Pour Don Carlos - Pierre Benoit
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Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) fais cette fois davantage qu'un pas de côté: je saute carrément à côté de la piste tracée avant de repartir vers une direction tout autre... Pour le thème Espagne du challenge Escapades en Europe - Voyage dans les littératures européennes (2e édition) de Cléanthe, je me suis replongé dans un livre dont une partie seulement se déroule bien en Espagne, et dont l'auteur n'est ni espagnol ni hispanophone.
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Pierre Benoit, Pour Don Carlos, Albin Michel,Le Livre de Poche N°375, 1963 *, 242 pages
(EO 1920)
L'histoire se déroule à partir de début décembre 1875 (oui, 45 ans avant la première parution du livre qui date maintenant d'il y a plus d'un siècle: un certain nombre de générations nous en séparent). La IIIe République française est encore jeune et en butte aux manigances antirépublicaines, qu'elles soient royalistes (légitimistes ou orléanistes) ou bien bonapartistes. Un quidam (Olivier de Préneste, 32 ans, vieille noblesse - duc!) obtient par recommandation une audience du Ministre de l'Intérieur dans le but d'obtenir une sinécure - il est ruiné et doit prochainement se marier. Il n'a pas de licence en droit (impossible de l'envoyer au Conseil d'État!). Simple bachelier, il ne parle aucune langue (aucune possibilité de le nommer Secrétaire d'ambassade!). Mais il ressort quand même du bureau nommé sous-préfet à Villeléon (ville - imaginaire! - du département des Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées-Atlantique [depuis 1969], ville dont le nom évoque celui de Mauléon alors sous-préfecture [de même qu'Orthez, jusqu'en 1926], mais donnée comme située à trois lieues de la frontière espagnole [le département semble avoir connu des rectifications de frontières avec l'Espagne, mais je n'ai pas trouvé quand!]). Bref, dans le roman, en 1875, il se passe là-bas des événements susceptibles d'inquiéter le gouvernement français: autant prouver que la France réagit avec rapidité!
Avant de rejoindre son poste, Olivier se voit proposer une partie de chasse par le comte de Magnons, qu'il a croisé dans un "Club" royaliste. Celui-ci lui fera faux bond. Et quand, au terme d'un long voyage (vain jeu de piste à rallonge), il arrive enfin à sa sous-préfecture, c'est pour constater qu'un imposteur occupe déjà la fonction, le "Capitaine Philippe", bel androgyne. Et puis, ça tourne au vaudeville: la fiancée d'Olivier, Lucile, débarque à Villeléon malgré ses instructions formelles...
Le 17 décembre, Olivier se réveille seul à la sous-préfecture, "le monsieur, la dame et le curé" étant partis, lui apprend-on. Il part lui-même se promener vers un village à 12 kilomètres (deux lieues) de la frontière avec l'Espagne... et prend définitivement la poudre d'escampette sur un coup de tête. Le titre du roman se retrouve page 102 ("pour Don Alphonse ou pour Don Carlos?"), lorsqu'Olivier donne la bonne réponse et évite un coup de fusil.
Nous y voilà: l'Espagne est alors plongée dans les derniers soubresauts de la troisième guerre carliste (les deux premières ayant eu lieu en 1833-1840 puis 1846-1849), qui, débutée en 1872, s'achèvera en 1876. Pour en savoir davantage sur les prétendants "carlistes", les querelles dynastiques espagnoles et les péripéties historiques de l'Espagne au XIXe siècle, je vous renvoie à des ouvrages d'Histoire! Ici, nous avons du roman et une oeuvre de fiction. Dans ce livre, l'héroïne principale se prénomme Allegria (on sait que Pierre Benoit casait un prénom féminin en "A" dans chacun de ses romans). Elle se présente dans le chapitre VII (p.75 de mon édition).
Pierre Benoit est né le 16 juillet 1886 à Albi (Tarn) et mort le 3 mars 1962 à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques, tiens tiens...), sans avoir vu publiée cette réédition en Livre de Poche, donc *. Il écrivait en tout cas ici sur une période antérieure à sa propre naissance. Connaissant la fin de l'aventure, il se permet de montrer Don Carlos plus occupé à dilapider les maigres fonds dont dispose son "Ministre des Finances" en fêtes et amourettes "à l'arrière" qu'à soutenir ses partisans et soldats qui se font tuer au front tout proche. Je serais curieux de savoir ce qu'avait pu penser du livre, à sa parution en 1920, non pas Don Carlos (décédé en 1909), mais le nouveau Prétendant, son fils Jacques [de Bourbon]... Pour cela, je suppose qu'il aurait fallu que j'aille en bibliothèque faire des recherches dans les chroniques littéraires des journaux parus en 1920: tâche énorme!
Ce roman situé au début de son oeuvre (avant Mademoiselle ou Monsieur de La Ferté) nous donne à voir travestissement, déguisement, identité de genre plutôt fluide... Une grille de lecture trop contemporaine (donc forcément mal tournée) pourrait amener à se demander si un oncle voire un père ne se sont pas intéressés de trop près au "façonnage" d'une enfant à une totale soumission pour leur idole... Ou, autre hypothèse pas forcément contradictoire, si la priorisation de "l'intérêt" porté par le Prétendant à tout ce que se montrait prête à mettre à sa disposition Allegria (argent, armes... et le reste) n'a pas contribué à la précipiter dans la voie qu'elle a ensuite suivie (pour le dire crûment: Don Carlos l'a-t-il violée ou non?).
Pour sa part, notre Olivier, qui avait fait partie de l'armée de la Loire lors de la guerre de 1870 contre la Prusse, trouvera moyen de faire le coup de feu et de se couvrir de gloire (ou d'opprobre, c'est selon) en Espagne... Mais il sera passé à côté de pas mal de choses. "Si tu ne veux pas navrer l'une, n'essaie jamais de retrouver l'autre" (p.242). Pour ma part, davantage que le côté romantique, j'avoue que c'est le côté guerrier qui m'avait fait rêver alors que je m'étais acheté ce livre avant d'être majeur (mon exemplaire est plus vieux que moi!) - et j'avais continué avec l'auteur jusqu'à posséder à peu près tout ce qui était paru de lui en "Livre de Poche".
J'espère avoir éveillé la curiosité de lecteurs et lectrices n'ayant jamais abordé ce livre... (je suis volontairement resté très elliptique voire obscur!) et j'inscris Pour Don Carlos au challenge 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie.
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* Edit du 22/07/2026: Pierre Benoit a bien dû avoir cette "édition" (Le livre de poche N°375) entre les mains, car en y regardant de plus près (à la fin d'un autre Livre de poche plus vieux encore), j'ai vu que le titre était annoncé comme "volume paru et à paraître au 2e semestre 1958". Or le livre de poche ne donnait pas (comme l'ont fait d'autres collections de poche par la suite), l'information "premier dépôt légal dans la collection", d'où mon erreur...