On a tué pendant l'escale - Franz-Rudolf Falk
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) n'ai jamais vu le film Le paltoquet (1986), contrairement à dasola, et ce n'est donc pas sa mention en couverture qui m'a amené vers le roman que je présente aujourd'hui. Je l'ai pris en main dans un bac d'occasions il y a quelques mois (avant que s'ouvre le BTEM 3). Vérification faite, il s'agissait bien d'une escale de bateau, et non d'avion.
Franz-Rudolf Falk, On a tué pendant l'escale, Julliard, J'ai lu Policier N°1647, 216 pages
1986 (DL 1984), copyright Julliard 1973, 1ère éd. 1945 (Philippe de Clinchamp)
Une bonne partie de l'histoire de ce texte est contenue dans les deux lignes ci-dessus. Franz-Rudolf Falk est l'un des pseudonymes utilisés par Philippe de Clinchamp quand il a édité dans une collection qu'il dirigeait après-guerre des romans dont il se présentait comme le traducteur de l'allemand. Je n'ai pas lu les quatre autres.
L'escale, c'est celle qu'a faite, comme d'ordinaire, un bateau de "courrier maritime" qui parcourt sa ligne le long des côtes africaines pour y transporter de port en port courrier, marchandises et parfois passagers. Le port sur les côtes africaines qui sert de décor au livre n'est jamais nommé (il est présenté par l'auteur comme "une synthèse de nombreux ports africains qu'il avait hanté"). Dans ce port, quelques voiliers englués dans la vase, des cargos rapiécés... Sur les quais même, une gare et le terminus d'une ligne s'enfonçant dans les terres entre les marais et les dunes de sable pelées... (p.41: "le train du soir était parti, emportant toute la poésie des villes d'Europe dans des ballots de pacotille à l'usage des seigneurs du désert et des chefs de grandes tentes").
Les personnages? Ils se retrouvent tous les soirs dans un bar, pour jouer aux cartes et boire dans la chaleur humide (45° à minuit!). Outre le narrateur (dont on apprend au fil des pages que c'est un journaliste dont une partie des revenus provient du monnayage de l'orientation de ses articles et qui a dû changer plusieurs fois d'identité), font partie de ce "club" le professeur, le docteur, l'honorable commerçant en produits coloniaux (alias l'exportateur), et une belle femme, Lotte, "inquiétante et lointaine" (et d'origine indéterminée), que tous reluquent (surtout le narrateur) même si elle se veut inaccessible. On sent que la vie routinière se traîne dans ce port perdu, peut-être aussi stagnante qu'une flaque de cette pluie qui tombe chaque jour... (p.139: "la pluie s'obstinait à vouloir laver la ville. Elle s'aperçut, peu après, que c'était sans espoir. Dans une dernière bourrasque elle y renonça").
Arrive au bar le commissaire (p.15): il y a eu une tentative de meurtre, il a besoin du docteur. Finalement, le meurtre (dans la chambre d'un hôtel du "quartier réservé") est avéré, et un indice semble accuser une personne de notre petit groupe. On sait assez vite que le mort était un passager du dernier bateau passé (parti sans lui). Mais pourquoi est-il mort et qui l'a tué, mystère. Là commence l'enquête du commissaire, suivie avec intérêt par nos joueurs de cartes. L'énigme va se prolonger des jours, d'autres bateaux passeront au port (cargo, pétrolier arborant les pavillons produits inflammables et épidémie à bord...) et en repartiront (tandis que le remorqueur y tourne en rond).
Le livre dépeint tout au long l'ambiance des lieux, le jeu d'observations, de soupçons successifs et de menaces physiques qui visent tour à tour l'un ou l'autre membre du groupe, les campagnes de presse menées par l'un ou l'autre des deux titres que compte le port. Alors qu'est à quai un long-courrier, il y a un nouveau mort: un des joueurs, cette fois-ci... On ne saura pas trop quelle faute ou quelle disgrâce a exilé le commissaire dans ce trou perdu, mais il s'avèrera bon professionnel pour résoudre les mystères (prétendant - mise en abyme! - que c'est parce qu'il est lecteur de romans policiers). On aura donc assisté à un bref moment de la vie de ce port où les bateaux passent mais où nos personnages semblent englués.
Pour ma part, même après avoir lu le livre et obtenu la clé du mystère, je précise que j'ai bien envie de voir le film, d'autant plus que je n'ai trouvé aucun paltoquet dans le roman! Cf. chronique de L'oeil sur l'écran.
J'inscris ce billet pour deux challenges, le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie.
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