Pêcheur d'Islande - Pierre Loti
Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me rends compte un peu tard que Fanja met une forte pression sur les rédacteurs de billets en général et sur moi en particulier avec sa règle de points supplémentaires pour la lecture d'un même titre que d'autres blogueurs... sous condition que le billet soit publié dans le même mois. Après Keisha et elle-même, je m'étais mis en tête de (pensais-je) relire Pêcheur d'Islande... sauf que ce titre s'est avéré introuvable dans ma pochothèque (contrairement à ce dont j'étais persuadé). Dare-dare, il a fallu que je trouve le temps de passer en librairie d'occasion... Et, là, je n'ai pas su choisir entre les trois éditions disponibles dans les rayons en occasion. Alors j'ai pris les trois, pour en faire le tri à tête reposée... ce qui m'a pris davantage de temps que je ne l'anticipais.
Pierre Loti, Pêcheur d'Islande (EO 1886)
* Presses Pocket N°2528, préface de Pierre Jakez Hélias, 1991 (DL 1986), 211 pages
* Le livre de poche "classiques" N° 2271, édition d'Alain Buisine (préface, commentaires et notes),
2020 (DL 1967, + copyrights 1988 & 1997), 221 pages
* Folio classique N°1982, édition présentée et annotée par Jacques Dupont,
2001 (DL 1988), 338 pages
Si j'ai bien compris, l'édition originale chez Calmann-Levy de 1886 comptait 260 pages
J'ai abordé le texte dans l'édition Presse Pocket dont la typographie comme le nombre de pages du texte stricto sensu (notion subjective puisque le texte est bien identique et sa longueur aussi, même si le nombre de pages qu'il couvre varie!) me convenaient le mieux a priori. Si jamais je l'avais effectivement lu (peut-être dans une édition ancienne "bibliothèque verte"? - je commence même à en douter), ma lecture de 2026 n'a en tout cas éveillé aucun souvenir en moi.
Pris dans la lecture, j'avoue qu'il m'a fallu avoir lu plusieurs pages avant de comprendre ce qu'était ce "gîte à murs de bois" dans lequel cinq marins parlent de mariage (alors que, en y revenant, c'est devinable dès le deuxième paragraphe...). Nous comprenons alors que nous sommes dans un bateau, à un endroit où le soleil ne se couche pas. Le "capitaine" est surtout défini comme étant le plus âgé. Tous ces marins font un métier excessivement dur, ce qui est expliqué dès ce premier chapitre: "ils avaient tous veillé la nuit d'avant et attrapé, en trente heures, plus de mille morues très grosses; aussi leurs corps forts étaient las, et ils s'endormaient". Plus loin dans le livre on saura que, pour toute une saison de pêche, un marin peut gagner de 800 à 1200 francs selon les années.
Les personnages principaux nous sont montrés par petites touches. Le plus jeune des matelots (Sylvestre, 17 ans) attend un sixième homme, Yann, pas encore descendu. Il s'agit du frère de sa fiancée, et il le considère un peu comme son grand frère, ce Yann qui vient tout juste de finir ses cinq ans de service dûs à l'Etat. Ils font tous deux partie de l'équipe qui va "reprendre le grand travail interrompu de la pêche": trois vont dormir, les trois autres montent sur le pont rejoindre leurs emplacements de pêche (fixés pour la durée de la campagne). Le navire s'appelle La Marie, capitaine Guermeur. On appelle ces pêcheurs (venus notamment de Paimpol et de Tréguier) des "Islandais". Ils pêchent au large de cette île sept ou huit mois par an (et ne voient presque jamais l'été en France).
Et puis on passe à Paimpol, où la grand-mère de Sylvestre dicte une lettre pour ce dernier à une "adorable jeune" femme de vingt ans, fille d'un ancien "islandais" enrichi. Quand la grand-mère demande avec malice l'ajout d'une dernière phrase, "le bonjour de ma part au fils Gaos", la jeune femme (elle se prénomme Gaud) rougit... Le fils Gaos, c'est Yann, avec qui elle avait dansé et dansé encore à des noces. Il lui avait dit avoir manqué pour cela un embarquement de pêche pour la Manche, lui avait fait confidence d'être l'aîné de 14 enfants, vraiment tirés de la peine quand le père a rencontré une épave en Manche, dont la vente a rapporté 10 000 francs[-or!], part faite à l'Etat... mais ce grand dadais n'est jamais revenu vers elle par la suite (et a même paru l'éviter). Pourquoi et comment cela va-t-il finir? C'est là l'intrigue du roman.
