Fjord - Christian Mungiu
Trois mois après avoir vu en avant-première Fjord de Christian Mungiu, j'ai tenu à le revoir pour écrire mon billet. Et bien, j'ai eu une bonne idée car ce deuxième visionnage de la Palme d'or du dernier festival de Cannes m'a permis de mieux apprécier ce film que j'ai beaucoup aimé. L'histoire se passe de nos jours. Lisbet, une Norvégienne, et son mari roumain Mihai Gheorghiu arrivent en ferry dans un fjord norvégien. Ils sont accompagnés de leurs cinq enfants dont un nourrisson. Une nouvelle vie les attend. Ils sont bien accueillis par toute la communauté. Les quatre ainés sont tout de suite intégrés dans l'école du village. Et dans la sphère domestique, les enfants suivent les préceptes religieux de leur parents, ils prient et vont à l'église. Lisbet et Mihai sont des parents aimants mais sévères qui n'hésitent pas à punir tout en pardonnant. Et c'est là que le bât blesse, car quelques enseignants remarquent qu'Elia, la fille aînée du couple, a des marques de coups en haut d'une épaule et au bas du visage. En Norvège, les enfants considérés comme "maltraités" sont tout de suite pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (Barnevernet), même le nourrisson que sa mère allaite encore. Les cinq enfants sont placés dans des familles d'accueil différentes. À partir de là, Lisbet et Mihai sont interrogés et ils passent devant un tribunal civil. Ils pourraient même être mis en prison. Ils reçoivent tout de même le soutien de la part de leur communauté religieuse. Et une voisine, Mia, la femme du directeur de l'école, prend fait et cause pour les Gheorghiu et devient leur avocate. Mia est la mère de Noora qui est devenue la meilleure amie d'Elia. Les séquences qui se passent au tribunal sont passionnantes. Plus que les fessées ou les coups, c'est l'éducation rétrograde des parents qui interdisent à leurs enfants le portable et Internet (et Youtube) qui est montrée du doigt. Et Barnevernet ne prend pas en compte que les enfants veulent revenir vivre avec leurs parents. J'ai noté que la juge n'est pas du tout du côté des Gheorghiu. On sent une hostilité qui reste feutrée. Il nous est dit que l'institution Barnevernet est puissante et surtout indépendante. C'est dur d'aller contre son avis. La mise en scène de Mungiu est exemplaire comme l'interprétation. Le film dure 2h26 mais on ne voit pas le temps passer. Un très grand film à voir. Une Palme d'or méritée. Lire les billets de Pascale, de Princecranoir.