L'aventurière de l'Etoile - Christel Mouchard
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Ma mémoire était encore à peu près imprégnée de l'article de Jenevelle Laclos sur Jeanne Barret, dont je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) connaissais l'histoire par ailleurs) quand je suis tombé sur le livre que je chronique aujourd'hui. Je ne savais plus si elle parlait ou non, par contre, de l'ouvrage ci-dessous... Et je n'aurais peut-être pas pris la peine de lire celui-ci sans la motivation du Book trip en mer (saison 3) de Fanja.
Christel Mouchard, L'aventurière de l'Etoile, Tallandier,
coll. Pocket N°18417, 317 pages, 2022 (EO 2020),
sous-titre "Jeanne Barret, passagère clandestine de l'expédition Bougainville"
Tout est dit en couverture, excepté le fait qu'il ne s'agit pas d'une fiction mais d'un épisode historique. Cette biographie d'une femme ayant réussi, au XVIIIe siècle, à faire le tour de la terre (même si ça a pu lui prendre près de 10 ans), ne nous parle pas seulement de sa participation au "Voyage autour du monde" (1766-1769) interrompue fin 1768. Christel Mouchard a tâché de reconstituer ce que pouvait être la vie d'une fillette (née en juillet 1740), d'une jeune fille, d'une jeune femme, et comment elle a pu acquérir les compétences botaniques dont elle fera preuve durant le voyage de Bougainville. Les femmes étant interdites à bord des navires de la marine royale, elle s'est embarquée sur l'Etoile, le second bateau de l'expédition commandée par Bougainville embarqué pour sa part sur la Boudeuse, comme "valet" et assistant de son amant, le savant et naturaliste Philippe Commerson (1727-1773). Quand sa nature féminine a fini par être mise au jour de manière que nul ne pouvait plus feindre de l'ignorer, dans la scène du 28 mai 1728 par laquelle le livre s'ouvre, elle avoue... avoir trompé son "maître" parce que ce voyage avait piqué sa curiosité! Un joli mensonge bien ciselé qui permet à tous ces beaux Messieurs de "sauver la face" et d'éviter les sanctions qu'ils auraient encouru si les autorités avaient pu les accuser de l'avoir embarquée en tout connaissance de cause. Commerson et son assistante quittent le navire à l'île Maurice en fin 1768. Le récit continue avec la vie de Jeanne une fois séparée de Commerson (celui-ci meurt en 1773). Revenue en France, elle obtiendra en 1785 une pension pour sa contribution à la botanique de la part de Louis XVI, qui aimait les beaux voyages comme chacun sait. Jeanne Barret meurt en 1807.
Ce récit s'appuie sur des documents (récits de voyage citant Jeanne), des actes officiels (état-civil, testaments...). Il brode beaucoup, tout en raisonnant par similitude avec ce que l'on peut connaître, par d'autres récits de première main, sur les conditions de vie, au XVIIIe siècle, pour des personnes des mêmes classes sociales. Heureusement, il se veut bien davantage un "décryptage" qu'une romance. L'autrice ne se prive pas de mettre en évidence ce qu'une telle aventure pouvait avoir d'exceptionnel sous l'Ancien Régime.
J'ai noté en tout cas que, de nos jours, Jeanne Barret est vraiment une "personnalité" à la mode: Wikipedia consulté ce 31 juillet 2026 donne une bonne dizaine de références de biographies plus ou moins romancées éditées entre 1982 et 2024. Un bateau patrouilleur des affaires maritimes a été baptisé en son honneur en 2022, de même qu'une promotion d'élèves de l'Ecole Nationale de la Sécurité et de l’Administration de la Mer, au Havre.