Tant qu'il y a l'océan - Coline Renault
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C'est à partir d'un reportage de Coline Renault pour Charlie Hebdo que j'avais (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) initié mes participations au premier Book trip en mer chez Fanja en 2024 (je viens d'ailleurs tout juste de découvrir que son reportage avait obtenu le Prix "Jeune journaliste" de la Fondation Varenne à l'époque). Je présente aujourd'hui (27 mois plus tard), toujours dans le cadre de mes "hommages du 7", un livre où elle a développé quelques chroniques parues dans l'hebdomadaire entretemps, et je l'inscris cette fois-ci pour la 3e saison (2026) du Book trip en mer chez Fanja.
Coline Renault, Tant qu'il y a l'océan, Les échappés, 2026, 284 pages
La journaliste expose comment, lors d'une conférence de rédaction "du journal qui [l']emploie" (p.13), ils s'étaient demandé si des Français des classes populaires françaises pouvaient vivre le même genre de vie que des Américains fortunés ayant carrément "acheté" une cabine de luxe à bord d'un navire de croisière pour n'en plus descendre. En effet, des conditions plus abordables peuvent permettre de naviguer à partir de 500 euros la semaine (à comparer au tarif des EHPAD en France?). Cela a été le point de départ d'une enquête... et d'un embarquement dans un des bateaux de Costa Croisières en septembre 2025 (on peut trouver plusieurs articles en ligne sur le site de Charlie). Tant qu'il y a l'océan raconte cette croisière d'une semaine dans la cabine 523 et ses deux lits jumeaux.
C'est une "croisiériste", Nicole, 74 ans, interrogée dans le cadre de son enquête préalable, qui l'a convaincue d'embarquer. Elle fera bien entendu partie des témoins, avec quelques autres "back-to-back" (ceux qui enchainent les croisières sans "rentrer chez eux" à la fin). Mais intervient aussi dans le livre la grand-mère paternelle de Coline, Mamie Dédée, 75 ans pour 1,50 m, veuve depuis 18 ans, et qu'elle a convaincue (en juin) de l'accompagner dans l'aventure maritime (elles avaient déjà visité Santorin ensemble, pour ses 70 ans). Du coup, parti d'une interrogation sociologique, le livre s'enrichit de méditations métaphysiques sur la mort, le vieillissement, le sens de la vie, les relations familiales et intergénérationnelles, la modification de celles-ci selon qu'on est enfant ou adulte... L'enquêtrice constate encore les inégalités face au vieillissement, avec les plus précaires qui profitent peu de leur retraite... (p.127: "plus on trime à la sueur de son front pour arriver à la retraite, moins on a de chances d'en jouir").
En ce qui concerne les conditions économiques de cette "vie à bord", la Compagnie accorde des remise aux croisiéristes fidèles ce qui rend les tarifs dégressifs (environ 61 euros par jour pour ceux qui restent en mer "à l'année"). Alors, bien sûr, les paquebots de croisière polluent (je ne sais pas dans quelle mesure la comparaison avec des "vols Paris-New York" est pertinente, au-delà de l'image? J'aurais préféré des informations "en valeur absolue"). Et le fait que ce genre de séjour soit considéré comme revenant nettement moins cher qu'un séjour en EHPAD m'interpelle aussi, car j'ai trouvé que comparaison n'était pas raison: précisément, ces "croisiéristes seniors" ne sont pas - pas encore - des "personnes âgées dépendantes" (malgré problèmes de mémoire ou d'addiction par exemple)... Elles ont fait un choix de vie, elles profitent - ou non - des escales (excursions payantes en supplément!). Et si certains parmi les jeunes personnels sous-payés (d'origine étrangère) sont prêts à payer de leur corps au service des dames d'un certain âge, celles-ci ne se montrent pas vraiment dupes quand ceux-ci les poursuivent avec un peu trop d'assiduité...
La vie à bord est décrite, avec tous les petits "trucs" que connaissent les habitués: l'accès ou non au restaurant "VIP", le choix dans les distractions proposées, les "animations" (casino, discothèque...). Mémé Dédée, ne parlant pas anglais, hésite à s'aventurer toute seule hors de leur cabine, et attend stoïquement le réveil de Coline, à l'agacement de celle-ci. La journaliste spécialisée dans les sujets sociaux en profite pour aborder d'autres thèmes concernant nos seniors: leur rapport à l'IA (ce que celle-ci peut leur apporter, en contrepoint d'un manque de rapports véritablement "humains"), l'attitude de l'hôpital par rapport aux "vieux patients" (pas rentables, traitements de longue durée, "bloqueurs de lits"...), le fait même qu'ils bénéficient moins souvent que de plus jeunes qu'eux de molécules innovantes ou d'opérations onéreuses...
Quand la croisière s'achève, on ressent le cafard de la grand-mère à la fin de cette trop courte semaine de "sortie de routine", ce qui l'amène à la décision... non, pas de devenir croisiériste à vie, mais de vendre sa maison individuelle pour rejoindre plutôt une résidence "adaptée" (pour seniors) pour y (re)vivre en collectivité. En ce qui concerne sa petite-fille (qui s'interroge aussi sur la qualité de ses relations avec ses grands-parents maternels), j'avoue avoir rigolé en lisant pages après pages ses affres d'hypocondriaque, son constat qu'à 28 ans on ne fait pas la fête comme à 18 ans, ou la phrase de la pas encore trentenaire (p.264) "Je sais que mes questions [aux seniors sur la mort] en diront plus sur ma propre frousse de passer l'arme à gauche".
J'ai vu que le Costa Favolosa (baptisé il y a 15 ans, selon wikipedia consulté le 6 juillet 2026) sur lequel elles avaient embarqué possède une bibliothèque, mais je me demande combien de volumes elle comporte et quelle y est la part de ceux en français...
Comme souvent, Charlie promeut ce livre de différentes manières, soit par un encart annonçant sa disponibilité en librairie,
soit en en faisant le "cadeau" pour un abonnement à l'hebdomadaire (ici, CH N°1770 du 24 juin 2026, pp.3 & 14).
J'ai trouvé un billet sur ce livre: Nicole (Mots pour mots).
*** Je suis Charlie ***