Rocher de Brighton - Graham Greene
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Pour une fois, c'est grâce aux propositions de Cléanthe pour des lectures sur le thème "Stations balnéaires en Europe" de son challenge Escapade en Europe - Voyages dans les littératures européennes (saison 2) que je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) me suis souvenu avoir lu il y a plusieurs décennies Rocher de Brighton. Sans doute l'avais-je lu trop jeune (c'était encore un de ces livres de poche qui traînait dans les bibliothèques des maisons de famille où j'ai passé une bonne part de mes vacances de jeunesse). Comme ceux-ci doivent désormais être en cartons voire même partis vers des boites à livres en province, j'ai emprunté mon "exemplaire de lecture" (ci-dessous) en bibliothèque.
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Graham Greene, Rocher de Brighton, Robert Laffont, 10-18 coll. Domaine étranger n°3461,
470 pages, 2002 (trad. 1947 par Marcelle Sibon, EO 1938)
Première phrase: "Hale n'avait pas passé trois heures à Brighton qu'il savait que les autres avaient décidé de le tuer."
À Brighton, ville côtière -et balnéaire!- du Sussex de l'Est en Angleterre, célèbre pour sa Jetée (Pier) à animations foraines, un homme est tué par une bande qu'il connaissait, sans pouvoir échapper à son destin (même s'il cherche un temps refuge auprès d'une fille au grand coeur - qui l'abandonne malencontreusement quelques instants). Mort naturelle, décrète la police (on l'apprend p.65). La fille va s'obstiner jusqu'au bout à dénicher et faire châtier ceux qui ont provoqué ce décès. De notre côté, nous (lecteur) connaissons le responsable. Ce n'est que l'un des morts d'une série de plusieurs. Quant au rocher de Brighton, il s'agit d'une sucrerie locale.
Par certains côtés, ce roman m'a fait songer à Compartiment tueurs de Sébastien Japrisot. Mais ici, le gamin (the boy en VO) représente le héros méchant. Portrait à sa première apparition, p.25: "Du seuil du café, un jeune garçon d'environ 17 ans le regardait - costume bon marché, d'une élégance vulgaire, étoffe vite défraîchie, visage d'une intensité affamée, avec une espèce d'orgueil hideux et anormal". Au fil des pages, nous comprenons qu'il a "hérité" d'une bande de racketteurs (qui vit des bookmakers et autres activités peu légales) après l'assassinat fortuit de son ancien chef, dans un milieu où les différends se règlent à coup de lame de rasoir ("taillader"). Bourré de complexes (ses hommes sont plus âgés que lui, ses concurrents aussi...), ce gamin (Pinkie) tente de garder le contrôle de la situation (son entreprise de racket est en passe d'être "éliminée du marché") par les seules méthodes qu'il connaît: l'intimidation, la cruauté, la crainte, le chantage... et tous moyens de fermer la bouche des témoins gênants (il paie son propre conseiller juridique!).
Le roman narre, entre autres, l'évolution d'un amour pathétique et à sens plus ou moins unique qui va lier le gamin à une jeune serveuse (Rose, 16 ans), laquelle est susceptible de mettre à mal les alibis concoctés par le cerveau tortueux du bandit défiant. Une épouse ne peut être contrainte de témoigner contre son mari (mais elle peut cependant le faire si elle le souhaite). Ils viennent tous deux de familles des "bas quartiers" de la ville, et essaient chacun, par ses propres méthodes, de "s'en sortir". Les "classes sociales" sont bien étanches: Pinkie le ressent douloureusement par les différences de traitement selon qu'il est invité dans un grand hôtel ou bien qu'il tente d'y obtenir une chambre par ses propres moyens... Il ne s'agit pas d'un roman optimiste, on n'est pas dans du Harlequin.
Bizarrement, j'avais conservé au fil des décennies le souvenir du "passage au confessionnal" final de la jeune fille. Mais je crois que c'est tout ce qu'il m'en restait. J'ai donc relu le roman comme une re-découverte, je ne suis pas certain d'avoir d'autre occasion de le relire à l'avenir.
Quelques autres billets (liste non exhaustive): Mapero, Karavan papou (dernier billet en 2023), Cléanthe bien sûr, Horizon des mots (dernier billet 2020).
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Outre le challenge de Cléanthe cité plus haut, j'inscris aussi ce roman noir (et pathétique) pour le challenge Polar et thriller chez Sharon, pour Les pavés de l'été 2026 chez Sibylline, vu que l'édition de poche actuellement disponible (2016) fait 544 pages (celle de 1990 en comptait 320 - faut pas chercher à comprendre!), et pour 2026 sera classique aussi! organisé par Nathalie. Même si le roman se déroule dans une "cité balnéaire", je n'ai pas trouvé que la mer y soit suffisamment présente (même si un certain nombre de rues y aboutissent) pour qu'il prenne place dans le Book trip en mer (je verrai ce que Fanja en jugera...).