Pour ma part, j'ai apprécié dans ce roman qui a désormais 140 ans la description d'un métier disparu, où la ressource en morue pouvait paraître inépuisable à des "forçats de la mer" qui les pêchaient une par une pendant des mois. Le roman se déroule sur plusieurs années (plusieurs "saisons de pêche"). La sociologie du quotidien des familles restées à terre en Bretagne, ou le côté "romance" entre Gaud et Yann, m'ont moins intéressé. J'ai tout de même été touché par la grand-mère de Sylvestre, qui, apprenant que celui-ci (en train d'accomplir son propre "service militaire" de marin à Brest) va partir dans 5 jours pour l'escadre de Formose, se précipite à Brest (en ayant rassemblé le plus qu'elle a pu de pauvres ressources financières - elle n'a pour vivre que sa pension de veuve de marin) et attendrit tellement l'officier de permanence que celui-ci accorde à Sylvestre des permissions de sortie exceptionnelles pour passer du temps avec elle avant de partir au loin... vers le Tonkin et la guerre contre les Chinois.
Ceci dit, je ne vais pas vous raconter tout le roman. Je vais plutôt dire quelques mots (dont j'assume la subjectivité) sur les différences entre les trois éditions en ma possession.
Comme dit plus haut, le volume sur lequel j'avais jeté mon dévolu pour ma première lecture était le plus sobre (Presse Pocket, acheté 2,20 euros) Je n'ai rien de spécial à dire sur les 11 pages de préface de Pierre Jakez Hélias (1914-1995), honnêtes et sans prétentions me semble-t-il.
À un gamin contemporain en âge scolaire et obligé d'étudier Pêcheur d'Islande en classe, je devrais sans doute conseiller l'édition en "classiques" Le livre de Poche (qui m'a coûté 2,90 euros). Pour ma part, sa présentation m'a d'emblée agacé avec les appels de notes incessants et les notes en bas de page (certes pertinentes, mais qui "cassent" la lecture, ai-je trouvé). Je ne connaissais même pas le nom d'Alain Buisine (1948-2009), universitaire spécialiste de Proust, Loti, Verlaine (etc.) et critique littéraire, qui a établi cette édition. Sa préface d'à peine plus de quatre pages m'a paru plus "sensitive" que riche d'informations (ce qui ne correspond guère aux attentes que je peux avoir pour ma part). Ses "commentaires" m'ont paru tenir davantage du "commentaire composé" (une analyse personnelle) que du souhait de communiquer des informations intéressantes et éclairantes pour le lecteur. Peut-être que, spécialiste, entre autres, de Proust ou de Verlaine, il connaît trop Loti et pas assez la mer? Sa courte bibliographie renvoie essentiellement vers des "analystes" de l'oeuvre de l'écrivain (sauf erreur de ma part)
Sans conteste, des trois préfaces, celle que j'ai préférée (qui m'a le plus intéressé au début) est la plus longue (42 pages). Disons que ça commençait mieux, avec les informations techniques sur la pêche et la Bretagne, et puis j'ai vu arriver des informations sur Loti écrivain (qui, forcément, m'intéressent moins...). Jacques Dupont (né en 1950, Docteur ès Lettres en 1983, spécialiste de Colette, ai-je trouvé en quelques clics) en donne avec érudition à son lecteur pour son argent (volume Folio classique acheté 3,30 euros...). Dans le texte, les appels de notes sont rares et discrets (les notes étant rassemblées en fin de volume, avec rappel de la page concernée). Il donne des références vers des sources d'informations. Il prend la peine de signaler que Loti remaniait peu ses textes, et que les éditions suivantes ne présentent que des différences mineurs avec l'original... pour finir par signaler qu'il a pris pour base l'édition de 1923, dernière publiée du vivant de l'auteur. J'ai apprécié qu'il soit capable de dire quelques mots sur l'Inscription maritime, et ai été intéressé par la documentation sur une goélette "d'Islandais". Enfin, ses "indications bibliographiques, plus variées et complètes que celle de Buisine (dont le nom y figure), recoupent peu celle-ci.
Il semble que Pierre Loti, qui n'aimait pas le "naturalisme" de Zola (?), ait beaucoup "idéalisé" la vie des marins pêcheurs de morues à bord de leurs navires, où ils s'entassaient plutôt à 20 qu'à 6 ou 7, baignant dans leur crasse et leurs effluves durant tous ces mois.
Ayant de justesse respecté le délai que je m'étais imposé (ne t'inquiète pas, Fanja, tu m'y prendras encore! ;-)), j'inscris donc ce billet pour les deux challenges auquel il correspond, le Book trip en mer (saison 3) chez Fanja, et 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie.
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Edit du 2 juillet 2026: je rajoute quelques liens (non exhaustifs) vers des billets sur Pêcheur d'Islande.
Géraldine, Violette, Maeve, Charlotte, AlittleBit du blog Le Salon des Précieuses, Philippe (blog Les livres que je lis).