). Le livre raconte aussi les visites aux différentes bases scientifiques (argentine, chilienne, ukrainienne - ah, la vodka locale, p.211). Lors de ce récit de semaines de navigation entrecoupées d'escales, ou de simples "mouillages" où il faut être vigilant en permanence (icebergs, sautes de vents...), on en apprend sur ceux qui sont venus explorer puis exploiter (jusqu'à quasi-extermination de la faune locale parfois: baleines, éléphants de mer, manchots...) ces parages, au XIXe s. ou au début du XXe (il en subsiste quelques ruines et autres sites et monuments historiques de l'Antarctique, visités, en 2006, par quelque 15 000 croisiéristes par an). J'ai appris l'existence de l'énorme courant circumpolaire (qui brasse les eaux de trois océans - et que le réchauffement climatique menace probablement (p.75). J'ai apprécié les mots d'Erik définissant ce qu'est un marin (p.188-190). J'ai appris (p.219) que, s'il existe 386 plantes à fleurs en Terre de feu (partie la plus au Sud du continent sud-américain), il n'y en a que... deux sur le continent Antarctique. Plus au Sud, toujours plus au Sud. L'ambition de départ était de franchir, en voilier, le cercle polaire (66°33). Mais la sagesse est d'être capable de renoncer, de ne pas aller trop loin dans ce monde sans secours, lorsque les icebergs et autres glaces flottantes se font trop pressants autour de la coque en aluminium. Une autre fois! (p.238). Une dernière citation (p.252): "Quoi de plus libre qu'un bateau? Mais quel apprentissage plus rigoureux? En mer, tout se paye cash, et immédiatement. Une jolie manoeuvre et c'est le bonheur. Une erreur et c'est la galère. Grosse erreur, grosse galère. Petite erreur, petite galère, mais galère quand même. Sur terre, un verre qu'on ne range pas, c'est du désordre. En mer, c'est un verre cassé".
Nos deux auteurs ont par la suite co-écrit un autre ouvrage, Passer par le Nord, la nouvelle route maritime (éditions Paulsen, 2014). Je le lirai si je le trouve... une année ou l'autre.
P.S. sans rapport avec ce qui précède: en cherchant si je trouverais une adresse mail de M. Orsenna me permettant de lui demander en quelle année il était devenu écrivain de marine, j'ai déniché la liste de ses discours figurant sur le site de l'Académie française (où il a été élu en 1998 au fauteuil N°17, celui où l'avait précédé Jacques-Yves Cousteau). Dans le texte intitulé L'éloge de l'ombre, j'ai bien apprécié ce qu'il disait, en 2009, sur les menaces pesant sur nos libertés, sur notre vie privée, tant de la part de l'obscurantisme que de la technologie. Mais j'ai relevé avec... [amusement? Ce n'est pas forcément le mot!] que son propre "nom de domaine", eric-orsenna.com, qui figure sur sa fiche d'académicien, renvoie désormais (depuis quand? Une dernière archive remonterait à janvier 2025, alors qu'il dépendait des éditions Stock et que sa dernière mise à jour remontait à 2017 - sauf erreur de ma part?) vers sa fiche sur le site d'Hachette...