Le marin rejeté par la mer - Yukio Mishima
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Voici un bouquin "gardé au chaud" quelques mois en vue du Book trip en mer (saison 3) de Fanja. Avant Le marin rejeté par la mer, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'avais jamais rien lu de cet auteur dont je me faisais d'ailleurs une image plutôt négative et sulfureuse. Il me permet en outre une participation au challenge 2026 sera classique aussi! de Nathalie.
Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer, Gallimard, Folio N°1147, 2005, 183 pages
(DL 1999, trad. G. Renondeau 1975, EO 1963)
Au port de Yokohama d'un Japon de l'après-guerre, un gamin de 13 ans (orphelin de père), Noboru, passionné par les bateaux, convainc sa mère, Fusako (33 ans), de faire jouer ses relations pour qu'il puisse en visiter un. Elle l'accompagne à bord du cargo Rakuyo, en escale. Leur cicérone se trouve être le capitaine en second, Ryûji Tsukazaki. La nuit suivante, la mère accueille volontiers le marin dans sa chambre. Le gamin se trouve être quelque peu voyeur...
Le livre est à la fois empli de détails et de descriptions, et très clair dans l'exposé des faits. On comprend vite, ou il nous est dit, que ce marin, embarqué à 16 ans à sa sortie d'une école de la marine marchande, et qui a gravi au fil des ans tous les échelons jusqu'à se retrouver officier en second, a navigué mais n'est pas ou plus satisfait de sa vie à bord. "Tandis que la plupart des hommes choisissent le métier de marin par amour de la mer, Ryûji s'était fait marin parce qu'il détestait la terre" (p.22). Malgré tout, il va repartir à bord du Rakuyo après sa brève aventure avec Fusako, à la fin de la première partie du livre qui s'intitulait "L'été".
La seconde partie, "L'hiver", est plus dramatique. Ryûji revient avec l'envie de fonder enfin une famille. Mais la perspective que, dépouillé de toute son aura, il se révèle seulement comme le brave homme qu'il est au fond, ne convient pas à Noboru. Ce dernier, en proie à la jalousie et à l'exaltation provoquée par la puberté (ce n'est pas dit explicitement, mais c'est ce que j'ai perçu!) et sous l'emprise du "meneur" de sa petite bande de gamins, va être amené à une terrible décision. La bande de gamins m'a fait songer à celle évoquée par William Golding dans Sa majesté des mouches. Le thé proposé par son juvénile auditoire à Ryûji pendant qu'il s'efforce de leur narrer avec pédagogie sa vie à bord sera trouvé par lui terriblement amer. "Comme chacun sait, la gloire est amère" (p.183).
Je ne sais pas ce que la psychanalyste Elsa Cayat aurait pu dire des homophonies en français (mer / mère / amer) pour cet ouvrage. Mishima était lui-même plutôt perturbé, je crois.
Alice du blog Ça sent le book avait chroniqué Le marin rejeté par la mer en 2015, Moka en 2022, Argoul en 2013 (1).
J'ai appris que le livre de Mishima a été adapté et transposé dans un film britannique de 1976, Le marin qui abandonna la mer, de Lewis John Carlino (je n'avais jamais non plus entendu parler ni du film ni du cinéaste!).
(1) Edit du 21/05/2026: je rajoute les liens vers les billets d'Une comète et d'Ingannmic (cette dernière dans le cadre du BTEM 1 - merci Fanja!).