D'écume et de sang - Mireille Calmel
Le titre présenté ci-après avait été reçu (en édition grand format) il y a quelques années (2023) comme service de presse par le journal à thématique "marine" pour lequel je travaille à temps partiel. Mais ce n'est pas moi (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) qui l'avais lu et chroniqué à l'époque. Il y a bientôt un an, j'avais croisé l'édition format poche dans un bac d'occasion...
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Mireille Calmel, D'écume et de sang, XO éditions, Pocket N°19043, 2023, 394 p. (EO 2022)
Mon propre exemplaire à côté de l'exemplaire reçu en service de presse par mon collègue
(photo DLD)
Un peu comme Le nom de la rose d'Umberto Eco, ce roman historique se présente comme un récit écrit au soir de la vie, à la première personne. D'écume et de sang est basé sur des personnages et des faits historiques (éventuellement déjà revus au XIXe s. par la littérature romantique). Il se déroule en Bretagne (et un temps en Angleterre) dans le cadre de la Guerre de Cent Ans et plus particulièrement de la "Guerre de Succession de Bretagne". L'oeuvre est construite autour de la figure de Jeanne de Belleville (dite aussi un temps Jeanne de Clisson), une ravissante rouquine (rebaptisée au XIXe s. "la tigresse bretonne" ou "la lionne sanglante"). Nous suivons notre héroïne depuis son enfance heureuse: dans sa noble famille, sa mère lui apprend toutes les vertus - partage de la vie, des travaux et des savoirs des humbles, pratique des armes et des arts de la chasse comme un garçon, tout en conservant la partie éducative typiquement féminine. Coup de foudre pour le bel Olivier (hélas ennemi de la famille paternelle). Et puis, maman meurt, et tout change...
Mariée contre son gré, à un cousin rustre, par son père, elle subit deux accouchements (et ce qui précède bien entendu), ses enfants sont éloignés d'elle. Ce n'est qu'à l'occasion d'une absence de son époux qu'elle retrouve les vertus de son enfance en prenant la tête d'une chasse au loup et en poignardant en personne le chef de meute. À partir de là, le mari, n'ayant guère envie de se faire égorger, va filer un peu plus doux...
Je vous passe quelques péripéties, Jeanne réussira quand même à épouser son bel Olivier de Clisson, et s'ensuivront 13 années de bonheur familial (1330-1343). En parallèle, la grande Histoire mêlée à la petite, la noblesse bretonne doit se partager (à partir de 1341) entre deux prétendants au duché de Bretagne, Jean de Montfort et Charles de Blois. Ce dernier est fortement soutenu par le roi de France, Philippe VI de Valois, devenu roi (élu par les pairs, donc surnommé ironiquement roi "trouvé) alors qu'il n'était que le neveu de Philippe IV le Bel, dont aucun des trois fils, qui ont successivement régné, n'a laissé un héritier mâle survivant à la petite enfance. L'exhumation opportune de la "loi salique" consolidera plus tard juridiquement les réticences de la grande noblesse française à passer sous la souveraineté d'un roi étranger. Pour le moment, depuis 1316, Edouard II d'Angleterre puis son fils Edouard III d'Angleterre se sont montrés de plus en plus réticents à prêter hommage aux souverains français successifs pour les fiefs que les Plantagenêt possèdent sur le continent. Et Édouard III (petit-fils de Philippe IV Le Bel par sa mère Marguerite de France) se montre ulcéré que ses prétentions au trône de France soient écartées (jusqu'au point, en 1337, de s'autoproclamer Roi de France). Heu... vous suivez toujours?
Bon, revenons à nos Bretons (accrochez-vous!). Le royaume de France ne peut "tomber en quenouille" (être attribué à un roi via les femmes). Or Philippe VI va soutenir comme prétendant au duché de Bretagne son neveu Charles de Blois (fils de sa soeur Marguerite)... alors que les droits de celui-ci ne lui viendraient que de sa femme (Jeanne de Penthièvre). Inversement, l'autre prétendant, Jean de Montfort, est, lui, le demi-frère (né d'un second mariage d'Arthur II) du Duc précédent Jean III, mais a pour principal défaut d'être vassal du roi d'Angleterre (et non du roi de France)! Jeanne de Penthièvre, elle, était la fille du frère cadet (mêmes père et mère) de Jean III (Guy de Penthièvre). Deux poids, deux mesures... Après cette parenthèse historique (merci Wikip' [consulté largement le 29 mai 2026]!) et contextuelle, je reviens au bouquin.
Le roman montre les Clisson (madame et monsieur) écartelés entre la fidélité au Roi de France et l'amitié avec les Montfort (Bretagne d'abord!). Tous ces nobles, "ennemis" ou pas, copinent entre eux... Olivier, chargé de défendre la ville de Vannes pour le Roi de France, est fait prisonnier en 1342 et emmené en Angleterre, rapidement libéré, puis attiré dans un guet-apens, emprisonné et exécuté par le Roi de France (au motif de trahison au profit de l'Angleterre). Et là, notre Jeanne voit rouge...
J'avoue que le personnage ne m'a pas paru spécialement sympathique. Le roman fait la part belle aux légendes forgées au XIXe siècle. Jeanne, impitoyable guerrière, exécute par centaines, par vengeance "privée", les soldats ou les marins "ennemis", et ne manifeste guère de remords ni d'empathie quand périssent tant ses ennemis que ses propres soldats ou marins - la piétaille! Car - et c'est là la raison initiale de ma lecture! - elle aurait fait armer trois navires pour mener une "guerre de course" sous l'égide d'Edouard III contre les navires de France. Elle tue ou fait tuer même ceux qui se rendent, exécute parfois elle-même (dans le roman!) femme et enfant d'un chef vaincu... Cette partie maritime occupe (dans mon édition) les pages 261 à 312. Bon, on peut y ajouter quelques pages où le bel Olivier avait ordonné de brûler des navires français à l'ancre sur la Loire à Port-Maillard, l'un des ports de Nantes (le 19 janvier 1343? Je n'ai pas trouvé d'infos là-dessus [p.168-173]).
Les 80 dernières pages du livre montrent notre lionne (ou tigresse) retrouver l'amour, et si vous voulez en savoir davantage, hé bien lisez le livre! Je n'avais jamais rien lu de Mireille Calmel, ce n'est qu'après coup que j'ai vu qu'elle a publié une oeuvre très fournie et s'inscrit dans la promotion de la "littérature de l'imaginaire". Pour ma part, durant ma lecture, j'avoue qu'il m'a semblé à certains moment lire un Harlequin, qui aurait eu pour caractéristique de se dérouler au Moyen-Âge.
Quelques blogs ayant chroniqué ce titre: Isabelle-Marie Angèle (elle-même auteure), Kaika, Ninis47.
Bon, je sais bien que c'est en général l'éditeur, et non l'auteur, qui choisit l'illustration de couverture. Mais je me demande ce qu'aurait pensé un POM [peintre officiel de la Marine] des deux navires s'affrontant choisis pour illustrer un roman se déroulant au XIVe siècle (type de navire, canonnade, sens des voiles etc.)!
Allez, je l'inscris tout de même pour le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja...
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