Descendre vers la mer - Isabelle Blochet
J'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lu très vite ce "premier roman" paru en février 2023 dont j'avais glané les "épreuves non corrigées" dans un "Circul'Livres" parisien tout récemment. Il y est question de mer et de bateau - même si ces thèmes maritimes ne forment pas le principal de l'oeuvre.
Isabelle Blochet, Descendre vers la mer, Christian Bourgeois éditeur, 2023, 187 pages
La navigation sur le Monplaisir, dans les années 1970, est essentiellement évoquée dans les pages 19 à 32: on découvre le bateau (un "Rocca" à moteur de 5,80 mètres, acheté au Salon nautique de Paris), tiré sur sa remorque par la DS familiale. Il amènera la famille dont il est question au large de la Côte d'Azur, de la Corse, de l'Espagne... Vie à bord, baignades, découverte du naturisme qui heurte la pudeur des adolescentes... Premières fêlures: papa a oublié de remplir les réservoirs de gasoil (y compris le réservoir de secours!). Ou récit de la colère du père qui part au quart de tour lorsque la mère hésite à prendre la barre pour qu'il puisse faire du ski nautique...
Ce roman est surtout une histoire d'un demi-siècle de vie, celle de deux prolétaires plus ou moins orphelins, deux âmes esseulées, chacune avec ses rêves, qui s'allient pour le meilleur et pour le pire entre les années 1950 et 1980... Elle (Suzanne), que son papa prématurément disparu rêvait institutrice (élévation sociale) prendra des cours à Pigier et finira meilleure vendeuse (payée à la commission!) dans un magasin de meubles. Lui (surnommé "Jany"), qui rêvait de construire de ses mains sa maison à défaut d'un bateau pour partir faire le tour du monde en famille, finira intellectuel raté mais ouvrier déclassé, chômeur et dépressif... Ils se sont mariés en 1952, quand elle avait 19 ans et lui 22. L'histoire plutôt triste est racontée du point de vue de la troisième et dernière fille, Hélène (la maman, à 36 ans, aurait voulu enfin un garçon - ses grandes soeurs ont 7 [Fanny] et 11 ans [Véra] de plus qu'elle). Le récit raconte, quelque part, la lente déchéance du père, qui veut d'autant plus tout régenter dans sa famille que le contrôle du reste de sa vie lui échappe. Je me suis demandé si, de nos jours, IRM ou autre technique n'auraient pas permis de lui diagnostiquer un problème médical qui aurait pu expliquer certains des symptômes décrits...
Suzanne, au final, se révoltera contre ce mari devenu maniaque avec l'âge (il est âgé de 52 ans à la fin de l'histoire), regrettant de lui avoir tout payé quand il l'a souhaité, les vacances à la montagne, le bateau (dont elle payait les traites, avec son salaire "supérieur à celui d'un ingénieur") et d'avoir en quelque sorte sacrifié sa vie pour lui... au lieu de vivre en s'occupant davantage d'elle-même. Elle va jusqu'à regretter de ne pas avoir laissé partir puis oublié ce jeune homme (futur boulet), en 1951, le jour où il lui avait dit, en substance: "séparons-nous, tu es une fille trop bien pour moi, je vais descendre vers le sud, prendre un bateau et partir comme marin...". Pauvre Marius manqué... Encore une fois, je songe à l'homophonie "la mer / la mère / l'amer".
J'ai vu que la marque de bateaux à moteur "Rocca", qui avait été vendue en 1995 par son fondateur, avait été rachetée en 2020 avec dans l'idée de la faire revivre (je ne sais pas ce qu'il en est en 2026). Le chantier nautique initial avait construit 350 000 bateaux, de l'après-guerre jusqu'aux années 1990 [information que je dois au site internet d'un passionné du motonautisme].
L'autrice, bibliothécaire, disait en 2023 à L'Echo Républicain qu'il ne s'agissait pas d'une autobiographie. «Il y a des éléments de ma vie personnelle. Mais c’est avant tout un roman, écrit et construit comme tel».
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Pour le chapitre de souvenirs d'enfance sur le bateau (auquel il est quelquefois fait allusion dans le reste du roman), j'inscris ce petit livre au Book trip en mer (saison 3) chez Fanja.