La maison vide - Laurent Mauvignier
J'ai terminé le 22 mars dernier (2026) La Maison vide de Laurent Mauvignier (Editions de Minuit, 750 pages prenantes) avec le sentiment d'avoir lu un grand roman ample et très bien écrit avec des phrases peut-être longues mais qui se lisent sans difficulté aucune. On n'oublie pas de sitôt le destin de trois générations de femmes de la fin du XIXème siècle jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Nous avons, tout d'abord, l'arrière-arrière-grand-mère du narrateur, surnommée pendant plus de la moitié du roman "la préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser" et dont on ne saura le véritable nom qu'à la page 475, au moment de son décès: Jeanne-Marie Florabelle (1860-1933), épouse de Firmin Proust, puis Marie-Ernestine, sa fille, devenu Marie-Ernestine Chichery (1885-1949) par son mariage avec Jules Chichery mort pour la France en 1916, et enfin la fille de cette dernière, Marguerite, née en avril 1913. Quand le roman commence, le narrateur est en train de fouiller la maison familiale réouverte en 1976 après qu'elle soit restée inoccupée pendant 20 ans. C'est là qu'il trouve entre autres des photos de famille et en particulier quelques photos de Marguerite découpées aux ciseaux. C'était sa grand-mère paternelle. Il y a aussi un piano qui n'a pas servi de depuis longtemps et une légion d'honneur. Le narrateur commence à nous raconter l'histoire de Jeanne-Marie et de son mari Firmin, riche propriétaire foncier en Touraine. Parents de deux fils et d'une fille, Marie-Ernestine, c'est sur cette dernière, sa "Boule d'Or", que Firmin fait reposer tous ses espoirs pour la bonne transmission de son patrimoine. Mais Marie-Ernestine n'a qu'une passion, le piano, et elle tombe amoureuse de son professeur. Pour faire avaler une pilule amère, Firmin lui achète un piano mais il oblige sa fille à se marier avec Jules Chichery, un homme de la terre, pas très riche mais qui saura s'occuper des biens de la famille. Mais quand la Grande guerre est déclarée et que Jules est mobilisé, Jeanne-Marie saura montrer qu'elle sait aussi mener les affaires familiales sans l'aide de personne. Quand sa fille Marguerite naîtra, Marie-Ernestine, qui n'aime pas son mari, reporte sa rancoeur et sa frustration sur Marguerite en s'en désintéressant. Elle ne voudra jamais, par exemple, jouer du piano devant elle. Elle lui répète "plus tard, plus tard". Cette relation mère-fille est terrible et bien décrite. On ne s'étonnera pas que Marguerite, morte à 41 ans, ait eu une vie semée d'embûches et d'humiliations. Cependant, elle aura fait un mariage d'amour avec André, même si cela ne durera pas. Le talent de Mauvignier, c'est de faire avancer son histoire par petites touches avec des accélérations. Il sait ménager un certain suspense. Car on veut savoir ce qui est arrivé à Marguerite. Le talent du romancier est de boucher les trous sur la vie de ces femmes. Et le style est magnifique. C'est un roman qui peut devenir assez vite un classique. Le prix Goncourt en 2025 est amplement mérité.
Lire les billets de Keisha, Alex-mot-à-mots, Violette, Luocine, Eimelle, Aude bouquine, Vagabondageautourdesoi, Ritournelle, Des livres rances, Athalie, Mjo, Mes pages versicolores
Grâce à ce roman que j'ai lu il y a plusieurs mois, je participe au challenge les Epais de l'été 2026 organisé par Ta d loi du cine et au challenge Pavés de l'été 2026 organisé par La petite liste/Sibylline.
/image%2F1203477%2F20260621%2Fob_2cab24_epais-paves-de-l-ete-2026.jpg)